Petite histoire de l'intelligence économique

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Bien que médiatique, l'intelligence économique reste une dynamique difficile à saisir. S'appuyant sur une culture du renseignement mal comprise, elle inquiète autant qu'elle rassure. Pourtant jugée indispensable, elle a été élevée au rang de politique publique et se développe, lentement mais sûrement, au sein des entreprises. Afin de mieux comprendre cette dynamique, cet ouvrage propose une petite histoire de cette innovation "à la française".
Publié le : jeudi 1 avril 2010
Lecture(s) : 280
EAN13 : 9782336254210
Nombre de pages : 129
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Le Département Sécurité Economique de l’INHESJ

Suite aux conclusions du rapport1 confié en août 2007 à Alain Bauer par le Président de la République sur la recherche et la formation dans le domaine des questions de sécurité et stratégiques, l’Institut d’Etudes et de Recherche pour la Sécurité des Entreprises (IERSE) et l’Institut National des Hautes Etudes de Sécurité (INHES) ont fusionné début 2010 pour donner naissance à l’Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHESJ), le premier Institut national sous tutelle du Premier ministre développant une expertise en sécurité globale2 au profit de la sphère publique et du secteur privé. Le Département Sécurité Economique de l’INHESJ est constitué avec les compétences et les moyens humains issus de l’IERSE et intégrés au nouvel Institut. Les objectifs de ce département sont notamment : - délivrer aux responsables et futurs responsables de sécurité/sûreté des entreprises une formation technique, juridique et sociologique appréhendant l’ensemble des risques et menaces susceptibles d’atteindre l’entreprise, - promouvoir les savoirs théoriques et pratiques sur la sécurité/sûreté des entreprises et l’intelligence économique en menant des actions de sensibilisation et de formation, en organisant des conférences et en participant à des salons ou forums spécialisés, - effectuer toutes études et travaux de recherche de nature à améliorer la sécurité/sûreté des entreprises. Le caractère global et pluridisciplinaire de sa formation constitue la deuxième originalité du département, en même tant qu’un véritable atout pour le futur gestionnaire du risque. Collaborateur privilégié du chef d’entreprise, celui-ci doit en effet pouvoir envisager et anticiper toutes les situations à risques auxquelles peut être confrontée son entreprise (quelles que soient sa taille et son activité), être capable de mettre en place ou d’améliorer si nécessaire les ripostes, ainsi que les plans de secours et de continuité, et enfin organiser la gestion de la crise lorsque celle-ci survient, afin que l’activité se poursuive.

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Déceler-Etudier-Former : une voie nouvelle pour la recherche stratégique. Rapprocher les institutions publiques chargées de penser la sécurité globale. Rapport remis le 20 mars 2008 au Président de la République et au Premier ministre. Supplément au n°4 des Cahiers de la sécurité, avril-juin 2008. 2 Sécurité publique, sécurité économique, sécurité sanitaire et environnementale…

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Sécurité active et passive des installations, intelligence et sécurité économiques, atteinte à l’image, concurrence déloyale, lutte contre la contrefaçon, sécurité des expatriés, sont quelques-uns des thèmes abordés dans le cadre d’un programme actualisé chaque année et qui s’attache à prendre en compte toutes les atteintes potentielles à l’entreprise. Les auditeurs reçoivent aussi une information complète sur l’organisation et les missions des services publics de sécurité, sur les différents aspects du marché privé, sur les évolutions technologiques dans ce domaine. Le Département Sécurité Economique de l’INHESJ constitue de surcroît un forum de réflexion prospective en même temps qu’un lieu d’échanges entre les administrations et les entreprises. D’abord et avant tout, il poursuit deux buts : participer au débat et à l’approfondissement des savoirs sur la sécurité des entreprises et la sécurité économique au sens large, et contribuer à améliorer la qualité du regard que portent l’un sur l’autre le privé et le public, en appréciant de façon pertinente les besoins des entreprises, qui sont autant de vulnérabilités potentielles. La saine coopération entre ces deux partenaires doit désormais s’imposer comme un élément cardinal de la performance globale de notre pays.

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Remerciements Cet ouvrage est issu de mon mémoire d’Habilitation à Diriger des Recherches en Sciences de l’Information et de la Communication. Mes remerciements vont donc tout d’abord à Philippe Dumas qui a accepté de suivre activement ce travail ainsi qu’aux membres du jury qui ont bien voulu donner de leur temps à sa lecture critique : Nicole D’Almeida, Professeur au CELSA (Université Paris IV – Sorbonne), Amos David, Professeur à l’Université de Nancy II, Eric Delamotte, Professeur à l’Université de Lille III et chargé de mission à l’institut de la communication du CNRS, François-Bernard Huyghe, consultant et écrivain, et Alain Juillet, Haut Responsable à l’Intelligence Economique auprès du Premier Ministre. Ce travail n’aurait pu voir le jour si ma route n’avait un jour croisé celles de Christian Harbulot et de Pierre Fayard. Les fondations de ce projet de recherche étant aussi les leurs, qu’ils trouvent donc ici l’expression de ma profonde reconnaissance. De même, ce travail n’aurait pu se développer sans ces pionniers qui acceptèrent de me mettre le pied à l’étrier en m’offrant les moyens ou l’appui nécéssaires pour progresser dans un champ innovant et parfois semé d’embuches. Merci donc au Général Pichot-Duclos, à Philippe Caduc, Jacqueline Sala et Philippe Souhiard, Philippe Darantière, Jacques Debord, Robert Guillaumot, Edith Cresson, Bernard Carayon et Dominique Wolton. Au quotidien, ce travail n’existerait pas non plus si ceux qui, partageant ma vie professionnelle (et souvent amicale) ne venaient sans cesse l’enrichir. Je pense notamment à Alain, André, Christian, Eric, Guy, Jean-Luc, Jean-Pierre, Ludovic, Michel, Pascal, Philippe, Stéphane… sans oublier tous les autres ! Mais surtout, l’homme n’est rien sans cette moitié qui l’accompagne et sans ces petits bouts qui ont appris à leur père à travailler autrement. Frédérique, Emmanuelle et Vincent, merci pour la volonté, l’inspiration et le recul que vous me procurez sans cesse. Enfin, ce travail de recherche ne peut avoir de sens que parce que les voies qu’il explore trouvent des professionnels et chercheurs en herbe pour les suivre, s’en écarter et en proposer de nouvelles. C’est donc à eux que je dédie naturellement cet essai critique et prospectif.

