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Principes de l'économie salariale

De
264 pages
Après avoir établi les dix principes fondamentaux de l'économie salariale, l'auteur démontre que le fonctionnement harmonieux de toute économie salariale passe par le respect de ces principes. De même, il démontre que la connaissance des principes de cette économie permet de déterminer la règle de la répartition ainsi que les causes du chômage, du dysfonctionnement de l'économie, de la pauvreté relative aux travailleurs. En effet, c'est la connaissance des causes de ces maux qui permet de les écarter et de déterminer les éléments propres à favoriser la croissance économique dans l'équilibre monétaire.
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PRINCIPES DE L'ÉCONOMIE SALARIALE:
Conditions d'un fonctionnement harmonieux dans une perspective économique et de justice sociale

Collection Logiques Economiques dirigée par Gérard Duthil

Dernières parutions

GUÉVORK.IAN Kariné, L'éconolnie «non enregistrée», 1998. PICHAULT, WARNOTTE, WILKIN, La fonction ressources hunlaines face aux restructurations, 1998. MÉHAUT Philippe, MOSSÉ Philippe (coord.), Les politiques sociales catégorielles, Tomes 1 et 2, 1998. DUTHIL Gérard, PAQUET-V AULTIER Estelle, Le chômage des jeunes, 1999. MICHEL Sandrine, Education et croissance économique en longue période, 1999. AUDIER Florence, GAZIER Bernard, OUTIN Jean-Luc (coordonné par) , L'économie sociale t.1, 1999. AUDIER Florence, GAZIER Bernard, OUTIN Jean-Luc (coordonné par) , L'économie sociale t.2, 1999.

@ L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8408-5

Élie SADIGH

PRINCIPES

DE L'ÉCONOMIE SALARIALE:
Conditions d'un fonctionnement harmonieux dans une perspective économique et de justice sociale

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Du même auteur :

MONETA E PRODUZIONE (1988) ; ouvrage collectif. Giulio Einaudi editore. Collection Scientifica Einaudi. LA RENTE FONCIÈRE (1990) ; ouvrage collectif. Ed. adef (Association des Etudes Foncières). CRISE ET DEPENSE DU PROFIT (1994); préfacé par Augusto GRAZIANI, professeur à l'Uniyersité de Rome. Ed. LATEC. Centre national de la recherche scientifique, Université de Bourgogne.
LA THEORIE ECONOMIQUE DOMINANTE: UN SIECLE D'IMPOSTURE (1998). Ed. L'Harmattan

A ma femme.

Introduction générale
L'industrialisation a engendré le développement de l'économie salariale et imposé sa prédominance sur l'économie de producteurs-échangistes. Ce changement de système, le passage de l'économie artisanale à l'économie salariale, est la source d'une première controverse entre les courants de pensée: pour les uns, l'économie salariale exige une nouvelle analyse qui lui soit propre, pour les autres, elle s'analyse comme une économie d'échange pur. Les Classiques tiennent compte de cette évolution et fondent leur analyse sur l'économie salariale. C'est ainsi qu'ils sont amenés à distinguer la phase de la production de celle des échanges. Toutefois leur analyse souffre d'une faiblesse, voire d'une incohérence. En effet, ils fondent bien la cause de la production sur le travail, mais ils pensent que la rémunération des travailleurs ne représente pas la valeur monétaire de la production. Quant aux Néoclassiques, ils pensent pouvoir généraliser les résultats obtenus dans une économie d'échange à une économie salariale. Leur analyse les amène à vouloir tout déterminer au moment des échanges. C'est pourquoi ils consacrent l'essentiel de leur analyse au problème de la détermination des prix 1. La faiblesse de l'analyse classique et surtout sa critique idéologique, selon laquelle le travail ne doit pas être considéré comme la cause de la production, ont favorisé le développement de l'analyse néoclassique, qui s'impose actuellement comme la théorie dominante.

1

L'un des principaux fondateursde l'école Néoclassique,pour marquer le

rôle prépondérant que jouent les prix dans l'économie politique, affnme dans son introduction à Economie politique pure: « L'économie politique pure est essentiellement la théorie de la détermination des prix sous un régime hypothétique de libre concurrence absolue ». (Walras, 1976, P. XI).

