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Quel avenir pour le football?

De
123 pages
Les auteurs font le lien entre les sommes faramineuses engagées sur les clubs et l'influence de cette économie du sport sur la stratégie du jeu. Ils s'appuient sur des recherches en économie et sociologie du sport et apportent des preuves statistiques de l'importance croissante du jeu défensif et de l'impact des considérations économiques sur le football. A lire avant un match de ligue1.
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Quel avenir pour le football ?

Of?jectifO-O

Peinture de couverture et illustrations: Salifou LINDOU

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06442-3 EAN : 9782296064423

Gaël RABALLAND Sylvain CIANFERANI Jean-François MARTEAU

Quel avenir pour le football ?
Objectif 0-0

Préface de Wladimir Andreff, Président de l'Association Française de Science Économique

L'Harmattan

NOTE SUR LES CONTRIBUTEURS

Gaël RABALLAND, docteur en économie de l'Université de ParisI, diplômé de l'Institut d'Études Politiques de Strasbourg et des Langues'O, est économiste à la Banque Mondiale à Washington. Sylvain CIANFERANI, Politiques de Strasbourg. avocat, diplômé de l'Institut d'Études

Jean-François MARTEAU, ingénieur de formation, est chef de projet à la Banque mondiale à Washington.

REMERCIEMENTS

Pour la réalisation de ce travail, nous tenons particulièrement à remercier Wladimir Andreff pour ses conseils précieux, Sébastien Dessus pour ses commentaires mais aussi à Gilbert Lesbats, Geneviève Lesbats, Jean Cianférani, Sébastien Peyrouse et Marlène Lamelle pour leur relecture.

PREFACE
La théorie économique des ligues de sports collectifs professionnels enseigne que les spectateurs sont attirés par un championnat équilibré, présentant un équilibre compétitif (pour l'anglais competitive balance)l au sein de la ligue professionnelle. Pour voir si un championnat est plus ou moins équilibré, on compare le pourcentage de victoires (très exactement l'écart-type de ce pourcentage) par rapport au pourcentage de victoires (son écarttype) d'un championnat qui serait parfaitement équilibré. Celui-ci se définit comme un championnat où toutes les équipes ont remporté exactement le même nombre de victoires au cours de la saison, et finissent toutes ex aequo, ou encore où toutes les rencontres pendant tout le championnat se sont soldées par un match nul. Un cas extrême d'équilibre compétitif parfait serait un championnat dont toutes les rencontres se termineraient sur le score o - 0, ce que certains analystes redoutent comme l'aboutissement des tendances actuelles dans le football européen (Groot, 2007). Y aurait-il quelque chose de plus ennuyeux qu'un tel championnat parfaitement équilibré? Fort heureusement, les principaux championnats nationaux de football en Europe sont suffisamment déséquilibrés (Andreff & Bourg, 2006) pour écarter une telle source d'ennui. Les affluences en attestent, celles du Real Madrid, du FC Barcelone, du Milan AC, de la Juventus Turin, de l'Inter de Milan, du Bayem Munich ou de l'Olympique Lyonnais, par exemple. Mais ici surgit un autre risque de championnat ennuyeux, celui de voir toujours les mêmes clubs remporter les places qualificatives pour la Ligue des Champions et la Coupe de l'UEFA. Un tel risque se concrétise de plus en plus. Quel suspense y a-t-il à voir l'Olympique Lyonnais gagner cette année encore (pour la septième fois de rang) un titre de champion de France? Un tel risque est au cœur des analyses présentées dans cet ouvrage. Les auteurs attirent aussi l'attention sur une autre mésaventure du football qui est de créer l'ennui par la multiplication de matches de moins en moins attractifs avec la baisse du nombre de buts par match, l'universalité d'un jeu de plus en plus défensif et un pourcentage croissant de buts marqués sur coups de pied arrêtés. Le pire pourrait même résider dans les dérives actuelles du football tels le dopage et les matchs truqués documentés dans ce livre - mais on peut penser aussi à aux fausses factures, à la

