Les clusters en France

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Les clusters se fondent sur des stratégies d'innovation et de partenariats élargis regroupant entreprises de toutes tailles, monde de la recherche, de l'enseignement et de l'université, auxquels s'associent l'Etat et les collectivités territoriales. L'ouvrage en reconstitue la genèse, en présente la structure, le fonctionnement et l'intérêt pour notre économie.
Publié le : lundi 1 septembre 2008
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EAN13 : 9782336263151
Nombre de pages : 243
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Les clusters en France

Pourquoi les pôles de compétitivité?

Dynamiques d'Entreprises Collection dirigée par Michael Ballé
Lieu de travail et lieu de vie, l'entreprise est au cœur de la société. Pourtant, beaucoup de ses aspects restent mal connus. Les évolutions technologiques et sociales sont à la source de nombreuses mutations organisationnelles. Les professions continuent d'évoluer en se divisant toujours davantage sur un plus grand nombre de spécialités. Les fTontières elles-mêmes des entreprises s'estompent alors que les modes de travail se redéfinissent. Les entreprises deviennent des objets d'étude à multiples facettes dont les dynamiques sont de plus en plus complexes et souvent surprenantes. Au-delà des grandes lignes des logiques de " management" d'une part et des théories sociologiques de l'autre, nombre de ces facettes restent dans l'ombre: dimensions ignorées, métiers méconnus ou dynamiques contre-intuitives. La collection Dynamiques d'Entreprises a pour vocation de diffuser les études réalisées sur ces points d'ombre, souvent techniques, de la nature des entreprises. Allant au-delà des "essais de management", la collection regroupe des textes de recherche ou d'expérience sur le terrain qui éclairent les nombreux aspects ignorés des entreprises modernes. Dernières parutions

François MICHAU, Les dynamiques du projet professionnel, 2008. Dominique CAMUSSO, Les plans de laformation, 2007. Jean-Luc JOING, La bonne gouvernance des associations, 2007. Dorota LESZCZYNSKA, Management de l'innovation dans l'industrie aromatique, 2007. Gérard HERNOT, Le point de subordination. Introduction à la psychologie de la relation hiérarchique, 2007. Albéric HOUNOUNOU, La nouvelle démocratie dans les organisations, 2006. Jean-Marie GOGUE, Qualité totale, et plus encore. Le management de la qualité en question, 2006. Paul Marc COLLIN, Bâtir un réseau mondial de services, 2006. Bernard FRAYSSE, Professionnalisation des élèves ingénieurs, 2006. Edouard ETSIO, Le manager et ses coéquipiers face aux

Patrick Datnbron

Les clusters en France
Pourquoi les pôles de compétitivité?

Préface de Nicolas Jacquet
Directeur général de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris, Délégué à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale de 2002 à 2004

L'Hartnattan

Du même auteur: Patrimoine industriel et développement local, éditions Jean Delaville, 2004.

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06260-3 EAN : 9782296062603

Préface

Ce célèbre refrain de Richard Anthony des années 60 pourrait bien s'appliquer aux pôles de compétitivité: de tous côtés on n'entend plus que ça. Innovation, compétitivité et attractivité sont aujourd 'hui les maîtres mots du développement économique: ils caractérisent l'avènement de l'économie de la connaissance au sein de laquelle l'investissement dans la R & D ainsi que dans l'enseignement supérieur a pris la place centrale à côté des facteurs de production: le capital et le travail, tels qu'on nous les apprenait sur les bancs de l'école. C'est tout l'intérêt de la démarche des pôles de compétitivité, inspirés des clusters américains, des competenz netze allemands ou des systèmes productifs locaux.

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e tous côtés, on n'entend plus que ça, cet air nouveau qui nous vient de là-bas...

