Sortir du harcèlement moral

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Comment lutter contre le phénomène du harcèlement moral au travail pour se protéger et faire valoir ses droits? Comment lutter pour le stopper et le vaincre ? Cet ouvrage, par les éclairages d'une vingtaine de personnalités, s'adresse tant aux personnes qui se sentent victimes qu'aux autres publics concernés : employeurs, managers, préventeurs, médecins, avocats, médiateurs. Ces experts recommandent des idées, des postures et des outils concrets qui aideront à mieux se battre contre le harcèlement moral au travail.
Publié le : vendredi 1 mai 2015
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EAN13 : 9782336376004
Nombre de pages : 226
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Sous la direction de Guy Sallat
Sortir du harcèlement moral Conseils d’experts
PréFace du Sénateur Alain Milon, Président de la commission des afaires sociales du Sénat
Sortir duharcèlement moral Conseils d’experts
Sous la direction de Guy Sallat
SORTIR DUHARCELEMENT MORAL
Conseils d’experts
Préface d’Alain Milon
L’Harmattan
DU MEME AUTEUR « Analyse des facteurs devant conduire à l’évolution du droit international public », centre d’études diplomatiques et stratégiques, 1997. « Ingénierie et réingénierie du plan défense deuxième chance », UniversitéFrançois Rabelais, 2006. « Décider en stratège : la voie de la performance », L’Harmattan, 2013. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06060-6 EAN : 9782343060606
PRÉFACE DE ALAIN MILON, Sénateur, médecin, Président de la Commission des Affaires Sociales du Sénat Il a fallu attendre la loi du 17 janvier 2002 pour que soit reconnu légalement le harcèlement moral au travail et qu’il soit pénalement répréhensible. Cette loi définit le harcèlement moral commequi ont« un ensemble d’agissements répétés pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salarié et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ». Par-delà la définition légale qui confère un socle juridique à une sanction et une reconnaissance du statut de victime, il est important, me semble-t-il, de relever la dimensionprotéiformedu harcèlement moral : a priori l’acception très large de cette définition, qu’un certain nombre d’exigences vient aussitôt contrebalancer, restreint considérablement les possibilités de prouver la constitution du délit et renforce l’impunité de l’auteur du délit. En effet, la juxtaposition de conditions cumulatives rend la preuve aussi complexe à établir que le contenu du délit lui-même. En effet pour qu’il y ait harcèlement, il faut non seulement un ensemble d’agissements, mais également répétitions de ceux-ci. Si ces agissements doivent être pluriels peuvent-ils être singuliers ou faut-il qu’ils soient divers ? La répétition s’inscrit dans quelle durée ? Quel est le laps de temps nécessairepour qu’une personne voie sa santé altérée ? Chaque individu n’a pas nécessairement la même capacité à accepter, à endurer. Le harcèlement devient-il un délitsubjectif aux contours incertains ou présente-t-il malgré tout une dimension objective ? Dans cette relation qui liele harceleuret leharcelé, se pose également la question du profil psychologique de l’un et de l’autre. Quel est le degré de conscience du phénomène de part et d’autre. C’est d’ailleurs cette dimension bilatérale qui rend larévélationdifficile puisque les autres ne sont pas soumis à ce comportement humiliant, comment peuvent-ils en juger ? Par ignorance, de bonne foi, ou pour éviter les complications, la loi du silence s’impose, l’omertarègne d’autant que le harceleur a, comme tout individu, plusieurs facettes qui peuvent dissimuler ce comportement répréhensible et altérer le jugement ou l’objectivité de l’entourage. Dans ce contexte, comment la victime peut-elle se faire entendre ? Commentoser parlersans susciter la raillerie ou, pire encore, la négation de ce que l’on vit, donc de ce que l’on est ? Aux agissements concrets, vient s’ajouter le doute, les questionnements, la perte de confiance notamment en soi, la perte de repère de ce qui est acceptable de ce qui ne l’est pas. Mais à l’inverse, pour certains, la menace du procès pour harcèlement est brandie comme une réponsemagiqueface à leur propre incurie.