8 Principes de l'économie salariale

L'un de nos objectifs est de démontrer qu'une analyse fondée sur l'économie artisanale n'est pas apte à étudier l'économie salariale, et cela essentiellement pour deux raisons: 10 L'économie salariale fait apparaître certains problèmes qui ne se posent pas dans l'économie artisanale, c'est le cas par exemple du dysfonctionnement de l'économie et de la répartition. 20 D'autres problèmes se posent dans les deux systèmes économiques mais ne peuvent pas être analysés de la même façon, c'est le cas de la formation du revenu, les études monétaires, les causes de l'existence, de l'apparition et du développement du chômage, etc. En outre, l'apparition de l'économie salariale a ouvert un nouveau débat sur l'origine de la valeur ou de la production. C'est pourquoi il est important de connaître les principes qui fondent l'analyse de l'économie salariale. Les auteurs de la théorie dominante actuelle pensent que l'analyse économique ne peut trouver sa légitimité parmi les sciences que si elle fonde ses démonstrations mathématiquement. Cette exigence conduit certains auteurs à penser que leur analyse est scientifique du seul fait qu'elle est formalisée. Nop.s voulons démontrer que l'analyse économique est scientifiqu~, avec ou sans démonstrations mathématiques, qu'elle a ses propres lois qui résultent d'une analyse rationnelle et ne souffrent d'aucune exception dans une économie salariale. Le fonctionnement harmonieux de l'économie salariale passe par le respect de ses propres principes qui peuvent être établis sans recours aux mathématiques. L'essentiel de ce travail sera consacré à fonder les principes de l'économie salariale que nous présentons en dix points dans cette introduction.

Principe n° 1 : Proposition
Démonstration

La production seule est source de revenu.

Le revenu représente la contrepartie du produit. Le produit résulte de la production. Par conséquent, le revenu apparaît grâce à la production.

Introduction générale 9

Principe n° 2 : Proposition

Dans une économie salariale le revenu se forme dès la production dans l'acte de la rémunération du travail, qui est la cause de la production. D'après ce principe, la rémunération du travail n'est pas un achat, elle constitue la formation du revenu. Dans une économie salariale, par défmition, les travailleurs n'obtiennent pas leur produit à la production. Dans un premie~ temps, ils obtiennent une rémunération qui représente la valeur monétaire de leur produit. La rémunération du travail ne peut pas être considérée comme un achat, car pour pouvoir exercer un pouvoir d'achat, il faut avoir un revenu; et le revenu n'existe pas avant la production.

Démonstration

Principe na 3 : Proposition

La dépense du revenu formé à la production a le pouvoir d'écouler sa contrepartie, le produit. Le revenu ayant sa source dans la production et représentant la valeur du produit, sa dépense signifie l'écoulement du produit. Cette démonstration découle du premier principe.

Démonstration

Principe na 4 : Proposition

Le produit ne pouvant être approprié que par l'Homme, le revenu doit être. formé dans l'acte de la rémunération du travail. Les produits ne peuvent pas, par défmition, exercer de pouvoir d'achat, donc ils ne peuvent légitimement pas être rémunérés.

Démonstration

10 Principes de l'économie salariale

Principe na 5 : Proposition

L'économie monétaire.

salariale

est

une

économie

Démonstration

Ce résultat découle du deuxième principe: du fait que les travailleurs n'obtiennent pas directement leur produit à la production, ils obtiennent sa contrepartie sous forme monétaire.

Principe na 6 : Proposition

La monnaie, en tant que telle, n'est pas un pouvoir d'achat positif. Sans la production, la monnaie ne peut exercer aucun pouvoir d'achat puisqu'il n'y a, alors, aucun produit à acheter. La monnaie est au service de la production, si elle ne se transforme pas en revenu, elle n'a aucun droit légitime sur les produits 2.

Démonstration

Principe na 7 : Proposition

D'après le premier et le deuxième principes, dans une économie salariale, la monnaie se charge d'un pouvoir d'achat dans l'acte de la rémunération des services producteurs (que sont les travailleurs qui participent à la réalisation de la production). Les services producteurs étant la cause de la production, leur rémunération représente la valeur monétaire de la production. C'est, en effet, dans l'acte de la rémunération des services producteurs que la monnaie devient

Démonstration

2

Même dans une économie de producteurs-échangistes,artisanale, ce

sont les ventes qui fmancent les achats et la monnaie intervient en tant qu'intermédiaire des échanges et non comme un pouvoir d'achat positif.

Introduction générale Il un revenu ou un pouvoir d'achat positif en obtenant un droit légitime sur les produits.

Principe n° 8 : Proposition

Il découle du principe précédent que, dans une économie salariale, la dépense de la monnaie nouvellement émise sur le marché des produits exerce un prélèvement indu sur le pouvoir d'achat des services producteurs. La monnaie nouvellement émise n'a pas de droit légitime sur les produits tant qu'elle n'est pas transformée en revenu. Si elle est dépensée sur le marché des produits, elle exerce un pouvoir d'achat illégitime qu'elle prélève sur celui des titulaires de revenu en amputant une partie de leur pouvoir d'achat qui, celui-ci, est légitime.