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La compétition se joue sur la capacité à renouveler très vite les produits, c'est-à-dire à innover. il faut alors assembler des savoirs scientifiques et des savoir-faire techniques de plus en plus sophistiqués et donc rares. Le risque commercial, l'impérieux «time to market », et Ie coût de la mise au point de nouveaux produits (entre 1980 et aUJ.ourd'hui la mise sur le marché d'une nouvelle molécule pharmaceutique a été multipliée par 10) obligent à se spécialiser fortement - c'est le cas des PME - et à passer maître dans l'ingénierie de systèmes technologiquement complexes. Et dans les deux cas à minimiser le coût d'acquisition des compétences et les risques financiers. C'est pour ces raisons qu'émergent, dans les années 60 aussi, les nouvelles formes d'organisations productives que sont les réseaux. Pendant que s'organisent, tardivement en France, les clusters, la donne est à nouveau violemment changée avec l'émergence des ... «émergents ». Cette fois, ce n'est plus une course entre économies disposant à peu près des mêmes atouts, mais une concurrence généralisée soumise à une mondialisation de la sphère financière. Cet ensemble - économie de la connaissance, concurrence mondiale, financiarisation - constitue le décor des années à venir. Et c'est bien dans cette perspective qu'a été développée à partir de 2002 la stratégie des pôles de compétitivité dont l'évaluation permettra de dresser un premier bilan après quelques années de mise en œuvre. En parcourant d'une plume alerte ces cinquante dernières années du développement économique et en alternant concepts et exemples concrets, Patrick Dambron fait œuvre salutaire. n rend accessible les clés pour comprendre ce qui se passe. il donne à voir la richesse des

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réflexions de nombreux économistes français qui, pierre après pierre, ont participé à la prise de conscience des atouts de la France mais également des enjeux d'un monde qui change à vive allure. il analyse avec talent la relation entre le développement économique et les pôles de compétitivité, en mesure les bénéfices, avertit des dangers. En un mot, ce livre est particulièrement bienvenu! Paris, le 20 mars 2008

Nicolas JACQUET
Directeur général de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris (CCIP) Délégué à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale (DATAR) de 2002 à 2004

à Liu Yingjian

(( Mondialisation, Les rengaines

communication,

dématérialisation... un le commune, demeure

de la modernité

n) fOnt rien. L'espace,

espace tangible, lieu de la volonté premier levier de l'action. )

Erik Orsenna
V ~age aux pc!ys du coton

((

Il nous faut donc considérer le monde tel qu'il est,

l'envisager en se débarrassant de nos pesanteurs historiques ou culturelles, fixer nos priorités et agir en conséquence. C'est ) d'autant plus urgent qu'il ne nous attend pas. Hervé Gaymard
Un nouvel usage du monde

((

. . . nous devons comprendre le mouvement

qui remodèle

notre économie comme d'autres mutations l'ont fait dans les sièclespassés. ) Christian Blanc
Pour un éco.rystème de la croissance

Sommaire

1 - la recherche de compétitivité mondialisation de l'économie 1 . 1 - La globalisation
1 . 2 - Les conséquences

dans

le cadre

de la

des marchés territoriales

et ses effets induits de la mondialisation

2 - les clusters comme réponse globalisation des marchés 2 . 1 - L'origine
des clusters 2 . 2 - Des Systèmes productifs compétitivité 2 . 3 - Les Pôles de compétitivité

compétitive

à la

locaux aux Pôles de

- l'effet cumulatif des expériences dans les clusters français: une analyse critique
3
3 . 1 - Une organisation 3 . 2 - De nécessaires
3 adaptée ajustements de succès à l'époque

