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Le travail collaboratif

De
209 pages
Le travail collaboratif se présente comme une innovation dans l'organisation productive, les travailleurs collaborent via l'ordinateur pour la conception du produit et l'exécution de différentes tâches. Les performances inouïes en matière de vitesse d'exécution, de capacités de stockage, échappent à toute tentative humaine d'encadrement préalable. Le travail collaboratif renvoie aux valeurs d'autonomie et de responsabilité. Au management donc de le comprendre...
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Le travail collaboratif
Une innovation générique

Marché et Organisations
Cahiers d'Economie et de Gestion de la Côte d'Opale Cahiers d'économie et de gestion thématiques dont le but est de promouvoir la recherche originale sur les relations de plus en plus étroites qui se tissent entre le marché et les organisations. Les acteurs économiques de taille, de puissance et de pouvoir différents dont les intérêts peuvent être convergents, complémentaires ou, le plus souvent, antagoniques, ont tendance à organiser les marchés. La raison du marché, pourtant, est la référence stratégique pour l'entreprise ainsi que pour les institutions publiques de décision économique. Marché et Organisations. Cahiers d'Economie et de Gestion de la Côte d'Opale questionne l'actualité entrepreneuriale et révèle les liaisons inter temporelles qui font évoluer la formation économique. Les articles proposés: - 45000 signes, espaces, notes, bibliographie, tableaux, figures et annexes compris, - soumis en deux exemplaires à Dimitri Uzunidis, Maison de la recherche en sciences de l'homme, Lab.RII, 21, Quai de la Citadelle, 59140 Dunkerque. Sont acceptés pour évaluation des articles mono ou multidisciplinaires... Economie, Gestion, mais aussi Droit, Sociologie, Histoire selon le thème du Cahier. Marché et Organisations. Cahiers d'Economie et de Gestion de la Côte d'Opale est une publication sous la responsabilité éditoriale du Laboratoire de Recherche sur l'Industrie et l'Innovation de l'Université du Littoral Côte d'Opale (EA 3604) Directeur de publication: Dimitri Uzunidis Comité de rédaction: Sophie Boutillier (économie), Gérard Dokou (gestion), Blandine Laperche (économie), Pierre Le Masne (économie), Clotaire Mouloungui (droit), Dimitri Uzunidis (économie), Eric Vernier (gestion) Tél: +33 3 28 23 71 35 Email: labrii@univ-littoral.fr URL : http://riLuniv-littoral.fr

Sous la direction de

Serge Le Roux

Le travail collaboratif
Une innovation générique

L'Harmattan

@ L'HARMATTAN, 2009 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@Wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-09160-3 EAN : 9782296091603

SOMMAIRE
PRESENTATION. . . .. . ... . . . . . . . . . . .. .. . .. . . . . . .. . . . . . . . .. Serge LE Roux ..Il

LE TRAVAil COllABORATIF : DES IllUSIONS A D'EVENTUELS
POSSiBLES

... ...

...

...15

Jean-Pierre DURAND 1. Ce qu'est et ce que n'est pas le travail collaboratif 2. Le retour de l'autonomie et du sens avec le travail collaboratif ? 3. De quelques contraintes adoucies dans le travail collaboratif 4. Un travail collaboratif autrement? TRAVAil COllABORA TIF, RESEAU ET COMMUNAUTES. ESSAI D'ANALYSE A PARTIR D'EXPERIENCES SINGUlIERES... ... ...29 Sophie BOUTILLIER, Claude FOURNIER 1. Travail collaboratif, réseaux et communautés de pratiques? 2. Une étude de cas: le Club des Dirigeants du Nord-Pas de Calais ROLE DES OUTilS COllABORATIFS DANS lA REDUCTION ET LA COMPENSATION DES ASYMETRIES RELATIVES AU PROCESSUS DE TRANSFERT DE TECHNOLOGIE; ETUDE DE CAS SUR lA NOUVEllE POLITIQUE ONERA-PME... .., ... ... ...59 Florin PAUN, Philippe RICHARD 1. Spécificités du domaine aérospatial et de défense 2. Relations Onera-PME 3. Le point de vue des PME - Evolutions et Perspectives

LES FREINS AU TRAVAIL COLLABORATIF... Christine GANGLOFF-ZIEGLER 1. Le contexte organisationnel 2. Les freins individuels au travail collaboratif 3. Les freins collectifs au travail collaboratif

... ...

