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Recherche et développement régional

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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296282094
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RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL

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Collection « Logiques Économiques » dirigée par Gérard Duthil
BARET Serge, Monnaie, finance et dépendance aux Antilles françaises. DUMEZ Hervé et JEUNEMAITRE Alain, Diriger l'économie: . l'État des prix en France (1936-1986). DU TERTRE Christian, Technologie, flexibilité, emploi: une approche sectorielle du post-taylorisme. DUTHIL Gérard, Les entreprises face à l'encadrement du crédit. GROU Pierre, Les multinationales socialistes. LE BOLLOC'H-PUGES Chantal, La politique industrielle française dans l'électronique. MARCO Luc, La montée des faillites en France. MIGNOT-LEFEBVRE Yvonne, LEFEBVRE Michel, La société combinatoire. Réseaux et pouvoir dans une économie en mutation. PINARDON François, La rentabilité, une affaire de points de vue. VATIN François, L'industrie du lait. Essai d'histoire économique. ZARIFlAN Philippe, PALLOIS Christian, La société post-économique: esquisse d'une société alternative. DUTHIL Gérard, Les politiques salariales en France, 1960-1992.

@ L'Harmattan,

1993

ISBN: 2-7384-2124-5

ELINA DEVOUE

RECHERCHE ET DEVELOPPEMENT RÉGIONAL
Ouvrage publié avec le Concours du Ministère de l'Éducation Nationale et de l'Université des Antilles et de la Guyane

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

INTRODUCTION

Dans l'expansion économique, la Recherche-Développement détient un rôle clé. Aussi les régions accordent-elles à ce type d'activité un intérêt croissant. L'existence d'un niveau scientifique et technologique de qualité dans la région est considérée comme essentielle à son équilibre socioculturel, à son image de marque comme à son devenir sur le plan global. Ce problème de l'impact des activités de R-D sur le milieu économique régional est posé depuis longtemps sans que des réponses définitives aient été apportées. Les outils d'évaluation de cet impact manquent et les effets attendus sont souvent très longs. De plus la pauvreté des statistiques régionales ne permet pas d'envisager des relations économétriques très sophistiquées. Selon le rapport Lisle «( Recherche scientifique et aménagement du territoire », Paris, la Documentation Française, 1973): « ... S'imaginer que la recherche peut jouer un rôle d'entraînement dans l'essor économique d'une région revient à tenir pour vér:ifiée à l'échelon local une relation qui n'est pas démontrée à l'échelle nationale: l'influence de la part du PNB consacré à la recherche et au développement sur le taux de croissance du PNB ou de la production industrielle... » Au niveau des nations, la relation effort de Recherche-Développement - croissance et développement économiques n'est pas véritablement établie (Matthews (1973), Griliches (1973, 1979), Onishi (1985), Romer (1986, 1990». Mais au niveau des régions, l'importance de la R-D est-elle un facteur susceptible d'intervenir significativement dans une stratégie orientée vers le développement régional? D'après la National Science Foundation, la R-D se compose de la recherche fondamentale et appliquée, l'ingénierie, la conception et la mise au point de prototypes et processus, entreprises
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par les firmes commerciales, les pouvoirs publics et les organisations à but non lucratif (I). La R-D comprend toutes les tentatives systématiques ou organisées visant à créer ou étendre le savoir ainsi que l'utilisation des résultats de ces travaux pour amener au stade de l'exploitation de nouveaux produits, matériaux, dispositifs, systèmes et procédés. La distinction la plus connue et la plus communément utilisée reconnaît trois composantes de la R-D: la recherche fondamentale, la recherche appliquée et le développement. La recherche fondamentale ou recherche scientifique ou recherche de base, s'intéresse aux phénomènes et aux relations que l'on rencontre dans la nature, y compris la nature humaine, dans un cadre individuel ou collectif. Elle a pour objet de développer les connaissances dans les disciplines scientifiques, aussi bien naturelles que sociales. Les travaux de recherche fondamentale sont tous ceux qui concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des relations mutuelles des objets et des êtres qui composent l'univers, en vue d'organiser en lois générales, au moyen de schémas explicatifs et de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse. Ces travaux sont entrepris soit par pure curiosité scientifique (recherche fondamentale libre), soit pour apporter une contribution théorique à la résolution de problèmes techniques (recherche fondamentale orientée). La recherche appliquée ou recherche technologique ou recherche en ingénierie, a pour objet de formuler des concepts et méthodes et d'inventer des moyens et techniques utilisables comme ingrédients dans un processus, un produit ou un événement qui sont le fait de l'homme. Elle est plus orientée vers une mission, c'est-à-dire des buts et objectifs prédéfinis, que la recherche fondamentale. Ces recherches peuvent conduire à l'invention de nouveaux produits et processus et à des innovations dans le processus de production et de consommation. La recherche appliquée est entreprise, soit pour discerner les applications possibles des résultats d'une recherche fondamentale, soit pour trouver des solutions nouvelles permettant d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance. Elle implique la prise en
(I) L'expression R-D n'inclut pas le contrôle de la qualité, la vérification régulière des produits, les études de marché, la promotion des ventes, le service des ventes et l'exploration géographique ou géologique. La R-D est séparée de nombreuses autres activités connexes, scientifiques et technologiques: notamment les essais, les études de faisabilité, les travaux administratifs relatifs aux brevets et licences, les mesures scientifiques, techniques, commerciales et financières nécessaires à la réalisation d'innovations. 8

