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Pour une écologie du travail humain

De
267 pages
L'emploi s'instaure comme un contenant du travail. Véritable peau sociale du travail et du travailleur, il peut tour à tour l'étoffer ou l'étouffer. Le projet d'une écologie du travail humain se fonde dans une reconstruction du travail, objet vital et complexe, univers de sens et de l'emploi, univers de l'équité recherchée et de leur entrelacement. Le travail est malade de l'emploi, de nouveaux remèdes s'imposent pour supprimer le chômage de longue durée..
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Pour une écologie du travail humain
Travail et Emploi: divorce ou mutation?

Michel Adam

Pour une écologie du travail humain
Travail et Emploi: divorce ou mutation?

Préface de Hugues Sibille

L'Harmattan

Du même auteur
Aux éditions L'Harmattan image de la société, préface de Henry Noguès, 2008

.

L'Association,

(2005), 2è édition revue et augmentée. . Les Schémas, un langage transdisciplinaire,

préface de Jean-Louis

Le Moigne, 1999.

Aux éditions

du CREAHI
ingénieries sociales à tous

.

Le Travail social, un travail de projet;

les étages, Les Cahiers du CREAHI, n° Il, 2005. . Guide d'évaluation de la qualité et des bonnes pratiques pour les établissements sociaux et médico-sociaux, 1998, 72 p., version
vers de nouveaux savoir-faire, Les Cahiers

6.

.

Partenariat

et Coopération,

du CREAHI, n° 8, 1998. . Guide pratique de la fonction tutorale, en coopération PROMOF AF, 1996.

avec

J. Bergeron,

Aux éditions

Les Chemins
de Charentes,

de Charentes
guide de l'animation, des ressources

. Les

Chemins

et des possibilités, en colI. avec J.-F. Poussard et A. Labat, 1978.

@

L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-05554-4 EAN : 9782296055544

À Robert Owen, un précurseur de l'écologie du travail...

Aux mineurs de lafosse 8 de Vendin-le-Vieil dont les enfants ont illuminé ma jeunesse et les combats forgé mon indignation.

Aux encadrantes et encadrants techniques que j'ai eu le plaisir de former au tutorat d'insertion dans le réseau IRIS de 1992 à 2006.

À Hypolite P. mon grand-père, délégué du patronat bordelais en 1936, entrepreneur peu ordinaire.

Préface
Ce livre est passionnant en ce sens qu'il est une expression, rare dans notre pays, de l'articulation réussie entre l'action et la pensée. Ni récit d'expériences ni traité théorique, il est les deux à la fois. Michel ADAM part de ses différentes pratiques et expériences militantes et professionnelles, les modélise et les confronte à nouveau à la pratique. Notre auteur se situe dans une démarche empirique d'action-recherche-action dontje me sens proche. Je me sens d'autant plus en phase avec ce «pragmatisme conceptuel », celui qui propose des « concepts opératoires », que mon propre parcours rejoint souvent celui de Michel ADAM.Depuis vingtcinq ans, nous nous sommes (très) régulièrement croisés aux plans professionnels et bénévoles, en grande partie sur le terrain du combat pour la création d'activités et d'emplois de qualité. Devant la montée du chômage d'exclusion que notre génération a subi de plein fouet, des ruptures dans le tissu social qu'il a provoquées, nous avons cherché l'un et l'autre, chacun à notre façon, à investir le champ de l'innovation socio-économique, à expérimenter, à mettre en avant le territoire comme espace pertinent pour l'action. Nous nous étions construits sur la résistance à l'exploitation et à l'aliénation dans le travail. Il nous fallait apprendre à lutter contre l'exclusion de l'emploi qui génère un sentiment terrible d'inutilité au monde. Ce livre me semble clairement inspiré de ce double mouvement de résistance: à l'exploitation dans le travail d'abord puis à l'exclusion de l'emploi ensuite, unifié par un socle de convictions humanistes. Chaque fois que nous nous sommes retrouvés, Michel ADAMet moi, sur les terrains du développement local, de la création d'entreprises, de l'insertion par l'activité économique, de la vie associative, nous avons vérifié que les leçons que nous tirions de nos expériences respectives nous rapprochaient et nous maintenaient dans une zone commune de vision du monde. C'est encore le cas dans ce livre et je me réjouis d'enfaire la Préface carj'aime ces longs compagnonnages etfidélités entre des hommes.

