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LE TOURISME INDUSTRIEL : LE TOURISME DU SAVOIR-FAIRE ?

264 pages
Le tourisme de découverte économique, appelé tourisme industriel, constitue un potentiel considérable en tant que source de création d'emploi et par ses retombées en terme économique et touristique : une visite d'entreprise de deux heures prolonge le séjour du touriste d'une demi-journée. Comment concilier l'ouverture d'entreprise et son fonctionnement ? Quel est le vrai visage de ce tourisme ? En quoi est-il un enjeu pour le développement local, la vie de l'entreprise ? Sur quoi repose la clef de son succès ? Quelle est sa dynamique ?…
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LE TOURISME INDUSTRIEL: LE TOURISME DU SAVOIR-FAIRE ?

Collection Tourismes et Sociétés dirigée par Georges Cazes
Déjà parus
G. CAZES, Les nouvel/es colonies de vacances? Le tourisme international à la conquête du Tiers-Monde. G. CAZES, Tourisme et Tiers-Monde, un bilan controversé. M. PICARD, Bali: tourisme culturel et culture touristique. D. ROZENBERG, Tourisme et utopie aux Baléares. Ibiza une île pour une autre vie. G. RICHEZ, Parcs nationaux et tourisme en Europe. M. MAURER, Tourisme, prostitution, sida. H. POUTET, Images touristiques de l'Espagne. O. LAZZAROTTI, Les loisirs à la conquête des espaces périurbains. M. SEGUI LLINAS, Les Nouvelles Baléares. D. ROLLAND, (ouvrage collectif) Tourisme et Caraïbes. A. DE VIDAS, Mémoire textile et industrie du souvenir dans les Andes. F. MICHEL, Tourisme, culture et modernité en pays Toraja (Sulawesi - Sud, Indonésie). J.M. DEWAILLY, C. SOBRY, Récréation, re-création: tourisme et sport dans le Nord-Pas-de-Calais. J. FROIDURE, Du tourisme social au tourisme associatif. Crises et mutations des associations françaises de tourisme. P. TSARTAS, La Grèce du tourisme. F. MICHEL, Tourismes Touristes Sociétés. D. MASURIER, Hôtes et touristes au Sénégal. G. CAZES et F. POTIER, Le tourisme et la ville: expériences européennes, 1998. P. CUVELIER, Anciennes et nouvel/es formes de tourisme. Une approche socio-économique, 1998. G. CLASTRES, Tourismes ethnique en ombres chinoises. La province du Guizhou, 1998. R. AMIROU, P. BACHIMON (eds), Le tourisme local, 2000. F. MICHEL, En route pour l'Asie. Le rêve oriental chez les colonisateurs, les aventuriers et les touristes occidentaux, 2001. J .L. CACCOMO, B. SOLONANDRASANA, L'innovation dans l'industrie touristique, 2001. N. RAYMOND, Le tourisme au Pérou, 2001.

GlREST
(Groupement Interdisciplinaire de Recherche En Sport et Tourisme)

Ouvrage coordonné par Marie-Madeleine DAMIEN et Claude SOBRY

LE TOURISME INDUSTRIEL: LE TOURISME DU SAVOIR-FAIRE

?

L'Harmattan 5.7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques M!>ntréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

HONGRIE

«;;> L'Harmattan, ISBN:

2001

2-7475-0795-5

SOMMAIRE

Avant propos Marie-Madeleine DAMIEN et Claude SaBRy

9

Introduction
clarification

-

Le tourisme

industriel,

tentative

de
13

conceptuelle
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

Pascal CUVELIER.

Première partie: Le tourisme industriel: le tourisme du savoir faire?

