LE TRAVAIL DANS LA NOUVELLE ÉCONOMIE

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Dans le domaine économique, Internet se présente comme un outil d'information, de commerce et de gestion de tout premier plan offrant aux entreprises de nombreux services interactifs. Mais Internet est aussi un formidable outil de " domestication du facteur travail ". Les auteurs ont mené une réflexion commune sur les rapports entre le travail, les Nouvelles technologies de l'Information et ce qu'il est convenu d'appeler " nouvelle économie ". les perspectives qu'Internet ouvre aux entreprises sur le plan de la gestion et des ressources humaines, butent parfois sur les règles juridiques d'application des nouvelles technologies.
Publié le : vendredi 1 février 2002
Lecture(s) : 259
EAN13 : 9782296277632
Nombre de pages : 150
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Le travail dans la nouvelle économie

Collection Économie et Innovation
dirigée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis
Dans cette collection sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Ces ouvrages s'adressent aux étudiants de troisième cycle, aux chercheurs et enseignants chercheurs. Les séries Krisis, Clichés et Cours Principaux font partie de la collection.
La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens et de compilations de textes autour des mêmes questions.

La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations (responsable: Blandine Laperche) La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples et fondamentaux qui s'adressent aux étudiants des premiers et deuxièmes cycles universitaires en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas ».

MARC RICHEVAUX Mihail CALCIU Éric VERNIER

LE TRAVAIL DANS LA NOUVELLE ÉCONOMIE
aspects de gestion et de droit

INNOVAL 21, Quai de la Citadelle 59140 Dunkerque, France Éditions L'Harmattan L'Harmattan INC. 5-7, rue de l'École Polytechnique 55, rue Saint-Jacques 75005 Paris, France Montréal (Qc), Canada H2Y lK9

~L'Hannattan,2001
ISBN: 2-7475-1906-6

INTRODUCTION
Nouvelle économie et droit social: entrée dans le 3e millénaire ou retour au XI~me siècle?

L'actualité économique et financière semble dominée par les bouleversements touchant les sociétés appartenant au secteur des technologies de l'information et de la communication, lequel représente en France 5% du PIB. Les consommateurs, un peu, les grandes entreprises, beaucoup, commencent à rêver aux promesses du commerce électronique.
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Grâce à l'apport des nouvelles technologies de l'informa-

tion et la communication l'entrée dans le troisième millénaire verra l'avènement d'une société de l'information vecteur d'une nouvelle économie synonyme de plus values boursières, encore que les plus values boursières espérées disparaissent, et, avec elle, la croissance économique. Cette société serait de nature à transformer nos façons de penser, d'agir, de se former, de travailler et à modifier la place du travail dans la société. L'irruption massive des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) en général et d'Internet en particulier dans la société et dans les entreprises aura des conséquences sur le travail et sur la façon d'appréhender la place de celui-ci dans la société. Celle-ci pourrait bien, si l'on n'y prend garde, s'avérer plus proche de ce que l'on a connu au XIXème siècle que d'un 3e millénaire, de progrès social rendu possible par le progrès technique. On constate en effet aujourd'hui, qu'aux yeux des décideurs, la dimension financière tend à devenir la seule qui soit importante, au détriment des autres considérations managériales.

