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Les relations commerciales franco-coréennes, vues d'Asie

De
232 pages
La recherche des causes de la faiblesse des échanges commerciaux franco-coréens a motivé la rédaction de cet ouvrage. Les relations entre la France et la Corée, initiées par la conclusion du traité d'amitié et de commerce de 1886, datent de plus de cent ans. Cependant, la part de la France, quatrième puissance économique mondiale, dans le commerce extérieur de la Corée représente moins de 2%, et la part de la Corée, onzième puissance économique mondiale, n'atteint pas 1% des échanges extérieurs de la France.
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LES RELATIONS COMMERCIALES FRANCO-CORÉENNES, VUES D'ASIE

Points sur l'Asie

Collection dirigée par Philippe Delalande
La collection a pour objet de publier des ouvrages brefs, (200 à 500 pages), sur l'actualité politique, économique, sociale, culturelle en Asie. Ils traitent soit d'un pays d'Asie, soit d'un problème régional, soit des relations de ces pays avec le reste du Inonde. Ces ouvrages s'apparentent à des essais aisément accessibles, Inais sur des bases documentaires précises et vérifiées. Ils s'efforcent, au-delà de l'analyse de l'actualité de prolonger la réflexion sur l'avenir. La collection voudrait, autant que faire se peut, pressentir les questions émergentes en Asie. Elle est ouverte à des téInoignages, des expériences vécues, des études systéInatiques. Les auteurs ont tous une cOill1aissancepratique de l'Asie. Les lecteurs visés sont des perSOImes soucieuses de s' infoTIner de l'actualité en Asie: investisseurs, négociants, journalistes, étudiants, universitaires, responsables d'ONG, cadres de la fonction publique en relation avec cette Asie en rapide mutation; oÙ vit la majeure partie de la population du monde.

Déjà parus
Maria Linda TINIO, Les droits de I 'homme en Asie du sud-est, 2004. Hsiao-Feng LEE, Histoire de Taïwan, 2004. Claire ROULLIERE, La mémoire de la seconde guerre mondiale au Japon, 2004. Association d'Amitié Franco-vietnamienne, Ombres et lumières sur le Vietnam actuel, 2003. Laurent METZGER, La minorité musulmane de Singapour, 2003. ASIE 21-Futuribles internationale, L'Asie demain, 2003 Thierry COVILLE, L'économie de l'Iran islamique: entre ordre et désordres, 2002. Kyong- W ool( SHIM, La Russie D'Orient à la dérive, 2002. A. WILMOTS, Gestion Politique et Centres du Pouvoir en République Populaire de Chine,2001. Alain HENRIOT et Sandrine ROL, L'Europe face à la concurrence asiatique, 2001. Alexandre MESSAGER, Timor oriental, non-assistance à un peuple en danger, 2000 Jean-Claude PETER, Comment échouer en Chine, 2000. Hélène PIQUET, Le droit du travail dans la Chine des réformes,2000.

Sang-chun JUNG

LES RELATIONS COMMERCIALES FRANCO-CORÉENNES, VUES D'ASIE

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10124 Torino ITALlE

cg L'HARMATTAN, 2004 ISBN: 2-7475-6855-5 EAN : 9782747568555

REMERCIEMENTS
La rédaction de cet ouvrage a été motivée par la recherche des sources de la faiblesse des échanges commerciaux francocoréens. Les relations entre la France et la Corée, qui ont débuté en 1886 par la conclusion du traité d'amitié et de commerce, datent donc de plus de cent ans. Malgré cela, la part de la France, quatrième puissance économique mondiale, dans le commerce extérieur de la Corée représente moins de 2 %, tandis que la part de la Corée, onzième puissance économique mondiale, n'atteint pas 1% des échanges extérieurs de la France. Cet ouvrage, qui est composé principalement de la troisième partie, mise à jour, de ma thèse, traite des relations commerciales franco-coréennes de 1960 à nos jours. Grâce à l'aide et aux encouragements de mon Directeur de thèse, le Professeur Jacques Marseille, Professeur à la Faculté d'Histoire de l'Université de Paris l-Sorbonne, j'ai pu, en avril 2003, soutenir ma thèse, intitulée «Les relations commerciales franco-coréennes, vues de Corée, de 1886 à nos jours ». A partir du premier avril 2004, le TGV français: symbole de la coopération franco-coréenne d'aujourd'hui, va commencer sa première mise en service en Corée. Les effets de l'achèvement de cette construction seront immenses non seulement pour l'économie coréenne mais aussi pour le mode de vie des Coréens. J'exprime ma profonde reconnaissance à Monsieur le Professeur Jacques Marseille, à Madame Danièle Schilte, Professeur agrégée en économie et gestion, qui a accepté de relire ma thèse et de mettre en forme ce travail, ainsi qu'à tous mes amis et amies français qui m'ont aidé tout au long de mes études. Enfin, je tiens à remercier l'équipe des éditions L'Harmattan, notamment Monsieur Philippe Delalande, Directeur de la collection « Points sur l'Asie », qui a permis à cet ouvrage de voir le jour.