Chapitre 1 - l'émergence d'une curiosité pour l'industrie. Le
cas de la France Claude WAGNON Chapitre 2 - Tourisme industriel et développement local?
MarieMadeleine DAMIEN. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .53

.3

Chapitre 3 - La visite d'entreprises en France: un éclairage économique Claude SaBRY -Pascal CUVELIER 75 Chapitre 4 - Le patrimoine sportif: méconnu Michel RASPAUD un capital touristique ..93

7

Deuxième partie: Le tourisme industriel, un atout pour les vieilles régions industrialisées Chapitre 1 - Les sites miniers du Bassin houiller du Nord Pas-de-Calais: des éléments majeurs du tourisme industriel et du paysage touristique régional

Jean SCOL - Margrit HENDOUX
Lorraine: approche patrimoniale Edith FAGNONI.

..121

Chapitre 2 - La mise en tourisme des friches industrielles en
217

8

AVANT-PROPOS

Le rapprochement des termes tourisme et industriel a quelque chose de choquant parce qu'ils sont, en principe, antinomiques. Un certain nombre de colloques et séminaires a cependant, en particulier au cours de la décennie 1990 en France, mis en évidence l'intérêt croissant de publics variés, (responsables économiques, scolaires, troisième âge et autres), porté aux lieux de production. Les acteurs locaux, élus, industriels, professionnels du tourisme et directeurs de leur côté ont également perçu les perspectives que l'ouverture des entreprises leur offrent en termes de communication interne et/ou externe, mais aussi de lien social, de visibilité, d'identité ou, simplement, de retombées économiques. Longtemps limité à quelques journées "portes ouvertes", le tourisme industriel sous ses différentes formes fait aujourd'hui l'objet de véritables produits touristiques, aux propositions variées, adaptées aux différents segments de clientèle. Les acteurs locaux Les entreprises s'adaptent et s'équipent en vue de ces visites, faisant parfois appel à des conseils extérieurs pour rationaliser cette nouvelle activité. Le tourisme industriel ne se limite donc pas à la seule visite d'entreprises ou au développement de quelques circuits touristiques. Ne faut-il pas y intégrer la mémoire des outils et des lieux de production, voire les équipements de loisirs lorsqu'ils sont établis et utilisent directement des sites, un environnement modelés par l'industrie et qui pourraient n'être que des friches industrielles ou des espaces désolés, ravagés?

9

Groupe Interdisciplinaire de Recherche En Sport et Tourisme (GIREST) a voulu tenter une approche originale du tourisme industriel en abordant le sujet sous différents angles, selon la spécialité des auteurs qui ont participé à cet ouvrage. Sociologue, géographe, économiste, chacun apporte sa démarche propre. Deux exemples, celui de la chaîne des terrils dans le Pas-de-Calais ainsi que celui de la Lorraine viennent illustrer ces analyses. Mais pour aller plus loin, un premier chapitre tente de prendre place dans le débat portant sur la terminologie à employer pour désigner ce type de tourisme (visite d'entreprises, tourisme industriel, tourisme de découverte économique, etc.) et, dans le prolongement logique de ce premier point, de circonscrire ce que, en définitive il a été choisi de désigner Tourisme Industriel. Sans doute la richesse historique de la région Nord Pas-de-Calais au cœur de laquelle sont implantées les Universités lilloises, ainsi que les mutations que connaît cette région tant d'un point de vue économique que touristique ontelles participé à l'intérêt qu'ont porté la plupart des auteurs à ce sujet sur lequel les ouvrages de réflexion et de synthèse sont, à ce jour, en France, quasi-inexistants. S'articulant aux recherches sur le tourisme, et en particulier à celles portant sur certaines facettes spécifiques du tourisme (urbain, vert, de proximité, etc.), cet ouvrage développe l'ambition de faire du tourisme industriel un sujet de recherche et d'analyse à part entière, pouvant, peut-être, initier la création d'un réseau de recherche européen et mondial sur le sujet, nos voisins du Nord de l'Europe ayant, quant à eux, pris quelques longueurs d'avance au moins sur l'exploitation économique de cette richesse* . Marie-Madeleine Damien et Claude Sobry

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* La coordination de l'ouvrage a été assurée par M-M Damien et C. Sobry, et sa mise en forme par M. Isare que nous remercions pour sa collaboration.