95

UNE NOUVELLE FORME D'ORGANISATION DU TRAVAIL COLLABORA TIF: LES COMMUNAUTES DE PRATIQUE... ... ..113 Alain GRESSIER 1. Principesfondateurs d'une communauté de pratique 2. Approche théorique des communautés de pratique 3. La mise en oeuvre: construire, animer et développer une communauté 4. Rôles et attitudes des usagers professionnels 5. Uneforme d'autorité de la compétence
LE DROIT DU TRAVAIL COLLABORATIF POUR UN

DEVELOPPEMENT

DURABLE

... ... ... ... ... ... ...

... .135

Christine BAUDOIN, Aurélie SMADJA 1. Travail collaboratif et relations individuelles de travail 2. Travail collaboratif et relations collectives de travail QUELS SUPPORTS INFORMATIQUES POUR UN TRAVAIL COLLABORA TIF DURABLE 1 Arnaud LEWANDOWSKI, Grégory BOURGUIN 1. Les SHS et le TCAO 2. La co..évolution

155

LE TRAVAIL COLLABORATIF, UN AVENIR DU TRAVAIL DANS LE DEVELOPPEMENT DURABLE ... .,. ... ... ... ... ... .171 Serge LE Roux 1. Le travail collaboratif, élément d'une alternative crédible à la thèse de la décroissance 2. Le travail collaboratif, un moyen unique d'intégrer la dimension écologique dans chacun des actes productifs

RESUMES
LES AUTEURS

...

...201

...
10

... ...205

PRESENTATION

Serge LE Roux
Le travail collaboratif se présente comme une innovation désormais générique dans l'organisation productive. On peut effectivement considérer que le nouveau mode d'activité qu'il signale se présente comme une mise en correspondance, au plan du travail, des nouvelles ressources issues de la révolution de l'électronique et de ses multiples développements ultérieurs, dans le traitement et la circulation des données. Le travail collaboratif tient de la nécessaire construction, dans et par les directions d'entreprise, d'une réponse appropriée, en termes de structuration du contenu des actes de travail, face à la question inédite, dans la production, d'une complexité qui échappe aux possibilités de maîtrise a priori des processus et de constitution des prescriptions opératives, qui formaient le cœur de la pratique managériale de l'ère industrielle. Cette complexité dépassante est, elle-même, issue de l'immatérialisation croissante de la production des biens et des services. Les performances inouïes des instruments électroniques, en matière de vitesse d'exécution des opérations et de capacités de stockage sont telles qu'elles échappent à toute tentative humaine d'encadrement préalable. La confiance dans l'action des opérateurs

