//img.uscri.be/pth/0c7010950921aac2d67c3017fd6713b92a0bb52e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 33,00 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Mutations entrepreneuriales

De
515 pages
Ces articles ont été choisis parmi les communications présentées lors des Journées Scientifiques du Réseau Entrepreneuriat de l'Agence Universitaire de la Francophonie qui se sont tenues à Antananarivo. Face aux mutations entrepreneuriales, comment les acteurs locaux peuvent-ils dynamiser leur territoire ? Comment la vision du monde de l'entrepreneur s'intègre-t-elle dans la stratégie d'une entreprise solidaire ? Comment les mutations financières sont-elles interprétées tant par les institutions de la microfinance que par les bénéficiaires ?
Voir plus Voir moins

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

© ÉDITIONS TSIPIKA, 2009

© L'HARMATTAN, 2009
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-11045-8 EAN : 9782296110458

SOUS LA DIRECTION DE Victor HARISON et Claudine RATSIMBAZAFY

Les mutations entr epr eneuriales

Editions Tsipika - L’Harmattan

Remerciements
Les co-auteurs remercient le Comité du Réseau Entrepreneuriat qui a initié la publication de cet ouvrage issu d’une sélection d’articles parmi les communications présentées lors des Journées Scientifiques d’Antananarivo en mai 20071. Que l’Institut CDC pour la Recherche qui a apporté son soutien pour cette publication trouve ici la reconnaissance de tous ceux qui bénéficieront de ce partage scientifique et culturel.

Comité scientifique des 10e Journées Scientifiques Président : Eddy BLOY, Coordonnateur du Réseau Membres : Laura BACALI, Université Technique de Cluj-Napoca Ahmed BOUYACOUB, Université d’Oran Victor HARISON, INSCAE, Antananarivo Georges HÉNAULT, IFAG, Sofia Michel LELART, Université d’Orléans Gérard LEMOINE, IFE, Maurice Quan LE, ESC, Hanoi Claudine RATSIMBAZAFY, INSCAE, Antananarivo Jean-Michel SERVET, Institut Universitaire d’Etudes du Développement, Suisse

1 Remerciements également à la Faculté de Droit, d’Economie, de Gestion et de Sociologie de l’Université d’Antananarivo ainsi qu’à l’Institut Supérieur de Technologie d’Antananarivo pour l’accueil de ces Journées.

Les Mutations entrepreneuriales
PRÉFACE L’univers entrepreneurial n’est pas celui des structures immuables, mais celui d’une dynamique protéiforme dans le cadre d’un perpétuel mouvement adaptatif. Le réseau entrepreneuriat de l’AUF réunit en son sein des chercheurs, divers dans leurs origines géographiques comme professionnelles, dans leur champ d’intérêt comme dans leur approche méthodologique, qui sont en état de veille permanente pour cerner les transformations du monde des entrepreneurs. C’est sans doute cette diversité, cette possibilité des approches croisées qui lui permet d’être à l’affût des faits les plus marquants qui jalonnent les trajectoires mouvantes du monde entrepreneurial. Cette quête des évolutions de l’entrepreneuriat s’est largement matérialisée dans notre réseau par une pratique de la diffusion des connaissances capitalisées par ces membres. Cette diffusion s’opère de façon continue dans le cadre de la publication de notes de recherches et plus récemment dans le cadre d’une collection dédiée dans les savoirs francophones qui a déjà vu la parution de quatre ouvrages, « De la finance informelle à la microfinance » de Michel Lelart, « La microfinance entre le marché et la solidarité » de Sabrina Djefal, « Petite introduction à l’économie de la Chine » de Thierry Pairault, « L’économie du développement et de la pensée francophone » de Philippe Hugon, « Entrepreneuriat et développement durable en Francophonie » sous la direction de Georges Hénault et Gérard Lemoine. Cette dynamique de la publication repose largement sur le travail constant de Michel Lelart, une des chevilles ouvrières de ce réseau depuis sa création en 1988. Par delà cette action permanente de promotion des connaissances, la vie de notre réseau est marquée tous les deux ans par cette grande rencontre entre chercheurs du réseau que constituent les Journées Scientifiques. Cette année Antananarivo nous accueillait et nous avons tous pu apprécier la traditionnelle hospitalité de la Grande Île et la parfaite organisation de ce Colloque. Le thème de ces X° Journées Scientifiques « Les mutations entrepreneuriales », vient nous interroger de façon fort opportune sur les changements induits par la dynamique entrepreneuriale. Le mot mutation est ambigu dans la mesure où il est tout à la fois l’expression d’une évolution suffisamment profonde pour entraîner des transformations profondes de la société, mais il porte également en lui une certaine idée de radicalité. Une société qui mute est, par définition, une société qui a bougé suffisamment pour changer profondément de visage. A cet égard, l’idée de mutation porte bien en elle, l’idée d’une rupture, qui, si elle ne s’est pas accomplie dans la brutalité d’une révolution, n’en est pas moins bien réelle et c’est singulièrement le cas dans l’économie contemporaine ? En peu d’années, de nouveaux modes de gestion, de nouvelles formes entrepreneuriales, l’émergence de concurrences et de coopérations inexistantes il y a peu, le rôle croissant de la finance avec les conséquences que l’on voit aujourd’hui, ont révolutionné le paysage entrepreneurial.

VIII

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

Comment se déclinent ces mutations dans les environnements qui sont les nôtres ? On pourrait en faire une liste assez longue. Mais tel ne sera pas notre propos ici. Contentons nous d’énumérer quelques axes forts qui jalonnent ces transformations : • L’émergence de la micro-entreprise en tant qu’entité ayant vocation à se pérenniser et non comme point de départ nécessaire d’une évolution conduisant à la PME puis à la grande entreprise, cette tendance s’inscrivant de plus en plus, au Nord comme au Sud, dans le cadre d’une alternative au statut salarial. • La prise de conscience du poids de la culture dans la naissance et le développement de l’entrepreneuriat et son corollaire dans une société mondialisée qui est l’interculturalité entrepreneuriale. • La consolidation de nouvelles formes de financement spécifiquement dédiées au financement des micro-activités. La micro-finance est par excellence l’outil dédié aux microentreprises, en particulier dans les régions du Sud. Elle est à la mode, c’est peu de le dire, et l’attribution du Nobel de la Paix à Yunus, le fondateur de la Grammeen Bank, n’a fait que renforcer l’engouement pour le sujet. Notre réseau peut s’enorgueillir, à juste titre, de compter parmi ses membres une équipe pionnière dans le domaine puisque dès la fondation du réseau en 1988 ses travaux ont été intégrés dans ses activités de recherche. Qu’il me soit donc permis de renvoyer le lecteur aux passionnantes communications qui jalonnent cet ouvrage sur les points évoqués et sur bien d’autres encore. Qu’il me soit également permis de remercier ici ma collègue, Claudine Ratsimbazafy professeure à l’INSCAE, ainsi que, Victor Harison, Directeur Général de l’INSCAE. C’est grâce à leur travail que nous sommes en possession de ces actes qui nous permettront par delà ces journées de continuer à réfléchir sur les thématiques qui sont les nôtres. Eddy BLOY Université Lyon2 Coordonnateur du réseau Entrepreneuriat

AVANT-PROPOS 1. Un thème d’actualité, « les mutations entrepreneuriales », à la croisée des enjeux de développement économique d’aujourd’hui, tant au Nord qu’au Sud, et posant des questions tant théoriques que pratiques : tel est le choix des 10èmes Journées scientifiques du Réseau Entrepreneuriat de l’Agence Universitaire de la Francophonie. Au travers de l’analyse des contextes entrepreneuriaux, des dispositifs de soutien à la création d’activité, des opportunités nouvelles pour les PME dans le champ du développement durable, ou encore de l’évolution des outils financiers, les traditionnelles journées scientifiques du réseau ont une nouvelle fois montré leur originalité et leur capacité à explorer de façon interdisciplinaire et plurielle les problématiques de l’entrepreneuriat. 2. Un réseau, le Réseau Entrepreneuriat, rassemblant autour des enjeux des PME et de l’entrepreneuriat, tout un groupe d’équipes au Nord et au Sud, travaillant en partenariat sur le long terme, et ayant su créer un véritable courant de recherche en français, avec de nouveaux travaux, le recrutement de doctorants, l’organisation de manifestations… Depuis de nombreuses années, le réseau travaille sur tous les aspects de la création d’activité, des PME aux entreprises solidaires, en passant par les outils d’accompagnement, notamment financiers, et contribue ainsi à développer une culture de l’entrepreneuriat, à même de dynamiser les tissus économiques locaux ou au service de stratégies de développement économique. 3. Une institution, l’Agence Universitaire de la Francophonie, qui porte ces différentes initiatives et dont la mission est de promouvoir la coopération universitaire francophone, entre le Nord et le Sud, au travers de la mise en œuvre de divers outils d’appui aux projets scientifiques et techniques. Au-delà, et c’est un enjeu pour la pensée, le soutien à la recherche francophone s’inscrit dans la nécessité de maintenir la diversité des langages de la recherche. L’écriture, et notamment dans le champ de la recherche, est non seulement l’expression dans une langue, mais aussi dans un cadre de pensée, de références théoriques, culturelles ou littéraires ; cet aspect prend une dimension majeure en sciences humaines et sociales. Il est vital, à un moment où la globalisation est ouverture et richesse, mais aussi risque d’uniformisation, de soutenir cette diversité d’expression, grâce notamment de l’action de l’AUF. Pour ces diverses raisons, l’Institut CDC pour la Recherche a renouvelé son soutien à l’organisation des 10èmes journées scientifiques du Réseau Entrepreneuriat, qui se sont déroulées en mai 2007 à Madagascar. Programme de soutien à la recherche, dans les grands champs d’intervention du groupe Caisse des Dépôts, l’Institut CDC pour la Recherche poursuit divers objectifs : impulser de nouveaux travaux ou orienter de nouvelles équipes sur des thèmes en lien avec les problématiques d’action de la Caisse des Dépôts ; rapprocher les équipes de recherche et les équipes opérationnelles pour de nouvelles synergies entre réflexion et action ; valoriser les résultats des travaux soutenus et contribuer au débat public. Au travers de ces différentes actions, l’Institut CDC pour la Recherche développe ainsi un rôle de

X

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

médiation de la recherche, précieux pour les chercheurs qui peuvent accéder de façon privilégiée à des terrains opérationnels, et pour les acteurs qui bénéficient d’un regard analytique extérieur et original. Contribuer à la tenue d’une manifestation sur les thématiques entrepreneuriales, avec ce double souci de la recherche et de l’éclairage empirique, s’intégrait ainsi parfaitement dans les missions du programme de l’Institut. La qualité des actes actuellement publiés témoigne de la richesse du travail du réseau Entrepreneuriat, que nous sommes ravis d’avoir soutenu. Isabelle LAUDIER Responsable scientifique de l’Institut CDC pour la Recherche

Liste des auteurs
Bacali Laura, Université Technique du Cluj-Napoca Bastin Christophe, SBS - ULB Belgique Baumann Eveline, IRD, Centre Ile de France, Bondy Ben Boubaker Gherib Jouhaina, Université de la Manouba, Tunisie Bloy Eddy, Université Lyon2-gate-cnrs Cordos Roxana, Université Technique du Cluj-Napoca Day-Hookoomsing Patricia, Directrice du cabinet CCL - Ile Maurice Diawara Brehima, Institut de Recherche en Sciences Appliquées et Technologies, Ouagadougou Dzaka-Kikouta Théophile, Université Marien Ngouabi de Brazzaville Drumaux Anne, SBS - ULB Belgique Faliharimalala Hilarion, Institut Supérieur de Technologie d’Antananarivo Gironde Christophe, IUED, Genève Leaby Nadia, Institut Supérieur de Technologie d’Antananarivo Lelart Michel, Université d’Orléans Lemoine Gérard, Directeur de l’IFE île Maurice Louizi Amir, Université de Lyon 3 Makany Roger A., Université Marien Ngouabi de Brazzaville Moulemvo André, Université Marien Ngouabi, Brazzaville Ndinga Mathias, Université Marien Ngouabi de Brazzaville Nguyen Chan, CFVG, Hanoi Nsabimana André, Université catholique de Louvain Obrecht Jean Jacques, Université Robert Schuman, France Onana François-Xavier, Université de Douala Ondoua Biwolé Viviane, Université de Yaoundé II, Cameroun Quan Le, ESC Hanoi Pairault Thierry, Daedalos Institute of Geopolitics, France Rafanomezantsoa Louise Aimée, Institut Supérieur de Technologie d’Antananarivo Rafidinarivo Elie, Institut Supérieur de Technologie d’Antananarivo Raharinosy Andria, Université Joseph Fourier, Grenoble 1 Rakotomalala Mirisoa, Institut Supérieur de Technologie d’Antananarivo Rarison Haja, Institut National de Tourisme et d’Hôtellerie, Antananarivo Ratsimbazafy Claudine, INSCAE, Antananarivo Ravonjiarison Cousin Germain, IST/FAC DEGS Antanarivo Razafindrazaka Tinasoa, Université du Québec à Trois-Rivières Razafinjatovo Célestin Marie, INSCAE, Antananarivo Régnier Philippe, IUED, Genève Roth Fabrice, Université de Lyon 3 Saint-Pierre Josée, Université du Québec à Trois-Rivières Servet Jean-Michel, IUED, Genève

XII

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

Spence Martine, Université d’Ottawa, Canada Song-Naba Florent, IUED, Genève Tchouassi Gérard, Université de Yaoundé II Therrien Catherine, Université du Québec à Trois-Rivières Tran Vo Tran, ESC Hanoi Valéau Patrick, Université de La Réunion Vulliet Benoît, IUED, Genève

