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Les fondements économiques d'un état confédéral en Afrique de l'ouest

De
384 pages
Dès l'indépendance des Etats africains, un débat s'est instauré autour de deux approches d'intégration économique, diamétralement opposées, l'intégration par les marchés et l'intégration de la production. L'approche multisectorielle d'intégration que l'auteur propose aux communautés sous-régionales africaines et qui s'appuie sur l'intégration physique, l'intégration de la production et l'intégration des marchés nationaux met en avant les aspects de développement en Afrique et met fin à ces discussions partisanes.
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Les fondements économiques d'un État confédéral en Afrique de l'Ouest
Les étapes africaines de l'intégration

multisectorielle sous-régionale

Collection Études Africaines

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@ L'Harmattan,

1998

ISBN:

2-7384-7130-7

Louis Sangare

Les fondements économiques " d'un Etat confédéral en Afrique de l'Ouest

Les étapes africaines de l'intégration multisectorielle sous-régionale

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

A mes enfants Mariann£ Martha, Pie"e, Louis JR. Charles.
A la Jeunesse Africaine. Relever le défi d'aujourd'hui et de demain!

Note préliminaire
Ce rapport fait la synthèse des études sectorielles effectuées par les experts et les consultants du projet d'assistance multisectorielle à la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Ce projet d'intégration économique a été financé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans le cadre de son quatrième cycle de programmation. La Commission Economique pour l'Afrique (CEA) était le maître d' œuvre du projet. Les études ont été centrées sur trois objectifs principaux: 1) la mise en place d'une infrastructure sous-régionale de transport et de communications en vue de faciliter la circulation des personnes, des biens et des services dans l'espace communautaire; 2) la construction d'un système productif sous-régional tirant avantage des complémentarités des économies nationales et de l'ouverture d'un marché sous-régional plus vaste; 3) l'intégration des marchés des pays membres au moyen d'instruments et de mécanismes d'unification des marchés nationaux et de promotion des échanges intracommunautaires. Ce rapport de synthèse n'est pas cependant un résumé desdites études sectorielles. Il tente de présenter une stratégie cohérente d'intégration économique à long terme des pays membres de la CEDEAO. Il est vite apparu, en effet, à la suite de l'examen des causes du sous-développement persistant des économies ouest-africaines que deux résultats stratégiques devraient être atteints par les pays membres de la CEDEAO dans les 15 années à venir s'ils veulent assurer un développement économique accéléré et auto-entretenu dans la sous-région: 1) l'autosuffisance alimentaire tant nationale que sousrégionale; et 2) la construction d'une base industrielle pour restructurer et moderniser les secteurs clefs des économies des pays membres. Les études sectorielles ont été évaluées, complétées et harmonisées dans le but d'atteindre ces deux objectifs stratégiques. Il est aussi apparu, à la lumière des réalités économiques et sociales prévalant dans la sous-région que ces objectifs devraient être 5

poursuivis par étapes successives qui se veulent logiques du point de vue de la rationalité économique. Il s'agit tout d'abord de construire un système productif national et sous-régional axé sur l'autosuffisance alimentaire dans les 10 années à venir. Ensuite, ce système d'autosuffisance devrait générer les conditions propices à la création d'une base industrielle et engendrer un nouveau système productif centré sur la base industrielle au bout d'une période de 15 ans.

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Avant-propos
La crise économique et l'intégration économique ouest-africaine
Les pays membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) sont frappés par une crise économique très profonde, dite structurelle. Cette crise trouve son explication dans la nature de leurs structures économiques désuètes, désarticulées et non compétitives dans un monde en pleine transformation. Les performances des économies nationales sont médiocres et quelquefois négatives. Les pays ouest~africains ont appliqué des stratégies de développement économique séparé. Malgré l'existence de groupements d'intégration dans la sous-région, les pays membres n'ont pas mis en œuvre de programme d'intégration sous-régionale. Les décisions d'intégration économique étaient adoptées mais pas appliquées. Comme l'étroitesse des marchés nationaux laissait apparaître très peu d'opportunités d'investissements productifs aux investisseurs tant nationaux qu'extérieurs, les pays membres ont adopté des modèles de développement économique tourné vers l'extérieur pour tirer profit des marchés extérieurs, notamment de celui des anciens colonisateurs et ceux des pays membres de l'Union européenne dans le cadre des Conventions de Lomé: Priorité au développement des cultures d'exportation: café et cacao dans les zones forestières, coton et arachides dans les pays sahéliens, aux dépens des cultures vivrières; extraction et exportation des produits miniers des pays côtiers; valorisation insuffisante des matières premières locales; politique d'industrialisation basée sur la substitution aux importations; satisfaction des besoins alimentaires et en produits essentiels par l'importation, etc. Ces stratégies se sont toutes soldées par un échec. En effet, ces modèles de développement négligent un certain nombre de principes économiques fondamentaux qui sous-tendent toute politique économique nationale viable: le principe de l'autosuffisance alimentaire, celui de la base industrielle et surtout le concept de système productif viable. L'autosuffisance alimentaire est le fondement de toute stratégie de développement durable. L'erreur 7

grave des pays ouest-africains a été de baser leur développement sur les cultures d'exportation et sur l'exportation des ressources minières dont les prix sont déterminés par les bourses de commerce international. La dégradation des termes de l'échange et la chute brutale du revenu national ont créé de graves déséquilibres macroécronomiques: déficits de la balance des paiements et des finances publiques, de plus en plus amplifiés; absence d'accumulation interne; diminution des flux d'investissements tant internes qu'externes; accroissement du sous-emploi; aggravation de l'endettement; détérioration du niveau de vie des populations, en particulier paupérisation du monde rural. L'autosuffisance alimentaire demande que priorité soit donnée à la production alimentaire, que cette production locale soit protégée contre les importations extérieures et que des prix rémunérateurs soient payés aux producteurs. Si une telle politique était appliquée, le résultat, qui en aurait découlé, loin de conduire à la paupérisation des populations rurales aurait été d'élever le niveau de revenu du monde rural, d'approvisionner les villes en produits vivriers de moins en moins chers, d'engendrer une accumulation interne et de créer un fonds d'épargne et d'investissement pour la construction et le développement national. En effet, le processus de développement exige l'existence d'un pouvoir d'achat dans le monde rural afin d'en faire un marché appréciable pour les produits industriels manufacturés localement. Les revenus d'exportation seraient utilisés dans une proportion moindre pour l'importation des produits vivriers et orientés davantage vers le fonds d'investissement. Ils permettraient d'accroître le taux d'accumulation interne et de favoriser la création des infrastructures nécessaires au développement et surtout la création d'une base industrielle. Par ailleurs, la politique de substitution aux importations appliquée individuellement par les pays membres de la CEDEAO s'est aussi soldée par un échec. Cette politique ne pouvait concerner les industries de biens intermédiaires et de biens capitaux à cause de l'exiguïté des marchés de ces pays pris individuellement. Elle ne pouvait viser qu'une catégorie d'industries légères de consommation finale pour satisfaire les besoins d'un groupe de la population qui dispose d'un revenu assez élevé. En l'absence d'une base industrielle, nécessité était d'importer les produits intermédiaires utilisés comme matières premières dans ces industries. Cette industrialisation a été 8

extrêmement coûteuse et pour les investisseurs et pour les consommateurs. L'application des politiques d'ajustements structurels avec son corollaire de libéralisation à outrance a provoqué la fermeture d'un grand nombre de ces industries et a fait du secteur