Démonstration

Principe n° 9 : Proposition

Il découle du septième principe que, dans une économie de production salariale, la rémunération des .travailleurs ne doit pas être puisée dans un pouvoir d'achat positif ou revenu. Le revenu est destiné à exercer son pouvoir d'achat sur les produits qui représentent sa contrepartie. La rémunération des services producteurs n'est pas un achat mais une formation de revenu. Si le revenu monétise, outre la contrepartie de son produit, une production encore à venir, il représentera deux productions de deux périodes différentes. Or le revenu est destiné à exercer son pouvoir d'achat sur les produits qui représentent sa contrepartie. Par conséquent, l'une des productions ne pourra pas être écoulée. C'est

Démonstration

12 Principes de l'économie salariale

donc bien cette façon d'utiliser le revenu qui devient ainsi I'une des principales causes du dysfonctionnement de l'économie salariale et l'une des principales causes du chômage. Principe n° 10 : Proposition

Dans une économie salariale concurrentielle, le niveau de l'emploi dépend du niveau des investissements pour une technologie donnée. Ce principe résulte de deux exigences liées: l'exigence de la technologie et l'exigence de la concurrence. La technologie d'une période impose le nombre de travailleurs que les entrepreneurs doivent employer sur la quantité de capital existant. Exemple: un camion ne peut être conduit que par un conducteur à la fois. Quant à la seconde, elle est inhérente à la réalité de l'économie concurrentielle, où seront écartées du système les entreprises qui réalisent un coût de production plus élevé que celui de leurs concurrents.

Démonstration

Nous voulons démontrer que le respect de ces principes permettrait d'écarter les maux qui frappent l'économie salariale. Nous voulons parler des maux tels que, par exemple, le dysfonctionnement, les prélèvements indus responsables de la misère relative des travailleurs qui sont pourtant eux-mêmes la cause de la production. La connaissance de ces principes permettrait d'établir les causes de l'existence, de l'apparition et du développement du chômage. Elle permettrait de fonder l~s conditions de la réalisation du plein-emploi dans l'équilibre monétaire. Elle permettrait d'écarter une fausse idée selon laquelle le travail peut être étudié comme une marchandise. En effet, c'est l'application de cette idée fausse qui engendre tous les maux que nous venons d'évoquer.

Introduction générale 13 L'économie salariale étant par défmition monétaire, le système bancaire y joue un rôle important. Mais pour qu'il puisse jouer pleinement son rôle dans le respect de ces principes, il doit être réformé. Seule une réforme peut permettre de distinguer la monnaie (pouvoir d'achat nul) du revenu monétaire (pouvoir d'achat positif). C'est grâce à cette distinction qu'on peut éviter que la production soit monétisée par un pouvoir d'achat positif et que la monnaie nouvellement créée soit dépensée sur le marché des produits. La production étant la source du revenu ou de la valeur, le premier problème de l'économie salariale est de déterminer la valeur créée dans chaque période et de savoir comment et à quel niveau (production ou échange) s'établit la mesure de la production ou de la valeur. Cette détermination exige que l'on connaisse la cause ou les causes de la production. En effet, la connaissance des causes de la crise ou du dysfonctionnement, des principes de la répartition, de la déterminatio'n de l'équilibre ou du déséquilibre monétaire, des causes de prélèvements indus, de l'injustice sociale, etc., passe par la connaissance de la cause ou des causes de la valeur et de sa détermination. Dans la plupart des analyses, le mot valeur est employé de façon équivoque. En effet, les Néoclassiques et une partie des Classiques emploient indifféremment valeur, valeur d'échange et prix. Pour la clarté de l'analyse, et pour écarter toute ambiguïté, nous serons amenés à distinguer ces trois éléments: la valeur créée dans une période, la valeur d'échange qui signifie le coût de production, et le prix qui permet de déterminer des profits ou des pertes éventuels. Dans une économie salariale les deux premières sont déterminées à la production, le troisième sur le marché des produits. Dans les deux premiers chapitres, nous partirons d'un constat qui permet d'établir la portée et les limites des analyses classique et néoclassique de la détermination des principes de l'économie salariale. Les chapitres suivants auront pour objectif d'établir analytiquement un certain nombre de lois qui gouvernent

14 Principes de l'économie salariale l'économie salariale. Dans ces chapitres, nous ne manquerons pas d'établir des comparaisons avec les théories étudiées dans les deux premiers chapitres.

CHAPITRE I DE L'INDICATEUR DE LA RICHESSE A RECHERCHE DE LA CAUSE DE LA PRODUCTION DE LA VALEUR LA OU

Introduction La détermination de la cause ou des causes de la production est d'une importance primordiale, car elle constitue le fondement des analyses de la formation du revenu, de la répartition et de la formation du capital. Elle permet aussi de voir sur quel(s) élément(s) le revenu est formé et de savoir si les titulaires de revenu, en le dépensant totalement, s'approprient la totalité du produit de la période. Les auteurs des différents courants de pensée économique qui se sont intéressés au problème de la richesse ou de l'enrichissement d'une société ou d'une nation ont cherché, soit à déterminer l'élément devenant l'indicateur de la richesse d'une nation, soit à connaître plus fondamentalement la cause ou les causes de cet enrichissement. Un rapide historique nous permettra d'évoquer l'évolution de ce cheminement.

I.

