Les dispositifs d'intelligence économique

De
Publié par

Les dispositifs territoriaux d'intelligence économique sont complexes par le nombre d'acteurs impliqués. Cet ouvrage s'intéresse à un nouvel acteur, dont la mission consiste à servir d'interface entre les différentes parties prenantes ; il a un rôle de fédérateur et d'animateur au travers de la mise en place et le suivi de projets d'appui aux entreprises dans les pôles de compétitivité, les clusters ou encore les dispositifs d'intelligence territoriale.
Publié le : samedi 1 mai 2010
Lecture(s) : 313
EAN13 : 9782296257139
Nombre de pages : 249
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

!"# $%#&'#%(%)# $*%+("!!%,"+-" .-'+'/%01"

-234567897: 76 ;2896<28: =6<>7: ? >7=@ 4<>26AB7

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11932-1 EAN : 9782296119321

C=D@7E F8A=;

!"# $%#&'#%(%)# $*%+("!!%,"+-" .-'+'/%01"

-234567897: 76 ;2896<28: =6<>7: ? >7=@ 4<>26AB7

!"#$%&' (' )'"*%"( )'++,*

Intelligence économique Collection dirigée par Ludovic François

Déjà parus

Nicolas MOINET, Petite histoire de l’intelligence économique, 2010. Guillaume ALRIQ, Le management des connaissances dans les associations professionnelles et d’entreprises, 2010. Charlotte FILLOL, L’entreprise apprenante : le knowledge management en question ?Etudes de cas chez EDF, 2009. Véronique COGGIA, Intelligence Économique et prise de décision dans les PME, 2009. Sophie LARIVET, Intelligence économique, Enquête dans 100 PME, 2009. Alexandre RAYNE, Prévenir les ruptures stratégiques, Du bon usage des signaux faibles, 2009. Pierre LARRAT (sous la dir.), Benchmark européen de pratiques en intelligence économique, 2008. Frédérique PERIGUON, L’intelligence économique au service des acteurs de l’université. La question du partage de l’information sur les campus, 2008.

Je remercie les personnes qui m'ont accompagnée jusqu'à l’aboutissement de cet ouvrage, Le Professeur Amos DAVID, le regretté Professeur Louis-Philippe LAPREVOTE et la Professeure Odile THIERY pour leurs conseils, leur soutien constant, leurs encouragements et surtout pour la confiance qu’ils m’ont accordée durant toutes ces années Ainsi que mes proches pour leur patience et leur confiance en moi…

…A mes parents

PREFACE

L’intelligence économique appelle de nouveaux métiers. Au delà des circulaires et des bonnes pratiques, la politique publique doit s’incarner. L’expérience prouve le rôle essentiel joué par les hommes ou les femmes placés au cœur des dispositifs territoriaux. Leur fonction est aussi déterminante que celle des délégués généraux à l’intelligence économique qui coordonnent l’intelligence collective des entreprises ou d’autres organisations. L’intelligence économique de proximité sera d’abord un nom, un visage, une écoute, une disponibilité, une autorité morale. Les interrogations légitimes des acteurs économiques trouveront des réponses dans un climat de confiance. Le plus détaillé des portails ne remplacera jamais le contact humain. Une communication sans échange n’est qu’une gestion documentaire. Sans animateur, c'est-à-dire sans âme, le dispositif d’intelligence économique sera un organigramme de plus, au mieux un calendrier partagé entre des institutions. Nos régions et nos collectivités méritent mieux, surtout en période de crise. Celui ou celle qui aura en charge l’animation du dispositif coordonnera plusieurs intelligences collectives et individuelles. Il le fera au service de plusieurs objectifs : veilles pertinentes, prospective, partage des connaissances, formation, protection, conseil, communication, influence, diagnostic, évaluation, innovation,... Le grand mérite d’Audrey Knauf et de son équipe est d’avoir su construire une vision cohérente de ce nouveau métier. Cet ouvrage ne se limite pas à décrire. Il est désormais un instrument de la politique publique validé par le groupe formation du HRIE. Nous l’adressons aux présidents de régions, aux préfets de régions, aux présidents de chambres de commerce et d’industrie, à la gouvernance des pôles de compétitivité et à tous les dispositifs régionaux d’intelligence économique. Ils y trouveront matière à réflexion et guide pour l’action.

