Les conditions économiques du changement technologique

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Les analyses théoriques ou empiriques réunies dans cet ouvrage tentent d'éclairer, à divers titres, les conditions économiques du changement technologique. Les approches présentées ici mettent l'accent sur la capacité d'absorption et les différentes stratégies des firmes pour bénéficier des retombées et des opportunités technologiques. Selon les conditions de production, la nature des marchés, l'organisation industrielle et la taille des firmes, les auteurs soulignent également l'importance de la coordination externe des acteurs : rôle du marché, accord de coopération, alliances, constitution de réseaux.
Publié le : dimanche 1 février 1998
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EAN13 : 9782296355538
Nombre de pages : 304
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LES CONDITIONS ÉCONOMIQUES
DU CHANGEMENT TECHNOLOGIQUE sous la direction de
Jean BERNARD et Maurice CATIN
Les conditions économiques
du changement technologique
Éditions L'Harmattan L'Harmattan Inc.
5-7, rue de l'École-Polytechnique 55, rue Saint-Jacques
75005 Paris Montréal (Qc) — CANADA H2Y 1 K9
Collection Emploi, Industrie et Territoire
dirigée par Gilbert BENHAYOUN, Maurice CATIN et Bernard PLANQUE
Cette collection accueille des ouvrages présentant un intérêt scientifique qui
dans des domaines spécifiques tels que l'économie de l'emploi, l'économie
industrielle et, de manière connexe, l'économie internationale et l'économie du
développement, intégrent une dimension régionale, spatialisée. Les territoires
peuvent être l'objet ou un éclairage des analyses. Les approches peuvent être
aussi bien théoriques, méthodologiques ou appliquées.
Ouvrages parus dans la collection :
Gilbert BENHAYOUN et Steve BAZEN (sous la direction de), Salaire
1995, 400 p. minimum et bas salaires,
Christel ALVERGNE, Vingt-cinq ans d'évolution de l'industrie et des
territoires français, 1997, 208 p.
Antje BURMEISTER et Guy JOIGNAUX (sous la directions de),
Infrastructures de transport et territoires - Approches de quelques grands
projets, 1997, 320 p.
Gilbert BENHAYOUN, Maurice CATIN et Henri REGNAULT (sous la
direction de), L'Europe et la Méditerranée : intégration économique et libre-
échange, 1997, 192 p.
Jean BERNARD et Maurice CATIN (sous la direction de), Les conditions
économiques du changement technologique, 302 p.
© L'Harmattan, 1998
ISBN : 2-7384-6191-3 A vant-propos
Cet ouvrage collectif rassemble une sélection des communications
présentées aux sixièmes journées du Séminaire d'Etudes et de Statistiques
Appliquées à la Modélisation en Economie (SESAME). Organisées pour la
première fois en 1991, ces journées visent à offrir à de jeunes chercheurs
doctorants des conditions propices pour faciliter leur insertion dans les réseaux
de la recherche en sciences économiques. Elles leur permettent de confronter
leurs travaux avec d'autres doctorants comme avec des chercheurs confirmés. Le
thème de la modélisation est entendu dans un sens générique. Il couvre des
domaines d'application variés (économie industrielle, microéconomie de
l'emploi, économie publique, économie internationale, économie régionale,
économie monétaire, épistémologie...) comme il balaye le spectre des outils
méthodologiques exploités dans la littérature contemporaine française et anglo-
saxonne (théorie des jeux, économétrie des données individuelles, économie
expérimentale...). L'organisation des journées est chaque année confiée à une
équipe de recherche différente (Clermont-Ferrand en 1991 (CERDI), Annecy
en 1992 (GEREG), Lyon 3 en 1993 (IAE), Arles en 1994 (GREQAM),
Strasbourg en 1995 (LARGE), Toulon (La Garde et Saint-Cyr-sur-Mer) en
1996 (CRERI), Lyon 2 en 1997 (GATE)), ce qui permet pour le laboratoire
d'accueil d'accentuer lors de l'appel à communication une thématique de
recherche qui lui est propre, au-delà des thèmes récurrents abordés dans ces
journées.
La publication de cet ouvrage est un témoignage de l'effort réalisé par le
comité scientifique du SESAME depuis 1991 pour la diffusion des travaux
réalisés et notamment des jeunes chercheurs.
Jean-Yves Lesueur
Professeur à l'Université d'Auvergne-CERDI
Responsable du Comité Scientifique du SESAME
Le comité scientifique du SESAME :
Maurice Catin (Université de Toulon et du Var - CRERI), Claude Jameux (Université de
Savoie - GEREG), Philippe Grill (Université d'Aix-Marseille 3 - GREQAM), André
Lapied (Université d'Aix-Marseille 3 - GREQAM), Jean-Yves Lesueur (Université
d'Auvergne - CERDI), Catherine Pivot (Université de Lyon 3 - IAE), Patrick Plane
(CNRS - CERDI), Jean-Louis Rullière (Université Lumière Lyon 2 - GATE), Jacques
I - LARGE). Thépot (Université Louis Pasteur Strasbourg SOMMAIRE
Introduction générale
1. Modélisation du changement technologique
1.1. Les conditions du changement technologique : fondements
microéconomiques
Chapitre 1. Structure technologique et comportement des firmes en fin
de trajectoire (Patrick Ronde')
Chapitre 2. Performance économique et technologique comparée des
stratégies d'innovation : un modèle de simulation dynamique de
concurrence monopolistique (Uwe Cantner et Andreas Pyka)
Chapitre 3. Retombées technologiques, effets de rattrapage et dynamique
intra-sectorielle (Jean Bernard et Uwe Cantner)
1.2. Les conditions du changement technologique aspects
macroéconomiques
Chapitre 4. Un modèle de croissance induite par l'importation des
technologies étrangères : les contraintes de financement et l'influence
des complémentarités inter-temporelles (Flora Bellone)
Chapitre 5. Progrès technique endogène dans les pays en cours
d'industrialisation : le rôle des inputs intermédiaires comme source de
l'innovation (Xavier Pautrel)
2. Organisation industrielle, coopération technologique et réseaux
2.1. R&D, taille des entreprises et partenariat
Chapitre 6. Organisation, Recherche-Développement et taille des
(Stéphane entreprises : un retour sur la conjecture schumpéterienne
Lhuillery)
Chapitre 7. Secteur, taille et formes de coopération technologique (Jean
Bernard, Maurice Catin et Céline Hendrickx)
2.2. Réseaux
Chapitre 8. La sous-traitance en réseau : une grille d'analyse statique et
dynamique (Lionnel Grand et Christophe Leyronas)
Chapitre 9. Économie des réseaux d'information : un nouveau modèle
d'organisation industrielle (Patrick-Yves Badillo)
INTRODUCTION GÉNÉRALE Il est de plus en plus difficile pour les économistes aujourd'hui d'ignorer
les liens qui unissent, dans un monde en profonde mutation, les trois pôles du
tryptique : Science-Technologie-Économie. Le fonctionnement de chacune de
ces sphères procède d'un même schéma général : le rôle des anticipations et des
choix, l'influence d'éléments internes et externes, une sanction des décisions par
des processus de sélection propres. Dans la sphère scientifique, celle du "savoir",
les choix aboutissent à des découvertes ; dans les systèmes techniques et
technologiques, lieu des "savoir-faire", les résultats sont des inventions ; dans
l'univers économique et plus particulièrement industriel, lieu de l'accumulation,
les choix industriels aboutissent à l'innovation.