.3 -

De réelles

capacités

Table des matières

détaillée en fin

d'ouvrage

Introduction

out territoire se fixe pour objectif économique d'assurer à l'ensemble de ses habitants un niveau de vie si possible croissant. Pour certains d'entre eux, dépourvus de richesses, il est obtenu par les systèmes de redistribution. Pour d'autres - ils sont alors les moteurs du développement - il est atteint au travers d'une logique d'économie productive, «soit en renforçant la compétitivité des unités présentes, soit en renforçant l'attractivité du territoire vis-à-vis des producteurs de richesses )}1 note l'économiste Olivier Bouba-Olga. Deux mots-clés s'invitent au cœur des enjeux territoriaux d'aujourd'hui: compétitivité et attractivité. TI n'est pas une semaine sans qu'ils ne soient prononcés ou écrits par des personnalités politiques, des chefs d'entreprise, des économistes ou repris par des journalistes. Comme le soulignent Michèle Debonneuil et Lionel Fontagné, auteurs d'un rapport sur le thème, «la question de la compétitivité est (re)devenue en France le point focal du débat sur la politique économique )~. C'est dire toute la pertinence de nous y intéresser.
1 Olivier Bouba-Olg~ Délocalisations, désindustrialisation: que peuvent faire les collectivités territoriales?, in « Pouvoirs locaux» n° 72/I, dossier La 'compétitivité des territoires' - Vertus et limites d'une politique, mars 2007, p. 96. 2 Michèle DebonneuillLionel Fontagné, Compétitivité, Rapport du Conseil d'analyse économique, La Documentation Française, Paris, 2003, p. Il.

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La recherche d'une meilleure compétitivité entraîne un regain d'attractivité du territoire, est-il communément admis. Les réalités sont moins simples que ne le laisse croire une approche un peu trop sommaire. Dans leur choix de localisation, les entreprises sont amenées à arbitrer entre les territoires d'accueil potentiels alors que, de leur côté, les collectivités territoriales cherchent à capter l'intérêt de ces firmes pour assurer leur propre développement. Nous nous trouvons dans une situation bien connue qui consiste à rapprocher l'offre de la demande pour les faire coïncider, gage de réussite potentielle pour les protagonistes - dont nous sommes partie prenante, en tant que citoyens, consommateurs, habitants d'un territoire. Tout ceci se passe à une échelle qui n'a cessé de s'accroître pour s'étendre au monde entier. En effet, les impératifs économiques auxquels sont contraints nos territoires sont influencés par l'arrivée sur le marché mondial de nouveaux compétiteurs dont la montée en puissance bouscule quelque peu les situations acquises. L'intensification des échanges de tous types, favorisée par les infrastructures physiques et virtuelles, mais également et consécutivement par une organisation des cycles de production et de commercialisation qui n'ont plus rien à voir avec les méthodes précédentes, agit comme un déclencheur révélant de façon parfois brutale la fragilité de positions pourtant réputées solides. C'est alors que la question s'est posée de savoir comment réorienter l'économie de notre pays, en difficulté certaine, tout en intégrant les recommandations de la Commission européenne qui a décidé de développer une politique d'innovation fondée sur l'économie de la connaissance. La réflexion, longue car l'individualisme et les corporatismes tirent en sens opposé, a débouché sur la création des «Pôles de compétitivité », clusters à la française. Quel a été le cheminement de cette réflexion? Sur quels réalités et concepts repose-t-elle? Quels en sont les enjeux? Et bien sûr, finalement, quel impact peuvent-ils avoir sur l'organisation de la vie économique française? Question essentielle, effectivement, au regard des enjeux nationaux face au

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développement de l'économie en phase laquelle nous allons tenter de répondre. *