falsification comptable, aux malversations, à la corruption, aux transferts factices de joueurs et au blanchiment des capitaux (Andreff 1999 & 2007). Il ne semble pourtant pas que ces dysfonctionnements ou ces délits aient fait fuir les spectateurs des stades de football ou les téléspectateurs européens lors des retransmissions de la Ligue des Champions, même lors des matches de la Juventus Turin2. Cet ouvrage souligne à juste titre que la plupart de ces problèmes ne sont pas nouveaux dans le football, mais c'est leur ampleur qui en change aujourd'hui la nature. Le modèle économique des clubs est ici mis en cause et - ajouterai-je personnellement - aussi celui des ligues de football professionnel en Europe. Le système de promotion-relégation fragilise financièrement les clubs de l'élite. En France, les difficultés sont aggravées par une fiscalité peu clémente pour les footballeurs, suscitant l'expatriation des meilleurs d'entre eux, et une « passion par intermittence» des supporters qui se traduisent par des affluences et des recettes moins stables et moins amples que dans les quatre autres grands championnats en Europe. L'embourgeoisement des spectateurs de football et le mythe de l'intégration Blacks-Blancs-Beurs par le football viennent compléter d'une note sociologique cette tentative de diagnostic d'un sport qui, par delà les problèmes analysés, reste populaire jusqu'à présent. De cet état des lieux les auteurs déduisent un certain nombre de recommandations qui pourraient redonner plus d'attrait aux matches de football. Leur appel à l'éthique, pour n'être pas le premier (Bourg, 1992; Andreff, 1999), est probablement destiné à recevoir le même acquiescement de principe que les précédents sans plus d'effets pratiques. Empêcher que l'objectif premier des équipes de football soit de ne pas perdre, plutôt que de gagner, est certainement essentiel, le problème est de trouver le bon système d'incitations (des clubs), de régulation (des ligues) et de règles (du jeu de football) qui permettent d'atteindre un tel résultat. Il faudrait éviter que la rentabilisation du football et l'hégémonie de quelques clubs n'aboutissent peu à peu à la saturation des spectateurs. Ici encore on ne peut éviter de revenir sur les incitations, régulation et règles du système existant dans le football, allant de l'organisation des ligues... aux règles du hors jeu, à la minoration des points obtenus par les équipes faisant match nul 0 - 0 et à l'exclusion temporaire pour sanctionner les fautes graves, mesures suggérées 2

dans cet ouvrage. Il y a là certainement plusieurs pistes de recherches et de réflexions futures. Il est moins certain, en revanche, qu'une évolution vers une organisation en ligues fermées, à l'américaine, soit inéluctable tant celle-ci est contradictoire avec la culture footballistique européenne. Que le football nous fasse de nouveau rêver, telle est la motivation des auteurs. Que l'on soit d'accord ou non avec leur diagnostic, que l'on croit ou non aux mesures qu'ils proposent, il s'agit là d'un livre qui s'attaque aux problèmes de fond du football moderne, non pas un énième ouvrage critique, mais une réflexion qui veut tirer de l'analyse des faiblesses et des dérives actuelles des raisons d'espérer et des mesures à prendre pour que la joie du jeu et l'enthousiasme des supporters aient un ancrage fort dans un football débridé et offensif. Qui serait contre ? Wladimir Andreff Professeur à l'Université de Paris 1 Président de l'Association Française de Science Economique

Références: AndreffW. (1999), Les finances du sport et l'éthique sportive, Revue d'Economie Financière, n° 55, p. 135-75. Andreff W. (2007), Dérives financières: une remise en cause de l'organisation du sport, Finance et Bien Commun (Genève), n° 26, hiver 2006-2007, p. 27-35. Andreff W., J.-F. Bourg (2006), Broadcasting rights and competition in European football, dans C. Jeanrenaud, S. Kesenne, eds., The Economics of Sport and the Media, Edward Elgar, Cheltenham, p. 37-70. Andreff W., S. Szymanski (2006), eds., Handbook on the Economics of Sport, Edward Elgar, Cheltenham, 830 p. Bourg J.-F. (1992), Economie du sport et éthique, Etudes, janvier. Groot L. (2007), Economics, Uncertainty, and European Football. Trends in Competitive Balance, Edward Elgar, Cheltenham, 169 p. Zimbalist A. (2002), Competitive Balance in Sport Leagues: An Introduction, Journal of Sports Economics, 3 (2), p. 111-21.

