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Patrons, réussissez votre Chine !

De
491 pages
L'adhésion à l'OMC, son gigantesque marché intérieur, ses bas coûts de main d'oeuvre, le nombre important de ses scientifiques... font de la Chine le pays de tous les possibles pour les entreprises occidentales en quête de relais de croissance. Cependant, y rentrer, y réussir et y demeurer est bien loin d'être aisé. Le jeu des acteurs, les rouages administratifs, le système politique sont opaques. Pour réussir en chine, il faut surtout et avant tout comprendre la nature de la culture politique et acquérir un savoir-faire spécifique dans la pratique des affaires dans ce pays.
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Patrons, réussissez votre Chine!

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr ISBN: 2-7475-9320-7 EAN : 9782747593205

Kharn

V orapheth

Patrons,

réussissez votre Chine!

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Ouvrages du même auteur
Chine, le Monde des affaires, l'Harmattan, 1997. Asie du Sud-Est: Art du commerce et Cultures. Les enjeux pour gagner à l'international, l'Harmattan, 1998. Commerce et Colonisation en Indochine (1860-1945), Les maisons de commerce françaises, un siècle d'aventure humaine, les Indes savantes, 2004.

Avant-propos
L'émergence de la Chine sur la scène économique mondiale, après des années d'isolement délibéré, est devenue une réalité implacable. Le fait majeur de ce début du XXIe siècle, est que la Chine affecte le choix d'investissements et la stratégie d'entreprises étrangères; elle a un impact sur la vie économique du monde et elle influence également tous les aspects de notre environnement quotidien, en raison de sa masse et de son poids dans les échanges internationaux. Bien décidés à poursuivre la voie de modernisation par le développement économique, les dirigeants de la « quatrième génération» ont choisi d'intégrer de plus en plus la Chine dans l'économie globale, en accélérant la restructuration de son industrie, en encourageant la concentration de ses entreprises et en préparant l'émergence de champions nationaux. La Chine entre véritablement aujourd'hui dans le concert des nations, son objectif étant de retrouver parmi les nations une première place digne de sa civilisation, de sa culture et de sa puissance commerciale. L'envergure de ses réformes économiques impressionne et la montée en puissance de son industrie en fait aujourd'hui une économie redoutée pour de nombreux pays. Si une volonté d'ouverture existe aujourd'hui et que la liberté d'entreprendre est devenue une réalité évidente pour les entreprises, néanmoins, rien ne permet d'entrevoir des changements politiques conduisant à un régime moins autoritaire et plus démocratique (au sens où l'entendent les Occidentaux). Le parti unique est plus que jamais au centre de toutes les décisions politiques et économiques du pays; il apparaît comme une des conditions fondamentales pour la poursuite de la croissance forte et la stabilité de la nation. Les grands groupes chinois quant à eux nourrissent des ambitions mondiales. Même si le phénomène de fusions et d'acquisitions reste encore limité, plusieurs grandes entreprises chinoises investissent déjà à l'étranger, tant dans l'Union européenne qu'aux Etats-Unis, en Amérique latine, en Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie. Grâce à la restructuration des entreprises, à une monnaie locale compétitive malgré la récente réévaluation symbolique du RMB, à la montée en gamme des produits, les entreprises publiques et privées chinoises ont désormais les moyens de s'internationaliser. La stratégie d'expansion de ces entreprises 7

permet d'avoir de nouveaux débouchés et d'obtenir une notoriété internationale. L'émergence de champions nationaux chinois rêvant de devenir des géants mondiaux est sans aucun doute l'évolution la plus intéressante du capitalisme chinois depuis 2003. Parallèlement, la Chine reste un des rares pays où les entreprises étrangères trouvent encore un relais de croissance pour leur développement. L'ouverture de son marché, son adhésion à l'OMC, son marché intérieur immense, les coûts bas de sa main d'œuvre, un réservoir illimité de sa force vive de travail, ainsi que le nombre important de ses scientifiques, l'émergence des entreprises privées, offrent de nouvelles opportunités aux entreprises étrangères qui veulent sous-traiter, délocaliser leurs productions, ou leurs centres de recherche et de développement, rechercher des alliances stratégiques en Chine. Ceci explique la présence massive des entreprises étrangères et leur rôle d'entraînement et de modèle pour les entreprises chinoises. Cependant, pénétrer le marché chinois, y réussir et s'encrer dans ce pays n'est pas chose facile. La sophistication des jeux d'acteur, la complexité de la compréhension du rouage administratif et du système politique chinois, sont un casse-tête pour la plupart des Occidentaux. En Chine, le monde politique, les marchés et le monde de l'entreprise sont intimement liés. Les dirigeants d'entreprises occidentales sont souvent confrontés à des décisions peu rationnelles et changeantes en Chine. Pour réussir en Chine aujourd'hui, il faut non seulement disposer de produits répondant à la demande du marché, de technologies dont ce pays a besoin et de moyens financiers importants, mais également avoir la capacité de comprendre la nature de la culture politique et de la culture « affaires» chinoises, être en mesure de décrypter les dimensions « invisibles », et acquérir un savoir-faire spécifique dans le domaine de la pratique des affaires de ce pays. Les ouvrages parus sur la Chine depuis trois ans sont impressionnants. Ils traitent de domaines aussi variés que l'économie, la politique, l'histoire, la culture, le management des joint-ventures, la gestion interculturelle, les investissements en Chine, la réforme des entreprises chinoises. Cet ouvrage n'est pas seulement « un livre sur la Chine », mais plutôt un guide sur le monde des affaires chinois, les entreprises chinoises, les nouvelles modalités d'accès au marché chinois et les facteurs-clés de succès pour les investisseurs étrangers, ainsi que 8

sur les conditions de pérennité des étrangères. Il s'adresse en priorité aux dirigeants et cadres d'entreprises pour qui la Chine constitue un développement stratégique majeur pour leur entreprise, et à tous ceux que le monde de l'entreprise en Chine passionne. Ce livre sera pour le lecteur une source d'information concentrée et, l'auteur l'espère, claire. Cette information est basée sur une connaissance du terrain acquise depuis vingt ans en Asie et en Chine, en particulier. Cette expérience de la Chine, l'auteur l'a tout d'abord acquise pendant ses vingt années passées au sein du groupe Schneider Electric en tant que responsable de l'activité « affaires» et du développement de la Chine du groupe, et aujourd'hui dans le cadre de ses missions de consultant au sein de Stratorg, cabinet de conseil de direction générale, où il est directeur associé. De nombreuses missions de stratégie et d'organisation en Chine pour le compte de grands clients européens ont permis à l'auteur d'éclairer les zones d'ombre que les entreprises redoutent et de répondre également aux questions stratégiques que se posent les dirigeants d'entreprises occidentales. Cet ouvrage (le deuxième de l'auteur sur la Chine)! a pour seul but de fournir une meilleure vision du monde des affaires aux dirigeants d'entreprise, afin qu'ils puissent gagner du temps en Chine et qu'ils puissent prendre les bonnes décisions dans toutes leurs démarches et leurs réflexions stratégiques. Car bien comprendre et assimiler la pensée stratégique et la culture politique chinoise est essentiel pour gagner et durer dans ce pays. L'ouvrage a bénéficié des conseils de chefs d'entreprises et de cadres de l'administration chinoises, ainsi que des suggestions des clients de Stratorg. L'auteur les remercie ici, ainsi que ses amis chinois et les dirigeants étrangers de holdings ou joint-ventures en Chine qui ont apporté des précisions sur le contexte actuel du monde de l'entreprise chinoise et ont contribué à l'enrichissement de cet ouvrage par leurs témoignages.

! Le premier livre publié est: L'Harmattan, 1997.

la Chine, le monde des affaires, 9

Chapitre 1
Les deux Chine
Pour un Occidental, la rencontre avec la Chine est un exercice de relativisme culturel. La complexité et les contradictions de ce pays sont telles que l'on ne peut s'y orienter que par l'apprentissage. Inquiétante pour certains pays, modèle de réussite pour d'autres, la Chine ne laisse plus indifférente. Les Chinois le savent bien, qui disent que leur pays, par sa masse et ses progrès dans de nombreux domaines, va désormais peser de plus en plus dans les relations et les échanges internationaux. Mais dans bien des domaines, la Chine est encore un pays sous équipé, qui aspire à se hisser d'ici quinze à vingt ans, parmi les grandes puissances industrielles de cette planète. La Chine nous fascine, car tout y est démesuré, gigantesque et diversifié. Elle fait régulièrement la une des journaux et des magazines occidentaux. Elle le pays de tous les records. Mais ses contradictions à la fois nous choquent souvent et nous inquiètent parfois, car elles sont aussi irrationnelles que violentes. De même, les chiffres une fois donnés ou une situation à peine connue, sont vite dépassés ou obsolètes; ici plus qu'ailleurs, rien n'est jamais acquis et pérenne. Il faut apprendre à déchiffrer ce pays en connaissance de cause, c'est-à-dire, accepter sa singularité, loin des fantasmes auxquels les performances de ce pays ont si souvent donné lieu ces dernières années. Il convient surtout de se garder d'extrapoler à partir d'une situation économique euphorique et de penser que la croissance chinoise est quelque chose d'immuable et durable. Plonger au cœur de ce nouvel empire, qui étonne autant qu'il fait peur, est devenu stratégique pour les entreprises en recherche de croissance. L'immense marché chinois et le « choc culturel» de ce pays suscitent de la part des Occidentaux tant de débats pour le moins irrationnels, vu la stature de ce nouveau géant, qu'il est important de savoir pourquoi. Comprendre comment la Chine est en train de se 11

transformer et comment elle change les nouvelles règles du jeu économique du monde, fait partie des réflexions incontournables pour aborder ce pays avec une vision plus globale et réaliste. Faut-il admirer la Chine sans réserve? Faut-il la craindre? Pourquoi la Chine est-elle accusée aujourd'hui de tous les maux? Comment la Chine s'organise-telle pour faire face à son émergence? Ce chapitre, une introduction à notre ouvrage, est une façon simple de poser des questions pertinentes sur ce pays qui est en train de bouleverser aujourd'hui le marché mondial des matières premières, celui de l'énergie, des denrées agricoles ou encore de l'emploi2.