L'ensemble des relations entre ces trois sphères peut se résumer sous le
terme générique d'externalité, bien que le terme prête à plusieurs interprétations
possibles (Catin, 1985). En économie de l'innovation, les externalités traduisent
de manière générale le fait qu'il y ait des "interactions", des "échanges" ou plutôt
des "transferts", en statique et dynamique, entre des unités aussi variées que les
firmes, les secteurs, les régions et les nations, et qu'ils conduisent globalement à
des effets positifs (Mohnen, 1991). Au-delà du "cercle vertueux" prêté aux
externalités, les auteurs diffèrent cependant sur l'objet d'analyse mis en exergue.
En effet, à toute externalité correspondent nécessairement deux référents : le
"producteur" d'externalité d'une part, qu'il le soit volontairement (par la
production de biens d'équipement, de ventes de brevets ou licences) ou non
(diffusion non contrôlée des connaissances scientifiques et technologiques), et
le "récepteur" de ces mêmes externalités d'autre part, chacun pouvant, selon, être
en même temps "producteur" et "récepteur". Sur le plan de l'analyse
économique ces deux statuts sont loin d'être semblables et les contraintes qui y
sont associées sont bien différentes. Selon que l'on se place du côté du
"producteur" ou du "récepteur", les notions d'externalité et les caractéristiques de
l'appropriation qui lui sont associées ne sont pas biunivoques. De ce point de
vue on peut considérer qu'il existe deux catégories d'effets externes.
Si l'on se place au niveau du producteur d'externalité, le retour
d'investissement n'est pas total, l'appropriabilité est imparfaite du fait de la
divulgation de l'information (Arrow, 1962). Dans cette optique la notion
d'externalité est alors envisagée à partir du concept de bien collectif (ou bien
public). Un bien collectif est un bien qui, physiquement et institutionnellement,
est "non rival" et "non exclusif", autrement dit servant, en théorie, à tous,
l'utilisation par un agent particulier n'empêchant pas l'usage par d'autres agents.
Ainsi une partie des recherches réalisées par les firmes est utilisable par d'autres.
En général on suppose alors que l'externalité est équivalente à un bien
information et que l'imitation est libre et gratuite. L'effet direct induit, analysé 14 Les conditions économiques du changement technologique
ex post, est comptabilisé positivement, étant donné qu'il correspond à une
diffusion des connaissances scientifiques et techniques. Dans ce cas la technique
est supposée polyvalente et indifférente par nature. L'évolution technologique
de la firme —mais cela concerne aussi des ensembles plus vastes, secteurs,
régions, nations— dépend donc, en grande partie, de ses échanges avec le monde
extérieur et des trajectoires technologiques dans lesquelles elles s'inscrivent.
Autrement dit, le mode le plus commode d'acquisition des connaissances
scientifiques et techniques, en dehors des procédures d'achat d'équipement, de
brevets et de licences (externalité pécuniaire) est donc l'emprunt (externalité par
nature non marchande). Dans cette dernière configuration, et toujours en se
plaçant du point de vue du producteur d'externalité, la contrepartie est que
l'externalité est considérée comme une perte, quelque chose que l'on ne peut pas
entièrement récupérer. La théorie des droits de la propriété intellectuelle en
déduit que, pour les agents privés, l'incitation à innover et à s'impliquer dans un
effort de recherche tend à diminuer du fait de la faible appropriabilité, ce qui
conduit à une situation sous-optimale, le rendement privé étant inférieur au
rendement social. Ce point de vue strictement économique est celui qui est le
plus largement retenu par les auteurs.
Cet effet réducteur de l'incitation à innover est quelque peu mis en
défaut par d'autres observations théoriques et empiriques (Le Bas et Picard,
1997). Dans certains cas, celui des technologies complexes notamment, la
recherche d'information et l'utilisation de connaissances externes nécessitent, au
contraire, un engagement important d'investissements immatériels, en recherche
notamment, y compris en recherche fondamentale. Jaffe (1986) souligne que
les effets de report (spillovers) dûs aux retombées technologiques stimulent
l'incitation à la recherche des agents économiques privés, les retombées étant
d'autant plus efficaces que l'effort de recherche des entreprises est élevé.
Contrairement à l'idée que la diffusion des connaissances issues des sciences
pures correspond à un attribut de bien public, Levin et al. (1987) montrent que
l'exploitation des connaissances fondamentales nécessite un effort de recherche
souvent plus conséquent que pour des connaissances issues des sciences
appliquées. Autrement dit, la recherche et l'assimilation d'externalités par les
firmes engendrent des coûts non négligeables. Ici, comme dans le célèbre
exemple de Meade de l'utilisation par les abeilles de l'apiculteur du nectar,
résultat de la culture voisine de pommiers, l'effet externe s'identifie à une
"consommation" privative du récepteur et non séparable (le montant dépend du
niveau de production de la firme émettrice mais aussi du niveau de production
de la firme réceptrice).
