PLEIN-EMPLOI, CHOMAGE

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Le chômage constitue une cause d'aliénation et de désespoir pour les travailleurs, en outre, il ne permet pas l'utilisation optimale des ressources productives. Or, il pourrait être évité car les pays industrialisés ont effectivement la possibilité de réaliser le plein-emploi, comme le démontre Elie Sadigh. Dans la partie critique de cet ouvrage, l'auteur marque les limites de la théorie néoclassique actuellement dominante, qui fonde la cause du chômage sur le niveau des salaires. Il démontre que l'analyse de l'emploi proposée par cette théorie ne repose sur aucun fondement rationnel.
Publié le : lundi 1 décembre 2003
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EAN13 : 9782296337770
Nombre de pages : 194
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PLEIN-EMPLOI, CHÔMAGE
Synthèses critiques et propositions

2003 ISBN: 2-7475-5272-1

@ L'Harmattan,

Elie SADIGH

PLEIN-EMPLOI,

CHÔMAGE

Synthèses critiques et propositions

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Questions Contemporaines dirigée par J.P. Chagnollaud, A. Forest, P. Muller, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les «questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions Christian MARCHAL, La démocratie déséquilibrée, 2003. J.-F. CHIANTARETTO et R. ROBIN, Témoignage et écriture de l'histoire,2003. Jean- Pierre HUE, De l'eau dans le prétoire, 2003. José Antonio SEQUEIRA CARVALHO, Enjeux géopolitiques et coopération au développement de l'Union européenne, 2003. Pierre FREYBURGER, Les niqués de la république, Illustrations Véesse, 2003. Yves TRIPIER, La laicité, ses prémices et son évolution depuis 1905, (le cas breton), 2003. Anthony GAUTIER avec la collaboration de Pierre-Alexandre Couf, « Affaire Paul Voise », 2003. Bertrand MARTINOT, L'euro, une monnaie sans politique ?, 2003.

A la mémoire de Denise Armani

Du même auteur: MONETA E PRODUZIONE (1988); ouvrage collectif. Giulio Einaudi Editore. Collection Scientifica Einaudi. LA RENTE FONCIERE (1990); ouvrage collectif. Ed. adef (Association des Etudes Foncières). CRISE ET DEPENSE DU PROFIT (1994) ; préfacé par Augusto GRAZIANI, professeur à l'Université de Rome. Ed. LATEC. Centre national de la recherche scientifique, Université de Bourgogne.
LA THEORIE ECONOMIQUE DOMINANTE: UN SIECLE D'IMPOSTURE (1998). Ed. L'Harmattan PRINCIPES DE L'ECONOMIE Ed. L'Harmattan SALARIALE (1999).

DU LIBERALISME OU DE LA LOI DU PLUS FORT A L'ECONOMIE POLITIQUE (2001). Ed. L'Harmattan VALEUR, PRIX ET CAPITAL (2002). Ed. L'Harmattan ETUDE ECONOMIQUE ET GEOPOLITIQUE DEVELOPPEMENT (2003). Ed. L'Harmattan DU

