Les régions de Russie à l'épreuve des théories et pratiques économiques

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La science régionale est encore peu abordée dans les universités russes. Les idées de trajectoire diversifiée selon les régions, d'identité régionale, de gouvernance régionale sont encore très nouvelles. Ce livre présente le problème de cette transition à travers 4 thèmes: régions et globalisation, économie souterraine, entreprises et tourisme dans le développement régional. La transition a vu le développement du tourisme, elle a favorisé l'émergence d'une forte économie souterraine, laquelle soulève des problèmes économiques et sociaux particuliers.
Publié le : jeudi 1 septembre 2005
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EAN13 : 9782336255835
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Les régions de Russie à l'épreuve des théories et pratiques économiques

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LILIANE BENSAHEL,

PASCAL MARCH.AND (Eds.)

Les régions de Russie à l'épreuve des théories et pratiques économiques

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La Librain.e des Humanités Collection dirigée par Alain PESSIN, Vice-président chargé des études et de la vie universitaire (CEVU), de la formation initiale et de la documentation et Pierre CROCE, responsable de la Cellule d'Assistance à la Publication à l'U niversité Pierre Mendès France, Grenoble. La Librairie des Humanités est une collection co-éditée par les Editions L'Harmattan et par l'Université Pierre Mendès France de Grenoble. Destinée à recevoir, dans ses diverses séries, des textes couvrant tout le champ des sciences sociales et humaines, son caractère universitaire lui fait devoir et privilège de promouvoir des travaux de jeunes auteurs autant que de chercheurs chevronnés.
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P. Chaix
Le JlIg/?) prqjèssionnel EJ!iellx écollo/1liques en Frallce et sociallx (2004)

III- EJ!J"etlx et perspectives l'holJJJlle

des Droits

E. Bogalska-~Iartin Entre lllé/Noire et oubli Le destill croisé des héros et des édÙJleS

(2004) A. Ferguène (Dir)
Gouve171ance tenÙon"al. (Dir.) Becker (2003) Y. Polity, L'organisation Approches locale et déJ)eIoppeJJlellt (2004) .Le cas des pq)'s du Sud G. Henneron,

J.-L Chabot et C. Tournu (Dir.)
L 'hélitage européenne A. Blanc religietlx (2004) et A. Pessin et spirituel de l'identité

R. Palermiti

L /411 du terrain L\1élaJ/ges ofjèl1S à Howard

des connaissances cOJ/ceptuelles (2005)

Y. Chalas (Dir) L'ÙIJaginaire aJJlénagetlreJ1mtltatioll (2004)

D. Rigaux
Le Chnst Histoire du dÙJlanche d'une iJJlage 11lédiévale (2005)

C. Amouroux (Dir.) Que jàire de l'Hôpital (2004) L. Dowbor
LI JJJosaïque bnsée des équatiolls (2004) Ou l'éconoJJJie atl-delà

J.-L. Chabot, Ph. Didier, J. Ferrand, Le Code civil et les Droits de 1'!JomJJle

(2005)
Série « Côté Cours )}

C. Offredi (Dir.)
La c[YllaJJliqtle de l'étJaluatioll durable (2004) jàce au dé1)eloppemeJ/t

F. Carluer
Pouvoir Ana!yse économique et espace de la diveJ;gence régioJ/ale (2004)

Tous nos remerciements aux traductrices Russes: Marie :Nladeleine Baniakina, Elena Bocq, Anna I<routchinina, ainsi qu'aux correcteurs: Fanny Coulomb, Pierre Croce et Marine Jacquemoud-Collet.

site: www.1ibrairiehalmattan.com e.mail: harmattanl@wanadoo.fr

(Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8969-2 EAN: 9782747589697

Sommaire

Préambule
L. Tarassevitch, Recteur de l'Université d'Economie et des Finances de Saint-Pétersbourg . . ... ... . . .. 15

En guise dJintroduction Région et globalisation en Russie L. Bensahel, P. Marchand. .. .. .. ... .. ... ... ... .. .... .. .... .. .... ... 17

PARTIE 1 P. J\;Iarchand, V. Lamande REGIONS ET DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE 23

DANS LES ECONOMIES Chapitre 1

EN TRANSITION

C. Cour/et Territoires, globalisation, systèmes de production localisés (SPL) et « clusters» Chapitre 2

27

G. Garofo/i La reconstruction de Systèmes productifs locaux et Zones industrielles en Italie.. . . .. . . . . .. .. . .. . . . . . .. .. . . . . .. .. .. . .. 47 Chapitre 3
la transition et la Russie ..................... 63

1. Sal1JSOn La science régionale,

Chapitre 4 F. Carluer Vers une divergence des régions russes? Déterminants macroéconomiques et géographiques.. Chapitre 5
1. 5 a/J'lson

.. .. ..

... 91

P. Marchand,

Métropoles et développement Chapitre 6

économique en Russie. . . . . . . .. . . .