Ainsi, de chacun des trois pôles précités, sont libérées un certain nombre
d'externalités qui peuvent profiter, à des degrés divers, à l'ensemble des agents
de l'économie. S'il paraît raisonnable de penser que les résultats de l'activité
scientifique sont des biens publics, "l'hypothèse selon laquelle ces résultats
seraient des biens libres, c'est-à-dire applicables instantanément en tant que
technologie, serait déraisonnable" (Pavitt, 1991). Les liens entre la science et la Introduction générale 15
technologie sont complexes. La connaissance n'est pas disponible sans coût une
fois qu'elle a été produite. Il faut donc disposer de capacités substantielles pour
apprendre, intégrer et évaluer l'ensemble des externalités potentielles.
Ce qui est vrai dans le rapport science-technologie, l'est également dans
le cas des transferts de technologie. Les transferts de technologie sont le support
d'externalités positives, pécuniaires d'une part, l'acheteur bénéficiant d'un
meilleur rapport qualité-prix, étant donné la concurrence que se livrent les
producteurs, mais ils sont d'autre part le support d'externalités non marchandes
dues à la diffusion des connaissances et au développement de nouvelles idées et
applications. Cependant il faut souligner que les transferts de technologie
supposent aussi la mise en place de capacités d'assimilation et d'apprentissage.
L'emprunt à d'autres ne s'effectue pas comme un simple échange marchand car
les transferts sont difficiles et doivent vaincre des barrières créées par les
apprentissages. Chaque transfert est donc, à sa manière, matière d'invention et
d'adaptation (Hendrickx, 1995). Dans la sphère technologique, artefact entre la
science et l'industrie, les coûts d'assimilation et d'adaptation ne peuvent être
ignorés par les firmes. En ce sens l'innovation est un bien public impur, mixte,
non totalement libre et dont une partie seulement peut être, sous certaines
conditions, ré-appropriée par d'autres. Si l'on considère le point de vue du
"récepteur" d'externalités diffuses ou contenues dans les transferts de
technologie, cela signifie que le phénomène même d'externalité doit être révisé
et réexaminé dans le sens d'une connotation plus technologique : c'est moins la
rémunération qui importe, comme c'était le cas pour le producteur d'innovation,
que la construction de compétences (Teece, 1986). L'entreprise —et ceci est
généralisable aux secteurs et aux nations—, si elle veut absorber les résultats
externes de R&D, doit disposer d'une compétence scientifique et technique.
Cohen et Levinthal (1989 et 1990) ont souligné à ce propos le rôle dual de la
R&D en matière d'innovation. Le premier rôle est celui de la production de
nouvelles connaissances, de savoir faire technologiques dont l'impact se mesure
en terme de productivité (Mairesse et Sassenou, 1991 ; Mohnen et Nadiri,
1985). Le second rôle de la R&D est de capter les connaissances génériques
dans son environnement ainsi que celles émanant des autres entreprises de
l'industrie. Plus les connaissances sont complexes et éloignées de leur domaine
d'activité, plus la présomption de l'existence d'externalités potentielles est élevée
et plus les entreprises seront dans l'obligation de se doter d'une recherche
propre. La capacité d'un agent à tirer parti des retombées technologiques est
une fonction croissante de l'effort de recherche consenti. Les firmes par leur
activité de R&D, mais éventuellement par d'autres moyens (méthodes et études)
vont chercher à accroître leur efficience à partir de l'ensemble des techniques
dont elles disposent : techniques en place, techniques liées à l'activité
d'innovation et d'imitation des concurrents, techniques issues des retombées
technologiques (Bouba-Olga, 1997).
Les connaissances scientifiques et technologiques ont une double
caractéristique : d'une part, une partie de la connaissance est codifiée et 16 Les conditions économiques du changement technologique
codifiable, de l'autre la connaissance revêt un caractère tacite par le fait qu'elle
est intimement liée au capital humain. Lorsque les entreprises produisent et
utilisent des connaissances universelles cela favorise l'extension des liens
externes. Mais comme les connaissances sont également de nature instrumentale
et opérationnelle, liées au capital humain, leur diffusion s'en trouve limitée.
Cette propriété duale de la connaissance réside principalement dans le fait que
"l'innovation est fondamentalement un processus d'apprentissage" (Foray,
1992). La nature cumulative de l'innovation fait que la connaissance n'est pas
seulement transposée mais également transformée par les processus
d'apprentissage. Le caractère local de l'innovation, lié aux savoir-faire et aux
qualifications individuelles, confère à l'innovation un caractère tacite et en partie
non transférable. Les comportements d'apprentissage dépendent en outre de
l'histoire de chaque firme et de ses contraintes de sentier (Dosi et al., 1990 ;
David et Foray, 1995). De ce point de vue le capital humain est rival et exclusif.
La dynamique technologique résulte alors d'une confrontation entre un espace
général de liberté, représenté par toutes les externalités potentielles, qui suggère
l'idée de convergence et d'équilibre, et des structures locales organisées dotées
de leurs propres trajectoires et spécificités, sièges de phénomènes
d'apprentissage et d'irréversibilités (Joly, 1992).
Les techniques étant essentiellement constituées de savoir-faire
technologiques font nécessairement l'objet d'apprentissages. Étant donné que ce
savoir est peu transmissible, il paraît nécessaire de s'interroger alors sur
l'organisation et la coordination des agents (Dosi, 1988 ; Gaffard, 1990). La
coopération entre firmes devient alors un outil privilégié pour accéder aux
technologies et aux compétences. L'objet d'analyse change puisse qu'il est plus
question, ici, pour les firmes de s'inscrire dans la création de nouvelles
technologies que de profiter d'opportunités gratuites ou de jouer au passager
clandestin : "la coopération entre acteurs prend la forme d'un nouvel
environnement source de technologie pour les acteurs impliqués" (Amendola et
Gaffard, 1988), elle ne peut se concevoir alors que comme la mise en commun
de compétences, de savoirs et d'information. La nature des rapports entre les
firmes est ici au coeur de l'analyse dans le sens des modes d'internalisation (ou
d'endogénéisation) des externalités.