Les coordinateurs-animateurs dont nous avons besoin dans nos territoires en ces temps difficiles, découvriront dans les pages qui suivent les éléments

11

fondamentaux de leur métier et les finalités de leur mission au service de l’intérêt général.

Bernard Besson Président du Groupe Formation du HRIE Le 20 juillet 2009

12

LA FONCTION DE COORDINATION DEDIEE AU PILOTAGE DES DISPOSITIFS D’INTELLIGENCE ÉCONOMIQUE
Sommaire
INTRODUCTION........................................................................................................15 CHAPITRE 1 - INTELLIGENCE ÉCONOMIQUE ET STRATÉGIES ÉCONOMIQUES RÉGIONALES .............................................................................19 1.1 1.2 1.3 1.4 1.5 1.6 Le lancement de l’intelligence economique en France : approches historiques .................................................................................... 21 De l’intelligence à l’intelligence économique : un début d’analyse terminologique.............................................................................. 27 Introduction aux dimensions de l’intelligence économique : des définitions fondamentales............................................................. 28 Vision approfondie de quatre dimensions de l’intelligence economique .................................................................................. 33 L’intelligence économique au service des régions........................ 61 Conclusion du premier chapitre .................................................. 102

CHAPITRE 2 - DE L’INTELLIGENCE ÉCONOMIQUE POUR LES ORGANISATIONS À LA MISE EN PLACE DE DISPOSITIFS D’INTELLIGENCE ECONOMIQUE .....................................................................103 2.1 2.2 2.3 2.4 L’organisation en terme de ressources........................................ 105 Les dispositifs nationaux et régionaux : pour une intégration de l’intelligence économique .......................................................... 124 Les métiers de l’intelligence économique................................... 153 Conclusion du deuxième chapitre ............................................... 167

CHAPITRE 3 - L’EMERGENCE DE NOUVELLES COMPETENCES POUR L’INTELLIGENCE TERRITORIALE ................................................................... 169 3.1 3.2 3.3 3.4 La région lorraine et l’intelligence économique ......................... 171 Les autres dispositifs d’Intelligence économique en France....... 186 Le coordinateur-animateur.......................................................... 195 Conclusion du troisième chapitre................................................ 221

CONCLUSION GÉNÉRALE ...................................................................................223 GLOSSAIRE ..............................................................................................................225 BIBLIOGRAPHIE .....................................................................................................227

13

INTRODUCTION
Les acteurs économiques, entreprises et développeurs s’appuient sur des organisations économiques et sociales de proximité pour redonner un sens aigu au développement local. A l’heure actuelle, les collectivités territoriales irriguent le cœur du tissu économique national qui est composé à plus de 70% de PME-PMI. En effet, c’est bien dans les territoires locaux que sont enracinés les savoir-faire scientifiques, techniques et d’organisation, constituant ainsi le cœur de la production locale et donc de la capacité collective à anticiper pour mieux affronter les mutations et les crises. Depuis une quinzaine d’années, la France a fait sienne un concept de gestion et de prise en compte de l’information vis-à-vis du processus de décision qu’elle a nommé intelligence économique (IE). Désormais, la grande majorité des décideurs s’accorde aujourd’hui à reconnaître les avantages de la mise en œuvre d’une politique d’IE. Nous sommes ainsi passés d’une mise en œuvre de l’IE comme moyen d’aide à la compétitivité des grands groupes nationaux à des pratiques d’IE touchant tous types d’entreprises, y compris des PME. Cependant, les PME ne jouent pas à armes égales avec les grands groupes, étant donnée leur différence de moyens pour faire de l’IE une nouvelle culture de travail. C’est à ce niveau problématique et conceptuel qu’a émergé ces dernières années l’idée d’une IE développée à l’échelle locale pour contrebalancer le déséquilibre existant au départ entre PME et grandes entreprises, en misant sur le fait que les PME sont les plus nombreuses et qu’ensemble elles peuvent être aussi fortes qu’une grande entreprise. Balbutiante, entre 1996 et 2000, l’IE apparaît notamment sous la forme de programmes inclus dans certains contrats de plan Etat- Région ; elle est depuis sortie du domaine incantatoire pour acquérir une effectivité au plan national, puisqu’elle bénéficie aujourd’hui d’un programme couvrant la quasi-totalité des régions et auquel le lancement des pôles de compétitivité a apporté un nouveau souffle. Aussi, la soudaine visibilité médiatique de l’intelligence économique s’explique par le fait que cette discipline se situe à l’intersection de préoccupations politiques majeures du monde contemporain : nouvelle politique industrielle, sécurité économique, intelligence territoriale, gestion de l’innovation... En bref, l’intelligence économique constitue l’un des leviers les plus puissants de la performance des entreprises et de la réforme de l’Etat, appelé à devenir stratège et partenaire. On comprend donc qu’elle suscite un intérêt croissant. Pour preuve, les politiques publiques actuellement mises en œuvre et l’implantation grandissante de la discipline dans l’enseignement supérieur. Sans oublier les grands débats dans lesquels s’inscrit cette discipline en plein essor, qui opposent

