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Plaidoyer pour un autre système économique

De
205 pages
Ce livre rappelle les bases de l'économie, mais de manière à faire apparaître un sens qui explique notre monde et à indiquer celui d'un monde différent. Le progrès technique et libéral qui réduit la nécessité du travail humain, seul moyen libéral de redistribution des richesses, détermine des conditions nouvelles dans l'Histoire. Au moment où le capitalisme touche à ses limites et où le communisme ordinaire les a déjà franchies, ces réflexions pourraient apporter un éclairage nouveau et permettre de penser à une civilisation nouvelle.
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I
INTRODUCTION On a bercé ma jeunesse dans l’illusion du progrès. Illusion mais aussi, dans une large mesure, réalité, surtout pour moi dont le métier d’ingénieur démontrait à l’envi que toutes les corvées humaines, tous les travaux, et même le travail proprement dit, pourraient être bientôt laissés à la machine. Pourtant dans ces années soixante un doute me troublait : libérés du travail qu’allions-nous faire, dans quoi allions-nous trouver un but à notre vie ? Ne sentant pas autour de moi d’écho à cette inquiétude et dans une certaine naïveté commune à cette époque j’en oubliais la question corollaire : De quoi allions-nous vivre ? C’est qu’en ces temps de « menace » communiste le problème me semblait posé autrement : Croyant alors à la prédiction de Karl Marx selon laquelle le capitalisme devrait disparaître, de lui-même ou en étant aidé, et pour laisser la place au communisme, ma préoccupation était surtout de trouver dans le communisme un visage humain. J’étais dans cet état de conscience quand je vis sans surprise éclater mai 68 et presque sans surprise aussi la déception qui s’ensuivit et que je m’obstinais pourtant à croire temporaire. Mais l’après 68 fut l’effondrement dans la bêtise bien entretenue par le mot d’ordre implicite de cette époque : « profite et tais-toi. » L’économie connaissait encore l’euphorie d’après-guerre, celle des « Trente Glorieuses », où l’offre et la demande s’accordaient toujours, où il suffisait d’entreprendre pour réussir. Et depuis, d’année en année, de décennie en décennie, le « progrès » se poursuit de dégringolade en dégringolade, jusqu’à cette situation actuelle que d’aucuns trouvent impensable, où réapparaît la misère là où on l’avait crue
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éradiquée, où le chômage s’étend et s’incruste, où le travail que le progrès devait adoucir devient plus contraignant et même plus meurtrier que jamais, où une vie insipide et sans espoir déprime la jeunesse, où, enfin, une inégalité se creuse bientôt plus abrupte qu’aux temps féodaux, entre un peuple de plus en plus démuni et une infime minorité monstrueusement privilégiée. C’était donc ça le « progrès » ? L’image radieuse des utopies anciennes que la science rendait enfin réaliste n’aurait donc jamais été qu’une sale farce, qu’une ignoble tromperie ? Le complot d’une classe sociale férocement avide de privilèges et de domination qui aurait mis toute son ingéniosité à ourdir ce leurre ? Peut-être de quoi devenir violemment révolutionnaire ? Mais le progrès pourtant s’est fait, le vrai progrès, celui de la civilisation, qui, petit à petit, même masqué, avance en substituant la réflexion à la violence. Nous en sommes là. Pour ne pas périr, pour ne pas nous laisser engloutir dans le chaos économique, nous devons accomplir l’effort, non pas cet effort de révolte sanguinaire que l’histoire peut-être nous suggère mais beaucoup plus, un effort énorme, l’effort sur nous-mêmes de réflexion et de dépassement.