Dans un environnement particulièrement turbulent et en perpétuelle
transformation, l'exigence de rapidité et de flexibilité devient fondamentale
(Cohendet et Llerena, 1989). L'environnement pousse donc les entreprises à
mettre en oeuvre des mécanismes de coordination externe, à prévoir des accords
de R&D, ce qui suppose un travail en commun pour valoriser les connaissances
et les savoir faire de chacun (Delapierre, 1991), en bref à coopérer (Ravix,
1996). Ces accords nécessitent une réciprocité et un minimum de confiance
mutuelle (De Bresson et Amesse, 1991). Les accords de R&D en particulier
permettent l'acquisition et l'utilisation de connaissances par un acte volontaire à
la différence des retombées technologiques fortuites. C'est parce que la firme
dispose d'une capacité d'absorption, de compétences accumulées au cours du Introduction générale 17
termps, qu'elle est capable de nouer des relations avec son environnement et de
bénéficier des résultats externes de la R&D (Mowery et Rosenberg, 1989). La
mise en réseau peut, ainsi, être considérée comme un mode de coordination
alternatif efficace, réducteur d'incertitude et lieu d'apprentissage.
La technologie peut prendre différentes formes : soit elle est déjà
construite, auquel cas, c'est la manière dont se structure et s'organise
l'information qui importe, soit elle est à construire et c'est la manière dont
l'environnement apporte des solutions (Amendola et Bruno, 1990) qui prévaut.
L'analyse des capacités d'assimilation et d'absorption des entreprises est donc
intimement liée aux caractéristiques qui sont attachées à la connaissance
scientifique et technologique. Ainsi dans le cas de transférabilité des
connaissances, on s'attachera plus spécifiquement aux capacités d'absorption des
firmes au sens strict du terme et aux investissement immatériels, notamment en
R&D, mis en place par les firmes. Dans le cas où une co-évolution s'impose et
où une connaissance commune est nécessaire, notamment du fait de l'existence
du caractère tacite d'une partie de la connaissance, l'investissement en R&D, et
plus particulièrement en capital humain, permettra de favoriser la création de
liens externes (Arora, 1990 ; Kleinknecht, 1991). La mise en place d'accords de
coopération (Dulbecco, 1993 ; Ravix 1996), de réseaux (Calon, 1991 ;
Cohendet et al., 1998), de procédures interactives entre l'innovation technique et
organisationnelle (Freeman, 1987), apparaît au coeur des nouvelles formes de
transmission des connaissances.
Une première partie de ce livre est consacrée plus spécifiquement aux
capacités d'absorption au sens traditionnel du terme à savoir celles qui sont
mises en place par les firmes pour saisir les opportunités technologiques de leur
environnement. Les auteurs cherchent avant tout à modéliser certains aspects de
ce phénomène. Les trois premiers chapitres explorent, d'un point de vue micro-
économique, les comportements des agents face à l'incertitude technologique,
lorsqu'ils se trouvent en fin de trajectoire technologique (P. Rondé), lorsqu'ils
combinent ou non les possibilités d'exploitation des technologies en place et
d'exploration de nouvelles technologies (U. Cantner et A. Pyka), lorsqu'ils se
trouvent dans une phase de rattrapage du leader technologique (J. Bernard et
U. Cantner). Les deux chapitres suivants envisagent, dans une perspective
macro-économique, les conditions de réalisation du transfert technologique,
lorsque ce transfert s'établit entre petits pays à économie ouverte et le reste du
monde (F. Bellone), ou lorsqu'il concerne les relations inter-sectorielles dans le
cas de pays semi-industrialisés (X. Pautrel). Une seconde partie est plus
spécifiquement consacrée aux liens qui se tissent entre les firmes et à l'analyse
de la nature de ces liens. La prise en compte des caractéristiques
organisationnelles est essentielle si l'on veut statuer sur la liaison entre taille des
firmes et activité de R&D (S. Lhuillery) ; la nature sectorielle de l'activité et la
taille des firmes conditionnent la nature des accords et leur cadre géographique
(J. Bernard, M. Catin et C. Hendrickx). Enfin les structures en réseau mises en
place par les firmes modifient les relations de dépendance notamment dans le 18 Les conditions économiques du changement technologique
cas de la sous-traitance (L. Grand et C. Leyronas) et remodèlent l'organisation
industrielle dans le cas des réseaux d'information (P.Y. Badillo).
C'est donc autour de cette distinction entre la capacité des firmes à
capter des externalités plus ou moins fortuites ou leur volonté à les internaliser
que les différents chapitres du livre sont présentés.
La théorie évolutionniste (Nelson et Winter, 1982 ; Dosi, 1988) met en
avant l'idée que, face à l'incertitude, dans un jeu contre la nature, les entreprises
établissent des règles de décision et les appliquent de manière routinière de
période en période. Dans le cadre d'un paradigme technologique donné, les
agents peuvent construire leurs anticipations de long terme dans un univers
concurrentiel relativement stable. Comment expliquer alors la rupture de
l'équilibre évolutionnaire et le changement de trajectoire technologique ? Les
nouvelles routines mises en place par les firmes sont-elles le fruit du hasard ou
l'expression de décisions conscientes ? P. Rondé dans son article "Structure
technologique et comportement des firmes en fin de trajectoire" tente de
répondre à ces questions en montrant que les firmes ont un rôle fondamental
dans les processus de changement technologique, comme le souligne également
Howitt (1994). En fin de trajectoire, les firmes dans leur ensemble vont se
trouver en difficulté du fait de la diminution des opportunités technologiques.
La modification des rapports concurrentiels qui s'ensuit génère un signal dans
l'environnement conduisant les entreprises à réviser leurs anticipations de long
terme, à rechercher de nouvelles informations et à mettre en place de nouvelles
routines. Autrement dit, c'est la coordination externe entre agents, en tant
qu'élément systémique, qui est au centre des changements de paradigme.