1.1. La Chine qui étonne...
Des chiffres et des faits qui parlent d'eux mêmes
La Chine a une population de 1,3 milliard d'habitants. La croissance démographique nette par jour était de 20 800 personnes en 2004. La croissance de la population s'est toujours maintenue depuis 1980 à 100 millions personnes tous les sept ans. Autrement dit, il né en Chine chaque année environ 14 à 15 millions de petits chinois, soit l'équivalent de la population totale des Pays-Bas, tous les ans. Selon la Commission d'Etat pour la démographie et le planning familial, si l'Etat n'avait pas contrôlé la croissance démographique, la Chine d'aujourd'hui compterait 400 millions d'habitants de plus. La Chine est constituée de 660 villes, dont 20 de plus de 5 millions d'habitants et 110 de plus de 1 million. Dans les trente prochaines années une centaine de villes de plus de 300 000 habitants vont surgir. Shanghai est la première mégapole de Chine avec plus de 19 millions d'habitants, suivie de Beijing avec 15 millions d'habitants. On construit chaque année 500 millions de mètres carrés d'immeubles d'habitation; selon le Ministère de la construction, ce rythme sera maintenu jusqu'en 2020, pour faire face à la pénurie de logements. Les Chinois possèdent aujourd'hui 16 voitures pour 1 000 habitants; ils devraient, si l'on se réfère à l'évolution historique des pays occidentaux relativement au
2 Erik Izraelewicz,

Quand la Chine change le monde; 12

Ted C. Fishman, China Inc.

secteur automobile en détenir 267 en 2030, compte tenu de la progression attendue de leur pouvoir d'achat. D'ici 2030, l'accélération de l'urbanisation va s'accélérer en Chine. 300 à 400 millions de ruraux quitteront la campagne pour s'installer dans les villes; le taux d'urbanisation, qui atteindra environ 50 à 55 %, sera proche de celui des grands pays développés. La survie des campagnes dépend du flux humain vers les villes à la recherche d'emploi et qui pourrait représenter jusqu'à plus de 40 % des revenus pour les ruraux. Car, dans les prochaines décennies, il sera encore plus difficile pour les paysans de cultiver leur terre ou trouver du travail dans les campagnes. Malgré une superficie de 9,6 millions de km2, seulement 13 % du sol chinois est arable. Autrement dit, avec 1,2 million de km2 de terres arables, soit 8 % de la surface cultivable mondiale, la Chine nourrit 20 % de la population mondiale. Il ne fait pas de doute que cette situation provoquera des tensions à long terme entre les besoins en ressources agricoles et la population; la question alimentaire constituera entre autre un grand défi pour les futures générations de Chinois. Autres records, mortels ceux-là. La Chine tient les records les plus tristes du monde en ce qui concerne les morts dans les mines et les accidents de la route. En 2004, les mines chinoises ont tué entre 5 000 et 6 000 personnes, soit environ 80 % du total mondial. Quant à la route, elle tue tous les ans environ 100 000 personnes! Chiffres malheureusement étonnants comparés aux normes occidentales, car ils signifient que les routes chinoises tuent plus de 280 personnes par jour. A peine sorti de vingt-cinq ans de totalitarisme maoïste, la Chine est passée du communisme le plus fermé du monde, au capitalisme le plus sauvage. Considéré encore en 1980 comme sous-développée, elle est devenue en 2005, une grande puissance économique mondiale, comme elle l'avait été jusqu'au XVIIIe siècle. Son PIB, depuis l'ouverture au monde extérieur a doublé tous les huit ans environ et ce pendant plus de vingt ans; s'assurant ainsi de la croissance la plus régulière et la plus forte du monde (en moyenne de 8,2 % par an). Aucun pays au monde n'a réussi une telle performance sur une durée aussi longue, pas même le Japon! A ce rythme, selon la banque mondiale et la banque d'affaires américaine Goldman Sachs, la Chine aura rattrapé le Japon en 2020 et dépassé les Etats-Unis en 2050.

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Devenue incontournable, la Chine est aujourd'hui le moteur de l'économie mondiale, la nouvelle locomotive du commerce mondial, signant la réémergence de l'empire du Milieu; le thème de l'émergence de la Chine a inspiré des centaines d'articles et une abondante littérature au cours de ces douze derniers mois3. La croissance chinoise contribue à la croissance mondiale et tire derrière elle le dynamisme des autres pays et régions. Pour l'économie asiatique, c'est encore plus évident, car une variation de 1 % de la croissance chinoise entraîne une variation de 10 % des exportations japonaises vers la Chine. D'aucuns diraient que le Japon renaît parce que la croissance chinoise vient à son secours, ou encore que la résurrection du vieux Japon se fera grâce à la Chine nouvelle4. En outre à l'égard des Etats-Unis, la Chine finance ses déficits budgétaires en achetant des actifs libellés en dollars, notamment des titres de dette émis par le Trésor américain, et elle s'est hissée ainsi au deuxième rang des créanciers de la planète. Les bourses de Shenzhen et de Shanghai représentent une capitalisation boursière totale de 315 milliards de dollars US en 2004. En comptant la bourse de Hongkong qui pèse 800 milliards de dollars US, la Chine occupe déjà le sixième rang mondial de capitalisation boursière, juste après Francfort et un des premiers de l'Asie. Aujourd'hui, l'empire du Milieu est un élément clé pour beaucoup de secteurs; il est devenu le pays manufacturier numéro un de la planète dans de nombreux secteurs. Saviez-vous, par exemple5, que la Chine est: . le premier producteur et consommateur de charbon du monde, le premier producteur agricole du monde, . le premier producteur et le premier consommateur d'acier du monde, le premier producteur d'aluminium, . le premier producteur de tungstène et le principal fournisseur du stock stratégique américain,

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3 Financial Times, World is dancing to a Chinese tune, 7/12/2004. 4 Les Echos, d'après un article de Noriko Hama, « Le Japon renaîtra grâce à la Chine », le 18/08/2004. 5 On peut lire le reportage d'Eric Chol dans le magazine l'Express: Chine, pays de tous les records, n° 2788, du 6-12 décembre 2004; et le livre de Ted C. Fishman, China Inc. 14

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le premier fabricant de téléviseurs, de climatiseurs, de ventilateurs, de réfrigérateurs, fours à micro-ondes, de machines à laver du monde. C'est plus du tiers du total mondial de produits « blancs », le premier fabricant de pianos, le premier fabricant de jouets du monde, avec plus de 20 000 entreprises, le premier producteur d'aspirine et de vitamine C au monde, le premier fabricant de chaussures au monde avec plus de 1 500 entreprises produisant 7 milliards de paires chaque année, le premier pays producteur et consommateur de cigarettes du monde avec plus de 400 millions de fumeurs (le tiers des fumeurs de la planète). En 2004, les Chinois ont fumé plus de 2000 milliards de cigarettes! le deuxième producteur et consommateur d'électricité, juste derrière les Etats-Unis, le troisième dans le secteur informatique, avec le rachat de la division PC d'IBM. La Chine s'affirme dans un nombre croissant de segment comme les périphériques, circuits intégrés, ordinateurs portables, agendas électroniques, au troisième rang mondial dans la fabrication de véhicules (camions, bus, voitures). En effet, la Chine a produit au total 5,07 millions de véhicules, toutes catégories confondues, en 20046. Mais au 6e rang pour les voitures avec 2,3 millions de voitures particulières. Par contre, sa position est plus forte avec les véhicules utilitaires: au 2e

rang après le Japon pour les poids lourds et 1e pour les
bus. Le marché chinois des voitures est déjà le quatrième au monde. Il représente le premier marché en dehors de l'Allemagne pour Volkswagen, Etc.

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En 2005, selon les études de Morgan Stanley et de l'association des consommateurs chinois, 2 % de la population chinoise achètent des
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CAC/Stratorg, Newsletter, mars 2005. 15

produits de luxe importés (cosmétique, vêtements, maroquinerie, bijoux, montres, accessoires), D'ici dix ans, environ entre 8 et 10 % de la population seront des clients potentiels du luxe. Autrement dit, à l'horizon 2015, il y aura environ 100 à 135 millions de Chinois susceptibles de s'offrir avec aisance des produits de luxe. Autre particularité de la Chine: les riches n'achètent que des produits de marques étrangères. Cela devrait faire le bonheur des entreprises de luxe françaises, italiennes, américaines et japonaises, déjà fortement implantées en Chine. Selon le président de LVMH, Bernard Amault : « la Chine est comparable à ce qu'était le Japon il y a vingt-cinq ans ». Les magasins Louis Vuitton sont rentables dès la première année, même dans les villes secondaires, précise Bernard Arnault. La clientèle chinoise est la troisième clientèle de Vuitton, talonnant de près les Américains7. L'historien et sinologue Ross Terrill rappelle une autre donnée étonnante et criante, 1 % seulement de la population possède 40 % de la richesse du pays8. En 2004, le grand distributeur américain Wal-Mart devient le 8e client de la Chine, juste derrière la Grande-Bretagne et devant l'Italie. Plus de 70 % des approvisionnements en articles et produits pour ses magasins aux Etats-Unis proviennent de fournisseurs chinois. En 2004, Wal-Mart a acheté pour 17 milliards de dollars US en Chine et absorbe Il % des importations chinoises aux Etats-Unis. Depuis 1980, selon une étude de Morgan Stanley, les ventes de produits et articles chinois aux Etats-Unis ont fait économiser aux consommateurs américains plus de 100 milliards de dollars US ! La croissance chinoise est gourmande en métal, et avide d'énergie et de capitaux. En 2004, la Chine prend la place de la plus grande « dévoreuse» de matières premières et d'énergie de la planète. En effet, bien qu'elle ne représente que 5 % du PIB mondial en taux de change courants, elle a déjà consommé 35 % du charbon, 13 % de l'électricité, 33 % de l'acier, 25 % de l'acier inoxydable, 50 % du ciment, 28 % du nickel, 20 % de l'aluminium, 9 % du pétrole et 25 % des investissements directs étrangers mondiaux. La Chine est également le 4e pays consommateur d'or jaune. Cet accaparement n'est pas près de se réduire pour le pétrole, puisque l'Agence internationale de l'énergie prévoit que,
7 La Tribune, 16/09/2004. 8 Ross Terrill, The Chinese Empire. 16

dans vingt-cinq ans, le niveau de la consommation chinoise aura plus que doublé, et atteindra 15 millions de barils par jour, toujours loin derrière les Etats-Unis, avec 24 millions de barils par jour. La Chine a importé 150 millions de tonnes de minerais de fer en 2004, soit 30 % de l'ensemble des exportations mondiales. Elle a consommé plus de 270 millions de tonnes d'acier, soit environ 27 % de la consommation mondiale9. En 2030, selon les estimations des experts, elle utilisera chaque année plus de 400 millions de tonnes d'acier et sa consommation en minerai de fer dépassera les 600 millions de tonnes, soit davantage que les quantités actuellement disponibles sur le marché mondial. Une des toutes premières puissances industrielles, la Chine est également le deuxième producteur d'électricité du monde avec une puissance installée de 415 000 mégawatts (MW) en 2004, soit une croissance de plus de 15 % par an. Une croissance de 12 à 15 % % par an est prévue jusqu'en 2015. La puissance installée prévisionnelle en 2020 sera de 800 000 MW JO.La Chine pour faire face à son développement économique a besoin de 20 000 à 25 000 de MW supplémentaires par an, soit l'équivalent de toute la puissance installée de la Grande-Bretagne chaque année! Pour illustrer notre propos, nous dirons qu'une centrale électrique classique voit le jour chaque semaine en Chine! Autrement dit, 20 à 25 tranches de réacteurs nucléaires de 1 000 MW par an 11seront nécessaires! Ou si l'on préfère, 42 à 48 centrales thermiques à charbon supplémentaires par an seront à construire. La Chine possède aujourd'hui 9 réacteurs nucléaires, et pourrait en construire 32 d'ici 2020 et 10 encore entre 2020 et 2025. La part de l'énergie nucléaire passera alors de 1,5 % à environ 4 % par rapport à l'ensemble de la puissance installée. Ces deux dernières années, la Chine a mis en service 10 300 km d'autoroutes. Un réseau de 70 000 km est prévu d'ici 2010 pour pallier le déficit du réseau de transport. Environ 50 000 km de chemin de fer seront en construction pour renforcer et doubler le réseau ferroviaire dans les 20 prochaines années. Une centaine d'aéroports devront être construits ou

9

China Iron and Steel Association, Annual Statistics 2005; Financial 800 000 MW ou 800 gigawatts (GW).
Selon les prévisions d'EDF en 2004.

