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Réinventer l'entrepreneuriat

De
187 pages
Créer son entreprise, fonder une coopérative, lancer une entreprise d'insertion... quelles ressemblances, mais aussi quelles différences ? Comment distinguer, repérer, modéliser, relier les trois logiques de ces engagements, leurs évolutions possibles voire leurs dérives évitables, mais aussi leurs coopérations réelles et leurs hybridations innovantes ? Et si ces trois dimensions tant éthiques que juridiques structuraient les relations à l'intérieur même de toute entreprise ?
Voir plus Voir moins

!"#$%#&% ( )%#& %* %#%+ ",&DUMEMEAUTEUR :
Aux éditions L'Harmattan
• Pour une écologiedu travailhumain. Travailetemploi:divorce ou
mutation ?préfaced’HuguesSibille, L’Harmattan,2008
• L’Association, image de la société, préface de HenryNoguès,
eL’Harmattan,2008 (2005), 2édition revueet augmentée
• LesSchémas, un langage transdisciplinaire, préface de Jean-Louis
LeMoigne, L’Harmattan,1999
Aux éditions duCREAHI
• Guidedel’action socialeetdu développement durable. Agenda 21
du social, en coll. avec Aurélie Lanquetotetgroupe ASDD, 2009,
83p.
• Le Travailsocial, un travaildeprojet; ingénieriessocialesà tous
les étages, LesCahiers duCREAHI,n°11,2005,50p.
• Guided’évaluation de la qualité et desbonnespratiquespour les
établissements sociaux et médico-sociaux,1998,72p.,v-6
• Guide pratique de la fonction tutorale,PROMOFAF,1996,96p.
Aux éditions LesChemins deCharentes
• LesChemins de Charentes, guide de l'animation, desressources et
des possibilités, en collaboration avecJ.-F.Poussard et A. Labat,1978MichelADAM
RÉINVENTER
L’ENTREPRENEURIAT
Pour soi, pour nous,pour eux
PréfacedeClaudeAlphandéryLa photodecouverture estunrepas de créateursetdecréatrices d’entrepriseslors
ede la 5assembléegénéraledelaboutique de gestionÉpicentreà La Clairière
(Charente-Maritime) en juin 1985.
©L’Harmattan, 2009
5-7, ruedel’Ecolepolytechnique;75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-09902- 9
EAN: 9782296099029À André C. compagnon de l’après-mai 68,
fondateur du café-restaurant Le Petit Gavroche,
mon premier modèle d’entrepreneur différent.
À Sophie, ma femme, pour nos premiers pas
si candides, il y a longtemps,
sur les chemins d’une économie de coopération.
À Henri Desroches, penseur et mémoire
de l’économie sociale sur deux siècles,
rencontré en 1989 à l’université d’été du CJDES
qui m’a incité à publier l’idée centrale
de ce livre.Préface
Le voyage auquelMichel Adam nous convieest celuid’un historien,
d’un homme de terrain et d’un sociologue qui observe et analyse la
complexité de l’entreprise sansa priori réducteur.
Ce livre passionnant estportépar une doubletrilogie. Celledeson
1titre, Trois Chemins pour entreprendre et qui convergent:« créer mon
entreprise pour moi» (primauté de l’individu)–« créer notre entreprise
pour nous » (direction collective)–créer leur entreprise pour eux (action
sociale)–et celle de son écriture.
Celle-ci s’exprime de façon historiqueen nous montrant le
cheminement et la coexistence pendantdeux siècles de ces trois
approches de l’entreprise.
Elle nous raconte desexpériences frappantes, exemplaires, stimulantes
de croisement de ces troisfaçons de créer de la valeur pour soi, avec les
autres, pour les autres et l’extraordinairedynamisme de transformation
dégagéelorsque ce croisement se réalise.
Elle prend un tour idéologique en réfléchissant sur les fondementsde
ces expérienceset sur leurs traits marquants:
–une certaine forme de gouvernanc e qui détermineles rapports
internesà l’entreprise dans l’exercice du pouvoir d’expression et
de décision et sesrapportsexternesavecl’environnementnaturel
et social;
1
Titrelégèrement modifiédepuisla rédaction de cette préface
7PRÉFACE
–une mutation psychologique quidétermine les comportements vis-
à-vis de l’argent et la nature des relationsavec lesautres.