Nous dédions cet ouvrage à Mickaël VILETTE, cofondateur du GIREST, qui n'a pu voir l'aboutissement de ce travail.

II

INTRODUCTION

Le tourisme industriel, tentative de clarification conceptuelle Pascal Cuvelier CLERSE, IFRESI Université de Lille I

" L'engouement des Français pour le tourisme industriel et technique connaît une impressionnante courbe ascendante depuis le milieu des années 80. Le nombre de visiteurs a doublé en dix ans, pour atteindre les 10 millions annuels. " (Le Monde, 18 juillet 1996). Il semble bien, même s'il convient de considérer ces données chifftées avec une certaine prudence méthodologique!, qu'un phénomène nouveau se produit. Les sociétés occidentales s'intéressent, en effet, de plus en plus aux vestiges, aux savoir-faire et aux objets de la civilisation industrielle. Tout un ensemble
I . Un ordre de grandeur pour signifier" le retard" pris par la France en terme de développement du tourisme industriel se retrouve avec régularité dans de nombreuses études ou articles (Saskia Cousin, 1998). On compare ainsi souvent la France et l'Allemagne en établissant que 15 à 20 % des entreprises françaises sont ouvertes au public (sans d'ailleurs s'interroger sur ce que l'on entend par "ouverture au public" ) alors qu'elles sont entre 60 et 70 % en Allemagne (estimation reprise aux" Rendez-Vous de la visite d'entreprise et de découverte économique" qui se sont tenus à Lille le mardi 13 Octobre 1998). Par ailleurs, on estime que 60 à 80 % des Français souhaitent visiter les entreprises (Sondage CS.A 1998 pour EDF). On tire ainsi comme conclusion que le marché français est sous-développé d'autant que 8 000 visiteurs par an entraînerait la création d'un emploi. L'ensemble de ces indicateurs statistiques, lorsque l'on connaît l'imprécision des évaluations et des concepts, et les difficultés à obtenir des données fiables, repose semble-t-il plus sur des croyances ou des représentations partielles voire sur des" prophéties auto-réalisatrices" que sur une connaissance approfondie et pertinente du phénomène (voir la contribution de P. Cuvelier et Claude Sobry dans cet ouvrage).

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d'éléments jusqu'alors tenus à l'écart d'une conception classique du" patrimoine" émerge et s'intègre à l'espace des pratiques touristiques. L'objectif de ce chapitre introductif est de clarifier cette réalité émergente mais aux contours flous et aux appellations multiples. La diversité des concepts utilisés (tourisme industriel, tourisme technique, tourisme de découverte économique, tourisme de visites d'entreprise, tourisme de patrimoine industriel, ...) rend l'exercice délicat, voire ambitieux, mais nécessaire car les repères et les fondements posés par la définition constituent l'axe principal autour duquel s'élabore la compréhension du phénomène. Cette difficulté est d'autant plus importante que le tourisme est par essence un "fait social total" que tentent d'éclairer légitimement différentes disciplines (la sociologie, la géographie, l'économie, l'anthropologie. ..) avec leurs propres outils, leurs propres questionnements, leurs propres limites. L'originalité, le propos et peut-être l'ambition de cet ouvrage n'est pas de nier cette diversité d'approches mais bien au contraire de trouver en elle la possibilité d'offrir différentes facettes pour analyser la découverte du patrimoine industriel. I - Le changement général du paysage touristique En quelques décennies, le paysage touristique s'est profondément transformé. Parmi les mutations les plus importantes (Pierre Py, 1996, Françoise Potier, 1997), on peut signaler: 1. Une désaffection relative, mais réelle, de certains lieux touristiques traditionnels et l'apparition d'un plus large

