Mutations des politiques de gestion et création de valeur

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La croissance et la pérennité des entreprises passent par la création de valeur, ce qui bouscule les traditions managériales des entreprises africaines, qui pendant longtemps, ont reposé sur les lectures keynésiennes de développement. Les regroupements d'entreprises apparaissent comme des possibilités réelles d'adapter les économies africaines aux normes contemporaines de développement. Le Cameroun - Afrique en miniature - constitue un champ d'expérimentation de cette nouvelle configuration du monde des affaires.
Publié le : lundi 1 février 2010
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EAN13 : 9782296693739
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MUTATIONS DES POLITIQUES DE GESTION ET CREATION DE VALEUR

François-Xavier MAYEGLE

MUTATIONS DES POLITIQUES DE GESTION ET CREATION DE VALEUR Une étude menée au Cameroun
Préface du Pr. Lucien KOMBOU

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11092-2 EAN : 9782296110922

PRÉFACE

Depuis le début des années 80, avec l’avènement de la mondialisation et l’ouverture des économies qui s’en est suivie, les entreprises africaines (de petite comme de grande dimension) qui, du fait de la vétusté de leurs outils de production, n’avaient survécu jusqu’ici que grâce aux politiques protectionnistes de leurs gouvernants et aux dispositions législatives qui entouraient leurs actions, sont de plus en plus fragiles et exposées à des disparitions régulières. L’état de ces instruments de développement et l’importance qu’ils ont pour leurs nations imposent aux lecteurs des phénomènes économiques contemporains, aux acteurs de développement et aux preneurs de décisions de se préoccuper de la construction et de la pérennisation des atouts de développement de ce continent. Les mutations des politiques de gestion qui s’imposent aujourd’hui aux différentes organisations et particulièrement aux entreprises, à défaut d’être perçues comme une adversité, devraient être saisies comme une opportunité, pour se ranger, de façon définitive, dans une logique irréversible et résolue de développement. Toute structure qui se propose de se construire des atouts solides de pérennité devrait se soumettre à leurs lectures. La création de valeur, au-delà des divergences analytiques qui entourent le concept, reste un passage obligé pour toute entreprise qui voudrait se mettre à l’abri des tourmentes environnementales et même politico-conjoncturelles. C’est pourquoi cette recherche qui est menée dans le but de créer ce reflexe là où il était absent ou de le consolider, là où il existait déjà, vient à point nommé. Menée à travers les regroupements d’entreprises, dans cette Afrique en miniature qu’est le Cameroun, l’évaluation que fait cette recherche devrait être perçue comme une ferme volonté d’apporter un appui de consolidation d’atouts, visant

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à trouver des solutions aux faiblesses des organisations en autonomie des pays en développement. Qu’ils soient exprimés en termes d’ententes qui, depuis très longtemps, ont fait l’objet d’études et de règlementations, qu’ils épousent d’autres formes de coopération telles que les stratégies d’alliance, les partenariats symbiotiques, les stratégies d’impartition etc., les regroupements présentent pour les entreprises en général et pour celles africaines en particulier, une réelle opportunité face à leur incapacité d’affronter à elles seules la concurrence internationale. François-Xavier MAYÉGLÈ, de par son expérience de près de vingt années au chevet des entreprises comme consultant dans des disciplines aussi sensibles que l’entrepreneuriat, la comptabilité et le contrôle de gestion et de son parcours d’enseignant, lui aussi solide d’une vingtaine d’années, de comptabilité financière et de gestion, a doublé son expérience d’Homme de réflexion et de terrain pour nous faire découvrir à travers cet ouvrage les réalités et vertus des regroupements d’entreprises comme processus de création de valeur et de limitation des disparitions d’entreprises.