Ce livre revêtune importance particulièreau momentoù nous
traversons une crisequi ne tirepas son origine du seul dérèglementdu
système bancaire, de l’opacité desmarchés financiers mais de la tyrannie
d’un modèle se prétendant unique de l’entreprise engagée dans une course
effrénée, démesurée vers le profit.
Nous ne sortirons pasindemnes de cettecrise. Le risque de retrouver
les déséquilibresécologiquesetsociaux qui l’ont provoquéepeutnous
conduire à de terribles régressionséconomiques, sociales, démocratiques.
Il existe heureusementdes contre-courantsque ce livre observe et
analyse, desmutations de plus en plus nombreuses sociales et solidaires
mais qui reposentsur une gestion économique rigoureuse et sur la
responsabilité d’individus fortement motivés.
Cesinitiatives conjuguent au départ un projet économique de
production de biensou de services et un projet éthique de répondreà
l’intérêt général, souventàdes besoinsinsatisfaits. Ce doubleobjet socio-
économique obligeà trouver desformes d’organisation du travail, des
modesdegouvernance, desméthodesdeformation innovantes et souvent
descréneaux d’activité originaux.
Elles ne constituentpas, nous ditMichel Adam, une réponsetotale,
une formeuniqued’entreprendre;elles sont étroitementliéestantau
marchéqu’aux pouvoirs publics. De l’État et descollectivités
territoriales, elles tirent différentesformes de soutien, mais elles tiennent
àgarder leur responsabilitéetune grande souplesse d’intervention. Avec
le marché, elles entretiennent de multiples échangesenqualité de
fournisseurs, de clientes, de concurrentes, voire de co-traitantestout en
gardant leurs propres valeurs.
Le lecteur estconduitdansun cheminementqui prend en compte la
complexitédel’acte d’entreprendre, lestensions induites par l’alliance de
contraintes économiquesetd’exigences sociales, par une conduite
démocratique et collectiven’excluantpas maisrenforçantl’efficacité.
8RÉINVENTER L’ENTREPRENEURIAT
Loin de diaboliser la concurrence, Michel Adam chercheà la placer au
sein d’un processus de coopération.
Il yasansdouteune part d’utopiedanscet«entreprendrepour tous »
tantlasociétéest imprégnée de l’idéologiedu profit individuel et
immédiat.Mais, quand on lit dans le livre de Michel Adam le
remarquable essor desinitiatives solidaires, on esten droitd’espérer et on
se sent le devoir d’agir pour que ces expériences élargissent leur champet
leur influenceetpour qu’elles s’inscrivent largementetdurablementdans
une économie plurielle, dégagée de la seule finalité du profit.
Claude Alphandéry,
président du Conseil national de l’insertion
par l’activitééconomique (CNIAE)
9Introduction
Si tu necherches pas l’inespéré,tu ne letrouveras pas.
Héraclite.
C’esten considérant leschoses dans leur genèse
qu’on en acquiertune meilleureintelligence
Aristote.
Quel plaisir contrastéque celuidu tempsprésent. La cupidité
dévastatricesemble baisser un peu la garde, crises obligent, le désir de
fraternité et son besoin réapparaissent et mêmeles médias les plus
obséquieux leur font un peu de place. Un bonheur ne vientjamais seul,
1dit-on, RégisDebray publie cesjours-ciun livre sur ce sujetqui me
travaille depuisvingt ansquand j’esquissais le modèle destrois«pour »
devant Henri Desroche àPort d’Albretlors de l’universitéd’été du
CJDES. La fraternité y tientune place majeure, mais non exclusive. Cette
fraternité enrichit l’économie sociale, campée strictement– et en partie
fictivement– sur l’égalitédes droits statutaires, elle la fait plus solidaire
et plus diverse, plus complexeetplusattirante... pour ceux qui n’y sont
pas.Encorefaut-ilqu’elle lecomprenne.Précisonsnotreprojet.