Sommaire
PREMIERE PARTIE MUTATIONS DE L’ENTREPRENEURIAT 1 DE L’ENTREPRENEUR À L’ENVIRONNEMENT ENTREPRENEURIAL : POUR UN NOUVEAU REGARD SUR L’ENTREPRENEURIAT ........................... Jean-Jacques Obrecht, Université Robert Schuman, France 2 APPROCHE SPATIALE ET COMPARATIVE DE L’ENTREPRENEURIAT SOLIDAIRE : DÉMARCHE DE CADRAGE CONCEPTUEL ................................ Tianasoa Razafindrazaka, Université du Québec à Trois-Rivières 3 FIHAVANANA, RÉSEAUX SOCIAUX ET PROCESSUS DE CRÉATION D’ENTREPRISES À MADAGASCAR ...................................................................... Célestin Marie Razafinjatovo, INSCAE, Antananarivo 4 ENTREPRENEURIAT DANS L’HÔTELLERIE A MADAGASCAR : QUELQUES ÉCLAIRAGES PAR UNE DÉMARCHE QUALITATIVE À VOCATION EXPLORATOIRE............................................................................... Andria Raharinosy, Université Joseph Fourier, Grenoble 1 Haja Rarison, Institut National de Tourisme et d’Hôtellerie, Antananarivo 5 MODÉLISATION DE LA GESTION DE LA TECHNOLOGIE DANS LES PETITES ENTREPRISES AGRICOLES À MADAGASCAR .............. Louise Aimée Rafanomezantsoa - Mirisoa Rakotomalala - Nadia Leaby - Hilarion Faliharimalala - Elie Rafidinarivo Institut Supérieur de Technologie d’Antananarivo 6 LA MUTATION ENTREPRENEURIALE RÉCENTE ET LA PERSPECTIVE DE DÉVELOPPEMENT D’UNE CULTURE ENTREPRENEURIALE AU VIETNAM ................................................................... Quan Le - Tran Vo Tran, ESC, Hanoi 7 DÉVELOPPEMENT DES PETITES ENTREPRISES AU VIETNAM : LE CAS DE LA TRANSFORMATION ET DU COMMERCE DES PRODUITS AGRO-ALIMENTAIRES............................................................................................ Christophe Gironde, Philippe Régnier - IUED, Genève 9

25

39

55

71

85

99

8 DIFFÉRENCES ENTRE LES MOTIVATIONS ET LES MODES DE GESTION DES FEMMES ENTREPRENEURS AU CAMEROUN : RÉALITÉ OU ARTEFACT ? François-Xavier Onana, Université de Douala ......................................................... 111

XIV

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

9 DYNAMISME ENTREPRENEURIAL DES MIGRANTES ET COMMERCE TRANSFRONTALIER ENTRE LE CAMEROUN ET LE NIGERIA....................... 131 Gérard Tchouassi, Université de Yaoundé II DEUXIEME PARTIE MUTATIONS CONTEXTUELLES 1 L’ENTREPRENEURIAT ACCOMPAGNÉ : QUELLES PERSPECTIVES ? ......... 147 Claudine Ratsimbazafy, INSCAE, Antananarivo 2 GOUVERNANCE D’ENTREPRISE ET MUTATIONS DU CONTEXTE INSTITUTIONNEL : LE RÔLE DU MACRO ET DU MICRO ENVIRONNEMENT SUR LES SPÉCIFICITÉS DU COMPORTEMENT ENTREPRENEURIAL DES PME CONGOLAISES ET ROUMAINES ......................................................... 161 Théophile Dzaka Kikouta, Université M. Mgouabi de Brazzaville Laura Bacali, Roxana Cordos, Université Technique du Cluj-Napoca 3 MULTICULTURE, TRANSITION, DÉVELOPPEMENT… : QUEL IMPACT DANS LES ENTREPRISES VIETNAMIENNES ? .................................................. 183 Anne Drumaux, Christophe Bastin, SBS - ULB Belgique 4 LA CONTRIBUTION DE LA PETITE ENTREPRISE AU DÉVELOPPEMENT DURABLE DANS LES PAYS DU SUD : LE CAS DE L’ÎLE MAURICE ............. 205 Patricia Day-Hookoomsing, Directrice du cabinet CCL - Ile Maurice Gérard Lemoine Directeur de l’IFE île Maurice 5 UNE ÉTUDE EXPLORATOIRE DES FONDEMENTS DU DEGRÉ D’ENGAGEMENT DES PME DANS LE DÉVELOPPEMENT DURABLE........... 223 Martine Spence, Université d’Ottawa, Canada Viviane Ondoua Biwolé, Université de Yaoundé II, Cameroun Jouhaina Ben Boubaker Gherib, Université de la Manouba, Tunisie 6 ENTREPRENEURIAT ET DÉVELOPPEMENT DURABLE DANS LES PETITS PAYS DU PACIFIQUE SUD : CONTRAINTES ÉCONOMIQUES, SOCIALES ET ENVIRONNEMENTALES.................................................................................... 241 Benoît Vulliet, IUED, Genève 7 PROMOTION COMMERCIALE DES PETITES ENTREPRISES AGROALIMENTAIRES : LE RÔLE DE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE AU VIETNAM ................................................................................................................... 251 Nguyen Chan, CFVG, Hanoi Philippe Régnier, IUED, Genève

SOMMAIRE

XV

8 DIFFICULTÉS DE LA PROMOTION COMMERCIALE DES PETITES ENTREPRISES AGRO-ALIMENTAIRES EN AFRIQUE DE L’OUEST : LE RÔLE DE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE AU BURKINA FASO ... 267 Brehima Diawara, Institut de Recherche en Sciences Appliquées et Technologies, Ouagadougou Philippe Régnier, IUED, Genève 9 UN EXERCICE D’ÉQUILIBRISTE : METTRE EN PLACE LA PROTECTION SOCIALE DANS UN PAYS POST-SOVIÉTIQUE L’EXEMPLE DE LA GÉORGIE (SUD CAUCASE) ....................................................................................................... 287 Eveline Baumann, IRD, Centre Ile de France, Bondy 10 LA PROBLÉMATIQUE DE LA PROTECTION SOCIALE DANS LES MICRO ENTREPRISES : ANALYSE DU CAS DU TRANSPORT URBAIN DE BRAZZAVILLE......................................................................................................... 305 André Moulemvo, Université Marien Ngouabi, Brazzaville TROISIEME PARTIE MUTATIONS FINANCIÈRES 1 COMMENT ÉVALUER UNE INSTITUTION DE MICRO-FINANCE ? VALEUR PRIVÉE VERSUS VALEUR SOCIALE..................................................................... 325 Eddy Bloy, Université Lyon2-GATE-CNRS 2 LA NOTATION EN MICROFINANCE : UNE ANALYSE COMPARATIVE DES MÉTHODOLOGIES DES AGENCES........................................................................ 343 Fabrice Roth, Université de Lyon 3 Amir Louizi, Université de Lyon 3 3 LES MUTATIONS DANS LA MICROFINANCE : L’EXPÉRIENCE DU BÉNIN. 359 Michel Lelart, Université d’Orléans 4 LES INSTRUMENTS FINANCIERS HYBRIDES DANS LE FINANCEMENT DE LA MICROFINANCE : OPPORTUNITÉS OU MENACES ? ............................ 381 André Nsabimana, Université catholique de Louvain 5 COÛT D’INTERMÉDIATION DANS LES PRÊTS DE GROUPE ET PERFORMANCES DES IMF FÉMININES AU CONGO BRAZZAVILLE : ENTRE PÉRENNITÉ ET GESTION DES RISQUES ............................................... 399 Théophile Dzaka-Kikouta, Roger A. Makany, Mathias Ndinga Université Marien Ngouabi de Brazzaville

XVI

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

6 L’ÉVALUATION DU RISQUE DES PME : L’OBJECTIVITÉ TOTALE EST-ELLE POSSIBLE ? ................................................................................................................ 417 Josée St-Pierre, Catherine Therrien - Chaire J.A. Bombardier Université du Québec à Trois-Rivières 7 MICRO-CRÉDIT ET ENTREPRENEURIAT EN CONTEXTE DE PAUVRETÉ : LE CAS DES PAYSANS MALGACHES................................................................... 437 Cousin Germain Ravonjiarison, IST/FAC DEGS Antanarivo Patrick Valéau, Université de La Réunion 8 LES MUTATIONS DANS LE FINANCEMENT DES PME CHINOISES ............... 449 Thierry Pairault, Daedalos Institute of Geopolitics - France 9 DÉVELOPPEMENT DE SERVICES D’APPUI FINANCIER, TECHNIQUE ET COMMERCIAL AUX PETITES ENTREPRISES DE TRANSFORMATION AGROALIMENTAIRE AU BURKINA FASO : LE RÔLE DE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE ................................................................................................... 463 Florent Song-Naba, IUED, Genève 10 UNE NOUVELLE FORME D’APPUI AU MICROENTREPRENEURIAT : LES FONDS INTERNATIONAUX DE GARANTIE ............................................. 483 Jean-Michel Servet, IUED, Genève

Introduction générale
La Princesse X sculptée par Constantin Brancusi au début du siècle dernier, se définissait comme une représentation de la recherche de l’absolu, de l’immuable. Si cette dimension de finitude s’intègre aisément dans le domaine de l’art moderne, l’entrepreneuriat se positionne davantage dans un monde en perpétuel mouvement. Le village planétaire fonctionne sur une distance spatiale et temporelle plus réduite. Traiter des mutations entrepreneuriales invite à se donner le temps d’une introspection pour mieux appréhender le phénomène. D’évolution en changement durable, par le passage d’un état à un autre de façon brusque ou d’une manière plus pondérée, dans son approche comme dans son contenu, l’étude de l’entrepreneuriat révèle des aspects novateurs qui sont mis à jour à différentes tribunes. Les mutations ainsi décrites se retrouvent dans la conceptualisation de la dynamique entrepreneuriale, dans la pratique de l’acte et dans le statut attribué à l’environnement. La revue de la littérature montre que les acteurs qui ont surtout été mis en avant sont l’entrepreneur et l’entreprise. Les recherches menées dans ce sens ont abouti à l’identification de différents profils d’entrepreneurs liés à des caractéristiques personnelles comme les traits, les valeurs ou les motivations ; et la détermination de catégories d’entreprises suivant des critères internes en termes de taille, de statut, d’activité ou externes en termes de marché, de technologie ou autres. Une nouvelle logique s’impose pour tenir compte autrement du rôle plus actif de l’environnement dans le processus. Dans la pratique, les institutions de micro finance (IMF) comme les entreprises de production connaissent aussi des changements. Les acteurs intervenant dans le système financier se multiplient. Les nouvelles interactions ainsi engendrées requièrent l’élaboration de nouveaux outils pour réduire l’exclusion et favoriser l’inclusion financière. Par ailleurs, la gestion de ces organisations révèle des problématiques économiques, sociales et financières fortement contextualisées et qui font l’objet de débats intéressants. Sur un autre registre, il importe de relever les mutations de l’environnement socio-culturel et institutionnel. La politique de développement durable en tant que déclaration d’intention, est largement diffusée aujourd’hui. Elle serait une voie de convergence des préoccupations sociétales malgré des lectures parfois décalées. En effet, le développement durable est à la recherche d’une certaine harmonie entre l’équité sociale et la rentabilité économique et renvoie de ce fait à un arbitrage permanent entre croissance et décroissance. La comptabilité devient aussi sociale et environnementale. La question centrale resterait celle de la contribution du développement durable à la performance de l’entrepreneur en tant que responsable de sa famille, acteur principal de son entreprise et partie prenante de sa communauté. La performance ainsi mesurée couvrirait autant la dimension individuelle, que les réalisations économiques et sociales. En corollaire, on peut s’interroger sur la contribution des entreprises au développement durable. Dans ce cadre-là, sont souvent citées les grandes

2

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

entreprises comme Suez ou Danone. De façon plus ciblée, qu’en est-il de l’engagement des PME ? Même si elle est peu discutée, la question du genre continue de retenir l’attention. Pour tenter de couvrir au mieux l’envergure des mutations entrepreneuriales, différentes thématiques sont abordées dans cet ouvrage structuré en trois parties. Une première partie introduira les mutations de l’entrepreneuriat. La deuxième partie traitera des mutations contextuelles. Les mutations financières feront l’objet de la troisième partie. 1. Mutations de l’entrepreneuriat L’étude de l’entrepreneuriat est passée d’une logique de l’offre axée sur l’entrepreneur à une logique de la demande s’intéressant davantage à l’environnement de l’entrepreneur. Par cette nouvelle approche, Obrecht oriente la réflexion vers « un entrepreneuriat contextualisé ». Il met en avant l’importance de l’adaptation des capabilités entrepreneuriales au contexte. Les mutations de l’entrepreneuriat dans des pays comme Madagascar, Viet Nam ou Cameroun conduisent à différentes manières d’entreprendre, différents profils d’entrepreneurs et différentes configurations d’entreprises. Razafindrazaka s’intéresse à la dynamique des territoires découlant de la combinaison de la logique de proximité (territoire) et de la logique organisationnelle (communauté d’intérêt et de propriété). Dans ce schéma, comment les acteurs locaux peuvent dynamiser leur territoire ? Comment l’entrepreneur appréhende-t-il le monde ? Comment cette vision est-elle intégrée dans la stratégie d’une entreprise solidaire ? Ces questions ont été approfondies pour le cas malgache. En effet, à Madagascar la solidarité fait partie des valeurs fondamentales. Razafinjatovo démontre ainsi le rôle des réseaux sociaux sur les différentes étapes du processus de création d’entreprises. Le fihavanana qui peut être de nature sociale, familiale ou transcendantale et qui est une émanation des réseaux sociaux, porte en lui cet attribut de solidarité. Les douze conditions de réussite des entreprises touristiques face à une forte croissance de la demande ont été mises à jour par Raharinosy et Rarison. Elles résultent de la déclinaison des facteurs de spécificités des prestations touristiques autour des niveaux cognitif, structural et praxéologique qui caractérisent le phénomène entrepreneurial Rafanomezantsoa et alii mettent l’accent sur la nécessité d’inculquer la culture entrepreneuriale aux paysans malgaches. Ceci serait un facteur favorable à l’utilisation des technologies dans les entreprises agricoles. Une telle ouverture devrait également permettre une meilleure gestion des problèmes d’acquisition d’intrants, d’accès au crédit, à la formation ainsi que des problèmes d’infrastructures, de transport et de nouvelles semences. La même problématique culturelle se retrouve au Viet Nam. Le Quan et Tran Vo Tran rappellent que l’histoire et la culture n’y sont pas favorables au développement de la culture entrepreneuriale. Des actions sont menées auprès des jeunes pour capitaliser sur l’esprit communautaire, le noyau familial et pour surmonter la peur de perdre la face ou détourner la recherche de stabilité. Au-delà de cette dimension contextuelle, Gironde et Régnier notent l’importance des connaissances personnelles pour les entrepreneurs vietnamiens. La réussite de ces derniers est aussi conditionnée par l’appartenance à des réseaux de partenaires selon les