L'OR ET L'ARGENT, INDICATEURS DE LA RICHESSE D'UNE NATION

Les Mercantilistes ne recherchent pas la cause de l'enrichissement d'une nation mais l'indicateur de la richesse d'une nation, représentée par la quantité d'or et d'argent qu'elle détient. Ils partent d'un constat. L'argent servant d'instrument de commerce, nous pouvons, quand nous en possédons, nous procurer tous les produits dont nous avons besoin, dans la limite du montant

16 Principesde l'économie salariale de l'argent que nous avons à notre disposition. Ils pensent que le même raisonnement est valable pour une nation. Un pays qui détient suffisamment de métaux précieux (c'est-à-dire une quantité qui dépasse la somme de l'argent nécessaire pour entretenir le fonds de circulation à l'intérieur d'une nation) peut exercer un certain pouvoir d'achat sur les produits d'autres nations. Ainsi un pays est-il considéré comme riche s'il abonde en argent. Or la question pertinente est de savoir comment on peut obtenir ces métaux. Pour les obtenir, il faut vendre des produits, et pour cela, il faut produire. Mais les auteurs mercantilistes ne se posent pas véritablement la question de savoir quelle est la cause ou quelles sont les causes de la production qui permet les échanges. Ces auteurs ne voyaient sans doute pas la nécessité de rechercher la cause de l'apparition du pouvoir d'achat ou de l'enrichissement car ils constataient que l'on pouvait s'approprier les métaux précieux, non seulement grâce aux échanges et à l'exploitation des mines, mais aussi en les prélevant dans d'autres pays par la force ou par la colonisation. « Quelque temps après la découverte de l'Amérique, quand les Espagnols abordaient sur une côte inconnue, leur premier soin était ordinairement de s'informer si on trouvait de l'or et de l'argent dans les environs. Sur la réponse qu'ils recevaient, ils jugeaient si le pays méritait qu'ils y fissent un établissement ou bien s'il ne valait pas la peine d'être conquis. » (Smith, 1991. TII. P.13-14). Les Mercantilistes constataient qu'une nation qui possédait de l'or et de l'argent, quelle que fût la façon dont elle les obtenait, pouvait exercer un pouvoir d'achat sur les produits d'autres nations. Mais cette façon de s'enrichir (les échanges mis à part) n'est pas fondée sur une véritable explication économique, et tout le problème est de savoir comment une nation peut obtenir de l'or et de l'argent sans passer par la force ou par la colonisation. Il convient toutefois de préciser que les pays qui se sont lancés dans le commerce international grâce à l'élargissement de leurs colonies, ont pu fmancer leur industrialisation grâce à l'apport de métaux précieux. En effet, l'or et l'argent qui entraient dans ces pays étaient utilisés de plusieurs façons, à l'intérieur de la nation. Si l'or et l'argent ainsi obtenus par l'Etat étaient dépensés sur le marché intérieur (par les souverains ou par les agents de l'Etat),

De I indicateur de la richesse à la caus~ de la production
t

17

cette dépense pouvait augmenter proportionnellement le profit monétaire net des producteurs-entrepreneurs. Les entrepreneurs pouvaient utiliser ce profit monétaire net de deux façons: soit en le dépensant sur le marché' des produits, soit comme fonds de roulement destiné à rémunérer les travailleurs nouveaux. Cette première façon de dépenser le profit diminuait proportionnellement le pouvoir d'achat des travailleurs qui avaient participé à la réalisation de la production, et devenait une source de profit net pour d'autres entreprises. En effet nous verrons que la dépense du profit monétaire net (inflationniste) sur le marché des produits engendre des profits monétaires nets (cf. chapitre IV). Si l'or et l'argent étaient obtenus par les producteurs grâce aux exportations nettes, la quantité de monnaie augmentait dans la nation exportatrice. Cette quantité nouvelle de monnaie pouvait être dépensée de deux façons: elle pouvait être dépensée sur le marché des produits dans l'achat des moyens de production et cette formation de capital additionnel (prélevé sur le pouvoir d'achat des travailleurs) engendrait l'augmentation de la production. Le capital additionnel permettait alors, soit d'augmenter la demande de maind'œuvre, soit d'améliorer la productivité du travail. Mais cette quantité nouvelle de monnaie pouvait être dépehsée aussi sur le marché des produits de consommation, augmentant, de ce fait, le bien-être des propriétaires au détriment de celui des titulaires de revenu qui avaient participé à la production. Or et argent pouvaient être utilisés également pour rémunérer les travailleurs. Dans ce dernier cas, les entrepreneurs les utilisaient comme fonds de roulement en augmentant le nombre de travailleurs employés et de ce fait ils faisaient augmenter la production. Cette dernière façon d'utiliser l'or et l'argent qui entraient dans la nation écartait l'effet Hume 3. En effet tout emploi de main-d' œuvre nouvelle engendre une augmentation de la production. Ainsi, cette façon d'utiliser l'or

3 Hume soutient que l'abondance d'or et d'argent n'a d'autre effet, à long terme, que la hausse des prix. Il affmne aussi que, si une nation perd du métal précieux, ses prix diminuent, ce qui entraîne nécessairement l'augmentation de ses exportations, le rétablissement de la balance commerciale et l'arrêt des sorties d'or et d'argent. Il est vrai que l'effet Hume peut être écarté par des mesures protectionnistes.