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Introduction
Année 2006: L'Italie est sacrée championne du monde après avoir gagné en huitièmes de finale sur penalty, en demifinales aux prolongations et en finale aux penalties. Quelques semaines plus tard, Fabio Cannavaro est le premier défenseur à être sacré Ballon d'Or depuis Franz Beckenbauer. Année 2007: Lyon est sacré champion de France pour la sixième fois consécutive après avoir mené la Ligue 1 pendant 34 journées sur 38 et Pauleta est sacré meilleur buteur de Ligue 1 avec 15 réalisations soit le plus petit total de l'histoire du championnat de France de football. Milan AC remporte la Ligue des Champions "avec une équipe solide" comme le déclarait Carlo Ancellotti, son entraîneur, au terme d'un match ennuyeux de l'avis de tous et dont le vainqueur était au cœur du scandale des matchs truqués en Italie et n'aurait pas dû participer à cette compétition. Année 2008: la saison en France a été présentée comme un bon cru puisque Bordeaux a pu revenir à deux points de Lyon en fin de saison, et que le meilleur buteur du championnat a pu marquer plus de 20 buts. Et pourtant, Lyon est devenu champion pour la septième année consécutive et, pour la seconde année consécutive, trois équipes anglaises se sont affrontées en demi-finales de Champions' League. Plusieurs mouvements amorcés dans les années 1990 se confirment: les championnats européens sont de moins en mOIS disputés et le football de plus en plus défensif. «Le spectacle du football a ceci de commun avec le
théâtre, [..} on peut s Ji enthousiasmer, comme on peut s

Ji ennuyer

à mourir »3. Malheureusement, les occasions de s'enthousiasmer sont désormais de plus en plus rares et le football moderne est de moins en moins spectaculaire. Aujourd'hui, les matchs se jouent bien souvent sur une décision arbitrale, une erreur défensive ou un coup de pied arrêté. Cet ouvrage explore les raisons de ces évolutions par une approche alliant histoire du football, économie, gestion, et sociologie. Appréhender ces phénomènes en s'en remettant à la dénonciation quasi idéologique de la marchandisation du jeu et à son pendant, l'idéalisation du football des années 1960 à 1980, nous paraissait futile.

Car si: « l'amateur de football est par nature nostalgique puisque son goût pour le ballon le renvoie inévitablement à l'âge où s'est noué cette passion »4, de nombreux phénomènes actuels tels que la baisse du nombre de buts par match ne sont en effet pas récents mais datent des années 1960. Cependant, il ne s'agit nullement de nier les évolutions du jeu apparues depuis le début des années 1990 mais bien plutôt de les placer dans une analyse objective de ces évolutions. Comment faire pour voir un meilleur spectacle sur les terrains? L'inflation des sommes investies dans le football européen et français a-t-elle forcément une influence néfaste sur le jeu? Les footballeurs d'aujourd'hui sont ils différents de ceux d'il y a 30 ans? Faut-il brûler la Ligue 1 ? Les auteurs de ce livre font le lien entre économie des clubs et évolutions du jeu. Ils expliquent qu'il faut aller au-delà du sempiternel «l'enjeu tue le jeu» et comprendre pourquoi la NBA, si représentative de l'argent-roi, procure du basket-ball spectaculaire à presque tous les matchs alors qu'on peut arriver à cinq scores nuls et vierges pour une journée de Ligue 1. Ce livre n'est pas une thèse sur le modèle économique à adopter ou une attaque en règle contre le football moderne, mais simplement un essai pour mettre en perspective le jeu, les joueurs et l'économie du football, et proposer des pistes pour que l'on puisse davantage s'amuser en regardant les matches sans ruiner l'esprit de compétition ou les mécènes du ballon rond. L'ouvrage s'appuie sur des recherches en économie du sport, les connaissances des auteurs des contextes sportifs nord-américains et européens et apporte des preuves statistiques de l'importance croissante du jeu défensif et de l'impact des considérations économiques sur le football d'aujourd'hui (tout en rendant accessible les éléments qui les soustendent).

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