Times,

22/11/2004.
10

Il

17

seront en rénovation d'ici 2025. Le pays doit acheter entre 1 800 et 2200 avions moyen et long courrier d'ici 2025. Le secteur automobile est très fragmenté, il y a 120 constructeurs automobile et plus de 3 500 équipementiers en Chine. Le secteur sidérurgique compte plus de 1 000 aciéries. Les 20 plus grandes totalisent 75 % de la production nationale. Environ 80 % d'aciéries sont polluées et obsolètes et ne correspondent plus aux normes économiques et environnementales, selon l'Association professionnelle des aciéries chinoises et experts étrangers. Selon la dernière publication de 500 Fast Asia-Pacific, les entreprises chinoises se sont renforcées et ont progressé de 18 % en 2004, se plaçant, en termes de chiffre d'affaires, parmi les tops 500 entreprises asiatiques installées en Asie-Pacifique. 90 entreprises chinoises figurent sur la liste des 500 Fast Asia Pacifie. Et 6 entreprises chinoises sont en tête des vingt premières entreprises asiatiques de cette publication. Dans Fortune 500, figurent désormais 15 entreprises chinoises parmi les tops 500 entreprises mondiales. Si l'on se réfère aux derniers chiffres statistiques nationales, on s'étonne de la rapidité avec laquelle la communauté étrangère s'est établie en Chine depuis les années 90. En effet, en 1979, excepté le personnel du corps diplomatique, très peu d'étrangers résidaient et travaillaient en permanence en Chine, à peine 500 étrangers. Aujourd'hui, selon les statistiques nationales chinoises, il y a environ 100 000 étrangers qui résident en permanence en Chine, dont plus de 50 000 possèdent une carte de travail12. Ces chiffres ne tiennent pas compte des résidents taiwanais ni de ceux de Hongkong. Il y a aujourd'hui environ 45 000 étudiants étrangers dans toute la Chine, et rien qu'à Shanghai, on dénombre plus de 1900013. La Chine attire de plus en plus de jeunes qui veulent y travailler et étudier. Puissance commerciale et relais de croissance du monde oblige! Mais il y a seulement 525 000 chinois qui travaillent hors de Chine, et selon le viceministre du Travail, Wang Dongjin, ces expatriés rapportent chaque année 2 milliards de dollars US en devises à la Chine; le nombre de ces expatriés, hors la communauté de la diaspora chinoise est relativement faible comparé à sa population.
12China Today, January 2005. 13China Daily, 22/12/2004. Les étudiants à Shanghai dépasseront 18

40000

dès 2012.

Des réalisations chinoises qui suscitent l'admiration
Le seul fait de gouverner un pays qui représente 20 % de la population mondiale ayant plus d'une cinquantaine d'ethnies différentes, parlant une centaine de dialectes régionaux, sans perdre le contrôle du pouvoir politique ni plonger le pays dans le chaos, relève du miracle et d'une extraordinaire organisation administrative et politique de la part de ses dirigeants. Pour qui connaît la Chine l'ensemble du paysage est en train de changer. La Chine est un chantier à ciel ouvert. Des villes, comme Guangzhou, Shenzhen, Shanghai, Beijing, Wuhan, Chongqing, Chengdu, Shenyang, Qingdao, Tianjin, Nanjing..., poussent comme des champignons et construisent toujours plus haut, avec des tours qui rivalisent de modernité et de design. Partout, les ouvriers travaillent jour et nuit pour faire avancer de gros chantiers d'infrastructures. Des quartiers avec des centres urbains très denses, se construisent 24 heures sur 24, grâce à des équipes en 3 x 8. A Beijing, toutes les semaines, il y a un gratte-ciel qui s'élève! Shanghai s'enorgueillit d'une croissance économique de plus de 13,4 % en 2004. Et les villes alentours, comme Wuxi, Changzhou et Suzhou, affichent des hausses de leur PIB du même ordre, alors que Shenzhen affiche un PIB de plus de 17 %, Guangzhou de 15 % et Beijing de 13,2 %. Ce qui se construit en Chine aujourd'hui, selon Pascal Lamy, nouveau directeur général de l'OMC, ancien commissaire européen au Commerce extérieur, et négociateur sur l'adhésion de la Chine à l'OMC : « c'est la plus grosse économie de monde, fonctionnant selon les lois les plus pures de l'économie du monde, pour ne pas dire les plus sauvages. Dans un système et avec une taille jamais vu auparavant14 ». La Chine s'est lancée dans de grands travaux, dont quelques uns sont titanesques et dignes de figurer dans le « Livre des records ». On citera quelques exemples comme: . le barrage des « Trois-Gorges» sur le Yang-Tsé, très contesté pour des raisons écologiques, mais une fois les travaux terminés en 2009, il devrait fournir une capacité installée supplémentaire de 18 200 mégawatts,
14

Interview réalisée par L'Expansion, novembre 2003, n° 680. 19

le pont le plus long jamais construit au-dessus de la mer, 36 km qui enjambera le golfe de Hangzhou; la fin des travaux est prévue pour 2009, . le super gazoduc de 4200 km « Ouest-Est» entre Lunnan et Shanghai. Dès 2005, il permet d'acheminer le gaz du Xinjiang désertique vers les provinces de l'Est, plus prospères (près de 12 milliards de mètres cubes de gaz naturel), ce gazoduc contribuera au rééquilibrage du développement entre l'Est et l'Ouest, et l'investissement de l'ensemble du projet est estimé à 12,5 milliards de dollars, . le train de banlieue le plus rapide du monde, avec plus de 430 km/h, se trouve à Shanghai. En effet, les 30 km entre l'aéroport de Pudong et les banlieues de Shanghai se font en huit minutes. Ce train à sustentation magnétique a été conçu et construit par les Allemands Siemens et Thyssen Krupp; la voie sera prolongée jusqu'au centre ville pour l'Exposition universelle de 2010, . Beijing, la capitale, poursuit ses « travaux d'Hercule» olympiques en prévision des Jeux de 2008, avec 13 sites sportifs à édifier, 250 km de chemin de fer urbain, des centaines de building/constructions et le village olympique. Au total, cela représente plusieurs centaines de milliards d'euros d'investissements que les Chinois financeront seuls. Les entreprises étrangères de BTP n'obtiennent que très peu de contrats. OMC ou pas, le marché des grandes infrastructures leur est en effet fermé. Les Chinois sont capables de réaliser tous les grands travaux, et ils ne font appel aux étrangers que pour disposer d'un savoir-faire particulier ou d'une technologie unique, comme le train à sustentation magnétique. Les différents lots obtenus jusqu'ici par les entreprises étrangères sont dans les domaines de conseil technique ou d'expertise. En 2004, la Chine a traité 4 milliards de tonnes de marchandises dans ses ports, soit 21,3 % de plus qu'en 2003. Shanghai a d'ores et déjà dépassé Rotterdam, devenant premier port du monde avec 380 millions de tonnes de marchandises traitées en 2004, soit 30 millions de tonnes de plus que le total du trafic attendu par le port hollandais. La Chine compte par ailleurs doubler ses capacités portuaires d'ici 2010. Le plan de développement porte sur trois régions: l'estuaire du Yang-Tsé avec Shanghai et Ningpo ; le golfe du Bohai, au nord, avec Tianjin et Dalian; 20

.

et enfin le delta de la Rivière des Perles au sud avec Shenzhen et Guangzhou15. La Chine a créé son grand prix de Formule I à Shanghai en 2004. Le coût du circuit de 5,45 kilomètres construit sur un marais a représenté pour la municipalité un investissement de 325 millions de dollars US. Jamais un nom de ville n'aura été aussi intimement mêlé à celui de la FI. Et qu'importe si la rentabilité n'est pas au rendez-vous, le prestige est à ce prix. La Chine ne se contente pas simplement d'étonner le monde sur le plan économique, mais aussi sur le plan sportif et musical. En effet, aux derniers Jeux Olympiques d'Athènes, elle a permis à ses athlètes de réaliser des exploits remarquables en se classant au deuxième rang des médaillés, juste derrière les Etats-Unis, avec 55 médailles dont 32 médailles d'or. Et plus important encore, Liu Xiang, médaillé d'or au 110 mètres haies et l'athlète le plus adulé de Chine, a dissipé pour toujours le mythe voulant que les athlètes asiatiques ne puissent pas se mesurer aux athlètes européens ou américains dans cette discipline. De même, aux Etats-Unis, le joueur de basket le plus populaire de l'équipe NBA, n'est pas un Américain, mais Yao Ming, un basketteur chinois mesurant 2,02 mètres, vedette des Huston Rockets. Dans le domaine de la musique, la Chine compte déjà 60 millions de pianistes. Les jeunes pianistes chinois remportent depuis 1997 les grands prix internationaux de concours de piano (Chopin, Tchaïkovski). Et en décembre 2004, les épreuves de piano du Concours international Marguerite Long -Jacques Thibaud à Paris ont été remportées pour la première fois par un jeune Chinois de vingt-trois ans, Siheng Song, originaire de Shanghai. Beaucoup se souviennent de l'atterrissage du taïkonaute Yang Liwei après les quatorze révolutions autour du globe, à bord du vaisseau Shenzhou 5. Ainsi, la Chine complète ses attributs de grande puissance scientifique et spatiale. Au-delà de la dimension politique et militaire, il s'agit la réaffirmation des ambitions industrielles de la Chine dans ce domaine. L'événement a suscité l'admiration des scientifiques dans le monde entier et a démontré que l'industrie chinoise possède un réel savoir- faire technologique multidisciplinaire. Chaque année, 1,2 million d'étudiants sortent des universités chinoises dont la moitié a fait des études scientifiques (biologie, chimie, physique, mathématiques, informatique, mécanique, électronique, etc.).
15 Le Figaro Economie, 31/12/2004. 21

La Chine possède 189 programmes d'études de MBA. Il y a plus de 100 programmes d'échanges ou de partenariats entre les universités chinoises et étrangères. 30000, c'est le nombre de diplômés MBA aujourd'hui dans ce pays, depuis que cette formation existe, voilà douze ans. On compte chaque année, environ 5 à 6 000 diplômés MBA qui sortent des différentes universités chinoises, c'est le diplôme le plus prisé par les managers d'entreprises privées et publiques, ainsi que par les hauts fonctionnaires chinois. Si la Chine n'emegistre en 2004 qu'environ 94 millions d'abonnés à Internet, dont 30 millions au haut débit, avec une croissance de 18,2 % selon le Centre d'information de réseau Internet d'Etat16, il y a déjà plus de 300 millions d'internautes, ce qui place la Chine devant les EtatsUnis, en nombre d'usagers. Plus de 500 milliards de SMS ont été envoyés en 2004, dont plus de 10 milliards pendant le Nouvel An chinois! Le modèle de développement économique chinois fait des émules dans de nombreux pays. Ainsi le Brésil, la Birmanie et le Viêtnam cherchent à s'inspirer de son modèle et adaptent les facteurs clés de réussite de la Chine à leur propre pays. L'Inde et la Russie regardent de près ce qui marche bien en Chine et ce que ces pays peuvent apprendre du modèle chinois.

1.2.

