Modernisation des entreprises en France et en Pologne

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296318120
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MODERNISATION

DES ENTREPRISES EN FRANCE ET EN POLOGNE
Les années 80

@ L' Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4185-8

T.

et N. LOWIT, D. MARTIN

N. MAUCHAMP, W. PANKOW, A. RYCHARD, R. SAINSAULIEU

MODERNISA TION DES ENTREPRISES EN FRANCE ET EN POLOGNE
Les années 80

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

Collection Dynamiques d'Entreprises
Dernières parutions: GILBERT Patrick, GILLOT Claudine, Le management des apparences. Incantations, pratiques magiques et management, 1993. REGNAULT Gérard, Motiver le personnel dans les P.M.E., Approche pratique,1993. BREILLOT Jean-Marie, REINBOLD Marie-France, Gérer la compétence dans l'entreprise, 1993. BEC Jacques, GRANIER François, SINGER Y Jacky, Le consultant et le changement dans lafonction publique, 1993. GlTIENNE-BOSSA VIT Véronique, Etre consultant d'orientation psycho-sociologique. Ethique et méthodes, 1994. SPIELMANN Michel, Ces hommes qu'on rachète, aspects humains des concentrations d'entreprises, 1994. BOUTILLIER Sophie, UZUNIDIS Dimitri, Entrepreneurs et innovation en Grèce. L'entrepreneur révolutionnaire, 1994. PIGANIOL-JACQUET Claude, Gestion des ressources humaines: analyses et controverses, 1994. REGNAULT Gérard, Animer une équipe dans les PME aujourd'hui, 1994. LOUCHART Jean-Claude (ed.), Nouvelles approches des gestions d'entreprises, 1995. MARCON Michel, SIMONY Nadia, Les transformations du comité d'entreprise, 1995. .
DOL Y Jean-Pierre, MONCONDUIT trainte et liberté, 1995. François, L'entreprise entre con-

MESSIKA Liliane, Les dircoms, un métier en voie de professionnalisation, 1995. CASTEL François (du), La révolution communicationnelle, du multimédia, 1995. COV A Bernard, Au-delà du marché: bien, 1995. LES CAHIERS DU CARGÈSE, toire de partenariats, 1995. LELEU Pascal, Le développement mique du coaching, 1995 les enjeux

quand le lien importe plus que le His-

Sciences sociales et entreprises.

du potentiel des managers. La dyna-

RIFAI Nabil, L'analyse des organisations. Démarches et outils sociologiques et psychologiques d'intervention, 1996. SIWEK J., Le syndicalisme des cols blancs, 1996.

Les auteurs
BIALECKI Ireneus, chercheur à l'Académie Polonaise des Sciences (Varsovie) FEDEROWICZ Michal, chercheur à l'Académie Polonaise des Sciences (Varsovie) FRA TELLINI-LOWIT Nicol e, checheur au laboratoire Georges Friedman (CNAM, Paris) GESICKA Grazyna, enseignante de sociologie à l'Université œ Varsovie GLOBOKAR Tatiana, chercheur au CEREBE (CNRS, Paris) JAKUBOWICZ Szymon, économiste (Varsovie) KOLARSKA-BOBINSKA Lena, chercheur à l'Académie Polonaise des Sciences (Varsovie) KUZCZYNSKI Pawel, enseignant de sociologie à l'Université œ Varsovie LOWIT Thomas, directeur de recherche au laboratoire Georges Friedman (CNAM, Paris) MARTIN Dominique, professeur à l'Université de Rennes II et chercheur au LSCI (CNRS, Paris) MAU CHAMP Nelly, chercheur au LSCI (CNRS, Paris) MELCHIOR Malgorzata, enseignante de sociologie à l'Université de Varsovie MORA WSKI Witold, chercheur à l'Académie Polonaise des Sciences (Varsovie) PANKOW Wlodimierz, chercheur à l'Académie Polonaise des Sciences (Varsovie) RYCHARD Andrzej, chercheur, directeur d'IFIS à l'Académie Polonaise des Sciences, (Varsovie) SAINSAULIEU Renaud, professeur à l'Institut dEtudes Politiques et chercheur au LSCI (CNRS, Paris) WNUK-LIPINSKI Edmund, chercheur à l'Académie Polonaise des Sciences (Varsovie) Principales publications
Tatiana, une

des auteurs parues en français:
, in: «Gérer société, sous et et comprendre la direction », œ

Annales des Mines, sept. 1989. R. Sainsaulieu, Paris, Presses de la Fondation des Sciences politiques, 1990 (ont collaboré: N. Fratellini, T. Lowit, R. Sainsaulieu et alii).

- Globokar

Ni père nifrère affaire de

-

L'entreprise,

- La Pologne en temps de crise, sous la direction de Wladyslaw Adamski, Wlodimierz Pankow, Andrzej Rychard, Renaud Sainsaulieu, Paris, Meridiens Klincksiek, 1988. - N. Fratellini, S. Korosi et T. Lowit, «La difficile renaissance de la procédure contractuelle en Europe post-soviétique (Hongrie, Tchécoslovaquie) », in : Revue du Nord, 8, 1994. - N. Fratellini, T. Lowit et A. Planche, « Conventions collectives et contrôle sur le travail ouvrier dans l'entreprise de type soviétique. L'URSS et les pays de l'Est européen », in: Revue du Nord, 8, 1994. - Participation et changement social dans l"entreprise, sous la direction de D. Martin, Paris, L'Harmattan, 1989. Sainsaulieu R., Sociologie de l'organisation et de l'entreprise, Paris, Presses de la Fondation des Sciences politiques et Dalloz, 1987.

Introduction

MODERNISATION:
RÉFORMES OU TRANSITIONS?
La modernisation des entreprises dans les années 80 Renaud Sainsaulieu Pologne: pour une sociologie de la transition Thomas Lowit

La modernisation des entreprises dans les années 80
Renaud Sainsaulieu

Au cours de la décennie 80, la modernisation des entreprises est devenue l'impératif majeur en Europe. Dans les décennies de la croissance, on parlait plutôt de la modernisation de l'État, des organisations et de l'appareil industriel, on aspirait à une société de consommation. Au début du siècle, c'est en visant «une société moderne» que travaillaient les ingénieurs, les savants, les peintres, les architectes du Bauhaus autour de l'école de Vienne. L'effort d'invention de l'avenir - le travail de civilisation dont parle Georges Balandier (Le Détour) pour désigner le processus de créativité culturelle que recouvre toute période historique - tend ainsi à se renouveler sans cesse par déplacement des objets et des milieux fondateurs de société. Comme le dit Touraine (Critique de la modernité), le changement de modèle de société n'est jamais l'œuvre d'une pure volonté politique et idéologique; il s'agit de processus de transformations que des mouvements sociaux et des acteurs de changement peuvent aider à faire advenir. Parsons conseillait déjà de les observer en tant que processus de rationalisation, de différenciation culturelle, de mobilisation de ressources nouvelles, de laïcisation de conceptions religieuses ou sacrées du monde. Qu'est-il donc advenu en Europe, au cours des années 80, pour que cette dynamique de la modernisation soit passée de l'État, de la société toute entière, à l'espace spécifique des entreprises privées et publiques? Quel problème de société à 9