de mondialisation,

à

Pour y parvenir, nous conduirons, dans une première partie, une réflexion sur les enjeux de la compétitivité des territoires dans le cadre de la mondialisation de l'économie. L'analyse de la chaîne de valeur a mené l'entreprise à s'interroger sur l'organisation de sa propre structure, de l'amont à l'aval, dans et autour de sa filière professionnelle, associant fournisseurs et clients. Des choix dans l'art de produire ont été opérés, laissant à d'autres firmes certaines activités qu'elles maîtrisent beaucoup mieux pour se concentrer sur les compétences distinctives parfaitement circonscrites, en vue d'optimiser cette chaîne de valeur: optimisation qui a un effet direct sur le marché, soit par des prix particulièrement attractifs soit par une meilleure reconnaissance grâce à des éléments identifiables et différenciateurs, soit encore par un alliage offrant les deux. Cette fragmentation de la production de biens, qui conduit à la modularisation de la production, fait qu'un produit peut être assemblé dans un pays alors que ses composants ont été fabriqués dans plusieurs autres. Telle est effectivement la base de notre mécanisme économique actuel. Or, la seule façon d'éviter la guerre des prix pour laquelle l'Europe est mal armée compte tenu de ses coûts de revient élevés, est de singulariser davantage son offre, d'apporter de nouveaux produits, de nouveaux usages à ceux qui existent, aux consommateurs, particuliers ou professionnels, ce qui nécessite de l'innovation. Elle s'obtient pat l'optimisation d'une politique de recherche fondamentale et appliquée. Ces profonds bouleversements ne sont pas sans répercussions sur les te:rritoires. Le développement local en supporte les conséquences, en capte les opportunités, en saisit les menaces, en subit les contraintes. S'interroger sur la manière dont les pratiques s'opèrent nous fait nous intéresser aux effets de la métropolisation et aux espaces de flux qui structurent le

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développement local auquel prennent part pouvoirs publics et monde marchand, acteurs incontournables en ce domaine. D'ailleurs, pour donner plus de sens à la notion de développement territo~ il nous faut fixer quelques points de repères terminologiques tant pour le développement que pour le territoire. Le développement devient un sujet d'intérêt surtout à partir de la Seconde guerre mondiale, nous rappelle l'économiste Georges Benko, à la suite des inégalités constatées entre «les différentes portions d'espace à l'intérieur d'un Etat-nation». Des régions devaient être plus développées que d'autres pour réduire les écarts et tenter un certain équilibre. Ce fut le début des politiques d'aménagement du territoire. L'Etat favorisa l'implantation d'administrations ou d'entreprises dans certaines régions à l'activité peu étendue. Le substantif « territoire» a fait florès depuis. Employé dans de très nombreuses circonstances, il mérite d'être précisé. Que recouvre-t-il? L'économiste écrit qu'il « est plutôt une projection sociale dans un espace délimité»3. TI intègre tout à la fois les notions de configuration, de paysage, de culture, d'histoire, d'institutions, d'organisation sociale et économique. TIcorrespond à 1'« espace vécu»4 des hommes, pour reprendre une expression chère au géographe Annand Frémond, que ne dément pas Georges Benko en écrivant: « Le territoire est une œuvre humaine, il est à la base géographique de l'existence sociale. (H.) TIrenvoie à un sentiment d'appartenance. »5 Plusieurs échelles territoriales existent, imbriquées dans une hiérarchie géographico-administrative qui va de la commune à l'Etat-Nation, puis aux ensembles continentaux. Les territoires de proximité, situés «entre l'enfermement local des citoyens et la puissance supérieure des Etats et du système Monde» 6, font
3 Georges Benko, La région et l'industrie: comment les élus peuvent agir, in « Pouvoirs locaux» n° 72/1, dossier La 'compétitivité des territoires - Vertus et limites d'une politique, mars 2007, p. 116. 4 Armand Frémond, La Région, espace vécu, Editions Flammarion, collection « Champs », Paris, 1999. 5 Georges Benko, La région et l'industrie: comment les élus peuvent agir, op. cit., p. 114. 6 Armand Frémond, La Région, espace vécu, op. cit., p. 52.
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l'objet de beaucoup de sollicitations car ils correspondent aux espaces de projets économiques. Le développement appliqué aux territoires de proximité est couramment appelé le développement local. TI est envisagé comme« une démarche de développement territorial global, c'està-dire incluant des aspects économiques, sociaux, culturels, politiques, favorisant le développement endogène, mobilisant l'ensemble des moyens humains et financiers qui y concourent en assurant leur convergence.» 7 La démarche intègre à la fois la dimension économique et la mobilisation de la population autour de projets, en fonction des ressources locales. Le développement des territoires dépend en grande partie de leur mise en concurrence dans une configuration mondiale. Deux raisons principales suscitent l'exacerbation de cette concurrence. Les entreprises, garantes de la création de richesse, sont devenues plus mobiles dans leur choix de localisation, incidence directe de l'ouverture des frontières et de la mondialisation des marchés. Par ailleurs, la Commission européenne, en application des traités successifs, attribue une large place à la libéralisation de l'économie qui, selon elle, devrait stimuler la croissance économique tout en assurant la convergence des politiques régionales au sein de l'Europe. Une obligation de compétitivité en découle, plus forcée en France que souhaitée, et avec elle, la nécessité d'assurer l'attractivité de ces territoires. Toute politique de développement territorial doit en tenir compte, au profit des ménages qui y résident comme des entreprises qui y exercent leurs activités. Après avoir établi un parallèle entre les facteurs clés de succès à capter par les territoires et par les entreprises, Jacques Godron insiste sur le fait que « territoire et entreprise doivent tous deux se constituer en périmètre de ressources pour produire durablement de la valeur. )}8Ce qui explique que les élus et les entrepreneurs ne s'ignorent plus comme par le passé, mais
7 Développement local et politique d'aménagement du territoire, rapport du Conseil économique et social, 1998, Les Editions des Journaux Officiels, p.II-7. 8 Jacques Godron, Le territoire gagnant sera le territoire stratégique I, in « Pouvoirs locaux» n° 61/II, dossier Des territoires plus attractifs... , juin 2004, p. 75.