9

POUR UNE ÉCOLOGIE DU TRAVAIL HUMAIN

Ce qui nous réunit, j y reviendrai, s'inscrit dans une énergie commune pour « ré-enchanter le monde ». Qui a entendu Michel ADAMsur une tribune lors de prise de parole publique a été frappé par la quête concrète d'un monde meilleur qui l'anime et qui caractérise la jeunesse d'esprit. Mon ami Claude Alphandéry, octogénaire à l'esprit d'une vivacité incroyable et à l'engagement citoyen inépuisable, auteur d'un merveilleux récit autobiographique, Vivre et Résister, reste l'un des plus jeunes militants de l'insertion par l'activité économique. Michel ADAMs'inscrit en quelque sorte dans la lignée des Claude Alphandéry, des Bertrand Schwartz, des Patrick Viveret, dans laquelle je m'inscris également, de ceux qui ne se satisfont pas de l'intériorisation des contraints du monde tel qu'il est, de ceux qui cherchent dans l'action des marges de manœuvres, qui veulent « vivre, résister et entreprendre ». Je structurerai les réflexions que m'inspire cet ouvrage autour de quatre sujets qui prolongent le livre et ouvrent des pistes de discussions: le nécessaire renouveau de l'éducation populaire; la reconnaissance des entrepreneurs sociaux ; la recherche de nouvelles alliances de productions d'utopies réalisables; le besoin de nouveaux indicateurs de mesure des richesses. Ce livre est un acte d'éducation populaire, par son double effort pédagogique et critique. Michel ADAMnous prend par la main pour rendre plus clair « en séparant ce qui est confondu et en reliant ce qui est séparé» selon les beaux titres des chapitres du livre. Ainsi ce livre nous sort-il par sa clarté de la confusion du travail et de l'emploi, confusion dans laquelle la France est engluée depuis trente ans, et que les débats sur l'articulation entre chômage et réduction du temps de travail n'ont pas contribué à clarifier. Rendre compréhensibles les mots, et les idées derrière eux, au plus grand nombre, est indispensable au débat démocratique. Développer l'autonomie critique est la base d'une vraie éducation populaire. De ce point de vue, l'expérience d'Alternatives économiques à laquelle j'ai eu l'honneur de participer au cours des vingt-cinq dernières années est une magnifique expérience d'éducation populaire, de lisibilité et d'esprit critique, proche de ce livre. Car Michel ADAMne 10

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se contente pas d'expliquer, il requestionne, sans tabou. J'ai été frappé de ce que l'auteur n 'hésite pas à prendre des distances avec la pourtant très respectable Hannah Arendt, considérée comme élitiste dans son approche du travail et de l'activité. Qu'on soit d'accord ou non, il est stimulant de re-questionner, de vider le panier des concepts, fussent-ils produits par nos grands auteurs! De même, l'auteur se livre à une remise en cause de l'idée commune d' « employabilité », concept de ségrégation sociale, qui ne saurait passer à la légère dans le langage courant. L'acceptation d'une séparation du monde entre les employables et les inemployables est un renoncement démocratique, une défaite de l 'humanisme. Être inemployable serait être inutile au monde? selon l'expression de Geremek. Comme le chante Félix Leclerc, « le meilleur moyen de tuer un homme, c'est de le payer à ne rien faire ». La distinction entre travail et emploi reformulée par Michel ADAMpermet un devoir de vigilance. Ainsi parce qu'il est pédagogue (ses nombreux schémas en
attestent) et critique, Michel ADAM re-nourrit l'éducation populaire.

Or ce serait un formidable enjeu politique que de lancer un grand chantier de renouveau de l'éducation populaire: reformuler la doctrine, réinventer le brassage social, créer de nouveaux lieux, utiliser les outils de communication interactive. Le concept d'éducation populaire apparaît à tous comme ringard alors qu'il est profondément moderne et nécessaire. L'éducation populaire est une école de brassage social qui nous fait cruellement défaut, un centre d'apprentissage des responsabilités, un lieu où pourraient s'inventer de nouvelles articulations entre l'individu et le collectif. Michel ADAM apporte sa pierre à cette nouvelle éducation populaire. Qu'il en soit remercié.

Un deuxième mérite de ce travail (cette somme I) de Michel ADAM, est de nous faire sortir du dilemme chômage-pauvreté, que le secrétaire d'État américain au travail, Reich, avaitformulé ainsi il y a quelques années: « Les Européens ont choisi le chômage, les Américains ont choisi la pauvreté ». La proposition de Michel ADAM d'une écologie du travail qui prolonge celle de mon ami Jean-Baptiste de Foucault pour « un plein emploi de qualité» est une approche stimulante, qui rejoint bien la Il

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distinction emploi/travail explicitée par l'auteur. Les perspectives actuelles du marché de l'emploi en France et en Europe rendent sans doute possible, compte tenu des évolutions démographiques, cette dimension écologique du travail. Au fond, le développement durable consisterait à articuler une écologie du travail et des produits du travail écologiques! De ce point de vue, la question de la recherche de nouveaux indicateurs que propose Michel ADAM dans le prolongement des travaux de Dominique Méda ou de Patrick Viveret est fondamentale. Un taux de chômage ne mesure absolument pas un niveau de qualité de travail. Le développement des emplois de services à la personne pose bien cette question: d'un côté, un volume important de créations d'emplois ayant une vocation de métiers relationnels, impliquant une approche de la qualité. De l'autre, des emplois souvent à temps partiel, sous-rémunérés et féminisés dans le mauvais sens du terme. La création d'emplois n'est pas par nature un enrichissement du travail. Le concept de Responsabilité sociale des entreprises (RSE) évoqué par l'auteur, et qui me paraît un concept utile et productif, notamment par la théorie des parties prenantes qui le sous-tend, devrait être appliqué à l'objectif d'emploi de qualité, ou d'écologie du travail. Cet objectif concerne en effet les actionnaires, les salariés, les clients, les fournisseurs et la communauté dans son ensemble. L'écologie du travail concerne ainsi nettement les mouvements de consommateurs.