INTRODUCTION GENERALE

3

études faites auprès des PME agro-alimentaires. Il en ressort également que le capital financier est nécessaire sans être déterminant mais la principale contrainte reste le débouché. Onana aborde la question du genre avec les femmes entrepreneurs du Cameroun et constate que le statut formel associé à un style autocratique et le statut informel supporté par un style plutôt paternaliste n’a pas d’incidence particulière sur les motivations et les modes de gestion. Tchouassi identifie trois catégories de commerçants : détaillant, grossiste/détaillant et grossiste parmi les migrants faisant du commerce transfrontalier informel entre le Cameroun et le Nigéria. 2. Mutations contextuelles Les mutations contextuelles touchent le volet économique et social, le développement durable, la protection sociale et la coopération internationale. Quelles sont les modes de réponses des entreprises face à ces types de mutation ? L’évolution de l’environnement économique et social peut porter en elle les germes de la création et du développement d’entreprises. Les réformes institutionnelles opérées au sein de l’administration publique ont conduit à Madagascar à l’avènement d’entrepreneurs « involontaires ». Ratsimbazafy met en valeur les déterminants du succès d’une telle entreprise à travers les supports institutionnel et familial. Pour le Congo et la Roumanie, l’incidence du contexte institutionnel sur le comportement entrepreneurial se mesure par le degré de sécurisation des transactions. Dzaka Kikouta, Bacali et Cordos relèvent sur le plan politique l’impact de la législation et sur le plan économique, celui de la réglementation en matière fiscale d’une part et de la disponibilité des infrastructures d’autre part. Le poids de la diversité culturelle, le rythme de changement plus ou moins soutenu pendant la transition ainsi que le développement de nouveaux modes de gouvernance marquent l’environnement entrepreneurial au Viet Nam. Drumaux et Bastin ont étudié l’incidence d’un tel contexte sur les PME. Pour l’île Maurice, Day-Hookoomsing et Lemoine font une présentation des caractéristiques de l’environnement. Des mesures institutionnelles et financières existent pour promouvoir l’entrepreneuriat auprès de la population. La culture entrepreneuriale est diffusée dans le système éducatif et auprès de la société civile. Les valeurs personnelles, la vision ainsi que l’orientation entrepreneuriale qui sont les fondements de l’engagement des PME dans le développement durable sont abordées dans les travaux de Spence, Biwolé et Ghérib. Il semblerait qu’un environnement macroéconomique favorable serait caractérisé par l’existence d’une législation forte avec des incitatifs fiscaux, une sensibilisation du public et le développement d’un partenariat entre PME. Cela conduit à une augmentation du nombre d’entreprises impliquées et à l’amélioration de l’intensité et de la diversité de l’engagement. Vulliet s’interroge sur le cas des petits pays du Pacifique Sud pour savoir comment l’entrepreneuriat pourrait contribuer au développement durable au-delà des contraintes politiques, économiques, sociales et environnementales. La pratique montre que plus le nombre de PME augment, plus les problèmes se multiplient. Le débat reste donc ouvert. L’équipe conduite par Régnier traite du rôle de la coopération internationale dans la promotion commerciale des PME agro-alimentaires dans différentes régions du monde. Globalement, elle

4

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

a été une opportunité pour l’émergence du partenariat public privé. L’expérience vietnamienne repose sur différentes stratégies s’agissant de coopération multilatérale ou de coopération bilatérale. Diawara retient le développement des relations sud - sud à travers le commerce et le transfert de technologie pour le cas burkinabe. Si l’entrepreneuriat est considéré comme la première voie de création de valeur, la problématique de la lutte contre la pauvreté passe aussi par la protection sociale. Au Congo, Moulemvo a relevé l’absence de protection sociale au niveau du secteur des transports urbains qui est le plus grand pourvoyeur d’emplois. Pour la Géorgie, comme l’évoque Baumann, la mise en place d’une protection sociale n’est pas évidente. L’Etat mise sur la responsabilisation des individus et l’incitation à l’assurance or les revenus de source essentiellement informelle sont irréguliers. Dans ces conditions, on assiste à une « familiarisation » de la protection sociale et la multiplication des activités pour améliorer les revenus. 3. Mutations financières Comment les mutations financières sont-elles intégrées tant par les IMF en tant qu’institution que par les bénéficiaires ? Les contraintes financières inhérentes aux petites structures ont trouvé une issue favorable avec l’avènement de nouveaux modes de financement. Les institutions financières mutualistes se sont multipliées et font l’objet d’un intérêt particulier de la part de toutes les parties prenantes, y compris de la communauté des chercheurs. Les mutations financières concernent autant les institutions que les outils. Dans l’approche des institutions, Bloy propose une méthode d’évaluation d’une IMF en adéquation avec sa logique de fonctionnement. Cette logique repose sur la conjugaison des intérêts privés avec des intérêts collectifs. L’objectif est d’identifier le lien entre les variables de gestion et les paramètres de l’environnement. Dans ce souci d’évaluation, Roth et Louizi procèdent à une analyse comparative des méthodes de notation des IMF et retiennent 3 classes d’agence de notation. Les caractéristiques des IMF béninoises sont décrites par Lelart. Elles se distinguent ainsi par la taille, le degré d’autonomie et la fluctuation des résultats. Deux catégories sont retenues selon la vocation financière ou sociale. La problématique du rôle de l’Etat auprès des IMF à vocation sociale est soulevée. Nsabimana propose des instruments financiers hybrides pour le financement durable des IMF par des investisseurs institutionnels et particuliers. Dzaka Kikouta, Makany et Ndinga Brazza évaluent l’efficacité du prêt de groupe par les IMF féminines au Congo pour une meilleure gestion des risques. Ils concluent que le prêt de groupe diminue le coût de l’intermédiation mais ne permet pas d’améliorer le taux de remboursement des micro-crédits. L’étude de l’influence de l’attitude de l’évaluateur et des effets de l’évaluation collégiale sur les demandes de financement externe des PME est abordée par Saint-Pierre et Therrien. Différents travaux mettent l’accent sur les moyens de financement des PME. Les cas de Madagascar, de la Chine et du Burkina Faso sont successivement présentés. Ravonjiarison et Valéau démontrent que la capacité de survie du paysan malgache contribue à limiter l’exode rural. Aussi, en tant qu’entrepreneur, il devrait être accompagné par le système du micro-crédit pour assurer la pérennité de son entreprise. Un appui institutionnel est aussi attendu par les PME chinoises. Pairault souligne que la législation prévoit le soutien des gouvernements

INTRODUCTION GENERALE

5

locaux mais les textes ne sont pas appliqués. Seules les grandes entreprises bénéficient donc du système financier formel ; les PME restent dans l’informel (usure). Song-Naba analyse l’intervention des services d’appui favorables aux PME agro-alimentaires dédiées à l’export ainsi que celle des pouvoirs publics en faveur du partenariat public privé. Servet soutient la pertinence des fonds internationaux de garantie pour le microentrepreneuriat. Différents modèles de garantie sont avancés pour une meilleure couverture des risques par les partenaires de la relation financière. L’expérience montre que l’existence des fonds internationaux de garantie permet entre autres de se prémunir des risques de change. Par ailleurs, la solidarité induite par le système de garantie favorise la confiance, réduit l’asymétrie d’information et augmente les fonds disponibles : une nouvelle voie pour que le mécanisme de réciprocité fasse de l’interdépendance, une force motrice du développement de l’entrepreneuriat. Victor HARISON Claudine RATSIMBAZAFY

PREMIERE PARTIE Mutations de l’entrepreunariat

1 DE L’ENTREPRENEUR À L’ENVIRONNEMENT ENTREPRENEURIAL : POUR UN NOUVEAU REGARD SUR L’ENTREPRENEURIAT
Jean-Jacques OBRECHT Université Robert Schuman, France - INSCAE, Madagascar jean-jacques.obrecht@wanadoo.fr RÉSUMÉ Alors que dans la pensée dominante l’entrepreneuriat s’inscrit dans une logique de l’offre en entrepreneurs, l’environnement de l’entrepreneur passe à l’avant-plan de l’analyse dans une logique de demande. En nous appuyant sur les avancées théoriques de la Nouvelle Sociologie Economique et de la Nouvelle Géographie Socio-économique, nous pouvons construire un cadre conceptuel approprié pour procéder à l’analyse de l’environnement entrepreneurial. Certains travaux novateurs en entrepreneuriat, en se référant plus ou moins largement à ces disciplines voisines, ont déjà ouvert la voie. En observant l’activité entrepreneuriale dans des contextes particuliers ils soulignent la variété des rôles que l’entrepreneur est susceptible de jouer et ouvrent la voie pour une réflexion générale sur l’« entrepreneuriat contextualisé ». En conclusion on suggère que le changement de logique devrait conduire à un changement du protocole de recherche en entrepreneuriat : l’analyse de l’environnement entrepreneurial serait le préalable à toute analyse des capabilités entrepreneuriales adaptées à tel et tel environnement. Mots-clés : structures encastrantes, capital social, développement local, dynamiques de la proximité, entrepreneuriat relationnel, entrepreneuriat ethnique et aborigène, entrepreneuriat soutenable, capabilités entrepreneuriales Introduction La pensée dominante en entrepreneuriat s’inscrit dans une logique de l’offre. Le rôle de l’entrepreneur est défini selon un schéma unique : il est le rouage essentiel de la lutte

10

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

concurrentielle sur les marchés auxquels se réduit son environnement et, à ce titre, il prend des risques justifiant le profit comme objectif unique. Il est individuellement porteur de projets, impulsant une organisation, toujours à l’affût d’opportunités nouvelles. La question centrale porte alors sur l’offre en individus convenant à ce rôle. Notre propos est de changer de perspective en adoptant une logique de demande en entrepreneuriat qui inverse les termes de la problématique : l’accent est mis sur les rôles qui, selon les contextes, doivent être remplis par les individus. L’environnement de l’entrepreneur entrant au cœur de la réflexion, il faut se donner les moyens pour l’analyser dans sa totalité et sa diversité. Dans la littérature des quarante dernières années, une large place a certes été consacrée à l’examen des facteurs contextuels qui influencent l’action entrepreneuriale. Avec le concept de « relation symbiotique entre culture et entrepreneuriat » (MORRISON, 1998), on a souligné l’enracinement local de l’entrepreneur dont le comportement se trouve façonné par les cultures, les traditions et les aspirations locales mais dont l’action peut aussi avoir une influence sur l’évolution des habitudes locales, n’étant pas totalement prisonnier des normes culturelles. Avec celui de « milieu entrepreneurial » (GASSE, 2003) on a élargi l’espace d’influence à tous les facteurs tenant à « la localisation proprement dite de l’entrepreneur et de l’entreprise » parmi lesquels les attitudes collectives positives à l’égard de l’entrepreneuriat sont les plus déterminantes. Dans le « territoire comme milieu entrepreneurial » (MARCHESNAY & JULIEN, 1996) la part des institutions locales dans la formation d’une « culture entrepreneuriale » a été très justement soulignée. Il faut aussi remarquer que les travaux tendant à une conceptualisation du mécanisme d’influence des facteurs d’environnement se sont appuyés assez tôt sur les contributions de la sociologie en analyse des réseaux sociaux. On trouve ainsi un « entrepreneuriat encastré dans le contexte social, canalisé et facilité ou entravé et freiné par la position des individus dans les réseaux sociaux » (ALDRICH & ZIMMER, 1986). Ou encore : un « entrepreneur en intense dialogue avec son environnement » pour construire son « réseau personnel » de relations sociales propices à ses affaires (JOHANNISSON, 1985). On connaît la fortune que le concept de réseau a eue par la suite, notamment dans la littérature portant sur le management stratégique des PME et sur la création d’entreprises. Plus récemment, la question des implications de l’analyse des réseaux sociaux pour le champ de l’entrepreneuriat est devenue récurrente dans la recherche française (CHOLLET, 2002 ; SALEILLES, 2006 ; VENTOLINI, 2006). Des éléments conceptuels qui dessinent une approche alternative de l’entrepreneuriat sont donc présents dans la littérature mais utilisées dans une logique de l’offre. Dans une 1ère partie nous allons rouvrir ce champ conceptuel pour en tirer les éléments nécessaires à la construction d’un cadre conceptuel global dans une logique de demande en entrepreneuriat. Dans une 2ème partie, nous nous servirons de quelques récents travaux en entrepreneuriat pour mettre en évidence les éléments démontrant qu’un autre regard sur l’entrepreneurial est possible, voire indispensable.

JEAN-JACQUES OBRECHT ELÉMENTS POUR LA CONSTRUCTION D’UN CADRE CONCEPTUEL

11

Par une démarche sélective qui nous a fait prendre en considération certaines avancées théoriques dans quelques disciplines voisines comme la Nouvelle Sociologie Economique et la Nouvelle Géographie Socio-Economique, nous avons repéré les concepts les plus appropriés pour construire le cadre théorique de notre réflexion. Nous les restituons de manière à les articuler dans la proposition provisoire suivante : les structures encastrantes produisent du capital social qui prend tout son sens dans un espace local de développement où se manifestent les dynamiques de la proximité. Structures encastrantes et capital social Dans la perspective où nous nous plaçons, c’est le contexte dans lequel s’insère l’action entrepreneuriale qui doit être mis en avant comme objet d’analyse principal, ce qui encastre plutôt que ce qui est encastré. L’environnement de l’entrepreneur est appréhendé en termes de structures encastrantes générant le capital social en tant que ressource nécessaire à l’action. Le concept d’« embeddedness » s’impose naturellement comme point de départ obligé de nos réflexions, si ce n’est qu’en raison de la notoriété croissante des travaux de Mark Granovetter en sciences de gestion. D’après l’auteur le plus référencé lorsqu’il s’agit de montrer que toute action économique n’existe que par son encastrement dans son contexte social (GRANOVETTER, 1985), celui-ci comporte deux dimensions. Il y a d’abord l’« encastrement relationnel » qui renvoie à l’influence qu’exerce le réseau des relations personnelles qu’un acteur économique aura développées dans le temps par ses relations répétées avec d’autres acteurs. Mais les « relations dyadiques » sont elles-mêmes encastrées dans des structures d’ordre supérieur. C’est celui de l’« encastrement structural » formé par la structure d’ensemble du réseau des relations sociales. La contextualisation sociale de l’action économique par ces structures encastrantes s’applique aux individus comme aux firmes : toute institution économique est une « construction sociale » (GRANOVETTER, 1992). L’hypothèse de la « force des liens faibles » est une autre marque de fabrique de Mark Granovetter. Du point de vue de la cohésion des systèmes sociaux complexes, les réseaux à liens forts et les réseaux à liens faibles que distinguent l’intensité et la fréquence relatives des relations, ne jouent pas le même rôle. Les réseaux où les liens forts sont prédominants sont sujets à la formation de « cliques » dans les structures sociales ; les liens faibles devront fonctionner comme un « pont » entre les réseaux denses pour assurer la cohésion de l’ensemble (GRANOVETTER, 1973 & 1983). En l’absence de liens faibles, celui-ci est exposé à la fragmentation. Par la suite la distinction a été reprise selon diverses modalités. On a ainsi expliqué l’utilité du réseau relationnel de l’entrepreneur en termes de « liens faibles », pertinents pour une information variée nécessaire à la formulation d’un projet, et de « liens forts », permettant l’accès aux ressources indispensables à la mise en œuvre du projet (REYNOLDS, 1991). On a de même souligné l’intérêt d’accéder, dans le cadre des stratégies d’innovations technologiques, à des « réseaux à signaux faibles » qui sont des réseaux éloignés des comportements habituels des entrepreneurs, comme les milieux de la recherche scientifique et de l’enseignement et les professionnels du conseil (JULIEN, ANDRIAMBELOSON & RAMANGALAHY, 2002).