... et

la Chine qui fait peur

On constate que l'avènement de la Chine en tant que superpuissance dérange quelques-unes de celles déjà bien établies, et ce de surcroît si cette nouvelle puissance représente le cinquième de la population mondiale, alors elle soulèvera quelques appréhensions, voire quelques craintes, justifiées ou non. En raison de la taille du pays, toute décision économique, tout ordre d'achats ou de ventes de la Chine déstabilise aujourd'hui les marchés et les emplois dans le monde. Les conséquences sont multiples, comme on a pu le constater: pénuries de matières premières, flambée des prix, pertes d'emplois, sans oublier que la voracité de la Chine attise les tensions
16 China Daily, 20/01.2005. 22

dans le monde. Mais à l'heure des délocalisations et de la mondialisation, sa force de frappe industrielle inquiète le monde. Tout d'abord, la «locomotive» Chine est aussi destructrice de l'environnement. L'utilisation intensive des sols menace chaque année de désertification quelque 80 millions d'hectares. Aucune considération environnementale ou écologique n'a été prise en compte jusqu'ici par le gouvernement. La pollution urbaine est un fléau: air, eau, déchets. Le vice-ministre chinois de l'Environnement, Pan Yue, a rappelé récemment à l'hebdomadaire allemand «Der Spiegel» que 5 des 10 villes les plus polluées du monde se trouvent en Chine. Une déclaration plus qu'inquiétante. Elle précise qu'une croissance incontrôlée précipiterait la Chine vers une catastrophe écologique. Il faut savoir que l'essentiel de l'électricité est encore produit par des centrales thermiques au charbon. Les conséquences sur l'environnement seraient catastrophiques pour la Chine, qui vient de signer le protocole de Kyoto sur la limitation des gaz à effet de serre. La Chine est régulièrement qualifiée de deuxième émetteur de gaz à effet de serre dans le monde. Une grande peur de manque d'électricité est en train de gagner toute la Chine. En effet, 22 provinces sur 31 (régions autonomes, provinces, municipalités relevées du gouvernement central) manquent d'électricité; les grandes villes sont obligées de rationner la distribution d'électricité par le système de délestage. Certaines usines sont en chômage technique un jour par semaine par manque d'électricité. Les nouvelles usines qui s'installent doivent négocier et s'assurer désormais de la régularité de la distribution d'électricité avec la mairie et la société d'électricité municipale. Certains quartiers dans les villes sont mal éclairés pour économiser l'énergie, ce qui se traduit par de nombreux accidents pour les habitants de la ville. Pour les entreprises c'est la hantise permanente de la panne. Toutes tentent de négocier des traitements de faveur avec les autorités locales. La Chine est en train de vivre une autre grande crise. Le pays entier souffre d'un déficit de réseaux de transport et d'insuffisance de moyens de transport: trains, camions, bateaux. Les ports sont engorgés de marchandises non enlevées ou livrées, par manque de trains et en raison de réseaux de chemin de fer surchargés. Les centrales électriques ne tournent pas parce que les réseaux nationaux sont surchargés et ne 23

peuvent pas acheminer le charbon vers les centrales thermiques. Les routes ne sont pas suffisantes ou pas assez maillées à travers le pays et de surcroît elles sont très chargées. A l'intérieur du pays, les réseaux de chemin de fer sont insuffisamment interconnectés, les routes sont peu denses, et les fleuves ne sont pas tous praticables. Ainsi, toute l'activité industrielle du pays est concentrée sur la face côtière Est de la Chine, d'où un grand déséquilibre économique entre la Chine de l'Ouest et celle de l'Est. Les seuls grands fleuves praticables toute l'année ou partiellement, sont le Yang-Tsé, le Huang He (le fleuve jaune, fleuve incontrôlable, charge trop forte en limon et gel en hiver) et le Si Kiang ou la Rivière des Perles. Entre les villes côtières, les transports se font par cabotage. Le transport ferroviaire constitue un véritable goulot d'étranglement pour la croissance chinoise. La congestion ferroviaire atteint tous les secteurs d'activité, ce qui pose un grave défi pour les entreprises. La Chine est consciente que la mondialisation a par ailleurs creusé le fossé entre les très riches et les très pauvres dans ce pays. Réduire les inégalités qui se creusent chaque jour un peu plus entre les provinces côtières riches et les régions pauvres du Nord et de l'Ouest est le cauchemar des dirigeants de tous les gouvernements chinois depuis une dizaine d'années. A peine 2 % de la population pourrait être qualifiée de riche en Chine, contre 10 % de la population dite de classe moyenne. Selon une étude récente de Merrill Lynch, la Chine a aujourd'hui environ 280000 millionnaires en US dollarsl7. Selon les études de l'OCDE et des experts économistes, 20 % des Chinois les plus pauvres reçoivent moins de 6 % des revenus de la richesse du pays. Le libéralisme sauvage de la Chine fait que ce pays est ainsi en train de devenir le pays le plus inégalitaire du monde. Une situation qui pourrait devenir explosive sur le plan social. La Rand Corporation, institut de recherche américain spécialisé dans l'analyse prospective et l'intelligence économique, estime que le nombre réel des chômeurs chinois dépasse déjà aujourd'hui les 170
Les critères retenus de Merrill Lynch pour « High Net Worth Wealth Growth around the world 2004» sont: millionnaire en dollars US, toute personne possédant déjà une résidence principale et qui dispose d' 1 million de dollars en actions et/ou en cash. Selon ces critères, pour l'Asie, il y a 55 000 millionnaires à Taiwan, 67 000 à Hongkong, 36 500 à Singapour, I million au Japon... et 360 000 en France. 24 17

millions! Chiffre bien évidemment difficile à vérifier et à comprendre, et qui dépasse notre entendement. Sur le plan social, il est certain que le chômage pose de véritables problèmes pour le gouvernement et pour la société. Chacun se débrouille comme il peut pour créer et accepter des petits emplois précaires. Ainsi, des dizaines de milliers de maisons closes, saunas, salons de massage, karaokés, se sont ouverts depuis une dizaine années, avec beaucoup plus d'intensité depuis les trois dernières années. Ils ont permis de créer 5 à 6 millions d'emplois directs ou indirects dans les villes. On assiste à une reconversion de qualification d'emploi, et les chômeurs dans les villes et dans les campagnes retrouvent ainsi les emplois qui leur assurent entre 800 et 1 000 RMB (80 et 100 euros) par mois de revenus. Cette prolifération d'activités, dont certaines proches de la prostitution pourrait engendrer le sida et d'autres maladies que les autorités ne semblent pas combattre avec sévérité. Selon un article récent du président de l'Association rapprochement France-Chine, le nombre de cas de Sida en Chine, d'ici 2010, pourrait atteindre 10 millions, à la mesure du pays, c'est-à-dire, monumentauxI8. On avance généralement les causes de cette drame dans ce pays par : . le sang contaminé, car des individus peu scrupuleux achètent pour rien le sang des paysans, . l'homosexualité dépénalisée aujourd'hui, qui représente environ 3 % de la population, cette catégorie de population continue d'avoir des relations bisexuelles à risques pour eux, leurs épouses et leurs enfants à venir, une population migrante de 120 millions de personnes vivant loin de leurs foyers conjugaux, ces hommes se tournent tout naturellement vers les « travailleurs du sexe» avec la risque que l'on connaît, la montée de la délinquance et de la prostitution, la drogue, surtout dans le Sud à la frontière des pays du Triangle d'Or et de long des côtes Est. L'appétit de «l'ogre» chinois fait flamber, aujourd'hui, les prix des matières premières sur le marché mondial. Depuis 2004, les prix en dollars des matières industrielles ont augmenté de plus de 45 % ! Les

. . .

18 Les Echos, Le Sida en Chine, une bombe à retardement Gérard Calme let, 15-16/07/2005.

pour le monde,

25

coûts de fret s'envolent et la plupart des ports chinois seraient saturés. Une situation qui commence bien évidemment à inquiéter les industriels. Pour les 750 à 800 millions de paysans qui vivent aujourd'hui dans la misère, le développement du pays reste un espoir voire un mirage. Que sera le jour où tous les paysans déferleront en même temps sur les villes riches de la côte Est en quête d'un travail? On pourra sans doute évoquer une implosion de la société rurale, avec des conséquences catastrophiques qui dépasseront les frontières de l'empire du Milieu. A terme le flux migratoire des ruraux vers les villes se traduira par un déclin de la Chine rurale. Comment la Chine pourra-t-elle alors faire face à ses besoins alimentaires? La Chine importe déjà en grosse quantité le blé, le riz, les viandes de bœuf, le soja, etc. Qu'en sera-t-il dans trente ou cinquante ans? N'y aura-t-il pas de pénuries alimentaires à long terme au niveau mondial? Quel sera le problème de sécurité alimentaire qui va être posé pour la Chine à l'horizon 2030 ? Compte tenu de la politique nataliste du gouvernement chinois dite «un couple, un enfant» depuis 1980, les experts prévoient une diminution de la population à l'horizon 2030-2040. En effet, vers 2040, si la tendance se poursuit, les plus de 60 ans représenteront 28 % de la population contre 10 % aujourd'hui! La manière dont la Chine va affronter le défi du vieillissement de sa population déterminera si elle peut devenir ou non un pays stable et prospère. La population chinoise atteindra environ de 1,6 milliard d'habitants vers 2030; elle sera dépassée par celle de l'Inde qui de plus sera plus jeune. Il y a en outre un déséquilibre entre les sexes qui commence à être perceptible, avec une disproportion de nouveaux nés, c'est-à-dire 100 naissances de sexe féminin pour 120 naissances de sexe masculin, bien loin de la moyenne normale de 106 environ. En Chine, pour beaucoup de parents, le garçon est le premier choix. Si cette tendance se poursuit, elle sera dès 2020 très inquiétante pour la société chinoise. En effet, ce déséquilibre engendrerait bien entendu de graves répercussions sur le plan familial, mais il aurait aussi un fort impact sur l'économie nationale. La société chinoise sera-t-elle riche avant d'être âgée, telle est la question que posent les experts chinois? Parallèlement, les dirigeants chinois doivent résoudre la contradiction entre le vieillissement de la population et le développement économique, ainsi que lutter contre l'influence de la

26

conception traditionnelle de supériorité de l'homme par rapport à la femme, phénomène qui est responsable du déséquilibre des deux sexesl9. En ce qui concerne le financement de la croissance chinoise, les bourses de Shanghai et de Shenzhen, même si elles sont plus transparentes qu'autrefois, restent douteuses et peu fiables. Car la majorité des entreprises cotées en bourse appartiennent ou sont contrôlées par l'Etat. Les manipulations des cours de la bourse étaient chose fréquente dans le passé, et rien ne prouve qu'elles ne continuent pas. Il faut savoir également que les bourses chinoises sont très spéculatives. Ces constatations invitent à avoir une approche prudente quant à la lecture des rapports annuels d'entreprises cotées en bourse comme vis-à-vis de la confiance accordée aux marchés financiers en pleine restructuration. La Chine, engagée dans un décollage économique sans précédent, est devenue le bouc émissaire des industriels occidentaux, qui l'accusent de détruire leurs parts de marché. Un développement lié entre autres à des salaires parmi les plus bas du monde et destinés, on le verra plus loin, à le rester, et aussi à la sous-évaluation notoire du RMB, arrimé sur le dollar américain depuis 1995. Ce qui inquiète les pays industriels occidentaux aujourd'hui, c'est qu'après une phase de made in China produite par les entreprises multinationales en Chine, voici qu'arrive la phase made by China. En effet, après les biens de consommation, les entreprises chinoises s'attaquent maintenant au segment du marché des biens d'équipement et d'électronique grand public, tirés à la par une forte demande domestique et par la consommation des pays industriels. Les produits made by China connaissent une forte notoriété sur le marché international grâce aux efforts de recherche et de développement, des innovations technologiques déployées par les entreprises chinoises à vocation internationale d'une part, et par l'apport technologique élevé des partenaires étrangers via les joint-ventures d'autre part. Les Chinois s'aventurent désormais sur les marchés d'exportation sous leurs propres marques, et s'attaquent avec succès au secteur des hautes technologies. Ce qui étonne les experts, ce n'est pas le déferlement chinois dans le textile, mais la montée en puissance chinoise dans d'autres segments de marché exportateurs où la Chine n'était pas attendue aussi tôt. Dans presque tous les domaines, on voit surgir de Chine de nouveaux géants
19

La Chine au Présent. 1,3 milliard d'habitants, est-ce trop? n° 4 avril 2005. 27

mondiaux. C'est particulièrement vrai dans les « high-tech» : télévision, informatique, équipements télécoms, électroménagers, téléphonie, Internet. La Chine a aussi ses marques, parmi les plus connues à l'étranger, on citera: Haier, TCL, Bird, Little Swan, la bière Tsingtao, Lenovo, Chint Electric, Galanz, Konka, Huawei, Changhong, Kelon, Baosteel, Pearl River Piano. Le palmarès de l'industrie chinoise est déjà impressionnant, la Chine assure: 85 % de la production mondiale de tracteurs, 75 % d'horloges et de montres,

. . . . . . . . . . . .

70 % de jouets,

60 % de pénicilline, 55 % d'appareils photo,
55 % de téléphones,

52 % d'ordinateurs portables, 35 % de climatiseurs, 31 % de postes de télévision, 25 % de machines à laver, 20% de réfrigérateurs,
18 % de meubles2o.