compte des connaissances existantes et leur extension dans le but de résoudre des problèmes particuliers. Elle permet la mise en forme opérationnelle des idées. Le résultat consiste en un modèle probatoire de produit, d'opération ou de méthode. Les connais. sances ou les informations obtenues sont généralement susceptibles d'être brevetées et peuvent être conservées secrètes. Le développement est le processus qui perfectionne un nouveau type'de produit ou d'activité qui n'exige pas ou plus la création de nouvelles connaissances fondamentales ou appliquées. Ce processus précède l'introduction habituelle massive de nouveaux produits ou activités. Il comprend des activités extrêmement diverses, allant de l'application des connaissances scientifiques et techniques existantes à des problèmes concernant la mise au point d'un produit ou d'un procédé, jusqu'aux activités d'ingénierie requises pour amener un produit ou un procédé au point où peut être entreprise la production en grande série, Ainsi, le développement est l'utilisation systématique des résultats de la recherche appliquée et de connaissances empiriques pour mettre en usage de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, systèmes et processus ou pour améliorer ceux qui existent déjà, par exemple: prototypes, unités pilotes... Il vise l'innovation. Cependant, les fr'ontières entre ces trois sous-fonctions sont en pratique floues et la distinction entre elles s'avère délicate. L'intergroupe « Recherche et Développement» du Xe Plan français retient le fait que la recherche est une activité complexe dont la nature et les résultats peuvent être analysés selon plusieurs dimensions principales: la recherche scientifique de base, la recherche et le développement industriels, la recherche et le développement à des fins collectives ou sociales et la recherche technologique qui comprend la recherche technologique de base et la recherche technique (figure 1). La R-D apparaît alors indispensable à la panoplie du développement. Les régions ont un rôle à jouer dans la territorialisation des effets de la R-D. Elles peuvent préparer le terrain d'accueil dans le cadre d'implantations nouvelles, organiser la diffusion et la valorisation sur place de la R-D. La région, entendue comme un espace-plan au sens perrouxien du terme, est considérée comme un sous-ensemble de l'espace national selon le découpage administratif. On sait que l'objectif de développement régional suppose une croissance quantitative, l'accessibilité aux retombées positives de la croissance économique notamment grâce aux technologies les plus efficientes, l'accroissement des aptitudes humaines et la satisfaction la meilleure possible de la population régionale. Ainsi l'évolution des régions peut être appréciée à partir d'indicateurs purement quantitatifs de produit, productivité ou 9

FIGURE

I.