12

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

Les changements affectant les réseaux personnels sont à l’origine de l’accumulation de capital social. L’approche du capital social par James Coleman conforte ce point de vue quand il compare le capital social au capital physique et humain. « Tout comme le capital physique est créé par des changements dans les matériaux pour obtenir des outils facilitant la production, le capital humain est créé en changeant les personnes en termes d’habiletés et de capacités qui les rendent aptes à agir d’une nouvelle manière. De même, il y a création de capital social quand, dans les relations entre les personnes, interviennent des changements propres à faciliter les actions » (COLEMAN, 1988). Le capital social est donc à la fois le produit d’une structure sociale et une ressource donnant aux acteurs les moyens d’atteindre des objectifs sans que ceux-ci puissent se l’approprier. Ce capital social se manifeste sous trois formes : les obligations et attentes réciproques qui évoluent selon le degré de confiance qu’on peut mettre dans une structure sociale, les possibilités d’obtenir par des voies informelles et selon des modes mutuels des informations utiles et, enfin, l’existence de normes, qui comme les autres formes de capital social, facilite certaines actions mais en contraint d’autres. Dans le prolongement des travaux de Coleman où déjà le capital social apparaît comme une ressource collective, Robert Putnam se place cependant dans une perspective plus vaste. Il considère le capital social dans sa fonction essentielle, celle d’être un facteur de lien social : « le capital social se réfère aux caractéristiques de l’organisation sociale tels que les réseaux, les normes et la confiance sociale qui facilitent la coordination et la coopération pour un bénéfice mutuel » (PUTNAM, 1995). Même si par la suite la référence au résultat, le bénéfice mutuel, est abandonnée (PUTNAM, 2000), il reste que pour Robert Putnam normes et réseaux sont des atouts pour le bon fonctionnement des sociétés : « une société caractérisée par la réciprocité généralisée est plus efficace qu’une société méfiante ». Et de souligner que le capital social peut aussi avoir des effets « externes » en ce sens qu’il peut aussi profiter aux individus qui ne font pas partie des réseaux, ce qui fait que « le capital social présente à la fois un caractère public et privé ». A la différence des réseaux de Coleman, les réseaux vus et corrigés de Robert Putman peuvent cependant produire du capital social négatif à la manière du Ku Klux Klan. A la suite de Granovetter, il distingue en effet le capital social créateur de liens ouverts (faibles) et le capital social source de liens fermés (forts) : le « bridging capital » est nécessaire à la formation du lien social alors que le « bonding capital » peut conduire à des formes de capital social nuisibles au bien commun. Il souligne enfin le fait que les formes du capital social peuvent être plus ou moins institutionnalisées et que les dotations en capital social sont évolutives dans le temps. Des travaux de Coleman et Putnam ressort un postulat commun : le capital social en tant que ressource constitue un levier favorable à l’action collective. Et soulignons en passant la différence qu’une telle conception représente par rapport à celle d’un Pierre Bourdieu pour qui l’investissement en capital social est le fait d’acteurs rationnels engagés dans la poursuite de leurs seuls intérêts personnels. Le concept de construction sociale tel que Granovetter l’applique à l’entreprise fait partie du même registre en ce sens qu’il ouvre d’une manière significative le champ des formes alternatives possibles de l’action entrepreneuriale. Leurs travaux - malgré les critiques qui leur ont été adressées et qui ont porté notamment sur le caractère statique de leurs conceptualisations - permettent de dessiner les grandes lignes de l’orientation que nous souhaitons donner à l’analyse de l’environnement de l’entrepreneur

JEAN-JACQUES OBRECHT

13

puisque tel est l’objet de notre propos. Une analyse plus fine de celui-ci exige que l’on prenne en considération le contexte local dans lequel se déploie l’action entrepreneuriale. Développement local et dynamiques de proximité On sait que le facteur local occupe une place importante dans les réflexions sur les modalités du développement économique global. Dans la perspective qui est la nôtre, l’espace local qui nous intéresse est celui dans lequel s’organisent les liens sociaux et institutionnels et dans lequel les structures encastrantes qui en résultent façonnent et modulent l’action entrepreneuriale. Les « systèmes productifs locaux » dont on fait dépendre généralement le développement local sont eux-mêmes encastrés dans les structures territoriales du capital social. On peut partir de l’idée immédiate que ce qui fait la richesse d’une région, c’est la qualité du tissu social étroitement liée aux relations de proximité (BENKO & LIPIETZ, 2000). Dans cette optique, ce sont les fondements sociaux et historiques du développement des régions qu’il faut analyser pour découvrir les acteurs d’un territoire, l’organisation sociale locale, la bonne gouvernance etc., c’est-à-dire les caractéristiques particulières concrètes de chaque espace local. Il faut ensuite découvrir le jeu des dynamiques de la proximité dans le développement local. Une première distinction entre proximité géographique et proximité organisée nous semble particulièrement intéressante (TORRE & ZUINDEAU, 2006). « La proximité géographique traduit la distance kilométrique entre deux entités (individus, organisations, villes), pondérée par le coût temporel et monétaire de son franchissement ». Mais « elle procède en dernier ressort d’un jugement porté par les individus ou les groupes sur la nature de la distance géographique qui les sépare ». « La proximité organisée n’est pas d’essence géographique mais relationnelle et concerne la capacité qu’offre une organisation de faire interagir ses membres ». La logique d’appartenance facilite les interactions entre membres par l’existence de règles ou routines de comportement et par le partage d’un même système de représentations, d’un ensemble de croyances ou de savoirs. A partir de ce couple de proximités, on peut montrer comment les tensions et conflits provoqués par une proximité géographique peuvent être résorbés par les logiques de la proximité organisée. Une deuxième distinction entre proximité relationnelle et proximité cognitive (SUIRE, VICENTE & DALLA PRIA, 2006) permet d’expliquer le fait que, « même si les membres d’une organisation sont proches du point de vue cognitif cela ne signifie pas nécessairement qu’ils soient en interaction ». Pour cela il faut une « structure de communication ou d’interaction ». Mais une fois que le processus d’interaction est engagé, il peut devenir cumulatif en raison des comportements mimétiques (ORLEAN, 2002). Les dynamismes de la proximité sont inhérents aux processus sur lesquels repose le développement local comme le montrent les pratiques territoriales de mise en valeur des ressources locales dans le cadre de démarches volontaristes. Dans la perspective théorique du « community development », on part en général de l’idée selon laquelle un territoire, en tant qu’espace socialement structuré, peut produire du développement endogène selon la manière dont il fonctionne et s’organise. Pour Ken Wilkinson, connu par sa « community interaction

14

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

field theory », l’unité d’analyse est ainsi constituée par le processus des interactions entre individus, groupes et organisations tel qu’on peut l’appréhender au niveau d’une communauté locale en milieu rural (WILKINSON, 1991). La communauté est analysée comme un « ensemble dynamique qui émerge du flux des interactions entre acteurs partageant des intérêts communs locaux ». La construction de cette communauté n’est cependant pas spontanée. Dans la plupart des cas, la liaison entre les acteurs et la coordination de leurs actions exige un leadership par un individu ou un groupe d’individus ou encore des organes assumant ce rôle. En milieu rural, ils chercheront à appliquer des stratégies d’amélioration du bien-être économique de leurs communautés par la création de nouvelles activités et de nouveaux emplois. Les dispositifs exogènes d’appui au développement local, comme les programmes de formation et d’éducation destinés à promouvoir la création d’entreprises, devront intégrer ces données locales tant pour la mise en place des programmes que pour la conception de leur contenu, sous peine de courir à l’échec (KORSCHING & ALLEN, 2004). Le territoire est aussi un espace dans lequel se déroule un processus de construction de ressources ce que résume le concept de « community capacity building ». Elle comprend la production endogène de toutes les ressources qui viennent en appui du développement local, notamment les dispositifs qui donnent les impulsions collectives, qui facilitent la participation des acteurs et qui orientent leurs actions. De ce point de vue l’« apprentissage localisé » apparaît comme un mode privilégié de production de ressources : il est d’importance cruciale pour le développement local puisqu’il s’agit de la connaissance. Selon Peter Maskell et Anders Malmberg qui sont à l’origine de ce concept, l’apprentissage localisé ne perd en rien ni de son intérêt ni de sa nécessité dans un monde engagé dans la globalisation (MALMBERG & MASKELL, 2006). Les processus d’apprentissage localisé sont étroitement liés aux avantages de la proximité spatiale qui facilite les interactions entre les détenteurs de savoirs. Encore fautil distinguer entre connaissances tacites et codifiées : la dépendance de la connaissance tacite par rapport à la proximité spatiale est plus forte que celle de la connaissance codifiée. Les processus d’apprentissage sont déterminés et orientés par les « capabilités localisées » propres à un territoire. Ces capacités reposent sur « certaines combinaisons de bases de connaissances et de dispositifs institutionnels » qui sont elles-mêmes sujettes à des changements continus dans le temps. Au terme de ce parcours conceptuel, notre proposition initiale pourrait être reformulée de la manière qui suit. Du fait des dynamiques de la proximité, le capital social accumulé dans les structures encastrantes, spécifiques à un espace territorial, est toujours unique; il constitue une ressource significative, non exclusive d’autres formes de ressources, mais dont la spécificité doit être prise en considération dans toute analyse de l’action entrepreneuriale. Dans le capital social territorial, le facteur de proximité fait cependant prévaloir « la force des liens forts dans les dynamiques du développement territorial » susceptibles d’enfermer les territoires dans des trajectoires de blocage » (ANGEON & CALLOIS, 2005). Il revient aux « relations externalisées » d’assurer une dynamique de développement local ouverte. Du point de vue du développement d’un système territorial ou de l’efficacité du capital social de proximité, l’existence de liens faibles avec d’autres systèmes est indispensable à la « force du local ».

JEAN-JACQUES OBRECHT ELÉMENTS POUR CHANGER DE REGARD SUR L’ENTREPRENEURIAT

15

De l’ensemble de la littérature portant sur l’entrepreneuriat se dégage un petit nombre de travaux qui se distinguent de la perspective traditionnelle par leurs efforts communs d’accorder davantage de place à l’environnement de l’entrepreneur dans le champ de recherche en entrepreneuriat. Pour souligner l’importance des relations que l’individu noue dans un espace territorial par rapport à un projet entrepreneurial ou les singularités de l’entrepreneuriat ethnique et aborigène et pour expliquer la contribution possible de certaines formes d’entrepreneuriat à la cause du développement durable, les auteurs de ces travaux se sont servis de certaines conceptualisations présentées ci-dessus, dessinant ainsi le champ de l’entrepreneuriat contextualisé. L’entrepreneuriat relationnel On propose de désigner par « entrepreneuriat relationnel » une approche dans quelle l’environnement relationnel local de l’entrepreneur est considéré comme un facteur déterminant de l’action entrepreneuriale. C’est dans cette perspective que la problématique de la création d’entreprise et de développement de la jeune entreprise est précisément traitée par Sébastien Plociniczak à l’occasion d’une enquête auprès des dirigeants de très petites entreprises de la région de Lens (PLOCINICZAK, 2004). Le tissu économique, social, politique et culturel de cette région du Nord de la France étant très fortement marqué par son passé minier, il s’agissait de démontrer que « le territoire relationnel local » est un paramètre déterminant des chances de succès de l’action entrepreneuriale. Le niveau individuel d’influence n’est pas nié, mais « en mettant les relations au centre de l’analyse, se profile une méthode d’investigation dans laquelle l’action des entrepreneurs et la structure relationnelle de leur territoire sont deux dimensions intrinsèquement inséparables ». Dans l’environnement relationnel local se construit en effet le capital social, « un actif collectif, une qualité issue de la structure relationnelle dont les acteurs peuvent profiter à titre personnel ». La possession d’un réseau de relations durables dans le lieu d’implantation de l’entreprise permet un meilleur encastrement dans cet environnement et d’acquérir la reconnaissance des acteurs du territoire. L’analyse approfondie des facteurs de succès et d’échec dans la création et le développement d’entreprise suppose donc qu’on s’intéresse à la totalité des éléments du territoire relationnel local qui contribuent à la qualité de son capital social. En partant de cette base conceptuelle, l’étude de la qualité du relationnel personnel des 12 dirigeants de TPE de la région de Lens a permis à Sébastien Plociniczak de faire le constat suivant : les entrepreneurs dont l’attitude est « interactive » réussissent mieux que ceux dont l’attitude est « hermétique » ou « attentiste ». En termes de contribution au développement local, celle de l’« entrepreneur réticulé » est donc supérieure à celle de l’« idiot social » que raille Amartya Sen, comme le rappelle fort à propos le jeune chercheur. On pourra objecter que des résultats similaires ont déjà été obtenus dans le cadre de la recherche en entrepreneuriat PME comme en témoigne l’ensemble des travaux de Bengt Johannisson qui gravitent autour du « small business networking » et qui ont fait école parmi de nombreux chercheurs dans le monde. Il a reconnu cependant plus récemment que la notion d’« embeddedness » reste largement sous-développée tant dans la réflexion conceptuelle que