Le présent livre poursuitetprolongelaréflexion engagéedansletome
2précédent Pour uneécologiedu travailhumain,en se centrant sur un
type particulier de travail.Àsavoir ce phénomèneétonnant qu’est la
création d’entreprise, une doubleaction, celle de fairenaîtreune
entreprise et celledecommencer dans l’emploi un travailqui sera le
métier de cette organisation naissante, sa production de biensou de
services!Cela senommeentreprendre.
Notredémarcheamontré dans le premier tome que le créateur
d’entreprise estun transformateur de travail en emploi, dont le sien la
plupart du temps. Cettecréation suit desvoies très variées quenous
explorons dans ce second tome. Au-delà d’unedéfinitionofficielle
3réductrice nous entendons par entreprise un lieu où du travailcréedela
richesse en se transformanten emploi, quelque soit le statut privé ou
1
Le Moment Fraternité,Régis Debray,Gallimard,2009.
2
TravailetEmploi:divorce ou mutation ?,MichelAdam,L’Harmattan,2008.
3
Etd’originepatronale: cellesduMedefoudel’Insee.Maisl’entreprisen’estpasleseullie u
oùl’on entreprend,commelemontreranotrechapitre7.
11INTRODUCTION
4public de cetteorganisation. Les enjeux sémantiquessont lespremiers
enjeuxdetoutchangement,leregardprécèdel’agir...
Travailler,est-cetoujours entreprendre?Tout travailest projet ou du
moinsnaîtd’une intention, même dans la répétitiond’un trajetmillefois
accompli. Mais entreprendre supposeune initiativeinédite de la part de
5son auteur , un acte premier, aux formes imprévisibles. Les innombrables
formes que prend le travailsedéploient dans un continuum large,depuis
les travaux les plus quotidiens au sein d’un cadre banal, l’emploietla
maison pour ne citer que les plus prégnants, jusqu’à la création solitaire
ou collective, la fondation et l’apparitionprogressive d’un nouveau lieu
detravail,denouveauxobjetsmatérielsetimmatériels,quenousappelons
aujourd’hui une entreprise. Entreprendrepeutaussi prendrecorps par
l’engagementdansune aventure extrême, par l’accomplissement d’un
défi,paruneconfrontationmajeureaurisquede savie.Le sensdumotest
vaste, nous le questionnerons. Processusetrésultatinédits àlafois,
«l’entre-prise» tireson nom d’une histoire guerrièreetjuridique avant
6que commerciale, étudiée par HélèneVérin , et celan’est passans
conséquence.
Créer de l’emploi ou créer sonemploi ?
Les processusdecréation d’entreprise sont aujourd’huimieux connus,
ce qui n’étaitpas le cas ilyatrenteans lors de la création desboutiques
7de gestion. Par contre, les processusdecréation d’emploisont d’une
multiplicitéfortemaismoins repérée,ilsnesupposentpas nécessairement
la création d’une entreprise, ilsmatérialisent parfoislamiseen œuvre
d’une capacitéàimaginer un emploipossible– et désirable– et à
convaincreunemployeurpublicouprivédecréercetemploi.
Quiest alors le créateur? Ça n’est pasuniquementl’employeur, il y a
en fait co-création de l’emploi visé par l’un et acceptépar l’autre. Nous
présenterons quelquesexemplesdeces événements moinsrares qu’ilne
semble àpremièrevue.Larégénération d’une entreprise qui allait
4
«Etsil’onreconnaissait que l’entreprise n’estpas seulementl’outil d’une société de capitaux
au service du rendementfinancier?»,écrit GérardBarras,co-fondateur de la coopérative
Ardelaineet duvillagecoopératifLeViel Audo n
5
Mêmesi elleestrépétitiond’unfaitdéjàmatérialiséailleurs.
6
Entrepreneurs,Entreprise,histoired’une idée,HélèneVérin,PUF,1982.