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entretiennent des relations en vue de travailler ensemble sur les perspectives économiques. La création des Conseils de développement au sein des communautés a donné une chance supplémentaire à ce rapprochement, les organismes consulaires et représentations économiques étant appelés à y siéger. L'organisation des partenariats public/privé souligne la nécessité d'un apport commun. Les relations entre entreprises et territoires ont considérablement évolué. TIest vrai que la territorialisation de l'économie à laquelle nous assistons répond à la modularisation des activités des entreprises, ce que nous expliquerons également. Ainsi, la recherche de convergences entre les stratégies d'entreprises et la politique des pouvoirs publics aux divers échelons de l'emboîtement territorial s'intensifie. Quelque attachement que des dirigeants puissent avoir avec le territoire d'implantation de leur entreprise, ils retiennent prioritairement aujourd'hui celui qui, par une série d'avantages de localisation, leur assure une meilleure compétitivité. C'est dire que les territoires se doivent d'être attractifs pour retenir les acteurs économiques qui participent à leur développement ou pour en attirer de nouveaux. Les enjeux sont immenses, d'où la nécessité d'analyser les concepts de compétitivité et, inéluctable corollaire, d'a ttractivité. Pour ce faire, nous étudierons les déterminants de l'avantage concurrentiel révélés par Michael Porter, dont le modèle est connu sous le nom de «Diamant». La recherche de l'avantage concurrentiel est un atout primordial pour être favorablement présent sur un marché et en devenir un compétiteur influent. Cet avantage peut provenir du territoire doté de facteurs spécifiques, comme nous le verrons dans la deuxième partie consacrée aux clusters. Le spécialiste américain en stratégie a conceptualisé les grappes industrielles ou clusters, structures économiques transversales regroupant le monde des entreprises, petites et grandes, les organismes de recherche et de formation ainsi que les collectivités territoriales. L'innovation est au cœur de la problématique économique actuelle. Rien d'étonnant donc à ce que le Conseil national des économies régionales (CNER) ait consacré un colloque au thème