16

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

dans la mise en œuvre du concept (JOHANNSSON, 2002) alors que lui-même, quelques années auparavant, n’avait fait qu’une référence furtive à ce concept (JOHANNISSON, 1966). D’où sa proposition de distinguer plusieurs ordres d’encastrement pour les réseaux des petites entreprises. L’encastrement de premier ordre concerne les réseaux d’affaires localisés qui se construisent à partir des liens personnels d’intérêt économique et social. L’encastrement de deuxième ordre résulte des relations établies par les dirigeants en tant que membres des institutions économiques et sociales locales tandis que l’encastrement de troisième ordre se réalise par l’établissement de liens entre les entreprises par l’intermédiaire de ces institutions. Un constat s’impose : l’environnement de l’entrepreneur en tant que tel continue à faire l’objet de conceptualisations de plus en plus fines même dans la perspective traditionnelle. L’entrepreneuriat dans ses singularités L’intérêt porté dans la communauté scientifique à des catégories particulières d’entrepreneuriat ne se dément pas comme en témoigne le nombre croissant de travaux en entrepreneuriat ethnique et en entrepreneuriat aborigène qu’il convient de distinguer. L’un et l’autre concernent des populations caractérisées par une appartenance ethnique mais la problématique n’est pas la même. Dans le cas de l’entrepreneuriat ethnique, encore appelé immigré, il s’agit d’individus qui, ayant quitté leur pays d’origine, se sont installés dans un pays d’accueil où ils deviennent porteurs d’un projet entrepreneurial. Sa réalisation peut leur servir de tremplin à l’intégration dans la société d’accueil ou, au contraire, renforcer l’identité culturelle d’une communauté ethnique. Dans le cas opposé de l’entrepreneuriat indigène ou aborigène, il s’agit de populations qui, après avoir été majoritaires dans le pays d’origine, se retrouvent dans une situation de minorité ethnique du fait de l’arrivée massive d’autres populations occupant des positions dominantes : la réussite dans l’aventure entrepreneuriale est souvent une question de survie culturelle pour ces populations. L’entrepreneuriat ethnique L’entrepreneuriat ethnique est un thème qui a fait l’objet d’élaborations théoriques dans la littérature anglo-saxonne déjà depuis quelques décennies. Dans la « théorie de l’enclave » qui porte sur les communautés ethniques fermées comme dans la « théorie de la minorité médiane » concernant les communautés plus ouvertes, on pourrait facilement trouver des arguments d’ordre général pour mettre en avant le rôle du contexte dans l’explication du phénomène entrepreneurial dans sa singularité. Les travaux plus récents de Thierry Levy sur l’entrepreneuriat immigré en France dont il a fait l’objet de sa thèse de doctorat (LEVY, 2004), sont cependant plus proches de notre propos. L’entrepreneuriat immigré ne peut se comprendre en effet, selon lui, sans une analyse approfondie de l’environnement relationnel de l’individu, ce qui suppose que la dialectique entrepreneur/organisation (VERSTRAETE, 2001) ou autres dialectiques similaires soient dépassées. Les individus immigrés ou de souche immigrée, porteurs de projets, peuvent bénéficier de formes d’aides propres à leurs communautés ethniques mais éprouver quelques difficultés à s’inscrire dans des dispositifs d’accompagnement génériques. Il s’agit donc de

JEAN-JACQUES OBRECHT

17

tenter « une modélisation du phénomène entrepreneurial immigré » qui puisse rendre compte de ce contexte particulier où s’enchevêtrent les niveaux personnels et institutionnels des structures d’encastrement. Pour ce faire, il s’est d’abord servi de la théorie des conventions car celle-ci postule la pluralité possible des principes justificatifs de l’action et constitutifs de « conventions » d’essence collective qui, du reste, ne sont pas sans rappeler l’interprétation du capital social telle qu’on la trouve chez Coleman. L’entrepreneur immigré apparaît alors comme un « agent d’accommodation entre conventions » puisque ses démarches s’inscrivent dans des réseaux relationnels différents par leurs modes de fonctionnement et leurs valeurs (LEVY, 2000). Par la suite, en partant du modèle de Robert Paturel qui souligne l’influence conjointe de facteurs relevant de l’entrepreneur, de l’entreprise et de l’environnement dans le processus décisionnel de l’individu (PATUREL, 1997) et en introduisant d’autres éléments conceptuels notamment ceux permettant de préciser les rapports au temps de l’entrepreneur, il élabore un « modèle trialogique de l’entrepreneuriat, particulièrement adapté pour les situations singulières d’entrepreneuriat ». Ce modèle « souligne davantage que dans les modèles dialogiques usuels l’encastrement social de l’aventure entrepreneuriale » (LEVYTADJINE, 2006). On peut trouver une confirmation de l’intérêt de la perspective qu’ouvre ce modèle dans une étude récente, de nature empirique celle-là, portant sur un ensemble de 114550 cas de créations et de liquidations d’entreprises en Haute Bavière (FERTALA, 2007). D’après ce document le capital humain du créateur d’entreprise, notamment son niveau d’éducation et autres éléments propres à l’individu, ne peut à lui seul expliquer le succès ou l’échec. Le capital social de l’entrepreneur immigrant et de l’entrepreneur allemand d’origine est un facteur déterminant bien plus significatif de leurs performances respectives. Par les réseaux, le capital social renforce les chances de survie des entreprises créées par des immigrants dans les secteurs comme le commerce de gros et de détail, la restauration et l’hôtellerie et autres services. L’entrepreneuriat aborigène Pour les travaux de recherche en entrepreneuriat aborigène, l’impulsion est venue du Canada qui, par ailleurs, a joué un rôle pionnier dans les politiques d’autonomie dont bénéficient les peuples et « nations » indigènes. La première thèse à traiter de ce thème a été soutenue en 1994 par Leo Paul Dana et portait sur une communauté villageoise d’une région lointaine au Nord, dont la population était en majorité indigène (DANA, 1994). A partir des observations sur le terrain il avait conclu que « l’entrepreneuriat ne devrait pas être défini en se basant sur le concept d’opportunité, mais c’est plutôt la perception culturelle de l’opportunité qui devrait être considérée …Le concept d’opportunité ne peut pas être transporté à travers les cultures ». De même pour la notion de risque. Les théories traditionnelles en entrepreneuriat, suggéraitil, sont elles-mêmes spécifiques à la culture occidentale. En toute logique il conviendrait aussi changer de méthodologie dans le champ de la recherche en entrepreneuriat : « si nous admettons que les entrepreneurs sont influencés par la culture, alors l’unité de recherche la plus simple pour comprendre l’entrepreneuriat, n’est pas l’entrepreneur », mais l’environnement dont les aspects les plus significatifs doivent être analysés par la méthode des cas dans une approche qualitative holistique et inductive (DANA & DANA, 2005).

18

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

Depuis une décennie, d’autres études ont montré comment, dans les pays où les héritages de la tradition des populations indigènes ont longtemps été considérés comme incompatibles avec l’entrepreneurialisme - le credo selon lequel le modèle occidental de l’entrepreneuriat combinant marché, risque et profit aurait une valeur universelle -, un entrepreneuriat local peut se développer mais pour remplir d’autres rôles selon d’autres configurations. Quelques exemples suffisent pour illustrer ce constat. L’entrepreneuriat aborigène au Canada dont Robert Anderson s’est fait une spécialité, révèle des caractéristiques distinctives tant au niveau des objectifs qu’au niveau des processus (ANDERSON, 2002). En milieu aborigène on considère d’une manière prédominante le développement économique sous un angle collectif, centré sur la communauté ou la « nation », dans le but de finir avec la dépendance par l’autosuffisance économique, le contrôle des activités sur les terres ancestrales, l’améliorations des conditions économiques et sociales, le renforcement des cultures traditionnelles, des valeurs et des langues. Selon Anderson ces objectifs peuvent être obtenus par la création et le fonctionnement d’entreprises qui soient compétitives à long terme dans l’économie globale, formant des alliances entre elles et avec des partenaires non aborigènes. Dans la perspective d’un développement autorégulé, le respect des droits indigènes à la terre et ses ressources d’une part, l’éducation, la formation et la mise en place d’institutions locales d’autre part constituent des conditions incontournables. D’après une étude portant sur les femmes entrepreneurs aborigènes du Canada, le lien de ces femmes avec la communauté ethnique est ressenti d’une manière particulièrement forte ; les stratégies de leurs entreprises sont centrées principalement sur la satisfaction des besoins de la communauté locale (LITUCHY, REAVLEY , LVINA & ABRAIRA, 2006). Ailleurs, dans les Andes péruviennes, certaines populations indigènes comme les Aymaras et les Quechuas construisent leur développement propre sur un mode collectif d’activité en poursuivant des objectifs multiples pour le bien commun (PEREDO, 2003 & 2006). Les références générales sont les terres des ancêtres et les valeurs traditionnelles dont plus particulièrement le respect pour le patrimoine commun. Dans le contexte indigène observé, l’entrepreneuriat se manifeste sous une forme collective d’entreprise basée sur la communauté, « community-based-enterprise ». Dans d’autres lieux encore, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, de nombreuses petites entreprises s’établissent avant tout pour faciliter l’échange de dons et pour mettre en valeur la position sociale de leurs propriétaires et investisseurs : la motivation par le profit est subordonnée à ces objectifs (CURRY, 2005). Le rôle des entreprises villageoises dans la réalisation des objectifs socio-économiques indigènes les rend rarement rentables. l’« encastrement social » de ces entreprises fait que tout acte en affaires doit s’inscrire dans la structure des relations sociales de la communauté. D’une manière générale, l’environnement de ces aventures entrepreneuriales se prête à une analyse en termes de réseaux et de capital social. Ce qui distingue l’entrepreneuriat aborigène de l’entrepreneuriat ethnique, c’est précisément le contexte historique et la genèse des réseaux et du capital social. Mais les spécialistes de l’entrepreneuriat aborigène insistent surtout sur les « modes de régulation sociale » qui rendent possibles les interactions entre les populations indigènes et l’économie globale (PEREDO, ANDERSON, GALBRAITH, HONIG & DANA,

JEAN-JACQUES OBRECHT

19

2004). Dans cette perspective les structures d’encastrement sont essentiellement formées par les règles construites à travers le jeu des rapports sociaux : elles permettent la communication, l’échange, la collaboration, le contrat, l’institution et même le conflit. En face à face avec d’autres environnements socio-économiques, elles sont exposées à des changements ce qui devrait soulever une question de recherche intéressante : le développement de l’entrepreneuriat sera-t-il en définitif un moyen de préserver la singularité culturelle du milieu d’appartenance ou, au contraire, le vecteur d’une banalisation culturelle ? On insiste aujourd’hui sur la nécessité d’élaborer un « paradigme globalement pertinent pour la recherche en entrepreneuriat indigène » (HINDLE & LANSDOWNE, 2005) et en même temps susceptible de faire avancer la recherche en entrepreneuriat en général : « l’étude des populations indigènes n’est pas simplement un exercice d’analyse de situations singulières dans le système mondial globalisé. Pour l’analyse théorique et empirique de l’entrepreneuriat, elle est aussi une source utile au développement d’une théorie généralisable et applicable à beaucoup d’environnements » (PEREDO, ANDERSON, GALBRAITH, HONIG & DANA, 2004). L’environnement entrepreneurial est au cœur de la démarche. L’entrepreneuriat soutenable Avec le concept d’entrepreneuriat soutenable, l’approche contextualisée de l’entrepreneuriat s’impose d’entrée de jeu. En effet, si l’on considère que le développement durable se bâtit sur une articulation équilibrée des composantes économique, sociale et environnementale du bienêtre collectif, se pose immédiatement la question de savoir dans quelle mesure l’action entrepreneuriale, dans tel et tel contexte local, peut contribuer à la réalisation de cet équilibre global au cours du processus de la croissance économique. C’est de cette problématique que traitent les travaux en « sustainable entrepreneurship » dont le sens pourrait être restitué en français par l’expression « entrepreneuriat soutenable » qui a au moins l’avantage de la brièveté. Dans les pays moteurs du processus de la globalisation, le débat actuel sur la responsabilité sociale de l’entreprise est bien révélateur d’une prise de conscience qui gagne chaque jour du terrain : l’entrepreneur, en économie de marché, ne peut plus ignorer le fait qu’il est aussi un acteur social et que son système de valeurs personnelles doit intégrer des éléments de valeurs collectives de la société dont il partage la destinée. Nous avions, pour notre part, déjà abordé cette problématique en termes de « capabilités sociétales » (OBRECHT, 2000). De même l’expansion de l’entrepreneuriat sur le terrain de l’économie sociale s’explique par la nécessité de développer une forme d’action entrepreneuriale là où le secteur privé ne trouve pas de demande suffisamment solvable et là où le secteur public se trouve devant des besoins trop hétérogènes. Dans les pays ou régions qui connaissent surtout les écarts que creuse la globalisation à leur détriment, la question de l’entrepreneuriat soutenable se pose en ces termes : quelles sont les formes d’entrepreneuriat les plus adéquates pour servir de moteur au développement durable ? Elle concerne aussi bien les pays en retard de développement confrontés à la pauvreté et que les régions en perte de vitesse des pays riches qui se vident de leurs populations. La combinaison de l’esprit d’entreprise avec un processus entrepreneurial qui ne serait pas

20

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

strictement individuel serait-elle une voie praticable ? Les études sur l’entrepreneuriat en milieu rural incitent à répondre par l’affirmative. Loin des grandes agglomérations urbaines, face à l’adversité, il n’est pas rare en effet que, dans des réseaux locaux de solidarités, on cherche à changer la situation par l’initiative entrepreneuriale mais dans un cadre plus ou moins collectif. Les études faites sur le terrain dans des environnements aussi variés que les zones montagneuses d’Afrique du Nord (BOUKELLA & BOUAITA, 2006), les hauts plateaux des Andes (PEREDO, 2003 & 2006) ou encore dans des régions délaissées du Québec (TREMBLAY & CARRIER, 2006) témoignent de la réalité du phénomène et de sa variété, lesquelles s’expliquent toujours par leurs contextes respectifs. Dans les configurations légères d’entrepreneuriat collectif, ce sont des petites ou toutes petites entreprises, liées par une cause commune, qui sont au cœur de l’action mais les impulsions sont d’ordre collectif. A leur origine se trouveront des collectivités locales ou territoriales ou encore des associations et paroisses qui par leur engagement cherchent à revitaliser une région en perte de vitesse. Elles s’engagent elles-mêmes dans des activités qui relèvent généralement de la pratique entrepreneuriale : elles prennent en charge la recherche de nouvelles opportunités ou encore mettent en place des réseaux facilitant l’accès à l’information ou des services d’accompagnement. Les bénéficiaires de ces démarches collectives sont des entreprises qui, sans elles, ne verraient pas le jour ou qui seraient très vite freinées dans leur développement. Dans les formes denses d’entrepreneuriat collectif, la dynamique entrepreneuriale trouve entièrement sa source dans une structure collective de type communautaire. On voit alors une communauté locale, souvent un village, prendre des initiatives pour se sortir de la pauvreté. Elle agit comme un entrepreneur : les membres de la communauté, quelque soit leur statut, collaborent pour identifier des opportunités de marché et s’organisent pour y répondre. Et comme une entreprise: on travaille ensemble pour produire conjointement et échanger les biens et services en utilisant la structure sociale de la communauté existante comme un moyen d’organiser ces activités. Les initiatives collectives qui sont à l’origine de telles entreprises basées sur une communauté s’expliquent entièrement par le contexte dans lequel elles voient le jour. Conclusion Il ressort de l’ensemble de ces travaux que le contexte dans lequel se déroule l’action entrepreneuriale n’est pas neutre par rapport à celle-ci et que la différenciation des contextes par les structures encastrantes entraîne un certain niveau de variété dans les modes de fonctionnement de l’entrepreneur : un modèle unique ne saurait donc expliquer les diverses configurations d’entrepreneuriat à travers le monde. Mais la logique de la demande en entrepreneuriat nous invite à aller plus loin. L’environnement entrepreneurial tel que déterminé par les formes du capital social et les dynamiques de proximité, produit une demande en entrepreneuriat contextualisée : l’entrepreneur est appelé à jouer des rôles variables selon les contextes, tant du point de vue du contenu du rôle que de la manière de l’exécuter. Les travaux que nous avons commentés sont suffisamment éloquents à cet égard et