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Les dtfférentes dimensions de la R et D

Rech=he Technologique

Recherche scientifique de base

Source:

Les cahiers français na 242. Juillet-septembre

1989, p. 53.

.

revenu (croissance régionale) et également à partir d'indicateurs sociaux, écologiques... (développement régional). Si on considère le modèle de développement par le haut, le développement régional est assuré par de grandes entreprises nationales pu6liqu~s ou privées ou multinationales, soutenues le cas échéant par l'Etat. Le développement par le bas (ou: développement par en bas, développement autocentré, développement agropolitain, développement endogène...) nécessite, lui, de partir de la base, d'encourager, de canaliser, de planifier les initiatives locales et mobiliser les potentiels locaux. Une intégration équilibrée des deux approches (par le haut et par le bas) s'avère alors nécessaire. Toutefois, dans le contexte actuel de révolution technologique, la Science régionale a besoin d'un nouveau paradigme scientifique relatif à l'espace et au développement. Il s'agit de stiuer la R-D par rapport aux deux paradigmes du développement régional: 10

-

La R-D participerait à une intégration fonctionnelle de la

région. L'intégration fonctionnelle de la région implique une organisation de l'espace favorable à la croissance maximale. L'espace est asservi aux objectifs .de productivité et à une spécialisation qui n'a son sens qu'au niveau national, voire mondial, caractéristiques du « développement par le haut ».
La R-D permettrait une intégration territoriale dont l'un des objectifs est d'assurer le développement harmonieux des sociétés locales. L'intégration territoriale entraîne une organisation de l'espace conforme aux intérêts de la « micro-région ». Celle-ci concerne un ensemble de communes à l'intérieur duquel les échanges socioéconomiques s'effectuent. Le développement régional se réalise « par en bas » en mobilisant le potentiel local. ,L'étude de la R-D conduit ainsi à repenser les analyses de l'Economie régionale. La R-D favorise-t-elle l'intégration ou la désintégration de l'économie, le « développement par le haut» ou le « développement par en bas»? La prise en compte de la R-D montre que le développement par en bas traduit une insuffisante perception des enjeux économiques de la fin du siècle avec les mutations qui marquent l'environnement économique mondial et la compétition scientifique et technologique entre les pays industrialisés. Le développement par le haut paraîtrait mieux adapté. Comme la politique de recherche prend en compte la question du développement des régions et esquisse des stratégies de « régionalisation », la région ne peut s'en remettre complètement à l'Etat pour assurer son développement. Il lui faut mettre en œuvre une stratégie économique qui lui soit propre et qu'elle puisse maîtriser. Demeure la contrainte de la nécessaire cohérence entre les objectifs poursuivis par la région, ceux qui sont élaborés au niveau national, et les objectifs d'intégration dans des réseaux européens voire mondiaux. Ainsi l'intervention économique régionale ne peut plus être perçue sur le mode de repli, mais au regard de l'évolution de la technologie afin d'assurer l'insertion dans l'économie mondiale. Le rôle des collectivités locales consiste à garantir aux entreprises certaines ressources essentielles dans un contexte d'innovation permanente, à favoriser le développement universitaire... Cette constatation place non plus du strict point de vue d'un développement local et régional, mais sous l'angle d'un développement national. Il n'existerait de problème régional que national. La dimension internationale des problèmes de développement régional doit aussi être prise en compte. Les régions sont, dans la plupart des cas, acquises à l'idée que la recherche-développement doit être favorisée et qu'elle constitue