*

À l'occasion de la remise des lettres de créances par}' Ambassadeur de Corée en

France, LEE 800 Young,. à l'Elysée.

LISTE DES ABREVIATIONS
ACCIP = Archives de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris AMFEFI = Archives du Ministère français de l'Economie, des Finances et de l'Industrie (CAEF = Centre des Archives Economiques et Financières) AMCAE = Archives du Ministère coréen des Affaires étrangères AMCCI = Archives du Ministère coréen du Commerce et de l'Industrie AMCEF = Archives du Ministère coréen de l'Economie et des Finances (EPB : Economic Planning Board)
AMF AE = Archives du Ministère français des Affaires étrangères

Ann. = annuaire CEDEF = Le Centre de Documentation Economie-Finances Doc. = Documents Fin. = Finances KOTIS = Données et statistiques relatives au commerce coréen (Korea Trade Information and Statistics) MCAE = Ministère coréen des Affaires étrangères
MF AE = Ministère français des Affaires étrangères

MOCIE = Ministère coréen du Commerce, de l'Industrie et de l'Energie N.D. = Non Disponible TEF = Tableaux de l'Economie Française

T. = Tome

Vol. = Volume

8

INTRODUCTION
Les relations officielles entre la France et la Corée ont commencé par la signature du traité d'amitié, de commerce et de navigation entre la France et la Coréel, le 4 juin 1886, ce traité a été ratifié le 30 mai de l'année suivante. Cela signifie donc que les relations diplomatiques et commerciales entre les deux pays datent de plus de cent ans. Pourtant, aujourd'hui, les relations commerciales franco-coréennes ne sont pas à la hauteur de leur longue histoire ni du potentiel économique des deux pays. D'un point de vue historique, les relations commerciales franco-coréennes ont été limitées dès la conclusion du traité de 1886. A cette date les véritables mobiles de la Corée étaient de montrer l'exercice de sa souveraineté à la Chine et de neutraliser les différentes influences occidentales qui commençaient à s'exercer sur son territoire. De son côté, la France voulait assurer la protection des missionnaires catholiques en Corée ainsi que permettre l'expansion du commerce extérieur français en ExtrêmeOrient. D'un point de vue économique, les autorités françaises voulaient trouver des débouchés pour des produits français ainsi qu'un réservoir de matières premières. Une lettre de Ch. Méniun, Ministre du Commerce, adressée à Ch. Duclerc2, Ministre des Affaires Etrangères, résume bien ce mobile: « Quoi qu'il en soit, (u.), la demande de la Chambre de Commerce de Lyon mérite d'être sérieusement examinée. Dans la situation actuelle de notre industrie et de notre commerce, alors que les marchés européens sont saturés par les produits manufacturés nationaux, notre
1 Ce traité a été signé à Séoul, en 1886, entre Georges Cogordan, envoyé plénipotentiaire de la France, et Kim Man-shick, représentant de la Corée. 2 DUCLERC, Charles- Théodore-Eugène., Ministre des Affaires étrangères (7 août 1882 - 29 jan.1883). Sénateur, Président du Conseil, décédé le 21 juillet 1888.

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attention doit se porter sur les pays extra-européens qui peuvent offrir de nouveaux débouchés à nos exportations et nous ouvrir des marchés de matières premières encore peu exploités. La Corée se trouve dans ces conditions (souligné par l'auteur)34».