101

V l..aJ1'lande,1. 5 a/J'lson Stratégies de développement régional en Russie: le cas de la région de I<aliningrad

123

Chapitre

7 pour la région 139

A.E. Karlik Quel avenir de développement de Saint-Pétersbourg? Chapitre 8

J. Fontane/, T. Fontane/, J. Page

Le Tricentenaire, un effet d'entraînement pour l'économie de Saint-Pétersbourg

149

PARTIE2 M. Bartoli, A.E. I<arlik, 1. I<lementovitchous LES ENTREPRISES DANS LE CONTEXTE REGIONAL 165

DU DEVELOPPEMENT

Chapitre 9 A. E. Karlik, 1. Y. Klementovitchous Modifications économiques structurelles 0'exemple de Saint-Pétersbourg)

et rapports

salariaux . ..

171

Chapitre 10 F. Corolleur Entrepreneurs et territoires au sein des économies en transition.. Chapitre 11 V V Platonov Potentiel innovateur de Saint-Pétersbourg dans le contexte de la globalisation .. .. . . . .. .. .. . .. .. .. .. . . . . . .. . . .. 199 Chapitre 12 EA. Gorbachko,LA. Korovkine L'adhésion de la Russie à 1'O:JYfC le développement et de la politique économique régionale (l'exemple de Saint - Péters bourg) . .. . .. . .. .. . .. .. . .. . . .. .. . .. .. . .. ... 209 Chapitre 13 A. Slobodskoi;N.N. Pokrovskaia Le rôle social des entreprises en formation de la culture normative..

.. .. . .. . . .. .. .. .. .. .. . . . . .. .. .. 185

.

.. .. . .. .. .. .. . . .. . . . .. 217

PARTIE3 L. Bensahel, V. Choubaeva, G. IZarpova TOURISME ET DEVELOPPEMENT REGIONAL 223

Chapitre 14 L. V Botkina, T. Fontane~J. Page,A. Pu~reva Le tourisme comme facteur de développement Le Tricentenaire de Saint-Pétersbourg Chapitre 15 VE. Gordin, VG. Choubaeva,L. V Khoreva Le secteur touristique en Russie et à Saint-Pétersbourg 239 d'une grande ville. ... . . . .. ... . .. 233

Chapitre 16 L Bensahe~E. KroPinova Tourisme et développement territorial dans la région de l<.aliningrad .. . .. .. . . . . .. . .. . . .. . . . . . . . . . . . . .. . . ... 253 Chapitre 17 S. Kopatskqya Régionalisation de la politique culturelle en Russie. Chapitre 18
G. Karpova, S. 5 erdobo/skaia

. . . . . . . . . . . . .. 271

Le tourisme social et le développement

régional en Russie. . . . . . 279

En guise de conclusion
La Russie, un voisin instable ou une future province de l'Union européenne J. Fontanel, L. Bensahel

285

Les auteurs

M. Bartoli L. Bensahel

Maître de conférences, France, Grenoble 2

Université

Pierre Mendès

Directeur adjoint du PEPSE (pôle d'études des politiques sociales et économiques), Espace Europe, Université Pierre Mendès France, Grenoble 2 Vice-président du Comité du tourisme et du développement des régions balnéaires de l'administration de Saint-Pétersbourg. Maître de conférences, membre du Pôle d'études des politiques sociales et économiques (PEPSE), Université Pierre 1\lendès France, Grenoble 2. 1\laître de conférences, Université des finances de Saint-Pétersbourg. d'économie et

L.V. Botkina

F. Carluer

V.G. Choubaeva C. Courlet

Professeur d'économie, Président de l'Université Pierre Nlendès France Grenoble 2. Maître de conférences, France Grenoble 2. Université Pierre 1\1endès

F. Corolle ur J. Fontanel

Professeur d'Economie, Vice-Président des relations internationales, Directeur du Pôle d'études des politiques sociales (PEPSE), Université Pierre Mendès France, Grenoble 2. Etudiant de la filière française à Saint-Pétersbourg. Professeur Université de Varèse. de la police

T. Fontanel G. Garofoli
N. M. Golovanov E.A. Gorbachko

Directeur de la filiale de l'Académie fiscale de Saint-Pétersbourg.

Professeur, Responsable de la Chaire d'économie et de gestion de la qualité, Université d'économie et des finances de Saint-Pétersbourg. Professeur, Vice-Recteur, U niversité d'économie des finances de Saint-Pétersbourg. et

V.E. Gordin

A.E. Karlik

Professeur, d'entreprise d'économie

Responsable de la Chaire d'économie et de gestion industrielle, Université et des finances de Saint - Péters bourg. d'économie et des finances d'économie et

G. Karpova
L.V. Khoreva I. Klementovitchous

Professeur, Université de Saint-Pétersbourg.

Maître de conférences, Université des finances de Saint-Pétersbourg.