Un troisième mérite du livre, ou le troisième enjeu qu'il me donne envie de soulever, est celui de ce que j'appelle « nouvelles alliances d'utopie réalisable ». La question du plein-emploi, de l'écologie du travail, de la responsabilité sociale, nécessitent de mon point de vue que soient nouées de nouvelles alliances entre des ailes innovantes du patronat, du syndicalisme, mais aussi du monde associatif, du monde de l'économie sociale. Au fond, de tous ceux qui font de I 'homme la fin de l'activité économique et non un simple moyen, une simple ressource. En 2006, s'est tenu à Lyon le premier forum pour un monde responsable, qui voulait sortir de l'opposition stérile entre Davos (tout économique lucratif) et Porto Alegre (tout social redistributif). À 12

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ce forum du monde responsable, patrons, syndicalistes, ONG, pouvoirs publics ont débattu de manière passionnante pour rechercher de nouvelles alliances de projets. Lorsque Mohamed Yunus et Danone concluent un accord pour fabriquer des yaourts au Bengladesh en mobilisant l'épargne des salariés français et le microcrédit de la Grameen Bank, on voit se profiler de telles alliances. Michel ADAM,parce qu'il a travaillé dans plusieurs mondes économiques et sociaux, me semble être un bon artisan de ces nouvelles alliances, notamment dans sa terre de Poitou-Charentes, qui a inventé le dialogue social territorial. Lorsque, dans le Nord, se retrouve dans ARDENSE, une association de chômeurs, des syndicalistes, des réseaux locaux de patrons, pour fabriquer ensemble des entreprises d'insertion, s'inventent de nouvelles alliances. La société française est incroyablement cloisonnée et productrice de préjugés. Sa remise en mouvements nécessite de décloisonner et de se rejoindre sur des projets concrets. Le monde des associations 1901 et celui des entreprises continuent à se regarder en chiens de faïence, à se focaliser sur la concurrence déloyale, alors que l'essentiel est ailleurs, dans les partenariats qui peuvent se nouer entre ces mondes. Quand une grande banque s'engage à faire en sorte que ses futurs retraités s'engagent dans l'ADIE comme bénévoles pour aider des rmistes à créer leur emploi, on crée de la valeur sociétale.

Enfin, je voudrais parler des entrepreneurs sociaux, auxquels l'expérience de l'insertion par l'activité économique de Michel ADAM fait référence. Comme fondateur de la boutique de gestion Épicentre adossée à la SCOP Épiscope, ou comme responsable fondateur du réseau IRIS, Michel a contribué à l'émergence de l'idée de l 'entrepreneuriat pluriel. Je me sens totalement en phase avec lui. On a longtemps laissé exclusivement aux entrepreneurs de capitaux le monopole de l'expression sur I'entrepreneuriat, installant l'idée fausse que le profit serait le seul moteur des entrepreneurs. Il est des tas de façons d'entreprendre et on peut aussi le faire en poursuivant des objectifs d'intérêt général ou d'utilité sociale. L'entrepreneuriat social définit des initiatives privées d'intérêt collectif. Michel ADAM en témoigne. Il reste beaucoup à faire pour faire reconnaître ces entrepreneurs du troisième type. Moi-même, comme 13

POUR UNE ÉCOLOGIE DU TRAVAIL HUMAIN

ancien président de SCOP, ancien président du CJDES (Centre des jeunes dirigeants de l'économie sociale), et aujourd'hui directeur général délégué du Crédit coopératif, je me revendique complètement comme entrepreneur du troisième type. Ce qui caractérise selon moi cet entrepreneuriat, c'est la gestion de la tension entre un modèle économique et des finalités sociales. Rien n'est jamais acquis. Si l'on se préoccupe trop du modèle économique on perd le sens, mais si on oublie le modèle économique on est mort. Les expériences d'insertion auxquelles se réfèrent Michel ADAMsont empreintes de la culture de la tension qui est l'essence même de l'économie sociale. Michel ADAM, parce qu'il est un homme de conviction, un homme d'engagement, sait faire ce que l'actuel président de la MACIF, Gérard Andreck, résume en disant: « ilfaut reconvoquer le projet ». Et c'est bien à cela qu'invite ce livre: reconvoquer le projet, à travers les pistes proposées par quelqu'un qui s'est coltiné l'épreuve de l'expérience, quelqu'un qui a été syndicaliste et employeur sans jamais trahir, en étantfidèle à l'unité d'une vision. Merci, Michel ADAM,pour ce bien bel ouvrage qui me semble ressortir plus de l'opera (création libre) que du labor (labeur) ou du trepalium (contrainte). Je souhaite qu'il donne lieu à de multiples débats, contradictions, enrichissements, un livre qui puisse vivre et résister, contribuant ainsi à alimenter une nouvelle éducation populaire. Hugues Sibille ancien délégué interministériel à l'Innovation sociale