Il y a une explication logique à toutes ces déferlantes chinoises. En effet, après des années d'investissements dans ses propres capacités industrielles, la Chine reporte aujourd'hui son surplus de production sur les marchés étrangers, d'abord en contractant des importations, ensuite en musclant ses exportations. Et on prédit déjà que dans de nombreux autres secteurs industriels, y compris dans l'automobile, le spatial, l'aéronautique et l'armement qui nécessitent un haut degré de technologie, les Chinois occuperont bientôt des places de choix. Dans le secteur automobile, avec un temps d'avance, les constructeurs chinois ont commencé à exporter en 2004, pas moins de 10000 voitures, il s'agit des marques comme Geely, Chery, BYD Auto, AUX. Selon les prévisions de l'association des constructeurs chinois (CAAM), les prévisions pour 2005 seront de 20 000 voitures exportées. Les premières voitures fabriquées en Chine et destinées à la vente en Europe occidentale sont arrivées en juillet dans le port belge d'Anvers, apportant une concurrence supplémentaire aux constructeurs européens, qui subissent déjà une baisse de la demande de véhicules. Les premiers 400 véhicules chinois
2°Bureau de statistiques nationales chinoises, 2004.

28

arrivés sur le marché européen sont les 4x4 à cinq portes de marque Landwind du constructeur Jiangling Motors, ils coûtent environ la moitié du prix de leur concurrent le plus proche, selon son concessionnaire hollandais21. La Chine est accusée de tous les maux dont celui des pertes d'emplois dans les entreprises occidentales. Celles-ci ont néanmoins su tirer bénéfice de ce que leur apporte la Chine. Il faut savoir que la délocalisation de la production est bien souvent, comme on l'a vu, initiée par les entreprises occidentales et japonaises elles-mêmes. En effet, afin de bénéficier de salaires 40 fois moins élevés que ceux des ouvriers américains et 30 fois moins que ceux des Européens, les entreprises occidentales ou japonaises, sous la pression de leurs grands donneurs d'ordre d'une part, et de la compétitivité des marchés d'autre part, n'hésitent plus à délocaliser en Chine pour profiter des faibles coûts de production. Il est vrai cependant qu'aujourd'hui les Chinois profitent de leur RMB sous-évalué pour inonder les marchés occidentaux et japonais de produits fabriqués chez eux par les multinationales américaines, européennes et japonaises. Faut-il pour autant fermer la porte aux chemises, aux lingeries, aux pantalons et pulls chinois? La question mobilise toute la profession textile européenne et américaine, sans oublier les pays comme la Turquie, la Tunisie, le Maroc, le Brésil, le Mexique, le Pakistan, etc., qui subissent la déferlante d'articles made in China. A en juger: quatre mois après l'ouverture du marché de l'Union européenne, le 1erjanvier 2005, un vrai déferlement de produits textiles chinois: + 534 % pour les teeshirts; 413 % pour les pantalons hommes; + 186 % pour les chemisiers; 183 % pour les bas et les chaussettes; 139 % pour les manteaux féminins; 63 % pour les soutiens-gorge; 51 % pour les fils de lin; 257 % pour les tissus de lin22. Selon une déclaration faite en février 2005, l'ancien ministre délégué à l'industrie française, Patrick Devedjan, la Chine, ce faisant, accélère la disparition des emplois en France. Les importations chinoises de textile chinois pourraient coûter, selon le ministre, 7 000 emplois de plus au secteur en 200523. Quant aux EtatsUnis, le syndicat des textiles américains clame la perte de plus de 20 000
21 Autoactu, Actualités-Marchés, 22 Euratex. 23 Les Echos, 25/04/2005. 6/07/2005.

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emplois depuis janvier 2004 et demande des quotas pour limiter les exportations chinoises. Les importations de produits textiles chinois ont augmenté aux Etats-Unis de plus de 55 % depuis 2004, tandis que celles en provenance du Mexique ont baissé de plus de 30 % par manque de compétitivité. On peut craindre aussi pour l'industrie en général et l'industrie de luxe en particulier. En effet, selon Bernard Arnaud, président du groupe LVMH, la Chine représente à elle seule 60 % des faux produits de luxe. Cela fait de la Chine, un pays à haut risque pour les industries de luxe. De plus, la Chine fait de bonnes imitations. Un tiers des contrefaçons saisies en Europe sont d'origine chinoise. L'empire du Milieu serait à l'origine de 70 % de la contrefaçon mondiale. Nous nous sommes entretenus en Chine avec des dirigeants industriels occidentaux, japonais et coréens, au sujet de la sidérurgie, la chimie, le ciment, l'énergie. Tous ont affirmé que construire une usine chimique en Chine coûte « 40 % de moins qu'en Occident », et qu'en plus, les frais de fonctionnement y sont inférieurs de moitié. Une aciérie haut-fourneau construite en Chine coûte 30 % de moins qu'en Europe, avec en plus un délai réduit de 4 à 6 mois. Le fait d'implanter des usines en Chine leur permet d'être près des marchés et plus réactif aux besoins de leurs clients locaux et internationaux sur place. Dans le delta de la rivière des Perles, autour de Guangzhou, il faut seulement 5 mois pour construire et faire fonctionner une usine de I 000 personnes. On retrouve la même performance dans les provinces de Jiangsu et de Zhejiang, autour de Shanghai. On peut penser que dans les prochaines années, les entreprises multinationales à la recherche de la croissance et de la compétitivité vont vouloir de plus en plus construire leurs usines en Chine et y produire, quitte à fermer les sites de production dans leurs pays d'origine. Mais il est un domaine où l'essor de l'industrie chinoise devrait prendre plus de temps s'il a lieu un jour, c'est celui de la pharmacie. Et ce pour la simple raison que la Chine s'appuie sur une pharmacopée originale basée sur des méthodes et des ressources naturelles traditionnelles telles des plantes médicales. La plupart des Chinois en matière de médicaments trouvent leur réponse par les voies ancestrales. Cela a toutes les raisons de retarder la création d'un futur champion national de la pharmacie. Dans une certaine mesure aussi, la tradition 30

permet de résister à l'implantation en Chine des géants mondiaux et occidentaux de la pharmacie. Cette situation n'est bien entendu que provisoire, car rien ne dit que la Chine ne va pas se mettre à produire des médicaments de type occidental pour concurrencer les grands laboratoires mondiaux comme Novartis, GlaxoSmithKline, Pfizer, Sanofi-Aventis, Roche. Par ailleurs, n'oublions pas que la Chine est déjà bien placée pour la fabrication des médicaments génériques dans le monde.

1.3. La Chine soigne son image de « non-prédateur»
La Chine est aujourd'hui tout à la fois une grande puissance mondiale et un pays en développement rapide. Un contraste qui étonne, mais qui ne devrait pas inquiéter les gouvernements ni les industriels des pays occidentaux, au point de s'acharner à montrer la Chine du doigt. Quand on interroge les fonctionnaires chinois de la Commission du développement et de la réforme (NDRC) et les diverses institutions d'études et de recherche qui dépendent du cabinet du Premier ministre (DRC, CASS, AMR), leurs responsables répondent invariablement que « la Chine est trop injustement attaquée ces derniers temps,. la presse anglo-saxonne est devenue franchement négative vis-à-vis du développement économique de la Chine» ; d'autres ont ajouté que « la presse européenne est même devenue plus critique et hostile envers la Chine, en particulier depuis que la Chine a augmenté ses exportations de textile en Europe ». Pour les Chinois, la tension qui montait pendant le plus fort moment de la crise du textile en mai 2005 inscrivait la Commission européenne dans une stratégie de « harcèlement» contre le commerce chinois. Beijing reproche à l'Europe comme aux Etats-Unis de pratiquer le double langage et de n'accepter la loi du marché qu'en cas d'avantage. Le monde doit-il craindre le dragon chinois? Oui, s'il pratique luimême le protectionnisme pour se protéger contre la libre concurrence, la liberté d'échanges. Oui, s'il ne sait pas remettre en cause ses chères habitudes et autres avantages acquis sans combat. La peur de la Chine est une réaction souvent affichée à tort, puisque les multinationales et les consommateurs dans le monde ne sont pas les derniers à profiter de 31

l'émergence de ce pays. Ses articles sont vendus partout dans le monde 30 à 40 % moins chers que les produits fabriqués dans les pays industrialisés, et ils font largement le bonheur des consommateurs boulimiques, occidentaux et asiatiques. Aujourd'hui, les fabricants de lingerie, de meubles, d'habillement, sont partagés devant le danger chinois. Certains fabricants s'adaptent et commencent à faire produire en Chine. Les plus grands, ont anticipé le mouvement de délocalisation, ils sont déjà présents dans ce pays depuis de nombreuses années. Plusieurs entreprises occidentales envisagent même maintenant de faire produire plus en Chine. La forte croissance économique de ce pays les amène à innover dans le domaine des mousses, coques de soutien-gorge et les tricotages complexes en 3D, en particulier pour le secteur du textile. Les investissements chinois en matière d'innovations technologiques ont permis aux produits chinois dans bien des domaines de monter en gamme. Cependant, la faiblesse chinoise actuelle, reconnue par toutes les entreprises occidentales, réside dans la création, le développement, la R&D, le marketing et les réseaux de vente à l'international. La Chine cherche à rassurer aussi bien ses partenaires commerciaux asiatiques que les pays occidentaux quant à sa volonté de jouer le jeu d'intégration internationale. C'est en coopérant avec ses voisins que la Chine cherche à corriger son image de « prédateur ». Depuis quelques années déjà, elle assume de manière responsable son rôle régional avec un mélange de détermination et de pragmatisme. Tout d'abord, le sommet Asia-africain qui s'est tenu le 22 avril 2005 à Manilles fut l'occasion pour le Président Hu Jintao d'affirmer la solidarité commerciale et diplomatique de la Chine avec les pays asiatiques (ASEAN24 + le Japon + la Chine et la Corée du Sud) et africains. Le Président chinois a assuré les pays voisins asiatiques de l'engagement de la Chine à ne pas bouleverser la stabilité économique de la région, et qu'elle intensifiera les volumes des échanges avec ces pays25. Ainsi, Jinchuan Nonferrous Metals et Baosteel investissent un milliard de dollars US pour relancer la raffinerie de nickel de Nonoc aux Philippines. L'entreprise locale Philnico, propriétaire de la fonderie, signait l'accord
24

Les dix pays de l'ASEAN sont: Les Philippines, le Viêt-nam, la Thaïlande, le Laos,
Singapour.

le Cambodge, le Myanmar, la Malaisie, Brunei, l'Indonésie, 25 China Daily, 23-24/04/2005. 32

avec ses partenaires chinois lors de la visite officielle de Hu Jintao. L'entreprise privée chinoise New Hope a investi plus de 300 millions de dollars au Viêtnam pour fabriquer des mobylettes et des produits électroménagers à Hanoi. Même si les relations entre le Japon et la Chine sont tendues, ces derniers temps, les manifestations antijaponaises d'avril 2005 suivies du boycott de produits japonais (voitures, produits électroniques et cosmétiques), déclenché par la publication de manuels scolaires japonais qui minimise les atrocités de l'armée impériale durant l'invasion de la Chine dans les années 1930 (notamment à Nanjing en 1932, où 300 000 habitants ont été massacrés), ont fait figure de prétexte idéal. Cependant, les intérêts de la Chine et du Japon ne sont pas en péri126; les deux pays restent malgré tout des partenaires commerciaux de premier plan et ils vont essayer de s'entendre au mieux. La rivalité économique se joue sur les marchés mais aussi sur le contrôle des précieuses réserves énergétiques de la mer de Chine orientale, zone de tension grandissante entre les deux pays. Notons toutefois que la question des relations extérieures avec le Japon est au centre de toute la politique chinoise depuis plus d'un siècle. Beijing a longtemps joué (au moins au début) sur la corde de la cul~abilité pour obtenir une assistance financière et technologique de Tokyo. 7 D'autre part, le dernier forum asiatique de Boao en avril 2005, sur l'île de Hainan, réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement de quelques pays de l'Asie-Pacifique, ainsi que les chefs d'entreprises chinoises, asiatiques et occidentales, était l'occasion une fois de plus pour les autorités chinoises de conforter l'émergence de la Chine dans cette région du monde et d'affirmer les échanges privilégiés entre la Chine et ses voisins asiatiques et le développement de l'axe Chine-Asie-pacifique28. Auprès des pays du Golfe, la Chine cherche un «partenariat stratégique» et a lancé des négociations afin de parvenir à un accord de libre échange, sans casser la compétition géopolitique qui s'engage avec les Etats-Unis. La Chine n'a pas les moyens d'engager une politique de confrontation, bien au contraire; l'insertion de la Chine dans le marché pétrolier pourrait rapprocher les intérêts de Beijing et de Washington,
26

Les Echos, l'analyse de Michel de Grandi, Chine et Japon, des partenaires chien et
article de Francis Deron, 23/04/2005.

chat, 26/04/2005. 27 Le Monde, La question nippone..., 28 China Daily, 22/04/2004.