7
Quiauraientdûs’appeler plus justement boutiquesd’aideàlacréation, et àlaquelle j’ai
participéactivement.
12RÉINVENTERL’ENTREPRENEURIAT
disparaître par un entreprenant nouveauàsabarre relève égalementde
notre étude. De l’inédit surgit, appuyésur de l’ancien qui l’irrigue, fait
résurgence, le supporteetleconditionneàlafois. Nous avons pu vivre
une expérience de ce type,les enseignementsensont forts. Le travail en
estsouvent profondément bouleversé, tant le contenantest changé…
malgréetcontrecequiensubsiste souterrainement.
Untravail captivant dansunemploi différent
L’aspirationàs’investir dans un emploimotivant, donclargementà
façonner soi-même, étaitdéjààl’œuvre–ou plutôt renaissait–en 1977
8quand Pierre Rosanvallon et Patrick Viveretécrivaient :«Il n’est pas
exagérédedirequ’une aspiration forte à l’entreprise–au sens fort du
terme –est en train d’apparaîtresocialement aujourd’hui comme
alternativeà la crisedu militantisme (quiestleurobjet d’étude) [...]. Il ne
faut pascraindre de dire que l’aspirationàl’autogestion estinséparable
d’une réhabilitation, d’uneextension et d’une socialisation de la fonction
d’entrepreneur dansla société…»Lestroistermessontessentiels etnous
les développerons dans ce deuxièmetomeen montrant les acteurs de
chacune de ces dimensions, et notammentles boutiquesdegestion, puis
lesclubsdecréateurs,lescigalesetplustardl’ADIE.
Nosdeux auteurs avaientvu juste: le colloque desnouveaux
entrepreneurs organisé par la revue Autrement en novembre1979àLille
connaîtraun très grand succès moinsdedeux ansplustard, engendrantla
naissancedes boutiquesdegestion (les BG) et la reconnaissance, puisle
développement, de nouvelles entreprisesalternatives, commenous le
racontons au chapitre 2. Ilsajoutaientun peu plus loin:«C’est pourquoi
on ne peut réhabiliter la notion d’entreprise qu’en l’élargissant.»
Perspective visionnaireetdefineobservation àlafoisnous
développeronslesconséquencesde cette visionquenouspartageons.
Et si chacun créait son emploi?Cetitred’un numéro historiquedela
revue Autrement était aussi une injonction de Raymond Barre en 1979,
premier ministreà la recherchedesolutions miracles pour endiguerle
chômageenplein essor. Il correspondait en partie ànos aspirations
d’alors,illuimanquaitladimensioncollectiveissuede Mai68.
La transformation du travailen emploiconstituel’objet de ce livre.
Mais les moyens, les voies de cettetransformation sont innombrables. La
8
Pour une nouvelleculturepolitique,LeSeuil,1977,p.124-125.
13INTRODUCTION
plus connue d’entre elles s’appellelacréation d’entreprise, fût-elle sa
propre entreprise sans salarié, soit ce qu’on nomme l’auto-emploietplus
récemmentl’auto-entrepreneur.
Maisilenexistebiend’autresauxquellesnousnousintéresseronsaussi
car celuiqui accomplitcette transformation esttoujours un entreprenant,
il fait œuvre de création et d’initiativeetson profil(si tant estqu’on
puisse parler de profil) ressemble àceux desentrepreneurs plus
«classiques».
Les formes de travailcomportantrisqueetincertitude,s’étendent
9jusqu’à l’acte médical. «Soigner, écrit Canguilhem , c’esttoujours, à
quelque degré, décider d’entreprendre,au profitdelavie, quelque
expérience.» Chercheurs (médecins) et entrepreneurs partagentdes
10pointscommuns,nousmontreBernadetteAumont .