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II
LES BASES DE LA REFLEXION « Malgré tout ce qu’on peut lui reprocher le libéralisme reste le moins mauvais des systèmes économiques », c’est ce que disent le plus souvent ses partisans et force est de reconnaître qu’il y a du vrai, tant qu’on ne s’est pas aperçu qu’il peut conduire au pire. Quoi de plus simple, de plus juste en effet, que le droit qui me serait accordé de vendre ou d’acheter ce que je veux, à qui je veux, au prix qui nous convient à l'un et à l'autre si nous en sommes d’accord, sans que personne d’autre ait à s’en mêler ? C’est pourtant par l’application stricte et généralisée de ce principe de liberté que je dois accepter un salaire me permettant à peine de payer un loyer, à peine de vivre, que tant de gens courageux sont poussés à la misère, mais que tel autre ni plus courageux ni plus instruit que moi se trouve en position de gagner cent fois plus que ce qu’il y a dans toutes mes ressources. Alors, pour éclairer ces paradoxes, il faut d’abord regarder et décrire le système libéral comme il se présente : Avant toute entrave fiscale, de protection, de réglementation, tout ce dont nous vivons, c'est-à-dire le travail et la consommation, se négocie librement comme on vient de le décrire, sur des marchés. Il faut produire pour consommer. Il faut donc un outil, l’entreprise, c’est-à-dire la « machine de production », comme elle a été définie au début du XIX ème siècle, comme une mise en commun des moyens : Chacun y apporte ce qu’il peut, qui son travail l’ouvrier, qui son argent le capitaliste, pour que la machine produise au mieux, dans l’intérêt de tous, et que chacun y trouve ce dont
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il a besoin pour vivre, pour se développer. L’apport des moyens et la répartition du produit par le salaire ou le profit se faisant selon le principe du libre échange, on ne pouvait trouver apparemment plus efficace et plus juste, mais l’application de ce principe entraîna les pires exploitations de l’homme par l’homme, peut-être autant et plus hypocrites que par l’esclavage. Mais sortons des paradoxes pour voir comment se présente, en général, la mécanique du système libéral : Il y a d’abord la circulation des biens et de l’argent : le débit des échanges qu'on peut comparer à celui d’un fleuve, ou plutôt d’un réseau d’irrigation par l'argent, comme le sang dans les poumons pour le transport de l’oxygène dans tout l’organisme. On dit que l’économie va bien quand cette circulation suit un rythme régulier et qu’elle permet sans cesse le mieux, le plus de biens à consommer, les meilleurs investissements, que tous peuvent y travailler et en tirer le profit qu’ils espèrent. Cette situation de croissance et de plein emploi est l’idéal attendu par les Etats libéraux et le but des recherches des économistes. Toutes les études sur l’économie se focalisent sur cette santé dont les accidents sont mémorables sinon tragiques, comme la grande crise de 1929 et toutes les crises de gravités et d’étendues diverses qui ont amené l’économie à ce qu’elle est aujourd’hui. On n’attache pourtant pas assez d’importance au fait que ces crises étaient conjoncturelles alors que la situation actuelle résulte d’une déformation structurelle du système. En suivant les théories classiques sur l’origine des crises conjoncturelles on peut en ébaucher la synthèse : La circulation se fait par l’argent et ne se fait que par l’argent, le troc ayant une efficacité si faible pour les besoins de l’économie que nous n’avons même pas à l’envisager.
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Si l'on considère que la valeur est celle de la vie et des biens dont elle a besoin, l’argent n’a que la valeur des biens et services qu’il permet d’échanger, ce n’est que le reflet de ces biens échangés. Dans ce sens la quantité totale d’argent en circulation a exactement la valeur de la quantité totale des biens et services qui s’échangent à un instant donné. Mais cette dernière est essentiellement variable, ce qui pose le problème principal de l’économie : comment trouver une stabilité en même temps qu’un effet moteur dans le rapport fluctuant des quantité des biens et services échangés à la quantité d’argent qui les mesure ? Avant tout cette stabilité est-elle nécessaire ? Pas besoin de longs développements pour y répondre, chacun ayant sous les yeux l’inconfort, le désordre et l’injustice résultant d’une inflation excessive et mal maîtrisée, ou, au contraire, le chômage et le blocage de l'économie qui résultent de la mévente des biens maladroitement trop produits. Alors, si la quantité des biens et services qui s’échangent évolue, il faut que la quantité d’argent en circulation évolue dans le même rapport et comme on sait que l’évolution de la quantité d'argent provoque l’évolution de la quantité de biens et services, on peut s’attendre