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à terme une des clés de leur développement. L'analyse de la RD confirme la réalité de l'internationalisation des économies régionales. Aussi notre réflexion sur le rôle de la R-D dans le développement régional s'inspirera d'expériences des pays industrialisés à économie de marché, plus spécialement du cas français, en tenant compte des particularités de certains espaces: les régions départements d'outre-mer. Cette étude sera conduite selon deux axes: Économie de la Recherche-Développement et Économie régionale (première partie). Nous analyserons les effets de la R-D sur l~ développement régional en considérant lesprincipales théories d'Economie régionale. Après avoir connu une relative disgrâce dans les années 70, la théorie de la polarisation est aujourd'hui revivifiée. Les firmes propulsives consacrent une grande part de leurs investissements à la R-D qui doit donner naissance à des inventions, puis à des innovations sur le marché. Si l'innovation est rentable, elle se diffusera vers les firmes qui sont en mesure de l'utiliser, dans le pôle de croissance le plus important. Dans les autres pôles, la firme propulsive peut être la première à adopter localement l'innovation. La fièvre des technopôles, agglomérations d'activités de R-D, vient prolonger le phénomène des pôles de croissance. La théorie de la polarisation ne peut suffire à analyser ce problème. Elle traite d'autres formes de polarisation géographique des activités (théorie de la polarisation urbaine). Les technopôles apparaissent comme des instruments de développement régional. Leur réussite et leurs limites dépendent de l'environnement économique et politique national, de l'organisation de la R-D publique. Leur insertion spatiale est d'emblée nationale et internationale. Les performances à l'exportation des régions dépendent de plus en plus de la capacité de leur appareil productif à offrir des produits différenciés et mieux valorisés, incorporant un niveau élevé de R-D. Ainsi la capacité de développement endogène apparaît le meilleur garant du développement exogène. Aussi étudierons nous les effets de polarisation et de dépolarisation, les stratégies de R-D des entreprises, la R-D et la taille des entreprises, les effets de la R-D sur les régions d'accueil (effets multiplicateurs et de sous-traitance), le rôle de l'Université. Puis nous examinerons les dimensions régionale et internationale de la R-D avec la création des pôles technologiques régionaux et des technopôles, les initiatives régionales; la R-D et le commerce extérieur des régions; les disparités régionales.
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régional (deuxième partie). 12

Recherche-Développement t politique de développement e

Nous considérerons aussi les objectifs de la politique régionale de R-D et les moyens mis en œuvre: contrats de plan, décentralisation de la R-D..., ainsi que les problèmes posés par le financement et l'évaluation de la R-D. Seront également analysés la R-D et l'innovation, la R-D et la haute technologie, la R-D et l'emploi, la R-D et l'urbanisation...

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PREMIÈRE PARTIE

ÉCONOMIE DE LA RECHERCHE-DÉVELOPPEMENT ET ÉCONOMIE RÉGIONALE

A la suite de la crise des années 70, l'analyse économique régionale se remet en question tandis que la R-D apparaît de plus en plus comme un véritable enjeu pour l'avenir économique. La diversité des activités de R-D, le fait qu'elles soient considérées comme celles des changements ou progrès techniques, voire même du développement économique, justifient la diversité des approches. Les analyses de la localisation de la R-D (Buswell, 1972; Inhaber, 1974); des secteurs et des firmes de R-D (Malecki, 1979; Thwaites, 1978) permettent d'étudier les relations entre la R-D et le développement régional (R.J. Buswell, 1983, pp. 9-22). Il apparaît que la localisation d'activités d'invention et d'innovation (débutant avec la R-D) détermine la localisation d'industries nouvelles et performantes. En dépit des réserves, l'argument couramment accepté est que l'investissement en R-D accroît la capacité d'innovation. Le lien entre le changement technique et la croissance économique découle de l'idée simpliste que l'invention conduit à de nouveaux procédés (qui permettent une baisse des coûts de production et un accroissement de la concurrence), ou à de nouveaux produits qui stimulent la demande, le tout étant supposé entraîner la croissance. Ce qui conduit à l'examen de la contribution de la R-D à l'innovation dans la firme, et à la reconsidération de la notion de force motrice au sens perrouxien du terme. La présence, dans une région, d'entreprises de R-D et de leur personnel peut avoir un effet multiplicateur, favorisant la transformation de l'organisation économique et sociale de l'espace. Cet effet est vraisemblablement limité et de courte durée si les infrastructures nécessaires sont inexistantes ou altérées. Le rôle 15