L'auteur s'appuie dans sa démonstration sur un modèle de diffusion
technologique relativement standard de processus d'innovation-imitation. Dans
une industrie et à une période données, les entreprises s'ordonnent selon
l'efficience, la qualité de la technologie qu'elles utilisent, conférant au système
une structure asymétrique. Le long de la trajectoire, l'évolution technologique
est caractérisée par une probabilité positive d'innover et d'imiter supposée
constante. Ce modèle auto-entretenu se survit à lui même tant que le processus
d'innovation-imitation perdure, au sens où les firmes sont capables de mettre en
oeuvre "la technologie potentiellement inscrite dans le paradigme", caractérisant
ainsi l'état de confiance des agents dans la vertu du paradigme. En fin de
trajectoire technologique, c'est-à-dire dans la phase d'épuisement du paradigme,
la propension à innover diminue, modifiant la structure d'asymétrie du système.
Il s'ensuit une perte de confiance des agents dans les bien-fondés du paradigme.
Face à une telle situation, les entreprises sont amenées à modifier leurs
anticipations de long terme et sont conduites à prospecter de nouveaux
domaines, à expérimenter de nouvelles routines dans un comportement de
recherche (search). Le modèle de P. Rondé permet de mieux saisir l'origine du
changement de paradigme, il ne statue cependant pas sur la direction prise, sur
les nouvelles politiques d'innovation qui seront mises en place par les firmes. Introduction générale 19
La prise en compte des différents rôles assignés à la R&D va se trouver
au coeur de l'analyse proposée par U. Cantner et A. Pyka "Performance
économique et technologique comparée des stratégies d'innovation : un modèle
de simulation dynamique de concurrence monopolistique". Les auteurs
considèrent que "dans leurs décisions, les firmes n'allouent pas les budgets de
R&D aléatoirement, ni ne choisissent par hasard certaines directions de
recherche". Le long d'une trajectoire technologique, les décisions prises par les
entreprises en matière d'innovation diffèrent selon plusieurs critères :
l'expérience passée des firmes, les capacités déjà construites, la plus ou moins
grande adversion au risque technologique. Les différentes routines de
comportement des firmes expriment à la fois les contraintes de l'environnement
technologique et économique auxquelles elles sont confrontées, la recherche
d'opportunités latentes dues au caractère d'appropriabilité imparfaite du savoir
technologique et leur volonté d'affronter l'incertitude technologique. La
performance des firmes en matière technologique et économique dépendra en
grande partie des stratégies mises en place orientées soit vers l'exploitation
d'opportunités existantes, soit vers l'exploration de nouvelles possibilités
d'innovation. Ces deux stratégies renvoient au double rôle assigné à la R&D
souligné précédemment. Sur cette base les auteurs distinguent trois types de
décisions stratégiques : (i) une première stratégie dite conservatrice ou de
cavalier seul, où la firme concentre tous ses efforts de recherche sur
l'amélioration de ses propres opportunités et l'exploration d'innovations de
produit ; (ii) une deuxième stratégie dite d'imitation, exclusivement orientée vers
l'exploitation de technologies mises en place par d'autres, ce qui suppose,
malgré tout, de la part de ces firmes un effort de recherche conséquent étant
donné les problèmes liés à l'assimilation et à l'adaptation des technologies
extérieures ; (iii) enfin une dernière stratégie, dite de capacité d'absorption,
combinant l'exploitation et l'exploration de nouvelles opportunités propres et la
recherche d'externalités technologiques. Les auteurs vont tester sur un plan
théorique l'efficacité de ces trois types de stratégie en introduisant deux règles
d'apprentissage : une règle d'apprentissage économique qui conduit les firmes à
faire varier leur budget de R&D en fonction du niveau de retour sur le chiffre
d'affaires ; une règle d'apprentissage technologique qui conduit les firmes à
accroître ou non leur effort de recherche en fonction de la position relative
qu'elles occupent sur le plan de la technologie des procédés et des produits. La
simulation de ces comportements montre que si la stratégie de capacité
d'absorption est battue en début de période, étant donné les coûts initiaux, elle
prend rapidement le dessus, les firmes ayant opté pour cette stratégie parvenant
même à lancer, les premières, les nouvelles innovations de produit. On peut'
donc conclure que ce sont les stratégies mixtes et les plus complexes qui à terme
sont les plus performantes.
La notion de progrès technique localisé explique en grande partie
l'hétérogénéité des performances technologiques des firmes. L'accumulation par
la firme de savoir-faire propres, les apprentissages, le niveau des dépenses de
recherche expliquent les disparités technologiques au sein d'un même secteur. 20 Les conditions économiques du changement technologique
Dans une industrie et sur une trajectoire données, certaines firmes seront plus
efficientes que d'autres, aussi se pose la question des possibilités de rattrapage de
la part des firmes en retard. Dans l'article proposé par J. Bernard et U. Cantner,
"Retombées technologiques, effets de rattrapage et dynamique intra-sectorielle",
les auteurs cherchent à déterminer sous quelles conditions et dans quelle mesure
le rattrapage technologique des leaders par les firmes en retard est possible. A
cette fin ils proposent d'évaluer le niveau technologique des firmes en
considérant trois facteurs : les facteurs tacites liés aux routines d'apprentissage,
les effets de report et enfin les influences du marché sur la capacité des firmes à
poursuivre leur innovation. L'écart technologique entre les firmes est donc
mesuré ici en niveau et non plus en intervalle de temps entre l'innovation et
l'imitation, approche proposée par P. Rondé. Deux forces contraires sont mises
à jour. D'un côté, les routines spécifiques à chaque firme, qui ne se modifient
que lentement, et l'impact de l'environnement économique sur les possibilités de
faire évoluer le budget de R&D, tendent à maintenir ou à augmenter les écarts
technologiques entre les firmes. D'un autre côté, la possibilité pour les firmes de
profiter des effets de report potentiels, à condition de mettre en oeuvre des
capacités d'absorption, permet de réduire les écarts technologiques. Toutefois le
bénéfice des retombées technologiques ne peut jouer que si les écarts
technologiques entre les firmes ne sont ni trop faibles (auquel cas le gain est
quasi nul), ni trop élevés (la possibilité de rattrapage devient alors improbable).