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éventail de destinations (P. Cuvelier, 1998). La concurrence entre les stations touristiques s'accroît fortement. 2. Un rapport au temps qui s'est transformé. On perçoit une augmentation du nombre de vacances pÏ'ises durant l'année. Le fractionnement des périodes touristiques (le court séjour2) tend à remettre en cause la norme des grandes vacances d'été. C'est aussi le développement spectaculaire des mobilités de loisir dont le tourisme est une des principales composantes. 3. Une montée des voyages à thèmes (agritourisme, culture,...) et des séjours ciblés (sports, randonnées) autour de référents multiples (l'environnement, la ville,...). Plus généralement, le déplacement touristique se structure de plus en plus autour d'activités de loisirs diversifiées. On peut qualifier cette tendance de "segmentation du marché". Cette segmentation a été nourrie par l'accès à l'univers du tourisme de certains types de clients qui jusqu'ici n'y accédaient pas (les personnes âgées, les jeunes, les agriculteurs, les hommes d'affaire...). Cette montée s'explique par l'intérêt croissant manifesté pour les ressources culturelles et patrimoniales. 4. L'apparition du "sur-mesure" et d'une plus grande attention portée aux exigences du client qui acquiert progressivement une culture et une expérience du voyage. "Assurer un service personnalisé est considéré par la plupart comme le meilleur moyen d'attirer et de retenir la clientèle. C'est ainsi qu'il ne suffit plus pour une agence de fournir réservations et billetterie. L'agent de voyage moderne offre
2

. Le nombre de courts séjours effectués par les français a augmenté à un rythme
1994).

de 2% par an entre 1980 et 1985 et de l'ordre de 5% après 1985 (INRETS,

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d'autres services tels que l'information sur la destination, l'obtention du visa, la recherche de tarifs bon marché et la livraison à domicile" (O.M.T., 1990, p. 20). La progression du nombre d'organisateurs de voyage et d'agents de voyage tend à rendre le secteur plus concurrentiel. Parallèlement, les pratiques de loisir autonome (en particulier sous la forme de courts séjours), grâce à la multiplication des prescripteurs touristiques (guide de voyages, brochures touristiques, ...) et au développement des transports, ont connu une progression significative ces dernières années. 5. Enfin, la prise de conscience de la part des collectivités locales que de nombreux objets pouvaient devenir " patrimoine" et même" capital touristique" a également contribué à développer certaines pratiques originales. Le tourisme devient ainsi un instrument de promotion (voire un débouché significatif) pour une entreprise ou un territoire. Il peut participer à une politique de développement local en diversifiant ou en redéployant certaines activités. Si l'on cherche à résumer toutes ces tendances, on peut dire que le modèle des pratiques touristiques traditionnelles qui reposait sur l'offre d'un produit standard à des couches croissantes de population (à certains moments clefs de l'année) connaît une dégénérescence et qu'il est progressivement remplacé par un modèle de pratiques diversifiées fondé sur une offre de prestations plus riches. " Le modèle émergent ", comme l'indique F. Potier (1996, p. 18), "peut se formuler ainsi: plus souvent, plus diversifié, plus culturel". Dans sa version nouvelle, le tourisme s'adresse à toutes les catégories d'individu de la société puisque chacun peut y trouver une activité qui l'anime. Pour le dire autrement, le processus de démocratisation se poursuit