Introduction

générale

Dans toute société, le plein-emploi n'est pas seulement un critère de bon fonctionnement, il témoigne aussi et surtout de l'existence d'une situation satisfaisante pour les travailleurs, et, par suite, il est la condition nécessaire de l'équilibre politique et social dans une société libre, tandis que le chômage constitue une cause d'aliénation et de désespoir pour les travailleurs. Dans une société démocratique, tout doit donc être mis en œuvre pour établir ou rétablir le plein-emploi de la main-d'œuvre. Ainsi la réalisation du plein-emploi doit-elle constituer l'un des principaux objectifs des responsables politicoéconomiques de toute nation. Toutefois, nous devons distinguer les pays dont l'économie a la possibilité d'atteindre cet objectif (la plupart des pays industrialisés) des pays dont l'économie n'a pas la possibilité d'atteindre cet objectif à court terme (la plupart des pays en développement). Ce sont essentiellement les pays de la première catégorie qui feront l'objet de notre étude dans cet ouvrage. Les conditions de la réalisation du plein-emploi et les causes du chômage sont étudiées essentiellement par deux ensembles de théories. Le premier ensemble considère et étudie le travail comme un bien, le second le considère comme la cause de la production. Dès lors que le travail est considéré comme un bien, son analyse se place au niveau de l'échange, et sa demande devient fonction de son prix. Cette relation amène les auteurs du premier ensemble à établir les courbes de l'offre et de la demande de travail. Ils prétendent que le point d'intersection de ces courbes détermine à la fois le « prix» du travail et la quantité de travail offerte et demandée. Dans cette analyse, c'est l'intersection entre les courbes de l'offre et de la demande qui détermine l'équilibre du marché. S'agissant du travail, ce point d'intersection représente l'équilibre de plein-emploi. Ils affirment que les travailleurs qui n'acceptent pas de travailler pour le prix ainsi fixé

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sont des chômeurs volontaires. Or, le travail ne peut ni être considéré ni être étudié comme un bien. En outre, nous établirons que, dans cette théorie, la détermination des courbes de l'offre et de la demande de travail est fondée sur des hypothèses fictives; de ce fait, cette théorie ne peut pas établir les véritables causes du chômage de façon rationnelle. Enfin, nous démontrerons qu'une analyse fondée sur l'économie d'échange se trouve dans l'impossibilité d'étudier de façon cohérente le problème du chômage et, par conséquent, dans l'impossibilité de proposer des solutions pour diminuer le chômage. Pire encore, cette théorie étant devenue dominante, elle a engagé les chercheurs sur de fausses pistes, et elle écarte les recherches dont l'application permettrait de créer les conditions qui favoriseraient la réalisation du plein-emploi. La seconde théorie est fondée sur l'économie de production salariale et elle considère naturellement le travail comme la cause de la production qui est la source du revenu. Cette théorie établit une relation entre le niveau des investissements et le niveau de l'emploi pour une technologie donnée. Dans cette analyse, deux problèmes importants sont à résoudre: déterminer la capacité de formation du capital dans une nation et déterminer la source de son financement. Cette théorie permet de démontrer que le taux des salaires ne peut pas être considéré comme une cause de chômage durable. Le travail étant la cause de la production, la rémunération du travail représente la valeur monétaire de la production, et cela quel que soit le niveau des salaires monétaires. En effet, dès la production s'établit une relation d'équivalence entre la rémunération des travailleurs et leurs produits. Le revenu ainsi formé représente le produit de la période et il découle de cette relation que le niveau des salaires ne peut pas être considéré comme une cause de chômage. Le chômage étant l'un des problèmes majeurs des sociétés industrialisées, il est indispensable de connaître ses causes si l'on veut les écarter, et établir ou rétablir le plein-emploi. Nous voulons démontrer qu'une véritable théorie de l'emploi doit s'intéresser essentiellement à trois problèmes. Premièrement, quelles sont les conditions qui permettent la réalisation du plein-emploi ou l'amélioration du niveau de l'emploi. Deuxièmement, quelles sont les causes qui font passer une économie de plein-emploi à une économie

Introduction 9

de sous-emploi. Troisièmement, pour quelles raisons les Etats qui ont la possibilité d'améliorer la situation de l'emploi dans leur pays n'y parviennent pas.