L'application de ce modèle pour trois secteurs industriels français montre que le
rôle des effets de report n'est pas négligeable avec toutefois des différences
assez marquées entre les secteurs : les secteurs basés sur la science, tels que
l'électronique et l'industrie pharmaceutique, profitent plus des effets de report,
confirmant les résultats de Levin (1987), alors que les secteurs fournisseurs de
technologie (machine-outil) sont beaucoup plus neutres de ce point de vue, plus
spécialisés dans leur niche et plus axés sur la relation client-fournisseur, élément
qui confirme la typologie proposée par Pavitt (1984).
Les modèles macro-économiques de croissance (pour une recension
voir par exemple Guellec et Ralle, 1995 ; Barro et Sala-i-Martin, 1996) mettent
largement en évidence le rôle du progrès technique incorporé dans le capital
matériel. En renouvelant leurs investissements physiques, les entreprises
bénéficient d'externalités pécuniaires. Le capital tangible joue alors à la fois le
rôle de facteur de production et de support de la diffusion du progrès
technique. De ce point de vue, l'importation de biens capitaux devrait être une
solution au problème de croissance des petites économies ouvertes en
développement. Flora Bellone dans son article "Un modèle de croissance induite
par l'importation de technologies étrangères : les contraintes de financement et
montre qu'il serait erroné de l'influence des complémentarités inter-temporelles"
s'arrêter aux conditions d'accès à la technologie. A la suite de Abramovitz (1986
et 1988), l'auteur souligne que l'accès est bien évidemment une condition
nécessaire à la croissance, mais non une condition suffisante. Des contraintes de
réalisation apparaissent, notamment dans la phase de transition, au moment de
l'adoption des technologies importées. Ces contraintes sont essentiellement des Introduction générale 21
contraintes d'ajustement liées à l'inter-temporalité des processus de production
et aux processus d'apprentissage. S'appuyant sur un modèle séquentiel de
production et sur la notion "d'import-led-growth" (Gomulka, 1990), l'auteur
introduit une double contrainte de réalisation. La première contrainte est
d'ordre technico-économique qui est liée aux conditions de viabilité du
processus de production : l'assimilation et l'adaptation de technologies
incorporées dans le capital demande du temps ; le régime productif et
technologique en place peut se trouver en porte-à-faux si certaines conditions
ne sont pas requises du côté de l'offre (dotations en inputs et disponibilités
d'actifs complémentaires) et du côté de la demande (existence d'un débouché
pour les nouveaux produits). Or des perturbations ont toutes les chances
d'apparaître avant même que les gains de productivité attendus des transferts ne
voient le jour. Une seconde contrainte se combine à la première dans la mesure
où les biens capitaux importés doivent être financés, le plus souvent par
l'emprunt international. La maîtrise du processus technologique pose alors le
problème du choix des technologies à importer (des technologies moins
complexes seraient moins déstructurantes) et des conditions d'accueil à mettre
en place notamment en matière d'épargne nationale. Cette analyse permet
d'éclairer les difficultés inhérentes aux transfert de technologie et d'en déduire
la diversité des performances en matière de rattrapage des pays moins
industrialisés. On peut toutefois s'interroger sur l'impact des transferts de
technologie selon la manière dont s'organisent les relations inter-industrielles
dans les économies ouvertes en développement.
Xavier Pautrel répond en partie à cette interrogation dans le chapitre
"Progrès technique endogène dans les pays en cours d'industrialisation : le rôle
des inputs intermédiaires comme source de l'innovation" dans la mesure où il
privilégie les relations inter-industrielles. Dans les pays semi-industrialisés, la
diffusion du savoir-faire technologique se fait essentiellement via les produits
intermédiaires. Les interactions entre producteurs et utilisateurs de technologie
et notamment la mise en place d'apprentissages vont être de première
importance, ce que soulignent entre autres Von Hippel (1978) et Lundvall
(1988). Dans les pays semi-industrialisés le processus d'innovation est
essentiellement de nature incrémentale, "le savoir est acquis et développé lors de
la création de brevets utilisés pour produire différentes variétés d'inputs
intermédiaires", l'apprentissage repose sur l'utilisation de ces inputs. La
dynamique est par ailleurs initiée par le secteur manufacturier. L'auteur
formalise cette démarche en s'appuyant sur un modèle endogène d'innovation
où la dynamique de l'accumulation technologique repose sur les liens
fournisseurs-clients entre trois secteurs, le secteur manufacturier, le secteur des
inputs intermédiaires et le secteur d'innovation. La demande d'inputs
intermédiaires par le secteur manufacturier est source de variété et d'externalité
pour le secteur d'innovation. La création de variété, de qualités nouvelles
dépendra de la nature des apprentissages, des compétences techniques et de la
répartition du travail entre les trois secteurs. La croissance ne dépend donc plus 22 Les conditions économiques du changement technologique
seulement des dotations factorielles, mais du dynamisme technologique et des
améliorations qualitatives apportées par chaque nouvelle variété.
Afin de répondre à leurs besoins en matière de compétence
technologique, de favoriser l'exploitation de rendements croissants et de
bénéficier des effets de report, les entreprises cherchent à s'organiser sous de
multiples formes, allant de la constitution de réseaux à la mise en place
d'accords de coopération plus ou moins rigides. Les bénéfices qu'en retirent les
firmes dépendent en grande partie des capacités d'absorption et des moyens mis
à la disposition de l'activité de recherche. L'évaluation quantitative de l'activité
de recherche et des investissements immatériels destinés tant à l'innovation qu'à
la capture des externalités technologiques reste cependant problématique,
notamment lorsqu'on effectue une comparaison entre les firmes de petite taille
et les grandes entreprises. Les grandes firmes disposent souvent d'une activité de
recherche en propre, au sens où la définit le manuel de Frascati (au minimum
un chercheur plein temps et par an), et d'une comptabilité de ses dépenses de
recherche, ce qui rend possible une évaluation de l'effort de R&D. Par contre,
dans les PME, l'activité de recherche est beaucoup plus diffuse, ce qui rend
difficile son évaluation et peut engendrer des biais de sélection. Stéphane
Lhuillery dans le chapitre "Organisation, recherche et développement et taille
des entreprises : un retour sur la conjecture schumpétérienne" s'attaque à ce
problème récurrent en économie industrielle et de l'innovation de la liaison
entre taille des firmes et R&D. L'auteur montre qu'il est nécessaire de
s'interroger sur les principes d'organisation de la recherche. Dans un premier
temps, il fait un retour sur l'analyse de la conjecture schumpéterienne, dans la
mesure où l'auteur autrichien est l'un des premiers à s'être intéressé à la liaison
taille-R&D . Il est habituel dans la littérature d'opposer deux conceptions de cet
auteur : un "Schumpeter I" qui dans ses premiers écrits fait l'apologie de
l'entrepreneur innovateur créant de nouvelles firmes de petite taille, dans le
cadre d'un processus de "destruction-création", cette forme étant plus
spécifiquement liée à la période du capitalisme "concurrentiel"; un "Schumpeter
II" qui met en valeur le rôle des grandes firmes qui endogénéisent le processus
d'innovation en développant une recherche organisée, et ce, plus
particulièrement dans la période d'un capitalisme dit "trustifié". Ainsi se
dérouleraient deux régimes, un régime "entrepreneurial", plus spécifique aux
petites entreprises et un régime "routinier", plus caractéristique de l'activité des
grandes firmes en matière d'innovation technologique (Audretsch, 1995).