14

Table
PRÉFACE, HuguesSibille 9 INTRODUCTIONGÉNÉRALE 19 TOMEI - POURUNE ÉCOLOGIEDU TRAVAIL HUMAIN 29
PREMIÈREPARTIE: SÉPARERCE QUI ÉST CONFONDU 1 - Le travail
Rencontres avec le mot travail Aux origines du mot Une défmition opérationnelle du travail La machine, l'animal et I'homme: qui travaille? Travail et activité quels rapports Trois dimensions du travail La Sensorialité du travail A la recherche de la satisfaction, du plaisir de faire Vers des sciences du travail Pour une nouvelle typologie du travail humain La hiérarchie aristocratique d'Hannah Arendt Ils ou elles on écrit sur le travail Le travail dans les langues européennes Une carte des mots pour travailler la question du travail

35 37

2 - L'emploi
Rencontres avec le mot emploi Aux origines du mot Une défmition opérationnelle de l'emploi Le risque dans l'emploi: une variable clé Anciennes et nouvelles formes de l'emploi Les discriminations dans l'accès à l'emploi Et l'emploi des machines? Les disciplines concernées par l'emploi Ils ou elles ont écrit sur l'emploi Une carte des acteurs de l'emploi SECONDE PARTIE: RELIER CE QUI EST SÉPARÉ 3 - Le couple emploi-travail et ses figures

75

99 101

Deux mots trop souvent confondus Deux concepts pourtant bien distincts Une confusion aux effets néfastes

15

POUR UNE ÉCOLOGIE DU TRAVAIL HUMAIN Un couple complexe, l'emploi-travail L'emploi contient le travail, il l'habille Liés mais différents, un vrai couple... orageux Les apports de chacun: les cartes emploi-travail D'autres cartes emploi-travail éclairantes

4 - D'autres rapports travail-emploi
Les neuf fonctions de l'emploi, « peau» sociale du travail Les impacts en retour du travail sur l'emploi Les marchés complexes de l'emploi-travail Le travail a d'autres contenants que l'emploi La formation premier contenant d'un travail, tout au long de la vie Combinaisons d'hier et d'aujourd'hui du travail et de son utilisation Le travail et l'emploi, deux univers entrelacés Métier et identité noués au travail et à l'emploi Une relation intime au travail Le rêve de la noblesse perdue L'écologie change le regard sur le travail

127

5 - Au pays de l'employabilité ?
Brève histoire de la notion d'employabilité Critiques de l'employabilité État des lieux actuels L'employabilité n'est pas qu'individuelle Handicap et employabilité Usure professionnelle et employabilité Sur le concept d'insertion

153

TROISIÈME PARTIE: CONSTRUIREUN MÉTA-POINTDE VUE

173 175

6 - Problèmes:

le travail est malade de l'emploi

Chômage, vous avez dit chômage? Mesure du chômage ou du taux d'activité? Les transformations principales du travail et de l'emploi Les technologies ont bon dos Le travail malade de l'emploi A propos des emplois appelés « contrats aidés»

7 - Remèdes: on n'a pas tout essayé
Travail emploi: divorce, réconciliation ou mutation? Le concept de transition professionnelle et ses apports Des « solutions» à la crise de l'emploi depuis 1995 La co-insertion partagée Les blocages et les enjeux de la co-insertion partagée

187

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POUR UNE ÉCOLOGIE DU TRAVAIL HUMAIN

8 - Pour une écologie du travail humain
L'écologie et ses multiples visages Une écologie du travail humain Un véritable ingenium bio-physique et social Travailler c'est apprendre Le travail comme production du monde et de soi Le travail une triple relation Travail et sens, quatre résonances L'écologie du travail c'est la qualité de l'emploi Et interroge la qualité du milieu de vie La mesure du travail appelle un travail sur la mesure L'écologie du travail coopère avec de nombreuses disciplines L'écologie du travail prospère dans le travail pour l'écologie

213

CONCLUSION
Une révolution de la pensée... en France Alors, divorce ou mutation? Divorce et mutation!