Cependant, à cause de la pauvreté des Coréens et du manque de ressources naturelles de la Corée, le marché coréen n'a pas satisfait les attentes des autorités françaises. La faiblesse des échanges franco-coréens à la fin du XIXe siècle et pendant la première moitié du XIXe siècle était due, d'abord, à l'éloignement géographique entre les deux pays. La France et la Corée se situent aux deux extrémités de la planète et il n'y avait, alors, aucune ligne maritime directe les reliant. Le transbordement des marchandises destinées à la Corée soit par le port de Shanghai (Chine), soit par le port de Kobé (Japon) augmentait le prix du transport et, donc, diminuait la compétitivité des marchandises françaises sur le marché coréen par rapport aux marchandises chinoises ou japonaises. Dans ce contexte, le marché coréen n'a pas été facile à pénétrer pour les négociants français, d'autant plus que ce petit marché était déjà sous l'emprise des marchands japonais, chinois, anglais, américains, etc. Donc, pour la France, qui avait déjà un marché captif en Indochine, le marché coréen n'était pas attirant. Deuxièmement, les négociants français ne s'intéressaient pas au marché coréen, car les produits français tels que les vins, les beurres, les spiritueux, les savons de toilette, etc., n'étaient pas très demandés par les Coréens qui, en plus, n'avaient pas un pouvoir d'achat suffisant. Les principaux produits français expédiés vers la Corée ne figuraient pas parmi les principales importations coréennes qui se composaient de cotonnades, de pétrole, etc. Les cotonnades seules, ont constitué environ la moitié des importations coréennes jusqu'en 1900, alors que les principaux produits
3

AMFAE, NC, Corée, T. I, 1882-1890,

pp. 19-24.

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exportés par la Corée étaient le riz, les fèves et pois, le ginseng, etc. : produits qui n'intéressaient pas les négociants français. Le manque d'intérêt des milieux d'affaires français à l'égard du marché coréen fut relevé ainsi par un agent diplomatique français à Séoul: « Depuis mon arrivée à Séoul, le 19 septembre 1906, jusqu'à la date actuelle aucun voyageur de commerce français n'a foulé le sol de la Corée. Il en sera malheureusement ainsi très probablement pendant longtemps encore 5 ». Troisièmement, la rupture des relations franco-coréennes pendant 43 ans (1905-1948)6 à cause du colonialisme japonais en Corée constitue une autre cause importante de la faiblesse des échanges franco-coréens. Le Royaume Ermite a perdu sa souveraineté et a été oublié par les Occidentaux moins de 20 ans après de son ouverture. Puis, plus récemment, l'histoire de la Corée a connu de nombreuses vicissitudes: le gouvernement militaire des Etats-Unis (1945-1948), la guerre de Corée (1950-1953), la division de son territoire, etc. De ce fait, des discussions avec la France au sujet de la coopération politique et économique entre les deux pays ne pouvaient être prioritaires. D'ailleurs, traditionnellement, la Corée ne se trouvait pas dans la zone d'influence française et l'attitude des milieux d'affaires français à l'égard du marché coréen se résume, jusqu'aux années 1960, en deux expressions: l'extraordinaire méconnaissance et le dédain: « il paraissait malheureusement difficile d'intéresser les exportateurs français au marché sudcoréen. Je m'interroge sur les raisons possibles de cet étrange

5

AMFAE, NC,CPC, Corée, vol. 26,1907-1911, p. 24 bis. (RC de l'année 1905. Séoul, le 31 Janvier 1907). 6 Protectorat (1905-1910) , Annexion du Japon (1910-1945), puis, Gouvernement militaire des Etats-Unis (1945-1948).

Il

mépris, qui ne rappelle que trop l'extraordinaire méconnaissance dont (mais les choses ont bien changé depuis) ont, pendant de longues années, fait l'objet auprès de nos compatriotes la Chine et son immense clientèle (...) Le dédain dont elle fait à présent l'objet est du reste d'autant plus inexplicable qu'il ne paraît être partagé par aucun de nos concurrents 7». C'est à partir des années 1970 que le marché coréen, avec l'essor de l'économie coréenne, devint intéressant pour les hommes d'affaires français. Aujourd'hui, nous pouvons dire, en général, que les relations franco-coréennes sont en bonne voie et que le volume des échanges franco-coréens s'est beaucoup accru par rapport au demi-siècle passé. Selon les statistiques de l'OMC, en 2002, la France et la Corée furent respectivement la quatrième et la douzième puissance commerciale dans les échanges internationaux de marchandises. Aujourd'hui, la France représente à peu près 5,0% du commerce mondial, tandis que la Corée en représente environ 2,6%. Pourtant, si l'on considère les échanges franco-coréens en 2002, la Corée n'est que le 2~me partenaire commercial de la France : 2~me fournisseur et 26èmeclient. D'autre part, la France n'est que le 17me partenaire de la Corée : l~me fournisseur et
22ème client.