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Préface
Eric DELBECQUE3 et Ludovic FRANÇOIS4

La crise financière et son cortège de conséquences ont fait entrer l’intelligence économique dans une nouvelle ère. Elle ne traduit plus désormais le sens de l’anticipation de quelques esprits pionniers, accoutumés à déceler les tendances émergentes, mais l’urgente nécessité qui s’impose à tous les dirigeants, publics et privés, ainsi qu’à l’ensemble des organisations, de décrypter un environnement complexe et instable. Pourquoi une nécessité ? Parce que chacun d’entre nous peut aujourd’hui constater que nous sommes définitivement plongés dans un univers systémique, c’est-à-dire fait d’interdépendances variées entre des phénomènes qui paraissaient auparavant plus ou moins cloisonnés. Ce que nous révèle la crise, c’est que la dure loi des dominos fonctionne au XXIe siècle de manière largement imprévisible : tout au moins, l’homme en ignore la logique intime. Nous ignorons à peu près tout des systèmes que constituent les grandes problématiques de notre époque. En matière financière, écologique ou sociale, les mécanismes les plus déterminants pour l’évolution de l’humanité nous échappent très largement. En bonne partie parce que nous échouons à raisonner de manière transdisciplinaire, globale, et que nous nous acharnons à vouloir conserver de confortables routines intellectuelles. Or, l’intelligence économique répond à ce besoin de compréhension de l’environnement mouvant et complexe qui enveloppe l’ensemble des activités humaines en lui donnant l’apparence d’un insondable chaos. Nicolas Moinet a donc raison de parler de l’intelligence économique à la française comme d’une « innovation ». Non seulement parce qu’elle demeure une discipline remettant en question les logiques bureaucratiques et pyramidales, mais aussi parce que les théoriciens et praticiens français s’en font une idée originale qui ne recouvre pas totalement les conceptions étrangères, notamment américaine. En effet, aux Etats-Unis, l’intelligence économique a vu le jour à la fin des années 1960 via l’ouvrage d’Harold Wilensky intitulé Organizational Intelligence Knowledge and Policy in Government and Industry5. Ce dernier y exposait les deux grandes
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Directeur de l’IERSE. Professeur affilié à HEC Paris. 5 Harold Wilensky, Organizational Intelligence : Knowledge and Policy in Government and Industry, New York, Basic Books, 1967.

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problématiques qui demeurent aujourd’hui au cœur du dispositif d’intelligence économique. La première est celle de la coopération entre l’Etat et les entreprises en vue de créer un avantage concurrentiel et la deuxième concernait la définition de la connaissance comme une source de croissance et de développement. Née concrètement au sein des firmes américaines dans les années 1950, la business intelligence est longtemps restée un outil au service des rivalités concurrentielles sur le marché national. C’est sous la présidence de Bill Clinton qu’elle deviendra un élément clef du dispositif américain de sécurité nationale, sous la pression de l’expansion économique japonaise et des mutations politiques et géoéconomiques causées par la fin de la Guerre Froide. Le Président américain plaçait les intérêts économiques au cœur de sa politique étrangère et conduisit une stratégie commerciale dynamique et agressive. Bill Clinton mit ainsi en place plusieurs structures chargées d’accompagner les entreprises américaines dans la conquête des marchés étrangers. Le gouvernement américain considérant que les entités économiques évoluent dans un environnement en constante mutation mit en œuvre différents dispositifs visant à soutenir financièrement les secteurs porteurs. En soutenant activement les entreprises développant des technologies prometteuses, les Etats-Unis démontrèrent qu’ils avaient fortement pris conscience de l’émergence de l’économie de la connaissance, caractérisée par le rôle clef de l’anticipation, et de la place cardinale de la stratégie commerciale et financière dans la politique de puissance globale d’une nation. A contrario, le dispositif français a été construit timidement mais révèle une originalité indiscutable. En effet, si l’intelligence économique a longtemps été mésestimée par les pouvoirs publics, elle apparaît désormais comme une forme de renouveau de la politique industrielle (adaptée à la mondialisation et à l’esprit de la construction européenne) et une étape décisive sur le chemin de l’Etat stratège. Si les notions de conversion et de mutation sont apparues dans les politiques publiques suite aux chocs pétroliers des années 1970, il aura fallu attendre la publication du rapport Intelligence économique et stratégies des entreprises6 en février 1994 pour que l’Etat investisse le champ de l’intelligence économique en y décelant l’avenir de la coopération public/privé. Ce document publié par le Commissariat général au Plan, et réalisé par une commission dont le président était Henri Martre, a défini l’intelligence économique comme
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Commissariat général au Plan, Intelligence économique et stratégie des entreprises, Travaux du groupe présidé par Henri Martre, Paris, La Documentation française, 1994.

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