15

parfois les tenants de la veille en entreprise à ceux qui préfèrent mettre l’accent sur la sécurité économique de la Nation. Dans les faits, l’ampleur des mutations sociales et techniques, l’urgence de l’emploi, ont placé la démarche d’IE au centre de toute action régionale. Dès lors, les actions d’IE pour les territoires se développent autour de partenariats actifs entre entreprises, collectivités territoriales et Etat. Pour ce faire, ces actions bénéficient de la relance de la décentralisation, concrétisée par la loi « Libertés et responsabilités locales » du 13 août 2004, qui a donné aux régions un rôle de coordination du développement économique. Ce partenariat est tourné vers les PME-PMI dont la structure et les capacités financières ne leur permettent pas un accès à toutes les informations disponibles et indispensables à l’amélioration de leur compétitivité. Seules les opérations de terrain, associant de multiples partenaires, peuvent permettre l’instauration de pratiques durables de gestion collective de l’information. Elles se sont assigné trois objectifs principaux : (1) doter les territoires concernés d’instruments d’anticipation ; (2) les valoriser en développant une culture de projet et de réseau ; (3) mobiliser et mutualiser les compétences et moyens existants. En 2005, le Préfet Rémy Pautrat1 relatait des tâches les plus urgentes à accomplir dans le but de déployer une dynamique d’intelligence économique en régions. Ce sont les suivantes : définir les atouts majeurs et les principales faiblesses de la région et de son tissu économique, identifier les opportunités et les risques et menaces qui la concernent prioritairement ; élaborer l’annuaire des compétences régionales qui découle du point précédent ; sensibiliser les élus et les décideurs territoriaux ; créer un Observatoire régional des risques et mutations ; procéder à l’identification et à l’évaluation des compétences régionales, publiques et privées, en intelligence économique puis systématiser et accélérer les opérations de sensibilisation-formation des acteurs économiques (en débutant par les entreprises). Aujourd’hui, plusieurs régions ont déjà mis en place des dispositifs pouvant répondre à une partie ou à l’ensemble des « missions » citées ci-dessus. L’objet de cet ouvrage est de participer à cette grande réflexion en mettant l’accent sur les acteurs de ces dispositifs d’IE (DIE), par la clarification de leurs rôles, établie à la suite d’un certain nombre d’observations de terrain. Cette vision particulière des choses nous permet de mettre en évidence le potentiel très peu exploité, voire inexploité d’un acteur qui nous semble indispensable au bon fonctionnement d’un DIE : le coordinateur-animateur. C’est pourquoi se pose à l’origine de ces réflexions la question suivante :
1

Pautrat, R., « La politique publique d’intelligence territoriale : vers l’Etat stratège et partenaire », 2005.