18 Principesde l'économie salariale et l'argent qui entraient dans le pays n'engendrait pas d'effet inflationniste. Considérant l'or et l'argent comme les meilleurs représentants de la richesse d'une nation, les Mercantilistes souhaitaient en acquérir le plus possible et, pour cela, ils faisaient l'apologie des exportations nettes. Voyons quels enseignements nous pouvons tirer d'un système ayant pour but principal la réalisation d'une balance commerciale excédentaire:

10 Les exportations nettes sont réalisées au détriment du
pouvoir d'achat de ceux qui ont participé à la réalisation de la production, et cela du fait que les travailleurs, en dépensant leur revenu sur le marché des produits, ne peuvent pas exercer leur pouvoir d'achat sur la totalité du produit de la période ou de son équivalent (c'est-à-dire sur les importations, dans le cas où la balance commerciale est équilibrée). Dans le même temps, les entreprises à l'intérieur de la nation réalisent un profit monétaire équivalent au coût salarial des produits exportés. 20 Les exportations nettes font entrer des métaux précieux qui peuvent être dépensés sur le marché des produits, ce qui diminue proportionnellement le pouvoir d'achat des travailleurs. Autrement dit, pour les Mercantilistes, la monnaie est synonyme de pouvoir d'achat positif. Ce résultat découle d'un constat selon lequel en dépensant de la monnaie, quelle que soit sa provenance, on peut s'approprier des produits. Ils ne voient pas que, dans l'économie d'échange, il faut que leproducteur-échangiste vende s'il veut obtenir de la monnaie lui permettant d'exercer un pouvoir d'achat, il faut par conséquent qu'il produise, tandis que dans une économie salariale, il faut participer à la production de biens ou de services pour obtenir un revenu monétaire qui donne un droit sur les produits. . 30 Ces deux effets peuvent se réaliser dans la même période. Autrement dit, les travailleurs perdent une partie de leur pouvoir d'achat du fait des exportations nettes, et ils perdent une deuxième fois une partie de leur pouvoir d'achat lorsque l'or et l'argent qui entrent dans le pays sont dépensés sur le marché des produits.

De l'indicateur de la richesse à la cause de la production 19 Ce sont là les principales conséquences qui résultent d'une balance commerciale excédentaire, et qui constituent l'une des principales causes de la pauvreté relative des travailleurs. L'analyse des Mercantilistes souffre d'une insuffisance théorique qui elle-même engendre une fausse déduction, une insuffisance théorique en ce sens qu'elle ne cherche pas à établir la cause ou les causes de la production et, de ce fait elle se trouve dans l'impossibilité de déterminer la valeur des produits à la production. Les produits n'ayant pas une valeur en soi, les Mercantilistes pensent que le prix fixé sur le marché détermine aussi la valeur du produit. En d'autres termes, l'économie est de plus en plus salariale, tandis que l'analyse est toujours fondée sur l'économie d'échange non salariale. S'il est vrai que dans une économie de producteur-échangiste le prix du produit et le revenu du producteur direct sont déterminés au moment des échanges, en revanche, dans une économie salariale, le montant du revenu qui doit exercer son pouvoir d'achat sur les produits est déterminé dès la production dans l'acte de la rémunération des services producteurs. Le montant des rémunérations, établi à la production, représente la valeur monétaire des produits de la période, tandis que .le prix se fixe sur le marché des produits, et c'est l'écart entre le prix et le coût qui détermine le profit des entreprises. Il s'agit d'une fausse déduction, en ce sens que les Mercantilistes considèrent la monnaie comme un pouvoir d'achat positif. L'individu qui possède de la monnaie a la possibilité d'exercer un pouvoir d'achat sur les produits, certes, mais la question pertinente est de savoir comment l'individu a obtenu cette monnaie. Dans une économie fermée, il l'obtient, soit grâce à sa participation à la production, soit grâce à un revenu de transfert, le profit. La production est la source de tout revenu. Dans une économie ouverte, si la monnaie est obtenue du fait des exportations nettes, cette monnaie ainsi obtenue, d'un point de vue purement analytique, représente bien un pouvoir d'achat mais un pouvoir d'achat sur les produits des autres nations, ce qui signifie que, si la monnaie obtenue grâce aux exportations nettes est dépensée à l'intérieur de la nation sur le marché des produits, elle prélève son pouvoir d'achat sur le pouvoir d'achat de ceux qui ont participé à la réalisation de la production dans cette nation.