S. Lhuillery montre que ces deux régimes ne sont pas spécifiques d'une période
du capitalisme mais peuvent très bien coexister. Il insiste en outre sur le rôle de
l'organisation en introduisant deux variables caractéristiques, déjà présentes dans
l'oeuvre de Schumpeter, mais le plus souvent occultées dans l'étude de la liaison
taille-R&D, à savoir : l'appartenance des firmes à un groupe et l'existence, ou
non, d'un centre de recherche autonome au sein des firmes. Dans la seconde
partie de sa contribution, l'auteur, en s'appuyant sur un échantillon de firmes
françaises, va tester la relation entre taille et R&D à partir d'un modèle
économétrique en introduisant deux modalités successives : le choix d'un mode Introduction générale 23
d'organisation de la R&D et le volume des dépenses de R&D. Une variable
indicatrice sectorielle (en tant que variable proxy) permet de tenir compte de
l'appartenance des firmes à l'un des deux régimes. Deux dimensions
particulières caractérisent l'organisation de la recherche : (i) la dimension
appartenance à un groupe (ou non), permettant d'introduire "la substituabilité
entre dépenses de R&D" et la possibilité de bénéficier "d'opportunités
technologiques issues d'autres firmes du groupe", opposant une R&D formelle,
caractéristique de la R&D des grandes entreprises, à une R&D informelle, plus
appropriée à l'activité technologique des PME ; (ii) l'existence d'un centre de
recherche autonome. Les résultats économétriques obtenus par l'auteur
indiquent que la probabilité de faire de la recherche est particulièrement liée à
la taille des firmes et à l'appartenance à un groupe, ce qui renforce l'idée du rôle
prépondérant des grandes firmes en matière de recherche. Cette constatation ne
permet pas, cependant, de dire que les petites firmes sont moins performantes en
matière d'innovation, étant donné le caractère plus ou moins informel de leur
recherche.
Un cadre descriptif des procédures de coopération externe est présenté
dans le chapitre de J. Bernard, M. Catin et C. Hendrickx "Secteur, taille et
formes de coopération technologique". Les auteurs s'intéressent particulièrement
aux différents modes de coopération, aux facteurs qui les influencent et aux
motifs qui en sont à la base. Après avoir rappelé les principales approches
théoriques expliquant ces liens, les auteurs présentent une revue des différentes
études empiriques étrangères, notamment Hagedoorn et Schakenraad, 1990 ;
Lakshmanan et Okumura, 1995. Les deux études citées montrent que la
fréquence, la nature et l'aire géographique des liens tissés dépendent
principalement du type d'activité et plus précisément du potentiel
d'accumulation et d'absorption des savoir-faire et du degré de maturité
technologique des secteurs. Le principal motif de coopération est alors la
recherche d'actifs complémentaires. Les auteurs mènent alors leur propre
analyse sur le secteur manufacturier français et dégagent différents facteurs
explicatifs des partenariats technologiques. Après avoir hiérarchisé les divers
moyens d'acquisition de la technologie à la disposition des firmes (de la relation
client-fournisseur à la coopération en R&D), l'analyse est centrée : (i) sur
l'impact et la prédominance que peuvent avoir la taille des firmes et leur
appartenance sectorielle ; (ii) sur la distinction entre R&D formelle et informelle
et leur importance ; enfin (iii) sur la motivation des firmes qui renvoie à la
recherche d'actifs complémentaires. Le fait que l'incidence sectorielle prime sur
l'effet taille est le principal résultat obtenu, corroborant d'autres études (Pavitt,
1984). Cependant cette conclusion doit être affinée et recentrée sur l'analyse
précise du comportement d'acquisition des technologies. Trois tendances se
dégagent : la plupart des firmes ont une stratégie européenne d'acquisition de
technologie ; la principale motivation qui pousse les firmes vers le partenariat
technologique est bien la recherche d'actifs complémentaires, ces deux éléments
confirmant le poids accordé dans la littérature au rôle de ces actifs (Williamson,
1975 et 1985). Enfin, le découpage R&D formelle organisée ou R&D 24 Les conditions économiques du changement technologique
informelle inorganisée est plus lié à l'effet taille qu'à l'effet sectoriel. Ce sont
surtout les grandes entreprises, notamment dans le cas d'accords de R&D , qui
font appel à la R&D formelle alors que les firmes de petite taille privilégient
plutôt la R&D informelle et la relation client-fournisseur. Cette différenciation
formelle-informelle est par ailleurs fortement associée à l'espace géographique
de la recherche des liens : la triade, CEE, USA et Japon, ou au contraire des
relations de proximité en France.