241

POSTFACE, France Joubert

251 255 267

BIBLIOGRAPHIE LISTE DES SCHÉMAS ET TABLEAUX

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Introduction générale
L'injustice est un problème universel, c'est pourquoi il n'y a pas d'extérieur à l'injustice. Martin Luther King
. .. Comment faire comprendre aux être humains qu'il n'y a pas (qu'il n'y a plus) d'extérieur du monde où rejeter, repousser nos problèmes? Anne-Marie Ducroux
Présidente du Conseil National du Développement Durable

«Le concept de travail est flou, ambigu et cela, dès le départ, brouille le sens... », affirmait Jean-Baptiste de Foucauld lors des Semaines sociales de France à Issy-les-Moulineaux en 2000. Il ajoutait: «L'emploi, le travail y sont abordés de manière schizophrénique... », Quelques pages plus loin, il recensait dix fonctions pour le travail, cinq au moins ne parlaient que d'emploi! «Il se pose un problème évident de définition du travail, de l'emploi, de l'activité... », ainsi se concluait en 19951e rapport de la commission Boissonnat, Le Travail dans vingt ans, pour le Commissariat général du plan. Plus de la moitié du chemin est parcouru et cette sentence est toujours d'actualité. La substitution du terme activité au terme travail n'a rien apporté sinon une confusion aussi grande qui dévalorise encore plus le travail humain, cet acte vital et complexe. Nous partageons pourtant cette assertion que les problèmes sémantiques sont aujourd'hui prioritaires, pour l'avoir vécu et « travaillé» auprès de nombreux publics en difficulté d'accès à l'emploi, au sein des entreprises d'insertion et de ce secteur nouveau, fragile, minoritaire mais très prometteur qu'est depuis plus de vingt ans l'IAE 1. Nous reconnaissons aussi qu'une des mesures proposées
Insertion par r activité économique, c'est-à-dire insertion professionnelle par le travail de production de biens et de services et non par la formation initiale ou continue. 19 1

POUR UNE ÉCOLOGIE DU TRAVAIL HUMAIN

dans le rapport contenait les germes d'une évolution favorable, celle des groupements d'employeurs, innovation majeure de ces vingt dernières années. Une écologie du travail interdisciplinaire A partir de la sociologie du travail et de l'emploi, il emprunte à la psychologie sociale, à la psychologie du travail, l'ergologie, l'économie, au droit, à l'éthique et à l'histoire (celle des mots notamment) et à l'éthologie parfois; il se veut ouvrage d'écologie du travail2 à visée interdisciplinaire, c'est-à-dire d'un travail dans la complexité du réel, des représentations et des modélisations que nous nous en faisons. Le travail en tant que « machine 3 » d'origine cosmique interpelle les dimensions biologique, éthol ogi que, physiologique, p~ychique, physique, sociale et sociétale de la vie dans l'espace de notre société et dans le temps de I'humanité en devenir, il sera notre objet. Nous avons organisé cette réflexion en trois parties. La première, objet du présent ouvrage, se centre sur le travail, l'emploi et leurs rapports multiples et complexes. Ce qui justifie son titre Travail, Emploi: divorce ou mutation? Nous répondrons à la question dans notre conclusion. L'intelligibilité du travail humain que nous proposons relève de la praxéologie, elle empruntera à de nombreuses situations vécues ou racontées; dont celles auxquelles notre expérience nous a confrontées à la traversée d'une douzaine de métiers aux statuts particulièrement variés. Depuis l'ingénieur informaticien contractuel de l'État en Institut de recherche jusqu'à l'intervenant professionnel dans plusieurs masters de l'université, en passant par un café-restaurant coopératif, une librairie associative, le journaliste à la pige, le créateur d'un festival audiovisuel, le fondateur gérant de SCOP 4 créateur d'une des premières boutiques de gestion, le directeur de CREAI, agence technique du secteur social et de multiples responsabilités bénévoles nationales (Fonda, CJDES, CNEI), régionales (IRIS, CPCA) et locales.
2 Sans doute le premier ;j'ouvre la piste, d'autres l'élargiront. 3 Au sens d'Edgar Morin dans La Méthode, tome l, Seuil, 1976. 4 Ayant formé de très nombreux chômeurs longue dmée (appellation ANPE) à la IDÎcroinformatique et la bureautique. 20

POUR UNE ÉCOLOGIE DU TRAVAIL HUMAIN

Au sein de cette première partie, le travail- revisité dans et par une définition reconstruite - se constitue et se manifeste avant tout en tant que contenu dans de très nombreux contenants: l'emploi au premier chef, mais aussi la vie domestique, l'éducation, l'école et les lieux d'apprentissage ou de formation, la vie associative si protéiforme, la vie syndicale, politique, spirituelle et cultuelle, la thérapie, les loisirs, etc., et toutes les situations où nous sommes en travail... Nous explorons les rapports de cet objet « travail» avec tous les ingrédients des contextes où il se manifeste, et comment il les travaille tout en étant « travaillé» par eux... Soit la construction d'une écologie du travail humain, dans l'étude de ses interdépendances. Le travail malade de l'emploi Notre diagnostic révèle aujourd'hui un lancinant malaise dans ce couple orageux: le travail est malade de l'emploi et la « pathologie» en cours est source d'un délabrement généralisé de la société. Cette situation a engendré de multiples réponses partielles dont le maquis des emplois appelés contrats aidés et des propositions de solutions nombreuses, mais souvent très limitées ou jamais vraiment appliquées. Nous pensons qu'elle appelle à une réconciliation audacieuse qui débouchera sur une mutation radicale de notre culture française du conflit... Esquisser les fondations d'une écologie du travail implique de repérer les différents visages de l'écologie, les nombreuses acceptions du mot et de la chose, de lire le travail comme un véritable ingenium biophysique et social, comme une double production du monde et de soi, à travers une triple relation déjà entrevue par Simone Weil en 1942; mais aussi de formuler des prescriptions pour les contextes principaux du travail - que nous appelons ses contenants -, à savoir là qualité de l'emploi et celle du milieu de vie. Ce livre s'achèvera en observant que le travail dans l'écologie s'avère d'ores et déjà un puissant levier d'une écologie du travail, sans automatisme naïf ni exclusive intégriste.