industriel un secteur déficitaire tout comme le . secteur agricole,
compromettant ainsi la création d'une base industrielle, et rendant impossible le processus de remontée de filière de production. Et même le sous-secteur agro-industriel dans le cadre de cette politique de substitution aux importations n'a pu se développer, d'abord parce que les matières premières agricoles étaient produites à des coûts élevés et ensuite parce qu'il fallait importer tous les produits intermédiaires indispensables comme par exemple, les produits de la ferblanterie, boîtes de conserve, verres creux, emballages en plastique, etc. Une politique d'autosuffisance alimentaire favorise à terme la création d'un système productif viable parce qu'elle permet d'assurer une adéquation entre les structures de production et les structures de consommation, de dégager une accumulation interne et de renforcer la base industrielle et tout le système productif. La base industrielle ne peut se construire d'un seul coup. Elle doit se construire progressivement, établissant des relations permanentes entre le secteur industriel et les secteurs prioritaires en commençant par l'agriculture. Les modèles de développement extravertis des pays ouest-africains faisant fi du principe de l'autosuffisance alimentaire et de celui de la base industrielle montrent suffisamment qu'une économie ne peut se moderniser et se développer en important les produits intermédiaires nécessaires à sa croissance. D'abord parce que le pays ne disposera pas de fonds nécessaires pour satisfaire les besoins des secteurs économiques et ensuite à cause du coût exorbitant de ces importations. Ces importations rendraient les investissements peu productifs. Les biens intermédiaires doivent être produits localement lorsque la demande sous-régionale le justifie. Cela explique-t-ille peu de progrès accompli par les pays membres de la CEDEAO dans le domaine de l'infrastructure. Par exemple, le coût économique d'un programme d'irrigation diffère selon que l'on produit sur place ou que l'on importe la plus grande partie du matériel requis: ciment, moteurs, canalisation, vannes, etc. La stagnation économique des pays membres de la CEDEAO trouve sa cause dans l'absence totale de base industrielle ou économique. L'agriculture de subsistance n'utilise presque pas
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d'intrants industriels: engrais, pesticides, matériels et équipement agricoles. L'agriculture d'exportation utilise des intrants importés à des coûts exorbitants. La production est peu compétitive. En effet, si les pays membres de la CEDEAO n'ont pas compris l'impératif de la création de base industrielle, leurs concurrents asiatiques tels que la Corée du Sud et du Nord, l'Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande, etc. se sont tous dotés de base industrielle. Cela explique pourquoi le cacao de la CEDEAO perd sa compétitivité chaque jour au profit des pays de l'ASEAN. Les autres secteurs progressent à peine et quelquefois régressent. Il est clair que l'expansion de la construction, l'amélioration de l'habitat, la construction des routes posent comme préalable la production à bon marché du fer de construction, du ciment, de l'asphalte, etc. Seule la disponibilité de ces biens intermédiaires, produits localement à bas coût permettra d'accroître la productivité du travail dans ces secteurs et ouvrira la voie à de profondes transformations. La structure industrielle elle-même pour être performante doit être intégrée. L'industrialisation doit s'effectuer par le développement des filières industrielles des matières premières industrielles qui existent dans la sous-région dans des conditions avantageuses. L'industrialisation par la substitution aux importations a échoué parce qu'elle n'a pu susciter des industries nouvelles en amont pour fournir les biens intermédiaires nécessaires et n'a pu générer les industries en aval pour produire des effets d'entraînement sur l'économie. La consolidation du secteur agro-industriel, par exemple, requiert que soient développées des industries de ferblanterie, des verres creux, des produits plastique, etc. Pour que les pays membres de la CEDEAO puissent disposer de structures économiques viables, il importe par conséquent de définir les activités qui doivent être menées à bien par les pays pris individuellement, et les activités qui doivent être réalisées en commun pour le compte de l'ensemble des pays membres. D'une part, nous avons les condition alités de l'intégration économique qui s'imposent à chaque pays membre. Ce sont les politiques harmonisées, en d'autres mots, les politiques communes. Pour nous, elles constituent les véritables programmes nationaux d'ajustements structurels; d'autre part, nous avons le programme conjoint d'intégration économique, proprement dit, de la CEDEAO. Les activités de ces deux programmes doivent être menées de concert, servant de support les uns aux autres.

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Les activités nationales préparent et induisent les activités sousrégionales, les projets d'intégration proprement dits; ceux-ci accroissent la productivité des activités nationales et rendent les produits des pays membres aussi compétitifs que ceux d'un pays disposant d'un large marché interne et d'une capacité d'exécution étendue. L'intégration en Afrique de l'Ouest se présente donc sous deux aspects très importants, mais distincts: l'aspect ayant trait à la dimension sous-régionale: la création d'un système productif sousrégional; et l'aspect ayant trait à la dimension nationale: l'harmonisation des programmes et politiques nationaux. Au niveau national, les Etats doivent harmoniser leurs politiques économiques dans leurs secteurs-clés. Les politiques doivent toutes tendre vers la réalisation des objectifs de l'intégration sous-régionale. Par exemple, dans le domaine agricole, les Etats membres doivent pratiquer la politique d'autosuffisance alimentaire, articuler autant que cela se peut sur le plan national l'agriculture et l'industrie, renforcer les circuits de commercialisation des produits alimentaires tant au niveau national qu'au niveau sous-régional, intensifier les échanges commerciaux des produits alimentaires au niveau national et communautaire, protéger contre la concurrence extérieure les productions nationales susceptibles d'acquérir l'avantage comparatif au niveau de la communauté, subventionner les intrants agricoles et appliquer les politiques d'harmonisation des prix agricoles sur le territoire national. A ces politiques nationales harmonisées viendraient donc s'appuyer les programmes communautaires: mise en place des sociétés d'économie mixte communautaires pour la production des intrants agricoles, engrais, pesticides, matériel et équipement agricoles; les politiques communautaires: libéralisation des échanges communautaires, adoption d'un tarif protecteur commun; ainsi que les programmes d'intégration de l'agriculture aux autres secteurs: transports et communications, énergie. Il importe de souligner avec force qu'aucun pays ouest-africain ne peut actuellement développer tout seul une base industrielle intégrée à cause de la faiblesse de la demande intérieure. Les sousgroupements existant dans la CEDEAO, l'Union du fleuve MANO et l'UEMOA, ne disposent pas non plus d'un marché suffisant pour promouvoir en leur sein un grand nombre de produits intermédiaires essentiels au développement des secteurs économiques, notamment 11

les produits chimiques et pétrochimiques de base. Ces industries ont besoin de tout le marché de la CEDEAO pour s'établir en Afrique de l'Ouest. L'enjeu de l'intégration économique est évident en Afrique de l'Ouest. Il n'y aura pas de développement économique en Mrique de l'Ouest, sûrement dans les 15 ans à venir, à moins que les pays membres de la CEDEAO ne se concertent pour créer les industries intermédiaires dont ils ont besoin pour atteindre: 1) l'autosuffisance alimentaire; 2) devenir compétitifs grâce à la modernisation des secteursclés. Ce qui apparaît aussi nettement, c'est qu'une approche d'intégration économique qui se limiterait à l'intégration des marchés n'aura aucun impact sur les économies nationales des pays membres. Nous arguons que le processus de développement et d'intégration sera facilité par une politique vigoureuse d'autosuffisance alimentaire tant sur le plan national que sous-régional et qu'il sera effectivement déclenché lorsque les pays membres construiront progressivement la base industrielle. L'industrialisation est centrale à la stratégie d'intégration sousrégionale. Sans elle, il n'y a pas d'intégration et de développement économiques. La contribution de l'industrie à la réalisation de l'autosuffisance alimentaire et à la conquête de la compétitivité des économies nationales sera clairement démontrée. Dans un premier temps, le développement des secteurs clefs est dicté par les besoins de l'industrialisation. Il faut de l'électricité abondante et à bon marché et un système de transport lourd pour promouvoir des industries intermédiaires. C'est le coût de l'industrialisation. En un deuxième temps, ce sont les industries intermédiaires qui ont été établies qui exercent leurs effets de développement sur les secteurs économiques clefs et qui accélèrent le rythme de la croissance de l'économie et en améliorent la productivité et la compétitivité. Les pays africains doivent faire en sorte que la création d'une base industrielle intégrée soit l'aboutissement du processus d'intégration sous-régionale des 15 prochaines années. C'est donc dans ce cadre que nous devons apprécier l'intégration des marchés qui est une politique d'accompagnement de l'intégration de la production. L'intégration des marchés n'a d'autre but que de promouvoir le commerce intracommunautaire de produits fabriqués localement. Certes, lorsque les structures de production sont capables de répondre à la demande, 12