Ainsi le prix du travail s'effondre. La réduction des coûts de production obtenue par l'embauche de robots et d'ordinateurs cède du terrain face à l'utilisation flexible de la maind'œuvre. Les NTIC sont un moyen d'accélérer ce processus d'utilisation flexible de la main-d'œuvre comme moyen de réduction des coûts de production. C'est aujourd'hui devenu un lieu commun que de dire que ces derniers temps, on a assisté à un développement exponentiel d'Internet, c'est-à-dire d'un réseau spécialisé dans l'information qui permet d'échanger des documents électroniques, des données informatisées, des informations économiques, des images ou encore du son. Dans le domaine économique, Internet se présente comme un outil d'information et de gestion de tout premier plan offrant aux entreprises de nombreux services interactifs: marketing en direct, publicité, affichage commercial, tarifs, y compris des possibilités de mises à jour automatiques, documentation technique, base de données à forte valeur ajoutée et bien d'autres choses encore. Internet, donne maintenant un accès de plus en plus rapide à une information de plus en plus fiable. L'Internet peut être un formidable outil pour augmenter la productivité des entreprises et améliorer leur gestion. Pour toutes ces raisons bon nombre d'entreprises ont déjà fait le choix de se connecter au réseau ou s'apprêtent à le faire dans un avenir plus ou moins proche. Cependant, malgré un discours généralisé présentant les nouvelles technologies comme une révolution majeure, comparable à la révolution industrielle du XIXème siècle, il semblerait qu'il soit nécessaire de le relativiser. La révolution industrielle du XIXème siècle a permis une augmentation considérable de la productivité et le développement du tissu économique occidental mais en éludant la question du progrès social. On peut se demander si les nouvelles technologies de l'information, fondement de cette économie qu'il est convenu de qualifier de nouvelle apportent vraiment quelque chose de réellement nouveau? Lorsque les vélos avaient des cadres en bois on pédalait beaucoup pour avancer peu, lorsque sont apparus les cadres en titanes on pédalait beaucoup moins pour avancer beaucoup plus vite. Cela ne change rien au fait qu'il faut toujours un homme qui pédale pour faire avancer un vélo.

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Les NTIC suivent le même process qui permet de faire plus vite et "mieux" ce qui se faisait déjà avant leur apparition. La nouveauté est souvent plus apparente que réelle. Sur le plan juridique les nouvelles technologies sont présentées comme une telle nouveauté que beaucoup réclament un nouveau droit indispensable pour prendre en compte le phénomène constitué par cette révolution annoncée. Cette demande n'est jamais qu'une demande de dérégulation qui n'a rien de nouveau. Elle existait déjà bien avant l'apparition des NTIC. En effet il y a déjà eu une revendication consistant à souhaiter que l'on brûle le code du travail pour permettre aux entreprises d'être plus performantes. La demande d'un nouveau droit pour Internet y ressemble beaucoup. Or les cadres juridiques déjà existants permettent largement de résoudre les problèmes posés par l'entrée d'Internet dans les entreprises. La démarche n'est peut être pas dénuée d'arrières pensées de la part des décisionnaires. Travaillant chacun sa spécialité (économie, gestion, droit) trois auteurs ont abouti à des résultats convergents. Il leur a donc semblé nécessaire de mener une réflexion commune sur cette problématique des rapports entre le travail, les NTIC et ce qu'il est convenue d'appeler la nouvelle économie. Il est d'ailleurs souhaitable de rapprocher les sciences connexes que sont l'économie, la gestion, le droit pour construire un champ de recherche transversal. Mihail Calciu, docteur ès sciences de gestion, spécialisé en marketing, nous montrera que le "e-commerce" c'est aussi le "e-business". En effet, l'adoption du World Wide Web par le grand public a amené les entreprises à prendre conscience de deux révolutions survenues ces derniers temps dans le domaine des technologies de la communication et de l'information qui auront des effets restructurant sur leur fonctionnement que sont Internet et ses nouvelles applications possibles dans les entreprises. Il y a là une source d'augmentation considérable de leur efficacité pour celles qui parviendront à maîtriser ces techniques. Les gains de productivité obtenus par l'entreprise peuvent parfois se traduire par une détérioration de la situation individuelle et/ou collective des salariés. Éric Vernier, docteur ès sciences de gestion, avec sa double expérience d'enseignant-chercheur et d'homme d'entreprise, nous montrera que la nouvelle économie tend de faire 9