Professeur Lucien KOMBOU

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Avant propos

Le tissu entrepreneurial africain est petit, jeune et très fragile. Si l’on se réfère aux développements de Lauzel et Teller (1997), qui soutiennent que 80% des PME nouvellement créées meurent dans les cinq années qui suivent leur naissance et que 90% des raisons de ces décès tiennent des problèmes de gestion, on comprend l’importance qu’il ya à mettre au chevet de ces supports de développement des outils et politiques viables de survie. Le Cameroun, cette Afrique en miniature qui n’échappe pas à la situation présentée ci-dessus, offre autant, sinon mieux que d’autres pays, un avantage certain à la configuration d’une ou des politiques de gestion capables, à défaut de sortir l’Afrique de son impasse de développement, de tracer des voies de succès à ses initiatives entrepreneuriales. Face à l’appréhension de ces réalités, cette recherche se propose d’apporter une contribution à la lecture des mutations organisationnelles qui s’opèrent, à travers les regroupements d’entreprises, à la compréhension des possibilités de création de valeur à travers leurs mécanismes et à l’avantage qu’offrent les nouvelles configurations de la répartition de ladite valeur dans l’accroissement des rendements du personnel et l’adhésion des partenaires de l’entreprise. Cet objectif se situe au double plan de la réflexion et de l’élaboration des connaissances du phénomène de regroupement d’entreprises dans le contexte camerounais. C’est pourquoi cette recherche se propose de construire des 7

fusibles de gestion, capables de déclencher des reflexes positifs au sein des entreprises. La généralisation de la préoccupation de création de valeur à tous les aspects de l’organisation des entreprises interpelle toute recherche qui, de nos jours, s’intéresse aux mutations de gestion. C’est pourquoi cet ouvrage s’impose de mener un ensemble de réflexions sur cette thématique, portant à la fois sur ses méthodes, ses contours et ses centres d’intérêt au sein des structures camerounaises. En respect de la tradition qui voudrait qu’au terme d’une œuvre de cette nature, l’on remercie tous ceux qui, de près ou de loin, ont participé à son édification et en allant au-delà de ce rituel, je veux témoigner toute ma reconnaissance à tous ceux qui ont contribué à la pose de cette pierre scientifique. Je pense en premier aux responsables d’entreprises qui m’ont fait confiance en acceptant de m’accueillir au sein de leurs structures et en mettant à ma disposition les informations qui ont servi à la construction de la phase empirique de ce travail. Je pense ensuite au Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (CODESRIA) qui m’a fait bénéficier d’une dotation d’ouvrages qui m’a permis d’avancer très significativement sur le terrain de l’exploration des aspects théoriques qui jonchent les deux premières parties de cette recherche et qui, au-delà de cet aspect, m’a enrichi - de façon profonde - de connaissances sur les mutations des politiques de gestion, les regroupements d’entreprises et sur la création de valeur. Je remercie également les collègues qui ont accepté d’apporter leur contribution à la finalisation de ces écrits, pour le temps qu’ils y ont consenti et pour le sérieux qu’ils y ont mis. Dans ce cadre, je pense 8

particulièrement à Mme Marie Thérèse Um Ngouem et à messieurs Lucien Kombou, Claude Garrier et Aboubakar Mfopain. Qu’ils trouvent ici, faute de mieux, l’expression de ma profonde gratitude. Enfin, je forme le vœu que cet ouvrage soit le catalyseur d’une réflexion sur le champ des possibilités qu’offrent les regroupements, face aux impératifs mutationnels auxquels sont assujetties les entreprises des pays sous développés auxquels il manque la dimension et la logistique de production capables de construire en leur sein un potentiel sérieux de compétitivité. Devrais-je rappeler ici que depuis près de trois décennies – l’entreprise camerounaise, africaine – je devrais dire, s’est vue défaire du dispositif sécuritaire qui la protégeait de l’invasion occidentale, empreinte de supports affirmés de compétitivité, l’exposant à l’impérative construction de ses propres atouts de survie ?
François-Xavier MAYÉGLÈ