Maître de conférences, Responsable du centre universitaire des programmes français, Université d'économie et des finances de Saint-Pétersbourg. S. Kopatskaya I.A. Korovkine E. Kropinova V. Lamande lVlaître de conférences, Université des finances de Saint-Pétersbourg. Directeur du Comité russe des constructeurs Maître de conférences, d'économie et

technique de l'association automobiles. Université de I<_aliningrad. Université Pierre J\1en-

Chercheur PEPSE/GTD, dès France, Grenoble 2.

P. Marchand

Professeur de géographie, Université L. Lumière, Lyon, membre du Pôle d'études des politiques sociales et économiques (PEPSE). Etudiant de la filière française à Saint-Pétersbourg. et des Finances et des finan2.

J.Page V.V. Platonov
N.N. Pokrovskaia

Professeur, U niversité d'économie de Saint-Pétersbourg. Doctorante, Université ces de Saint-Pétersbourg. Etudiante d'économie

A. Puzyreva I. Samson

de maîtrise, UPMF Grenoble

Economiste, UPMF Grenoble, directeur de l'Institut de recherche « Espace Europe », directeur du Groupe Transition Développement (PEPSE), directeur de RECEP Moscou de 2000 à 2002
(Russian-European Center for Economic Poliry).

I. Serdobolskaia

Maître de conférences, Péters bourg.

Université

d'Etat de Saint-

A.L. Slobodskoi L. Tarassevitch

Professeur, Université de Saint-Pétersbourg.

d'économie

et des finances et des finances

Recteur de l'U niversité d'économie de Saint-Pétersbourg.

Préambule

par Leonid TARASSEVITCH
Rteteur de rUniversité d'Eeonontie et des Finances de Saint-Pétersbourg

L'un des processus-clefs du développement de l'économie mondiale à la charnière des ~'{e_ ~,{Ie siècles est la mondialisation en progression comme une nouvelle étape dans l'internationalisation de la vie économique. La mondialisation est devenue la caractéristique la plus importante du système économique, l'un des moteurs les plus puissants déterminant la dynamique de développement de la planète. La mondialisation de l'économie globale représente le renforcement de l'interdépendance et de l'interaction des domaines et des mouvements de l'économie mondiale qui se traduit par la transformation progressive de l'économie mondiale en un marché unique des biens, des services, des capitaux, de la main-d'œuvre et des connaissances. Au cours des dernières décennies non seulement les états, mais aussi les régions prennent leur place dans le mouvement de mondialisation. Dans les conditions actuelles les relations internationales des régions économiques de la Russie représentent un des éléments essentiels du système des rapports de la Russie avec les autres pays. Les régions russes ont déjà signé plus de 1 500 accords de coopération dans différents domaines avec plus de 70 Etats du monde. En même temps, plusieurs accords conclus par la Russie avec les partenaires étrangers auraient échoué sans la participation active des sujets de la Fédération. L'intégration des régions de la Russie dans la coopération, dans les conditions de la mondialisation économique, a créé tout une série de nouveaux problèmes aussi bien dans les caractéristiques des rapports économiques internationaux que dans le développement social et économique des régions mêmes. La nécessité de trouver des réponses à ces problèmes est très actuelle avec l'entrée de la Russie

16

L. TARASSEVITCH

dans l'OMC et le rattachement de son économie à l'espace économique international. Saint-Pétersbourg occupe une place à part dans la réalisation des liaisons économiques internationales trans-régionales, puisque cette région est en même temps l'un des plus grands centres culturels de la Russie et de l'Europe, un lieu important d'innovations pour le développement futur de l'économie russe, mais, avant tout, une région centrale dans l'Europe du Nord et dans la région de la Baltique.

En guise d'introduction*
REGION ET GLOBALISA TION EN RUSSIE

Liliane Bensahel et Pascal Marchand

La transition est une période de trajectoire de développement. Elle se caractérise à la fois par des ruptures avec le système précédent, des continuités et des modifications introduites par les compréhension et utilisation des expériences étrangères. Cet ensemble hétéroclite de valeurs, de représentations, de modes de fonctionnement et d'expériences forme la Russie d'aujourd'hui et le pilotage en est rendu très complexe. De plus, l'ouverture du pays le confronte immédiatement, sans préparation, à la globalisation, l'internationalisation des marchés et des échanges. Le plan n'existe plus, il n'est plus le grand arbitre des décisions; les règles et institutions qui régulaient le pays d'un bout à l'autre sont en partie obsolètes et surgissent des disparités fortes dans les régions de ce pays si vaste. En Russie, la confrontation globalisation-régions prend un sens bien particulier et représente un choc important. La régionalisation signifie en effet la délégation d'une partie du pouvoir central aux régions et l'instauration de modalités de dialogue entre ces deux niveaux. Elle suppose la mise en place d'institutions relais et des moyens fmanciers, réglementaires et humains adéquats, mais aussi une mobilisation des acteurs de la région pour