à un enchaînement sans fin, à la poursuite d’un but qu’on veut atteindre mais qui lui-même se court après. On conçoit que ce fonctionnement requière un effort permanent de maîtrise et d'équilibre. Quand l’argent manque il faut que quelque chose en permette la création et qui soit le plus près possible des besoins : c’est le crédit bancaire. Par les chèques et les cartes bancaires je me sers de l’argent que j’ai déposé à la banque, mais en même temps ce même argent est aussi utilisé par celui à qui la banque l’a prêté. Mon argent est donc utilisé deux fois en même temps, par moi et par l’emprunteur. Ce processus multiplié, généralisé, aboutit à une masse d’argent utilisé qui n’existe pas en billets, la monnaie scripturale. C’est la bulle financière qui se gonfle et se dégonfle selon les prêts et les remboursements, et qui ne tient que par la confiance.
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L’Etat ou la banque centrale, responsable de l’équilibre, contrôle l’évolution de cette bulle en acceptant plus ou moins de re-financer par émissions de nouveaux billets, une part de ces créances, en les rachetant aux banques, ce qui provoque une inflation constante, maîtrisée, l’érosion monétaire. On montre qu’il ne peut pas y avoir de croissance sans cette inflation maîtrisée. Mais l’instabilité structurelle du système l’expose à tous les accidents. Ce sont les crises qu’on se représente par l’éclatement accidentel de la bulle, tous les créanciers cherchant en même temps à rentrer dans leurs fonds… qui n’existent plus quand ils sont dispersés en de multiples crédits douteux ! Moins spectaculaire est l’évolution hoquetant de la circulation économique : trop d’argent en circulation favorise les échanges, relance l’économie, combat le chômage, mais augmente l’inflation surtout si l’offre suit mal la demande. L’inverse, la restriction, la rigueur, combat l’inflation mais freine les échanges, aggrave le chômage. Cette alternance simple a permis aux gouvernements pendant les années d’après-guerre, les « Trente Glorieuses », de piloter la croissance suivant les principes keynésiens (contrôle de la création de monnaie, politique budgétaire, politique fiscale), par l’arbitrage inflation / chômage, par l'alternance des politiques de relance et de rigueur, dans un contexte particulièrement favorable de besoins considérables et simples, de matières premières et de main-d’œuvre abondantes, d’une mécanisation de la production qui laissait encore beaucoup de place à l’humain, de marchés intérieurs pas encore menacés par la mondialisation, de la présence menaçante de l’URSS qui forçait un peu le respect des revendications ouvrières. Toutes ces conditions ont changé et dans le contexte de la stagflation l’arbitrage inflation / chômage ne peut plus se faire aussi simplement. C’est qu’aux problèmes conjoncturels sont venus s’ajouter des modifications structurelles que nous aurons à découvrir.
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Remarquons d’abord qu’il manque à ces conceptions de l’économie sous le seul angle conjoncturel une vision globale des bilans économiques. On en trouve l’exemple dans le principe de la « désinflation compétitive » à la mode vers 1990 : La rigueur monétaire et budgétaire freine la demande, ralentit l’inflation et augmente le chômage, mais améliore les conditions du commerce extérieur. Le chômage ayant modifié les rapports de forces entre patronat et salariés, il fait baisser les salaires et augmente ainsi la compétitivité des entreprises. Compétitivité et crédibilité par la rigueur amènent l’amélioration de la croissance et de l’emploi. On en déduirait presque qu’il faut favoriser le chômage pour combattre le chômage, ce qui n’est pas sans rappeler certaines théories thérapeutiques, mais ce paradoxe révèle surtout qu’il ne faut pas confondre le but réellement recherché avec l’outil stratégique qui se tourne et se retourne dans tous les sens sans jamais montrer sa véritable direction. Alors, dans une vision globale de l’économie, combattre le chômage, est-ce un outil dans un sens et un but dans l'autre ? Au-delà de la spirale, au-delà des faces mouvantes de l’économie qu’on peut comparer à celles d'un cube qui roule, c’est tout son mouvement qu’il faut envisager, d’où elle part et où elle doit arriver. Alors au-delà de ces mouvements saccadés et des crises conjoncturelles qu’est-ce que l’économie dans sa globalité, quel est son mouvement réel, quelle est sa réalité structurelle ? Pour sortir des raisonnements qui n’arrivent à mettre en évidence que quelque chose qui se dérobe et se court après, essayons d’atteindre la globalité en commençant, selon le premier principe du Discours de la Méthode par ramener le problème de l’économie à ses données de base, simples au risque d'être jugées simplistes, mais si élémentaires et si évidentes qu’elles ne puissent être contestées.