Nous pouvons alors considérer que le volume du commerce entre les deux partenaires est encore médiocre par rapport au potentiel économique de chaque pays. Nous nous posons, en conséquence, la question suivante: «Quelles sont les raisons de la faiblesse des échanges commerciaux entre la France et la Corée, alors que ces pays ont noué des relations' diplomatiques et commerciales depuis plus de cent ans? »

7

AMFAE, SS, Asie-Océanie, Corée du Sud, 1956-1967, vol. 23. (rapport
n0869/DE, 18 septembre 1957).

diplomatique,

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Si l'on compare le commerce extérieur de la Corée du Sud avec celui d'autres pays, la raison de la faiblesse des échanges entre la France et la Corée devient plus claire: en 2002, la Corée fut le troisième client du Japon juste derrière les Etats-Unis et la Chine et le troisième fournisseur du Japon en fournissant 4,6% des importations japonaises, juste après la Chine et les Etats-Unis qui ont fourni respectivement 18,3% et 17,1% des achats japonais. Cependant, la même année, la France ne fut que le quinzième client du Japon en absorbant 1,5% des exportations japonaises et le quatorzième fournisseur du Japon en fournissant 1,9% des importations japonaises8. En 2002, la Corée du Sud fut le 'jmepartenaire commercial des Etats-Unis, juste derrière le Royaume-Uni, mais avant la France. Cette même année, elle fut le 6ème client des Etats-Unis en achetant 3,3% des ventes américaines sur le marché mondial. Dans le cas des produits agricoles, la Corée du Sud fut leur quatrième client pour ces denrées, devancée seulement par le Japon, le Canada et le Mexique9. La Corée est donc un important partenaire des Etats-Unis et du Japon, première et troisième puissance économique du monde. Quant à la France, elle n'appartient même pas aux dix principaux partenaires de la Corée, alors qu'elle a été (et est encore) une grande puissance commerciale: depuis au moins le début du XIXe siècle et jusqu'en 1871, elle fut la deuxième puissance commerciale au monde après le Royaume-Uni 10; et,

8 D'après les statistiques du MITI (Ministry of Trade and Industry, Ministère japonais du Commerce et de l'Industrie). 9 D'après les statistiques du Ministère coréen des Affaires étrangères. 10Association pour le Développement de l'Histoire Economique (ADHE), Comité pour I'Histoire Economique et Financière de la France, Le commerce extérieur français de Méline à nos jours, Colloque tenu à Bercy le 3 juin 1992, Paris, Imprimerie Nationale, 1992, p. 9. (exposé de M. Paul BAIROCH, professeur à l'Université de Genève: La France dans le contexte international: politique commerciale et commerce extérieur, 1890-1990).

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d'après notre étude, après la Seconde Guerre mondiale, elle devint la quatrième ou cinquième puissance commerciale. Traditionnellement, la Corée était un pays agricole et sa richesse nationale dépendait entièrement de la riziculture jusqu'au début du XXe siècle. Pourtant, en un quart de siècle (1953-1979), elle est devenue un des nouveaux pays industrialisés (NPI) ce qui a donné naissance à l'expression 'miracle coréen'. Devenu le premier dragon d'Asie, le Pays du Matin Calme a organisé les Jeux Olympiques de Séoul en 1988 et est devenue le 29èmemembre de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques), le 'club des puissances industrielles', depuis 1996. La Corée est ainsi le second pays d'Asie après le Japon, à être membre de l'OCDE; tout ceci conduit à utiliser l'expression 'second Japon' pour parler de la Corée. En ce qui concerne les relations franco-coréennes, un point intéressant se dégage: la part de la France dans le commerce extérieur coréen a été, en moyenne, toujours inférieure à 2%, non seulement au cours du XIXe siècle, mais aussi plus récemment, et ce, malgré la tendance croissante du volume des échanges entre les deux pays. On peut donc poser la question suivante: « Quelles sont les origines de cette faiblesse constante? » En ce qui concerne les relations politiques entre la France et la Corée, on constate également des échanges datant de plus d'un siècle. Par exemple, le Gouvernement provisoire de la Corée était sous la protection indirecte des autorités françaises de la concession française de Shanghai durant les années 1920 et 1930. Depuis sa participation militaire à la guerre de Corée en 1950, le gouvernement français a soutenu la position sud-coréenne à l'ONU et au sein des autres institutions internationales en restant fidèle à ses principes politiques vis-à-vis de Séoul.