Le titre Pour une écologie du travail humain assume un projet revendiqué, dont ce premier pas, le tome 1, constitue le présent ouvrage; il se veut un apport fécond pour le futur autant qu'un

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POUR UNE ÉCOLOGIE DU TRAVAIL HUMAIN

éclairage trop bref et un hommage aux luttes 5 des travailleurs du monde entier engagés depuis plus de cent soixante-dix ans pour mieux vivre dans leur milieu, pour vivre de leur travail en accomplissant celui-ci dignement dans un environnement plus satisfaisant, plus vivable. Nous ne referons pas une histoire du travail ni de son droit spécifique, issu du droit civil mais s'en distinguant, reliant le droit privé et le droit public. Des ouvrages très complets dont celui de Jacques Le Goff, Du silence à la parole, l'ont déjà magnifiquement fait. Nous leur emprunterons des faits, des citations, des idées pour nourrir notre « eutopie », qui se veut aussi, mais à l'échelle de tout un pays, une utopie réalisable 6, comme l'ont été la ville pour les hommes des cavernes ou la sécurité sociale pour les ouvriers maltraités dans les manufactures enfermantes du XIXesiècle. Et pourtant il est créateur de l'emploi Le tome II se tournera vers ceux qui font souvent problème aux travailleurs, à savoir les employeurs! Comment devient-on employeur? Tout simplement par la création d'une entreprise, fût-elle
associative

7... ou

publique!

Et par l'embauche

d'un premier

salarié,

un premier Autre que soi... Qu'est-ce qu'un créateur d'entreprise sinon une personne (ou un collectif) qui transforme du travail en emploi? Cette mutation, cette transmutation pourrait-on dire, est capitale: une nouvelle instance apparaît, de nouveaux rôles se dégagent, la relation paradoxale employeur-travailleur émerge, contradictoire et complémentaire à la fois. Nous montrerons l'importance des références historiques, techniques, économiques, managériales, juridiques de l'économie sociale et solidaire en ce domaine, notamment les réalisations de Mondragon au Pays basque espagnol8. Nous reviendrons sur les travaux de Henri Desroche comme source de réflexion sur l'entreprise et le travail.
5

Elles-mêmes un réel travail et de plus un emploi fragile mais passionnant pour les permanents syndicaux. 6 Utopies réalisables, Yona Friedman, 10/18, 1976. 7 Notre ouvrage précédent a montré comment, très souvent, une entreprise «se cache» au sein de l'association. L'Association, image de la société, L'Harmattan, 2005. Rappelons que 160 000 associations aujourd'hui en 2007 emploient 1600000 salariés, soit 900 000 équivalents temps plein, chiffres trop méconnus. 8 où nous avons fait un voyage d'étude d'une semaine en 2006. 22

POUR UNE ÉCOLOGIE DU TRAVAIL HUMAIN

Chemin faisant, nous aurons remis à jour cette réalité si banale que peu l'ont énoncée, le travail est créateur de l~emploi par et dans les initiatives d'un créateur, et ce selon de multiples voies. Nous proposerons dans le deuxième tome de lire cet acte essentiel de la création d'entreprise, sous toutes ses formes et statuts, à travers trois chemins fondateurs, distincts au départ et en métissage par la suite. Entreprendre au pluriel montrera que ces trois chemins qui conduisent à l'entreprise à partir de l'extérieur, de son environnement, se déploient aussi dans son intérieur et que la figure de 1'hologramme apparaît avec de riches conséquences. Le travail est de plus en plus souvent collectif Enfin le travail, quels que soient ses «contenants », fait aujourd'hui appel au travail d'un ou plusieurs autres. Sa socialisation s'accroît et on peut d'ailleurs s'en inquiéter. Quid de l'autonomie dans le travail? Il est peu de travail sans ce phénomène ambivalent et complexe qu'est la coopération. Le mot a envahi la plupart des disciplines9, sans garantie pour la chose; nous utiliserons ces apports paradoxaux dans notre troisième et dernier tome, La coopération impérative. Ce troisième volume clôturera notre réflexion née dans l'action, par un travail sur le concept de partenariat comme travail à plusieurs et par les éclairages novateurs que l'on peut apporter aujourd'hui sur le phénomène de la coopération dans le travail. Coopération sans
laquelle, sous des formes variées, des contraintes trop méconnues

-

par lecture idéologique trop vite « totalement pour» ou « totalement contre» - et des atouts trop peu valorisés, aucun travail ou presque ne peut bien se réaliser. Qui connaît bien aujourd'hui les nouvelles pratiques de coopération du patronat « classique» et des PME que sont les Systèmes productifs locaux (SPL) ? Qui utilise les règles et les conseils issus de la théorie du comportement coopératif de Robert Axelrod? Qui pratique la méthode PAT Miroir10? Combien profitent des synergies tissées par les référentiels coopératifs réalisés selon la méthode ECARTS @ ? Ou du Bilan Sociéta111@ ?