Cet ouvrage est divisé en deux parties: l'une critique et l'autre positive. Dans la première partie, nous voulons démontrer que la théorie dominante actuelle et toutes les théories qui fondent leur raisonnement sur celle-ci ne parviennent ni à déterminer les véritables causes du chômage ni, par conséquent, à proposer de véritables solutions pour l'écarter. Dans la seconde partie, nous déterminerons, d'une part, quelle est la principale condition qui permet de réaliser le plein-emploi, d'autre part, quelles sont les véritables causes qui font passer une économie de plein-emploi à une économie de sous-emploi, enfin nous proposerons des solutions aux problèmes de chômage. Ces démonstrations sont fondées sur les principes de l'économie, principes que nous établirons dès l'introduction de cette deuxième partie. La première partie nous permet d'établir les conséquences néfastes que la théorie actuellement dominante entraîne sur la recherche. En effet, nous verrons que la plupart des auteurs formés dans le cadre de l'enseignement de cette théorie en deviennent les prisonniers intellectuels du fait que leur raisonnement s'enferme dans le cadre d'un système d'analyse qui n'a pas de fondement rationnel. Nous démontrerons que, lorsqu'un raisonnement économique n'a pas de fondement rationnel, il ne respecte pas les principes de l'économie, ce qui l'amène à tirer des conséquences factices ou à établir des résultats fictifs. Il en est ainsi de l'étude de l'emploi dans le cadre du raisonnement de la théorie néoclassique, de la théorie de l'économie du déséquilibre et de la théorie de la régulation. Nous établirons que ces deux dernières théories sont inspirées essentiellement de la première, et cela, même si leurs auteurs prétendent s'en détacher, soit partiellement, soit totalement. L'application de la théorie néoclassique est en grande partie responsable de la situation du chômage dans les pays industrialisés, cela pour une simple raison: elle a engagé sur une fausse piste l'essentiel de la recherche dans ce domaine. Dans la partie positive, nous étudierons le problème de l'emploi en deux temps. Dans un premier temps, nous nous placerons, à l'instar de

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la plupart des auteurs, dans une économie fermée. Nous établirons les conditions de la réalisation du plein-emploi et les causes de l'apparition et du développement du chômage. Dans un deuxième temps, nous étudierons ce même problème dans le cadre d'une économie ouverte. Nous verrons que, si la mondialisation qui favorise le développement des échanges dans le respect de l'équivalence est hautement souhaitable, en revanche, la mondialisation des capitaux financiers constitue l'une des causes du chômage dans certains pays. Nous démontrerons que ce résultat découle du fait que la mondialisation des capitaux s'effectue aux dépens des principes de l'économie. Les auteurs néoclassiques étudient l'emploi et le chômage en termes d'équilibre et de déséquilibre sur le marché car ils considèrent le travail comme un bien, ce qui est une faute grave, tant sur le plan de l'éthique que sur le plan de l'analyse économique. Nous serons amené à démontrer que c'est l'insuffisance de l'investissement qui constitue la cause du chômage. Pour déterminer les causes de cette insuffisance, nous devons démontrer que les économies des pays industrialisés ont la possibilité de réaliser un niveau d'investissement leur permettant d'établir le plein-emploi, mais que des pathologies dues au non-respect des principes de l'économie les empêchent de réaliser cet objectif. Les Classiques et Marx n'ont pas véritablement étudié le problème du chômage. Toutefois, ils en parlent, soit pour établir une relation entre le niveau de l'investissement et le niveau de l'emploi, soit pour présenter les conséquences du chômage, soit pour expliquer l'une des causes du chômage de mutation, due à l'évolution de la technologie. A. Smith établit de façon pertinente la relation entre la quantité de capital existant et le nombre de travailleurs que ce capital peut employer. K. Marx étudie l'armée du chômage industriel. Il pense que le chômage maintient une tension sur le marché du travail, ce qui permet de fixer les salaires réels à un bas niveau. D. Ricardo établit une relation entre l'évolution technologique et le chômage de mutation. Nous serons amené à étudier la portée et les limites de chacune de ces propositions et à remettre en cause certaines idées reçues concernant notamment les causes du chômage et la lutte des classes.