venir cachait cette volonté de renouvellement technique, organisationnel et gestionnaire des appareils de production, hérités de la croissance et brutalement confrontés à une crise économique aussi durable qu'inattendue? C'est autour de cette nouvelle question sociale de la modernisation post-industrielle en Europe qu'ont choisi de se rencontrer des sociologues français et polonais, confrontés, chacun à leur manière, à des évolutions de société difficiles, perceptibles au sein des entreprises. En France, on vit de plein fouet la crise du taylorisme. Des entreprises apparemment bien organisées rencontrent le marché, la concurrence, les technologies avancées et le défi de l'économie mondiale. Le chômage persistant signe leur crise sociale et l'échec des procédures expérimentales et partenariales issues de la social-démocratie inspirée du modèle scandinave. En Pologne, pays industriellement avancé du bloc de l'Est, c'est de l'entreprise qu'a jailli une contestation globale du modèle soviétique: Solidarnosc, issu de la crise de 198081, a voulu amorcer une réforme en profondeur de l'ensemble du système politico-économique. Les lois dites autogestionnaires, la contestation politique et sociale de Solidamosc, visaient une nouvelle entreprise d'état mieux gérée et autonome. C'est ainsi qu'une quinzaine de sociologues du travail et des organisations, Français et Polonais, ont choisi, en 1985, à Varsovie, d'entamer officiellement une recherche comparative de quatre années sur les transformations de leurs entreprises. Ils étaient alors loin de s'attendre aux bouleversements politiques qui allaient intervenir quelques années plus tard dans les pays communistes... Leur idée commune était de dresser une sorte de bilan comparatif sur l'avenir de nos économies respectives. Pour les Français, chercheurs au CNRS (N. Alter, N. Fratellini, T. Globokar, T. Lowit, D. Martin, N. Mauchamp, R. Sainsautieu), il s'agissait plutôt de faire un constat réaliste sur les capacités de transformations internes des entreprises françaises confrontées aux pressions de la contingence mondiale. Était-il possible, de l'intérieur des structures d'organisation, d'inventer d'autres façons de travailler, d'autres capacités collectives de production to

économique, par le moyen d'un vaste mouvement d'expérimentation sociale, par la Gestion des Ressources Humaines qui s'amorce dès la fin des années 70 et qui prend de l'ampleur dans les années 80. Pour les collègues polonais (I. Bialecki, G. Gesicka, M. Melchior, P. Kunczynski, E. Wnuk-Lipinski, M. Federowicz, W. Pankow, A. Rychard, L. Kolarska, S. Jakubowicz, W. Morawski, de l'Académie des sciences et de l'Institut de Sociologie de l'Université de Varsovie), le projet était tout autre. Les Français ont rapidement compris en constatant les difficultés croissantes de l'économie polonaise qu'ils hésitaient et s'interrogeaient avec anxiété sur les capacités internes de réforme de leurs institutions dans une économie centralement planifiée et contrôlée par un parti unique. Même enthousiasmés par l'impact de Solidamosc et par ses prolongements autogestionnaires dans les entreprises, ils venaient plutôt chercher en France une meilleure compréhension d'un véritable management des entreprises, doutant toujours plus de leur socialisme institutionnel. Pour les deux groupes enfin, cette recherche collective et comparative se transformait progressivement en une sorte de « détour épistémologique », selon l'expression de G. Balandier, menant à la découverte d'un pays et d'une société contemporaine proche, mais différente, pour mieux comprendre les perspectives de changement de son propre pays. Comme Marc Maurice l'exprimait clairement dans le n02/89 de Sociologie du travail, la démarche comparative visait plus à produire un effet de miroir sur chaque société qu'à établir un plan d'observation rigoureuse des caractéristiques structurelles de chaque pays. A mieux connaître l'état de développement, social et culturel de chaque pays en allant voir sur place (plus de 40 voyages en quatre années), les sociologues découvraient progressivement toute la complexité des processus de développement des sociétés de l'Est et de l'Ouest, autour du problème crucial de l'avenir des entreprises. Un projet commun de sociologie impliquée dans la transformation de sociétés vivant chacune de leurs crises prenait ainsi lentement corps dans la chaleur des rencontres, la surprise des enquêtes de terrain dans les entreprises 11

polonaises et françaises, et dans la difficulté des débats d'interprétation menés ensemble au cours de quatre séminaires (deux à Paris et deux à Varsovie) et de deux colloques (Genève en 1988, Paris en 1989). Plus on cherchait à connaître la nature sociologique et culturelle des transformations en cours dans les entreprises de chaque société, plus s'amorçait en fait et de façon prémonitoire la compréhension de changements à l'œuvre au niveau de l'Europe des années 90. Plusieurs dimensions d'un même phénomène de crises et de modernisation s'imposaient progressivement au fur et à mesure des échanges théoriques, conceptuels et empiriques sur nos observations de recherche.

De la réforme à la modernisation

Moderniser l'entreprise par la transformation simultanée de ses technologies, de ses formes d'organisation et de ses modalités gestionnaires est l'histoire, d'une certaine façon commune, des entreprises françaises et polonaises des années 80. Du moins en est-il ainsi dans les politiques explicitées. En Pologne, on entame en 1982 une énième réforme économique pour aider les entreprises à s'organiser de façon plus autonome en instituant les conseils d'autogestion. Tandis qu'en France, les entreprises cherchent à réagir à la concurrence internationale par l'informatique, la robotisation, la bureautique, la flexibilité organisationnelle et la gestion participative de la qualité. Or, dans les deux situations nationales, les réformes s'essoufflent et ouvrent la voie à une interrogation majeure sur le destin de l'entreprise. En Pologne, c'est évidemment la crise de l'économie et du régime communiste qui révèle l' incapacité des entreprises étatiques à se moderniser; si bien qu'à l'Est, on en vient à espérer dans le double remède miracle de la démocratie politique et de l'économie de marché pour sortir de l'impasse et retrouver des entreprises performantes. Mais à l'Ouest, en France, la période des réformes cumulatives technologie-organisation-gestion, si elle réussit sur le plan des grands indicateurs de l'économie nationale (monnaie, commerce extérieur, PNB, taux 12

d'endettement..