l'intégration des marchés devient un facteur d'accroissement de la production. Cependant, dans la situation de l'Afrique de l'Ouest où les disparités et les fluctuations des taux de change annulent les effets de la libéralisation du commerce, la création d'une monnaie commune sera le facteur le plus important de création d'un marché unifié. Dans une telle situation, qu'attendre de la politique de libéralisation vis-à-vis de l'extérieur? L'ouverture systématique sur le marché extérieur n'est pas de l'intérêt des pays membres de la CEDEAO car elle peut désarticuler et détruire au lieu de stimuler les structures de production nationales et conduire à l'aggravation de la crise structurelle dans laquelle les pays de la sous-région végètent. La raison fondamentale supportant cette allégation est que les économies des pays membres sont dépourvues de base industrielle et que les performances sectorielles sont médiocres. Il y a en fait très peu de domaines où les économies sont compétitives. Les produits agricoles d'exportation tout comme les produits agricoles vivriers ont perdu leur avantage comparatif par rapport avec ceux des pays concurrents d'Asie qui ont implanté des bases industrielles pour supporter leurs secteurs clefs. En Afrique de l'Ouest, la plus grande partie des intrants agricoles, de l'outillage et du machinisme agricole est importée à des coûts trop élevés par rapport aux prix appliqués en Asie. En outre, les produits d'exportation et les produits importés subissent des coûts de transport élevés à cause de l'absence d'une marine marchande compétitive. Les produits agroalimentaires ne sont pas compétitifs à cause de la cherté de la matière première et des emballages. Une deuxième raison réside dans l'aggravation de l'endettement, conséquence d'une économie qui fonctionne à perte. On constate la diminution des flux d'investissements, le manque de motivation des investisseurs extérieurs potentiels à cause de la diminution du revenu national et du bas niveau du pouvoir d'achat. La conséquence est que les pays de l'Afrique de l'Ouest deviennent ainsi principalement des zones d'importation de surplus alimentaires des pays développés et des pays fournisseurs de produits agricoles à des prix qui ne stimulent pas la production et des zones d'extraction de ressources naturelles. 13

A long tenne, si rien n'est fait, l'accentuation de l'extraversion rendra encore plus difficile l'amorce d'un développement véritable et la création d'une base industrielle en vue de moderniser les secteurs prioritaires, notamment l'agriculture. Il importe donc de se demander ce qu'il conviendrait de faire dans le laps de temps en considération pour rendre les économies africaines compétitives et capables de s'insérer avantageusement dans le système mondial de production et d'échanges. Puisque les accords d'Uruguay prévoient une période de dix ans pour la libéralisation complète du commerce des produits agricoles des pays en développement, les pays africains ont donc toute la latitude d'introduire pendant cette période transitoire, si besoin était, des politiques de protection temporaire et d'adopter des programmes d'accroissement de la productivité en vue de rendre leurs produits compétitifs, y compris des programmes d'appui: développement des infrastructures d'appui à la production pour réduire les coûts de transport et d'électricité, constitution d'un vaste marché sous-régional pour stimuler les échanges et les investissements transfrontières, etc. Puisque les pays sont perdants sur le commerce international, il faut réduire le volume des importations de l'extérieur au strict minimum, et mettre en œuvre une politique de protection avec son arsenal de mesures: dévaluation, subvention, système de quotas pour stimuler la production intérieure. Il faut promouvoir un système productif communautaire visant à accroître le rendement par hectare et la productivité du secteur agricole et agro-industriel grâce aux mesures politiques suivantes: - l'intensification et la coordination de la recherche agricole et zootechnique dans chaque sous-région, pour toutes les cultures agricoles y compris les cultures essentielles à l'autosuffisance alimentaire, par la mise en place d'un réseau de centres d'excellence ; - l'extension des périmètres irrigués dans les pays atteints par la désertification, soit par la coopération dans la mise en valeur des bassins fluviaux et lacustres, soit par la diffusion des systèmes moins coûteux d'irrigation par pompage et par aspersion; - la production des intrants agricoles bon marché dans la communauté; - la fabrication de l'outillage et du machinisme agricoles adaptés; 14

- la mise en œuvre des actions relatives à la conservation et à la valorisation des produits agricoles, d'élevage et de pêche ainsi que les actions relatives à leur distribution et commercialisation, y compris la libre circulation des produits alimentaires originaires de la Communauté. Il faut protéger la production agricole alimentaire car toute élévation du taux d'autosuffisance alimentaire résultera en une épargne interne. Il faut parvenir à déterminer les importances respectives de l'agriculture de subsistance et de l'agriculture d'exportation et donner progressivement la priorité à l'agriculture vivrière par l'élévation de la productivité de cette dernière. Il faut créer progressivement mais systématiquement une base industrielle, développer les filières industrielles des principaux sous-secteurs industriels et les complémentarités productives en vue de mettre en place une structure industrielle articulée. Il faut accroître le commerce communautaire et intercommunautaire et faire en sorte que cela se traduise par des économies de devises pour les pays membres. D'où l'urgence de la création d'une monnaie sous-régionale pour éviter que les pays membres continuent à utiliser les devises fortes pour leurs transactions commerciales communautaires. Il conviendrait donc de promouvoir immédiatement la convertibilité des monnaies nationales. Il faut promouvoir l'intervention des sociétés transnationales dans les filières industrielles qui ont fait l'objet d'identification et qui sont tournées vers le marché communautaire afin d'accélérer la mise en place de structures industrielles bien articulées. En revanche, il faut contrôler leur action dans le domaine du commerce car elles ne feront que vendre leurs produits fabriqués en dehors de la communauté. Il faut développer de nouveaux créneaux d'exportation, de préférence des produits industriels fabriqués localement, de produits semi-finis et des produits d'exportation valorisés sur place. Il faut rationaliser cette structure de production par le développement des avantages comparatifs dans certains secteurs bien choisis. Il faut stimuler le secteur des matériaux de construction, ciment, chaux vive, carreaux, céramique, etc. à cause de l'impact de l'élasticité de leur demande et de leur effet positif sur un développement économique endogène. En effet, l'extraversion accroît la fuite
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des capitaux. Il faut tabler sur l'accroissement de l'épargne interne grâce à la réduction des importations, l'accroissement de la production orientée vers les marchés intérieurs, la bonne exploitation des métaux et pierres précieuses, or, diamant et autres, la réduction de la fuite des capitaux par la création d'un système de prix autonomes. Il faut stimuler et organiser les secteurs bancaires et d'assurances dans la sous-région et les connecter à la finance internationale pour le financement des grands projets communautaires II faut créer un marché financier sous-régional. Il faut tendre vers la création d'un système productif sousrégional, constitué de secteurs entretenant entre eux des relations d'achats et de ventes, et s'appuyant sur des activités productives bien articulées.

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PREMIÈRE PARTIE

Les causes du sous-développement persistant des économies ouest-africaines

Les pays ouest-africains végètent dans la stagnation économique à cause de l'étroitesse de leur marché national et de leur faible capacité d'intervention économique. Le Nigéria avec ses 100 millions d'habitants constitue une exception. Ces pays et surtout les pays Sahéliens ont des superficies étendues et sont peu peuplés. Pourtant, ils sont incapables de nourrir leurs habitants. Le passé colonial et l'exiguïté des marchés leur ont imposé une stratégie de développement qui se solde, aujourd'hui, par un échec: la stratégie de développement économique extraverti. Les agents économiques de ces pays ont été mobilisés pour satisfaire la demande extérieure. Et comme la capacité d'exécution de ces Etats est réduite, les domaines d'intervention de leurs acteurs économiques se sont limités principalement aux cultures d'exportation: café, cacao, ananas, bananes, bois dans les zones forestières; arachides, coton dans les pays Sahéliens. Des concessions ont été octroyées aux firmes internationales pour exploiter les ressources minières: minerai de fer, bauxite, phosphate, etc. Les activités relatives à la transformation industrielle des matières premières agricoles pour l'exportation se sont peu développées. Les entrepreneurs ouest-africains ont été peu attirés par les marchés nationaux pour la production des produits industriels, d'une part à cause du bas niveau de revenu des populations, et d'autre part, à cause de la concurrence des produits importés. La satisfaction des besoins des populations en matière de produits alimentaires est assurée par les paysans traditionnels. La grande majorité de ces paysans traditionnels continuent à. utiliser les méthodes culturales désuètes: la daba ou la houe traditionnelle. Dans les pays du Sahel, à part le riz qui ne pousse en général que sur les terres alluvionnaires, les autres cultures de subsistance mil, sorgho, niébé, arachides sont cultivées sur des sols arides et ne produisent suffisamment que durant les années de bonne pluviosité. Cette stratégie de développement économique extraverti a échoué pour les raisons principales suivantes. Les pays asiatiques et latino-américains plus compétitifs se sont lancés dans la production et l'exportation de ces produits agricoles. Les pays africains ont perdu la compétitivité en faveur de ces pays. Les pays asiatiques et latino-américains ont réussi à développer une compétitivité de leurs exportations grâce à des investissements lourds tant dans l'agriculture d'exportation que dans l'agriculture de subsistance et grâce à la production locale d'engrais, de pesticides et de machines agricoles à 18