20 Principes de l'économie salariale

Les Mercantilistes sont partisans des bas salaires. Si cette exigence n'a aucun effet sur le pouvoir d'achat des travailleurs dans le cas où la dépense du revenu formé grâce à la rémunération des travailleurs écoule la production, en revanche, elle n'est pas indifférente .dans le système mercantiliste dont le principal but est de réaliser une balance commerciale excédentaire et cela pour deux raIsons: 10 Etant donné que, dans les pays qui s'industrialisaient, le système monétaire était fondé sur la monnaie métallique, il était important pour les entreprises exportatrices de réaliser un coût de production salarial, en monnaie métallique, plus faible que celui des pays concurrents. 20 En outre, le faible niveau des salaires permettait de limiter la quantité de monnaie circulatoire qui était destinée à la rémunération des travailleurs. De ce fait, les entrepreneurs pouvaient garder une quantité plus importante de monnaie à dépenser sur le marché des produits. En effet la quantité de produits que les entrepreneurs pouvaient s'approprier dépendait du rapport entre la quantité de monnaie circulatoire et la quantité de monnaie qui était dépensée directement sur le marché des produits de biens de consommation et/ou de biens d'équipement. Remarquons que les exportations nettes et l'entrée de l'or et de l'argent en provenance des pays colonisés représentaient la principale source d'augmentation de la monnaie mise à la disposition des entrepreneurs. Il est important d'étudier l'effet des exportations nettes d'une nation sur le fonctionnement de l'économie de la nation qui réalise des importations nettes. Dans une économie salariale le coût de production global est déterminé par la rémunération de l'ensemble des services producteurs. L'ensemble des entreprises s'attendent à récupérer, grâce à la vente de leurs produits, au moins le montant global du coût de production (en services producteurs). Dans un système à monnaie métallique, les titulaires de revenu, en exerçant leur pouvoir d'achat sur les produits importés, et dans le cas où le pays réalise des importations nettes, font sortir une quantité de monnaie équivalant au déficit de la balance commerciale. Ce déficit engendre une baisse de la demande pour les entreprises du

De l'indicateur de la richesse à la cause de la production 21 pays importateur net et devient une cause de l'insuffisance de la demande globale si dans l'économie ne circule que la monnaie circulatoire c'est-à-dire la monnaie qui entre dans la rémunération des services producteurs. Cette insuffisance de la demande globale empêche certaines entreprises de couvrir leur coût de production par la vente de leur produit, or les entreprises qui ne parviennent pas à couvrir leur coût de production par la vente de leur produit font faillite. De ce fait, la production globale diminue, et le chômage augmente dans le pays importateur net. Ainsi, si les exportations nettes favorisent l'évolution économique du pays qui a réalisé une balance commerciale excédentaire, en revanche, les importations nettes constituent une cause de récession pour le pays qui réalise une balance commerciale déficitaire. Autrement dit, l'évolution du pays exportateur net se réalise au détriment de l'évolution économique du pays importateur net. Cette analyse permet de constater que, dans un système à monnaie métallique, lorsque le résultat des exportations nettes est utilisé pour rémunérer les services producteurs et augmenter la production, on ne voit pas apparaître l'effet inflationniste de l'entrée de monnaie dans le pays. Ce résultat écarte les affmnations quantitatives appliquées à une économie salariale, affirmations selon lesquelles l'inflation est due à l'entrée de l'or et de l'argent dans un pays. En effet, l'augmentation de la quantité de monnaie, quelle que soit sa source, peut servir à augmenter la quantité de main-d'œuvre employée, et engendrer l'accroissement proportionnel de la production par rapport à l'augmentation de la quantité de monnaie. Nous venons de voir quels avantages peuvent tirer les pays exportateurs nets, et quels inconvénients en découlent pour les pays importateurs nets. Nous avons établi les effets négatifs des exportations nettes sur le pouvoir d'achat de ceux qui participent directement à la réalisation de la production. Mais il ne s'agit pas, bien entendu, de mettre en cause les échanges internationaux, qui constituent une source d'enrichissement mutuel. Il s'agit de marquer les limites des idées qui perdurent depuis les Mercantilistes, idées avancées en faveur des exportations nettes, de

22 Principes de l'économie salariale dénoncer leurs inconvénients favoriseraient le développement I'hannonie. et d'établir des règles qui des échanges internationaux dans

Nous ne pouvons manquer de remarquer que la théorie dominante actuelle n'a pas pu se libérer de l'influence des idées des Mercantilistes, dont l'analyse est fondée sur l'économie d'échange. Cette influence apparaît clairement dans plusieurs domaines. Elle empêche les auteurs de la théorie dominante d'établir la véritable cause de la production dans une économie qui devient de plus en plus salariale, et, de ce fait, elle ne leur permet pas de détenniner les lois qui gouvernent cette économie. Elle les porte à croire que, dans une économie salariale, la relation entre la monnaie et le produit s'établit au moment des échanges. Elle les oblige à considérer et à étudier la monnaie comme un pouvoir d'achat positif ou comme un bien (la monnaie métallique de l'époque des Mercantilistes), ce qui les amène à favoriser la recherche d'une balance commerciale excédentaire. Elle les amène à étudier, dans une économie salariale, le pouvoir d'achat de la monnaie, au lieu du pouvoir d'achat des titulaires de revenu dont la source se trouve dans la production.