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Chaque observation soulignant un manquement, une incompétence ou une insuffisance est aussitôt transformée en harcèlement et la victimisation se présente alors comme un rempart salvateur, face à une difficulté à s’intégrer et à accepter le fonctionnement du groupe. Entre vraie souffrance et excuse facile, le harcèlement moral au travail est parfois bien difficile à déceler. Le harcèlement nécessite sans doute l’exercice d’un ascendant, mais pas nécessairement d’une autorité. C’est bien là encore une difficulté supplémentaire pour le reconnaître, l’évaluer, le sanctionner. Si le harcèlement fait partie intégrante des risques psychosociaux (RPS), le champ des RPS est plus vaste. Ils revêtent d’autres formes de souffrance qui ne sont pas nécessairement infligées volontairement par une personne ou un groupe. En effet, les mécanismes du harcèlement moral peuvent être l’objet de plusieurs auteurs, ils peuvent être le fait de la hiérarchie ou de collègues et ils nécessitent parfois l’intervention d’une tierce personne pour y mettre un terme ce qui n’est pas forcément le cas des RPS. À travers ces quelques propos, au demeurant bien généraux, on mesure toute la dimension du harcèlement moral et l’étendue de ses conséquences humaines et psychologiques, en premier lieu, mais également sociales et économiques. C’est pour cette raison que l’ouvrage collectif« lutter contre le harcèlement moral au travail : conseil d’experts »dirigé par Guy Sallat revêt un réel intérêt dans son approche pluridisciplinaire. La confrontation des opinions, des expériences et des savoirs ne peut que contribuer à favoriser une meilleure connaissance d’un phénomène encore tabou et qui engendre pourtant des blessures difficiles, impossibles à panser. Lorsque le silence laissera place aux mots, Lorsque la culpabilité s’effacera, Lorsque le sentiment d’impunité disparaîtra, Lorsque la conscience de l’Autre triomphera de la toute-puissance de soi, Alors, peut-être, Alors sans doute, Le harcèlement moral deviendra un délit comme un autre plus aisé à sanctionner, car plus facile à repérer. Puisse cet ouvrage faire avancer les mentalités et progresser le Droit. C’est plus qu’un souhait ; de ma part c’est une conviction. Alain Milon
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INTRODUCTION
En 2014, au cours d’une séance de dédicace de mon ouvrage :« Décider en stratège : la voie de la performance » au Salon du livre de Paris, je fais la connaissance de Jean- Michel. L’homme paraît taraudé par les problèmes et un peuau bout du rouleau. Il va m’entretenir longuement pour trouver la manière dont il pourrait sortir, sans trop de dégâts, de la situation professionnelle assez inextricable dans laquelle il se trouve. Ce jeune cadre moyen travaillant dans l’industrie pharmaceutique est pris en étau entre un directeur d’établissement démagogue, des collaborateurs sournois et des subordonnés ayant si bien compris ces divisions de l’étage de la gouvernance qu’ils en jouent systématiquement pour prendre des libertés sur les horaires, l’application des règles de sécurité ou le respect des objectifs fixés par la direction… Dans sa voix je perçois des petits trémolos de fébrilité, comme s’il était à deux doigts d’en venir aux larmes ou qu’il allait enfin s’avouer qu’il fait unburn-out. Je lui conseille de mettre en application un certain nombre de principes stratégiques que je développe dans mon ouvrage. Il me fait comprendre que ses soucis professionnels ont probablement provoqué indirectement sa séparation tout comme l’incompréhension de ses enfants ou le rejet de certains de ses amis. Du coup, sa situation financière bat également de l’aile. Il est devenu le spectateur impuissant de l’effondrement de sa propre vie. La conversation se prolonge, il insiste. Je lui esquisse un plan d’action simple pour sortir de l’ornière, cochant sur le sommaire de mon livre les paragraphes à lire impérativement comme on établirait une ordonnance en fin de consultation médicale. Sa maladie n’est pas dans le corps, mais à la fois dans l’âme et dans la recherche de solutions. Il est perdu, pris entre le marteau et l’enclume du harcèlement. Je lui fais mes dernières recommandations :« Et surtout, adaptez bien ces principes à votre situation, surtout raisonnez avec la tête, ne vous laissez pas influencer par autre chose ! ».Quelques mois plus tard, Jean-Michel m’envoie un courriel. Il m’apprend que, non seulement il est tiré d’affaire professionnellement, mais qu’il a obtenu une promotion lui permettant de gagner« au moins dix ans »dans sa progression de carrière. Son message était jalonné de citations de mon ouvrage comme pour montrer, enbon élève, qu’il avait strictement suivi laméthodeque je préconisais. En réalité, Jean-Michel dispose d’un véritable talent : celui d’appliquer avec une intelligence remarquable des principes qui ne se suffisent pas à eux-mêmes, car ils doivent être articulés avec les contraintes et les espaces de manœuvre de chaque situation… Dans son message, il me révèle que, de longue date, avant de me rencontrer, il avait cherché un ouvrage qui lui permette de prendre du recul et des décisions claires face au harcèlement, en vain affirmait-il. En effet, selon lui, si certains livres sont très approfondis sur les causes et les rouages psychologiques du harcèlement, ils ne sont pas vraiment porteurs de solutions pratiques pour s’en protéger. Toujours selon son ressenti, d’autres ouvrages s’étendent longuement sur la litanie de dispositifs juridiques encadrant ce sujet, parfois avec l’effet
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