*

Cet ouvrage est né du colloque international « Régions et globalisation », organisé

en juin 2002 à Saint Pétersbourg par l'Université d'Economie et des Finances de Saint-Pétersbourg et l'Université Pierre Nlendès France de Grenoble avec le soutien du :Ministère des affaires étrangères français et la IvlETROl de Grenoble. l\lessieurs Blanchemaison, Ambassadeur de France à Nloscou et Chaumont, Sénateur, Président du groupe d'amitié France-Russie au Sénat nous ont fait l'honneur de leur présence. Après les débats, devant l'intérêt de cette manifestation scientifique, les principaux conférenciers ont été sollicités pour fournir un article sur le thème présenté. Les articles ont été rendus disponibles au mois de juin 2003.

18

L. BENSAHEL ET P. BERTRAND

prendre en charge leur développement. Tout ceci représente une nouvelle étape pour la Russie.
-

En 1991, à la suite d'un quinquennat, de vaines tentatives de

réformes du système soviétique sous l'impulsion de Gorbatchev, la Russie s'est orientée dans la voie de la « transition », c'est à dire dans la recherche de l'économie de marché. L'idée n'était plus d'introduire « une dose de marché» dans l'économie communiste, mais de construire le marché sur les ruines du communisme.
-

Dix ans après, l'évolution

est spectaculaire

sous certains

as-

pects, comme par exemple la mutation économique de la capitale. Cependant, il ne manque pas d'observations pour souligner que ce qui a changé ne représente que peu de choses par rapport à ce qui est resté peu ou prou en l'état. Sur le plan spatial, Moscou n'est qu'un îlot de changement dans l'océan de la Russie profonde. Socialement, les « nouveaux Russes» ne sont qu'une minorité par rapport au nombre de « sinistrés» du changement. Le débat sur l'état d'avancement de la transition est ouvert et n'est pas près d'être clos. - La transition n'est pas achevée. Elle n'a été et ne sera, ni rapide, ni universelle et les espoirs de mutation rapide qui avaient été placées en elle résultaient d'une mauvaise appréciation de la situation. Plus précisément, on n'avait prêté aucune attention à l'analyse géohistorique. Or, un territoire est un produit de l'histoire. Il est le fruit d'une dynamique qui a, entre autres, forgé les mentalités et les perceptions des acteurs qui le peuplent (11archand, 2001). Sur un territoire donné, une réforme exogène va rencontrer des pesanteurs héritées qui font dévier la trajectoire prévue par ses promoteurs.
-

En Russie, en 1991, aucun acteur économique

n'avait d'autre

mémoire que celle de la période communiste. En 1917, le pays s'était coupé du reste du monde. En 1921, les Bolcheviks restèrent maîtres d'un pays dévasté par quatre années de guerre civile et dont les anciennes élites avaient disparu. Après quelques atermoiements, la direction du pays fit un choix de rupture avec le capitalisme et entama autour des années trente la construction de ce qui fut le régime soviétique. L'édification à marche forcée d'une industrie lourde fit l'admiration de beaucoup. Dans un cadre autarcique, le modèle qui était choisi, celui du charbon et de l'acier, c'est à dire celui de l'Angleterre de }(arl Marx, était pourtant dés l'époque, obsolète. Officiellement pour raison « d'efficacité », le politique avaient pris le contrôle total de la vie économique, religieuse, sociale, culturelle, interdisant l'existence de la moindre parcelle de société civile. Le quadruple choix d'une

EN GUISE D'INTRODUCTION

19

structure industrielle obsolète, du rejet total de la concurrence (la production était « scientifiquement» planifiée), de la fermeture hermétique du pays, et de la mise sous contrôle par la sphère politique de la totalité de la société figea l'espace soviétique dans un modèle du passé. L'innovation technologique ne pénétrait dans cet espace que pour autant que le pouvoir le voulait. L'espace soviétique fit ainsi le choix de l'impasse sur la révolution automobile. La société de consommation fut aussi bloquée aux frontières. Officiellement, ces deux mutations étaient cependant promises pour une étape ultérieure. La troisième vague de la phase d'innovation technologique à jet continu qui affectait le monde occidental depuis 1945 posa cependant au régime un problème véritablement insoluble. A partir de la fm des années 1970, l'essor de la micro-informatique individuelle de masse et la société d'information qui s'apprêtait à en découler, étaient en effet structurellement inconcevable pour l'URSS: il ne pouvait être question, dans un système qui traquait le moindre dissident, de laisser l'individu élaborer, stocker, échanger, diffuser en toute liberté de l'information. Le «défi technologique» (Logé, 1991) était cette fois insurmontable, même avec le temps. Les choix d'Andropov et de Gorbatchev au secrétariat général s'expliquent largement par cette situation, qui menaçait l'URSS de déclassement pur et simple. Dans le cadre des réformes d'alors, on a pu penser qu'il suffisait d'apporter la technologie pour combler le retard accumulé, au moins dans les secteurs stratégiques. C'était sans compter avec le fait que les techniques ne sont pas indépendantes des mentalités. Le système soviétique s'avéra irréformable: les structures sociétales et les mentalités acquises au cours de soixante-dix ans de collectivisme ne pouvaient intégrer le défi technologique, car il était beaucoup plus que «technologiques ». Et ce d'autant plus que les structures dites « soviétiques» n'ont pas été édifiées par hasard. Elles recoupaient les fondements immémoriaux de la société rurale russe traditionnelle que le décollage économique de la Russie tsariste à partir des années 1880 avaient un temps menacés (Clermont, 1993). L'égalitarisme, la conscience communautaire, l'esprit collectiviste, la conception de l'immoralité d'une propriété de la Terre-Mère de la tradition russe avaient trouvé leur compte dans le collectivisme bolchevik. Etablir la propriété, susciter une société civile, instaurer le règne du droit, donner son statut à la réussite individuelle sont les vrais enjeux de la transition. Ce sont ces valeurs qu'il s'agit d'inculquer à une société qui ne les a jamais connues, et même dans le passé,