bas prix. Ils ont renforcé leur pouvoir de négociation par la diversification des exportations, notamment par l'exportation des biens industriels de sous-traitance internationale produits localement par une main-d' œuvre bien formée et peu chère. Ils ont renforcé leur compétitivité par la création d'une base industrielle et la production de biens industriels intermédiaires pour l'approvisionnement des industries et la modernisation des secteurs-clés: agriculture, transport, énergie etc. Le coût de la vie est peu élevé dans ces pays à cause du prix bas des produits alimentaires et de la productivité du travail des paysans formés aux méthodes culturales adaptées. Le résultat a été la détérioration rapide des termes de l'échange pour les productions africaines. Puisque la production interne ne vise pas principalement le marché intérieur qui reste exigu, le secteur tertiaire a pris une importance disproportionnée. Malheureusement ce secteur dans la plupart des pays ouest-africains est contrôlé par les étrangers. Les bénéfices réalisés sur le commerce des produits d'exportation et les bénéfices résultant de l'importation des produits essentiels tels que l'habillement, les chaussures, les produits de consommation courante: huiles végétales, sucre, sauces de tomates etc. profitent surtout à ces commerçants étrangers. Les profits ont été largement expatriés, empêchant ainsi toute accumulation interne. Les marchés intérieurs sont submergés de produits d'importation de toute provenance. Cela constitue un obstacle sérieux pour les entrepreneurs locaux qui voudraient se tourner vers la satisfaction des besoins locaux dans certaines filières industrielles. Certains pays qui disposent de gisements aurifères et de diamant n'ont pu utiliser ces produits précieux pour financer leur développement. Ils ont surtout profité aux commerçants étrangers et aux détenteurs de capitaux qui exploitent les concessions minières. Au lieu d'accorder des prêts aux Etats et aux entrepreneurs africains pour exploiter les métaux et pierres précieux contenus dans leurs sols, les prêts sont alloués aux firmes extérieures par les organisations internationales de financement. D'ailleurs dans la plupart des pays membres, il y a un manque de compréhension de l'intérêt économique national et une absence de nationalisme économique. Il y a en fait une tendance à favoriser les investisseurs étrangers. Le rôle primordial qui doit être dévolu aux entrepreneurs locaux n'est pas bien défini. Les Etats ouest-africains n'ont pas encore réussi à faire adopter un contrat de partenariat entre

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le gouvernement et le secteur privé local dont la responsabilité est pourtant de produire des biens et services pour satisfaire la demande intérieure. Les entrepreneurs privés ne reçoivent pas un soutien financier suffisant des banques pour faire fructifier leurs affaires. Ils sont marginalisés dans leur propre pays. Dans plusieurs pays, il y a, en effet, une méfiance de l'Etat envers les entreprises privées locales. Le secteur privé local est peu consulté et peu impliqué dans la prise de décisions qui concernent le développement de la production agricole et industrielle et l'amélioration des circuits commerciaux. La détérioration continuelle des termes de l'échange, l'importance disproportionnée dévolue au secteur tertiaire contrôlé par les Etrangers, le rapatriement systématique des profits commerciaux dans une grande majorité de pays, en particulier dans les pays de la zone franc, l'élévation du coût de la vie résultant de la négligence de la production intérieure consacrée au marché interne ont abouti à une stagnation économique de ces pays et à une paupérisation des populations. Il n'y a pas d'amélioration du niveau de vie des populations. Il y a un déséquilibre croissant des finances publiques. L'Etat n'arrive pas à faire face à ses obligations d'investissement dans les secteurs clefs. Les besoins dans le domaine des infrastructures physiques, les besoins sociaux: éducation et santé, ne peuvent être satisfaits par les budgets gouvernementaux dont les recettes ne progressent pas au même rythme que la progression des besoins. Bien pire, certains Etats ont des difficultés grandissantes à payer leurs fonctionnaires, favorisant ainsi l'affairisme dans la fonction publique. Par ailleurs, on peut se demander si l'adoption d'une stratégie de développement autocentré et endogène leur permettrait d'enclencher un processus de développement économique irréversible. Même dans ces conditions, le développement agricole qui est le point de démarrage du développement économique se bute à la difficulté de mettre à la disposition des paysans des intrants agricoles peu chers: engrais et pesticides; équipements agricoles adaptés, y compris le transport rural adapté; au coût élevé de l'irrigation dans les pays du Sahel et aux difficultés d'adoption d'une politique agricole centrée sur la production des produits de subsistance à cause des marchés intérieurs étroits résultant du faible pouvoir d'achat des habitants des villes.

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1. Absence d'articulation des secteurs d'activités
Ces pays pris individuellement ne peuvent construire une structure industrielle intégrée et viable. Les industries essentielles au

développementéconomiqueaccéléré ne peuvent y être implantées à
cause de leur grande échelle de production. Ces industries qui comprennent les aciéries, les usines d'aluminium, les industries pétrochimiques et chimiques, les matériaux de construction etc. sont essentielles au développement d'une agriculture moderne et d'un secteur agro-industriel compétitif. L'adoption d'une politique de développement économique endogène dans le cadre de ces microéconomies nationales court le risque de se solder par des gaspillages sur des investissements industriels, par des dépenses disproportionnés dans le secteur des infrastructures, et par des déséquilibres macro-économiques graves. En fait, les Etats ouest-africains qui ont essayé d'appliquer une stratégie de développement endogène se sont vite ravisés car ils se sont rendus compte de la non-viabilité de ces politiques économiques dans <Its économies au marché exigu. Les conséquences de ces deux politiques (le développement extraverti et le développement endogène), pourtant opposées, dans les petits pays ouest-africains sont similaires: faible productivité du travail agricole, absence d'articulation du secteur industriel et insuffisance de relations entre l'industrie et les secteurs chefs, manque d'infrastructure essentielle à la production et aggravation des déséquilibres macroéconomiques. Nous allons étudier l'impact de ces développements séparés sur l'agriculture, l'industrie, le transport et l'énergie. A. L'agriculture L'agriculture dans les pays membres de la CEDEAO demeure extensive. La progression de la production agricole dépend surtout de l'augmentation des surfaces cultivées et d'une bonne pluviosité. La recherche agricole est nettement insuffisante dans chacun de ces pays. Les activités de la recherche agricole sont fonction des fonds d'assistance technique octroyés par l'extérieur. Si certains produits agricoles d'exportation sont bien soutenus en matière de recherche, le coton pour les pays du Sahel, la banane et l'ananas dans les zones de forêt équatoriale, les produits agricoles de subsistance ne font pas l'objet de recherche systématique pour améliorer leur 21

rendement. Les centres sous-régionaux de recherche agricole et zootechnique mis en place dans le domaine de riz, ADRAO, et les centres de recherche en vue de l'amélioration des espèces animales, ne parviennent pas à réaliser leurs programmes de recherche et surtout ils n'arrivent pas à mettre à la disposition des paysans les résultats de leur recherche, faute des contributions des pays-membres. La recherche reste dispersée. Il n'y a pas un réseau bien structuré de recherche agricole, encore moins un réseau interrégional de recherche qui coopérerait avec les recherches entreprises en Asie et en Amérique latine. La fertilité des sols, facteur de l'accroissement des rendements, dépend de la disponibilité de l'eau et des fertilisants. Les rendements des cultures sont sujets aux aléas climatiques dans les pays du Sahel qui se heurtent aux difficultés financières pour étendre les périmètres irrigués par l'utilisation des eaux des fleuves, le Niger et le Sénégal. Le coût de l'irrigation est très élevé. Les techniques de l'irrigation moins onéreuses, telles que l'irrigation par aspersion, sont insuffi-

samment encouragées.