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selon certains experts de géopolitique d'énergie29. On comprend qu'il y a un délicat équilibre financier entre Beijing et Washington; en effet, les Américains, de leur côté, ne veulent pas trop élever la voix, ni sur les quotas textiles ni sur le calendrier d'une réévaluation du RMB. Ils n'ignorent pas qu'un tarissement des capitaux chinois mettrait en difficulté la trésorerie américaine, car les Chinois financent aussi des déficits américains. Par ailleurs, une augmentation trop importante du RMB pourrait mettre les entreprises américaines qui fabriquent en Chine dans une position inconfortable, car 80 % de leurs productions sont réexportées vers les Etats-Unis. Car la croissance et la prospérité de l'économie chinoise dépendent pour une partie non négligeable des exportations vers le marché américain. Mais à terme, les rivalités avec les Etats-Unis risqueront d'être plus nombreuses, plus précises et plus conflictuelles. Aujourd'hui, le textile reste cependant l'un des contentieux majeurs entre les Etats-Unis et la Chine3o. Les Américains ont choisi d'instaurer des quotas sur les importations de textile chinois. Selon l'administration Bush, la concurrence chinoise est accusée de précipiter les délocalisations et d'avoir causé la disparition de 3 millions d'emplois industriels aux Etats-Unis depuis 2001. L'industrie textile a perdu 381 000 emplois depuis janvier 2001. Les Chinois adoptent partout et en toutes occasions un profil bas et cherchent plus à convaincre qu'à s'imposer. Ils élisent la méthode occidentale, qu'ils ont bien assimilée, uniquement quand ils ont à défendre la position de la Chine devant les institutionnels internationaux (OMC, UE). On voit les Chinois renforcer leur présence à l'international en nouant des alliances stratégiques avec les différents partenaires, en passant par des investissements et par des acquisitions. L'argent gagné par les Chinois grâce aux exportations est dépensé pour acheter des avions, des centrales nucléaires, des équipements, des machines-outils de précision, des microprocesseurs, du pétrole, du blé, des produits de consommation de haut de gamme. Les importations chinoises s'élevaient à 540 milliards de dollars en 2004 faisant de la Chine, le troisième importateur mondial, derrière les Etats-Unis et l'Allemagne.

29Les Echos, 16/09/2004. 30 Le Monde, Le textile est l'un des éléments du bras de fer américano-chinois, 1213/06/2005. 34

Pour défendre la position des exportations de textile chinois en Europe, le conseiller commercial de l'ambassade de Chine auprès de l'Union européenne, Liu Youhou, a argumenté devant les parlementaires européens réunis pour une audition sur l'avenir de l'industrie européenne à Strasbourg, a exposé le point de vue très structurant de la Chine: « Vous avez la haute couture, nous produisons du moyen et du bas de gamme. Notre marché est ouvert. Vous pouvez exporter vos chemises de grandes marques ». Il a précisé d'autre part que la Chine a besoin de vendre à l'Union européenne qui est son deuxième partenaire commercial et que les marchés chinois et mondiaux sont complémentaires. Selon le point de vue du représentant chinois auprès de l'Union européenne, l'afflux d'exportations de textile chinois était le fait d'une saine division du travail. Dans son développement, la « Chine a donc besoin du marché mondial et a besoin de l'Union européenne ». Liu Youhou a d'autre part lancé aux parlementaires présents «Savez-vous que pour importer un Airbus 320, il nous faut exporter quelque 20 millions de chemises? »31. Pour calmer l'opinion publique et satisfaire ses différents partenaires, la Chine fait un geste, et envisage même de taxer tout le textile et les meubles à l'exportation vers l'Europe et vers les Etats-Unis; pour ce faire, elle a déjà commencé à préparer ses entreprises à une telle éventualité. Les taxes sur le textile, qui variaient de 2 à 4 % vont être multipliées par trois, voire par cinq, touchant plus de soixante articles si cela s'avérait nécessaire32. Beijing s'emploie, depuis le mois de mai 2005, à apaiser les craintes de la Commission européenne, et un accord a finalement été signé le Il juin entre Peter Mandelson, commissaire européen et le ministre chinois du Commerce, Bo Xilai, à Shanghai. Beijing accepte de limiter ses exportations sur dix produits textiles. Cet accord selon le ministre chinois du commerce, est « bon pour les intérêts de chacun. C'est un accord gagnant-gagnant ». L'accord signé fixe des plafonds différents pour les différentes catégories de produits textiles. Ainsi, la Chine va limiter entre 8 et 12,5 % par an la croissance de ses exportations vers l'Union européenne sur dix produits textiles et d'habillement (tee-shirts, pull-overs, produits de lin et les pantalons pour homme, soutiens-gorge, linges de table et de cuisine...). Peter Mandelson
La Tribune, La Chine fait la sourde oreille sur le textile face aux Européens, article de Grégoire Pinson, 20/04/2005. 32Le Figaro Economie, 21-22/05/2005.
35
31

a précisé que « l'arrangement global représente une bonne affaire pour la Chine tout en donnant du répit à l'industrie européenne qui peut à nouveau respirer, ce dont elle avait grand besoin33 ». Aux termes de cet accord, la Chine s'engage à limiter, jusqu'en 2008, la croissance des exportations vers l'Europe. Cette signature a mis fin provisoirement à la « guerre» sur le textile entre l'Europe et la Chine qui a empoisonné les relations entre ces deux pays et a permis en particulier d'assurer une transition en douceur aux industriels du textile des pays de l'Union européenne confrontés à la concurrence des produits chinois, mais sans risquer de braquer la Chine. Mais les distributeurs occidentaux sont les premiers à réorienter leurs approvisionnements vers la Chine pour conforter leurs marges. En août 2005, une nouvelle crise dans le textile est survenue, car les seuils annuels d'importation ayant été atteints dès le mois de juillet pour plusieurs produits, mais l'accord de septembre conclu à Beijing a permis finalement de débloquer les millions de pièces de textile en souffrance dans les ports européens34. Les Chinois ont toujours déclaré que le seul moyen d'améliorer les déficits commerciaux de la Chine avec l'Union européenne et les EtatsUnis, est de lever l'embargo sur les ventes d'armes. Pour s'équiper et se moderniser, l'armée chinoise a besoin de la technologie occidentale, et elle ne manque pas de le faire savoir aux fournisseurs et constructeurs de ces pays. Le voyage du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, en juillet 2005 à Beijing, au beau milieu d'un regain de tension commerciale entre Washington et Beijing, n'a pas permis à l'Union européenne de concrétiser les accords avec la Chine, en particulier sur l'octroi du statut d'économie de marché à la Chine et la levée de l'embargo sur les armes35. L'obtention du statut d'économie de marché aurait permis à la Chine de modifier le mode de calcul des droits antidumping lors des conflits commerciaux et rendrait plus difficiles les actions de défense contre l'afflux de produits chinois, par exemple. Le président de la Commission a rappelé à cette occasion l'inquiétude croissante des Européens face à la montée en puissance de la Chine, et a demandé au gouvernement chinois d'aider l'Europe à effacer cette peur
33 China Daily, 11/06/2005; Le Figaro Economie, 11-12/06/2005. 34 Financial Times, La Tribune, 6/09/2005. 35 Les Echos, Bruxelles temporise sur l'octroi du statut d'économie Chine, 15-16/07/2005.

de marché à la

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du «made in China »36.Le sommet annuel entre l'Union européenne et la Chine a eu lieu en septembre 2005, il n'a pas pu permettre à Tony Blair, président tournant en exercice de l'Union européenne de prendre des décisions sur ces deux priorités qui conditionnent des bonnes . re IatlOns entre ces deux pays 37 Aujourd'hui, forts du soutien du gouvernement et de l'expérience acquise auprès des partenaires étrangers, à travers les joint-ventures, les groupes ou champions chinois se lancent à l'assaut des marchés occidentaux; ils investissent même aux Etats-Unis et en Europe. Certains groupes industriels comme Haier, Lenovo, TCL, CNOOC, Hutchison Whampao, Sinopec, Wanxiang, SAlC, Baosteel, Nanjing Automotive, n'hésitent plus à prendre des participations ou à effectuer des rachats d'entreprises étrangères dans leur propre pays. L'habillement, la restauration ne sont pas les seuls centres d'intérêt des investisseurs chinois. Le tourisme, la technologie, l' agroalimentaire et l'environnement ont la faveur des entreprises chinoises qui s'internationalisent à leur tour de plus en plus en Europe. Compte tenu du nombre de groupes chinois ayant vocation à exporter, il ne serait pas étonnant que d'ici dix ans, chacun de nous aura un ami, ou une connaissance, un voisin, un membre de sa famille, un ancien collègue, qui travaillera directement ou indirectement pour une entreprise chinoise, ou contrôlée par des capitaux chinois. Au moins une de nos relations aura un « boss» chinois dans moins de dix ans! Voilà ce que nous prédisent les plus optimistes des économistes et des banques d'affaires. On voit même, ces derniers temps, des entreprises chinoises venir au secours d'entreprises étrangères en difficulté dans leur propre pays. Comme le mentionne une étude récente de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), la Chine est « un investisseur étranger direct émergent ». D'ores et déjà, les entreprises de la Grande Chine (comprenant les entreprises de Hongkong et de Taiwan) emploient environ 900 personnes en France avec 150 entreprises implantées, 1 200 en Allemagne, 500 en Italie et environ 7 000 personnes en GrandeBretagne. En effet, bien que son investissement direct à l'étranger reste encore faible (30 milliards de dollars US depuis l'ouverture de son commerce), la Chine serait prête à investir quelque 40 milliards de
36 Financial Times; China Daily, 18/07/2005. 37 China Daily, 06/09/2005. 37

dollars, d'ici 2015 à l'étranger, selon les différentes déclarations officielles du ministère du Commerce. Plus précisément, on ne comprend pas bien, comme l'a écrit le journaliste des Echos, Erik Izraelewicz, que si les entreprises américaines et européennes peuvent investir massivement en Chine, y acquérir des entreprises et même prendre des participations à hauteur de 20 % dans les grandes banques chinoises, pourquoi lorsque les Chinois investissent à leur tour en Amérique ou en Europe, cela suscite des commentaires et des résistances de la part de leurs gouvernants38? Alors que les entreprises japonaises continuent d'investir aux Etats-Unis, mais «leurs capitaux» ne hantent pas les cauchemars américains. Il est vrai qu le Japon est un allié, la Chine ne l'est pas. Certes, on sait d'autant plus que les Chinois ne respectent pas souvent les règles du jeu économiques, car leurs champions nationaux obéissent tous aux ordres de Beijing et leurs capitaux sont détenus très majoritairement par l'Etat, ce qui légitime en quelque sorte les craintes des Américains et Européens. Pour réduire la tension vis-à-vis de la communauté internationale des affaires, l'administration chinoise chargée des échanges internationaux a déclaré qu'elle s'apprêterait à élargir les canaux de sorties de capitaux pour encourager les entreprises chinoises à se lancer dans la compétition économique mondiale et à investir à l'étranger. La Chine envisage, en effet, de modifier, compte tenu de ses immenses réserves en devises, les objectifs de sa politique de changes, passant d'un contrôle strict sur les sorties de capitaux à un système plus équilibré entre les entrées et les sorties de devises39. L'émergence de la Chine, au plan économique mondial, au lieu de nous faire peur, doit être considérée comme une des meilleures nouvelles du XXIe siècle. Elle prouve qu'un pays sous-développé et pauvre peut quand même progresser et réduire son retard par rapport aux pays industriels les plus avancés. En particulier, la montée en puissance de la Chine incite à espérer que ce grand pays parviendra à moyen terme à opter pour un régime plus libéral et à se rapprocher davantage des valeurs occidentales en matière de démocratie. De ce fait, elle donne toutes les bonnes raisons de faire confiance à ce pays et à entretenir avec Beijing des relations commerciales « gagnant-gagnant ».
38 Les Echos, OPA chinoises: 39 China Daily, 30/12/2004. les risques d'un yuan fort, 24/06/2005.