de la R-D, per se, dans la structure innovatrice d'une région n'est pas clairement défini. Les efforts en R-D, le nombre croissant de laboratoires, la décentralisation de la recherche entraînent le recul des localisations de la R-D dans les grandes villes et dans les régions importantes. De nouveaux foyers d'attraction apparaissent (chapitre I). Les régions qui possèdent des laboratoires de R-D, du personnel très qualifié (scientifiques, ingénieurs...), des petites et moyennes entreprises innovantes, un environnement favorable, ont un avantage comparatif marqué, du moins durant les premières phases du cycle du produit. Une des clefs d'un développement maîtrisé au niveau local, régional, national, c'est la compétitivité qui passe par la mise en valeur des avantages comparatifs et par l'utilisation des technologies avancées, fussentelles importées. L'horizon international de fonctionnement de la recherche-développement peut être en contradiction avec l'échelle du développement économique et social souhaité par les régions d'accueil (chapitre II).

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CHAPITRE I

R-D, POLARISATION

ET DÉPOLARISATION

L'analyse de la polarisation préconisée par F. Perroux, reprise par les écoles américaines (Alonso, Friedman, Hansen...) et européennes (Boudeville, Davin, Hermansen, Hilhorst, Paelinck...) ainsi que les études sur les entreprises de R-D permettent de considérer la R-D comme une activité motrice, les entreprises de R-D et les entreprises ayant une activité régulière de R-D comme de possibles pôles de développement régional. La théorie du développement économique par en haut ou celle des pôles de développement est aujourd'hui contestée. Les pôles de croissance restent souvent des isolats et aggravent les inégalités régionales. L'observation de la dynamique spatiale des fonctions industrielles autorise à penser que les grands pôles semblent avoir perdu dans une large mesure leur attractivité sur les fonctions à main-d'œuvre très qualifiée (dont la R-D).

SECTION I - STRATÉGIE DE R-D DANS LES ENTREPRISES
Pour J.e. Perrin (1983), ce qui importe n'est pas le caractère d'activité de base de l'industrie polarisante, mais son aptitude à évoluer, sa complexité, la nature des technologies qu'elle incorpore. Les activités « quaternaires» comme la R-D peuvent promouvoir des polarisations durables. F. Perroux (1969) définit le pôle de développement comme une unité économique motrice ou un ensemble formé par de telles unités. Une unité simple ou complexe, une entreprise, une industrie, une combinaison d'industries, est motrice quand elle 17

exerce sur d'autres unités avec qui elle est en relations, des effets d'entraînement. Les effets d'entraînement s'exercent par les prix, par l'information et par les flux d'échanges de produits. C'est seulement quand la résultante de tous les efforts qu'elle engendre, notamment par les prix et l'information, est positive que l'unité est dite motrice dans un espace déterminé. Les modes d'action de l'unité motrice peuvent être classés à différents niveaux:
-

action par les prix, par les flux, par les anticipations, action de dominance, action de leadership, action sur les propensions keynésiennes à consommer, à action sur les propensions fondamentales à travailler et à actions concernant la croissance, le développement, les