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amélioration de l'emploi. L'entreprise consensuelle est en fait celle «des meilleurs », capables de s'engager dans un grand effort de changements; et les efforts 'organisation participative n'ont toujours pas trouvé leurs effets d'implication collective, comme en témoignent des indices aussi forts de désyndicalisation, la démotivation des cadres ou des jeunes diplômés sans perspectives de carrière et l'essoufflement généralisé des expérimentations sur la qualité, l'expression, l'organisation autonome. Les politiques de modernisation de l'entreprise explicitement annoncées dans ces deux pays industriels ont en définitive achoppé, sur la mise en œuvre de réformes pourtant audacieuses dans leurs intentions: autogestion, entreprise du troisième type, expression des salariés et droit à la négociation. L'observation attentive d'une dizaine d'entreprises en France et en Pologne ayant concrètement engagé de telles réformes (Energomontaz, FSO, Huta Warszawa... en Pologne; HBL, BSN, Moët et Chandon, Valeo, RNUR, Télécom... en France) nous met sur la piste d'une interprétation d'un phénomène effectivement crucial: la transformation des entreprises pour répondre au double défi de la concurrence internationale et du développement de la consommation et de l'emploi, au plan intérieur de chaque pays. Les gouvernants sont désormais bien conscients que les politiques d'incitation étatique au traitement du chômage et aux nationalisations ne suffisent pas à créer de la performance et de la productivité. Bien d'autres facteurs sociologiques et culturels sont effectivement en cause dans la vie même des entreprises et des institutions qui les encadrent. Légitimement sceptiques à l'égard des discours d'hommes politiques et de managers technocrates sur un projet de modernisation de société, sur les mirages de l'industrialisation forcée à l'Est (W. Morawski: la Pologne en temps de crise), autant que sur les mirages de la croissance marchande à l'Est (B. Lutz), et également alertés depuis longtemps sur l'évidence des dégâts du progrès dans les sociétés industrielles (R. Aron, CFDT, Illitch), les sociologues s'interrogent sur la nature sociale du phénomène de modernisation. Que dire de la modernité contemporaine 13

après tant d'échecs et d'erreurs? Comment penser autrement les voies du changement social dans l'univers de la production quand les politiques de «welfare» et de progrès social ne remplissent pas leurs promesses?

Modernisation

de l'entreprise,

une affaire de société

La modernisation technique, organisationnelle et gestionnaire des entreprises est bien l'une des opérations centrales au développement des sociétés dites industrielles et programmées. Mais la problème ne se limite pas aux seuls perfectionnements des structures de la production. Moderniser l'entreprise est bien «une affaire de société» (R. Sainsaulieu et alii). Moderniser, c'est en fait construire en entreprise une « société moderne ». Or, un tel concept ne se réduit pas au changement d'organisation et à la mise en place de machines plus perfectionnées. Les sociologues français critiques de la grande vague de modernisation taylorienne des années 60 (Friedmann, Reynaud, Touraine, Crozier, Moscovici, Naville...) ont depuis longtemps démontré que la mise en place de nouvelles haveuses au fond de la mine, l'automation dans les ateliers sidérurgiques et mécaniques, la chaîne dans les ateliers de montage... conduisaient à modifier les rapports hiérarchiques autant que les relations professionnelles ou syndicales, ainsi que les valeurs mêmes du travail et de la participation ou de la citoyenneté. Pour les penseurs fondateurs de notre discipline sociologique (Montesquieu, Tocqueville, Durkheim, Weber, Marx, Parson, Merton...), la pensée sur la construction d'une société n'est jamais séparée de l'interrogation sur l'avènement d'une société moderne. Différenciation, égalitarisme, rationalisation, laïcité, et modes d'organisations complexes pour intégrer les forces sociales et les diversités culturelles ainsi reconnues en sont les principales et constantes caractéristiques institutionnelles. Il est relativement récent que les entreprises soient l'objet d'une telle interrogation modernisatrice.
14

En tant que système humain, elles étaient plutôt vécues comme la conséquence des autres appareils essentiels à la modernisation de la société: l'État, la justice, l'éducation, les communes, l'armée, la santé, les syndicats, la gestion du capital, ou les institutions particulières de l'invention des techniques industrielles. Et voilà que, bien après la fée électricité, le modern style et les modes de consommation, le phare de la modernité en vient à prendre l'entreprise dans son pinceau de lumière crue. Ainsi fouillée dans le détail de ses fonctionnements humains, l'entreprise dévoile les ombres et les aspérités de sa carapace moderne. Techniquement évolutive et organisationnellement capable d' expérimentations et de réformes, l'entreprise peut-elle s'appuyer sur des rapports humains de société moderne? Telle est la question que lui pose désormais avec anxiété l'ensemble de la société civile, qui découvre à quel point son avenir dépend de la perfection de ses systèmes humains de production. En Pologne, Solidarnosc a pris le risque de gouverner une véritable transformation des appareils de production en entreprises privées pour sortir le pays du marasme auquel trop de centralisation bureaucratique, étatique et politique l'avait conduit. En France, la gauche et la droite dépassent les combats idéologiques. entre socialisme et libéralisme précisément sur la question de l'entreprise. Nationaliser et privatiser n'ont pas d'effets miracles face à l'emploi, à l'implication des individus au travail et à la prise en compte des capacités culturelles produites par une société avancée dans le fonctionnement des entreprises. Dans les deux pays, le problème est bien de réaliser davantage de société moderne au sein des entreprises, comme on a su la faire à d'autres époques pour l'école, la démocratie communale ou le gouvernement de l'État. Mais alors, il y faut le regard des sociologues, et pas seulement celui des organisateurs et des ingénieurs, ou même celui des formateurs, pour aider à comprendre quelles société et quels processus de socialisation sont en gestation ou en émergence sous les coups de boutoir des volontés réformatrices.

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Analyser

la modernisation

Comprendre la modernisation comme un processus intégré à la transformation de toute une société suppose de pouvoir répondre à plusieurs questions fondatrices de la pensée sociologique: la crise institutionnelle, les valeurs et traditions susceptibles de supporter le changement, les forces et les acteurs capables de s'engager dans un mouvement collectif, enfin les processus d'innovation et d'expérimentation menant à la création de formes sociales différentes et durables. Les diverses contributions de ce livre sont organisés autour de ces grands axes de questions. La crise des institutions tayloriennes de l'entreprise a depuis longtemps été analysée en France. C'est pourquoi il n'a pas paru nécessaire d'en faire à nouveau état. Le cas de l'entreprise de type soviétique, de ses institutions étatiques et de ses essais de réforme, y compris en Pologne, devait en revanche faire l'objet d'un constat et d'une analyse fondatrice dans ce livre (Th. Lowit et N. Fratellini), afin de souligner combien la modernisation dépasse la seule volonté des réformateurs. Mais, au-delà de cette critique institutionnelle, il fallait interroger les structures profondes de chaque pays, ses traditions communautaires, paternalistes, gestionnaires sur lesquelles toute transformation d'envergure devra prendre appui. Les valeurs professionnelles, l'esprit-maison, le sens de la propriété, la conception même de la qualification sont des éléments constitutifs, autant de la régulation sociale que des perspectives de changements au sein de chaque pays. L'analyse de ces socles socioculturels de la modernisation sont abordés pour l~ France par T. Globokar, N. Mauchamp et pour la Pologne par 1. Balecki, M. Federowicz, tandis que W. Pankow et W. Morawski s'interrogent sur les possibilités de passage aux valeurs instrumentales et à l'expérience de la démocratie dans l'entreprise et dans la société polonaise. Les forces du changement existent-elles pour soutenir les processus de modernisation dans les deux pays? Peut-on parler d'acteurs du changement, et qui sont-ils? Les travaux ont ici porté de façon privilégiée, en Pologne et en France, sur le rôle du syndicat comme mouvement social de 16