II.

LA TERRE CONSIDÉRÉE COMME UNIQUE SOURCE DE RICHESSE

L'un des apports importants des Physiocrates réside dans le fait que, cherchant à détenniner la cause de la richesse ou de l'enrichissement d'une nation, ils pensent la trouver dans la terre. C'est ainsi qu'ils sont amenés à en déduire que l'agriculture représente l'unique source de revenu et donc l'unique source de la richesse d'une nation. « La classe productive est celle qui fait renaître par la culture du territoire les richesses annuelles de la nation, qui fait les avances des dépenses des travaux de l'agriculture, et qui paye annuellement les revenus des propriétaires des terres. On renfenne dans les dépenses de cette classe tous les travaux et toutes les dépenses qui s'y font jusqu'à la vente des productions à la première main; c'est par cette vente

De l'indicateur de la richesse à la caus~de la production 23 qu'on connaît la valeur de la reproduction annuelle des richesses de la nation ». (Quesnay, 1969, P.45-46, souligné par l'auteur). Les Physiocrates pensent que seul le secteur de l'agriculture est productif, car c'est le seul secteur qui permet de dégager un produit net, un surplus, dont la valeur monétaire est considérée comme un revenu. Mirabeau dit: «C'est cet excédent que nous appelons revenu. C'est la seule richesse, parce que c'est la seule portion disponible; tout le reste étant nécessairement engagé à l'entretien indispensable du rouage de la machine économique» 4. Ainsi les Physiocrates distinguent-ils le produit brut et le produit net. Ils obtiennent le produit net après avoir ôté du produit brut la consommation productive de la classe des cultivateurs. (produit net = produit brut - les avances y compris la consommation de la classe productive). Le revenu, tel qu'il est déterminé par les Physiocrates, ne représente pas la valeur de toute la production réalisée dans la nation, mais la valeur monétaire du produit net. Cette détermination du revenu fait apparaître une première confusion dans l'analyse des Physiocrates. En ne considérant comme productive que la classe qui travaille sur la terre, les Physiocrates sont amenés à considérer le travail agricole comme le seul travail productif. Ce résultat découle du fait que, pour eux, c'est le travail seul qui est capable de créer un surplus représenté par le produit net, destiné à la classe des propriétaires; il est la seule forme de surplus qu'ils connaissent. Mais nous constatons que ce résultat provient des hypothèses de l'analyse des Physiocrates. En effet, si dans le secteur agricole ils établissent une séparation entre les propriétaires des terres et les cultivateurs, en revanche, dans les autres secteurs, ils supposent que les producteurs directs sont propriétaires de leurs moyens de production, et (dans ce cas) il leur est donc impossible d'expliquer la réalisation d'un surplus ou d'une plus-value. Le producteur direct s'approprie la totalité de son produit, et dans l'échange, il obtient l'équivalent du produit échangé, c'est pourquoi il est impossible de faire apparaître un surplus dans une économie de producteurs-échangistes.
4

Cité par Michel Lutfalla dans sa préface au Tableau Economique des Physiocrates. (1969 ; P.20).

24 Principesde l'économie salariale C'est ainsi qu'apparaît une ambiguïté dans l'analyse des Physiocrates. D'une part, ils considèrent le produit net comme un don gratuit de la terre, d'autre part, ils considèrent que le travail agricole est productif, puisqu'il crée un surplus. La cause de cette ambiguïté est à rechercher dans le fait que les Physiocrates ne voient pas que la production, d'une façon générale, est la création de produits et que, par conséquent, c'est le revenu qui en résulte qui permet de satisfaire les besoins. En effet, le travailleur non agricole ne multiplie pas la matière. Il est vrai qu'il ajoute de la valeur à la matière, non par son travail (selon les Physiocrates), mais par la somme des produits qui viennent de la terre et qu'il consomme pendant qu'il transforme la matière. Ce résultat découle du fait que les Physiocrates ne distinguent pas la dépense d'amortissement (y compris la consommation intermédiaire) et la dépense en travail qui engendre une nouvelle valeur. Cette dépense en travail est considérée par les auteurs de cette école de pensée comme une consommation intermédiaire ou comme un amortissement. Or, si on la considère comme créatrice d'une richesse qui permet aux travailleurs de consommer, on est amené à dire que le travail ajoute aux produits transformés l'équivalent de la valeur ajoutée pour la reconstitution de la force de travail. Autrement dit, c'est la dépense du travail qui est à l'origine de l'apparition du revenu permettant aux travailleurs de consommer. Si les travailleurs ne participaient pas à la production, ils n'auraient pas de revenu qui leur permettrait de consommer, car ils n'auraient pas de produit à échanger. En d'autres termes, les Physiocrates ne voient pas que la production est la source de tous les revenus. Le revenu apparaît grâce à la production et il disp.araît dans les dépenses finales. Il est vrai qu'à l'époque des Physiocrates l'agriculture représentait le .secteur le plus important de l'économie nationale. Il est tout aussi vrai que, mis à part le cas de ceux qui vivaient du produit net résultant de la production des artisans de la terre, pour obtenir des produits, il fallait participer à la production. On peut donc dire que ce n'est pas la terre qui est la cause de l'apparition du produit net, mais que c'est le travail qui permet de tirer des produits de la terre. Toutefois, nous savons que l'un des objectifs des Physiocrates est de justifier