18

mais en liaison avec une étape de "démassification" des pratiques. Les lieux récepteurs se multiplient et les rapports aux temps se diversifient. Parmi ces transformations, comme le laisse entrevoir le " Rapport de Prospective sur la demande touristique" de 1998 du Commissariat Général au Plan, figure, à côté de formes touristiques renaissantes comme le tourisme vert ou le tourisme urbain, une forme plutôt surprenante de curiosité touristique, celle qui est tournée vers les sites industriels, les entreprises, les musées scientifiques, etc. Tenter de rassembler dans une même terminologie cette diversité de pratiques est un exercice délicat mais néanmoins nécessaire. II - Le tourisme industriel, le poids des mots Même si la plupart des articles, études, guides ou brochures portant sur le développement du tourisme industriel parlent de visites d'entreprise, de visites de musée technique, de tourisme technique, de tourisme de découverte économique, de tourisme de découverte du patrimoine économique (Les Cahiers Espaces n°57, 1998), il semble bien que ce soit le concept de "tourisme industriel" qui se soit imposé dans le langage pour rassembler l'ensemble de ces différentes pratiques touristiques3. Après nous être interrogé sur la pertinence de ce concept, nous tenterons d'en donner une définition. Tout d'abord, comme le précise Marc Boyer (1972), " Pour qui veut écrire sur le tourisme, le plus difficile est de le définir". Les recommandations proposées par
3

I

. De même, le concept de "tourisme vert" comprend différents types de tourisme comme le tourisme rural et l'agritourisme, ...

19

l'Organisation Mondiale du Tourisme lors de la conférence d'Ottawa en 1992 sont à cet égard révélatrices des difficultés qui existent encore pour approcher cette réalité. La définition du touriste (et non du tourisme) élaborée se présente en effet comme un concept fourre-tout4 qui fait finalement obstacle à toute identification réelle du tourisme. Ce thème est suffisamment traité par la littérature sur le sujet pour qu'on ne le développe pas dans le cadre de ce travail (M. Boyer, 1982, Paul Bodson et Jean Stafford, 1988). Nous retiendrons que le tourisme désigne des pratiques associées à un contexte d'éloignement temporaire du lieu de résidence pour des raisons de détente et (ou) des motifs à caractère socio-culture! (P. Cuvelier, 1998). En ce sens, il ne suffit pas de visiter une entreprise pour faire du tourisme industriel car cette visite peut être à caractère professionnel. Ainsi, l'envoi de missions de productivité aux États-Unis (des représentants du monde patronal, syndical et politique) après la seconde guerre mondiale pour percer le secret des hauts niveaux de productivité américains et les nombreuses visites effectuées à cette occasion n'appartiennent pas à l'univers des pratiques du tourisme industriel (Robert Boyer, 1999). Face à un concept ambigu et flou, il peut être utile, afin d'avancer dans son approche, de rendre compte de la diversité de points de vue, de discerner les traits communs et de délimiter les divergences d'opinion. Peu de travaux ont à notre connaissance tenté le difficile exercice de présenter une définition du concept de "tourisme industriel". Parmi les quelques tentatives figurent:
4

. En intégrant le tourisme d'affaires, la définition de l'O.M.T. cherche à

rassembler toutes formes de déplacement quelles qu'en soient les motivations ce qui, a priori, n'est pas satisfaisant (de même, en excluant l'excursionnisme motivé par l'agrément).

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A - L'approche de La Direction du Tourisme pour qui le tourisme industriel, scientifique et technique a pour objet " aussi bien la visite de certains musées ou d'entreprises que de certaines réalisations spectaculaires ou de certains sites comme la Cité des sciences et de l'industrie de Paris". Cette définition n'en est pas véritablement une puisqu'elle se contente d'énumérer les différents lieux où l'on peut pratiquer du "tourisme industriel ". L'inconvénient d'une" liste à la Prévert" est de prendre le risque d'oublier certains objets importants ou de gommer, par excès d'exhaustivité, des distinctions pourtant significatives. La visite d'un port, celle d'un terril ou d'une friche industrielle, entrent-elles, dans la catégorie" visite d'un site spectaculaire" ? Pour le dire autrement, quelles sont les pratiques touristiques qui n'entrent pas dans cette définition? La promenade sur la plage, la visite d'un musée, d'une ville, ou d'un monument pourrait fort bien trouver place dans cette définition (visite d'un site spectaculaire). Cette approche néglige en fait la prise en compte d'une caractéristique homogène qui pourrait rassembler ces différentes pratiques (et donc en exclure d'autres).Cette homogénéité permettrait ainsi de pouvoir étudier et analyser de manière plus approfondie un espace de pratiques touristiques émergent.
B - L'approche de l'association lN FOLIO proposée en 1998 se fonde sur la distinction de plusieurs catégories: le tourisme de découverte économique le tourisme de patrimoine industriel le tourisme scientifique