modernisation. C'est principalement l'analyse de Solidarnosc qui est ici abordée comme pilier de la transformation polonaise et un peu comme exemple pour les syndicats français, qui traverseht eux-mêmes une crise profonde. D. Martin, G. Gesicka, M. Melchior et P. Kuzynski explorent ce fait social de Solidamosc. E. Wnuk-Lipinski et A. Rychard exploitent les résultats d'un questionnaire comparatif sur les valeurs des milieux ouvriers, cadres et techniciens en France et en Pologne. Peut-on en effet trouver dans les potentiels culturels des diverses identités professionnelles les raisons de croire en une véritable dynamique sociale du changement collectif dans les entreprises des deux pays? La modernisation de l'entreprise ne peut s'opérer que par l'accumulation de changements créatifs dans l'ordre de la technologie, de l'organisation et de la gestion. L'expérience de dix années, que ce soit l'autogestion en Pologne ou la gestion participative des ressources humaines en France, offrait ici une ample moisson de faits empiriques pour l'analyse sociologique des processus sociaux d'innovation. S. Jakubowicz et P. Kuczynski abordent en détail les conséquences de la mise en place de la loi sur l'autogestion en 1982 en Pologne. D. Martin et R. Sainsaulieu, de leur côté, explorent les conséquences de la loi sur l'expression de 1982 et la mise en place de systèmes participatifs associés aux changements technologiques dans les entreprises françaises. Une conclure générale reprend les enseignements de cette recherche en France et en Pologne pour systématiser les leçons empiriques et théoriques de ces dix dernières années, 1980-1990, en matière de transformations sociales des entreprises, en proposant quelques réponses aux questions importantes à résoudre pour la décennie suivante. Les éléments d'un modèle français de l'innovation sont-ils transférables à l'Est? Jusqu'où les valeurs et la culture d'un peuple sont-elles des ressources pour l'invention du futur? En quoi la modernisation en cours est-elle porteuse d'une conception collective du changement, d'un nouveau développement social d'entreprise? Comment les sociologues peuvent-ils formuler les éléments théoriques d'un paradigme commun de la modernisation en Europe, à 17

partir des changements, crises et bouleversements observés dans la décennie qui s'achève? Tel est donc l'objet de cet ouvrage: il propose un bilan d'une sociologie de la modernisation, pensée à propos de l'entreprise, dans deux pays révélateurs de ce qui se passait en Europe au cours des années 80. Ce travail a permis de lancer de nouvelles recherches au cours des années 90, toujours en Pologne et en France, mais aussi en Slovaquie, en République tchèque, et en Roumanie. C'est ainsi une sorte d'observation permanente des faits sociaux de la modernisation que l'on souhaite poursuivre. Elle doit permettre aux entreprises des années 90 de disposer d'une grille de lecture approfondie des changements sociaux et culturels induits par les nouvelles donnes de la vie économique. C'est aussi un enjeu fondamental pour la sociologie des entreprises, puisqu'il s'agit de la question même de la compréhension du changement.

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Pologne: pour une sociologie de la transition

Thomas Lowit

Chargé d'intervenir du côté français dans la perspective que nous avons appelée « regards croisés », je veux parler ici de la Pologne, mais d'une Pologne analysée de l'extérieur, avec un certain recul. Dans cette approche, les réalités françaises sont présentes, mais de façon implicite, la plupart du temps. L'intérêt de notre recherche comparative tourne en permanence autour de deux pôles contraires. D'un côté, nous avons à faire à des divergences structurelles profondes, politiques, économiques et sociales. Rien, ou presque rien, ne semble rapprocher l'entreprise française de l'entreprise polonaise. L'intérêt d'une perspective comparative réelle réside donc ici dans la distance, une distance énorme qui sépare les entités comparées. D'un autre côté, nous assistons depuis peu à la mise en place de toute une série de proximités virtuelles. Ce processus de rapprochement est dû essentiellement au changement de régime politique en Pologne au cours de l'été 1989. Précisons d'abord l'origine des oppositions profondes entre l'entreprise en France et en Pologne. Ces oppositions ne résultent pas des traditions dites nationales. Elles sont de nature géopolitique et remontent aux premières années de l'après-guerre. On assiste alors rapidement à la formation de deux types bien distincts de société industrielle en Europe. La France suit, sans changements brutaux, un développement socio-économique semblable à celui des pays voisins. En revanche, la Pologne est entraînée dans un bouleversement à 19

la fois macro-politique et socio-économique. Ces bouleversements feront de la Pologne, dès le début des années cinquante, l'un des cas de figure d'une société de type soviétique.

L'économie du parti en Pologne Trois caractéristiques de base opposeront dès lors les deux sociétés que nous comparons aujourd'hui.

Les formes de propriété

On sait qu'en France on procède au lendemain de la deuxième guerre mondiale, à la nationalisation d'un certain nombre de secteurs clefs, dans l'industrie et les services. On met aussi en place des institutions de planification socioéconomique. En somme, on instaure tout un réseau propre aux interventions de l'État. Cet interventionnisme «à la française» sera, par la suite, plus ou moins accentué selon les périodes. Ainsi, à première vue, on pourrait parler d'un processus de convergence entre la France et la Pologne. En fait, c'est l'inverse qui se passe. Au sens courant du terme, il n'y a pas eu de nationalisations en Pologne. Il y a bien eu une expropriation généralisée des moyens de production; mais cette expropriation n'aboutit pas à une propriété que l'on pourrait qualifier «d'État », «nationale », ou «sociale ». C'est en fait le parti qui se rend maître, au sens fort de cette expression, des moyens de production et donc aussi de l'ensemble des entreprises (industrielles, commerciales et autres). Par voie de conséquence, c'est toute la vie socioéconomique qui est placée sous un type particulier d'autorité, une autorité qui apparaît comme irréductible à tout autre type d'autorité économiquel.
1. Pour dénommer ce type d'autorité, certains auteurs font souvent appel à l'expression «Le Part-Etat ». Cette juxtaposition de termes est sans doute commode, mais elle manque de rigueur. 20

A son tour, l'entreprise industrielle change de nature et ses fonctions se trouvent largement modifiées.

La nature des institutions

représentatives

des salariés

En France, après 1945, on conserve les acquis syndicaux d'avant-guerre, on obtient de nouveaux droits, on institutionnalise une certaine participation du personnel sous forme de «comités d'entreprise ». Cette participation, limitée, reste alors pour l'essentiel sous le contrôle des syndicats. Bref, dans le domaine syndical et en matière de représentation du personnel, il y a du nouveau, mais pas de

rupture avec le passé.
Pour la Pologne, en revanche, on assiste à une rupture, non seulement avec la période d'avant-guerre, mais avec tous les idéaux socialistes qui ont marqué le XIxème siècle. Ainsi, après 1945, le droit d'association professionnelle se trouve progressivement aboli; dans la même logique, le syndicalisme classique et le droit de grève sont supprimés. Par contre, les autorité polonaises acceptent une certaine forme de co-gestion dans les entreprises. Cette tolérance se manifeste notamment pendant les périodes de crise ouverte du régime (en 1956 et en 1981).