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RÉSUMÉ

Nées et développées dans un contexte de protectionnisme des marchés, les entreprises camerounaises qui subissent, depuis le milieu des années 80, une forte pression de la crise des matières premières, sont aujourd’hui confrontées à un problème de disparition régulière. 66,75% meurent dans les cinq ans qui suivent leur création et pour celles qui survivent, le faible taux de croissance laisse présager d’une mort lente dans le temps1. La forme institutionnelle du marché devenant de plus en plus complexe, l’articulation de celui-ci avec les contraintes de production le devient également. L’irruption de nouvelles technologies de l’information, les exigences de plus en plus personnalisées des clients, traduisent des bouleversements qui exigent de revoir les modes de gestion des entreprises, car elles impriment des ruptures qui influencent profondément l’ensemble des processus de gestion et imposent de savoir reconstruire les modalités de fonctionnement des entreprises. L’intensité capitalistique et technologique et l’internationalisation qui s’ensuivent obligent les entreprises à mettre en place de nouveaux canevas de création de valeur. L’incitation à la coopération interentreprises et à la signature des alliances et ententes deviennent des impératifs dans un espace à dominance concurrentielle, parce que permettant aux structures contractantes d’améliorer leurs résultats et/ou d’assurer leurs chances de survie. Ainsi, les mutations des comportements organisationnels qui vont jusqu’aux concentrations entre sociétés de nationalités différentes deviennent stratégiques, parce que situant l’entreprise « renouvelée » au sein d’un immense réseau de partenaires, de
Ministère de l’économie et des Finances du Cameroun (Direction du budget). Rapport d’activités. Octobre 2004
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compétences et d’experts. Ce mode organisationnel mute l’entreprise, de sa conception traditionnelle, à une dimension plus dynamique, plus ambitieuse, même si le choix des modalités de regroupement l’expose à diverses exigences sur le double plan structurel et managérial. C’est ce qui a conduit à la problématique de cette recherche, qui est de savoir quels sont les atouts organisationnels dont devrait s’assurer une entreprise avant toute décision d’entreprendre une opération de regroupement ou d’alliance, qui minimisent ses risques de dérive, construisent son potentiel d’attractivité et lui assurent une certaine pérennité dans le temps. Dans le prolongement de cette préoccupation, on est aussi en droit de se demander quelle est la forme de regroupement ou de coopération que les entreprises « fragiles » devraient adopter, qui garantisse un accroissement maximal de valeur créée ? Comment l’entreprise doit-elle repartir ce supplément de valeur de façon à satisfaire les actionnaires, les partenaires et les autres acteurs ? Et pour finir, dans l’optique d’altérer le caractère péremptoire de cette thématique, il faudrait bien se demander si les entreprises qui n’optent pas pour ces stratégies d’alliances sont automatiquement vouées à l’échec, ou alors ne créent-elles pas pareillement de la valeur pour leurs acteurs, et surtout de savoir pourquoi elles n’optent pas pour cette approche? Cette recherche a pour objectif principal d’examiner les effets et situations qui rendent plausible la décision pour une entreprise d’effectuer des coopérations ou des alliances pour se créer davantage de valeur et donc garantir sa compétitivité et sa pérennité. Pour atteindre cet objectif, elle se propose de faire un aperçu général des stratégies de regroupement d’entreprises, tout en énumérant les circonstances, les manifestations et les effets qu’ils favorisent et éventuellement les problèmes qui pourraient en découler. Elle procède également à une analyse descriptive du phénomène de création de valeur dans les entreprises avec pour finalité, d’en ressortir les implications managériales et organisationnelles appropriées et d’évaluer

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l’accroissement additif de la valeur créée par les regroupements. C’est pourquoi elle s’est voulue empirique. Elle a été fondée sur trois hypothèses qui ont été testées par trois méthodes d’analyse statistiques : Il s’agit du tri à plat, de l’analyse factorielle de correspondance et du Khi². Dans l’ensemble, les différentes hypothèses ont été vérifiées. Des différentes enquêtes et entretiens, il ressort que 66,1% d’entreprises enquêtées coopèrent avec des entreprises concurrentes, 56,41% réalisent des partenariats et que seules 41,02% entretiennent des relations très intenses avec les tiers. Des 66,1% d’entreprises qui font des regroupements, 76,9% mettent en place un contrôle de gestion tablant uniquement sur des variables quantitatives. Il ressort également que 45% des entreprises qui ne se mettent pas aux regroupements ont des handicaps de gestion, au premier rang desquels se trouve la construction d’un potentiel d’attractivité. De cet ensemble, 65% sont confrontées à la non satisfaction des partenaires, parce que la répartition de la valeur créée n’est autre qu’actionnariale. Fort des arguments qui précèdent, cet ouvrage a fondé son intérêt sur l’impératif de préparer les preneurs de décisions à un exercice efficient des mutations organisationnelles, aux choix des options convenantes de regroupement et aux stratégies à mettre en œuvre, en restant lecteurs vigilants des réalités de leur environnement. Mots clés : Mutations organisationnelles, regroupement d’entreprises, création de valeur, répartition de la valeur créée.