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De plus, le gouvernement français a reconnu la Corée du Sud comme l'unique Etat légitime de la péninsule coréenne. A propos de la coopération militaire, la France est devenue le deuxième fournisseur, après les Etats-Unis, d'équipements militaires en Corée (missiles français comme le Mistral ou l'Exocet, radars, hélicoptères, etc.) Pourtant, le pourcentage de ces ventes françaises est faible par rapport aux fournitures militaires provenant des Etats-Unis. Pour augmenter la coopération militaire entre la France et la Corée, les deux pays ont conclu, en 2000, un accord militaire pour la protection des informations militairesII . Quant aux échanges culturels franco-coréens, les étudiants coréens qui se rendent en Europe font leurs études principalement en Italie (3.900 étudiants), en Allemagne (5.569), en France (6.565), et en Grande-Bretagne (19.000)12. Ceux qui viennent en France étudient pour la plupart la littérature et les domaines artistiques. Ainsi se confmne l'image de la France "terre des arts et de l'élégance". Par son nombre d'étudiants et d'enseignants francophones, la Corée est le premier pays francophone d'Asie, après le Viêtname On compte aujourd'hui un Centre Culturel Français et huit centres de l'Alliance Française en Corée. En 1997, 320000 lycéens et 22 000 étudiants ont appris le français dans les établissements coréens, ce qui place le français au second rang des langues étudiées à l'Université après l'anglais, mais devant l'allemand et le japonaisl3. Cependant, l'anglais est la première langue étrangère. Elle est d'ailleurs enseignée obligatoirement dans tous les collèges et lycées, et parfois même à l'école primaire.
Il Accord entre le Gouvernement de la République de Corée et le Gouvernement de la République française relatif à la Protection des Informations Militaires Classifiées Echangées dans le Domaine de la Coopération Militaire et de l'Armement. 12 Ministère coréen des Affaires étrangères et du Commerce, Les Coréens à ['étranger, Séoul, MOFAT, 2003. 13 Ministère français des Affaires étrangères, LABEL FRANCE, janvier 1998, p. Il. (Corée du Sud : Unefrancophilie inattendue).

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Des études sur I'histoire moderne de la Corée nous montrent que la Corée est restée sous l'influence majeure de la culture anglo-saxonne depuis son ouverture à l'étranger. L'influence française est donc relativement peu importante non seulement en Corée mais aussi au Japon et en Chine. Cette faiblesse de la présence française en Asie, sauf en Indochine, est reconnue par les autorités françaises elles-mêmes. Les échanges commerciaux entre la France et la Corée restent, comme nous l'avons vu plus haut, relativement sousdéveloppés ou en voie de développement par rapport à ceux existant entre la Corée et les autres puissances commerciales. Cet ouvrage va étudier les caractéristiques des échanges franco-coréens et l'évolution des intérêts français en Corée, essentiellement dans le domaine commercial. Nous supposerons tout d'abord que le manque d'intérêt français pour la Corée est la principale cause de la faiblesse des échanges franco-coréens, que ce manque d'intérêt provient d'abord de la pauvreté de l'économie coréenne jusqu'aux années 1960, puis de l'emprise américaine et japonaise sur la Corée en matière économique et politique. Si nous survolons les relations franco-coréennes, ce n'est qu'en 1950, que, selon l'expression de M. Pierre Rigoulot, Directeur de Recherche à l'Institut d'Histoire Sociale, "les Français découvrent la Corée" à l'occasion de la guerre de Corée (1950-1953), provoquée par Kim Il-Sung, approuvée par Mao et
décidée par Staline14.

Les échanges commerciaux franco-coréens ont été plutôt stables durant les années cinquante; l'année 1953 correspond au démarrage du développement économique et au redéploiement des relations diplomatiques de la République de Corée; le Pays du
14 L'Institut International de Géopolitique (IIG), La Corée, N° 56, Paris, Hiver 1996/1997, p. 34. (article de P. Rigoulot, de l'Institut d'Histoire Sociale: La France et la Corée vers un nouveau partenariat).