Les objectifs de base de l'activité

économique

La question posée ici est celle des finalités de l'entreprise industrielle en tant que telle. On se limitera à une seule série de données. D'après les estimations publiées récemment à VarsovieZ, la Pologne aurait dépensé pour son armée autant que l'Allemagne fédérale, non pas globalement certes, mais par habitant. Or le produit national brut en Pologne, toujours par habitant, représenterait 25 % de celui de l'Allemagne fédérale. Autrement dit, pendant plusieurs décennies, la société industrielle polonaise était en mesure de prélever, pour l'armement, une plus-value trois à quatre fois
2. Voir l'article de Jacek Kochanowicz, «lie kosztuje bezpieczenstwo pantwa? », Tygodnick Solidarnosc, nOlI (48), Il août 1989. 21

supérieure à ce que pouvait se permettre l'économie allemande3. Et il en va probablement de même pour le volume des dépenses que la Pologne consacrait à sa défense intérieure, c'est-à-dire pour entretenir ses très nombreux corps de police4. Voici donc l'une des supériorités évidentes d'une société de type soviétique sur les sociétés occidentales... Malheureusement, les données précises permettant des comparaisons dans ce domaine font toujours défaut. On peut néanmoins formuler l'hypothèse suivante: les sociétés de type soviétique se caractérisent par une série de finalités spécifiques; et ces finalités prioritaires façonnent et commandent l'organisation d'ensemble de ces sociétés et donc, aussi, la structure et le fonctionnement des entreprises industrielles.

Réformes et dé-modernisation

La dernière remarque nous amène à nous interroger sur le contenu et les conséquences réelles d'une suite pratiquement ininterrompue de campagnes de réformes socioéconomiques propres aux pays de l'Est. Historiquement, on peut dire que la société de type soviétique a été fondée sur l'idée de mettre en pratique un nouveau type de modernisation socio-économique. Une modernisation radicale, globale et, à terme, définitive. C'est bien dans cette perspective que Lénine lance son fameux mot d'ordre: «Les soviets plus l'électrification ». Le politique, la technique, l'économique et le social, tout devait marcher ensemble. Dans la période dite stalinienne, la modernisation, en plus de ce qui a déjà été fait, c'est la collectivisation forcée de
3. lb. Bien sûr, mes évaluations dans ce domaine ne peuvent être qu'approximatives. 4. Le budget du ministère de l'Intérieur a toujours été considéré, dans tous les pays de l'Est, comme un secret d'État, on commence toutefois à disposer d'un certain nombre de points de repère. Voir, par exemple, J'hebdomadaire Polityka du 9 septembre J989. 22

l'agriculture et la priorité à « l'industrie lourde» 5. Et c'est également ce modèle de modernisation qui façonnera la Pologne à la libéralisation. Puis vient la première révolte ouvrière de 1956, suivie d'une période de «modernisation «liée au nom de Gomulka (premier secrétaire du parti de 1956 à 1970). Puis une nouvelle révolte, en 1970, sera suivie d'une nouvelle politique, dite aussi de modernisation, menée par Gierek (le nouveau premier secrétaire du parti). Cette politique paraît assez active au début: elle s'appuie surtout sur un apport massif de capitaux occidentaux. Mais, après quelques années (en 1976 déjà), de nouveaux troubles éclatent, montrant à l'évidence, cette fois, l'ampleur de la crise et l'incapacité de ce système à redresser la situation économique, c'est-à-dire son incapacité à moderniser. On s'approche alors à grands pas de la contestation généralisée d'août 1980. La Pologne voit alors renaître un libre droit d'association professionnelle. Puis, au bout de 18 mois, la pays se retrouve sous la loi martiale qui va interdire toutes les associations. Une nouvelle fois, le gouvernement va promulguer de nouvelles «réformes «.. . Mais c'est la conscience d'une faillite socio-économique globale qui amènera les autorités polonaises à proposer à l'opposition, fin 1988, une Table Ronde de négociations. Cette suite presque continue de « modernisations «depuis plus de 40 ans en Pologne ne doit pas être prise à la légère. C'est là que se trouve peut-être l'un des intérêts majeurs de notre approche comparative. Concrètement, le Pologne soviétisée n'est-elle pas, par excellence, Je pays des modernisations fictives? Un vaste chantier où se sont succédé des campagnes de réformes se présentant comme des modernisations authentiques, mais qui en réalité, n'étaient que fictives. Pires que fictives: car on peut raisonnablement considérer aujourd'hui qu'il s'agissait du contraire d'un processus de modernisation, si l'on se place du point de vue de la société civile, précisément. Et, du point de vue de notre recherche comparative, nous pouvons sans doute considérer certaines campagnes de modernisation en Pologne comme une sorte de miroir. Un miroir susceptible
5. On sait aujourd'hui avec certitude que cette dénomination fait, la priorité donnée à l'industrie de l'armement. 23 signifiait, en

de grossir les défauts de certaines mesures pratiques, dites de modernisation, appliquées dans les entreprises françaises (ou occidentales).

Après la révolution:

des constats aux interventions

Après la révolution macro-politique de 1989, le concept de modernisation change radicalement de contenu. Il n'est plus question de «réformer« : il s'agit, au bout du compte, d'abolir le système dans sa totalité. Il est donc question de mettre en place un autre type d'entreprise en même temps qu'un autre type de société industrielle. En principe, les futures entreprises polonaises devraient présenter de nombreux traits convergents avec les entreprises industrielles et commerciales de l'Ouest. Dans cette perspective, la comparaison France-Pologne change de données de base. Nous passons, au moins virtuellement, vers des convergences de structures et de modes de fonctionnement. Malgré ces nouvelles convergences, nous devrions sans doute avancer avec beaucoup de prudence dans nos raisonnements comparatifs. Certes, une révolution politique a bien eu lieu en Pologne. Mais ce grand tournant ne suffit nullement à abolir toutes les oppositions de base entre les sociétés polonaise et française. Dans la sphère socioéconomique, le passé pèse encore de tout son poids en Pologne. Bref, si tout a changé politiquement en Pologne, rien ne semble gagné en matière de progrès socioéconomique. Une hypothèse pessimiste n'est donc nullement à exclure pour le moment. Compte tenu de la nature et de la profondeur du mal, les réformes monétaires et économiques en cours pourraient bien finir par « tuer le malade », et, avec l'économie, la jeune démocratie polonaise également. Ce serait alors une nouvelle contre-modernisation, la plus tragique dans l'histoire de la Pologne. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une fatalité. Mais le problème qui se pose aujourd'hui est d'une extrême difficulté, à la fois théorique et pratique. En premier lieu, le passage de l'entreprise de type soviétique à l'entreprise de type occidental représente un
24