9

Y compris les sciences « dures », mathématique, physique, biologie,... 10 conçue par Gilles Le Cardinal Il conçu par le CJDES en 1995 et dont r auteur est 1m des fondateurs

13

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Dans un univers où les médias rabâchent l'appel guenier à la compétition des grandes compagnies qui quadrillent le monde, le regard que portent sur la coopération la pédagogie, la psychologie sociale, la sociologie, l'ergonomie, les sciences de gestion mais aussi la biologie, les sciences physiques, l'infonnatique, la théorie des jeux, l'éthologie, l'anthropologie, la philosophie, avec leurs propres concepts, devient un exercice indispensable et fertile.

*
Dans ce premier tome, notre vision pourra sembler au lecteur contradictoire entre son début et sa fin. Au départ, une représentation « idéale» multidimensionnelle où l'in-uption du travail labor et surtout du travail opera (et opus) fait qu'il est indispensable de ne pas s'apensantir pour la compréhension initiale, sur le travail torturant (tripalium) si répandu. À l'arrivée, la prise en compte récurrente de la dégradation considérable du mode de vie de tant de gens exclus de l'emploi ou des nouveaux travailleurs pauvres. Mais ce serait oublier que nous ne faisons que mettre en préalable essentiel à l'amélioration concrète et généralisée des situations la prise en compte de la multidimensionnalité de ce que nous appelons travail, pour envisager ensuite, et seulement ensuite, l'évolution actuelle largement 12 défavorable de l'équilibre entre les trois dimensions. Puis, enfin, proposer une solution novatrice en résonance avec ce qui s'esquisse déjà dans les territoires ça et là.

Au delà de l'emploi L'omniprésence du tenne emploi et surtout l'importance que lui accorde cette première partie pourra sembler excessive à tous ceux qui partagent la vision d'Alain Supiot - et j'en fais partie -, à savoir que le modèle de l'emploi est dépassé. Nous nous en expliquerons longuement dans le chapitre consacré aux solutions des problèmes actuels. Mais nous avons fait le choix de nous centrer à la fois sur le présent qui concerne tant de gens et sur le futur qui est à portée de mains... si les dirigeants politiques, économiques et syndicaux le veulent vraiment! Si le chômage de masse devient enfin - par des
Avec ces différences fortes et surprenantes de perception entre travailleurs et représentants syndicaux que nous présenterons au chapitre 7. 12

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actes forts - pour les décideurs nationaux un problème d'une gravité extrême et plus une solution comme certains cyniques ont osé le formuler. .. Nous pensons en effet que notre lecture nouvelle du travail, de l'emploi et de leurs rapports complexes favorise et prépare les évolutions intellectuelles et concrètes pour l'adoption puis la mise en œuvre de l'état professionnel d'Alain Supiot, à travers ce que nous avons choisi de nommer la co-insertion partagée. D'autres dénominations viendront la compléter, l'enrichir, la vulgariser. Nos activités de formations pour et avec des publics très différents, des encadrants techniques d'insertion jusqu'aux étudiants en master de sociologie, d'économie sociale, de géographie humaine en passant par les dirigeants bénévoles de SIAE 13 (cadres, chefs d'entreprise, syndicalistes, etc.), des médecins du travail et des inspecteurs du travail, nous l'ont confirmé. Certains lecteurs en nous parcourant un peu vite penseront peutêtre que nous voulons remettre tout le monde au travail dans l'emploi, alors que nous souhaitons et agissons pour que chacun puisse avoir droit à un travail qui lui convienne, reconnu utile par la société, dans des formes variées mais toujours digne à ses propres yeux. L'écologie de la connaissance appelle des formes diversifiées Dans cet ouvrage, l'importance des schémas de différente nature, de l'auteur ou de lectures retranscrites, est grande tant la modélisation graphique est - pour nous - un outil de compréhension, de réflexion et de communication interactive. Un ouvrage précédent 14 en avait souligné le caractère transdisciplinaire. Ces schémas ont été souvent présentés (et enrichis en retour) avec des effets favorables lors de nos formations et conférences, c'est pourquoi nous avons choisi d'en faire figurer ici la plupart. Nous avons également choisi dans cet ouvrage de rendre hommage au travail humain, cet acte réalisateur si essentiel à l'être humain, à travers des documents et des images diverses insérées dans l'ouvrage. Que tous leurs auteurs en soient remerciés.