20

L. BENSAHEL ET P. BERTRAND

les a violemment rejetées. Bien au-delà d'une simple mise à niveau technologique, il s'agit d'affronter des problèmes dont les fondements dépassent largement l'épisode soviétique. La présentation de l'évolution des régions de Saint-Pétersbourg et IZaliningrad ne prétend en aucun cas être une analyse exhaustive de l'évolution de la Russie. Chaque région est suffisamment étendue et particulière pour nécessiter une analyse et une politique spécifiques. Les deux régions présentées dans cet ouvrage sont très intéressantes. Saint-Pétersbourg, ancienne capitale de la Russie, porte ouverte sur l'Europe, entend profiter de son potentiel industriel et de son histoire pour retrouver une place de tout premier plan dans le dialogue avec l'Europe et le monde. Le thème de la régionalisation l'intéresse à diverses raisons: -la région de Saint-Pétersbourg doit trouver son identité vis-àvis de la capitale Moscou et retrouver une importance qu'elle semble avoir perdue ces dernières années,
-

de par sa position géographique et son histoire, la région de
dans le cadre de

Saint-Pétersbourg a un rôle à construire l'Europe du Nord,
-

enfin, la conversion de l'économie industrielle russe dans la

région de Saint Pétersbourg doit se faire de façon à inscrire cette ville dans une triple dimension régionale, na cionale et internationale. Kaliningrad, ancienne IZoenisberg, région militaire, fermée pendant 50 ans, est une enclave russe au sein de la nouvelle Europe. La construction de son identité régionale est décisive pour son avenir. Celleci tente de se décliner comme région russe en étroite relation avec l'Europe qui l'entoure. Les expériences de formation de leur identité et de gouvernance de ces deux régions seront des référents pour d'autres régions russes. La science régionale est encore peu abordée dans les universités russes. Les idées de trajectoire diversifiée selon les régions, d'identité régionale, de gouvernance régionale sont encore très nouvelles. Il faut saluer le courage des universitaires russes qui abordent cette discipline, encore peu reconnue par les milieux académiques. Intégrer le monolithe hérité de l'URSS à un monde qui a évolué sans lui depuis trois quart de siècle est un défi à tous points de vue, d'autant plus que le modèle, la société occidentale, a justement connu pendant cette période une mutation globale comme on n'en avait jamais observé dans l'histoire de l'humanité en un si court laps

EN GUISE D'INTRODUCTION

21

de temps. Parmi les très nombreuses facettes de cette mutation globale qu'est la transition, quatre aspects seront développés dans cet ouvrage.

Le chapitre 1 fait le point sur les principaux éléments de la science régionale, les questions particulières liées à la transition et leur application aux régions de Saint-Pétersbourg et Kaliningrad. A l'écart du reste du monde après 1945, la Russie soviétique n'a pas participé au mouvement de développement des services et d'interpénétration des économies. Le monde globalisé qui en est issu est une marqueterie d' espaces (Régions), articulées autour de grands pôles urbains de service, les métropoles. Les plus grandes (N ew York, Londres, Tokyo) sont considérées comme des villes-mondiales (Sassen, 1991). On y adjoint souvent Paris. D'autres grandes métropoles jouent un rôle mondial dans un ou plusieurs domaines (Francfort, Osaka, Chicago. . .). Un troisième niveau de métropoles disposent de fonctions internationales moins développées. Toutes animent un espace régional, servant de commutateur entre lui et l'espace-monde. Dans ce contexte, le plus vaste état du monde ne peut plus être intégralement dirigé depuis un centre de commandement omnipotent. Les concepts de «métropole» et de «région» doivent trouver une forme adaptée à l'espace russe. Le chapitre 2 s'articule autour du rôle des entreprises, chevilles ouvrières du régime socialiste, qui sont très présentes à Saint-Pétersbourg et qui ont subi de plein fouet la restructuration de la transition. Les liens entre leur participation au développement régional et les retentissements de leur transformation dans le cadre de l'économie de marché sur le fonctionnement du territoire sont d'un intérêt essentiel pour Saint-Pétersbourg. Le changement des conditions de l'activité économique des entreprises s'accompagne-t-il de la production de nouvelles « normes» ou « règles» structurantes, et comment? Quelle (re)structuration économique et sociale est en cours, concernant aussi bien le mode interne de direction des entreprises que leurs liens externes ou réseaux? Quels en sont les vecteurs et acteurs principaux ? Le chapitre 3 traite du rôle du tourisme dans le développement régional et des attentes vis-à-vis de ce secteur. La question du tourisme est particulière dans les pays de l'ex-URSS. Il y a d'une part l'héritage de l'ancien système qui se traduit en infrastructures souvent