phénomène totalement inédit. Il ne suffit pas, en effet, de connaître le point de départ et le point d'arrivée. Il s'agit de concevoir LA ou LES périodes de transition d'un modèle d'entreprise à l'autre. Cette période de transition - en particulier pour les grandes entreprises d'État - devra sans doute durer plusieurs années (voire plusieurs décennies). La deuxième série de difficultés réside dans l'ampleur des changements à effectuer. Pour passer d'un modèle d'entreprise à un autre, il s'agit en fait de passer d'un type de société industrielle à un autre, d'où, également, l'énorme variété de facteurs macro et micro-sociaux qui doivent être obligatoirement pris en compte. Un troisième série de difficultés résulte du fait qu'il n'existe pas de modèle d'analyse sur lequel s'appuyer. Il n'existe pas d'économie politique, ni de politologie, ni de sociologie des sociétés post-soviétiques. Tout, ou presque tout, reste donc à inventer. Ou, tout au moins, il n'y a pas de savoir sûr dans ce domaine. Or, les intervenants - de l'intérieur ou de l'extérieur - économistes pour la plupart, se présentent comme ayant un savoir et des méthodes sûrs. C'est le cas notamment des intervenants du Fonds Monétaire International qui, en tant qu'experts confirmés du développement socio-économique en général, ont joué un rôle important dans les orientations économiques et monétaires de l'actuel gouvernement polonais. Or, ces orientations, directement calquées sur des pratiques qui ont cours dans les sociétés occidentales actuelles, ne prennent pas suffisamment en compte les spécificités socio-économiques d'une société post-soviétique. Bref, un strict «économisme «à l'occidentale ne peut aboutir, nous semble-t-il qu'à renforcer le processus de dislocation de l'économie polonaise et à diminuer encore, de façon durable, le niveau de vie de la majeure partie de la population. Dans cette hypothèse, un rapprochement réel entre entreprises polonaises et françaises reste problématique. C'est pourquoi une réflexion sociologique commune sur les conditions d'un redressement économique des sociétés postsoviétiques s'impose avec une acuité particulière.

25

Chapitre 1 L'ENTREPRISE DE TYPE SOVIÉTIQUE EN POLOGNE: L'ÉCHEC D'UN MODÈLE

Structures et fonctionnement de l'entreprise d'État Pologne Nicole Fratellini
L'entreprise polonaise collectivisée: de prévision Wlodzimierz Pankow La modernisation dans l'économie l'entreprise Lena Kolarska-Bobinska

en

diagnostic et éléments

de tutelle

et dans

Structures et fonctionnement de l'entreprise d'état en Pologne

Nicole Fratellini

Une recherche ayant pour objet le processus de transformation de l'entreprise en Pologne ne peut s'effectuer qu'à partir d'une connaissance aussi adéquate que possible de ses modes d'organisation et de fonctionnement. Comme dans toute l'Europe de l'Est, c'est le modèle soviétique d'entreprise qui a été mis en place en Pologne, après la deuxième guerre mondiale. Ce modèle découle de l'étatisation générale de l'industrie et de l'économie centralement commandée d'une part, de la subordination de l'appareil de production aux organes du parti d'autre part.

La structure de l'entreprise de type soviétique: les fonctions des organismes présents sur les lieux de travail Cette entreprise a été conçue comme le prolongement et l'aboutissement d'un vaste réseau d'organismes créés au niveau national. Il s'agit d'organismes administratifs, économiques, politiques, sociaux et d'autres encore, moins visibles, para-militaires et policiers. Mais savoir que l'entreprise est ainsi composée ne suffit pas pour comprendre ni comment elle fonctionne, ni pourquoi on retrouve invariablement tous ces organismes, que l'on visite 29

une grande usine d'automobiles ou une petite bonneterie, que l'on soit en Pologne, en Hongrie ou en URSS... En entrant pour la première fois dans une telle entreprise, et même averti de l'existence de ces divers organismes, on ressent pourtant de l'étonnement lors des entretiens avec leurs différents responsables. En les interrogeant sur leurs rôles respectifs, on apprend en effet que chacun des organismes est chargé d'assurer la même fonction principale que les autres: remplir le plan de production. Il y a donc une multiplicité d'organismes, mais une fonction unique. Nous n'examinerons ici que les pièces maîtresses de la structure d'entreprise., en terminant par le Parti, organisme le plus important, qui mérite par là même le plus long développement.

La direction

économique

D'un point de vue formel, la direction dite économique ressemble aux directions des entreprises françaises. On y trouve un directeur général et ses adjoints, un ingénieur en chef qui dirige l'ensemble des services techniques, un directeur de personnel, un chef-comptable, etc. Les échelons intermédiaires, comme les règles hiérarchiques, sont pratiquement les mêmes, et l'on peut ainsi «descendre» du directeur aux ouvriers, en passant par les chefs d'atelier, les contremaîtres et les chefs d'équipe. Toutefois, les similitudes avec les entreprises françaises s'arrêtent là. En effet, jusqu'à une période récente, cette direction économique ne disposait pas d'une véritable autonomie de décision et d'action. Elle était subordonnée à l'appareil économique de l'État et, très directement, au ministère de la branche industrielle à laquelle appartient l'entreprise. C'est le ministère qui envoie les directives à suivre, octroie les subventions, autorise l'embauche de nouveaux employés, fixe les salaires et les prix de vente des produits fabriqués, etc. Cette règle de subordination a été assouplie, en tous cas
1. Pour une étude plus détaillée du type soviétique des entreprises, voir Thomas Lowit, Autorité, encadrement et organisation du travail dans les industries des pays de l'est européen, Paris, CORDES-CNAM, 1980. 30

théoriquement, au cours de ces dernières années, dans la plupart des pays de l'Est. En URSS, ce même processus se développe au fur et à mesure que la perestroïka prend corps. En même temps qu'on abolit la subordination des entreprises à l'appareil économique d'État, sont créés les conseils des travailleurs. Mais, dans la pratique, l'autonomie des entreprises reste très problématique. Quant aux conseils des travailleurs, ils sont, au mieux, une forme de co-gestion, au pire, une organisation formelle ou fictive2. Et la raison principale de l'échec de toutes les tentatives d'autonomisation des entreprises tient sans doute au fait qu'aucune de ces réformes ne remettait en cause l'existence et le rôle du Comité du Parti dans l'entreprise.

Le Syndicat officiel

La première fonction du syndicalisme de type soviétique3, telle qu'elle est définie dans les statuts, est d'assurer la production. Il est sans doute inutile - après le tableau critique que Solidarité a dressé du syndicat officiel - de revenir longuement sur son rôle. Non seulement il s'agit d'une institution fictive qui ne défend pas les travailleurs, mais ce «syndicat» participe, aux côtés de la direction, d'une part à l'exploitation des ouvriers en organisant des campagnes d'intensification du travail (<< émulation socialiste », brigades de travail bénévole, etc.), d'autre part à leur division par la distribution sélective d'avantages tels que vacances à l'étranger, bons pour des biens de consommation rares (voitures en particulier), logements... Les critères de cette sélection étant la loyauté politique et le «bon comportement» au travail. Du point de vue de son organisation, la section syndicale d'entreprise est subordonnée à la fédération de branche, ellemême subordonnée au Conseil central des Syndicats. A l'exemple du directeur de l'entreprise recevant les directives
2. Toutefois en Pologne, environ 10 % des entreprises avaient un conseil indépendant de la direction grâce au fait que le personnel avait élu des membres du syndicat Solidarité (alors clandestin). 3. Voir Thomas Lowit, Le syndicalisme de type soviétique. L'URSS et les pays de ['Est européen, Paris, COLIN, 1971,431 p. 31

à suivre du ministère, la section syndicale reçoit les siennes de la fédération.