Introduction Il

A partir du moment où s'établit une relation entre le niveau des investissements, pour une technologie donnée, et le niveau de l'emploi, nous pouvons démontrer qu'il n'est pas évident, comme le prétendent certains, que le niveau de la formation des travailleurs constitue une cause de chômage durable. En fait, la formation des travailleurs est hautement souhaitable, car elle permet d'améliorer la productivité du travail. Par ailleurs, lorsque les principes de l'économie sont respectés, il n'y a pas de lutte des classes. Le respect de ces principes permet d'atteindre le principal objectif de l'économie, objectif qui est de satisfaire les besoins économiques des individus. Ces besoins sont satisfaits grâce à la production et, pour les actifs, grâce au revenu que chacun reçoit, selon sa qualification, du fait de sa participation à la réalisation de la production de biens et services. La production étant la source du revenu, la satisfaction des besoins est limitée par le niveau de la production. La lutte des classes apparaît lorsque les principes de l'économie ne sont pas respectés. C'est ce non-respect qui permet à certains d'obtenir plus que ce qui leur est dû grâce à leur participation à la réalisation de la production, ou même d'obtenir un pouvoir d'achat sur les produits sans participer à la réalisation de la production. Etant donné que le revenu trouve sa source dans la production, c'est le partage du produit dans le non-respect des principes économiques qui attise cette lutte. Autrement dit, lorsque les principes de l'économie ne sont pas respectés, c'est la loi de la jungle ou loi du plus fort qui l'emporte; c'est pourquoi certains ne souhaitent pas que ces principes soient respectés. Etant donné qu'actuellement c'est la loi du plus fort qui s'impose, certains, par ignorance, d'autres, par intérêt, s'accrochent à la théorie dominante et la défendent. L'analyse néoclassique est fondée sur l'économie d'échange. Les auteurs néoclassiques sont amenés à établir une relation entre le taux des salaires et le niveau de l'emploi et ils prétendent déterminer ainsi le taux de salaire réel. Le raisonnement néoclassique étant fondé sur l'économie d'échange, il ne peut pas déterminer la quantité de monnaie nécessaire et suffisante qui doit monétiser l'économie salariale. Aussi la prétendue relation entre le taux des salaires et le niveau de l'emploi rend les chômeurs responsables de leur sort et l'indétermination de la quantité de monnaie qui doit monétiser l'économie salariale ouvre la

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voie aux prélèvements illégitimes et indus. Si nous parvenons à démontrer que l'application du raisonnement néoclassique fait apparaître des gagnants et des perdants, nous pourrons en tirer la conclusion qui s'impose, à savoir que l'analyse néoclassique ne respecte pas les principes de l'économie salariale. En effet, c'est lorsque les principes de l'économie ne sont pas respectés qu'apparaissent des gagnants et des perdants. Toutefois, pour que les travailleurs puissent participer à la réalisation de la production, il faut que l'économie permette d'offrir du travail à ceux qui désirent travailler. Aussi faut-il distinguer deux sortes d'économies: les économies des pays qui ne se trouvent pas dans une situation leur permettant d'offrir de l'emploi à tous les travailleurs qui voudraient travailler, et les économies des pays dont la situation permettrait d'offrir de l'emploi à tous les travailleurs qui voudraient travailler, mais où certains travailleurs ne trouvent pas d'emploi. Nous démontrerons que cette situation est due à une pathologie engendrée par le non-respect des principes de l'économie salariale. Il n'est pas justifiable, analytiquement, et il n'est pas possible, ni socialement ni moralement, de soutenir ou d'accepter que, dans les pays industrialisés, certains travailleurs ne puissent pas trouver de travail ni satisfaire leurs besoins économiques par le revenu de leur travail. Les pays industrialisés dans lesquels certains travailleurs ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins économiques sont les pays dans lesquels les principes de l'économie ne sont pas respectés et où, de ce fait, apparaissent des prélèvements illégitimes et indus. Autrement dit, si les principes de l'économie étaient respectés, les actifs n'auraient pas besoin de bénéficier de la redistribution.