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III
ELEMENTS DE BASE DE L’ECONOMIE Un loup ou un tigre chasse pour subsister, un bison cherche l’herbe à brouter et un cochon sauvage remue la terre. Tout être vivant doit fournir un effort, un travail pour gagner sa nourriture, son droit à la vie, et l’homme, produit de la nature parmi les autres, ne peut pas se soustraire à cette règle. Il n’est pas permis de parler d’économie, donc de civilisation et de morale, sans garder présente à l’esprit cette première évidence, l’effort nécessaire à la subsistance. On peut même la formuler, la schématiser :
(I) ndividu M Nature

P

L’individu ( I ) fournit à la nature un travail, un effort, plus généralement un moyen M, et il en reçoit le produit P qui sert à sa nourriture, sa subsistance. Dans le domaine matériel où nous sommes il est toujours possible de quantifier P et M et de se représenter, même symboliquement, le rapport R = P / M qu’on peut appeler rendement, productivité, et qu’on ressent intuitivement rien qu’en disant « la pêche a été bonne », ou « cette terre est fertile » ou bien « elle est sèche et aride ». Ces expressions sont en fait différentes appréciations de R et les animaux eux-mêmes, s’ils pouvaient parler, sauraient l’exprimer. Si on imagine l’individu seul dans la nature, dans une situation qu’on rencontre plus dans les livres que dans la réalité (Robinson Crusoé), on se demande s’il pourrait être auto-suffisant, s’il pourrait satisfaire son besoin de consommation par sa propre capacité de travail, M. On pense
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généralement que son rendement R = P / M serait dérisoire. (Je pourrais sans doute survivre un certain temps en ne consommant que les pommes de terre que je cultiverais dans mon jardin, cuites dans l’eau de ma source avec le bois que je couperais dans ma haie…) Mais on peut penser que depuis les débuts de l’humanité les hommes se sont fait la courte échelle pour attraper des fruits inaccessibles, se sont groupés pour impressionner, rabattre, capturer ou abattre un bovin, qu’ils ont donc mis en commun leurs moyens pour trouver leur subsistance à meilleur compte que chacun pour soi de sorte que la première évidence est devenue l’effort collectif nécessaire à la survie de chacun. Schématiquement :
Groupe des individus

M+M+… P+P+…

Natur

Dès lors il faut que chaque individu y trouve personnellement son compte dans le même schéma d’évidence que s’il était seul, mais avec le recul nécessaire pour laisser la place au système intermédiaire S, le système de production collectif :
(I)

... etc
(I)

m . p

M P

Nat

La mise en commun des moyens m en M dans le système S permet une augmentation considérable du rendement R qui, à terme est responsable de l’évolution globale de l’homme, de
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toute la civilisation, et la formule qui résume globalement ce schéma reste : P=R.M Nous en sommes là encore aujourd’hui avec toujours les mêmes problèmes : comment concevoir S pour que son rendement R soit le plus grand possible (ce qui n’est pas le plus difficile), mais surtout pour que la répartition du produit P en p soit la plus juste possible ? Regardons-nous bien nous-même et regardons notre entourage : Y voyons-nous souvent les qualités requises pour que les individus s’associent dans un projet commun ? Demander ça à la nature humaine c’est comme demander à la lune d’éclairer la terre à la place du soleil. C’est presque à l’impossible que se sont heurtés nos ancêtres et pourtant le miracle s’est produit. Ca s’est fait, mais pas sans mal, pas sans victimes… La théorie marxiste explique que différents systèmes de production se sont succédés depuis le communisme primitif des chasseurs cueilleurs : l’esclavage, la féodalité, le capitalisme, et bientôt (Marx l’annonce), le socialisme et le communisme. Elle explique aussi que chacun de ces systèmes a son côté sombre, l’inégalité qu’il génère entre les hommes, leurs regroupements en classes sociales et l’exploitation de l’homme par l’homme. Ces systèmes ne peuvent donc pas fonctionner sans tensions, (la lutte des classes,) et ce sont ces tensions qui provoquent à terme le basculement d’un système dans un autre généralement moins injuste, du moins à son avènement, ce qui indique le sens du progrès. Forts de ces principes, essayons d’imaginer très simplement un système : Pour produire et se nourrir il faut que tout un peuple travaille mais ce dernier ne sait pas s’y soumettre spontanément. Il faut alors qu’un autre peuple armé et dominateur le soumette et l’encadre. Mais dangereux car enclin à la barbarie ce peuple armé doit être soumis à son tour
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par un troisième qui représente l’autorité morale, la force de la pensée, la croyance, la superstition, la religion. On a vu se dessiner les trois ordres du système féodal, le peuple paysan, la noblesse et le clergé. On imagine aussi tous les remous, toutes les rébellions qu’un tel système de classes opposées, de castes, d’injustices institutionnalisées, peut déclencher, et dans notre histoire, on sait ce qu’il en est advenu. On comprend qu’un autre système de production cherche à s’imposer, (à partir d’une classe parasite émergente : la bourgeoisie), et qui pourrait, on l’espère, éviter un peu mieux l’exploitation de l’homme par l’homme. Dans le capitalisme la force physique est remplacée par celle de l’argent, la violence par le droit. L'argent n’est plus un outil de domination, il est lui-même la domination. Dans l’entreprise où chacun apporte ses moyens, celui qui apporte l’argent, le propriétaire capitaliste, a pour rôle l’encadrement du travail, remplaçant à lui seul la noblesse et le clergé car il incarne seul la force et la morale, le dieu : l’argent, la richesse. Dans ce système les moyens M qu’il faut apporter pour la production sont d’une part Mc pour le capital, c’est à dire l’usure, la consommation des équipements, d’autre part Mt, pour le travail, c’est à dire la main-d’œuvre. La formule du produit P devient alors : P = R . ( Mc + Mt ) Ici le capitalisme fait apparaître un autre paramètre, la proportion relative de Mc et Mt pour une même production : Une machine qui coûte 100 Euros d’amortissements (Mc, investissement, intérêts, dépense du capital…) peut exiger pour son fonctionnement 200 Euros de main-d’œuvre (Mt). Une autre machine équivalente mais plus perfectionnée peut coûter 150 Euros d’amortissements et fonctionner avec seulement 50 Euros de main-d’œuvre. Ces deux machines
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diffèrent par leur degré de développement technologique qu’on pourra se représenter par le rapport d = Mc / Mt qui est de 0,5 pour la première et 3 pour la seconde. Etendu globalement à toute l’économie, ce rapport d = Mc / Mt en mesure le niveau de développement technologique, le progrès matériel, variable selon les époques et les pays. La formule de production est alors : P = R . ( Mc + Mc / d ) (ou P = R . ( d . Mt + Mt )) soit : P = R . Mc ( 1 + 1 / d ) d pourrait être un paramètre sans importance au regard de ce qui compte vraiment le rendement R, mais si d et R semblent être des facteurs indépendants dans ces formules, la réalité économique les rend évidemment dépendants : L’évolution technologique n’est recherchée que pour l’amélioration du rendement : plus d augmente, plus R augmente de sorte que la part dans M du travail, Mt, tend inévitablement à diminuer. Le seul problème qu’on ait à se poser c’est « jusqu’à quand ? Peut-on s’attendre à la disparition du travail ? » Tels sont les paramètres, assez simples dans leur principe, du système de production capitaliste. Mais le but d’un système économique n’est pas que de produire (ce serait trop simple !) Il est surtout de redistribuer ce produit de manière équitable entre ses acteurs. Il faut donc y ajouter pour cela un autre mécanisme, et le mécanisme de distribution associé au capitalisme est le libre échange.