16

« comment faire coopérer tous les acteurs qui jouent un rôle dans une démarche d'intelligence économique en région ? » Cette question nous est apparue à la suite de l'identification de la différence du nombre d'acteurs à fédérer pour un DIE par rapport à une organisation de type entreprise. En fait, le nombre d’acteurs à prendre en compte est beaucoup plus important et diversifié en intelligence territoriale qu'en IE en entreprise et cette donnée nous a donc semblé être une des problématiques essentielles concernant l’IE territoriale. Nous nous intéressons ainsi aux actions d’IE de différents dispositifs territoriaux, en montrant la nécessité de mettre en place ce nouvel acteur dont la vocation contient deux volets. Le premier rend compte de la nécessité de développer et de coordonner toutes les opérations d’IE entre les différents acteurs chargés de les accomplir. L’autre volet met en évidence l’importance, pour le coordinateur-animateur, d’animer un DIE par l’organisation de rencontres, d’ateliers, par l’élaboration de bulletins de veille thématique, par la capitalisation des connaissances de tous les acteurs intégrés au DIE (en collaboration avec le(s) veilleur(s)), etc. Nous mettons donc en évidence les différentes fonctions qui ne sont pas exploitées au mieux par les DIE actuels, faute de l’emploi d’un nouveau personnel. Nous débuterons cet ouvrage par un rappel historique de l’IE, sa terminologie et un certain nombre de ses fonctions et dimensions, dans son interprétation territoriale. Nous nous intéresserons également aux organisations pratiquant l’intelligence économique et plus particulièrement aux dispositifs d’IE, en étudiant avec un intérêt particulier les métiers de l’IE qui existent actuellement et ceux qui tendent à évoluer. Nous nous arrêterons ensuite sur un cas concret de DIE : le dispositif DECiLOR de la région Lorraine, pour aboutir à la clarification des rôles et des compétences qui doit permettre de qualifier un bon coordinateur-animateur, et ce, à partir d’enquêtes menées sur le terrain. Ainsi, cette réflexion se veut être une première étape vers l’élaboration d’un référentiel de métier et de formation permettant de formaliser les aptitudes, fonctions et compétences du métier de coordinateur-animateur, acteur essentiel de l’IE.

17

CHAPITRE 1 INTELLIGENCE ÉCONOMIQUE ET STRATÉGIES ÉCONOMIQUES RÉGIONALES

Ce premier chapitre est le point d’ancrage de cet ouvrage. Nous proposons d’aborder l’IE au niveau terminologique puis au niveau compositionnel, par les dimensions qui la constituent, à savoir : la veille, la capitalisation, la protection, l’influence…et au niveau du processus. D’autre part, nous approfondissons le concept d’intelligence économique en région en le positionnant par rapport à ceux d’intelligence territoriale et de territoire. Cette dernière approche nous permet de situer l’IE dans un contexte spécifique qui est celui de la région, en analysant son système organisationnel (son mode de structuration et ses relations) dans un cadre de développement local. De nombreux exemples d’applications particulières de l’IE en région illustreront nos propos.

1.1 LE

LANCEMENT DE L’INTELLIGENCE FRANCE : APPROCHES HISTORIQUES

ÉCONOMIQUE

EN

Le domaine de l’intelligence économique a donné lieu au cours des années récentes à une littérature à la fois très abondante et très hétérogène, tant par ses sources (travaux universitaires, publications de consultants, voire de services et d’institutions étatiques) que par les définitions proposées et les méthodes d’analyses utilisées. À partir d’une lecture critique de ces travaux, nous proposons une classification de cette littérature en sous-ensembles homogènes. Si le terme « intelligence économique » a moins de vingt ans, sa pratique est beaucoup plus ancienne. Rechercher, exploiter de l’information utile à la bonne prise de décision au bon moment à des fins stratégiques et opérationnelles est, et a toujours été, une procédure courante et vitale pour une entreprise souhaitant se maintenir sur le marché et se protéger de la concurrence. Et c’est encore plus capital aujourd’hui face à la mondialisation et à la libéralisation du marché. Pour débuter cet historique, nous estimons, d’après nos recherches, que la dénomination la plus proche de celle de l’intelligence économique « actuelle » est celle employée et définie par Wilensky2. Cet auteur présente ce que nous considérons comme les premières théories sur l’IE, sous le nom « d’intelligence organisationnelle ». Il la définit selon trois concepts : - l’intelligence de contact repose sur la capacité à savoir qui décide de quoi, qui dispose de quelle information, comment et quand l’atteindre. Les actions de lobbying sont présentées comme exemple de ce type d’intelligence3. - L’intelligence interne consiste en la surveillance de l’intérieur de l’entreprise, la sûreté et de la sécurité.
Wilensky, H.L., Organisational Intelligence – Knowledge and Policy in Government ans Industry, New York, Basic Books, 1967. 3 Larivet S., Proposition d’une définition opérationnelle de l’intelligence économique, paru dans : Cahier de Recherche du CERAG, Série Recherche, n°04-00, 2000.
2