..

Au lieu qu'il y ait une progression dans l'extension des périmètres irrigués, on observe au contraire une régression des terres irriguées faute de maintenance des canaux et du système d'irrigation. Les pays du Sahel ne se sont pas fixés des objectifs à long terme de conquête de surfaces irriguées, ce qui est pourtant indispensable pour la maîtrise des eaux fluviales et leur utilisation pour les besoins de l'agriculture irriguée. L'extension des périmètres irrigués est indispensable à l'autosuffisance alimentaire. Cette activité est pourtant laissée au bon vouloir du financement extérieur, comme si cela ne constituait pas la condition sine qua non de la survie de ces pays. Non seulement les canaux sont envahis par le sable et les alluvions, mais les lits des fleuves aussi. Petit à petit, les grands fleuves Sahéliens sont en train de s'effacer des cartes. D'ailleurs des rivières importantes, affluents de ces grands fleuves ont disparu au cours d'une génération d'hommes. Dans les zones de forêt équatoriale les facteurs susceptibles d'accrOÎtre les rendements agricoles sont peu sollicités pour élever la production des produits agricoles de subsistance comme les tubercules, la banane plantain, le maïs, etc. Une utilisation adéquate des fumures et des engrais adaptés aux sols, permettrait d'accroître la production des tubercules et du maïs. Les surplus agricoles, transformés et conservés par une technologie adaptée pourraient être exportés 22

vers les zones déficitaires en produits vivriers. Le problème de transport rural reste insoluble. Les paysans ne peuvent pas évacuer leurs productions, notamment les produits périssables vers les zones de consommation. Les intermédiaires se rendent auprès des paysans pour acheter leur production à vil prix. Les politiques agricoles, notamment la détermination des prix agricoles profitent plus aux intermédiaires grossistes qu'aux paysans producteurs. La stagnation de la production agricole ne favorise point l'augmentation des revenues des paysans. Excepté les riziculteurs et les cultivateurs de coton qui parviennent à acheter des charrues et des bœufs pour le labour, la grande majorité du monde paysan ne peut acquérir des outils et de l'équipement agricoles adaptés. Dans la plupart des pays membres, la stratégie de développement agricole ne vise pas de façon explicite la promotion d'une classe nouvelle d'agriculteurs modernes. Les efforts sont dirigés sur les agriculteurs traditionnels. Pourtant les fonctionnaires privés de leur travail à cause des prescriptions des programmes d'ajustement structurel, les diplômés des écoles techniques et des universités incapables de trouver un emploi productif pourraient être reconvertis en paysans modernes avec des fonds d'investissement relativement modestes pour les budgets des Etats membres et servir de modèles aux paysans traditionnels dans les diverses régions du pays. Les engrais et les pesticides ne sont utilisés que pour les cultures d'exportation, le coton dans la savane, le café, le cacao, la banane, l'ananas dans les zones de forêt. La seule culture de subsistance qui reçoit des engrais est le riz dans les zones de grands périmètres irrigues. L'absence d'utilisation d'équipement et d'intrants agricoles ne sont pas les seuls facteurs négatifs qui influent sur la productivité du travail du paysan traditionnel de l'Afrique de l'Ouest. Les mois de travail dévolus au travail agricole par les paysans sont dérisoires. Les paysans dans les zones de Sahel ne travaillent que pendant la saison des pluies, c'est-à-dire pendant 3 mois. Le reste du temps n'est pas consacré à la production agricole, mais plutôt à la consommation et aux gaspillages. Les paysans traditionnels pourraient bien être mobilisés pendant au moins 6 à 7 mois supplémentaires pour améliorer les sols: production des fumures à partir des substances végétales, creusement des petits canaux d'irrigation, construction des digues, des diguettes, désalluvionnement des rivières et des ruisseaux,

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cultures de tubercules et de légumes de contre-saison dans les zones marécageuses. Cependant, le fait que les petits producteurs d'haricot vert et de fruits tropicaux n'arrivent pas à écouler leur production alors que le marché existe constitue une entrave sérieuse à la production paysanne. L'exportation des fruits et légumes - mangues, papayes, ananas, haricots verts, tomates, etc. - se heurte au volume limité et au prix exorbitant du fret aérien. Le monopole de fret aérien octroyé à Air Afrique dans les pays francophones par exemple, alors que plusieurs compagnies privées de fret aérien sont prêtes à s'établir, constitue un obstacle à l'expansion de la commercialisation des fruits et légumes et représente une de ces mesures inexplicables en Afrique de l'Ouest. En effet la production et la commercialisation des fruits et légumes par les paysans pourraient accroître les revenus du monde rural aussi bien de la savane que des zones de forêt. N'aurait-il pas été souhaitable, plutôt impératif, que cette filière ait été exploitée à fonds pour briser le cercle vicieux de bas revenus du paysan du Sahel. Les activités de "la morte saison" pourraient constituer des activités rentables qui devraient permettre aux paysans d'accroître leur revenu et de consacrer leurs épargnes à l'amélioration des sols et à l'achat d'équipement agricole adapté. L'accumulation de capital dans le monde paysan est dérisoire aussi parce que le surplus de la production des fruits et légumes des paysans n'est pas transformé industriellement. Dans les zones du Sahel, les paysans perdent chaque année des quantités énormes d'oignons, d'haricots verts, de mangues etc et dans les zones de forêt, les papayes, les ananas, les oranges et les citrons restent invendus. Cette production n'est pas encouragée et reste artisanale. Les services gouvernementaux responsables du transfert de technologie ne peuvent mettre à la portée des paysans des technologies intermédiaires pour la transformation des fruits et légumes qui pourraient être commercialisés sur le marché national et intra-communautaire. Bien au contraire, ce sont les oignons, les oranges et les pommes produits dans d'autres pays sous-régionaux ou en Europe qui sont vendus sur le marché d'Abidjan ou d'ailleurs. La détermination des prix agricoles susceptibles d'inciter à l'accroissement de la production devrait être au centre de la politique agricole des Etats-membres. Cependant comment fIXer des prix 24

incitatifs pour une production agricole dont le coût de production n'est déterminé ni par les coûts des intrants agricoles ni par les prix des semences sélectionnées et qui en fait n'est que le fruit de 3 mois de travail des paysans traditionnels. C'est pourquoi, il faut encourager le plein emploi des travailleurs ruraux. Les paysans doivent être encouragés à cultiver d'autres produits agricoles pendant la saison sèche telles que les fruits et légumes d'exportation. La pleine utilisation de ces temps oisifs aura pour effet de diminuer le coût de production des productions agricoles traditionnelles. Une autre raison qui rend difficile la détermination d'un prix agricole est la multiplicité des marchés. Les marchés des produits agricoles sont dispersés à cause des difficultés de transport rural. Les grandes villes et les villes secondaires constituent autant de marchés qui ne se communiquent pas. On ne peut parler par conséquent ni de marché national ni à plus forte raison de marché sous-régional. Même en ce qui concerne les produits tels que les céréales, les tubercules, la viande et le poisson, il n'y a pas de marché organisé au niveau national ou sous-régional. L'Afrique de l'Ouest a différents écosystèmes: zones de Sahel, zones de savane et zones de forêt équatoriale. La production agricole est très diversifiée. La sous-région pourrait raisonnablement viser à l'autosuffisance alimentaire pour les céréales, les tubercules, le sucre, les tomates, les oignons, les huiles végétales, la viande, le poisson etc. Cependant les pays membres ne se sont pas fixés des objectives d'autosuffisance sous régionale et n'ont pas adopté des politiques appropriées. Il n'y a pas par exemple une protection efficace contre les produits alimentaires concurrents provenant de l'extérieur. Alors que les pays Sahéliens pourraient satisfaire les besoins en oignons et en ail des pays de la forêt ceux-ci importent ces produits de l'Afrique du Nord. La viande du Sahel de meilleure qualité ne fait pas l'objet d'un échange organisé. Les pommes et les raisins européens sont déversés par milliers de tonnes sur les marchés portuaires de la sous région au dépens d~s fruits tropicaux de la savane. La majorité des pays de la sous région importe des huiles végétales de l'extérieur alors que quelques pays membres pourraient facilement satisfaire les besoins de toute la sous-région. Les pêcheurs et les exportateurs de poisson ne parviennent pas à organiser un marché sous régional de poisson. Le financement d'une telle opération fait défaut alors que les fonds de ces mêmes commerçants constituent 25

des surliquidités inutilisées dans les banques. Le secteur agricole végète à cause du parcellement du marché des produits vivriers, à cause du manque de protection et surtout à cause de l'inorganisation du marché. L'organisation a un rôle capital à jouer pour la commercialisation des produits agricoles. Les opérateurs économiques ne perçoivent pas la nécessité de s'organiser en réseaux. Ils ne reçoivent pas l'assistance des gouvernements dans ce domaine. Pourtant seules les méthodes efficaces de commercialisation pourraient briser le cercle vicieux de la stagnation de la production agricole. B. Le secteur industriel