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Matin Calme est alors arrivé, sous les auspices de l'ONU, sur la scène internationale après l'armistice. C'est à partir des années 1960 que le gouvernement français a commencé à manifester un intérêt économique à l'égard du marché coréen. Le PNB coréen est passé de 2,3 à 6,6 milliards de dollars entre 1961 et 1969 et le PNB par habitant a enregistré une hausse de 81 à 210 dollars en prix courant. Au cours de cette période, les exportations coréennes n'avaient pas encore été promues au rang de moteur essentiel de la croissance économique du pays. Le gouvernement coréen faisait porter l'essentiel de ses efforts sur le développement d'industries à forte intensité de maind'œuvre, sur la construction de routes et de chemins de fer, sur l'électrification, etc. Dans ce contexte, les autorités françaises ont décidé, en 1962, d'accorder des crédits pour les ventes de biens d'équipement français en Corée. De plus, un représentant du conseiller commercial à Tokyo s'est installé dès le début de 1964, de manière permanente à Séoul. Malgré ces initiatives gouvernementales, les hommes d'affaires français n'ont pas montré d'intérêt pour le marché coréen, étant donné que la normalisation des relations nippo-coréennes, en décembre 1965, avait prévu l'emprise croissante des entreprises japonaises en Corée et que la situation économique n'était pas encore stable. De fait, d'un point de vue géographique, le Japon était plus avantagé que la France dans ses échanges avec la Corée, en particulier en matière de coût de transport et de service aprèsvente. D'autre part, d'un point de vue politique, l'envoi de troupes coréennes au Viêt-nam pendant la deuxième guerre d'Indochine (1964-1974) a refroidi les relations franco-coréennes, car cette initiative coréenne était contraire à la solution de neutralisation

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préconisée par le Général de Gaullel5. L'environnement des échanges franco-coréens n'était donc pas favorable à l'accroissement des échanges bilatéraux durant cette période. Le développement de l'économie coréenne fondé sur l'industrie lourde et sur l'industrie chimique, dans les années 1970, a stimulé l'importation de biens d'équipement. Le marché coréen étant orienté vers les marchés américains et japonais, les entreprises françaises avaient intérêt à vendre des biens d'équipement plutôt qu'à exporter des biens de consommation. C'est la raison pour laquelle, selon nous, les échanges francocoréens sont toujours demeurés à un niveau faible malgré la croissance rapide du marché coréen à partir des années 1970. Les années 1980 ont été marquées par l'ouverture et la libéralisation du marché coréen. Au début de 1982, presque toutes les subventions à l'exportation ont été supprimées. Les barrières commerciales ont été abaissées dans le cadre d'un plan quinquennal de réduction des droits de douane, adopté en 1984; le nombre d'articles importés, automatiquement autorisés, a été accru, ce qui fait que le régime de licences non automatiques s'appliquait à moins de 5% de l'ensemble des lignes tarifaires à la fin de 198816. Après les deux chocs pétroliers, la conjoncture économique mondiale a commencé à s'améliorer et l'économie coréenne a retrouvé une croissance rapide dès le début des années 1980. Grâce aux 'trois baisses', à savoir, la baisse du prix de pétrole, la baisse du taux d'intérêt et la baisse de la valeur du dollar, l'économie coréenne a pu maintenir un taux de croissance moyen annuel de l'ordre de 12% entre 1986 et 1988. Le PNB par habitant a progressé de 1 597 dollars en 1980 à 5 210 dollars en 1989. Il a

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AMFAE, SS, Asie-Océanie,Corée du Sud (1956-1967),Vol. 28. (A.s. Aide au

Viêt-nam) 16Accord Général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce (GATT), Examen des Politiques Commerciales: Corée 1992, Genève, GATT, 1992, (Vol. I), pp.2-3.