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Structures

d'insertion par l'activité économique: entreprises d'insertion, régies de quartier,
2000.

associations intermédiaires, interim d'insertion, etc. 14 Les Schémas, un langage transdisciplinaire, Michel Adam, L'Harmattan,

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Nous avons mis en italique et encadré les conseils usuels que nous donnons lors de nos interventions et que nous proposons au lecteur comme des préconisations éclairantes.

Un travail fait de mille apports assemblés Ce texte n'est pas issu d'une recherche en laboratoire, même si son auteur intervient à l'université, il est nourri d'une double action

militante syndicale et professionnelle

15,

de trente années de réflexion
16

et de modélisation obstinée sur le travail, enrichi par les apports du

réseau Intelligence de la Complexité

dont la maxime peut

s'énoncer: « faire pour comprendre et comprendre pour faire ». Je remercie Jean-Louis Le Moigne de m'avoir invité à en présenter les prémices en 1999 17.TIdoit également à la rencontre des travaux de Philippe d'Iribarne, Yves Clot, Bertrand Schwartz, Alain Supiot, mais aussi Philippe Zarifian, Guy Le Boterf, Jean Vassileef, François Daniellou. Un très grand merci à IRIS 18, ses dirigeants et mes amis, ses salariés si motivés dans leur nouveau métier, qu'ils (et elles) soient encadrants techniques d'insertion (EfI) ou accompagnateurs socioprofessionnels (ASP), mais aussi à tous ses adhérents (les SIAE) pour tout ce qu'ils m'ont enseigné dans nos coopérations et pour leurs remarques souvent judicieuses lors des nombreuses présentations de ce travail depuis 1998, toujours en devenir. Je n'oublie pas les différentes promotions de futurs directeurs formés à l'Institut de formation supérieure de Meslay, si tonique. Merci également aux amis d'Emmaüs de Poitou-Charentes si entreprenants et à leur journal BàO (Bouche à Oreille) pour toutes les phrases fortes qu'ils savent si bien dénicher et mettre en avant, pour nous toucher par l'essentiel. . .
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Dans les secteurs de l'informatique, de la formation, de la restaumtion, du livre, du conseil et du social, de l'insertion et de enfin de l'université; cf. le schéma de mon histoire professionnelle au chapitre 3. 16 Animé par l'association AEMCX fondée par Jean-Louis Le Moigne et Edgar Morin, et où se « bmssent» chercheurs et pmticiens de la complexité, dans une quête tnmsdisciplinaire. 17 Lors du colloque Pragmatique et Complexité, à l'université d~Aix-en-Provence.

IRIS~ou Initiative régionale pour l'insertion et la solidarité, est l'union régionale de toutes les SlAB ou structures d'insertion par l'activité économique ; cette coopération inter-réseaux,
rare en France, a été cofondée par l'auteur en 1992.

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Séparer ce qui était confondu, relier ce qui était séparé Le titre le laisse pressentir, le contenu l'explicite et le revendique, ce livre se veut un appel audacieux à la réconciliation 19 ! L'auteur fut tour à tour un syndicaliste acharné, «un des meneurs» d'une grève historique de six semaines avec occupation à l'Institut de recherche des transports (ministère de l'Équipement) en 1972, et tout autant un entrepreneur militant, créateu~' emplois,- employeur et -dirigeant d'entreprise 20 dans l'économie sociale et solidaire, avec la dure

responsabilité de devoir licencier deux fois en trente ans. Soit deux
expériences très intenses de légitimité forte mais partielle 21 ... Réconciliation d'une histoire personnelle? Bien sûr, un auteur est toujours en problème dans son écrit, mais cela aurait peu d'importance si ce n'était aussi un vibrant appel à la réconciliation dans l'entreprise, cette « communauté» de travail instituée selon des modes innombrables. Une invitation pressante à de nouvelles conciliations intelligentes entre travail et emploi, entre travailleurs et employeurs dans leur relation teniblement dialogique, irrémédiablement opposée et définitivement complémentaire. Réconciliation déjà amorcée entre le syndicalisme des salariés et l'économie sociale, le combat du grand Jaurès que mes deux préfaciers symbolisent tellement bien... Un pari redoutable en notre pays si cartésien... mais que de nombreuses situations locales d'emploi-travail préfigurent déjà 22. L'impossible est aujourd'hui indispensable. TIn'attend que nous! Michel Adam fi adam@club-intemet.fr Le Cun, juillet 2006 Champéroux, août 2007

Ce que certains appelaient collaboration de classe, je l'appelle coopération complexe donc conflictuelle. 20 Successivement, une coopérative de consommation SA, une sCOP SARL et des associations selon la loi de 1901 employeuses. 21 Cf. le principe de légitimité plurielle, chapitre 16, L'Associalion, image de la société, Michel Adam, L'Harmattan, 2000. 22 Dont une grnnde partie des entreprises de l'économie sociale et solidaire, mais pas seulement elles.

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