JEAN-JACQUES OBRECHT

21

nous amènent à considérer l’entrepreneuriat sous l’angle des modes de fonctionnement que l’entrepreneur doit être en mesure de mettre en oeuvre pour remplir son rôle dans tel et tel environnement. La recherche en entrepreneuriat, dans cette perspective, procéderait de l’analyse de l’environnement entrepreneurial pour aboutir à l’analyse des modes de fonctionnement différenciés selon les environnements. Dans des publications antérieures, nous avions développé l’idée que la contextualisation des « capabilités entrepreneuriales » i.e. les modes de fonctionnement de l’entrepreneur, opère tant au niveau de la personne de l’entrepreneur qu’au niveau de ses activités liées à une organisation ainsi qu’au niveau de ses rapports à la société dans son ensemble (OBRECHT, 2004 & 2005). Du fait que ce « modèle » met la capabilité sociétale de l’entrepreneur au même plan que ses capabilités personnelle et organisationnelle et du fait que leurs contenus respectifs puissent varier selon les environnements et en interaction les uns avec les autres, il pourrait s’avérer un instrument d’analyse utile dans le nouveau protocole de recherche que nous venons d’esquisser. Dans cette perspective la recherche en entrepreneuriat pourrait trouver matière à réflexion dans les travaux en management stratégique qui, dans le droit fil de la « resource based view », développent la notion de « dynamic capabilities » (TEECE, PISANO & SHUEN, 1997 ; EISENHARDT & MARTIN, 2000 ; PROTOGEROU, CALOGHIROU & LIOUKAS, 2005). L’explication selon laquelle la performance des firmes en stratégie devrait être cherchée, non pas au niveau de leur positionnement sur les marchés, mais au niveau des processus organisationnels qui permettent de construire, de renforcer ou de reconfigurer des compétences et qui impliquent des procédures de coordination et d’apprentissage pourrait être une piste intéressante surtout au niveau de la recherche empirique. De même, sur le plan théorique, la nouvelle approche de l’entrepreneuriat en termes de « logique d’effectuation » telle qu’elle est formulée par Saras Sarasvathy pourrait servir de nouveau paradigme alors que la pensée dominante en entrepreneuriat s’appuie sur une « logique de causation » (SARASVATHY, 2000a, 2000b & 2001). Ce qui distingue ces logiques réside dans l’ensemble constitutif des choix possibles dans un processus de décision : d’un côté le choix entre des moyens pour créer un effet particulier (causation), d’un autre côté le choix entre beaucoup d’effets qui s’avèrent possibles moyennant l’utilisation d’un ensemble particulier de moyens donnés (effectuation), sachant qu’un effet est une opérationnalisation d’une aspiration humaine abstraite et que toutes deux sont des composantes du raisonnement humain. Dans la perspective de l’effectuation le processus entrepreneurial devient une démarche dans laquelle l’entrepreneur construit son futur pour réaliser une aspiration, sans objectif prédéterminé et à partir des ressources existantes. Il construit à partir de ce qu’il est « who I am », de ce qu’il sait « what I know » et avec ceux qu’il connaît « whom I know ». La construction se poursuit sur un cycle d’extension des ressources apportées par les partenaires et selon un cycle de nécessaire convergence de leurs objectifs, en synchronie avec les besoins imposés par l’environnement. Avec cette nouvelle version de la RBV, cette fois ci transposée au champ de l’entrepreneuriat, on n’est pas loin de l’idée de capabilités entrepreneuriales déterminées par l’environnement dans lequel elles sont supposées se déployer.

22

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

Références bibliographiques
- ALDRICH, H. & ZIMMER, C. (1986) : « Entrepreneurship through social networks » in Sexton, D. & Smilor, R. (eds.) The art and science of entrepreneurship. N.Y. - ANGEON, V. & CALLOIS, JM. (2005) : « Fondements théoriques du développement local : quels apports de la théorie du capital social et de l’économie de proximité ? », Economie et Institutions, n° 6 et 7; 1er et 2ème semestre, pp. 18-46. - BENKO, G. & LIPIETZ, A. (2000) : « La richesse des régions. La nouvelle géographie socio-économique » P.U.F., Paris. - BOUKELLA, M. & BOUAITA, A. (2006) : « Entrepreneurs et milieu entrepreneurial : cas des IAA dans la région de Béjaia » in Colloque International : Création d’Entreprises et Territoires. Tamanrasset, décembre. - COLEMAN, J. (1988) : « Social capital in the creation of human capital », American Journal of Sociology Vol. 94, pp. 95-120. - DANA, L.P. (1994) : « A study of the self-employed in a remote sub-Arctic community ». Ecole des HEC, Montréal, juin. - DANA, L.P. & DANA, T. (2005) : « Expanding the scope of methodologies used in entrepreneurship research » Int. J. Entrepreneurship and Small Business, Vol. 2, N° 1, pp. 79-88. - CHOLLET, B. (2002) : « L’analyse des réseaux sociaux : quelles implications pour le champ de l’entrepreneuriat ? » 6ème Congrès international francophone sur la PME. HEC, Montréal. - CURRY, G. (2005) : « Doing business in Papua New Guinea : the social embeddedness of small business enterprises » Journal of Small Business & Entrepreneurship. Vol. 18, N° 2, pp. 231-245. - EISENHARDT KM & MARTIN JA (2000) : “Dynamic capabilities: what are they?” Strategic Management Journal. Special Issue, 21. - FERTALA, N. (2007) : « A study of immigrant entrepreneurship in Upper Bavaria » Int. J. of Entrepreneurship and Small business, Vol. 4, N° 2, pp. 179-206. - GASSE, Y. (2003) : « L’influence du milieu dans la création d’entreprises », Organisations & Territoires, vol. 12, n° 2, pp. 49-56. GRANOVETTER M. (1973) : « The strength of weak ties » American Journal of Sociology, Vol. 78, N° 6, pp. 13601380. - GRANOVETTER M. (1983) : « The strength of weak ties: network theory revisited » Sociological Theory, Vol.1, 201233. - GRANOVETTER M. (1985) : « Economic action and social structure: the problem of embeddedness », American Journal of Sociology, Vol. 91, N° 3, pp. 481-510. - GRANOVETTER M. (1992) : « Economic institutions as social constructions: a framework for analysis » Acta Sociologica, Vol. 35, N° 1, pp. 3-12. - HINDLE, K. & LANSDOWNE, M. (2005) : « Brave spirits on new paths: toward a globally relevant paradigm of indigenous entrepreneurship research » Journal of Small Business & Entrepreneurship. Vol. 18, N° 2, pp. 131-141. - JOHANNISSON, B. (1987) : « Anarchists and organisers: entrepreneurs in a network perspective » International Studies of Management and Organisation. Vol. XVII, N° 1. - JOHANNISSON, B. (1996) : « The dynamics of entrepreneurial networks » in Frontiers of Entrepreneurship Research » Babson College. - JOHANNISSON, B. (2002) : « The institutional embeddedness of local inter-firm networks : a leverage for business creation » Entrepreneurship & Regional Development. Vol.14, N° 4. - JULIEN, PA., ANDRIAMBELOSON & RAMANGALAHY, C. (2002) : « Réseaux, signaux faibles et innovations technologiques dans les PME du secteur des équipements de transport terrestre » IX7ME Conférence Internationale de Management Stratégique, AIMS, Montpellier. - LEVY Th. (2000) : « Entrepreneuriat immigré en France et dispositifs d’accompagnement » Actes des XVème Journées des IAE, Bayonne-Biarritz, septembre. - LEVY Th. (2004) : « L’entrepreneuriat immigré et son accompagnement en France » Thèse de doctorat ès Sciences de Gestion, IAE de Toulon, Université du Sud-Toulon-Var. Prix 2005 de la meilleure thèse en Entrepreneuriat. - LEVY-TADJINE, Th. & PATUREL, R. (2006) : « Modéliser et singulariser le phénomène entrepreneurial » in L’internationalisation des PME et ses conséquences sur les stratégies entrepreneuriales » 8ème Congrès International Francophone en Entrepreneuriat et PME, HEG, Fribourg, octobre. - LITUCHY, T., REAVLEY, M., LVINA, E. & ABRAIRA, R. (2006) : « Success factors of aboriginal women entrepreneurs : a study of Mohawk community in Canada » Int. J. Entrepreneurship and Small Business, Vol.3, N° 6, pp. 760-778.

JEAN-JACQUES OBRECHT

23

- KORSCHING, P. & ALLEN, J. (2004) : « Local entrepreneurship: a development model based on community interaction field theory » Journal of the Community Development Society, Vol. 35 N° 1. - MALMBERG, A. & MASKELL, P. (2006) : « Localized learning - what it is and what it isn’t ». Cinquièmes Journées de la Proximité, Bordeaux, juin. - MARCHESNAY, M. & JULIEN, P.A. (1996) : « L’entrepreneuriat » Economica, p. 91. - MORRISON, A. (1998) : « Entrepreneurship and culture specificity » in Entrepreneurship: an international perspective. Butterworth-Heinemann, Oxford. - OBRECHT, J-J. (2000) : « Plaidoyer pour une conception humaniste de l’entrepreneuriat et de l’éducation entrepreneuriale » in L’Entrepreneuriat dans un Contexte Dynamique. Colloque International, IFE-INSCAE, Antananarivo, mars. - OBRECHT, J-J. (2004) : « Entrepreneurial capabilities : a resource-based systemic approach to international entreprenneurship » in Handbook of Research on International Entrepreneurship. Edward Elgar Publishing. - OBRECHT, J-J. (2005) : « L’entrepreneuriat international : un rhizome vigoureux dans un terrain nouveau » in Les Sciences de Gestion au Cœur du développement. Colloque International. INSCAE, Antananarivo, novembre. - ORLEAN, A. (2002) : « Les interactions mimétiques » in Lesourne & ali (eds) : Leçons de microéconomie évolutionniste, Odile Jacob, Paris. - PATUREL, R. (1997) : « Pratique du management stratégique » Presses Universitaires de Grenoble. - PEREDO, A.M. (2003): « Emerging strategies against poverty : the road less travelled » Journal of Management Inquiry. - PEREDO, A.M., ANDERSON R.B., GALBRAITH C.S., HONIG B. & DANA L.P. (2004) : « Towards a theory of indigenous entrepreneurship » Int. J. Entrepreneurship and Small Business, Vol. 1, Nos 1/2, pp. 1-20. - PEREDO, A.M. (2006) : « Toward a theory of community-based enterprise » Academy of Management Review, Vol. 31, N° 2, pp. 309-328. - PLOCINICZAK, S. (2004) : « Du pourquoi au comment. Création de petites entreprises, embeddedness et capital social. Enseignements d’une enquête » in Le Capital Social. Actes du colloque organisé par le Groupe de Recherche Innovations et Sociétés, Université de Rouen, Cellule GRIS N° 10, mars. - PROTOGEROU A., CALOGHIROU Y. & LIOUKAS S. (2005) : “Inside the black box of dynamic capabilities: defining and analysing their linkages to functional competences and firm performance” DRUID Tenth Anniversary Summer Conference, Copenhagen, June. - PUTNAM, R. (1995) : « Bowling alone : America’s declining social capital » Journal of Democracy, Vol. 6, N° 1 - PUTNAM, R. (2000) : « Bowling alone: the collapse and revival of American community », Simon & Schuster, New York. - REYNOLDS, P.D. (1991) : « Sociology and entrepreneurship : concepts and contribution » Entrepreneurship Theory and Practice. Vol. XVI, N° 2. - SALEILLES, S. (2006) : « Modes de construction et de mobilisation du réseau personnel: le cas des entrepreneurs néoruraux » 8ème CIFPME, Fribourg, octobre. - SARASVATHY S.D. & VENKATARAMAN S. (2000a) : “Strategy and entrepreneurship : outlines of an untold story” in Strategic Management Handbook. Hitt ed. - SARASVATHY S.D. & SIMON H.A. (2000b) : “Effectuation, near-decomposability, and the growth of entrepreneurial firms” Paper presented at the First Annual Technology Entrepreneurship Research Policy Conference, University of Maryland. - SARASVATHY S.D. (2001) : “Causation and effectuation : toward a theoretical shift from economic inevitability of entrepreneurial contingency”, Academy of Management Review, Vol. 26, n° 2. - SUIRE, R., VICENTE, J. & DALLA PRIA, Y. (2006) : « Modeling the ambivalent stability properties of clusters » Cinquièmes Journées de la Proximité, Bordeaux. - TEECE DJ, PISANO G. & SHUEN A. (1997) : « Dynamic capabilities and strategic management » Strategic Management Journal, 18. - TORRE, A. & ZUINDEAU, B. (2006) : « Proximité et environnement » Revue Développement Durable & Territoires, mai. - TREMBLAY, M. & CARRIER C. (2006) : « Pratiques collectives d’identification d’opportunités : une étude exploratoire », 8ème CIFPME, Fribourg, octobre. - VENTOLINI, S. (2006) : « L’analyse des réseaux sociaux, une nouvelle approche pour les sciences de gestion ? » Journées Nationales des IAE, Montpellier, avril. - VERSTRAETE, T. (2001) : « Entrepreneuriat : modélisation du phénomène », Revue de l’Entrepreneuriat. Vol. 1, N° 1, pp. 5-23. - WILKINSON, K. (1991) : « The rural community in America » Greenwood, N.Y.