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suivant: 1..£snouvellesapprochesde l'innovation. Son président, Adrien Zeller, a tenu, en ouverture, à rappeler que « .. .l'innovation est désonnais au centre de nos stratégies. TIn'y a pas une institution, pas une agence, pas un comité d'expansion, pas une collectivité qui n'en soit affectée »9. Développer une culture de l'innovation pour mieux l'organiser, la fortifier, est une des préoccupations prioritaires des pays développés et de l'Union européenne. La France avait déjà créé des systèmes productifs locaux en 1997. Elle a lancé en 2004 puis labellisé en 2005 les pôles de compétitivité, associations d'entreprises, de centres de recherche et d'organismes de formation engagés dans une démarche partenariale, avec le soutien des collectivités territoriales. L'objectif vise à dégager des synergies autour de projets innovants concentrés sur des technologies spécifiques et conduits en commun en direction d'un ou de plusieurs marchés déterminés à haut potentiel de croissance. La mutualisation des connaissances et la visibilité internationale complètent leurs caractéristiques. Si nous voulions résumer en une phrase ce qu'ils sont, nous dirions qu'il s'agit d'une mise en réseau d'acteurs de l'innovation travaillant ensemble sur un territoire donné pour le développer et y prospérer. Nous en expliquerons la raison d'être, l'organisation, le fonctionnement et en donnerons des exemples. *

Les autorités nationales ont décidé de remettre en mouvement l'économie de la France. La création des pôles de compétitivité en constitue une des plus impérieuses manifestations, avons-nous vu. Souhaitant leur réussite, il nous faut avancer dans l'examen de cette politique des clusters à la française qui en sont, finalement, l'illustration. Ceci fait l'objet de la troisième partie organisée autour de leur analyse critique.

Adrien Zeller, L'Innovation, un coup dejeune pour le développement économique, in Les Nouvelles approches de l'innovation, Actes du colloque du Conseil national des économies régionales (CNER) du 22 novembre 2006, p.3.

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L'avenir des pôles de compétitivité est suspendu au rôle qu'y jouent les entreprises. Si celles-ci y croient, tout est possible; si elles viennent à douter de l'efficacité de leurs actions, les difficultés risquent de s'accumuler rapidement. L'analyse critique des clusters est menée par l'exploitation de plusieurs études récemment publiées qui constituent, en fait, les premières enquêtes sur ces pôles. Elle est complétée par le témoignage d'experts. Qu'en est-il de l'innovation? Que deviennent les partenariats? Quelle est la place des PME par rapport aux filiales de grands groupes? Comment les collectivités territoriales parviennent-elles à s'insérer dans le processus? Un équilibre peutil se produire entre volonté de compétitivité industrielle et aménagement du territoire? Quelle création de valeur engendrent les pôles? Créent-ils des emplois? Beaucoup de questions se posent et nous tenterons d'y répondre, non sans chercher à faire l'état des lieux actuel, établir les principaux constats, scruter les indicateurs de réussite. Prenant en compte l'effet cumulatif des expériences mises en œuvre depuis deux ans pour les pôles de compétitivité, depuis plus longtemps pour les systèmes productifs locaux, nous chercherons à connaître l'impact de leur mise en œuvre en tennes de résultats et de perspectives. Ainsi nous analyserons l'organisation adaptée à l'époque de pleine mutation et les ajustements qui s'avèrent nécessaires pour répondre à leur raison d'être. Nous cernerons enfin les réelles capacités de succès qu'ils recèlen t. *

L'ingénierie de développement local est aujourd'hui déterminante car il n'est plus possible, dans un contexte ouvert, de rester terré chez soi comme si rien ne se produisait alentour. Nul territoire, à quelque niveau d'emboîtement puisse-t-il se trouver, ne peut faire l'économie d'une approche professionnelle, sauf à passer à côté des réalités. Sa compétitivité et son attractivité sont au cœur des réflexions et des actions actuelles. Nul Etat, nulle collectivité territoriale, nulle entreprise, ne peuvent se soustraire au phénomène, ce qui n'a pas échappé à Georges Cavallier, vice-

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président du groupe des affaires urbaines de l'OCDE: « L'analyse des choix de localisation, des facteurs d'attractivité, des conditions locales de la compétitivité, qui a beaucoup progressé ces dernières années, devrait demeurer, longtemps encore, l'un des grands chantiers de nos chercheurs. »10Raison de plus pour y consacrer nos travaux!