devient, dès lors, une réalité objective, qui est certes à canaliser (et, dans la plupart des cas, effectivement canalisable) mais qui ne plus peut être centralisée comme elle l'était dans le paradigme taylorien du travail prescritl. On voit que le champ des questions est particulièrement vaste, qu'il interroge nombre d'acquis de la pensée économique. Le travail d'analyse est entrepris et il faut, ici, remercier vivement ceux et celles qui ont accepté, il y a un peu plus d'un an, de participer à ce mouvement de [e Travail Collaboratif (QETC) et, particulièrement, les principaux animateurs de ce réseau: Bruno Bichara, Christine Gangloff-Ziegler, Christian Ollivry, Florin Paun. Lors du Forum de ['Innovation, tenu à l'Université de Poitiers, en mars 2008, un atelier spécifique a abordé ces questions3 et permis des échanges croisés entre trois approches disciplinaires, le droit, l'informatique et l'économie, peu habituées à se rencontrer. Même si le domaine de recherche reste encore peu traversé, il a semblé que les résultats partiels obtenus pouvaient néanmoins être d'ores et déjà présentés à la communauté scientifique. Il va de soi qu'il s'agit là d'un appel à la
1 Sur les aspects théoriques de cette question, on pourra se reporter aux études: "Temps et subsomptions d'hier et d'aujourd'hui. La situation actuelle des conflits sociaux", Les Cahiers du Lab.RIl, n° 70, novembre 2003 ; . "Le travail collaboratif, lancement d'un programme d'analyse économique: Vers une définition de la poly-autonomie", à paraltre prochainement dans Les Cahiers du Lab.RIl. Le réseau QETC associe plusieurs dizaines de participants, universitaires, industriels, consultants. Son mode de fonctlonement est collaboratif: une question par mois, des contributions, des discussions et une synthèse. Le rapport d'activité du réseau pour l'année 2008, peut être obtenu sur simple demande à : le.roux.sergecmwanadoo.fr . Trois communications y furent présentées par Aurélie Smadja, Arnaud Lewandowski et Serge Le Roux. Dans le cadre du même Forum, une autre communication fut présentée à Tacoma (Washington, USA) dans l'atelier "Networked Enterprises, Networks of Firms": "Clusters: a Need of Innovation in the Organization and the Content ofWork", 16 mai 2008. 12

recherche, au sein du Réseau @,uestions Expériences sur

-

réflexion et à l'ouverture de débats. Les travaux de ce petit groupe de précurseurs, qui occupent les pages qui suivent, montrent déjà la richesse de la perspective: un sociologue, des économistes, des ingénieurs, des spécialistes des sciences de l'éducation ou de l'informatique, des juristes ont investigué leurs disciplines respectives pour les soumettre à la problématique du travail collaboratif. Le lecteur sera juge, mais il nous a semblé que cette première moisson était globalement plutôt joyeuse. On doit d'abord remercier Jean-Pierre Durand, qui fait ressortir le paradoxe d'une auto-organisation grandissante des opérateurs entre eux, dans un contexte de renforcement des contraintes de travail: une réponse possible à cette incongruité apparente serait à chercher dans l'objectivation, le plus souvent invisible, du travail même des managers. On imagine sans difficultés que de telles conditions d'introduction du travail collaboratif dans les organisations peuvent créer des situations antagoniques voire agonistiques. Christine Gangloff-Ziegler, spécialiste en sciences de l'éducation, s'est attachée au repérage des divers obstacles que rencontre, de fait, cette innovation sociale pour pénétrer les organisations productives. Forme inédite de l'activité productive humaine, le travail collaboratif implique l'émergence de formes nouvelles de relations sociales et de rapport salarial. Christine Baudoin et Aurélie Smadja engagent une réflexion sur ces effets possibles dans le domaine du droit. Le travail collaboratif ne peut exister que si les outils informatiques permettent sa mise en oeuvre et ses développements. Arnaud Lewandowski et Grégory Bourguin abordent cette dimension qui combine une approche technique avec le contexte de l'activité, au sens de la relation qui s'instaure entre les utilisateurs et leurs systèmes. Cet entourage de la question Travail collaboratif, est tout à fait nécessaire; et le champ de recherche n'est 13