2 APPROCHE SPATIALE ET COMPARATIVE DE L’ENTREPRENEURIAT SOLIDAIRE : DEMARCHE DE CADRAGE CONCEPTUEL
Tinasoa RAZAFINDRAZAKA Doctorante Institut de recherche sur les PME, Université du Québec à Trois-Rivières, Canada Tinasoa.Razafindrazaka@uqtr.ca RÉSUMÉ Cette communication constitue un propos d’étape d’une recherche en cours. Son objet s’articule en un inventaire des référentiels théoriques croisés au fondement de la problématique, formulée comme suit : « comment l’interaction des entrepreneurs locaux et du milieu influe-t-elle sur la dynamique territoriale ? Et quelles en sont les modalités de coordination ? » En vue d’amener une réponse à cette interrogation, on projette de comparer deux systèmes territoriaux de production : l’un situé au Québec (Montérégie) et l’autre à Madagascar (Vakinankaratra). Il s’agit de recherches comparatives sur des données collectées dans le secteur de transformation de fruits et légumes. La contribution est originale en ce sens qu’elle ambitionne de mettre en parallèle deux contextes : celui du Nord et celui du Sud. Le cadrage conceptuel se construit autour de trois grandes familles de courant : territorial, socio-économique et organisationnel. Mots-clés : milieu, interaction, entrepreneuriat local, dynamique territoriale Introduction Depuis le début des années 80, un certain nombre d’études démontrent le phénomène du renversement des hiérarchies spatiales dans l’organisation des activités économiques. Ces

26

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

études mettent en relief le fait que l’état des connaissances au niveau des mécanismes du développement est modifié. En effet, on a observé que des processus de développement peuvent avoir comme origine des dynamiques internes aux régions (Aydalot, 1984 et 1986), plutôt que des sources venant de l’extérieur, d’après les logiques prônées par la théorie néoclassique de l’économie. Ce renversement des hiérarchies spatiales s’illustre par la prise en compte des capacités locales , dont l’entrepreneuriat, dans la trajectoire de développement des territoires. L’organisation productive locale est constituée par les activités des entités publiques (institutions) ou privées (entrepreneuriat), marchandes ou non marchandes, ancrées, sur le territoire Passer d’une croissance donnée a priori à un développement construit et d’une optique de diffusion de richesse à une optique de création de richesse (Maillat, 1997), nécessite plus qu’une réadaptation des théories régionales. Ce qui motive notre intention d’y poser un regard éclairé. On s’interroge sur les mécanismes et les interdépendances qui conduisent à cette nouvelle approche du développement. Nous introduisons la variable espace dans le champ d’étude de l’entrepreneuriat, en proposant une analyse territorialisée de développement où les acteurs locaux retrouvent une importance capitale en ce qu’ils constituent l’élément premier du développement (Coffey et Polèse, 1985). Ces acteurs locaux sont représentés par l’entrepreneuriat local et le milieu. L’entrepreneuriat est, donc au cœur de la mutation du phénomène de développement. Essentiellement, dans la perspective de l’entrepreneuriat solidaire c’est-à-dire en contexte collectif. Et l’on parle davantage de développement territorial plutôt que de développement régional. Puisque ce dernier terme renvoie plutôt à des structures administratives ne correspondant pas à notre propos. L’objectif de cet article est de présenter les répères théoriques suscptibles d’être mobilisés pour asseoir la recherche en cours1. La demarche conceptuelle s’appuye sur trois courants. D’où la division du papier en triple partie. La première partie est consacrée aux concepts dits territoriaux. La seconde fait référence aux théories socio-économiques. Tandis que la troisième partie rapporte les courants organisationnels. COURANTS TERRITORIAUX : LES THÉORIES DU DÉVELOPPEMENT DANS L’ESPACE Le développement endogène Le cadre d’analyse privilégie le territoire en tant que champ d’action. D’où l’édification de nos réflexions sur le corpus des théories du développement dans l’espace. L’approche territoriale du développement fait suite à la prise de conscience sur l’inégalité de la diffusion du développement dans l’espace. Les territoires ne se développent pas tous de la même façon. D’abord, les déséquilibres de développement ont été marquants entre les pays du Nord et les pays du Sud. Par la suite, l’on a constaté que des déséquilibres se produisaient aussi entre les territoires des pays du Nord. Avec le constat de ce double déséquilibre (mondial et

TINASOA RAZAFINDRAZAKA

27

local), nous disposons de socle de référence pour justifier la comparaison de deux territoires aux antipodes économiques et géographiques (Montérégie et Vakinankaratra). Pour certains auteurs (Aydalot, 1985 et Proulx, 1995), l’approche territoriale du développement s’accompagne de l’avènement d’un nouveau paradigme : le développement par le bas, par opposition à celui du développement par le haut (Aydalot, 1985). Ce nouveau paradigme transparaît dans la théorie du développement endogène. Bien que ce concept touche davantage les pays en développement (Proulx, 1995), il a été élaboré également dans les pays du Nord, notamment par John Friedman (1992), avec le concept de développement agropolitain ou celui de développement autocentré. Le développement endogène est territorial et communautaire (Aydalot, 1986). Il est axé sur la valorisation des ressources locales : ressources naturelles, culture locale, savoir-faire local. Le territoire est à la base du développement. C’est dans un espace particulier que le développement s’incarne et prend sa source. Il est communautaire puisqu’il fait appel à la participation de la population. La théorie de développement endogène fournit un cadre de réflexion sur la contribution des acteurs d’un territoire, qu’ils s’agissent des entrepreneurs, des collectivités territoriales, d’organismes de recherche, etc., au développement ascendant et communautaire dudit territoire. En outre, elle rend compte du renversement des hiérarchies spatiales dans la trajectoire du développement. Le développement local Le développement local est un concept complexe : phénomène économique certes, mais aussi et surtout social et culturel. Celui-ci est l’expression d’un accroissement d’échanges, à la fois matériels et immatériels, prenant la forme de nouvelles relations économiques et sociales au sein d’un territoire donné. Considéré comme découlant du développement endogène, le concept de développement local n’en demeure pas moins un véritable courant structuré et formalisé parmi les théories du développement dans l’espace. Différentes versions du développement local existent, selon les auteurs qui le décrivent, et en fonction de l’accent mis davantage sur tel ou tel principe. Nous retenons celle qui s’articule autour du développement économique local. Cette approche se concentre à la mise sur pied d’initiatives concertées par des partenaires oeuvrant au niveau du territoire local. Bernard Vachon (2002) caractérise le développement local comme une stratégie qui vise par des mécanismes de partenariat à créer un environnement propice aux initiatives locales afin d’augmenter la capacité des collectivités en difficulté ; à s’adapter aux nouvelles règles du jeu de la croissance macro-économique ; ou à trouver d’autres formes de développement, qui par des modes d’organisation et de production inédits intégreront des préoccupations sociales, culturelles et environnementales parmi des considérations purement économiques. Dans le sillage de ces caractéristiques, l’approche par les milieux peut se comprendre comme un appareillage du développement local.

28 Le milieu

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

Selon Julien (2005), le milieu est un regroupement d’acteurs encastrés dans le territoire qui, sur la base d’une culture relativement commune, de normes et de conventions sociales partagées, peut faciliter les échanges pour stimuler la création et le développement des entreprises. En d’autres termes, le milieu se définit comme un ensemble territorialisé, ouvert sur l’extérieur, intégrant des capacités, des règles et du capital social. Il est attaché à un collectif d’acteurs (entreprises industrielles, entreprises de service, instituts de financement, centres de recherche et de formation, associations professionnelles, pouvoirs publics locaux, administrations, autres interfaces publiques) et met en œuvre des ressources humaines et matérielles (main d’œuvre, machines, infrastructures). L’approche par le milieu attribue un potentiel de développement à chaque territoire selon les filières productives ou les systèmes d’entrepreneuriat, tout en démontrant que le développement des entreprises résulte des forces innovatrices au sein du milieu. L’accent est donc mis sur les conditions existantes sur le territoire, permettant de développer l’entrepreneuriat local. Cette approche permet de conforter la certitude de l’existence du lien plus que plausible entre l’entrepreneuriat local soutenu par le milieu d’un côté, et le développement territorialisé de l’autre. Par ailleurs, la caractéristique de l’approche par le milieu est de privilégier la spécialisation (savoir-faire de la région). Les régions ou territoires à succès ont toujours des spécificités (Crevoisier, 1993). Ainsi, cette recherche retient le secteur agro-alimentaire comme la spécialité des deux régions choisies pour être observées. En effet, la région Vakinankaratra est une zone d’intervention d’un programme appelé Pôle Intégré de Croissance (PIC) pour les activités agricoles et agro-alimentaires. Tandis que la Montérégie est considérée comme leader en bioalimentaire dans le cadre du projet Action Concertée de Coopération Régionale de Développement (ACCORD). Il est à relever que la mise en vigueur de ces deux projets fait l’objet de concertation avec les acteurs locaux. Cette concertation est tout à fait opportune car imposer risque de rendre inefficace toute politique de développement local (O’Gorman et Kautonen, 2004). En outre, la démarche de constitution concertée permet de déployer la rationalité procédurale à travers l’intentionnalité d’adhésion de chaque acteur concerné. COURANTS SOCIO-ÉCONOMIQUES : LES RÉSEAUX ET LE CAPITAL SOCIAL, LA THÉORIE DE LA STRUCTURATION, LA CONFIANCE ET LA THÉORIE DES CONVENTIONS. Nous mettons à l’écart les traditions de pensée orientées sur la rationalité parfaite, au profit des visions de rationalité procédurale, introduite par Simon (1976). En effet, toute dynamique économique procède par création de savoir-faire. Cette création est une démarche collective qui ne relève pas de la rationalité parfaite, mais plutôt des apprentissages au cours desquels les partenaires forgent une rationalité commune, de nature procédurale, spécifique à leur contexte (Perrin, 1991).

TINASOA RAZAFINDRAZAKA

29

La coopération au sein d’un système territorial de production constitue dons une démarche procédurale. En ce sens, il n’y a ni références objectives initiales, ni un point d’arrivée strictement planifié. Les acteurs opèrent par ajustement mutuel durant l’apprentissage collectif en vue de converger vers la constitution des codes et des conventions. A cet effet, cette recherche s’aligne sur des approches socioéconomiques, dans une tentative de construire des définitions réalistes des faits économiques. Les réseaux et le capital social. En s’intéressant à l’émergence d’un phénomène d’interaction sur une logique d’agglomération, nous entreprenons une lecture réticulaire du développement endogène. En effet, au-delà des externalités d’atmosphère qui proviennent d’une culture technique commune, de l’interaction, de la mobilité des individus sur le marché du travail, de la facilité des contacts personnels ainsi que de la transmission des informations, le milieu se caractérise également par des coopérations plus directes entre les acteurs locaux (privés, publics et collectifs). Et ces coopérations intervenues dans une aire géographique, s’effectuent généralement sous la forme de réseaux (Maillat, Quévit, Senn, 1993). Le réseau est un terme polymorphe. Nous retenons la définition qui s’inscrit dans un ensemble de réflexions et d’analyses consacrées aux modalités de la coordination de l’action, donc en phase avec notre préoccupation. Le concept de réseau est alors utilisé dans deux sens différents mais complémentaires : a) premièrement, elle sert à désigner les ajustements locaux négociés par des agents en contact direct, qui , de proche en proche, finissent par rendre compatibles des actions entreprises par un grand nombre d’agents sans relations directes les uns avec les autres ; b) deuxièmement, elle caractérise des formes d’organisation hybrides ou intermédiaires qui surmontent les limites habituelles de la coordination par le marché ou par la hiérarchie (Callon ,1999). A travers un cadre intégrateur des contributions théoriques majeures relatives à l’étude du réseau, Houe (2006) synthétise le réseau comme : - une structure de gouvernance des relations inter-firmes permettant l’accès et l’échange d’actifs et possédant une dimension transactionnelle ; - une structure sociale et informelle immergée dans son environnement où les rapports non marchands, les relations personnelles et les normes informationnelles sont prises en compte sans pour autant écarter totalement le comportement économique. Durant l’interaction, le contexte social est en continuelle construction et déconstruction. Pouvoir et confiance sont des éléments essentiels à la compréhension de la dynamique d’un réseau immergé dans un univers de convention ; - une structure permettant de coopérer et d’acquérir des compétences spécifiques, et de développer l’apprentissage ; - un outil au service de la stratégie de l’entreprise donnant accès à de nouvelles ressources.