Le Comité du parti de l'entreprise

L'analyse de l'organisation du Parti sera illustrée de citations tirées soit de documents émanant du Parti lui-même, soit de commentaires officiels dûment autorisés. C'est l'organisme le plus important puisqu'il découle du système politique général et qu'il représente - dans l'entreprise le pouvoir politique, un pouvoir particulièrement fort, puisqu'il est celui d'un parti unique qui n'admet aucune alternance, aucune alternative: «Les systèmes socialistes ne connaissent pas la rivalité des partis pour le pouvoir ni la rotation de ces partis au gouvernail de l'État. Le Parti communiste reste toujours la force dirigeante dans l'État. C'est là le principe immuable du régime 4. » « Immuable », ce parti s'est attribué le «rôle dirigeant» dans l'État, dans la nation, dans la société et, par voie de conséquence, dans les entreprises. «Le parti [...] est la force politique qui dirige la République populaire polonaise « (statuts du Parti) 5. « Le parti ouvrier unifié polonais porte la responsabilité des affaires du pays et de la nation. Le Parti façonne la pensée politique et trace les conditions de sa réalisation « (Résolution de Congrès du Parti) 6. « Les organisations de base du Parti dans les entreprises portent la responsabilité, devant le Parti, de l'État économique et du bon travail de leurs entreprises. Leur tâche essentielle consiste à assurer le contrôle politique et à exercer une influence sur le travail de l'administration de l'entreprise dans les affaires concernant les problèmes clefs

4. Adam Lopatka, Wstep do Prawoznawstwa (<< Introduction à la science du droit »). Troisième édition complétée. Varsovie, P.W.N. 1975, p. 122. II s'agit d'un traité de Droit et non pas d'un ouvrage d'analyse de simples faits politiques. 5. Statut PZPR (<< Statuts du POUP »). Varsovie, 1977. Congrès du Parti, tenu en Décembre 1971. 6. Résolution du 6èmc 32

de la production
personnel

et de l'économie,

de la politique
h.

du

ainsi que des conditions

de vie et de travail

Bien que théoriquement distinct de l'État, c'est donc le Parti qui intervient dans toutes les décisions économiques prises au niveau national et qui en contrôle l'application dans l'entreprise par le comité du Parti présent sur le lieu du travail. Dans la pratique, il faut bien comprendre qu'en recevant les directives du ministère dont il dépend, un directeur d'entreprise reçoit les directives prises par l'un des départements économiques du Comité central du Parti. Ces directives sont passées par le ministère qui les transmet aux entreprises. C'est la voie administrative. Mais, en même temps, le même département du Comité central a transmis ces mêmes directives au comité du Parti du ministère qui les transmet aux comités du Parti des entreprises. C'est la voie politique. Et à chaque niveau, auprès de chaque instance, ce sont ces comités du Parti qui doivent contrôler l'exécution, l'application par les cadres administratifs et économiques des décisions prises par les instances supérieures du Parti. Ce même schéma s'applique - toujours en vertu du «rôle dirigeant» du Parti - à toutes les organisations sociales et, en premier lieu, au syndicat. Par conséquent, lorsque la section syndicale reçoit les directives à suivre de sa fédération, elle reçoit en fait les décisions prises par le département ad hoc du Comité central du Parti qui les a transmises au Conseil central des syndicats. Elles parviennent enfin, sous formes de directives, aux sections syndicales via les fédérations de branche. Et dans l'entreprise, c'est le Comité du Parti qui veille à l'application de ces directives. Il dispose, pour ce contrôle, d'un instrument ingénieux, les groupes du Parti. « L'influence du Parti s'étend à toutes les organisations sociales des travailleurs. Dans ces organisations. agissent des segments organisationnels du Parti. Les membres du Parti qui se trouvent dans les organismes de direction des syndicats. des coopératives, ainsi que des autres organisations sociales, forment des groupes du Parti. De tels groupes du Parti sont formés également par les membres du
7.0rganizacja spoleczenstwa socjalistycznego w Polsce
(<< L'organi-

sation de la société socialiste en Pologne»), sous la direction de A. Lopatka, Varsovie-Poznan, P.W.N., 1968, p. 83. 33

Parti qui participent aux Congrès des organisations sociales. Ils exercent leur activité pendant la durée du Congrès. En tant qu'organisation du Parti, tous ces groupes travaillent sous la direction des comités du Parti des échelons correspondants 8. La direction du travail courant de ces groupes est assurée par un secrétaire ou un présidium composé de trois à cinq personnes. La tâche du groupe du Parti consiste à assurer la réalisation de la politique du Parti par l'intermédiaire de l'organisation sociale donnée, à approfondir l'influence du Parti parmi les sans-partis, à affermir la discipline d'État et du Parti, à lutter contre l'esprit bureaucratique et à développer l'activité des organisations sociales afin qu'elles réalisent les tâches définies par le Parti. Le Parti veille notamment à maintenir l'orientation socialiste dans l'éducation de la jeunesse. Ainsi édifié, et adéquatement ramifié, l'appareil du Parti permet à celui-ci de diriger efficacement la vie du pays dans tous ses secteurs. » 9. On pourrait penser que ce système d'organisation est beaucoup trop rigide pour permettre à l'entreprise de fonctionner normalement. L'objection serait valable si l'on analysait l'entreprise de type soviétique. en termes d'efficacité économique pour l'ensemble de la société. Mais, en termes de pouvoir, de contrôle sur la population active, et donc en termes d'efficacité pour ceux qui détiennent ce pouvoir, l'objection n'est pas recevable. En effet, cette machine, aussi lourde soit-elle, a fonctionné, et fonctionne encore dans quelques pays, grâce à une combinaison de moyens mis en action par le Parti. On a cité, dans le paragraphe précédent, les groupes du Parti. Le deuxième moyen, c'est le système de nomenklatura. Il faut, ici, éviter une confusion très fréquente. Les lecteurs occidentaux pensent que ce mot recouvre la classe ou la caste des membres du Parti de très haut niveau. Il s'agit, en fait, d'un
8. Ce qui signifie que le «groupe du Parti» du syndicat dans une entreprise travaille sous la direction du Comité d'entreprise du Parti, que le groupe du Parti dans l'Union des étudiants d'une université est sous la direction du Comité du Parti de l'université, etc.

9. Organizacja spoleczenstwa socjalistycznego w Polsce
sation de la société socialiste en Pologne»), 34

(<< L'organi-

ouvrage cité, p. 100.

ensemble de «procédures» - ne relevant ni du droit constitutionnel, ni du droit administratif - qui permet au Parti d'assurer son rôle dirigeant en contrôlant le fonctionnement de l'État et de la société. Sans entrer dans le détail de ces procédureslO, il faut simplement rappeler que c'est le Parti qui dispose du droit de nommer, promouvoir et révoquer l'ensemble du personnel de direction et d'encadrement, tant dans les postes à pourvoir par nomination que par «élection ». Ce qui veut dire que, dans l'entreprise, c'est le Comité du Parti qui ratifie toutes les nominations des cadres, et ceci jusqu'aux contremaîtres et chefs d'équipe. Il doit ratifier aussi les candidats aux fonctions syndicales de responsabilité. c'est aussi le Parti qui tient, en ses mains, la promotion et le limogeage des responsables et cadres qu'il a nommés. On comprend mieux alors comment le Parti peut - depuis le centre (ou le sommet) - commander et contrôler l'économie et les entreprises. Et, à partir de la constatation que les cadres de l'appareil économique et les responsables du syndicat n'ont aucune autonomie de décision (puisqu'en refusant de suivre les directives du Parti, ils risquent de perdre leur poste), l'étonnement ressenti lors de mes premières visites d'entreprises disparaît: le pluralisme d'appareils et d'organismes n'entraîne pas la multiplicité ou la diversité des fonctions. Tous remplissent la même: faire en sorte que les décisions du Parti soient appliquées. Ou plus précisément, le Parti dispose de plusieurs appareils pour «réaliser» sa politique économique mais aussi pour s'assurer le contrôle sur les personnes et, par là, conserver son pouvoir politique.