encore que très récemment ouvert. Ceci posé, il reste que des pratiques effectives sont déjà repérables, et donc passibles de l'examen scientifique. Trois expériences sont proposées dans cet ouvrage: Florin Paun et Philippe Richard, chercheurs à l'Onera\ exposent la politique d'un grand organisme public de recherche, qui inaugure des voies nouvelles dans ses rapports avec ses PME partenaires; Alain Gressier recadre la démarche collaborative dans un ensemble encore mal connu en France, les communautés de pratique; Sophie Boutillier et Claude Fournier analysent l'expérience concrète de la mise en place d'une structure réunissant universitaires et chefs d'entreprise. Enfin, l'ouvrage comporte une tentative de mesurer le caractère générique du travail collaboratif: sur une question qui préoccupe l'ensemble des acteurs, l'avenir de la planète, on s'interroge sur le point de savoir si le travail collaboratif peut jouer, en ce domaine particulier, un rôle positif. Le travail collaboratif renvoie, pour tous ceux qui s'engagent dans ces voies, aux valeurs d'autonomie et de responsabilité. Les auteurs du présent ouvrage ont essayé de répondre à ces exigences.

4

Office national d'études et de recherches aérospatiales
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Le travail collabora tif : des illusions à d'éventuels possibles

Jean-Pierre DURAND

Chacun s'accorde à dire, à propos du travail collaboratif, que ce n'est pas l'émergence d'un nouveau concept qui conduit à ce que la réalité soit différente du passé. Et tout un chacun de rappeler que la collaboration est une constante dans le travail des hommes. Alors quel est l'effet taxinomique d'un tel concept? Quelle est la part de nouveauté du réel que décrit ou que désigne le terme de travail collaboratif? La première réponse porte sur l'intensification du recours aux technologies de l'information et de la communication (TIC) ; mais il y a évidemment plus à travers de nouvelles formes d'organisation du travail- voire de la production des
biens et des services

-

permises par les TIC qui mettent

en relation étroite des hommes et des femmes. L'intérêt de l'analyse du travail collaboratif se déplace de ses modalités de mise en œuvre vers les significations

des transformations de l'organisation du travail. L'analyse doit porter à la fois sur les changements organisationnels et sur les perceptions qu'en ont les intéressés et, en premier lieu, les travailleurs, qu'ils soient salariés ou indépendants. Les deux niveaux s'interpénètrent nécessairement, appartenant tous deux à la réalité sociale: on tentera quand même de les distinguer quand ce sera possible. Au lieu d'interroger directement le travail collaboratif et son contenu ou son organisation, nous chercherons à comprendre à quoi il sert et qui il sert. Après une courte introduction définissant quelques concepts et présentant la thèse globale, nous observerons les avantages que peuvent en tirer les travailleurs. Les développements critiques relatifs au travail collaboratif apparaîtront plus longs car ils permettent de comprendre le sens des évolutions du travail dans le capitalisme contemporain: il sera alors temps d'avancer quelques propositions pour que le travail collaboratif conduise à un renouvellement des contenus du travail. Ce qu'est et ce que n'est pas le travail collaboratif Nombre d'analyses entendent définir le travail collaboratif comme, avant tout, la mise en place d'une organisation horizontale du travail avec un partage des responsabilités et un engagement uniforme des participants pour une réalisation commune: il s'agirait de « maximiser l'énergie créative lors de projets d'envergure, sans l'organisation hiérarchisée traditionnelle (...) en collaboration du début à la fin, sans diviser les tâches» (un internaute). Une telle vision angélique peut s'appliquer à des activités gratuites, dans des associations par exemple ou dans l'écriture d'une encyclopédie sur le net. Mais, peut-elle caractériser une situation de travail subordonnée (salariée ou contractuelle)? Certainement pas. Car le travailleur enserré dans un réseau voit nécessairement son travail orienté par les finalités de l'employeur ou du donneur d'ordre. Dit autrement, tout réseau, même informatisé et doux dans sa mise en œuvre, possède une 16