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IV
ELEMENTS DE BASE DU CAPITALISME LIBERAL Pour se représenter la distribution du produit dans le système capitaliste il faut plus de détails dans le schéma qui montre les échanges de l’individu au système, du système à l’individu et le circuit de l’argent qui enchaîne ces échanges :
(I)

M

S
transaction
(I)

Nat P

Les individus sont à l’intérieur du système et les échanges ne se font que d’individu à individu. A chacun de ces échanges (transaction) l’individu fournit une partie des moyens, m (travail ou capital) et reçoit une partie du produit p (consommation, pouvoir d’achat). Tout le système a pour but d’assurer la production en concentrant ces moyens m en un moyen global M et de distribuer le produit global P en parts individuelles, p. L’argent, moteur de ces transactions, traverse le système dans un circuit en partie fermé. L’échange global individus / système n’existe que comme résultante des boucles de nombreux échanges individu / individu (c’est précisément ce qui distingue le libéralisme du communisme). Chacun de ces échanges est une transaction élémentaire régie par la loi du
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libre échange, la loi de l’offre et de la demande, la loi du marché : prix

P
O

E
Q

Offre Demande

quantités

Les moyens m et les produits p qui sont proposés à l’achat et à la vente (je fournis mon travail, m, et je reçois mon salaire, p ; je consomme ma nourriture, p, et j’en paie le prix, m, … tandis que les intermédiaires transmettent les objets d'échange en se faisant payer leur travail, m, pour la plusvalue ou seulement pour leur service d’intermédiaire) se caractérisent chacun par un prix et une quantité, P et Q, ce qui détermine en fin de compte le partage. Les quantités et les prix se déterminent par libre négociation entre les acteurs. Chaque transaction élémentaire étant généralement placée dans un contexte concurrentiel les quantités et les prix se fixent naturellement à l’intersection des courbes qui représentent cette concurrence : la courbe d’offre et la courbe de demande. C’est ainsi que se fait systématiquement le partage du produit dans le capitalisme libéral. CARACTERES DE LA TRANSACTION ELEMENTAIRE La transaction élémentaire, libre échange entre un vendeur et un acheteur, sert au mieux les intérêts de ces deux acteurs selon le rapport de forces qui existe entre eux.
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