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ABSTRACT

Set up and developed within the context of market protectionism, Cameroon companies, which have since the 80s been under pressure from raw material crises are today faced with the problem of regularly closing down. About 66.75% of them close down within five years of creation and for those who survive, the low growth rate foretells a slow death with time. Since the institutional framework of the market is becoming more and more complex, its articulation, coupled with production constraints, is also complex. The eruption of new information technologies and customers’ demands becoming more and more personalized, are proofs of upheaval which demands a review of modalities of running these companies because it shows the ruptures that deeply influence the running process and demands a revisiting of the way companies are run. The capitalistic, technological and international intensity which result from this, oblige companies to put in place a new framework of valuable creation. The call for cooperation between companies and signing of alliances and agreements are imperative in this framework of competition for it enables the contracting bodies to improve on their results and / or ensure their chances of survival Thus, changes in organisational patterns, which go as far as concentration between companies of various nationalities, become strategic because it situates the « renewed » company in a big network of partners, competence and experts. This mode of organization changes the company from the traditional conception to a more dynamic and more ambitious dimension, even if the choice of merging modalities exposes it to various demands at both the structural and managerial levels. This is what led to this study, which is to find out which organizational assets a company should have before deciding

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to merge, which reduces the risk of sliding and builds its attractive potential while ensuring it will stand the test of time. Still within the framework of this problem, one may also ask what type of merging or cooperation « weak » companies should adopt to guarantee maximum growth of the value created How can a company use this valuable supplement to satisfy its shareholders, partners and other actors? And finally, in a bid to alter the conclusive nature of this problem, we need to ask if companies which do not opt for the strategy of alliance are automatically doomed to fall, or do they not at the same time create value for their actors, and especially to know why they do not opt for this approach? This study has as main objective to examine the effects and situation which make plausible the decision for a company to carry out cooperation or alliances to create more value and thus guarantee competitiveness and permanence. In order to attain this objective, it is necessary to make a general outline of strategies to merge companies, while considering the circumstances, the manifestation, the favourable effects and the problems that may eventually result from this. It also makes a descriptive analysis of the value creation process in companies and finally to come up with appropriate managerial and organizational procedures and to evaluate the added growth of the created value of merging. That is why it had to be empiric. It was founded on three hypotheses which were tested by three methods of statistic analysis: It is about flat sorting, factorial analysis of correspondence and Khi². All in all, the various hypotheses had been verified. From the various enquiries and interviews, we realize that 66.1% of companies visited cooperate with competing companies, 56.41% create partnerships and only 41.02% have intense relations with third parties. Out of the 66.1% of companies that merge, 76.9% put in place a management control focusing only on quantitative variables. It is also noted that 45% of companies which do not merge have managerial loopholes the first of which is to build an attractive potential. In this set, 65% are faced with the problem of not satisfying

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partners, because the repartition of the created value is only for shareholders. Based on the preceding arguments, this work is founded on the imperative to prepare decision makers for an exercise to change organization, convenient choices for merging and strategies to be put in place, while remaining vigilant to the realities around them. Key words: organizational changes, merging of companies, value creation, repartition of the created value.

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INTRODUCTION

Au lendemain de l’indépendance du Cameroun, les autorités politiques de ce pays qui s’étaient donné pour mission de promouvoir un développement économique basé sur des efforts endogènes de financement se heurtèrent à l’absence d’un secteur privé dynamique pouvant constituer la rampe de lancement dudit développement. C’est ainsi qu’aidées par les bailleurs de fonds et leurs conseillers économiques qui prônaient le recours à la planification et aux entreprises publiques comme support d’un développement durable, elles mirent sur pied un secteur public très important dans le temps (173 entreprises publiques et parapubliques jusqu’au début des années 80) Mayéglè (1993). Cette logique qui répondait au schéma de développement mis en place en Afrique, voulait également que les différents gouvernements se préoccupent de construire des infrastructures modernes et de développer des activités industrielles et tertiaires sur le modèle des pays développés, en essayant ainsi de rattraper leur retard de croissance. Seulement, quelques années plus tard, les échecs conjugués et quasi généralisés de ce secteur allaient annihiler les efforts de développement du pays. Il a fallu attendre le milieu des années 80, après l’échec des différentes tentatives de redressement, sous la double pression de la crise des matières premières et des bailleurs de fonds, pour voir l’Etat se dessaisir de son rôle d’investisseur tous azimuts et céder les rênes de l’économie au secteur privé. Celui-ci s’étant «relativement bien organisé » entre-temps, s’était fort heureusement construit un capital de confiance vis-à-vis de bailleurs de fonds. La jeunesse de leurs initiatives et la petitesse de leur surface financière allaient cependant réduire la constituante

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