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dépassé légèrement celui du Portugal qui a atteint 4 295 dollars en 198917. Cependant, malgré la croissance spectaculaire de l'économie et du commerce extérieur de la Corée, la part de la France dans les échanges de la Péninsule a toujours gardé un niveau inférieur à 2% : 1,2% en 1980 et en 1985, ensuite 1,4% en 1989. Dans les années 1990, plusieurs événements importants peuvent permettre d'expliquer les futures relations commerciales franco-coréennes: l'affaire Daewoo-Thomson, le contrat de construction du TGV en Corée, l'initiative française vers l'Asie, etc. L'affaire Daewoo- Thomson, nous permet de vérifier le manque de compréhension entre les Français et les Coréens, ce manque de compréhension existe toujours aujourd'hui malgré plus de cent ans de relations bilatérales. En dépit de la méconnaissance mutuelle des deux peuples, la construction du T.G. V. en Corée symbolise aujourd'hui la coopération franco-coréenne. Grâce au succès de ce contrat du siècle, nous pouvons constater la volonté de coopération entre les deux pays et le changement de l'attitude coréenne à l'égard de la technologie française. Enfm, compte tenu de la faible présence française en Asie et de la croissance rapide de l'économie asiatique, le gouvernement français a lancé l'Initiative française vers l'Asie à partir de 1993. Paradoxalement, cette politique constitue une preuve a posteriori de sa négligence à l'égard des marchés d'Asie jusqu'à cette période.
En décembre 1996, la Corée est devenue le 29ème membre de l'OCDE, le Club des pays industrialisés. De plus, elle est devenue la ]]ème puissance commerciale dans le monde à partir de

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La Découverte, L'état du monde, Paris, édition 1991, p.457.

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1988. Les échanges extérieurs jouent un rôle très important dans l'économie coréenne, en effet, le commerce extérieur de la Corée a représenté entre 50% et 60% du PIB dans les années- 1990. Malgré tout, la part de la France dans le marché coréen est restée encore à un niveau faible: 1,2% des ventes et 1,5% des achats de la Corée en 1999, 1,0% des ventes et 1,4% des achats de la Corée en 2002. En ce qui concerne nos sources, nous avons consulté principalement, pour le côté français, les archives du Quai d'Orsay et celles du Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie. Nous avons eu accès à des documents relativement abondants au Quai d'Orsay. Pour les statistiques, nous avons utilisé notamment celles de l'INSEE et des Douanes françaises (Bureau d'Information et Communication: BIC). L'INSEE garde suffisamment de statistiques, en revanche, au BIC, nous n'avons pu trouver que des statistiques annuelles et des commentaires sur le commerce extérieur de la France. Du côté coréen, nous avons principalement consulté les archives et les documents du Ministère des Affaires étrangères et du Commerce (MAEC), les archives du Ministère du Commerce, de l'Industrie et de l'Energie (MOTIE : Ministry ofTrade, Industry and Energy), et celles du Ministère de l'Économie et des Finances.
Les livres et documents du Centre Culturel Coréen de Paris ont également été consultés. Pour les statistiques, nous avons surtout eu recours à celles du KOTIS (Korea Trade Information and Statistics: Données et Statistiques relatives au Commerce coréen), du MOTIE et du NSO (National Statistical Office: Office National de Statistiques).

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CHAPITRE I. LE REDEMARRAGE DES RELATIONS COMMERCIALES FRANCO-COREENNES (1960-1969)
Les relations commerciales entre la France et la Corée ont été rétablies à partir des années cinquante, bien que l'attitude des hommes d'affaires français à l'égard du marché coréen ait été caractérisée par ces deux expressions l'extraordinaire méconnaissance et le dédain; les échanges commerciaux entre les deux pays étaient donc très limités. Le dédain des milieux d'affaires français à l'égard du marché coréen était dû à la pauvreté de la Corée. En fait, la Corée était un des pays les plus pauvres de la planète, même au début des années 1960 : au 7ème rang des pays sous-développés selon le PIB par tête, après le Sénégal, le Soudan et Madagascar, après la Guinée et la République Centrafricaine, etc.18 Malgré la pauvreté des Coréens, certains pays européens comme l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique et le Danemark se sont intéressés au marché coréen et ont réussi à y pénétrer en dépit de la concurrence acharnée et de l'influence prépondérante des entreprises américaines et japonaises. Cet exploit commercial des concurrents européens a incité le gouvernement français à ne pas être en retard sur ce nouveau marché qui commençait à progresser. C'est dans ce contexte que fut envoyée, à la fin des années cinquante, la mission Legrix sous la tutelle du Ministère des Finances et des Affaires économiques.

18 Cahiers de l'IREP-Développement, La République de Corée: concurrent ou nouveau partenaire?, Institut de recherche économique et de planification du développement, UA CNRS 364, Grenoble, 1987, p. 5.