supporter les risques de l'entreprise aux salariés, ce qui n'est peut être pas un progrès social. L'outil, si performant soit-il, n'est pas sans danger. Le réseau Internet contient une foule d'informations en tout genre, qui doivent et peuvent être protégées contre les agressions. Elles peuvent venir de l'extérieur de l'entreprise ou avoir leur origine au sein même de celle-ci. Les systèmes techniques de protection de l'information ne sont pas encore d'une efficacité absolue. Les normes juridiques peuvent venir au secours de la technique. L'entrée dans les entreprises de nouvelles techniques modifie profondément les modes de gestion et est loin d'être sans conséquences sur les hommes, cela rendrait nécessaire une adaptation du droit aux nouvelles technologies. De telles propositions ne sont que la remise en cause de la nature profonde du contrat de travail tel qu'il a fonctionné depuis le XIXème siècle. Une situation dans laquelle le salarié contre une rémunération fixe accepte une subordination à l'égard d'un employeur qui lui, en échange, accepte d'assumer les risques de l'entreprise. Ce débat sur la nécessaire adaptation du droit aux nouvelles techniques de gestion est plus une remise en cause du principe même de la protection du salarié qu'une véritable nécessité. Marc Richevaux, magistrat et universitaire, montrera que, contrairement au discours dominant, les nouvelles données induites par l'introduction d'Internet dans les entreprises sont déjà largement prises en compte par le système juridique existant. Ce dernier est apte à concilier productivité de l'entreprise, respect des droits fondamentaux du salarié et progrès social. Mais les règles qu'il pose ne sont pas toujours respectées scrupuleusement, malgré l'existence de sanctions efficaces. Elles attendent d'être appliquées. . . En s'interrogeant dans une première partie sur l'évolution des techniques et la corrélation entre nouvelles technologies et nouvelle économie, puis dans une seconde partie sur la question de l'éventuelle nécessité de nouveaux cadres juridiques les trois auteurs constateront, que si l'entrée massive d'Internet dans l'entreprise change les formes de gestion, elle ne modifie aucunement la nature profonde de l'économie qui reste dominée par le marché avec toutes les conséquences que l'on sait sur les individus.

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PREMIERE PARTIE NOUVELLES TI}CHNOLOGIES, NOUVELLE ECONOMIE?
La société du 3e millénaire sera, dit-on, celle des technologies de l'information qui peuvent/doivent entraîner une amélioration considérable du sort des individus. Comme toutes les technologies celles-ci ne sont pas sans limites. Mais que sont vraiment ces nouvelles technologies? Quelles peuvent être leurs apports dans la vie quotidienne de l'individu ? Quelles perspectives nouvelles donnent-elles aux entreprises? Ces nouvelles perspectives données aux entreprises en termes d'augmentation possible du chiffre d'affaires n'entraînent-elles pas un bouleversement des modes de gestion? L'adoption par une partie importante du grand public du World Wide Web est de nature à ouvrir de larges perspectives au e-commerce. L'internaute typique est un homme de moins de 35 ans qui a fait des études supérieures, dispose d'un revenu élevé, parle anglais et habite dans une ville d'un pays industrialisé. Un tel profil paraît réducteur. Il est source de profits considérables pour les entreprises. Mais il n'est pas le seul visé par les entreprises qui ont fait le pari de l'utilisation massive d'Internet dans leur fonctionnement. En effet, le e-commerce c'est aussi le e-business et cela va beaucoup plus loin.

CHAPITRE I
ÉTAT DES LIEUX ET PERSPECTIVES NOUVELLES POUR LES ENTREPRISES de e-commerce à e-business 1

La large adoption du World Wide Web par le grand public a eu un effet révélateur sur les entreprises. Elles ont dû prendre conscience de deux révolutions survenues ces derniers temps dans les technologies de la communication et de l'information qui auront des effets restructurants sur leur fonctionnement. Il s'agit de Internet et des nouvelles applications dans l'entreprise. Dans le cas d'Internet, afin de faciliter le commerce électronique, on passe de l'offre des pages web statiques à une offre d'applications. On utilise des modèles d'architectures d'applications "multi-tiers" qui séparent la présentation, les traitements et les données. Les abstractions informatiques (en règle générale orientées sur les objets) qui exécutent les traitements et représentent la logique d'affaire et les serveurs de bases de données jouent un rôle important. En même temps survient un glissement du langage HTML (hypertexte mark up langage), adapté uniquement à la communication homme - machine vers le langage XML (extensible mark up langage) capable d'assurer aussi la communication de machine à machine, facilitant ainsi ce qu'on appelle le "commerce silencieux" et l'intégration des applications d'entreprise. Les applications d'entreprise sont le résultat d'une longue évolution et cristallisation des systèmes d'information
1 par Mihail Calciu

d'entreprise vers des formes plus performantes de clusters d'applications autour des principales fonctions d'une entreprise. La perspective d'une ouverture des entreprises vers le commerce électronique et l'effet catalyseur des standards ouverts comme le XML, mènent à une intégration flexible des applications de e-commerce avec les applications d'entreprise pour donner naissance à de vrais systèmes de e-business.