CHAPITRE

Il

L'EMPLOI,

LE CHOMAGE ET

L'ECOLE NEOCLASSIQUE

Introduction

Dans la plupart des pays, c'est la théorie néoclassique qui domine actuellement l'enseignement, la recherche et les décisions politiques, c'est pourquoi il est important de savoir quels sont les fondements, la portée et les limites de cette théorie dans le domaine de l'emploi. Les théoriciens de cette Ecole pensent pouvoir étudier le travail comme un bien. « Le travail constitue un bien d'une importance particulière puisqu'il est un élément essentiel de toute production. A proprement parler il faut distinguer à son sujet autant de biens qu'il y a de types de travail. » (1999, E. Malinvaud, Leçons de théorie microéconomique. Ed. Dunod). Si Malinvaud a raison de dire que le travail constitue un élément essentiel de la production, en revanche, il commet une erreur grave, à la fois sur les plans éthique et analytique, lorsqu'il affirme que le travail est un bien. Cette façon de considérer le travail a une conséquence sur le plan éthique car elle fait croire que le travail peut être acheté et vendu. Or, le système dans lequel le travail peut être acheté et vendu est le système esclavagiste. Quant aux conséquences analytiques, nous démontrerons, dans ce chapitre,
Une partie des développements de ce chapitre a été étudiée dans mon ouvrage publié en 1998, La théorie économique dominante. 1

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que les théories qui étudient le travail comme un bien ne sont aptes ni à déterminer les véritables causes du chômage ni, par conséquent, à proposer des solutions aux problèmes du chômage. En outre, l'analyse néoclassique s'attache surtout à étudier ce qu'on appelle le chômage volontaire, qui est le refus des travailleurs d'accepter un travail pour un taux de salaire compatible avec l'équilibre de leur système. Pour mesurer toute la portée de cette affirmation, il est essentiel de savoir comment est déterminé le taux de rémunération du travail dans cette analyse. Les auteurs de l'Ecole de pensée néoclassique fondent l'étude de l'emploi sur l'offre et la demande de travail car, dans ce système, le travail est assimilé aux biens. Par conséquent, pour ces auteurs, la réalisation du plein-emploi ne pose pas de problème, ce sont les forces du marché qui amènent l'économie vers un équilibre de plein-emploi. Aussi l'équilibre du système implique-t-il le plein-emploi, ce que le père fondateur de l'Equilibre Général présente en ces termes: « L'état d'équilibre de la production, contenant implicitement l'état d'équilibre de l'échange, est à présent facile à définir. C'est celui, d'abord, où l'offre et la demande effectives des services producteurs sont égales, et où il y a prix courant stationnaire, sur le marché de ces services. C'est celui, ensuite, où l'offre et la demande effectives des produits sont égales, et où il y a prix courant stationnaire, sur le marché des produits. C'est celui, enfin, où le prix de vente des produits est égal à leur prix de revient en services producteurs.» (Walras; 1976, P.193). La théorie de Walras, fondée essentiellement sur l'égalité entre l'offre et la demande effectives, nécessaire à la réalisation de l'équilibre de son système, a dominé la recherche dans le domaine de l'emploi et a donné lieu à diverses interprétations et interrogations. Signifie-telle qu'à l'équilibre le plein-emploi de la main-d'œuvre est réalisé, ou signifie-t-elle simplement que l'égalité entre l'offre et la demande effectives est une exigence du système, nécessaire à la réalisation de l'équilibre général? Ces interprétations sont fondées aussi sur l'une des hypothèses de cette Ecole de pensée, qui consiste en une affirmation selon laquelle les facteurs de production sont substituables. Pour cela, il est nécessaire de supposer une fonction de production à coefficients variables. Ainsi, pour les uns, il suffit d'augmenter le