Une des formes les plus fréquentes et les plus anciennes de
l'organisation de la coordination externe est le recours à la sous-traitance
(Baudry, 1995). Les liens que tissent les partenaires dans le cadre de relations de
sous-traitance est au coeur de l'analyse de L. Grand et C. Leyronas dans leur
article "La sous-traitance en réseau : une grille d'analyse statique et
dynamique". Ce qui importe pour les auteurs c'est moins la nature de la relation
(sous-traitance confiée ou de spécialité) que la manière dont s'organisent les
relations entre partenaires dans le cadre des réseaux de sous-traitance. La
relation de sous-traitance est essentiellement caractérisée par la dépendance des
participants liée en grande partie à la spécificité des actifs mis en jeu par les
deux parties, à l'acquisition d'apprentissages et au développement de
compétences communes. Cette spécificité induit des éléments de "non-
substituabilité" des ressources, d'irréversibilité et "d'essentialité" témoignant de la
qualité de la relation. Ces caractéristiques font que les relations ne sont pas
toujours équilibrées, mais non nécessairement à l'avantage du donneur d'ordre,
qui serait en quelque sorte indépendant, et au désavantage du sous-traitant, qui
lui serait toujours lié par la relation. Chaque partenaire est plus ou moins
dépendant de l'autre, la dépendance n'est pas à sens unique, aussi les auteurs
préfèrent parler de "dépendance croisée". Différentes configurations sont
possibles selon le degré plus ou moins élevé de dépendance des différents
partenaires. Un "réseau lâche" où les parties concernées sont relativement
indépendantes et où le sous-traitant peut déployer ses actifs vers d'autres
partenaires ; un "réseau paradoxal" où l'hyper-spécialisation du sous-traitant et
sa compétence peuvent lui donner un certain pouvoir vis-à-vis du donneur
d'ordre, si celui-ci n'a pas de substitution possible ; un "réseau hiérarchisé",
proche de la quasi-intégration, où le sous-traitant est très dépendant du donneur
d'ordre ; enfin un "réseau partenarial" où les relations entre partenaires sont plus
équilibrées, même s'ils restent relativement dépendants les uns des autres. La
spécificité des actifs et les compétences définiront le type de réseau auquel les
partenaires s'inscrivent. Toutefois les parties chercheront surtout à privilégier la
continuité et la stabilité des relations, ce qui peut conduire, dans certains cas, le
sous-traitant à accroître la spécificité de ses actifs afin de faire perdurer la
relation, se mettant ainsi dans une situation de dépendance volontaire, mais non
plus subie comme l'entendait l'approche classique de la relation entre le
donneur d'ordre et le sous-traitant.
La montée en puissance des réseaux que l'on peut observer dans la
réalité (Antonelli, 1992) vient essentiellement du fait que les acteurs du réseau Introduction générale 25
peuvent bénéficier d'externalités pécuniaires et technologiques. Le réseau
permet d'aboutir à des rendements croissants d'adoption (Arthur, 1989), à des
effets d'avalanche (Rolhfs, 1974), une fois la masse critique atteinte. En un
certain sens l' externalité de réseau correspond à un bien collectif, mais à un
bien collectif impur dans la mesure où seuls les membres du club, de
l'association "d'échanges volontaires", peuvent bénéficier des avantages que
procure le réseau. Patrick-Yves Badillo dans le chapitre "Économie des réseaux
d'information : un nouveau modèle d'organisation industrielle" analyse un
réseau particulier en forte croissance, le réseau d'information, et montre que
celui-ci modifie profondément la nature des "lois" économiques traditionnelles
ainsi que l'organisation industrielle. Dans un premier temps l'auteur examine le
passage qui s'est opéré d'une architecture "hiérarchisée" de réseau, où le centre
s'octroyait toutes les fonctions d'émission, de commande, de contrôle et de
gestion, à une architecture "décentralisée" où l'usager est de plus en plus
autonome et gère de plus en plus l'information. Le grand avantage pour les
usagers est de pouvoir bénéficier de la multiplication des services et des variétés
à un coût moindre, ce qui ne peut qu'inciter à élever le nombre des membres du
réseau. Ce phénomène d'autorenforcement lié à l'économie des réseaux
d'information conduit à trois paradoxes : une baisse exponentielle des coûts
unitaires donnant lieu à des rendements constamment croissants ; des fonctions
d'offre et de demande inversées par rapport au schéma traditionnel ; enfin un
taux d'utilisation du réseau de plus en plus faible au fur et à mesure que le
réseau s'accroît. Ces effets bénéfiques pour l'usager comme pour le producteur,
mesurés par l'effet d'avalanche, sont en cohérence avec les développements
récents de l'organisation industrielle : que ce soit au niveau des relations inter-
firmes (firmes en réseau), où des alliances se font jour afin de mieux maîtriser la
circulation et la diffusion de l'information; que ce soit au niveau intra-firme
(firme réseau) où les technologies de l'information permettent de mieux
intégrer les différents départements des firmes.
En définitive, les analyses théoriques ou empiriques présentées dans cet
ouvrage tentent d'éclairer, à travers différentes approches, les conditions
économiques du changement technologique c'est-à-dire visent, sous l'éventail
des formulations, à mieux caractériser les différentes formes d'externalités, les
interdépendances et les transferts technologiques, la capacité d'absorption des
firmes, les mécanismes d'innovation qui sont en oeuvre, selon les conditions de
production, la taille des firmes, la nature des marchés, l'organisation industrielle
et les opportunités technologiques. Il va sans dire que les pistes ici proposées et
encore peu défrichées pour saisir les interfaces science-technologie-économie
méritent, selon, d'être épurées, stylisées, décantées et/ou approfondies et étoffées.
Quelques thèmes, enfin, n'ont pas été explicitement abordés dans cet ouvrage
qui permettraient d'enrichir utilement les axes développés : (i) celui d'une
discussion sur les indicateurs spécifiques traduisant les phénomènes d'externalité
(indicateurs sur la R&D et l'innovation [cf. Atlas régional de la reherche et de la
technologie, rapports du MESR sur la R&D publique et privée, rapports de
l'Observatoire des Sciences et des Techniques] ; (ii) celui du coût et du 26 Les conditions économiques du changement technologique
financement de l'innovation et des transferts, notamment si l'on envisage
l'opposition grandes-firmes-PME ; (iii) celui du rôle des institutions et des
politiques publiques dans la promulgation d'externalités positives et dans l'aide
aux transferts technologiques ; (iv) celui du rôle de la géographie des
innovations, des milieux innovateurs, des économies externes de localisation en
matière technologique.
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