30

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

En associant le concept de réseau à la notion de proximité territoriale, on obtient une configuration réticulaire particulière, qualifiée par Houe (2006) « de réseau socio-territorial condensé ». Le tableau ci-dessous illustre cette lecture réticulaire d’un système territorial de production. Principaux courants théoriques associées Dimension dominante dans le réseau Objectifs privilégiés par les acteurs Comportement des acteurs Théories socio-économiques Théorie des conventions La dimension sociale et l’apprentissage collectif Acquérir de nouvelles connaissances et savoir-faire Déterminé et contraint par la sphère sociale Encastrement des individus dans des réseaux de relations et d’échanges avec des objectifs marchands et non marchands Confiance , pouvoir et coopération Liens socio-économiques forts au niveau d’une filière ou d’une activité territorialisée et structurés par des conventions Interactions continues sociales et économiques

Structuration des liens entre acteurs

Forme de communication privilégiée Horizon géographique

Concentré (ville, territoire)

Proximité exploitée au sein du réseau et Proximité territoriale : intersection de la proximité organisationnelle et de la assurant la coordination proximité géonomique Exemple de ce type de réseau
Source : adapté de Houe (2006)

Le district industriel, le Système Agroalimentaire Localisé (SYAL)

Cette recherche est adossée sur des théories socio-économiques pour sa posture conceptuelle, afin de mieux souligner la portée des aspects non marchands, de l’interaction entre l’entrepreneuriat et le milieu, sur le mécanisme de développement. En effet, le phénomène est autant social qu’économique, que l’horizon d’observation soit global ou local. Démonstration en est faite par Pierre Bourdieu (2000), dans ses écrits relatifs à l’anthropologie de l’économie. Selon cet auteur, il existe une rupture avec le paradigme dominant de rationalité limitée. Il s’éloigne de l’accumulation excessive et du règne inconditionnel de prix, en affirmant que les transactions économiques résultent des constructions sociales plutôt que des processus purement marchands. Ce sont les agents (les entreprises et les entités économiques) qui créent l’espace (le champ économique) en lui conférant une certaine structure, notamment celle du

TINASOA RAZAFINDRAZAKA

31

capital, sous ses différentes espèces (capital financier, capital social, capital technologique, capital commercial, capital symbolique). Cette historicité socialement constitutive des agents et de leur espace d’action, peut se transposer sur l’analyse de la synergie entre l’entrepreneuriat local et le milieu (les agents) influant sur le développement territorialisé (le champ économique). La synergie qui nous intéresse ne se cantonne pas au point de vue économique. Elle doit couvrir en même temps le fait sociétal. Il y a lieu donc de s’intéresser au capital social. Le capital social est un concept dépendant du contexte social dans lequel il se déploie, qui réclame la définition des conditions avec lesquelles il pourrait avoir des résultats productifs (Gabbay, 1997). S’agissant de notre propos, le capital social se réfère à la somme des ressources actuelles ou potentielles, tangibles et intangibles encastrées à l’intérieur, disponibles au travers, et dérivées du réseau de relations possédé par un acteur individuel ou collectif, l’accès à ces ressources, devant avoir des conséquences positives pour l’action (Plociniczak, 2003). Bien que le capital social ait été par le passé utilisé dans le cadre des recherches sociologiques et anthropologiques, son usage est pleinement compatible avec la compréhension des activités relationnelles des acteurs économiques et peut aisément être étendu aux organisations et aux réseaux d’entreprises (Plociniczak, 2004). Ainsi, le territoire d’implantation est une source de capital social utile aux entrepreneurs qui s’y installent. Julien (2005) voit dans le territoire : un réservoir de savoirs et un offreur d’opportunités. Dans ce sens, le capital social devient le capital social territorial. Ce dernier concept fait référence à un actif collectif (Saleilles, 2006). On peut le considérer comme un stock de ressources relationnelles potentiellement mobilisables par les entrepreneurs au sein du territoire. Le capital social territorial se décline en deux composantes (Coleman, 1990 ; Flora et Flora, 1993 ; Putman, 1995) : - le capital social de type « bonding », liant la communauté entre elle - le capital social de type « bridging », servant à connecter cette communauté à l’environnement extérieur La théorie de la structuration En se questionnant sur « le comment de cette interaction économique et sociétale ? », notre attention se consacre de façon moindre à la structure pour se focaliser davantage à la structuration. Ladite structuration puise ses racines au fond des éléments de la théorie de la structuration développée par Giddens (1987). Ce dernier défend la pertinence de la spatialité parmi les propriétés de l’interaction sociale. Il fait référence à un espace utilisé (lieu) comme cadre d’interaction. L’intérieur d’un lieu est régionalisé et ses régions sont d’une importance cruciale pour la constitution des contextes d’interaction (Giddens, 1987). De prime abord, le phénomène « endogène et territorial » qui nous intéresse est donc indissociable de tout contexte interactif. La spatialité va de pair avec la temporalité pour éviter de se perdre dans l’indéfini et l’infini. Giddens (1987) évoque la temporalité à travers la routinisation et la sérialité. Une répétitivité

32

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

d’actions collectives et une multiplicité d’apprentissage sont requises pour influencer ou contrôler le cours de l’interaction (Giddens, 1987). Pour nous permettre d’apprécier le retentissement de l’interaction entre l’entrepreneuriat local et le milieu, sur le développement territorialisé, une période de référence en amont et en aval devrait être fixée, particulièrement pour l’outillage opératoire de la recherche (guide d’entretien rétrospectif, critères d’échantillonnage,…) Malgré ce soin particulier accordé à l’élément temps, notre recherche n’est pas une comparaison temporelle. Il s’agit de comparatif factuel de deux contextes ou espaces d’interaction. Comme répercussion à la pluralité d’acteurs, l’interaction sollicite des instruments de régulation pour assurer son organisation. Ce qui justifie la deuxième composante du questionnement de recherche : comment l’interaction des entrepreneurs et du milieu influe-telle sur la dynamique territoriale ? Et quelles en sont les modalités de coordination ? Ici, nous nous rangeons toujours dans une perspective structurationniste, en faisant appel à la confiance relationnelle et à la théorie des conventions, pour expliciter les modes de coordination du mécanisme du développement territorialisé. La confiance et la théorie des conventions La confiance est au cœur de la relation sociale qu’est l’interaction. Des entreprises concurrentes vont coopérer sur la base de la confiance (Mangematin, 1999). La rationalité mécaniste et opportuniste demeure plus que jamais rejetée. Mais cette confiance ne préexiste pas à l’interaction, elle se construit. Les ressources mobilisées pour sa production intègrent à la fois le champ « tout marché » et celui de « hors marché ». Essentiellement, ce sont les routines communes qui vont générer une relation, laquelle développera à son tour la confiance. La construction de la confiance relationnelle s’apparente à la souscription au contrat social de Jean-Jacques Rousseau. En s’insérant au système productif localisé, les entrepreneurs locaux font confiance à des institutions plutôt qu’a des personnes : le milieu qui soutient, les ressources territoriales exploitées, la dynamique territoriale qui s’impulse. La confiance est étendue à un groupe, avec le temps, avec la fréquence des échanges et avec la mise en place de routine (Zucker, 1986)2. Les engagements dans la coopération territoriale sont parfois implicites et informels. C’est la confiance qui se substitue à l’autorité hiérarchique, en incarnant le mode non marchand de coordination d’une collectivité productive. En bref, on réinterprète la confiance non plus comme une variable dichotomique, mais plutôt comme un processus continu (Bellemare et Briand, 1999). Ce processuel prend vie par le biais des conventions. Dans le contexte d’interaction entrepreneuriale, on retrouve une situation à la fois conflictuelle (divergence d’intérêt) et coopérative (nécessité de synergie). L’adoption des conventions permet la synchronisation de ce phénomène paradoxal. Les conventions régissent l’action collective et résolvent les conflits. Au sens du logicien Lewis (1969), la convention est une régularité de comportement où chacun se conforme au comportement qu’il croit que l’autre adoptera. L’approche de Lewis (1969) basée sur la conformité renforce l’idée d’absence de confiance préexistante à l’interaction. Ce qui veut dire que les acteurs interagissent sans accord

TINASOA RAZAFINDRAZAKA

33

préalable. Par la même occasion, on rejoint la perspective conventionnaliste de Hume3 fondée sur la prise en considération par chaque individu de ce qu’il anticipe comme agissement de l’autre. Pourtant, la conformité uniquement ne saurait expliquer pourquoi des acteurs dont les intérêts sont dissociables, s’associent pour la promotion du territoire. Ici, la notion « d’intérêts communs » introduite par Schelling (1960) et reformulée par Lewis (1969) sous le vocable de « savoir commun », trouve son application. Les organisations productives territorialisées s’aménagent autour d’une activité spécifique. Ce que l’approche par le milieu désigne comme la spécialisation (savoir faire, ressource). L’entrepreneuriat local, opérant sur cette filière productive, bénéficie de la renommée de la spécialisation. La préservation d’intérêt commun ne peut être qu’une œuvre collective. D’où la dynamique interactionniste pour soutenir le développement du territoire. On peut y détecter un renoncement au particulier (Boltanski et Thévenot, 1991), en ce sens qu’en adoptant une démarche procédurale, les acteurs occultent la rationalité cognitive. Les enjeux de la coopération étant clarifiés, sa coordination privilégiant des usages conventionnalistes (normes créées et légitimées), comme substituts aux modalités contractualisantes (accords contraignants et coercitifs), s’explicite davantage. Malgré l’appropriation par notre réflexion de ces quelques courants à dimension sociologique, elle ne saurait faire l’économie d’une lecture organisationnelle pour asseoir son édification théorique. Car l’interaction, de surcroît dans un contexte local, met en présence plusieurs unités d’organisation, subissant les contrecoups de la globalisation, naviguant dans un environnement incertain et complexe, et qui font face à des problèmes contre lesquels l’affront en ordre dispersé s’avère infructueux. COURANTS ORGANISATIONNELS : LA THÉORIE DE LA COMPLEXITÉ, LES STRATÉGIES COLLECTIVES D’ENTREPRENEURIAT La complexité L’interaction entrepreneuriale représente la complexification des formes organisationnelles, se démarquant des configurations de structures entrepreneuriales montrées d’habitude. Les systèmes productifs territorialisés appartiennent à la typologie des réseaux d’entreprises (regroupement, associations, districts industriels, grappes d’entreprises). L’interaction entre les entrepreneurs locaux incarne le principe dialogique de la complexité (Edgar Morin, 1991). Les entreprises concurrentes sont en coopération implicite par souci d’intérêt commun (savoirfaire territorial notamment). La coopération et la compétition, non exclusives, concrétisent le paradigme de complexité, à la fois de disjonction, de conjonction, d’inclusion et d’opposition (Lissack, 1999). On remarque également une remontée en surface de l’avenue de la complexité, cette fois sous l’angle du paradoxe et de la contradiction (Morin, 1991). En accord avec la théorie endogène du développement, nous entreprenons pourtant une recherche comparative à l’échelle mondiale, qui pourrait être commenté comme l’adhésion à l’approche exogène du développement. En réalité, la problématique « local/global » illustre l’imbrication des problèmes auxquels font face les entreprises, indifféremment des marchés qu’elles desservent

34

LES MUTATIONS ENTREPRENEURIALES

(au Nord ou au Sud). Ce qui atteste en même temps, la nature complexe du phénomène que nous proposons d’étudier (Pecqueur, 2006). Quand les jalons de recherche sont posés sur les différences dans les trajectoires de développement économique territorialisé, il est permis de les traduire comme une anticipation à la dissemblance des trajectoires de développement. Du coup, cette dissimilitude s’interprète comme la non-linéarité de ces trajectoires. Lorsque la dynamique est non-linéaire, il convient de la considérer comme complexe (Thiétart, 2000). Au final, la présupposition d’une émergence ascendante dont la coordination s’effectue à travers des conventions, caractérise la dynamique territoriale en tant qu’auto-organisation. Ce qui est symptomatique des systèmes complexes (Thiétart, 2000). Les stratégies collectives d’entrepreneuriat Au-delà de l’essence économico-sociétale, l’aspect stratégie entrepreneuriale de l’interaction territoriale ne saurait être occulté. A cet-égard, l’approche de stratégie collective fournie par Astley et Fombrun (1983) est mobilisée. Ce champ de recherche procure un cadre référentiel basé sur les stratégies de collaboration qu’une entreprise peut mettre en œuvre avec d’autres partenaires y compris des concurrents. Toutefois, la dimension territoriale y est absente. Ce qui ne déséquilibre pas le cheminement théorique puisque l’agrégat de la territorialité s’est solidifié à travers les courants territoriaux préalablement exposés. Selon ces auteurs, la stratégie collective correspond à « la mobilisation commune de ressources et la formulation d’actions au sein de collectivité d’organisation ».Par des initiatives tacites, les entreprises se constituent en système productif, qui est une résultante des stratégies collectives de collaboration combinées avec des stratégies individuelles de croissance, fondées sur des logiques de proximité (Fourcade, 2006 a). La coopération territoriale étant portée par l’articulation des actions des acteurs privés et publics, elle ne peut être alors qu’une dynamique collective. A l’interieur des deux systèmes productifs misent en parallèle (Montérégie et Vakinankaratra), pourraient se développer de nouvelles formes de solidarité entre les entrepreneurs et s’élaborer de nouveaux comportements collectifs. Les entreprises mobilisent des stratégies individuelles de collaboration, qui seront mises en œuvre avec d’autres partenaires, y compris des concurrents. La coo-pétition incarne les mutations entrepreneuriales. Des intérdépendances sont créées. Lesquelles intérdépendances sont influencées par le milieu entrepreneurial. Conclusion Il ressort de la revue de littérature effectuée, que ni un corpus théorique unifié, ni un référentiel pré-établi, ne pourraient s’appliquer à nos propos. Nous avons donc procédé à une démarche d’emprunts dans des disciplines diverses (économie, sociologie, sciences régionales,…). Déjà, on peut entrevoir l’esquisse d’un cadre référentiel émergent vers lequel nous prévoyons d’aboutir. Et qui constitue en quelque sorte la finalité de nos préoccupations.

TINASOA RAZAFINDRAZAKA

35

Par ailleurs, il faut souligner que cette recherche s’inscrit dans une volonté d’élaborer une modélisation du phénomène d’instrumentation de la dynamique territoriale via l’entrepreneuriat local. Dans cette optique, notre regard ne se limite pas uniquement en termes de création d’entreprises et d’emplois. Il s’agit d’aller au-delà des indicateurs purement économiques et éphémères. Pour se soucier davantage des contributions à caractère sociétal et durable. On constate que le phénomène qui nous intéresse est émergent. On est donc dans une situation d’éclosion mais non de décision (Giraut et Antheaume, 2005). L’émergence s’effectue par des mécanismes complexes et diversifiés, centrés sur les territoires, en fonction des ressources en présence ainsi que des interactions à l’œuvre. Ces mécanismes partagent un double déterminant transversal (Fourcade, 2006b) : (1) des acteurs (entrepreneurs et intervenants du milieu) situés sur un espace entretenant un rapport particulier à un territoire (logique de proximité), (2) déploient un mode de coordination pour une communauté d’intérêts et de propriété (logique organisationnelle). La combinaison des deux logiques est à l’origine de la dynamique des territoires. Cette dynamique territoriale enracine le développement territorialisé. D’orès et déjà, la terminologie usitée exprime en soi que les territoires ne sont pas statiques, ils connaissent des évolutions positives ou négatives (Bel, 2007). Notre recherche s’intéresse à cet aspect évolutif, qui sous tend l’existence d’itinéraire processuel et de contexte structurant. Des modalités formelles ou informelles orientent la dynamique territoriale, au cours d’un processus interactif mettant en jeu les différents acteurs locaux dans des environnements spécifiques. L’éclairage auquel nous nous appliquons se rapporte à la construction de la dynamique territoriale, en mettant au centre de l’analyse la place que pourrait occuper les jeux d’acteurs locaux dans ce processus constructif. Autrement dit, il s’agit d’observer la manière par laquelle les acteurs locaux pourraient conditionner et participer au dynamisme de leur territoire. En adoptant ces perspectives territorialistes, on dépasse le clivage entre macroéconomie et microéconomie, en intégrant les dimensions entrepreneuriales, et spatiales, dans le concept de développement.