L'emploi, le chômage et l'Ecole néoclassique 15

nombre de travailleurs sur une quantité fixe de capital jusqu'à ce que l'équilibre de plein-emploi se réalise. Il en résulte qu'au fur et à mesure que le nombre de travailleurs employés augmente, le taux de salaire diminue, car ce taux doit obéir à la loi de la productivité marginale décroissante. Cela a amené certains auteurs à fonder la principale cause du chômage sur la rigidité des salaires. Pour les autres, la réalisation de l'équilibre du système s'effectue sous certaines contraintes et, dans ce cas, il s'agit de savoir si cet équilibre implique le plein-emploi. Notre objectif est, d'une part, de discerner laquelle des deux propositions précédentes est compatible avec le système de l'équilibre général, d'autre part, de savoir si l'hypothèse des coefficients variables s'applique à certains cas particuliers ou plus généralement à tous les cas. L'acceptation de la première proposition signifie qu'une infinité de situations sont compatibles avec l'équilibre du système; en revanche, l'acceptation de la deuxième proposition signifie qu'une seule situation est compatible avec l'équilibre général. Quant à l'hypothèse des coefficients variables, si nous parvenons à démontrer que son application n'est pas générale, nous parviendrons à mettre en cause la détermination des taux de rémunération des facteurs de production selon leur productivité marginale et, par conséquent, à écarter l'une des principales conditions de la réalisation de l'équilibre de « plein-emploi» dans ce système. Nous plaçons notre étude essentiellement dans le cadre de l'équilibre général walrasien, parce que la plupart des auteurs néoclassiques raisonnent dans ce cadre mais aussi parce que c'est au niveau de l'équilibre général que sont déterminés les rémunérations, les prix et les quantités échangées; en effet, en dehors de l'équilibre rien n'est déterminé. En outre, ce choix permet d'étudier la signification de l'équilibre de plein-emploi dans un cadre précis. Afin de mieux appréhender les problèmes du chômage et de la réalisation du plein-emploi, et afin d'établir un état des lieux des analyses de cette Ecole de pensée, nous passerons en revue les principales analyses des différents auteurs, en partant des plus simples pour arriver aux plus complexes et cela, en étudiant, d'une

16 PLEIN-EMPLOI, CHOMAGE

part, leur cohérence interne, d'autre part, leurs limites. Cette étude permet de démontrer que les Marginalistes, ainsi que Walras, confondent le taux de rémunération d'un facteur avec le prix du facteur en tant que bien, confusion qui écarte toute prétention à fonder l'analyse de l'emploi et du sous-emploi sur le niveau des rémunérations.

L'emploi, le chômage et l'Ecole néoclassique

I..

Relation entre le niveau de l'emploi et le taux de salaire

Dans l'analyse néoclassique, les prix jouent un rôle fondamental dans la détermination de l'équilibre. En ce sens, la réalisation de l'équilibre obéit à la loi de l'offre et de la demande. Aussi le taux de salaire (prix du travail) apparaît-il comme une variable qui joue un rôle central dans la détermination du niveau de l'emploi, car le travail est considéré comme un bien. Selon certains auteurs, dont J. Hicks dans sa «Théorie des salaires », un taux de salaire élevé constitue la principale cause de l'existence du chômage mais aussi de sa persistance. Or, d'après cette théorie, la concurrence devrait rétablir le niveau de pleinemploi en faisant baisser le taux de salaire. «En situation de concurrence, ce sous-emploi doit conduire à une chute des salaires, laquelle se poursuit jusqu'à ce que l'excédent de travail soit résorbé ». (Hicks; 1963, P.56). L'absence de concurrence serait la cause du niveau élevé des salaires, niveau qui lui-même engendrerait le chômage. Ainsi, pour atteindre le plein-emploi, il suffirait de baisser les taux de salaire. Cette exigence découle des hypothèses de la concurrence et des rendements décroissants (fondés sur l'hypothèse des coefficients variables) qui impliquent que le taux de salaire diminue au fur et à mesure qu'augmente le nombre de travailleurs sur une quantité fixe de capital. On pense que la concurrence entre les travailleurs apparaît du fait que le plein-emploi n'est pas réalisé; cependant, comme la quantité de capital est donnée, on ne peut augmenter le nombre de travailleurs que si l'on se place dans le cadre des rendements décroissants qui n'auraient pas de limite et qui feraient baisser le taux de salaire jusqu'à ce que tous les travailleurs puissent être employés. Or, pour pouvoir introduire la concurrence dans la détermination des taux de rémunération afin de réaliser le pleinemploi, Hicks devrait soit admettre que le taux de salaire n'a pas de limite inférieure et, dans ce cas, il supposerait que, quel que soit le taux de salaire, celui-ci est compatible avec l'équilibre du système, soit admettre qu'un seul taux de salaire est compatible avec l'équilibre du système et, dans ce cas, ce ne serait pas la