tête de réseau qui oriente et définit le travail de chacun à l'intérieur du collectif de travail. Ce n'est pas parce que chacun possède la seule vue latérale du travail de ses collègues que le réseau est une entité horizontale. Bien au contraire: la subtilité de l'entreprise en réseau est de donner aux acteurs l'illusion de l'horizontalité, au plus grand bénéfice de l'organisateur du réseau, qu'il s'agisse d'un bénéfice économique ou symbolique. L'illusion colportée du travail en réseau, et ici du travail collaboratif, n'est pas sans rappeler les faux espoirs mis dans les années 80 dans la « 3e Italie» et dans ses districts économiques qui proposaient une nouvelle organisation économique: il fallut bientôt déchanter pour se rendre compte que ces formes économiques n'étaient guère qu'une étape transitoire, certes renouvelée, vers le capitalisme globalisé (Durand, 1991). Le travail en réseau n'empêche pas la segmentation du travail, puis la recomposition des résultats du travail de chacun, par un centre qui est le seul acteur à disposer d'une vue globale du projet ou de l'activité pour l'orienter et en mesurer la valeur. Ainsi, le travail collaboratif, fondé sur une organisation réticulaire n'a que l'illusion de l'horizontalité lorsque son champ d'application est l'entreprise capitaliste ou ses institutions publiques d'accompagnement. Que ce soit à l'aide de collecticiels (groupware) dans le travail d'ingénierie simultanée ou concourante, que ce soit à travers le management par projet, ou que ce soit l'écriture de logiciels dans des « ateliers de logiciels », le travail collaboratif apparaît comme une mise en convergence contrôlée des activités individuelles. Dans tous les cas, les chefs de projets et les responsables de sous-projets organisent le travail des équipes qui travaillent avec et pour eux : la collaboration étroite des individus ou des équipes qui utilisent la ou les mêmes bases de données et qui échangent entre eux des informations et/ou l'état d'avancement de leurs travaux, ne doivent pas masquer le suivi rigoureux que le « centre» opère sur eux en terme de timing (et au-delà en terme de coûts). En effet, le chef de projet et ses adjoints pour les 17

sous-projets a un impératif de réduction des temps (dans la course à l'innovation et au renouvellement de l'offre de produits et de services). La dépendance des uns des autres dans le travail collaboratif entraîne une nouvelle contrainte que l'intérêt dans le travail collectif ne saurait masquer. Cette contrainte est celle de l'uniformisation des rythmes de travail et de rendu des résultats: car aucun retard d'un élément de la chaîne ne peut être toléré puisqu'il pénalise tout le monde et retarde le projet collectif ou la production du bien ou du service. Ce qui montre bien en quoi, dans le travail collaboratif, sont mis en œuvre tous les ingrédients du flux tendu, à savoir la pression des collègues sur chacun pour ne pas mettre en cause la tension du flux, dont la caractéristique essentielle est de ne pas disposer d'encours entre les stations de travail qui pourraient amortir les fluctuations de l'efficacité de chacun (Durand, 2004). Ici chaque maillon doit rendre, en temps et en heure, le résultat attendu, de qualité, afin de permettre aux autres d'avancer sur le programme collectif. Il faut rappeler que ce travail collaboratif se déroule la plupart du temps sous contrainte de réduction des coûts, donc avec des effectifs calculés a minima face à la charge de travail. Plus encore, la plupart des travailleurs engagés dans le travail collaboratif sont engagés dans plusieurs projets à la fois ou dans plusieurs programmes. Alors le travail collaboratif, contrairement à une première approche qui se contenterait d'observer le travail immédiat lié à un projet, apparaît comme divisé, éclaté (contrairement à son essence première) : la multiplication des appartenances à des projets ou à des programmes peut faire du travail collaboratif un entassement de micro-activités qui font largement disparaître le sens du travail pour le transformer en une nécessité de micro-objectifs à atteindre. Le travail collaboratif s'appliquant plutôt au travail intellectuel, comme on vient de le voir, apparaît comme un moyen de le rationaliser. Or la rationalisation du travail intellectuel est bien plus difficile que la rationalisation du travail manuel: l'observation attentive des gestes humains peut conduire à leur remplacement par la machine ou, si 18