Sans oublier cetespaced’un travaillibrementchoisi, parcequ’en
dehors de l’emploi qu’est la vieassociativeetlacréation ou la direction
bénévoled’uneassociation. Compensation parfoisd’une mauvaisequalité
d’emploietd’un travailpluscontraignant (tripalium et labor)
qu’épanouissant (opera et opus du tome 1), l’association estun lieu de
réalisation de projets multiples, de très grande qualitéparfois, même s’ils
11ne débouchent pastoujours sur l’emploi . Nous présenterons des
exemplesdeceglissement progressif qui va du bénévolatàl’emploi,
tordant le cou au passage àcepréjugé tenaceque le bénévolat
empêcheraitlacréation d’emploi; alors que souvent il le précèdeet
l’engendre.
Le lentcheminement de la naissance d’unlivre
Notrephilosophiepersonnelledel’action, concrète commeabstraite,
tienten quelquesmots: «pas de doublon». Nous n’avons pasvoulu
12refaireici ou analyser la thèsed’Henri Le Marois sur les entrepreneurs,
ni une étude desqualités du créateur même si nous en parlons chemin
faisant.
9 «Thérapeutique,expérimentation,responsabilité»,in Études…,Vrin,1994,p.391.
10
L’Acted’apprendre,BernadetteAumont,Pierre-MarieMesnier,Puf,1992.
11
Une association sur sixest employeur,soit160000environ sur un milliond’associations
actives.
12
Co-fondateurdesboutiquesdegestionetrepreneurdelaSCOPMarketubedansleNord.
14RÉINVENTERL’ENTREPRENEURIAT
Ce livre n’est pasnon plus un manueldecréation ou de pilotage de
l’entreprise, ni une approchephilosophique du bonheur d’entreprendre
13que célèbre le beau livre du cabinet Polynôme préfacé et supervisépar
Robert Mishrahi. Raconter sa genèse devientalors une autrefaçon d’en
précisersonprojet.
Àpartir du milieu desannées 1980, de colloquesenréunions, de
tribunesen éditoriaux, tout un chacun opposait sans cesse et sans aucune
rigueur«l’économique» et«lesocial».Par ailleurs, l’utilisation floueet
14contradictoireduterme économie sociale qui venait de ressurgir ajoutait
àlaconfusion ambiante:leregroupementnationaldes coopératives, des
mutuelles et desassociations (leGNCMA) s’étaitqualifiéen 1980
15d’économie sociale, retrouvantlescheminsouvertspar Frédéric Le Play
et Charles Gide, tandisque desconseilsgénérauxàmajorité centriste ou
16de droite créaientdes entreprisesd’insertion intitulées «Association
départementale pour uneéconomie sociale»! Doublesensdumot social
quiconfondait solidaritéetassistance.
Mon irritation fut bénéfique, car engagé dès1986 dans le Centre des
jeunesdirigeantsdel’économie sociale(CJDES), ellem’a poussé très tôt
àréfléchir plus sérieusementsur la nature desrapports au champ
économique qui se nouaientpour lescréateurs d’entreprisesdifférentes
quejerencontraisetdontje faisaispartie.
En effet, en 1972 nous fondons un cinéclub associatif et militant de La
Curieuse Bobine,qui permet de regrouper un premier noyau de porteurs
de«changer la vie», créateurs potentiels d’entreprises ditesalternatives
et aujourd’hui qualifiées de solidaires. La mayonnaiseprend:ma
compagne fondeen 1974 la librairie différente Le TexteLibre, puissur la
lancée, nous créons la Coopérativedel’Âge d’or, société anonyme (SA)
de 80 consommateurs en 1975 pour lancer et gérer le café-restaurant Le
17Pasd’côté .Fin 1979, je suis impliqué dans la création d’ÉPISCOPE,
SCOP SARLd’ingénieursmilitantsetdesajumelleÉPICENTREunedes
premières boutiquesdegestion. Toutes entreprisesdanslesquelles je
travaillerai, du bénévolat au salariat et la géranceen passant par l’emploi
13
Le Bonheurd’entreprendre,sousladirectiondeR.Mishrahi,EncreMarine,2003.
14
Sousl’impulsiondeMichel Rocard et FrançoisSoulage,unenouvellecharteparaîten1980.
15
Tropoubliéaujourd’huimalgréletravaildeBernardKalaora.
16
En Charente-Maritimeou en Ile-et-Vilaine,parexemple.