Rupture avec le passé? En parlant du modèle soviétique d'entreprise en Pologne, fallait-il s'exprimer au présent ou au passé? En principe, la
10. Pour une étude plus générale du fonctionnement de la nomenklatura, voir l'article de T.Lowit, «y a-t-il des États en Europe de ]'Est?» Revue française de sociologie, n02, 1979, pp. 431-466. On y trouvera, en annexe, une traduction de ]a nomenklatura polonaise. 35

mise en place d'un gouvernement de coalition présidé par un représentant de Solidarité (Mazowiecki) en septembre 1989, d'une part, la suppression de toutes les organisations du Parti dans les entreprises en décembre 1989, d'autre part, représentent une rupture évidente avec les quatre décennies passées. Mais si elle est bien en perdition, l'entreprise de type soviétique n'appartient pas pour autant à une période complètement révolue. Cette ambivalence des réalités polonaises d'aujourd'hui se prête mal à une définition abstraite; on peut, néanmoins, l'éclairer par quelques phénomènes qui se rapportent aux changements - à la fois radicaux dans le principe et partiels, inachevés, dans la pratique - qui ont affecté le statut et les fonctions réservés auparavant à l'appareil du Parti. Si le Parti en tant que tel n'est plus habilité à exercer le «rôle dirigeant », il subsiste sous la forme de multiple réseaux d'individus qui possèdent encore un pouvoir économique (ou administratif) de fait, au niveau des entreprises, notamment. Ces réseaux peuvent s'appuyer sur les nouvelles dispositions en vigueur concernant la transformation de la propriété d'État en propriété privée ou
« coopérative»
Il.

Bref, les cadres du Parti comptent

actuellement parmi les personnes (ou les groupes) les mieux placées pour tenter de s'approprier, à peu de frais, des biens d'État dont ils n'étaient jusque là que des gestionnaires. Délit d'initiés, dirait-on ici. Ce genre d'opération est facilité par le fait que la législation en vigueur permet de ne racheter qu'une partie de l'entreprise - les ateliers les plus rentables, par exemple - en laissant à l'État les unités vieillies ou de moindre valeur'z. Ce type de phénomène soulève une
Il. Signalons deux brochures éditées par Solidarité et qui contiennent les données de base de la législation en vigueur, dans ce domaine: Gruszeeki T., Prywatyzaeja przedsiebiorstw panstwowyeh
(<< Privatisation

des entreprises d'État »), Varsovie, Éditions Solidarnosc
(<< Sociétés

de la région de Mazowsze, novembre 1989, 52 p.

- [zdebskiH., Spolki Crym sa, a powinny bye

par actions.

Ce qu'elles sont et ce qu' elIes devraient être»), Varsovie, Édi tions Solidarnosc de la région de Mazowsze, novembre 1989, 18 p. 12. L'appropriation d'une partie de l'entreprise (par la constitution d'une «société» ou «coopérative ») n'empêche nullement un cadre supérieur de continuer à diriger le restant de l'entreprise d'État. Soumises à une très forte pression de l'opinion publique, les nouvelles autorités polonaises 36

interrogation: dans les sociétés post-soviétiques, le passage d'un type d'entreprise à un autre doit-il obligatoirement être marqué par la persistance d'éléments propres au modèle en perdition? Par ailleurs, pendant cette période de transition, il faut bien constater que ces réseaux informels de cadres du Parti disposent encore d'une capacité appréciable d'autodéfense et de représailles lorsqu'ils estiment que leurs positions ou leurs intérêts sont trop ouvertement menacés. Voici un exemple frappant d'une telle réaction collective. Elle nous a été exposée lors de la visite d'une importante entreprise polonaise, en novembre 1989. Au bout d'une véritable bataille de plusieurs mois, le Conseil des travailleurs (animé par Solidarité) a finalement réussi à obtenir le départ du directeur, et ceci pour des raisons manifestes d'incompétence et de corruption. Or, une fois ce changement obtenu, les directeurs d'entreprise qui, en amont, fournissaient des matériaux ou des produits semi-finis, ont cessé d'honorer les engagements pris antérieurement, mettant l'entreprise en question dans une situation difficile (risque de chômage technique, à plus ou moins brève échéance). Surmontant, une fois de plus, son découragement, le président du Conseil des travailleurs (et militant de longue date de Solidarité) résume la situation présente et à venir sous cette forme: «la guerre continue» 13. Mais les militants polonais, déjà épuisés par les huit années de résistance, pourront-ils encore mener « pacifiquement» une telle «guerre» et la gagner en transformant les entreprises et leur société?

tentent, bien sûr, d'enrayer ces pratiques mi-légales, mi-illicites. Et ceci surtout dans les cas où ce sont les acheteurs eux-mêmes qui ont procédé, seuls, à l'évaluation préalable des unités achetées (et lorsque la valeur a été largement sous-évaluée). Des enquêtes devraient avoir lieu dans ce domaine et les coupables poursuivis pénalement. 13. Allusion directe à la situation qui a suivi la proclamation de l'état de guerre par le général Jaruzelski le 13 décembre 1981. 37

L'entreprise polonaise collectivisée diagnostic et éléments de prévision

Wlodzimierz

Pankow

Remarques

préliminaires

Avec l'exploitation agricole familiale, l'entreprise collectivisée est, au moins dans son principe, le principal lieu et la forme même d'organisation majeure de la coopération sociale de production des Polonais. Ce modèle, fondé sur le modèle soviétique, a pris forme au tournant des années quarante-cinquante. On peut dire qu'en dépit de modifications périodiques, provoquées par des crises ou par des tentatives de réformes économiques, certains éléments fondamentaux de ce modèle n'ont pas changé. Les biens de production de l'entreprise demeurent propriété de l'État!, ce qui signifie que dans le domaine de la production et de la distribution, ils restent à la disposition d'une «collectivité» spécifique qui est ici la Nomenklatura du Parti et de l'État. Ce propriétaire est présent dans l'entreprise et remplit les fonctions de gestionnaire, tant par l'appareil administratif (externe et interne) formé et animé par les principes de cette Nomenklatura, que par les cellules du Parti au pouvoir (comités d'usine, cellules du Parti dans les entreprises, etc.). Dans les conditions normales, c'est-à-dire en dehors des périodes de crise ouverte, ce propriétaire crée, dans les
I. Les dernières réglementations légales divisent les biens de l'entreprise collectivisée en deux parties: la première constitue la propriété du Trésor de l'État, tandis que la seconde est celle de l'entreprise. 39

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