38

Pour conclure, nous dirons que même si certains aspects de son développement international sont offensifs et certaines pratiques de son commerce peu orthodoxes (le vol de brevets, non respect de la propriété intellectuelle, corruption, concurrence déloyale, protectionnisme régional, etc.), il n'en reste pas moins que la Chine est l'un des pays les plus ouverts au monde. Elle est en outre particulièrement accueillante à l'égard des capitaux et des industriels étrangers. En matière de produits, le consommateur chinois ne fait guère preuve de nationalisme exacerbé, comme en Corée du Sud ou au Japon en leur temps. Cela mérite d'être mentionné. Aujourd'hui, le consommateur chinois ne fait pas trop de distinction entre les produits fabriqués par les joint-ventures en Chine, les importations et ceux fabriqués par les grandes entreprises chinoises. Ce qui compte, c'est la notoriété de la marque, le prix et le design proposé. Depuis l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce, en décembre 200 l, les produits étrangers entrent avec une plus grande facilité, et les barrières douanières et techniques tombent les unes après les autres. Dans aucun autre pays au monde, les capitaux étrangers ne sont autorisés à prendre des participations aussi importantes dans les secteurs aussi stratégiques que l'automobile, l'énergie, la grande distribution. Cela témoigne bien de l'image entreprenante et pragmatique de ce pays. Quant à la Chine, on ne lui voit guère d'intérêt à mettre en danger l'industrie de nombreux pays émergents, alors qu'elle aspire à incarner à leurs yeux un modèle de développement. Elle n'a pas non plus intérêt à créer des situations conflictuelles avec ses principaux partenaires occidentaux, qui sont à la fois ses clients et fournisseurs de premier plan. D'autre part, le président du Groupe d'action financière sur le blanchissement des capitaux (Gafi), organisme international chargé de protéger le système financier mondial contre le blanchiment et le financement du terrorisme, a déclaré que l'adhésion de la Chine au Gafi est désormais possible. La Chine va commencer par créer avec la Russie, le groupe Eurasie, un des groupes régionaux agréés par le Gafi et ayant les mêmes missions que lui à l'échelle régionale. Il est évident que l'entrée de la Chine dans les cercles de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme pourrait enclencher un processus vertueux en Asie et renforcer l'image ?luS rassurante de ce pays vis-à-vis de la communauté internationale4 .
40 La Tribune, Une adhésion de l'Inde et de la Chine au Gafi devient possible, 39

Pour apaiser ses partenaires commerciaux, depuis le 21 juillet 2005, la Chine a fait un geste d'ouverture en réévaluant sa devise de 2,1% par rapport au dollar US et a réformé son système de change. Geste symbolique certes, mais il témoigne la volonté de la Chine d'intégrer de plus en plus dans la vie économique mondiale. Désormais, la composition du panier de devises pris pour référence pour calculer la parité du RMB, la monnaie chinoise, est constituée des principales monnaies comme le dollar US, le yen, l'euro, le won sud-coréen, la livre sterling. Cette instauration d'un régime de change flottant pour le RMB, avec la création d'un panier de monnaies mettait fin à plus de dix ans de parité fixe avec le seul dollar US. Selon un expert de la banque Morgan Stanley, cette mini-réévaluation était davantage politique et stratégique qu'économique ou financier; la Chine souhaite plutôt mener une politique monétaire plus indépendante et certainement pas pour aider les Etats-Unis à résorber son déficit courant41. La Chine a montré sa volonté d'assouplir son système de change en autorisant dès juillet 2005 les banques à développer désormais des opérations de couverture à terme sur le RMB. On assiste depuis la fin du premier semestre 2005 quelques signes de bonne volonté de Beijing, notamment à l'égard de la communauté internationale des affaires.

22/09/2004. 41 Les Echos, « Un yuan réévalué ne fera pas chuter le dollar », article de 5-6/08/2005.

Stephen Jen,

Chapitre 2
Comprendre la culture politique chinoise
Pour les entreprises occidentales, l'organisation politique et administrative chinoise, ainsi que son système de fonctionnement, représentent la fois une complexité et une difficulté supplémentaires dans leurs combats pour pénétrer ce pays. L'ouverture apparente de la vie politique et les réformes entreprises depuis une vingtaine d'années ont donné au monde l'image d'une Chine moderne, tendant à faire croire aux étrangers que le Parti communiste chinois est maintenant relégué à un rôle secondaire. Mais la réalité est tout à fait différente et autrement plus compliquée. En effet, la politique est toujours fortement présente dans l'économie du pays et le Parti communiste est toujours aux commandes. Les Chinois considèrent que leur société est constituée de quatre grandes organisations que sont: le Parti, l'Etat, le Syndicat et la Ligue de la Jeunesse communiste. Le présent chapitre décrit l'organisation du Parti. Nous n'aborderons pas le système et l'organisation syndicaux et encore moins le mouvement politique de la Ligue de la Jeunesse communiste, non pas parce que ces organisations sont moins essentielles que les deux autres, mais elles n'ont d'intérêt que limité pour les entreprises étrangères. Pour tenter de comprendre la culture politique chinoise, connaissance indispensable pour appréhender le centre du pouvoir et ses mécanismes décisionnels qui ont un impact sur le monde des affaires en Chine, nous nous intéresserons tout d'abord au système, à l'organisation du Parti et à son évolution, et ensuite nous donnerons une description rapide de l'organisation de Zhongnanhai, siège du Comité central du Parti communiste chinois, afin de montrer les spécificités structurelles de l'Etat chinois. Nous nous attarderons un peu plus longuement sur les institutions du Parti. Cet objectif reste bien évidemment modeste, mais l'acquisition de cette culture politique est une étape incontournable pour les dirigeants occidentaux et les cadres d'entreprise qui souhaitent comprendre l'implication du Parti dans la vie économique et sociale de cette nation. 41

2.1. Un d'originalité

Parti

communiste

à

la

recherche

Un peu d'histoire
Commençons par un bref rappel historique du rôle du Parti communiste chinois (PCC) dans la société chinoise. Tout d'abord, il est essentiel de savoir que la Chine a un passé d'intervention ininterrompue de l'Etat impérial centralisé, et ce, depuis deux mille ans. Cette tradition administrative et bureaucratique est brisée pour la première fois dans la première moitié du XXe siècle (1911-1949) grâce à la nouvelle manière de gérer l'Etat et la redéfinition des rapports entre l'Etat et la société, empruntée à l'Occident. C'est finalement le régime communiste qui a instauré une institutionnalisation totale du social par l'Etat et la prédominance du Parti sur l'Etat. Le Parti communiste chinois a été créé en 1921 ; Mao Zedong fut l'un de ses douze membres fondateurs. Mao organisa la résistance en 1927 lorsque le PCC fut mis hors-la-loi. Spécialiste des questions paysannes, il développait ses thèses sur la révolution paysanne, alors que les autres dirigeants du parti s'attachaient à une vision « prolétarienne» de la révolution. Il faut se rappeler qu'en Chine, le nombre et le rôle des prolétaires (ouvriers) dans le contexte révolutionnaire étaient bien moins importants que ceux des paysans, contrairement à la révolution russe, par exemple. La « Longue Marche» donna l'occasion à Mao Zedong de reprendre, en 1935, le pouvoir qu'il conservera jusqu'à sa mort, le 9 septembre 1976. Mao s'attachait à la fois à donner un fondement théorique à ses ambitions en adaptant le marxisme-léninisme à la Chine, et à se doter d'un instrument militaire pour prendre le pouvoir. Plus précisément, dès les années 1920, l'Armée Populaire de Libération (APL) contrôlait des territoires plus ou moins grands. A titre d'exemple, la République soviétique de Shaanxi42, fondée en 1933, comptait alors environ 100 millions de personnes administrées par les forces révolutionnaires. En effet, c'est à partir de ce Soviet que les communistes chinois vont développer leurs attaques contre les Japonais
42 République proclamée par Mao Zedong et les partisans communistes sur la province « libérée» de Shaanxi. Ce territoire est géré sur le modèle de fonctionnement des Soviets. 42

dès 1937; cette période fut une phase capitale pour la préparation militaire et pour le développement du PCC. Aussi, aujourd'hui comme hier, l'intégration de l'APL dans la vie politique de la Chine est-elle considérée comme une donnée naturelle et légitime. On observe ainsi une interpénétration forte entre l'appareil du PCC et celui de l'armée dans les affaires de l'Etat. Le PCC prit le contrôle de chaque rouage de l'appareil de l'Etat, là où les révolutionnaires occupaient les territoires abandonnés par l'armée nationaliste du Kuo Min Tang. Après l'expropriation des propriétaires fonciers, des industriels et des banquiers, il organisa la population dans les campagnes avec la création des communes. Ainsi, la population urbaine est organisée dans les usines à travers les syndicats, et sur son lieu d'habitation à travers les comités de quartier. La gestion directe de l'appareil d'Etat par des responsables du Parti s'est généralisée à travers tous les territoires «libérés », de même le principe de la loyauté, autrement dit: de l'allégeance personnelle au chef, est admis dans les fermes collectives et dans les usines. Après la proclamation de la fondation de la République Populaire de Chine en 1949, le PCC est devenu un parti unique qui, par légitimité, revendique un monopole sur le pouvoir politique, avec l'armée comme bras de force. En conséquence, le dirigeant suprême du Parti, tout comme les empereurs de la Chine impériale, croit « détenir» en quelque sorte le «mandat Céleste» pour régner sur la Chine, selon la pure tradition confucéenne. A partir de 1950, un autre instrument du Parti va dominer la vie économique du pays, les syndicats. Les syndicats jouent un rôle actif sous le contrôle absolu du PCC, ils interviennent dans le contrôle de la gestion des entreprises nationalisées. Plus tard, le gouvernement décida de faire des syndicats des rouages de l'appareil de l'Etat, sous prétexte que les syndicats et le PCC avaient les mêmes objectifs: la construction du socialisme. Aujourd'hui encore, on constate le rôle prédominant des syndicats dans la vie des entreprises d'Etat et à un moindre degré, dans certaines joint-ventures sino-étrangères ou entreprises privées.