Ce qui caractérise les structures industrielles des pays membres de la CEDEAO, c'est leur état d'inarticulation. L'industrie a peu de relation avec les secteurs économiques prioritaires. Son rôle est mal perçu dans ces économies ouvertes. Le manque de lien entre l'industrie et l'agriculture entrave sérieusement la productivité de l'agriculture. Les intrants industriels agricoles, engrais et pesticides, ne sont pas produits localement en quantité suffisante dans la sousrégion. Leur prix reste très élevé. Les pays membres n'ont pas adopté une politique commune de production d'engrais local et peu cher. Il n'y a pas de concertation dans ce domaine. L'industrie de fabrication d'outils et d'équipements agricoles ne fait pas non plus l'objet d'une politique sous-régionale concertée. La production d'outils agricoles est assurée surtout par les artisans locaux. La masse paysanne, à bas revenu, ne peut constituer un marché pour des usines modernes dont les produits seraient de meilleure qualité mais aussi de coût de revient supérieur. De ce fait, les matières premières produites par les paysans pour approvisionner des usines agro-industrielles sont insuffisantes et disponibles d'une façon irrégulière. Cette irrégularité de l'approvisionnement résulte du bas niveau de la productivité agricole et de l'inorganisation de la commercialisation de la production agricole. Ces matières premières agricoles sont de qualité variée et de prix de revient trop élevé pour approvisionner des usines agro-alimentaires compétitives. Les produits agro-alimentaires fabriqués ne sont pas compétitifs aussi pour d'autres raisons: la cherté des produits chimiques importés, le coût élevé des emballages également importés, en particulier la ferblanterie. Par ailleurs, l'énergie utilisée par 26

l'industrie coûte chère. Excepté au Nigéria, le fuel-oil importé par les pays membres coûte cher. Le prix de l'énergie électrique est un des plus élevés du monde notamment dans les pays francophones. Cela rend le coût de revient des matériaux de construction qui consomment beaucoup d'énergie, particulièrement élevé. En plus des agro-industries, la grande majorité des industries constituant la structure industrielle des pays membres est faite d'industries légères, important leurs biens intermédiaires de l'extérieur. Ces industries se situent au bout de la filière industrielle des matières premières telles que les polymères importés pour la fabrication des objets en plastique, l'importation des substances actives pharmaceutiques pour la formulation des médicaments, des produits chimiques de base importés pour fabriquer de l'eau de javel etc. Les dévaluations successives préconisées par les programmes d'ajustements structurels ont rendu les prix des produits intermédiaires importés très chers et les prix de revient de ces produits industriels sont devenus encore moins compétitifs. Les structures industrielles des pays membres sont dépourvues d'industries de base. Certains pays ont essayé de créer des industries intermédiaires. Le Sénégal produit de l'acide phosphorique; le Nigéria a créé des usines sidérurgiques et a commencé à implanter des usines pétrochimiques de base. Mais la plupart de ces industries souffrent d'un défaut de conception ou de construction et ne peuvent produire à des coûts compétitifs. Les industriels des pays membres ne se concertent pas entre eux. Les spécialisations industrielles ne se développent pas. Bien au contraire des industries similaires s'implantent dans des pays membres voisins. Les pays qui ont créé des industries de biens intermédiaires n'ont pas consulté les autres avant de prendre la décision d'investissement. Il faut signaler cependant un certain nombre d'exceptions à cela. Le Sénégal a procédé à une large consultation sous-régionale avant d'implanter son usine d'acide phosphorique. Aussi d'autres pays membres de la sous-région, la Côte d'Ivoire et le Nigéria ont-ils acheté des actions de la société. Le Bénin et le Nigéria se sont concertés pour ériger une cimenterie de 500 000 tonnes au Bénin pour approvisionner en partie le marché nigérian. Mais en général, les industries de biens intermédiaires ont été installées à des coûts exorbitants et sans planification approfondie. Les approvisionnements en matières premières locales n'ont pas été bien organisés et une 27

attention particulière n'a pas été accordée au développement des filières industrielles. De ce fait les industries d'assemblage qui ont été établies dans la sous-région utilisent-elles très peu d'intrants locaux. Les aciéries du Nigéria ne produisent pas de produits plats. Les carrosseries des voitures au lieu d'être fabriquées au Nigéria sont importées en pièces détachées et assemblées avec une valeur ajoutée dérisoire. Il n'y a presque pas d'industries d'exportation à proprement parler dans la sous-région. Il y a par exemple très peu d'activités de troisième transformation du bois orientées vers l'exportation. L'exportation est concentrée sur les produits de première et de deuxième transformation. Même lorsque les pays s'engagent dans la transformation industrielle de ces produits agricoles d'exportation, le nescafé, et les ananas ivoiriens par exemple, la quantité exportée de ces produits est très minime. Les pays ont des difficultés à tisser des liens de coopération solides avec les sociétés transnationales dans ce domaine. Les pays développés se refusent à priver leurs nationaux d'opportunités ouvertes par la transformation de ces produits. Pourtant il est important de s'accorder sur certaines activités conjointes. En respectant les normes d'hygiène, le domaine de la transformation des fruits et légumes, de la viande et du poisson, se prête bien à des entreprises conjointes comprenant les pays détenteurs des produits du cru et les pays consommateurs. C. Absence lourd Deux facteurs influent négativement sur l'exploitation et la transformation industrielle des ressources minérales de l'Afrique de l'Ouest: 1) l'absence d'un système de transport lourd qui est indispensable à la mise en valeur des ressources minérales des pays sans littoral maritime et des ressources minérales situées dans les arrière-pays des pays côtiers et 2) la cherté de l'électricité consommée par les industries. Il n'y a pas un réseau intégré de chemins de fer dans la sousrégion. et le cabotage entre les pays côtiers par des bateaux de tonnages moyens est presque inexistant. d'interconnexions du système de transport

Parmi les 12 réseaux nationaux de chemins de fer qui existent en Afrique de l'Ouest, il y a seulement deux réseaux interconnectés 28

qui relient chacun deux pays respectivement. Certains de ces réseaux sont des chemins de fer minéraliers qui sont seulement consacrés au transport des produits minéraux des pays côtiers. Chacun de ces réseaux relie les mines situées dans l'arrière-pays au port minéralier. Le système de chemins de fer ne peut être utilisé pour la valorisation des ressources minérales en vue de répondre aux besoins des marchés des pays membres. Les autres lignes de chemins de fer bien qu'elles assurent le transport des voyageurs ont été spécialement construites pour le transport des produits agricoles d'exportation des pays de l'hinterland et de l'arrière-pays des pays côtiers vers les ports maritimes. Leur principale fonction est donc d'assurer l'exportation des produits agricoles de traite: le coton, l'arachide, le bois, le cacao, etc. Le cabotage sur les côtes Ouest-africaines est effectué de façon sporadique. Les services réguliers de cabotage qui étaient fournis par les navires au long cours en provenance des ports européens ont été interrompus vers 1975. Les villes côtières d'Abidjan, Monrovia, Conakry et de Freetown ne sont pas non seulement connectées par de bonnes routes mais n'ont presque pas de liaisons maritimes entre elles. Les villes de l'intérieur, Bamako, Ouagadougou, Niamey, etc. sont par contre reliées avec les grands ports côtiers de Dakar, d'Abidjan et Cotonou respectivement. Le démarrage d'une industrialisation de base à l'échelle sousrégionale s'avère difficile. D'une part, les pays de l'hinterland ne peuvent transformer ni leur minerai de fer, ni leur bauxite, d'autre part, les pays côtiers sont également condamnés à exploiter et à exporter leurs ressources minérales. Ces richesses minérales ne peuvent être utilisées pour le marché sous-régional à cause de l'absence d'un système intégré de transport lourd reliant les unités de production et les principaux centres de consommation. D. Absence d'une énergie électrique à bon marché

