REGARDS SUR UNE VIE PROFESSIONNELLE

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Ce livre réalisé au soir d'une vie professionnelle se veut comme un testament : il s'agit de transmettre, de léguer ce qui a fait la " passion " d'une vie, à savoir l'ardente obligation d'aider au développement des personnes, les collaborateurs de l'entreprise. Avant de présenter un modèle original opératoire pour analyser et accroître les compétences, l'auteur, se livre à une critique impitoyable des politiques managériales, notamment en matière de formation.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296289369
Nombre de pages : 136
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ROGER CHARLES

Regards sur une vie professionnelle

la passion de former

Postface

de Maurice

THEVENET

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest - HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino - Italie

@ L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-2522-8

AUTEURS
CHARLES Roger: Ingénieur CNAM ; ancien Directeur des affaires sociales de plusieurs sociétés industrielles. LE BOUËDEC Guy: Professeur émérite de l'Université Catholique de l'Ouest, Angers; formateur et consultant; membre du Laboratoire de Recherche en Éducation et Formation (LAREF). ROBIN Jean-Yves: Maître de Conférences en Sciences de l'éducation à l'Université Catholique de l'Ouest, Angers; membre du Laboratoire de recherche en Éducation et Formation (LAREF). THÉVENET Maurice: Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (chaire de gestion du personnel) et à l'École Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales (ESSEC).

Sommaire
Introd uction
PREMIERE PARTIE: VISAGES D'UNE PASSION

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CHAPITRE I - Petit diagnostic des grandes faiblesses des managers français CHAPITRE II - Quelques principes pour penser le développement du potentiel des hommes CHAPITRE III - Analyser et développer les compétences selon un modèle opératoire

DEUXIEME PARTIE:

GENESE D'UNE PASSION

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CHAPITRE I - Les années d'éducation CHAPITRE II - Les premiers pas professionnels CHAPITRE III - L'affirmation Conclusion Postface
Bibliographie.

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Tab le des matières

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Introduction

Guy Le BOUËDEC Jean-Yves ROBIN

Les coulisses d'une aventure
Le témoignage relaté dans cet ouvrage correspond au testament vocationnel et professionnel de Roger Charles qui fut, après une période technique, directeur des ressources humaines durant de nombreuses années dans plusieurs sociétés industrielles françaises.
La rédaction de ce livre a été partagée entre le narrateur (Roger Charles) et deux chercheurs en sciences sociales: Guy Le Bouëdec et Jean-Yves Robin.

Au cours de la première étape de ce travail, Roger Charles a livré le fruit de ses observations faites en situation de formateur ou réalisées à l'occasion de sa participation à des commissions d'études, des groupes de projets ou des comités de direction... Quant à l'élaboration du modèle proposé concernant les compétences, elle résulte à la fois d'une réflexion conduite par Roger sur ses pratiques ainsi que d'une documentation constituée par l'intéressé au fil du temps et qui fut de nombreuses fois analysée.

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Guy Le Bouëdec est intervenu dans un second temps, pour mettre en forme les constats, convictions et analyses formulés par Roger; ces données portent la marque d'un esprit incisif et elles sont finalisées par « la passion» qui anime Roger de développer le potentiel de chaque collaborateur. Jean-Yves Robin quant à lui, a reconstitué et structuré l'itinéraire personnel et professionnel de Roger avec comme fil conducteur, le proj et de faire ressortir les liens qui se tissent entre une histoire singulière et un patrimoine professionnel. La matière de ces pages a été recueillie au cours de nombreux interviews (un peu plus de 15 heures) : les élaborations successives qui en ont été faites ont toutes été soumises à Roger; souvent, elles ont été l'occasion d'approfondissements ou de rebondissements. Encore une remarque méthodologique: les trois acteurs cidessus se connaissent depuis quelque 25 ans, ils ont mené des chantiers ensemble et eu l'occasion d'échanges extra-professionnels féconds. Dans sa postface, Maurice Thévenet évoque une expérience similaire avec Roger. Que peut-on en déduire? « Dans une histoire de vie sociale (...), les échanges supposent l'établissement d'une relation dense et personnelle à part entière qui dépasse le jeu traditionnel des rôles sociaux enquêteur-enquêté (Pineau, Le Grand, 1993, p 113).» Cela pose évidemment quelques questions sur la nécessaire rigueur d'un travail scientifique: évoquons en quelques-unes1.
Quelques enjeux majeurs

Comme le lecteur pourra le constater, tout au long de sa vie professionnelle, Roger fut travaillé de l'intérieur par tout un héritage social et familial. Or, rares sont les chercheurs en sciences sociales qui prennent le risque d'écouter avec attention un tel discours « contaminé» par un certain nombre de valeurs. Procéder ainsi, c'est
1 On peut en trouver des développements dans: Jean-Yves Robin, Biographie professionnelle et formation. Quand des responsables se racontent, Paris, L'Harmattan, 2001.