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Le marché coréen n'était pas un marché facile à aborder pour les négociants français qui avaient déjà un marché captif: l'Union française. Par ailleurs, le marché de la Péninsule n'était pas assez vaste pour pouvoir absorber suffisamment de marchandises étrangères, car le niveau de vie en Corée était comparable à celui des pays sous-développés. Par ailleurs, manquant de ressources naturelles, la Corée ne pouvait fournir que quelques produits agricoles, miniers et de la mer, produits que les hommes d'affaires français pouvaient se procurer dans d'autres pays d'Asie ou dans les anciennes colonies françaises. Quoi qu'il en soit, nous pouvons constater que la France a commencé à s'intéresser au marché coréen dès la fin des années cinquante et cette prise de conscience du gouvernement français est devenue plus sérieuse à partir des années soixante. C'est ainsi qu'un représentant du conseiller commercial à Tokyo s'est installé de façon permanente à Séoul au début de 1964. Avant cette date (1957-1963), les affaires économiques étaient sous l'autorité d'un conseiller commercial à Hongkong, qui ne venait à Séoul que quand il le jugeait nécessaire. Le 18 octobre 1960, Roger CHAMBARD, ambassadeur à Séoul, exprima le souhait que la Corée cessât de dépendre du poste d'expansion économique de Hongkong pour être rattachée à celui de Tokyo. Il justifia son point de vue par des raisons pratiques: « 1) les communications de la Corée avec Hongkong sont lentes et difficiles, alors qu'elles sont fréquentes et aisées avec le Japon. 2) la Corée appartient à une zone économique nettement différenciée des pays du sud-est asiatique et de Formose; de par sa position géographique et du fait des développements politiques, elle va s'orienter de plus en plus vers le marché japonais 19». Le gouvernement français qui n'avait pas jusqu'alors accordé de crédit pour les ventes de biens d'équipement français en
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AMFAE,SS, Asie-Océanie,Corée du Sud, 1956-1967,vol. 2. (Rattachementde

la Corée au poste d'expansion économique de TOKYO. Paris, le 25 novembre 1960)

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Corée a finalement décidé, en 1962, d'en octroyer: «Les services du Ministère des Finances comme ceux du Ministère des Affaires étrangères estimèrent l'an dernier que le moment était venu (souligné par l'auteur) d'accepter des engagements directs sur ce pays, mais en les limitant à un montant raisonnable fixé d'abord à 30 puis à 40 millions de dollars 20». Même si elle était en retard dans ses échanges économiques avec la Corée, la France a enfin commencé à se mobiliser vers ce marché lointain si longtemps négligé. C'est ainsi qu'à partir des années soixante les relations commerciales francocoréennes démarrèrent vraiment. Sur le plan politique, les deux pays avaient établi une base favorable: en France, la Ve République fut inaugurée en 1958 avec le retour de Général de Gaulle et, en Corée, la Ille République fut établie en 1963 après le coup d'Etat militaire du Général PARK Chung-hee. Ce fut également une période stable du point de vue économique. Les deux pays avaient complètement effacé les séquelles des guerres et avaient fait des efforts pour le développement économique et la solidarité nationale. En 1964, les exportations coréennes avaient enregistré, pour la première fois de leur histoire, un montant de 100 millions de dollars. Suite à son adhésion à l'Accord Général sur les Tarifs et le Commerce (AGETAC, plus connu sous son abréviation anglaise GATT: General Agreement on Tariffs and Trade) en 1967, la Corée bénéficia dès lors de la réduction des tarifs douaniers dans le cadre international ce qui accéléra son expansion commerciale. Les dirigeants coréens en général montrèrent leur désir de voir s'établir des relations plus étroites entre la France et la Corée21. Une délégation parlementaire coréenne, conduite par RHEE Rho-sang, Président de l'Assemblée Nationale, se rendit en
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AMFEFI, Carton N°: B 54919. (Note au Ministre - Engagements d'assurancecrédit sur la Corée du Sud. Paris, le 15 février 1963, p. 1). 21 AMFAE, SS, Asie-Océanie, Corée du Sud, 1956-1967, vol. 32. (Note, a.s. entretien de M. Manach'h avec l'Ambassadeur de Corée, Paris, le 31 mai 1965).

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