La quantité d'électricité produite par l'hydraulique et celle produite par les centrales thermiques dans la sous-région sont presque égales. Les centrales hydroélectriques de la sous-région ont des coûts de revient très élevés qui diminueront avec l'amortissement des infrastructures. Le coût de l'électricité produite par les centrales thermiques à partir de fuel-oil dans certains pays de l'hinterland etde 29

la côte, le Burkina-Faso, le Sénégal, est très élevé. La production de l'électricité à partir des centrales à gaz est peu chère*. Elle est effective seulement au Nigéria et en Côte d'Ivoire. Bien que l'offre de l'électricité soit supérieure à la demande, le prix de l'électricité reste élevé partout dans la CEDEAO. Cela résulte de l'insuffisance de l'interconnexion des réseaux électriques nationaux. Le surplus de production de certains pays producteurs, le Ghana et le Nigéria n'est pas suffisamment exporté vers les pays déficitaires: le Sénégal, le Mali, le Burkina, la Guinée, etc. Des sites hydrauliques de la Guinée qui sont importants dans la sous-région ne sont pas équipés à cause de l'impossibilité d'exporter le surplus de production vers les pays demandeurs. En effet le réseau national de la Guinée n'est pas interconnecté avec les réseaux des pays voisins. Le barrage hydraulique de Manantali, au Mali, terminé depuis quatre ans, n'est pas équipé de centrale électrique. La raison est que le marché d'électricité des trois pays ne pourrait absorber la totalité de la production supplémentaire de 250 MW. Pourtant des pays voisins, la Guinée et le Burkina-Faso sont déficitaires en électricité. En fait l'obstacle le plus important au développement de l'électricité est l'absence d'investissements lourds affectés aux infrastructures énergétiques. Les marchés d'électricité sont sousévalués. Les études de marché effectuées tant au niveau national qu'au niveau sous-régional n'intègrent pas l'électricité qui sera requise pour le développement des industries de base, grandes consommatrices d'électricité. Les immenses ressources de gaz naturel du Nigéria ne sont pas utilisées non seulement pour l'exportation mais aussi pour l'approvisionnement des centrales thermiques des pays du Sahel. Les ressources en charbon, en lignite et en tourbe de la sous-région ne sont pas exploitées de façon industrielle et utilisées pour la production de l'électricité excepté au Niger où une partie des gisements de charbon sont utilisés pour la production de l'électricité en vue d'approvisionner les mines d'uranium d'Arlit.

.Une centrale dollars

theruùque

à gaz d'une puissance

de 150 M.v coûte environ

250 uùllions

de

américains.

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2. Le fardeau de la dette extérieure
En 1991, la dette totale des pays membres de la CEDEAO s'élevait à 78,238 milliards de dollars. La structure de la dette était dominée par les dettes à moyen et à long termes. Ces dettes représentaient 68,880 milliards et les dettes à court terme se situaient à 9,358 milliards. En 1992, les dettes à long terme étaient de 62,868 milliards de dollars contre un total de 74,306 milliards. Les dettes à court terme s'élevaient donc à 11,438 milliards. L'accroissement de la dette à court terme provient en partie de l'accumulation des arriérés sur le paiement des intérêts des dettes à moyen et à long terme. Il résulte aussi du soutien financier à la balance des paiements des pays membres, accordé par certains créanciers bilatéraux en forme de prêts à court terme et destiné en partie au règlement des arriérés dus aux institutions multilatérales de financement. La réduction ou la stabilisation des dettes à moyen et à long terme s'explique par le fait que les flux financiers alimentant les fonds de développement sont en train de baisser en Afrique de l'Ouest. Les pays donateurs préfèrent maintenant fournir un soutien financier important aux pays de l'Est et aux pays latino-américains au dépens des pays africains. Ce manque d'intérêt est aggravé par l'instabilité politique dans plusieurs pays de la sous-région. Des prêts déjà octroyés n'ont pas été décaissés. Le montant des arriérés était élevé d'abord dans les pays à faibles revenu; il s'accroît de façon importante dans les pays ouest-africains à revenu intermédiaire: Nigéria, Côte d'Ivoire, Ghana, etc.. L'explication du lourd fardeau de la dette des pays membres de la CEDEAO doit être recherchée dans des causes diverses. La chute de la productivité du secteur agricole, la noncompétitivité des structures industrielles qui a occasionné la fermeture de plusieurs usines de la place, la détérioration des termes de l'échange, la chute des recettes d'exportation, en fait la non-viabilité de la plupart des structures de production nationales. S'ajoutent à cela, les résultats médiocres générés par les projets de développement financés par les dons et prêts internationaux, la corruption, les détournements et les malversations financières. Les pays ouest africains affrontent d'une part le problème de la pression de la dette sur les investissements productifs et d'autre part, le problème de l'insolvabilité. 3J

La dette constituait les 112 % du PIB en 1991. Elle représentait 119 % du PIB en 1992. Le service de la dette consommait les 25 % des exportations de biens et services en 1991 et en 1992. Il représentait les 9 % du PIB en 1991 et les 10 % du PIB en 1992. Il Y a par conséquent une aggravation de la pression exercée par le service de la dette sur les recettes d'exportation et sur ce qui pourrait constituer l'épargne intérieure. L'accumulation des arriérés témoigne de l'incapacité des pays membres d'honorer leurs engagements et poussent certains bailleurs de fonds à ne point octroyer de nouveaux prêts pour l'investissement productif. Les rééchelonnements de la dette non suivis de prêts affectés aux investissements productifs n'ont fait qu'aggraver l'accumulation des arriérés. Les autres mesures prises par la Communauté Internationale en vue d'alléger le poids de la dette de ces pays ont été insuffisantes. Les Etats-Unis ont annoncé après le Sommet de Tokyo en juillet 1993, qu'ils acceptaient une réduction de moitié des créances que leur devaient 18 pays africains classés parmi les plus pauvres. Les Fonds de la Banque Mondiale visant à racheter les dettes commerciales des pays bénéficiant de la Facilité de réduction de dettes de l'Association Internationale de Développement (IDA) n'ont été octroyés qu'au Niger et à la Sierra Leone dans la sous-région. La création en octobre 1992 par la France d'un Fonds de conversion des prêts en subvention au développement d'un montant initial de 4 milliards de FF pour les pays à revenu moyen constitue sûrement une solution concrète au problème de la dette africaine. Mais il ne profitera qu'à la Côte d'Ivoire dans la sous-région.