17
Ens’inspirantdel’utopique An 01deGébé,toutunprogramme…
15INTRODUCTION
au noir... En 1984, je participeà la créationdeLUDIA, une SARL
classique de jeux vidéos dans un partenariat avec la SCOP TEN fondée
par Claude Neuschwander, et nous fondons le réseau nationalde
consultants CEDREen1985, qui rassemble une demi-douzaine de
structuresdeconseils et d’étudesdont TENetses antennesrégionales,
TRIEL, EPISCOPE, EPICENTRE, ESPACE, E2I, etc.Àpartir de 1985,
je participeactivement àlacréationdel’ADRESSE, association
intermédiaire,puisd’ETAPE entreprise d’insertion, d’ACCORDS
chantier d’insertion, soit un groupe devenu aujourd’hui un ensemblier de
troisentreprisesàdirectionunique.
Le besoin était grand pour moid’y voir plus clairsur tous ceschemins
qui nous avaientmenésàRome, l’entreprise, lieu où l’on entreprend. En
mars1980, le mensuel L’Expansionavaittitréà la une de sa couverture :
«Les gauchistes découvrentl’entreprise»! Avec nos photosàl’intérieur,
Antenne 2 et Le Monde desinitiatives nous avaientgratifiés d’un
reportage stimulant.
Àcetteépoque,nourrideslecturesdeBateson,del’écolede PaloAlto,
de Lupasco, d’Edgar Morin, de Jean-Louis Le Moigne, despenseurs de
18l’approche systémiqueetdu «tiersinclus », ma conception d’une
relation binaireetd’opposition entrel’économie privéeetl’économie
sociale, qui épousait la vision traditionnelle de l’oppositionentre
l’économique et le social, avaitcommencéàévoluer. Desapprochesplus
ternaires émergeaientqui m’ont inspiréun modèleàlafoisdoux et plus
descriptif de ma réalité vécue, quecetexte présente. Lapremièreesquisse
avait la formed’un schéma fondateur et générique commencé dans le
cadre d’un DESSàParis-XII sur l’ingénierie desressources humaines et le
19développementlocal en juin 1988 . Ce schémaaensuite étéprésenté
avec un écho favorableàHenri Desroche,pionnier de l’économie sociale,
étaitvenu narrer avec passion son ouvrage Histoiresd’économies
20sociales à Port-Albretpourl’universitéd’étéduCJDESen1989.Ilavait
appréciécettevision tripolaireouvertefavorisant lesmétissagesou du
moinsleurrecherche. Qu’ilen soit remerciéàtitreposthume. Le premier
jetduprésenttextefutalorsécritd’octobre1989àmars1990.
18
DontleprécurseurAlfred Von Korzybski,mathématicienpolonais émigréauxUSA.
19
Lesujetaétérefuséparl’undesdirigeantsdela formation,hostileàl’approchesystémique!
20
Leplurielesttrèsimportantmaisilaététrèsviteoublié...
16RÉINVENTERL’ENTREPRENEURIAT
Je n’avais pasencore rencontré le travailde Karl Polyanietl’approche
de Jean-LouisLaville sur les troispôles de l’économie solidaire, en belle
résonanceavecmonapproche…Etquil’ontrenforcé danssapertinence.
Le modèle ternairefut présenté en octobre1996 devant le Collègede
prospective de Poitou-Charentes fondé par Jean-Pierre Raffarin, qui le
trouva intéressant. Car je venais de fonder avec JamesRenaud de la
21CFDT, IRIS , le nom attractif donné àl’Union régionalePoitou-
Charentes desstructuresd’insertion parl’activité économique, soit un
réseau d’une centained’entreprisesd’insertion et d’associations
intermédiairesdetypestrèsdivers. IRIS estdevenue alors une entreprise
associativeau service de ses80 adhérents. Son impactfortnousavalu de
nombreusesinvitations.