1. Comprendre les évolutions informatiques qui ont favorisé la diffusion du commerce électronique
La période de l'informatique centralisée L'ordinateur s'est imposé aux individus par son extraordinaire capacité de calcul et de traitement des données. Ses aptitudes de communication ont été pendant longtemps restreintes au niveau des équipements périphériques qu'il devait contrôler (la communication avec l'imprimante, les terminaux, les lecteurs de données etc.). Le coût élevé inhérent aux nouvelles technologies a imposé une gestion centralisée de cette ressource de calcul. Dans les entreprises, la première forme d'organisation du système d'information qui a connu une large diffusion, a eu un caractère centralisé. Dans un tel système, il y avait un ordinateur central auquel les utilisateurs se connectaient à l'aide de terminaux non-intelligents. L'essentiel des traitements et calculs se faisaient sur l'ordinateur central. C'était l'époque où IBM, connu sous le nom du "grand bleu", a réussi à dominer le marché. Dans cette phase, l'ordinateur a beaucoup contribué à l'automatisation des fonctions qui réglaient le métabolisme interne de l'entreprise, telles que la comptabilité. La période des réseaux et de la bureautique Le progrès technique dans le domaine des circuits intégrés a permis de décliner les dimensions de l'ordinateur (à coté des ordinateurs mainframe qui avaient comme unité centrale des processeurs à 32 bits et plus, sont apparus les mini-ordinateurs qui avaient des processeurs de 16 bits et les microordinateurs avec des processeurs de 8 bits). Les mainframes étaient prioritairement destinés aux centres de calcul territoriaux qui traitaient les données pour plusieurs unités économiques, les mini-ordinateurs étaient

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utilisés comme ordinateurs d'entreprise et les micro-ordinateurs traitaient les données d'un service ou bureau. Le monde des micro-ordinateurs a donné naissance aux ordinateurs personnels et a développé l'informatique pour l'utilisateur, basée sur des systèmes d'opérations comme CPM, DOS, OS/2, Apple OS. En même temps, le monde des stations de travail (la forme "desktop" des mini-ordinateurs), où le système UNIX est arrivé à dominer rapidement, s'est dirigé plus vers les aspects liés à la communication constituant l'environnement dans lequel s'est développé Internet. L'adoption large des ordinateurs personnels grâce aux programmes de bureautique (traitement de texte, feuille de calcul, etc.) a mené à une certaine démocratisation de l'informatique. Les simplifications apportées aux ordinateurs personnels et à leurs systèmes d'opération, nécessaires pour assurer les moindres coûts, leur ont apporté un handicap par rapport à la protection des données: la capacité de travailler simultanément avec plusieurs utilisateurs (multi-user) ou d'exécuter plusieurs processus en même temps (multitasking). Les ordinateurs personnels (PC) ont contribué à la vulga-risation de l'informatique, au développement de l'informa-tique pour l'utilisateur et de la bureautique. Dans le monde des stations de travail, l'autre catégorie d'ordinateurs de bureau (desktop), la réduction des dimensions des ordinateurs n'a pas mené à des amputations graves ni au niveau du hardware ni à celui du logiciel, et la démocratisation n'est pas allée jusqu'au niveau d'un utilisateur non-avisé. Ici on a mis l'accent sur les capacités de communication des ordinateurs, on a pratiqué un style ouvert, développement collaboratif de l'Internet étroitement lié au système UNIX. Avec la montée en puissance des ordinateurs personnels dont les microprocesseurs sont passés de 16 à 32 voire même à 64 bits, le handicap hardware a été éliminé, ce qui à permis l'adoption au début des années 1990 du système UNIX par les ordinateurs PC, sous le nom déjà célèbre de LINUX. Ceci a mené à la confrontation de deux cultures et philosophies informatiques différentes. Une qui vient d'un monde de l'informatique professionnelle, attentive à la sécurité de l'information, aux capacités de communication et favorable aux systèmes ouverts, représenté par LINUX et l'autre qui vient du monde de l'informatique utilisateur commerciale, avec des tendances monopolisatrices représentée par Windows. Le 15

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