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Le tourisme de découverte économique rassemble les entreprises commerciales, industrielles, agricoles ou artisanales qui" mettent en tourisme" leur site. Le tourisme de patrimoine industriel correspond aux sites mis en tourisme, mais qui ne sont plus en activité. Cette catégorie comprend les écomusées, les musées de collection lorsque la collection a un rapport avec une activité industrielle, les musées de sites, les musées du territoire. Enfin, le tourisme scientifique comprend les sites qui ont un rapport avec les sciences (musées scientifiques, sites d'interprétation scientifique comme le planétarium, les parcs naturels, le patrimoine scientifique, les centres de la recherche scientifique, ...). Il nous semble cependant que cette définition échoue, au moins partiellement dans son projet et ceci pour plusieurs raIsons. En s'appuyant sur une classification, cette approche s'expose au risque de la non-prise en compte d'une catégorie. Par exemple, les activités de services (sauf les activités commerciales) ont été exclues des entreprises or, les centrales nucléaires, les compagnies de transport peuvent a priori être candidates pour l'ouverture de leurs entreprises. De même, la dimension patrimoniale n'est envisagée qu'à travers une dimension muséale. Sont exclus tous les sites qui n'ont pas souhaité ouvrir un musée ayant un rapport avec leur activité passée. Plus fondamentalement, il semble que toute définition du " tourisme industriel" qui s'appuie sur une classification

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des objets visités soit condamnée à échouer ou à se présenter comme partielle car ce qui caractérise les pratiques du tourisme industriel (comme pour les autres formes touristiques) c'est le rapport que les touristes entretiennent avec l'objet visité. Aucune entreprise industrielle ou artisanale, aucun site (port, fleuve, ... .) n'est touristique en soi, il le devient (d'où le danger des inventaires5). C'est le regard et le contexte qui importent et qui feront que certains visiteurs sont touristes et certains autres ne le sont pas. Le fait de se rendre à la brasserie du village ne constitue pas une pratique de tourisme industriel, elle ne le devient que si le contexte et l'individu peuvent se définir comme touristes. Finalement, ce qui rassemble la visite d'un port, d'une entreprise, d'un site minier, d'un écomusée ou d'une cité des Sciences c'est à la fois le contexte dans lequel se déroule la pratique touristique (qui doit être un contexte de loisir) mais aussi le type d'objets visités. Ces objets ont pour particularité d'entretenir un rapport plus ou moins fort avec l'histoire économique et sociale (et la culture qui est attachée à cette histoire) passée, présente ou future. Ils appartiennent au patrimoine économique et social, entendu au sens d'un ensemble d'objets et de produits auxquels une collectivité attache de la valeur parce qu'il s'agit de réalités qui témoignent de l'identité de cette collectivité en établissant un lien temporel entre le passé de cette collectivité et son présent

5

. Qui aurait-pupenser que les centralesnucléaires,les vieilles usines, les champs

de batailles en action allaient devenir des objets de curiosité? Demain il faudra peut être compter la lune, les bidonvilles du Tiers-Monde, comme objet de curiosité touristique.