22

L. BENSAHEL ET P. BERTRAND

vieillissantes et obsolètes et en savoir-faire en partie inadaptés ou insuffisants dans un contexte commercial; on peut à ce titre parler de conversion du secteur touristique. D'autre part, l'évolution propre du tourisme international est caractérisée par un changement dans les comportements de la clientèle, l'essoufflement de certains modèles dans les pays développés et l'ouverture de nouvelles concurrences. Les pays en transition qui cherchent à s'appuyer sur le tourisme pour relancer les activités économiques régionales ont à subir simultanément ces deux caractéristiques, ce qui est à la fois un obstacle (l'obsolescence des équipements ne favorise guère les nouveaux investissements), mais aussi une chance (les parts de marché, dans un secteur en expansion, sont en forte évolution). Le rôle du tourisme dans le développement régional suscite des attentes fortes de la part des responsables politiques et économiques, sans que soient toujours bien évalués les coûts directs et induits de cette activité.

PARTIE 1

REGIONS ET DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE DANS LES ECONOMIES EN TRANSITION P. Marchand, V. Lamande

Un des enjeux essentiels de la transition consiste à intégrer les économies socialistes à l'économie mondiale. Or, la dynamique du développement et celle de la transformation sont liées: l'approche par le territoire producteur de normes et de relations contribuant à la définition du champ de rationalité des acteurs offre une nouvelle grille d'analyse à la compréhension du post-socialisme. La liaison institutions/ régulation régionale, l'introduction des acquis de l'histoire, d'une dimension sociologique et la relation entre l'économique et le social, sont autant de points de passage susceptibles de mieux comprendre les dynamiques du territoire en fonction des ressources et des actifs génériques et spécifiques. D'autres apports de la science régionale sont également indispensables à la compréhension des mutations des territoires en transition comme la découverte du territoire en relation avec la compétitivité et la performance économique, la tendance à la convergence ou à la divergence et la différenciation entre les régions et enfin le repérage des clusters et l'économie de la proximité. Acteurs et espaces sont inégalement dotés, et les stratégies différenciées des premiers associées aux différentes mises en valeur des seconds engendrent des trajectoires spatio-économiques spécifiques. D'un point de vue économique, les effets d'entraînement sont favorisés par les complexes productifs et les secteurs les plus dynamiques. Ils sont alors étroitement liés à la qualité des relations entretenues avec leurs partenaires-concurrents, mais surtout à leur apparte-

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PARTIE I

nance et à leur position au sein d'un réseau. D'un point de vue spatial, le rôle de l'implantation locale simple, de l'enracinement territorial et du contexte permet de qualifier l'espace de ressource spécifique dans la mesure où il confère defacto de nombreux avantages (atmosphère, économies multiples.. .). Concrètement, le problème de la (re)connection du territoire russe au reste du monde se pose à plusieurs échelles, dont deux seront examinées ici. Sur un plan régional, européen, le territoire russe doit se reconnecter à des espaces limitrophes. Or, ceux-ci ont été soviétisés à des degrés divers (intégrés à l'URSS ou seulement au pacte de Varsovie) et cette période n'a pas laissé un très bon souvenir, ni dans les populations, ni dans les élites dirigeantes. Les voisins de la Russie éprouvent donc une méfiance instinctive vis à vis d'elle. Cette posture, que l'on qualifie souvent « d'émotionnelle» à Moscou, complique de nondits et d'arrière-pensées toutes les relations entre la Russie et ses proches voisins occidentaux. Par ailleurs, cet espace qui fut soviétisé est progressivement attiré et incorporé au système en expansion de rUE, au point d'encercler prochainement une partie du territoire russe, l'oblast de Kaliningrad. Les cas de Saint-Pétersbourg et de l'oblast de IZaliningrad seront particulièrement étudiés dans la mesure où ils sont non seulement un enjeu de développement en tant que tel pour la région Nord-Ouest mais aussi les futures zones de contact avec rUE. Sur un plan plus global, l'UE présente, entre autres caractéristiques, celle d'avoir une organisation de l'espace dans laquelle les acteurs individuels et institutionnels jouissent d'une large autonomie, même si, selon le pays, on peut discerner des degrés dans cette autonomie. Ce trait est tout à fait étranger à l'espace russe et aux mentalités de ses acteurs. On rejoint là un problème plus général: le monde globalisé auquel la Russie aspire à s'intégrer est un espace métropolisé. A la fill de 1991, le territoire de la Russie soviétique ne comportait pas de niveau d'organisation régional. Il était certes subdivisé en 71 unités administratives de rang 1, celles-ci pouvant être de quatre types (<< ob/asts» pour la majorité d'entre elles, mais aussi, « kraï», «république autonome» ou «ob/ast autonome »), mais ces unités ne correspondaient pas à des unités fonctionnelles sur le plan économique. Au sein de chacune d'elles étaient juxtaposées un certain nombre d'entreprises industrielles de différents secteurs, chacune sous le commandement direct et exclusif de son ministère de branche