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emprunter des chemins de traverse qui conduisent parfois à des impasses. Ce récit pourrait notamment se prêter à des interprétations trompeuses se concluant par cette sentence sans appel: il s'agit tous comptes faits d'un plaidoyer; celui-ci, s'il peut être recevable pour comprendre la logique d'un itinéraire personnel, l'est-il encore dans un projet scientifique? Cette remarque, par un certain côté des choses, est légitime. Il serait même naïf d'ignorer la pertinence de cette interpellation. Les défenseurs d'une rationalité scientifique positive y trouveraient des arguments leur permettant d'interroger le caractère militant de ce travail. Si cette posture était la seule avérée, il ne resterait plus alors qu'une solution: privilégier des démarches et des méthodes relevant de l'ingénierie pédagogique dont le caractère sécurisant, rationnel et aseptisé mettrait le formateur à l'abri de cette préjudiciable contamination. Mais, c'est oublier que tout être humain est pétri par une histoire et une mémoire. A vouloir l'ignorer, des entreprises ont perdu tout un capital. Par exemple, elles ne disposent plus aujourd'hui, pour un certain nombre d'entre elles, de traces permettant d'identifier les modes de gestion qui furent autrefois privilégiés dans le but de repérer et d'encadrer de hauts potentiels. Si ce témoignage sous forme de testament vocationnel et professionnel présente donc un intérêt pour tous ceux concernés par la gestion et la formation du personnel, c'est que ce récit s'inscrit de plain-pied dans le champ d'une recherche en sciences de l'éducation. Qu'est-ce à dire? Il est de la nature de cette discipline de s'aventurer sur le terrain de l'axiologie. Il est de fait inconcevable de penser la formation d'un homme sans annoncer explicitement ou suggérer implicitement une ambition éducative. Cette dernière ne se décline donc pas exclusivement sous forme d'objectifs. Elle se profile en fonction des fins que l'on poursuit. Les historiens des courants pédagogiques savent que l'éducateur engage son action au nom d'un certain nombre de valeurs mobilisatrices et fondatrices. Ce qui est vrai pour l'enfant l'est aussi lorsqu'il s'agit de penser la formation des adultes: le formateur, à l'image du pédagogue, est animé par des convictions ou,

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pour le moins, une anthropologie qui donne sens à ses initiatives et oriente son projet. Mais les sciences de l'éducation ne sont pas pour autant dénuées d'exigences méthodologiques, et la présente recherche, loin de les ignorer, les assume pleinement. Les convictions défendues par Roger Charles ne sont pas «décontextualisables ». Elles se nourrissent d'une expérience construite tout au long d'une pratique marquée par des incidents, des situations, des faits qui donnent un caractère probant et réaliste aux thèses défendues par l'auteur: Roger, pour avoir testé cet ouvrage auprès d'anciens collègues, s'est senti renforcé dans ses convictions; à la faveur de cette mutualisation des échanges, il a pressenti que la dimension singulière de son histoire rejoignait par un certain côté des choses l'universel. Pour autant, ces remarques ne mettent pas les chercheurs à l'abri d'une seconde critique. Guy Le Bouëdec et Jean-Yves Robin se seraient non seulement rendus complices d'un plaidoyer, mais ils auraient élaboré une hagiographie en relatant les qualités héroïques de Roger Charles. Ils se seraient ainsi rangés dans le camp d'une idéologie, celle du sujet. Ils n'auraient fait que traduire un mythe. Ils auraient accordé une importance primordiale aux propos du narrateur et accueilli en toute confiance l'interprétation qu'il donnait de son itinéraire. Procédant ainsi, auraient-ils adhéré à cette idée dangereuse qu'il est possible de résumer en quelques mots: les faits n'existent pas, ils dépendent exclusivement de la représentation que les acteurs s'en font? D'un point de vue méthodologique, cette posture serait en effet irrecevable. Au regard de l'éthique, elle serait condamnable car elle ouvre le chemin au « révisionnisme» qui en arrive à nier un certain nombre de données concrètes. C'est pourquoi, l'interprétation qui est naturellement présente dans ces pages n'est pas pour autant le produit d'un délire: elle s'appuie, redisons-le, sur des événements, des incidents, des situations, autant d'éléments qui mettent cette recherche à l'abri de l'accusation de roman psychologique.