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et Iou entre son présent et ce qu'elle imagine de son avenir6 (P. Cuvelier, Emmanuel Torres et Jean Gadrey, 1996). Ce patrimoine comprend donc à la fois des savoir-faire ancestraux, des technologies nouvelles, mais aussi des bâtiments, des sites industriels, des canaux, des témoignages de l'histoire des rapports sociaux. Il s'inscrit au sein d'un territoire qui peut, parce que les activités économiques et sociales qui s'y sont déployées l'ont significativement façonné et transformé, devenir un élément en soi' du patrimoine (on peut penser à des mines, des canaux,. . .). Par ailleurs, le concept" d'industrie" ne fait pas l'objet d'un consensus de la part des chercheurs. Originellement, ce concept vient du latin" Industria" et renvoie à la notion d'activité, de savoir-faire, d'habileté à faire quelque chose. L'évolution de la langue française a eu tendance à faire dériver ce mot pour progressivement désigner un secteur d'activité caractérisé par la production de biens et par la possibilité d'obtenir des gains de productivité (donc de rationaliser le processus de production). Une activité industrielle est donc une activité qui se déroule dans une manufacture et qui transforme ou combine la matière pour obtenir des biens. Ainsi, on désigne, depuis Jean Fourastié (1949), le secteur secondaire (industriel) comme celui qui fournit les biens et le secteur tertiaire comme celui qui fournit les prestations de services. Or les transformations du système productif ont eu tendance à perturber ce découpage..
. Cette approche du patrimoine rompt avec la conception classique du patrimoine (Françoise Choay, 1992) qui perçoit le patrimoine comme un ensemble d'objets qui appartient à l'histoire, c'est à dire qui entretient un lien avec le temps passé. Dans notre conception, le patrimoine industriel comprend à la fois un patrimoine ancien et un patrimoine vivant c'est à dire en activité voire en devenir.
6

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L'industrialisation de certains services7 (banques, ..) ou la standardisation de certaines composantes (restauration, ...) ont rendu problématique d'attacher le caractère industriel aux seuls biens (Jean Gadrey, 1992). De plus, même si l'ouverture des grandes entreprises industrielles et de hautes technologies est largement plus médiati~ée que pour les entreprises artisanales, force est de constater que la majorité des entreprises qui sont effectivement ouvertes à la visite relèvent du secteur agroalimentaire ou artisanal. C'est-à-dire de formes d'organisation plus traditionnelles et où ce qui est mis en avant relève davantage des savoir-faire, des façons de travailler la matière, . ..et non d'organisation standardisée où la place du travail est réduite à sa plus simple expression. Finalement, nous pouvons nous demander si le concept " industriel" tel qu'il est employé dans l'expression "tourisme industriel" n'est pas un " concept nomade" qui se transforme avec le temps. El?-ce sens, le concept" d'industria " ne recouvre que partiellement les objets concernés par le tourisme industriel. Il dépasse en effet les savoir-faire et les activités pour s'intéresser également aux cadres, aux lieux, aux bâtiments, à la mémoire socio-économique d'une époque (qui peut, de surcroît, ne pas correspondre à la période de la grande industrie mais qui peut caractériser certaines activités d'une société post-industrielle ). Nous définirons par conséquent le " tourisme industriel" comme: l'ensemble des pratiques touristiques
7

. Cela consiste à organiser la production des services selon un modèle de

fabrication industrielle, c'est à dire en standardisant les services pour pouvoir les produire en série (avec appui sur des systèmes techniques qui standardisent les procédés).

25

dont les motifs de déplacement sont la découverte8 des " Mondes du travail" passés, présents ou futurs, c'est à dire de l'ensemble des lieux, des techniques, des organisations et des cultures liés au travail9. Cette définition large que nous avons proposée fait du tourisme industriel une activité qui peut prendre différentes formes au contenu très diversifié. C'est la raison pour laquelle, on peut essayer pour affiner notre approche de construire une typologie dont l'objectif serait de repérer les différents modes d'organisation du "tourisme industriel". Les deux axes qui pourraient former notre typologie peuvent se construire: en établissant une distinction entre les lieux où l'activité touristique est organisée et ceux où elle ne l'est pas. Elle peut être organisée dans l'entreprise, sur un site sous la forme d'une visite (Perrier, Caves de Champagne, ...), sous la forme d'une création muséale (écomusée), ou sous la forme d'une" touristification" du lieu par des brochures, des guides, des événements, des panneaux indicateurs qui construisent et transforment le lieu en un espace touristique (Le" sightseeing" au sens de Dean MacCannell, 1989).