cette substitution est trop onéreuse, à une organisation des activités qui permettent d'économiser l'énergie et le temps humains. Concrètement, la rationalisation du travail manuel peut conduire à des excès avec la multiplication par exemple des TMS; mais on peut dire qu'elle est connue des ergonomes et des organisateurs du travail: on pense ici d'abord aux métiers du montage automobile, des appareils ménagers ou électroniques et ceci se vérifie pratiquement dans toute l'industrie voire dans les services. En revanche, la rationalisation du travail intellectuel est beaucoup plus difficile à concevoir et à mettre en œuvre puisqu'il faudrait déjà connaître les cheminements de pensée pour atteindre l'objectif; or ces cheminements diffèrent d'un individu à un autre. Par ailleurs, plus que pour rationaliser le travail manuel, la rationalisation du travail intellectuel exige une adhésion subjective du travailleur aux objectifs de sa tâche ou de sa fonction. De ce point de vue, le travail collaboratif fournit certainement une heureuse solution en mobilisant les salariés (ou les autres travailleurs) à travers l'émulation et le caractère plus ou moins ludique du travail collectif d'une part et, d'autre part, en exerçant un contrôle quelquefois à peine visible sur l'exécution du travail. C'est cette double nature du travail collaboratif que nous allons maintenant examiner. Le retour de l'autonomie et du sens avec le travail collaboratif ? Le travail salarié est aliéné, selon Marx, puisque le résultat du travail n'appartient pas à son producteur, mais à autrui, détenteur des moyens de travail. Or, le salarié sera d'autant plus efficace qu'il aura l'impression de travailler pour lui et non au bénéfice d'un autre. De plus, le travail intellectuel exige une mobilisation ou une motivation réelles des salariés bien plus grandes que celle des travailleurs manuels puisque le contrôle de leur travail s'avère plus difficile que le suivi du travail manuel. En effet, la créativité ou l'innovation, dans l'activité 19

intellectuelle dont c'est la raison d'être, reposent sur une communauté d'objectifs des acteurs engagés dans le processus productif (salariés, entreprise, propriétaires de la société). Le travail collaboratif ne fournit-il pas les conditions d'un travail pour soi? L'absence immédiate de l'encadrement dans le déroulement de l'activité ne conduit-elle pas à une auto-organisation du travail qui laisse poindre l'idée de liberté? Ainsi, le travail collaboratif, parce qu'il recourt aux TIC (communication et stockage de l'information) déconnecte le travailleur de son collectif en n'exigeant plus la simultanéité des opérations entre membres dudit collectif. C'est sa qualité première. Les TIC - et ici le travail collaboratif - permettent au travailleur de se libérer des contraintes de temps et de lieu pour atteindre ses objectifs. Le travail en lieu partagé, qui permet à l'individu d'exercer son activité dans l'entreprise, à domicile, dans les moyens de transport ou dans une résidence de vacances, constitue un élément central du changement du rapport à l'objet travail. La libération de l'espace signifie aussi la libération des contraintes horaires: le travailleur peut exercer sa profession en dehors des moments forts de sa vie sociale, par exemple familiale ou associative. Ces potentialités qui, souvent, ne l'empêchent pas d'adopter des heures de bureaux chez lui, sont sources d'un puissant sentiment d'autonomie, voire de liberté, qui sont la première condition d'une mobilisation probable au travail. L'un des membres d'une société de crédit automobile nous déclarait au début des années 80, à propos du télétravail à domicile dont il était un éminent promoteur à la Sovac: « chacun doit travailler à son rythme biologique et les rythmes diffèrent d'un individu à l'autre: seul le travail à domicile fournit le cadre d'un travail adapté à son propre rythme ». D'autres entreprises comme les Mutuelles unies de Belbeuf ont développé, dans la même décennie, l'idée du travail à domicile comme récompense du salarié: ainsi quelques dizaines de salariées étaient autorisées à travailler le mercredi chez 20