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Ces débats épistémologiques voire déontologiques ne doivent pas masquer le véritable enjeu de ce livre. Il s'agit en fait de conserver à la faveur de cette publication un capital professionnel qui risque de disparaître dans les sables mouvants de l'oubli. Roger Charles n'a pas accepté de répondre positivement à l'invitation que nous lui avions faite dans le but de satisfaire une revendication narcissique. Sa discrétion, sa rigueur, son exigence l'éloignent spontanément des jeux de coulisses et de salon. S'il a voulu adopter cette posture intro et rétrospective, c'est parce qu'il était animé par le souci de transmettre un patrimoine symbolique. En cela, il rejoint peut-être sans le savoir, une vieille tradition éducative d'inspiration germanique: la Bildung. Celle-ci a connu ses heures de gloire avec le roman de formation. Georges LUKACS2 donne une définition: «c'est l 'histoire de cette en âme qui va dans le monde pour apprendre à se connaître, cherche des aventures pour s'éprouver en elles et, par cette preuve, donne sa mesure et découvre sa propre essence ». Mais c'est aussi, dans une visée éducative et formatrice, le moyen « d'offrir au lecteur un destin de référence, un patron biographique pour s'interroger sur sa propre histoire et sur l'état de sa propre Bildung3 ». C'est bien d'une entreprise semblable, dont il s'agit ici, avec Roger Charles. Cependant, si louable soit cette intention éducative rétorqueront certains, elle est vouée à l'échec. En effet, le monde change. A l'aube de ce troisième millénaire; force est de constater que nous vivons dans une culture de la prospective et non de l'héritage. La mondialisation des échanges, le métissage culturel, la nécessité d'un dialogue inter-religieux sont autant d'indicateurs objectifs qui légitiment ce diagnostic sociologique: plus rien n'est stable. Alors, pourquoi entretenir l'illusion désuète qui consiste à croire que les jeunes générations trouveront dans ce récit, et plus généralement dans le récit d'un autre, une source d'inspiration pour penser leur devenir professionnel voire personnel? Si l'on peut parler ici d'exemplarité, ce n'est
2 Georges Lukacs, Théorie du roman, Paris, Gonthier, 1963, p 85. 3 Christine Delory-Momberger, Le récit de vie, de la production à la réception, une éducation de soi, in : Le sens de l 'histoire. Moments d'une biographie, Paris, Antropos, 2001, p 26.

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donc pas dans le sens d'une reproduction à l'identique des standards de Roger; ce témoignage acquiert une vertu éducative, dès lors que chacun trouve dans cet itinéraire des ressorts pour interroger son parcours et penser son futur. Mais pour s'en convaincre, faut-il encore que formateurs et formés sortent du relativisme ambiant, abandonnent un certain nihilisme « à quoi bon puisque tout se vaut» en décidant sans illusion ni résignation d'emprunter le chemin de l'utopie. Certes, les apprenants sont aujourd'hui en souffrance. Ils apparaissent comme dissociés, fragmentés, confrontés à une nouvelle forme d'aliénation: «l'anarchie des valeurs ». Mais le formateur doit-il pour autant renoncer et décréter « la liquidité du sujet », si ce n'est sa liquidation? D'ailleurs, comment ce dernier peut-il se construire (se former) sur une telle fluidité? Le parti pris de ce livre est différent. L'ambition éducative consiste à renforcer chez l'apprenant une certaine forme de verticalité afin qu'il puisse tenir debout malgré les bourrasques et les intempéries auxquelles il sera inéluctablement confronté tout au long de sa carrière professionnelle. Or cette verticalité se construit dans le déploiement d'une horizontalité qui met en concert le passé et le futur. C'est en se reposant sur les ressources d'un patrimoine professionnel, culturel et spirituel qu'il est alors possible de dégager des horizons de sens pour un avenir dont formateurs et apprenants sont dès aujourd'hui responsables.
La passion de former

Le lecteur se rendra vite compte que le mot passion, pour caractériser l'engagement de Roger Charles dans le développement du potentiel de chacun, est le bien venu, et ce dans les deux sens du terme. En premier lieu, bien sûr, cette passion conduit Roger à mobiliser toutes ses ressources et notamment une volonté calme mais tenace, une conviction inébranlable qu'il sait faire partager; et aussi

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son souci d'intégrer les acquis d'une expérience soigneusement analysée, ainsi que les apports les plus significatifs des recherches actuelles ; et enfin sa préoccupation inlassable d'expérimenter jusques et y compris, dans les domaines les plus minutieux, comme par exemple, l'ordre de présentation des concepts ou des exercices d'entraînement4. En second lieu, Roger souffre - véritable passion - de se heurter en la matière à l'inconstance des managers, quand ce n'est pas à leur inconsistance; de se confronter aux effets dévastateurs des modes pédagogiques, ou à la négligence des formateurs qui ne comprennent pas la nécessité de capitaliser les acquis de leur expérience, tout préoccupés qu'ils sont d'être dans le vent, sinon dans le tourbillon des modes passagères. Plus globalement, Roger souffre du gâchis qui s'en suit aussi bien quant au développement du potentiel des personnes, que, par voie de conséquences, quant à un travail intelligent, efficace, constructif et donc épanouissant. Cette passion de former nous est apparue véritablement comme la ligne de crête sur laquelle Roger a marché tout au long de sa vie professionnelle.
Puisse-t-elle inviter au voyage managers et formateurs.

4 Le lecteur intéressé pourra trouver ces idées développées dans Guy Le Bouëdec (sous la direction de), Les défis de la formation continue, Paris, L'Harmattan, 1988. Roger Charles est l'un des co-auteurs de ce livre.

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