8

.

Cette découverte peut être plus ou moins active et prendre la forme d'une
L'essentiel est que cette

simple promenade autour d'une friche industrielle. découverte se fasse dans un contexte touristique.

9 . En ce sens, s'intéresser à la culture ouvrière ou aux clubs sportifs attachés à celle-ci peut être intégré au patrimoine industriel. On pourra par exemple se reporter, dans cet ouvrage, à la contribution de Michel Raspaud.

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en différenciant les types de support qui font l'objet d'une mémoire collective en deux sous-catégories ceux qui sont en activité que l'on pourrait qualifier de "Patrimoine Vivant" (entreprises, musées, port.. .) et ceux qui ne le sont plus que l'on pourrait qualifier de "Patrimoine industriellement mort" (friche industrielle, ...) Par ce croisement apparaissent quatre formes de tourisme qui, toutes correspondent à une dimension du "tourisme industriel" tel que nous l'avons défini. Activités touristiques Activités Organisées touristiques nonorganisées Entreprises ouvertes Entreprises " Patrimoine occasionnellement à la visite industriel Vivant" ouvertes à la visite Ecomusées, Promenade autour " Patrimoine Site minier animé, industriellement d'une friche, d'un abandonné, ~uséestechniques canal mort " éléments du paysage ... . Chacune de ces formes possibles de "tourisme industriel" correspond à un type pur. En ce sens, dans la réalité, le degré d'organisation de l'activité touristique peut varier considérablement d'une structure à une autre, de même le caractère" vivant" du patrimoine peut fluctuer au cours du temps. Il est donc à parier que bon nombre d'entreprises se situent davantage à l'intersection de ces activités. Pour autant, une telle typologie est éclairante. Elle permet de repérer les tendances de fond qui animent le patrimoine industriel (1'organisation croissante de bon nombres d'activité autour du patrimoine), l'évolution et le poids

27

qu'occupe telle ou telle forme de "patrimoine industriel ". De plus, les logiques d'acteurs (sources de financements, objectifs, ...), les motivations des touristes et les pratiques de ces différentes patrimoines sont différentes pour chacune de ces formes. C'est à un approfondissement empirique et théorique de ces différentes logiques d'organisation du " patrimoine industriel" qu'il faudrait travailler. Les contributions de cet ouvrage ont pour objectif d'éclairer ces différentes logiques en mobilisant différents champs disciplinaires. Certaines se présentent comme des réflexions générales sur une ou plusieurs dimensions du "patrimoine industriel" et d'autres prennent plutôt la forme d'études de terrain venant éclairer un aspect particulier. Les différentes contributions qui suivent se présentent donc comme autant d'approches partielles, qui réunies, esquissent les contours de notre objet, réfléchissent aux enjeux et aux défis qui l'attendent, et proposent certaines pistes d'interrogations. Cet ouvrage est, semble-t-il, le premier spécifiquement consacré à ce thème en France. Ce mérite s'accompagne donc des limites propres à un champ d'investigation encore peu approfondi. Nous espérons ainsi ouvrir un vaste espace de réflexions, d'échanges et de débats.

Repères bibliographiques: Bodson Paul et Stafford Jean (1988), "Le paradigme économique en tourisme", Revue Téoros, Montréal, volume n07, p. 3-5. Boyer Marc (1972 et 1982), Le tourisme, Paris, Éditions du Seuil. Boyer Robert (1999), La dynamique longue du capitalisme, Paris, La découverte.

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