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moscovite. Sur le plan économique, sans niveau de décision ou de coordination, la subdivision administrative de rang 1 n'était qu'un cadre statistique. Sur le plan politique, c'était le maillage de surveillance du territoire, avec un niveau du parti unique dirigé par un premier secrétaire contrôlant toutes les nominations dans l'entité administrative. Le réseau de grandes villes russe était hérité du concept de la ville soviétique, qui rassemblait des capacités de production matérielle mais ne disposait pas de capacités décisionnelles (absence de services supérieurs) et n'était pas lieu d'intermédiation. La grande ville de la Russie soviétique n'était qu'une agglomération d'usines. Dans chaque entité administrative de rang 1, une ville, généralement la plus importante, abritait la direction du parti et ajoutait une fonction de surveillance à la fonction de production industrielle. Avec l'effondrement du régime, les circonscriptions administratives de rang 1 (et certaines de rang 2), sont devenues des « sujets », terme générique permettant de masquer les différences de statut. Dans la tourmente des premières années de la transition, les chefs d'administration, nouvelle fonction créée par Eltsine, y ont pris le commandement de l'économie, de la société civile, décidant des infrastructures et de l'environnement juridique à partir de la ville chef-lieu de « sujet ». Le territoire russe s'est retrouvé divisé en 89 « sujets» commandés chacun par une capitale toute puissante. Ces « sujets» ne constituent pas, en l'état, des «régions» comme on le conçoit dans le reste du monde: elles ne sont pas un pas en avant, mais sont une survivance du passé soviétique dans laquelle une direction politique omnipotente essaie de garder la direction de toute la vie sociale et économique à partir de la capitale, à savoir le chef-lieu du « sujet ». Ces capitales ne peuvent être des métropoles au sens de ce terme dans le reste du monde: leur niveau de services est trop réduit et leur assise territoriale est insuffisante. La Russie ne peut avoir 89 métropoles. Le raccordement de la Russie à l'espace-monde métropolisé doit nécessairement voir apparaître des centres supérieurs dans le réseau urbain. La question de la région sera abordée sous l'angle théorique avec les approches de Claude Courlet, Goacchino Garofoli et Ivan Samson, complétée par deux études sur le développement régional en Russie avec les articles de Alexandre I<arlik, \lincent Lamande et Ivan Samson et, enfm une réflexion sur le rôle des métropoles en Russie avec Pascal Marchand et Ivan Samson.

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CHAPITRE 1

Territoires, globalisation, systètnes de production localisés et « clusters »
C. Courlet

(SPL)

L'espace, le territoire, la géographie sont autant de termes qui, avec leur contenu réel, n'ont pas été souvent étudiés par les écoles dominantes de la pensée économique. Pour elles, les activités humaines se déroulent, selon l'heureuse expression de Walter Isard, « dans un monde merveilleux sans dimension ». Or, l'économie moderne ne peut faire abstraction des territoires. Le développement économique est fondé souvent sur une volonté, une formation, une histoire commune. Dans ce contexte, une région peut s'ouvrir au développement en utilisant non seulement ses ressources naturelles, mais aussi toutes les capacités produites par son histoire, lesquelles doivent être réinterprétées en tenant compte des nécessités économiques d'aujourd'hui et de demain. Les économistes contemporains réintègrent le territoire dans leurs analyses.
-

D'abord,

les faits économiques

ont mis en évidence les

limites d'une réflexion économique déterritorialisée. La globalisation et la « glocalisation» sont deux nouveaux concepts, qui rappellent clairement l'existence de différents niveaux géographiques d'application des processus de développement. les systèmes de production localisés se sont - Ensuite, développés en dehors des schémas de l'économie dominante. Il en a résulté une réflexion nouvelle, installant le développement local dans la prise en compte du territoire et de ses potentiels particuliers.