10Georges Cavailler, La Ville dans l'économie globale, in Les Nouveaux facteurs d'attractivité dans lejeu de la mondialisation, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2005, p. 36.

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La recherche de compétitivité dans le cadre de la mondialisation de l'économie

es cycles de vie des produits raccourcissent à mesure que les technologies évoluent et que les échanges internationaux s'accélèrent. Tout va très vite, obligeant les peuples à entrer dans le mouvement du monde. «Jusqu'à une date récente, écrit Erik Orsenna dans son Petitprécis de mondialisation,la culture des plantes était, panni toutes les activités humaines, le refuge des traditions. Qui travaillait la terre perpétuait l'alliance millénaire entre l'homme et la nature et incarnait les belles valeurs éternelles de modestie, de frugalité, de vie familiale, de stabilité, de ce.rritudes transmises de génération en génération... »11.Alors qu'il est à Brasilia, il note: «La vie est un gros chaudron où plus personne ne pourra bientôt plus, panni les monstres, retrouver ses petits.» 12 Plus de deux milliards d'individus, de Chine et d'Inde principalement, ont fait leur entrée sur le marché planétaire. Comment, dans ce mouvement

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Il
12

Erik Orsenna, Voyage aux pays du coton
Ibid., p. 121.

-

Petit précis de mondialisation,

Librairie Arthème Fayard, Paris, 2006, p. 120.

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d'accélération de l'histoire, vivre l'évolution d'un territoire qui, parmi tant d'autres, se développe, tente de subsister ou se reconvertit? La globalisation des marchés est un fait, qu'il faut, certes, nuancer en fonction de leur nature, de leur temporalité et du degré d'interdépendance qui les régissent et régulent. Elle n'est pas nouvelle, en soi, mais elle a pris des dimensions que le monde n'avait jamais connues, favorisée par des infrastructures, matérielles autant qu'immatérielles, qui accélèrent les échanges et les connaissances. Cette globalisation a remis en mouvement les économies régionales. Elles ont à se situer dans ce champ international aux multiples facettes, qui, telles celles d'un kaléidoscope recevant une secousse, se mettent dans un autre ordre, celui d'une économie mondiale en pleine mouvance. L'interconnexion des marchés s'est généralisée, entraînant dans son sillage leur globalisation. Les entreprises, en premier lieu les multinationales et les finnes de pointe, ont dû intégrer cette évolution dans l'étude de leur environnement d'abord, de leur organisation ensuite. Le rétrécissement comparatif des marchés domestiques par rapport à la mondialisation du champ concurrentiel a modifié la perception tant de leur quantification que de leur qualification. Travail, capital, biens et services sont entrés dans une interdépendance telle qu'il n'est plus possible d'ignorer le phénomène. Les transformations de l'économie internationale affectent les économies locales. On s'en aperçoit quand une délocalisation d'entreprise se produit, sans nécessairement comprendre les enchaînements qui ont motivé la décision. On s'affole, on vitupère, non sans raison, mais sans cependant appréhender la complexité du jeu concurrentiel partagé par un nombre croissant de compétiteurs dont certains, récemment arrivés sur le marché international, ont acquis une « force de frappe» particulièrement redoutable. Les choses ne s'énoncent pourtant pas de façon aussi simple. C'est pourquoi il est nécessaire de présenter l'organisation mondiale de la production telle qu'elle existe dorénavant pour faciliter la compréhension du mouvement profond qui touche l'ensemble de l'économie.

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