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concurrence qui l'établirait, ce seraient les exigences du système. Mais comment peut-on être certain que le plein-emploi est réalisé à ce point d'équilibre? Cependant, pour mesurer la portée et les limites de l'affirmation selon laquelle, sur une quantité donnée de capital, on peut employer de la main-d'œuvre jusqu'à ce que le plein-emploi soit réalisé, il nous faut distinguer deux situations.

1.1.

L'augmentation du facteur variable sur une quantité fixe de capital engendre dès le départ une diminution de sa productivité

Les productivités marginale et moyenne sont représentées par des courbes. « Le produit marginal et le produit moyen déclinent de façon continue mais aucun n'atteint zéro parce qu'il n'y a pas de maximum sur la courbe de produit total ». (J.-P. Gould et C.E. Ferguson; 1991, P .181). Dans ce cas, les courbes représentatives de productivité marginale et de productivité moyenne ne s'annulent pas au fur et à mesure qu'augmente la quantité employée du facteur variable (le travail). Dans cette hypothèse, l'emploi du facteur variable peut augmenter jusqu'à ce que le plein-emploi soit réalisé. (Cf. Graphique 1). Dans ce raisonnement simplifié, on constate que le niveau du taux de salaire dépend uniquement de la quantité de main-d'œuvre offerte. Autrement dit, à mesure que l'offre de travail augmente, le taux de sa rémunération diminue. Ainsi, dans cette analyse, les travailleurs qui acceptent de travailler pour le taux de salaire déterminé par cette courbe seront employés, tandis que ceux qui n'acceptent pas ce taux seront considérés comme des chômeurs volontaires. Mais même si, dans cette hypothèse, on obtient le plein-emploi, on ne peut pas déterminer le niveau d'équilibre du système; ce niveau est indéterminé car il n'y a pas d'intersection entre les courbes de productivité marginale et de productivité moyenne. Estce que cela signifie que tous les points sur la courbe de la demande de main-d'œuvre sont compatibles avec l'équilibre du système?

L'emploi, le chômage et l'Ecole néoclassique 19
p rodu it total, p rodu it moyen ou produ it margin

al

produit

total

groduit produit

maven marginal Quantité d'un quelconque facteur

Graphique

(1)

Une réponse positive implique que, quel que soit le taux de salaire, il est compatible avec l'équilibre, puisque la courbe de la demande de travail est représentée par la courbe de productivité marginale du travail; il en découle que c'est le taux de salaire qui peut être considéré comme la cause du chômage. Mais l'acceptation de ce résultat pose problème, car la courbe du produit moyen est toujours supérieure à celle du produit marginaL Or, l'équilibre du système est réalisé lorsqu'il y a égalité entre ces deux courbes, c'est-à-dire au point d'intersection de ces deux courbes. Mais, par hypothèse, dans ce cas, ces deux courbes ne se coupent pas. Autrement dit, ces deux courbes n'ont pas de point d'intersection, et l'équilibre du système ne peut pas être obtenu. Ainsi donc, si l'équilibre du système n'est pas réalisé, l'équilibre de plein-emploi ne peut pas être déterminé. Par conséquent, dans ce cas, l'analyse en termes d'équilibre ne convient pas. En outre, si la productivité marginale du facteur variable n'est pas une courbe .mais une droite, (Cf. Graphique 2) et si elle s'annule ou devient négative avant que tous les travailleurs ne trouvent un emploi, le plein-emploi ne peut être établi, ce qui signifie que la réalisation du plein-emploi n'est pas certaine d'être assurée. C'est alors l'augmentation de la quantité de capital qui permet la réalisation du plein-emploi. Mais, dans ce système, si les deux facteurs deviennent variables, c'est la détermination des taux de rémunération qui ne peut plus être définie.

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