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PARTIE I

- Enfin, pour les pays en développement, le concept de « cluster» (en grappe) a été développé, mettant en évidence aussi l'importance du local dans le processus de développement.

I. - Le territoire, une dimension du développement

redécouverte

La théorie dominante a négligé les facteurs locaux et territoriaux. Cependant, les faits sont têtus et progressivement, avec le processus de mondialisation et de localisation-délocalisation, le territoire a repris une place importante dans la pensée économique.
La théorie économique réintroduit l'espace Pour la théorie néo-classique, chaque économie nationale exerce des fonctions qui lui sont propres (fonction de produit de consommation, d'épargne, d'investissement) et connaît alors un destin autonome. L'hypothèse d'immobilité des facteurs renforce ce schéma. Le fameux modèle de Weber formalise les conditions de l'équilibre partiel. Il localise la firme représentative au point où les coûts de transport des inputs et des outputs soient minimisés. Selon \Veber, deux facteurs peuvent infléchir la localisation optimale, le travai11 et les économies externes. Pour le modèle général néo-classique, l'optimum est déterminé par l'ensemble des satisfactions des agents économiques considérés isolément. Dans ce contexte, les espaces sont de simples « contenants d'hommes »2. Cette problématique ne reconnaît pas aux hommes le droit de valoriser différemment les espaces sur la base de leur passé, de leur raisonnement. Cette hypothèse va permettre la démonstration de la convergence des productivités marginales et de déboucher sur une formulation de l'optimum. D'une manière générale, l'introduction dans un cadre interrégional des déplacements de facteurs conduit à la démonstration de la convergence des rémunérations régionales de ceux-ci dans le cadre de la recherche d'un opti1 Une firme peut s'éloigner de son point de coût minimum de transport en et

raison de l'influence d'une source de main-d'œuvre abondante et bon marché 2 Comme il est difficile d'admettre l'immobilité des facteurs de production

COlnme tout est transportable (sauf les dotations en ressources naturelles et le climat), les néo-classiques remplacent l'immobilité des facteurs par les coûts de transport des biens. L'équilibre ne reposera plus alors sur les seules spécialisations inter spatiales, mais passera par les déplacements des facteurs de production.

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mum. Au fur et à mesure que le capital et le travail se déplacent des régions dans lesquelles leur prix est relativement bas vers celles où leur prix est élevé, leur rareté et donc leur prix, augmenteront dans les premières régions et diminueront dans les secondes. L'égalisation spatiale des rémunérations des facteurs entraîne la maximisation du produit global. Dans ce contexte, s'il y a des déséquilibres spatiaux, ceux-ci ne sont que transitoires, dus à des phénomènes de friction. Les forces de marché tendent à les annuler. Pourtant, l'histoire économique récente met plutôt en évidence d'importantes disparités, lesquelles ont plutôt tendance à s'accroître. L'évolution économique récente révèle des mutations spatiales et dimensionnelles nouvelles. Ces transformations concernent également l'économie mondiale, avec l'émergence des nouveaux pays industriels et un déplacement des lieux de croissance dynamique de certains secteurs industriels des centres vers la périphérie, provoquant ainsi un renouvellement de la géographie industrielle mondiale. Aujourd'hui, les héritages territoriaux continuent de peser d'un grand poids. :NIais de plus en plus, les choix de stratégie et d'architecture organisationnelle commandent le jeu global des localisations. Le territoire de la firme n'est plus seulement le résultat de l'addition de processus de localisation plus ou moins indépendants fondés sur l'allocation de ressources banalisées ou génériques, mais l'expression du déploiement spatial de stratégies et d'organisations, déploiement dans lequel les ressources doivent être considérées comme spécifiques et construites par la firme elle-même en interaction avec son environnement et en particulier avec le territoire. Il y a bien globalisation, mettant à rude épreuve les modes de régulation nationale3, mais celle-ci s'accompagne d'une grande plasticité des formes d'insertion territoriale et notamment locale4. Les économistes redécouvrent la géographie. Paul I<rugman montre en particulier, comment à l'intérieur des pays, les échanges sont affectés par le processus de spécialisation industrielle géographique et, en retour, l'influencents. En utilisant les économies de localisation de Marshall, la théorie structuraliste des rapports centre/ périphérie, le principe de causalité circulaire, I<rugman6 précise que la base de la compétitivité et de la détermination des échanges réside
3

G. Benko, A. Lipietz (2000), La 17"chesse régioJ/s, aris, PUF. des P

4 G. Benko, A. Lipietz, op. cit. s P. I<rugman, (1991), « History and Industry Location: the case of manufacturing belt », Anle/icaJ/ Economic Revew, vol. 81. 6 P. Krugman, (1992), GeograP0' and Trade Cambridge ~Iass.), :NIIT Press.

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