De l'indicateur de la richesse à la cause de la production 25 l'appropriation du produit net, et dans ce but, ils doivent préalable le faire apparaître. au

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LES LIMITES DE LA JUSTIFICATION DE L'APPARITION ET DE L'APPROPRIATION DU PRODUIT NET

Comment les Physiocrates justifient-ils l'apparition et l'appropriation du produit net dans le secteur agricole, et pour quelle raison analytique ne parviennent-ils pas à faire apparaître un surplus dans d'autres secteurs de l'économie? Pour répondre à cette question, il faut savoir quelle est l'hypothèse qui permet aux Physiocrates de .dire que la terre est la source d'un « don gratuit », d'un produit net ou d'un surplus. Ils supposent que le produit net résulte de la différence entre le produit brut ou total et les avances. Mais, pour justifier cette différence et donc pour faire apparaître le produit net, ils sont obligés d'inclure dans les avances à la terre la consommation de la classe productive et c'est cette hypothèse qui leur permet d'aff1ffi1er l'existence du produit net. Autrement dit, ils .considèrent la consommation des cultivateurs comme une consommation intermédiaire ou comme un amortissement. Mais en même temps, c'est cette hypothèse qui marque la limite de leur raisonnement. En effet, le niveau du produit net dépend du niveau de consommation de la classe productive, niveau déterminé par les propriétaires. Or, si l'on suppose que la terre appartient à celui qui la cultive, on fait disparaître l'argument sur lequel est fondée l'explication de l'apparition du produit net. En effet, si la terre appartient au cultivateur, tout le produit de la terre lui appartient, et son revenu, qui constitue la source de sa consommation et de son épargne, est équivalent au produit de la terre auquel il soustrait les avances. On le voit, l'apparition du produit net n'est fondée sur aucune justification économique. C'est donc la distinction entre producteur et propriétaire qui permet aux Physiocrates de justifier l'apparition du produit net et qui leur donne la possibilité de «justifier» son appropriation par les propriétaires. La terre appartenant aux propriétaires, qui ne la cultivent pas, le produit net doit leur échoir. Il est important de remarquer que le niveau du produit net dépend

26 Principesde l'économie salariale du niveau des « salaires» ou de la consommation des cultivateurs, et cela pour une raison simple: il n'y a pas de justification économique de l'apparition du produit net. Or, la terre étant cultivée par les cultivateurs, son produit doit normalement leur revenir. Nous constatons en outre que les Physiocrates confondent prix et valeur; le passage de Quesnay que nous avons cité atteste cette confusion: « c'est par cette vente qu'on connaît la valeur de la reproduction annuelle des richesses de la nation ». En effet, la différence entre le prix et les avances, en excluant des avances la consommation des cultivateurs, représente la valeur créée dans le secteur agricole. Les Physiocrates ne parviennent pas à expliquer un produit net dans d'autres secteurs que celui de l'agriculture, car ils les considèrent comme stériles, et cela pour deux raisons qui sont liées. D'une part, ils ne font pas de distinction entre propriétaire des moyens de production et producteur et dans ce cas le producteur est échangiste, d'autre part, dans une économie de producteurs-échangistes, il n'y a pas de place pour la plus-value, le produit net ou le profit, car le producteur direct obtient directement ou indirectement, par l'intermédiaire de la monnaie, l'équivalent de son produit. En conclusion, nous pouvons dire que s'il est vrai que la terre est indispensable pour que les travailleurs du secteur agricole réalisent des produits, que les matières premières et les produits intermédiaires sont nécessaires pour que les travailleurs du secteur de la manufacture les transforment en nouveaux produits, il est vrai aussi que c'est le travail qui est la cause de la production et qui, de ce fait, permet d'obtenir un revenu. L'analyse des Physiocrates a influencé les analyses des différents courants de pensée pour qui l'appropriation des moyens de production par ceux qui ne les utilisent pas directement devient une source de revenu. Le problème est de savoir comment les moyens de production sont appropriés, compte tenu du fait que, dans une économie salariale, la véritable source de la formation du capital est le profit, qui est réalisé dans les échanges. Mais, étant donné qu'on échange ce qui est produit, le profit est prélevé sur le produit qui est déjà réalisé, même s'il apparaît au moment des échanges dans une économie salariale, ce qui nous incite à poser la