43

Voyage à l'intérieur du Parti
La Chine est, depuis 1949, un pays communiste; les membres du Parti recensés dans les années 1960 étaient moins de 20 millions. Dans les années 1980, on en comptait 51 et, selon les statistiques fournies par la presse chinoise43, en juin 2002 environ 66,4 millions de membres avaient payé leur cotisation, soit 5,2% de la population totale. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il y a en Chine deux constitutions: la constitution de l'Etat chinois et la constitution parallèle du Parti communiste. L'adhésion au Parti est toujours sélective; on ne rentre pas n'importe comment au Parti. Le recrutement des nouveaux membres doit se faire au niveau de la cellule du Parti, et il faut s'en tenir au principe de l'admission individuelle. Le candidat doit être proposé et parrainé par deux membres du Parti; pour sa candidature, il doit rédiger une biographie détaillée de sa vie personnelle et professionnelle, et ensuite la soumettre à la cellule du Parti de son quartier ou à son entreprise ou lieu de travail. Après une enquête approfondie et étude de son dossier, le candidat est convoqué pour le défendre et pour répondre aux nombreuses questions et tests, afin d'évaluer sa culture et la robustesse de son idéologie44. S'il est admis, une cotisation annuelle est alors demandée au membre, généralement en fonction de son revenu et de sa position. En 2003, le Parti a vieilli, 77,7% ont plus de 35 ans. 78% des nouveaux membres (11,9 millions) recrutés entre 1991 et 2002 ont un niveau d'instruction supérieur au baccalauréat45. Aujourd'hui, le Parti recrute davantage de nouveaux membres dans les villes, et de plus en plus dans les entreprises privées et parmi les patrons ou dirigeants d'entreprise. Le recrutement traditionnel dans les campagnes et chez les ouvriers a perdu aujourd'hui quelque peu de son intérêt au profit des techniciens et cadres des zones urbaines. Les explications sont simples: dans les campagnes à cause des dé-collectivisations des terres; quant aux ouvriers, beaucoup sont déçus et préoccupés par la situation précaire de l'emploi et du système défaillant actuel de la protection sociale. Pour ceux qui veulent travailler et faire carrière dans l'administration, l'adhésion au Parti
43 China Daily, 6/9/2003 44 Tony Saich, Governance and Politics of China, p. 107. 45 E.LU; China Country Profile, 2004. 44

demeure une obligation. Selon la presse chinoise, les recrutements sont aujourd'hui de meilleure qualité qu'il y a vingt ans. Les membres du Parti sont astreints à des réunions et à la formation politique dans leurs locaux de travail et à l'école du Parti. Ces réunions et ces cours ont lieu une ou deux fois par mois, soit en fin d'après-midi, soit le samedi matin; ils sont organisés dans les locaux du Parti, dans les unités de travail, ou dans les usines. Les cadres potentiels du Parti, ceux qui sont pressentis pour une carrière prometteuse au sein de l'organisation, vont suivre les stages et une formation à l'Ecole du Comité central du Parti à Beijing. Aujourd'hui, les réunions dans les entreprises se font plus rares; dans certaines entreprises ou usines, il suffit d'y aller une ou deux fois par an et acquitter simplement sa cotisation. D'autre part, on observe une érosion idéologique importante actuellement parmi les 30 à 40 ans. Les Chinois semblent vouloir se dégager des activités collectives et se préoccuper plus de trouver des moyens pour s'enrichir davantage. n s'agit également, pour beaucoup d'entre eux, de se «jeter à la mer », autrement dit de se lancer dans cette économie privée aux contours de plus en plus prometteurs. En revanche, pour les fonctionnaires de l'administration, du gouvernement central ou local, y compris pour ceux des grandes entreprises d'Etat, l'assiduité aux réunions et à la formation politique (étude du marxisme-léninisme et de la pensée de Mao Zedong) reste encore d'actualité, car c'est la seule manière pour ces cadres de gravir les échelons au sein du Parti. n faut savoir, par ailleurs, qu'il y a des organisations de base au Parti. Elles sont mises en place dans les usines, les entreprises, les magasins, les écoles, les hôpitaux, les organismes administratifs, les quartiers d'habitation, les coopératives, les fermes, les cantons, les bourgs, les villages, les compagnies de l'armée et dans d'autres unités de travail ou entreprises, lorsque les membres du Parti y sont au moins au nombre de trois46. On trouve des organisations de base du Parti, des comités de base, des cellules générales ou des cellules du Parti dans presque toutes les organisations chinoises, qu'elles soient administratives, militaires, de production, de services ou associatives. Ils sont établis en fonction des besoins et du nombre des membres du Parti. Les différents comités se distinguent par le nombre de membres qu'ils
46 Cf: La Constitution

du Parti chinois. 45

regroupent47. Les membres de ces comités de base sont élus pour une durée de trois à cinq ans, par l'assemblée générale des membres du Parti de l'unité en question. Le comité élit ensuite le secrétaire de comité. Tous les résultats des élections doivent être approuvés par le comité du Parti de l'échelon supérieur qui fournit en principe les listes de candidats à se présenter ou se faire élire! Tout comité d'une organisation de base du Parti a au moins deux départements: le Département de l'Organisation et le Département de la Propagande. Le Département de l'Organisation est très important dans le processus de l'évolution des carrières des membres du Parti, puisqu'il s'occupe de la nomination, de la révocation et de la promotion des cadres de sa propre unité de travail, ainsi que de ceux qui lui sont administrativement rattachés; il est en charge également de la gestion des dossiers des employés de son unité. Ainsi, le Département tout puissant de l'Organisation du comité de base détient la carrière et le destin de ses membres: fonctionnaires, dirigeants d'entreprise, intellectuels, enseignants, médecins, etc. Les organisations de base sont généralement rattachées au comité de l'organisme qui est leur autorité de tutelle administrative. n faut savoir par ailleurs, que pour les bureaux industriels locaux, les comités du Parti des bureaux provinciaux sont subordonnés au comité du Parti provincial, et les comités du Parti des bureaux municipaux au comité du Parti municipal. Dans le cas d'une province qui administrativement dépend de l'échelon central (ministère, commission d'Etat), ses comités du Parti sont donc subordonnés aux comités locaux du Parti. n faut observer en outre, que les organisations de base du Parti dans les entreprises d'Etat et les entreprises collectives jouent le rôle de noyau politique. Elles assurent et contrôlent l'application des principes et mesures politiques du Parti et de l'Etat dans leur entreprise. n est intéressant de noter que les autorités des grandes villes comme Shanghai, Tianjin, Qingdao, Beijing, Guangzhou, Wuhan, Harbin, etc., ont décidé, depuis 1991, de mettre en place des cellules dans toutes les joint-ventures sino-étrangères qui comptent au moins trois communistes. De même, dans les entreprises à capitaux 100% étrangers
47

Un comité de base du Parti est créé dans une unité de travail ou d'habitation avec au

moins 100 membres du Parti, une cellule générale comporte au moins 50 membres et une simple cellule au moins 3. 46

ou dans les entreprises privées chinoises, on trouve également des organisations du Parti. L'influence du Parti y est néanmoins beaucoup moins forte et moins présente que dans les entreprises d'Etat ou dans certaines joint-ventures, comme la SAlC Volkswagen à Shanghai ou les joint-ventures de General Electric (GE). En revanche, certaines jointventures ont refusé la présence de syndicat dans leurs entreprises. Ainsi, la Fédération pan chinoise des syndicats (All-China Federation of Trade Unions) continue d'exercer une forte pression sur les entreprises comme Wal-Mart, Kodak, Dell et Samsung, pour qu'elles permettent à leurs employés de constituer une section syndicale dans les usines ou dans les lieux de travail, comme l'autorise la loi syndicale chinoise 48. L'organe suprême de direction du Parti est le Congrès national et le Comité central qui en est issu. Les organes locaux de direction du Parti aux différents échelons sont les congrès locaux des échelons correspondants et les comités locaux qui en sont issus. Les comités du Parti aux différents échelons sont responsables devant les congrès de leur échelon respectif et leur rendent compte de leur travai1.49 L'étape importante pour les membres du Parti, c'est l'élection des délégués aux congrès et celle des membres des comités du Parti aux différents échelons. Le scrutin est secret. L'établissement de la liste des candidats doit faire l'objet d'amples discussions dans l'organisation du Parti et parmi les électeurs. Dans cette organisation pyramidale, le Secrétaire général du Parti est l'homme qui a la plus haute influence politique sur le Parti. Ainsi, le Secrétaire général du PCC et les membres permanents du Bureau politique du Comité central du Parti sont les personnalités les plus importantes de l'organisation politique de l'Etat. En effet, les membres permanents du Bureau politique cumulent à eux seuls tous les pouvoirs politiques et économiques de la nation; autrement dit, ils président la destinée de la Chine. Le nombre des membres élus varie en fonction des jeux d'alliances politiques ou de marchandages à l'intérieur du Parti à l'issue de chaque congrès du Parti. Dans la lutte pour le pouvoir, les communistes et les dirigeants de la Chine depuis Deng Xiaoping ont l'obsession du consensus.

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China Daily, Finns urged to allow Trade Unions, 26/10/2004.
La Constitution du PCC, articles 10 et Il du chapitre 2.

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Il faut savoir par ailleurs, que l'organisation du PCC est fondée sur les grands principes suivants: le centralisme démocratique, l'élection des membres de direction et la direction collective. L'article 1 de ses statuts est explicite quant au le centralisme démocratique: «l'individu se soumet à l'organisation, la minorité à la majorité, l'organisation de l'échelon inférieur à celle de l'échelon supérieur, et toutes les organisations, tous les membres du Parti au Congrès national et au Comité central du Parti ». L'article 2 stipule que: « les organes de direction du PC aux différents échelons sont issus des élections... »50. En réalité les élections des membres au Congrès du Parti ne sont pas démocratiques, puisque la liste des candidatures aux élections est préparée par l'échelon supérieur du Parti. La liste des élus doit également être approuvée par l'échelon supérieur du Parti. En fait, chaque comité du Parti, à chaque échelon, possède sa propre liste de candidats pré-désignés à l'avance dont il assume la gestion. Plus précisément, le principe de la direction collective se traduit par un consensus obtenu après discussion et dont les décisions sont approuvées par une direction collégiale. Nous pensons d'autre part qu'il est utile d'éclairer la situation auprès des lecteurs par le rappel du système d'élection des membres au congrès, ainsi que quelques définitions et principes sur lesquels est fondée l'organisation du PCC. Les paragraphes suivants décrivent les organes centraux du PartiSl, qu'il ne faut pas confondre avec les organes administratifs des institutions de l'Etat que l'on verra au chapitre 3. Il est impératif de savoir que le système d'institutions d'Etat est entièrement doublé du sommet à la base par les structures du Parti. Cette duplication du sommet à la base reste valable comme nous le verrons plus loin, pour les structures administratives de l'Etat. Les organes centraux du PCC sont représentés par le schéma cidessous, avec pour base le Congrès national du Parti, le Comité central, le Bureau politique, le Comité permanent du Bureau politique, le

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K. Lieberthal, Governing China. From Revolution through Reform, W. W Norton &

Cie, Inc., 1995, pp. 384-402. 51J.-P. Cabestan, Le Système politique de la Chine populaire, PUF, colI. Thémis, 1994, pp.237-256. 48

Secrétariat du Comité central, et la Commission des Affaires militaires du Comité central. o Le Congrès national du PCC

Les délégués (environ 2000) au Congrès national du Parti sont élus par les comités de base du Parti, qui viennent de toutes les provinces de Chine. Le Congrès national du Parti se tient une fois tous les cinq ans sur convocation du Comité central; il précède de quelques mois le Congrès de l'Assemblée nationale populaire, ce qui permet à celle-ci d'entériner les décisions prises par le Congrès du Parti (nomination de Secrétaire général du PCC, Premier ministre et nouveaux membres du gouvernement, etc.) La hiérarchie des organes politiques dans l'ordre croissant est, comme le montre la figure ci-dessous:
Figure 1: Les organes centraux du PCC: XVIe Congrès 2002

Directives

Secrétaire général du PCC

Comité permanent: 9 memhres

Bureau politique du CC: 24 membres + 1 suppléant Comité central (CC): 198 membres + 150 suppléants Congrès national du Parti: 2114 délégués, 66 millions de membres

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