21

- L’intelligence des « faits et des nombres » a pour objet la fourniture au décideur de l’information technique, scientifique et juridique, économique, démographique, sociologique, industrielle … En effet, nous retrouvons dans l’IE d’aujourd’hui les composants essentiels avancés par Wilensky, à savoir la détection des menaces et des opportunités mais aussi des forces et faiblesses de l’entreprise, la protection du patrimoine de l’organisation, les pratiques d’influence, les réseaux… Nous rencontrons ces éléments dans diverses définitions d’auteurs tels que Martre, Marmus, Duhard, Levet, Baud, Revelli, Larivet, Mousnier, etc. Toutefois, avant de nous intéresser aux courants actuels de pensée de l’IE, nous allons d’abord, nous attacher à retracer les grandes périodes historiques de l’IE en France. 1.1.1 Des recommandations

C’est le rapport Martre en 1994, qui lance le débat sur l’IE en France, en proposant une première définition de ce nouveau concept à destination des acteurs économiques du pays. Les idées apportées par ce groupe de travail sont sensiblement proches de celles avancées par Wilensky. Toutefois, nous pouvons remarquer deux éléments supplémentaires : G D’une part la coordination des acteurs impliqués dans la démarche d’IE au sein de l’entreprise ; G D’autre part une concertation public-privé par l’émergence d’un système national d’IE, comme le souligne plus précisément F.Bulinge4. Le rapport Martre aboutit à la conclusion suivante : l’IE mène à un gain de temps, améliore la qualité du processus de décision stratégique et des pratiques d’influence. A la suite de la publication du rapport, une première tentative de politique publique d’intelligence économique en France fait son apparition en 1995, lorsque M. Edouard Balladur, alors Premier ministre, crée le « Comité pour la Compétitivité et la Sécurité Economique5. » Cet organisme cesse son activité après le départ du Premier ministre, en 1997. Pour les promoteurs de

Bulinge, F., Pour une culture de l’information dans les petites et moyennes organisations : un modèle incrémental d’intelligence économique, Thèse en Sciences de l’Information et de la Communication, soutenue à l’Université su Sud Toulon-Var le 2 décembre 2002 (p.212). 5 Décret n°95-350, du 1er avril 1995 portant création d'un Comité pour la compétitivité et la sécurité économique, Journal officiel, 4 avril 1995. Voir aussi la thèse de Masson qui retrace toute la genèse de la politique d’IE en France.

4

22

l’intelligence économique, le coup est rude. Commence alors une longue traversée du désert.6 1.1.2 Des propositions