3. L'inconvertibilité des monnaies nationales: un frein au commerce intracommunautaire et à l'investissement transfrontière
La faiblesse des monnaies nationales est le reflet de l'état de stagnation des économies nationales. La situation monétaire dans les pays de l'Afrique de l'Ouest est caractérisée soit par une augmentation de la masse monétaire débouchant sur une inflation monétaire qui anéantit le pouvoir d'achat particulièrement celui des couches à bas revenu (pays non membres de l'UMOA), soit par une politique de restriction de crédits, se traduisant par la limitation des
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crédits bancaires et par un plafond imposé "aux dépenses publiques. On assiste à une situation déflationniste avec des prix élevés car la hausse des prix extérieurs affectent les prix internes de ces économies qui reposent fortement sur le commerce extérieur. Par ailleurs, les investissements destinés aux infrastructures et aux secteurs productifs sont inexistants ou stagnent - (cas de l'UEMOA). L'existence de plusieurs zones monétaires, zone CFA, CEDI, NAIRA, LEONE, DOLLARS, etc. s'oppose au développement des échanges intracommunautaires, à la formation et à la circulation des capitaux dans la CEDEAO, donc aux investissements transfrontaliers. La mauvaise politique de taux d'intérêt qui accorde des intérêts bas aux épargnants et frappe de taux d'intérêt très élevés les emprunteurs de fonds ne permet pas une mobilisation effective de l'épargne intérieure. De plus, la multiplicité des zones monétaires est aggravée par l'absence de tout effort d'harmonisation des politiques macro-économiques des Etats membres. Les Programmes d'ajustement structurel (PAS) nationaux ont contribué à faire apparaître de graves disparités dans la politique monétaire des Etats membres. Des obstacles nouveaux se dressent contre toute tentative d'intégration économique ou simplement de coopération économique ou commerciale. Que signifie une politique de suppression de barrières douanières entre des pays qui entreprennent sans consultations entre leurs autorités monétaires, des dévaluations de leur monnaie nationale, qui fixent de façon arbitraire leur parité de taux de change sans concertation avec leurs banques centrales, qui s'adonnent à l'augmentation de leur masse monétaire sans égard pour leurs réserves en devises fortes. Une telle zone ne peut devenir ni un marché communautaire d'échanges commerciaux ni une zone où les capitaux circuleront librement et rechercheront les projets productifs. Les pays membres de la CEDEAO doivent abandonner ces PAS nationaux et suivre l'exemple des pays de l'Union Européenne. Ceuxci ont adopté un programme d'ajustement structurel au niveau du marché commun visant à créer des politiques de convergences. Ces politiques ont favorisé une stabilité monétaire dans l'Europe des 12 et constituent aujourd'hui non seulement les fondements de la monnaie commune, mais les bases de la restructuration des économies Européennes en vue d'une plus grande efficience économique.

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4. Les systèmes bancaires ne soutienne nt pas la production
Le financement des infrastructures et des opérations productives aux niveaux national et sous-régional soulève des problèmes multiples dont la solution est à rechercher. Les institutions bancaires de la place se sont révélées incapables, jusque-là, de mobiliser les ressources financières internes et externes requises pour le financement des projets d'infrastructures et des activités productives. Les banques commerciales n'ont pas toujours mis au centre de leur préoccupation le financement des projets de développement. Certes les banques commerciales ont souffert des effets de la détérioration des cours des matières premières agricoles et minières, café, cacao, pétrole, phosphate, etc., de la baisse brutale des recettes d'exportation des Etats membres, de l'endettement massif des pays membres et de la diminution des investissements privés étrangers. Somme toute, elles ont exercé un rôle négligeable sur le développement économique et la formation d'une classe d'hommes d'affaires et d'industriels Ouest africains. Les banques commerciales ont financé surtout des opérations à court terme: le commerce de traite, l'immobilier, le transport routier et les prêts personnels. Certaines se sont même spécialisées dans les placements extérieurs. Par la constance de leurs placements extérieurs, elles ont contribué paradoxalement au financement de la croissance en Europe. Pendant ce temps, l'entrepreneur ouest-africain, surtout de l'UEMOA, a rencontré des difficultés croissantes pour accéder aux sources de financement de ses activités. Dans la zone franc, malgré la restructuration bancaire intervenue à la fin des années 80, le secteur bancaire est toujours dominé par les banques françaises. La Banque Nationale de Paris, BNP, travaille en association avec des banques commerciales de la Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Burkina Faso. Le Crédit Lyonnais détient 95 % des ressources bancaires au Sénégal et 80 % en Côte d'Ivoire. La Société Générale est présente aussi bien en Côte d'Ivoire qu'au Sénégal. En somme les intérêts français représentent 55 % des ressources bancaires et les banques françaises ont renforcé leur position financière dans les pays francophones jugés stratégiques. Ces banques donnent leur soutien financier d'abord aux 34

entreprises françaises de la place et ensuite à leurs alliés africains. En principe, elles ne financent pas les opérations commerciales avec d'autres pays développés ni ne supportent des investissements transfrontières avec un pays membre de la CEDEAO, non membre de la zone franc. Cependant la restructuration bancaire a favorisé dans d'autres pays de l'UEMOA la participation des capitaux africains et étrangers dans certaines banques de la place. De nouveaux actionnaires ont pris des participations dans la BIAO. Le Groupe Méridien Corporation possède 74 % de Méridien BIAO SA. Toutefois le capital de la BIAOMALI est détenu par les actionnaires nationaux à concurrence de 65 %. De nouvelles banques africaines ont été créées dans plusieurs pays ouest-africains. La "Bank of Africa" dont les actions sont détenues en majorité par les actionnaires africains est implantée au Mali, au Niger et au Bénin. L'Ecobank à capitaux privés africains dont nigérians est implantée au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Togo et au Nigéria. n existe actuellement dans les banques commerciales de la sous-région une situation paradoxale qui est fortement accentuée dans la zone UMOA. D'une part, le montant de dépôts dans les banques commerciales est très élevé; il Y a même une sur-liquidité; d'autre part, des projets de redressement économique qui sont des projets à moyen et long termes dans les domaines de l'irrigation, de la réhabilitation des industries agro-industrielles ne trouvent pas de financement. La dévaluation du franc CFA, en janvier 1994, accompagnée de son inconvertibilité et de l'interdiction de transfert de fonds a créé un excès de liquidités du franc CFA. Les dépôts des entreprises et des particuliers dans les banques commerciales ivoiriennes sont passés de 607 milliards de francs CFA à 843 milliards au cours de l'année 1994, soit un accroissement de 236 milliards. L'accroissement des dépôts dans les banques sénégalaises était de 177 milliards en 1994. Certaines banques refusent même d'accepter les dépôts des particuliers. Elles estiment qu'elles ne peuvent utiliser les dépôts à vue à très court terme pour financer des projets de développement. Les banques de développement nationales établies presque dans tous les pays francophones ont fait faillite à cause des effets néfastes des pressions des partis politiques au pouvoir sur leurs opérations: prêts alloués aux hommes politiques non pas pour des 35

projets de développement mais pour acquérir des maisons d'habitation, des voitures, etc. aux hommes d'affaires non pas à cause de la qualité de leur dossier de demande de prêt, mais à cause de leur appartenance aux partis au pouvoir. Ces emprunteurs se trouvaient incapables de rembourser leurs prêts. Les passifs se sont accumulés dans ces banques. La restructuration bancaire qui s'en est suivie a vu la disparition des banques de développement au Sénégal, au Niger, au Burkina Faso, au Bénin, etc. La Banque de Développement du Mali a été totalement restructurée avec l'apport du capital marocain 40 %, de la BOAD et de l'Etat malien 20 %. Le Nigéria a libéralisé le secteur bancaire qui était contrôlé avant 1985 par l'Etat à hauteur de 60 % et par la Banque Centrale à hauteur de 33 %. Le développement bancaire a pris un essor à partir de 1985 avec la libéralisation du secteur bancaire. De 40 banques en 1985, le nombre des établissements bancaires a atteint 120 en 1990, dont 65 banque commerciales et 55 banques d'affaires. Ce réseau d'institutions de financement comprend des banques régionales, des banques spécialisées pour l'industrie, le commerce et l'agriculture ainsi que des sociétés de financement du logement. Le Ghana possède six banques commerciales, au capital desquelles l'Etat participe fortement et quatre banques d'affaires qui manquent cependant des fonds de financement à long terme. Les dévaluations successives du naira et du CEDI ont réduit le pouvoir d'achat des populations et les fonds de roulement des entreprises. Les prix des biens intermédiaires importés par les industries comme matières premières se sont accrus. La demande des fonds par les entreprises locales ont augmenté considérablement. Le taux d'intérêt sur les prêts s'est élevé en 1991 jusqu'à 21 %. Les taux d'intérêt élevés ont attiré les dépôts des classes moyennes: les commerçants et les grands agriculteurs. Les liquidités en naira et CEDI et maintenant en francs CFA, se sont accrues dans les banques. Mais le problème qui se pose est comment utiliser les dépôts à court terme pour financer les investissements à long terme. Cela, d'autant plus qu'il s'est développé parallèlement aux activités bancaires un secteur de marché noir avec des taux de change très élevés où l'argent était prêté jusqu'à 120 %. En ce qui concerne le problème des devises, les réserves des banques centrales du Nigéria, du Ghana, etc. ont baissé considéra36