épargner, à investir,
-

mnover,
-

progrès. Une industrie constitue un pôle de croissance quand, par les flux de produits et de revenus qui en dérivent, elle conditionne le développement et la croissance d'activités en liaison technique

avec elle - polarisation technique -, elle détermine la prospérité
du secteur tertiaire par la voie des revenus qu'elle engendre polarisation des revenus -, elle augmente le revenu régional en provoquant une concentration progressive d'activités nouvelles attirées par la perspective de disposer de facilités de productionpolarisation psychologique et géographique (L. Davin, 1964). Les laboratoires universitaires de recherche scientifique fondamentale, les centres industriels de recherche scientifique appliquée, les écoles techniques... constituent des pôles intellectuels de croissance. Les progrès technologiques entraînent une coopération interdisciplinaire et des liaisons entre l'université et l'industrie (polarisation de prestige). Cette infrastructure intellectuelle dans une région favorise l'installation d'activités nouvelles, puisqu'elles sont assurées d'y trouver un centre intellectuel progressiste, des institutions de recherche tournées vers les exigences fonctionnelles de demain, et des techniciens (exemple des Pays-Bas...). Dans le cas de pôles de croissance: sont réunies dans une région quelques activités motrices, dont l'action combinée permettra une hausse régulière du produit régional. Par ses répercussions sur les revenus et les consommations, cette croissance pourra attirer de nouvelles activités, de nouveaux services qui exercent un effet attractif sur les populations et sur les producteurs des zones environnantes. Mais si le développement de la région était bloqué par un certain nombre de freins (mentalités conservatrices, vieillissement démographique, absence de débouchés locaux; insuffisance de l'épargne locale, des infrastructures, 18

de l'encadrement; structures agraires inadaptées), il ne sera pas mis en route par la seule action du pôle de croissance. Le pôle de développement participe à l'élimination des obstacles, façonne une société nouvelle, ouvre la voie à de multiples innovations. Un processus cumulatif se met en place, qui conduit à l'amélioration continue de la situation. Toutefois, la R-D, en tant qu'activité du tertiaire moteur, ne correspond pas exactement au concept de l'industrie motrice de F. Perroux, « car son effet d'entraînement ne joue pas tellement par les relations techniques (1), mais plutôt par son rôle stratégique vis-à-vis des autres secteurs» (F. Martin in D. Savoie, A. Raynauld, 1986, p. 29). La firme motrice doit être de dimension assez grande. Elle doit appartenir à un secteur à croissance relativement rapide. La quantité et l'intensité des inter-relations avec les autres activités doivent être suffisamment fortes pour qu'un grand nombre d'effets induits soient transmis. Seules sont considérées comme motrices les firmes caractérisées par la nature de leur production, leur taux de croissance, leur taille, leur intensité capitalistique, leur capacité d'innovation et la diffusion de leurs produits parmi les autres industries (R. Gendarme, 1976, p. 84). Les enquêtes auprès des entreprises font ressortir ces caractéristiques dans les entreprises ayant une activité régulière de R-D.

~ 1) Caractéristiques des entreprises R-D
Dans le cas français, l'examen des résultats des enquêtes du Ministère de la Recherche et de la Technologie révèle que les entreprises qui ont une activité de R-D appartiennent principalement à un petit nombre de secteurs: fabrication de matériel électronique, d'équipements industriels, industries chimiques (chimie de base, pharmacie, parachimie), fabrication de matériel électrique et industrie automobile. Ces secteurs regroupent plus de la moitié des entreprises françaises de R-D. Les entreprises de R-D de la construction aérospatiale et de la fabrication de matériel informatique réalisent de très importants travaux de R-D. Les secteurs les plus dynamiques regroupent le plus grand nombre d'entreprises de R-D. La R-D est plutôt réalisée dans les grandes entreprises. Les entreprises de R-D emploient plus de capital par personne et plus de personnel qualifié que la moyenne des entreprises. Le ratio Immobilisations/Effectifs est plus important pour les entreprises de R-D que pour la moyenne des entreprises, et ce dans
(I) On ne peut mesurer complètement l'impact de ce tertiaire par les chiffres du multiplicateur que l'on pourrait tirer d'un tableau interindustriel. 19