L’approchedusujet decelivre s’est faiteentroistemps:
–d’abord en relisantsur lesdeuxdernierssiècles, l’histoire du
rapportdesêtreshumainsàla dimensionéconomique deleurréalité;
–puisà partir de mon expérience de créateur de différentstypes
d’entreprise,enimaginant etconstruisantun modèle simplequi permet de
caractériser ces différents typesetd’en tirer de nombreux enseignements
tantpratiquesqueconceptuels;
–enfinenquestionnantlemodèledansd’autreschamps.
Historiquement, ce deuxièmetomed’une écologiedutravail humain a
donc été commencé longtempsavant le précédent. Mon implication
seconde dans les entreprisesdel’insertion parletravail m’aaidéà
modéliser lesrapportsentre travailetemploi, objet du tome précédent, en
les distinguant et en lesrelianttouràtour, puisà reliremon implication
premièredecréateurd’entreprise etdecomprendrequ’unentrepreneurest
celuiquitransformedutravail,le sienpuisceluidesautres,enemplois.
Ilm’aparualorsplusjustifiédecommencerparunecompréhensiondu
travailetdeses rapportscomplexesàson contenantleplusimpliquant,
l’emploi, avantdem’intéresser aux créateurs de cetteréalité originale et
complexe, l’entreprise. Acteurs et auteurs d’une transmutation du travail
en emploi-travail, pour le meilleur et pour le pire... J’ai pu vérifier parlà
que la logiquedelaformation d’une pensée emprunte d’autres chemins
que salogiqued’expositionpédagogique.
21
Initiativerégionalepourl’insertionetlasolidarité.
17INTRODUCTION
Le planduvoyage aupaysde l’entreprendre
Àtout seigneurtout honneur.Nous présentons d’abord au chapitre 1 la
naissancedenotre thèmefondateur, les troischeminsversl’entreprise et
le modèle ternaire«simple» qui en résulte. Puis au chapitre2 la
luxuriante histoire desentreprises alternatives, depuisl’utopiepolitique la
plus radicale jusqu’aux volontés de transformation despratiques
économiquesdanslemonde d’ici pour uneeutopie(oui eutopie, le bon
lieu)réalisable.Refaisantainsilestrajetsetlesdébatsdescoopérativesdu
e
XIX siècle...
Il devientalors possibledequestionner lesdéclinaisons du modèle et
sescombinaisons tantinternesqu’externes, ce que fait le chapitre3
véritable cœur de notre travail. Le chapitre 4 racontelanaissanceetles
dixpremièresannéesdesboutiquesdegestion,cesentreprisescrééespour
aideràlacréation d’autresentreprisesoutils actuels (àl’époque) pour une
économie différenteetqui sont devenuesdes outils différentset
performantsdansl’économieactuelle.
Revenant sur le modèle, nous découvrons au chapitre 5 son intérêt
commeclé de lecture du fonctionnementinterne de touteentreprise et par
conséquencesadimension hologrammatique. Le chapitre6 nous emmène
ensuiteàladécouverte despratiquesd’insertion dans l’emploi par le
travail– et non plus par l’écoleou la formation présentielle– mettantà
jour la dimension formatrice et régénérantedu travaildansdesconditions
favorables etàfavoriser. Desemployeurs d’un type nouveau sont néslà
aussi, ils se veulentformateurs et acteursd’un développement durable
orienté emploi. Notretomeprécédent enatraité y comprisdansles effets
prometteursde cesdémarches.
Au dernier chapitre, nous élargirons la réflexion sur l’entreprendre en
nous questionnant sur sesdimensions si nombreuses, sa nécessité vitale,
la multiplicité desformes qu’ilpeutprendre et le besoin d’une nouvelle
22culture qui luifasse pleinementdroitsanslefaire automatiquementroi .
La devise initiale desboutiquesdegestion était«l’économie sanctionne
mais ne dirige pas.» La crisefinancièremondialelui rend un hommage
négatif particulièrementappuyé. Et l’entreprendre revisite le concept
même d’économie autantque celuidutravail. La conclusion proposeune
22
Cette mutation que lessocialistesn’ont passufaire en 1981dansnotre pays;ils ontencensé
l’entrepriseàl’anciennesansl’aideràchanger.
18