Neuf années plus tard, le député du Tarn, Bernard Carayon7 propose un nouveau rapport intitulé «intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale » dont les propositions se sont fondées sur l’audition de 360 personnes durant quatre mois et demi. Ce rapport s’annonce complémentaire au précédent. Alors que le rapport Martre était principalement axé sur les méthodes d’entreprise, celui de Carayon apparaît comme un plaidoyer en faveur d’une politique publique : « Toutes les nations libérales font de l’intelligence économique une politique publique et qui dit politique publique, dit politique nationale, d’où l’emploi du terme « patriotisme » dans le titre du rapport ». Il rajoute enfin « l’IE n’a jamais été une discipline universitaire, il est temps que ça change »8. Dans ce rapport, Bernard Carayon donne de l'intelligence économique une vision plus stratégique, directement liée à la « chaîne de valeur » telle que décrite par Michael Porter9. Le rapport décline ses points d'appui : la compétitivité économique, la sécurité économique, l'influence, la formation et le développement territorial. De longues discussions traitent des contours et des contenus de la matière. Où commence et où finit l’intelligence économique ? Alors que la capitale semble à la traîne pour des raisons qui tiennent à la sociologie d’État, les régions, plus agiles et plus directement impliquées dans le quotidien, s’intéressent à ce nouvel outil. Quelques Préfets et chefs d’entreprises précurseurs, mais aussi des élus, comblent l’absence de politique nationale en aidant les initiatives d’associations nationales ou de terrain rassembleuses de bonnes volontés. Ces idées sont reprises au cours d’un entretien avec le Général Pichot Duclos10. Celui-ci résume la percée de l’IE en France de cette façon : Le concept de « mondialisation » qui devient « globalisation » (Etats – Unis / Royaume Uni)

http://www.intelligence-economique.gouv.fr/ Carayon, B., Intelligence économique et territoires. Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale, La documentation française, 2003, p.85-103. En mars 2010, B. Carayon a demandé au 1er Ministre de dresser un bilan de la politique publique d'intelligence économique, engagée en France depuis 2004H Voici la réponse qui lui a été fournie : http://questions.assembleenationale.fr/q13/13-64674QE.htm. 8 Intervention au colloque IES (L’intelligence économique, un atout de la Défense globale en France) à Verdun, les 4 et 5 mai 2004. 9 Porter, M., Choix stratégiques et concurrence, Economica, 1982. 10 Co- fondateur de l’Ecole de Guerre Economique. Entretien au Colloque IES à Verdun, les 4 et 5 mai 2004.
7

6

23

serait l'épine dorsale de la Défense Globale11 et par là même orienterait l'IE, d'une approche davantage tournée vers la « veille », depuis la première étude en France de 92 et le rapport Martre de 1994, vers une politique de défense économique publique « active » dans le rapport Carayon de juin 2003. Il définit l’IE de cette façon : savoir pour comprendre / comprendre pour agir à bon escient / préparer l’action par influence. Il faut alors attendre 2002 pour qu’une circulaire du Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie donne aux préfets une « mission permanente d’intelligence économique » au titre de la « défense économique. » La matière est encore subordonnée à l’esprit de défense qui caractérise la pensée stratégique française, mais l’idée fait son chemin. Le 1er décembre 2003, devant plus de cinq cents personnes, le ministre de l’intérieur évoque la remise du rapport du député Bernard Carayon au Premier ministre et s’engage sur une « grande et vraie » politique publique déclinée dans les trente-huit propositions de ce document. Après un long silence, l’Etat réapparaît. 1.1.3 A l’aboutissement

Enfin, les actions de l’Etat en faveur de l’IE aboutissent à la nomination par le Premier ministre (Jean- Pierre Raffarin) d’un Haut Responsable chargé de l'intelligence économique (HRIE), Alain Juillet12, le 31 décembre 2003, dont voici une partie du décret13 : « La compétition économique mondiale implique des efforts permanents afin d'améliorer la compétitivité de la France et de ses entreprises ; l’intelligence économique tient, dans ce contexte, une place primordiale en permettant de disposer d'une information pertinente et fiable et de protéger les données confidentielles. La création d'un haut responsable chargé de l'intelligence économique, tout en réaffirmant l'engagement du Gouvernement dans ce domaine, garantira une meilleure prise en compte de ces priorités par les administrations d'Etat ainsi que par l'ensemble des acteurs économiques. Ce haut responsable, placé auprès du secrétaire général de la défense nationale (SGDN), aura pour mission d'assurer la synthèse et d'organiser la diffusion de l'information disponible en matière d'intelligence économique et de veiller à
On entend par Défense Globale, tout ce qui a trait à la défense économique, civile, militaire et culturelle. IJ Alain Juillet a quitté ses fonctions courant de l’année 2009. Olivier Buquen a été nommé délégué interministériel à l’intelligence économique. 13 Extrait du journal de l'Elysée du 22 décembre 2003.
11

24

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.