Souffrances, le coût du travail humain

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Cet ouvrage décrit et explique les effets pervers du travail sur la vie humaine. L'auteur a passé dix ans à observer et analyser le vécu d'hommes et de femmes dans les entreprises. Il apporte un témoignage approfondi et un éclairage précis sur la souffrance au travail, le stress, et les pressions psychologiques subies par les salariés. Il nous expose tous les effets négatifs générés par les nouvelles organisations où, face au pouvoir économique et financier, l'homme compte si peu.
Publié le : mercredi 1 juin 2005
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EAN13 : 9782336276144
Nombre de pages : 197
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Souffrances, le coût du travail humain

~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8784-3 EAN : 9782747587846

Philippe Poitou

Souffrances, le coût du travail humain

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Dominique PELBOIS, Pour un communisme libéral. Projet de démocratie économique, 2005. Louis LEGRAND, Réflexions sur quelques problèmes de l'Education nationale, parmi tant d'autres, 2005. Noël JOUENNE, La vie collective des habitants du Corbusier, 2005. Jean CANEPARO, Lignes générales, 2005. Dr Jacques HUREIKI, Humanités en souffrance à la Santé, 2005. Sylvain DUFEU, Valeurs et constitutions européennes, 2005 Gérard CHEVALIER, Sociologie critique de la politique de la ville, 2005. François BÉNARD, Nous retournerons à l'école quand elle ira mieux I, 2005. Gaspard-Hubert LONSI KOKO, Un nouvel élan socialiste, 2005 Marie-Carmen GARCIA, William GENIEYS, L'invention du pays cathare, 2005. Daniel CUISINIER, Energie et transport, 2005. Cyril LE TALLEC, Les Sectes ufologiques 1950-1980, 2005. Henri GUNSBERG, L'Ogre pédagogique. Les coupeurs de têtes de l'enseignement, 2005. Michel ADAM, L'association image de la société, 2005. J.P. SAUZET, La personne en fin de vie. Essai philosophique sur l'accompagnement et les soins palliatifs, 2005; Victor COLLET, Canicule 2003. Origines sociales et ressorts contemporains d'une mort solitaire, 2005.

à Marie-Claude, Sans sa présence indispensable et bienveillante à mes côtés, rien n'aurait été possible.

Sommaire

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Préface Du passé au présent Le Taylorisme Hors du Taylorisme, et jusqu'à nos jours Le vécu de l'ergonomie au quotidien Collecter des informations pour agir Communications dans le travail Performance et compétence: Erreur humaine et fiabilité Motivation et travail L'accident du travail Absentéisme et maladie Médecine du travail ou santé au travail La F.M.A Relations Homme - travail Les espaces de travail, des lieux symboliques Les nuisances au travail Le travail en postes La sécurité au travail La sou.fffance au travail Et pourtant on automatise!

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Mais alors un opérateur comment ça marche? Les normes iso et autres systèmes identiques Ah les 35 heures par semaine! L'analyse ergonomique de l'activité de travail. Le travail des femmes Toujours plus de délocalisations La Formation Professionnelle Chimie française, maladie chronique ou agonie? Restons- nous citoyens dans l'entreprise? Le mépris et l'indignité La mort par accident du travail, drame collectif Quel avenir pour nos enfants? Vivement la retraite Handicap et Travail Syndicalisme à hauts risques Dépôt de bilan ou liquidation judiciaire Ergonome d'entreprise, mission impossible? Conclusion

Préface

" Comprendre le monde, pour un homme, c'est le réduire à l'humain, le marquer de son sceau" - Albert Camus, le mythe de Sisyphe

Ecrire sur les hommes et les femmes en situation de travail peut être fait avec différents regards, différents points de vue. J'habite dans la région grenobloise, une ville entourée de montagnes, implantée dans une cuvette au confluent de plusieurs vallées, et selon l'endroit que l'on choisit, selon le massif montagneux sur lequel on se place, pour l'observer, la vue de cette ville est fondamentalement différente, et l'idée qu'on peut s'en faire varie alors radicalement. Il en est ainsi des diverses catégories de personnes qui observent et analysent les situations de travail. Chacun possède un capital fait de savoir et d'expérience si particulier, le sociologue, le psychologue, le médecin du travail, le DRH, l'ergonome et d'autres encore se pencheront sur ce même sujet avec une attention aussi studieuse et appliquée, et pourtant personne n'aura observé la même chose, ]?ersonne n'aura le même point de vue. Cependant, nous aurons certainement un point commun de convergence intellectuelle, qu'il me semble utile de rappeler et qui sera développé dans le chapitre consacré à la place du travail dans notre société. Ce point de convergence intellectuelle consiste à admettre que nous sommes des tilles et des fils du Taylorisme, en tant que système de pensée centrée sur le travail, mais aussi une philosophie devenue éthique, qui va aller au-delà du

travail pour devenir un vrai mode de vie conditionnant totalement notre société. Il n'est pas excessif d'écrire que le Taylorisme a façonné l'aspect conceptuel de notre idée de 1a hiérarchisation socia1e par 1a différenciation non seulement du rôle social des personnes mais aussi par la création informelle et pourtant très efficace d'une échelle des valeurs humaines calquée sur cette échelle sociale. Ceci aboutit à une sur,-valorisation des professions à dominante intellectuelle sur les métiers à dominante manuelle dans lesquels pourtant les aspects, cognitifs et intellectuels sont essentiels pour réussir à bâtir le travail. C'est pour cette raison, entre autres, qu'il est de plus en plus difficile de trouver des artisans spécialisés dans des secteurs bien pointus, comme, par exemple, les tailleurs de pierre pour restaurer les bâtiments historiques. Ceci va expliquer certains comportements chez des ouvriers qui, conditionnés par ce schéma de pensée ne vont pas hésiter à dire au cours de verbalisations, "nous ne sommes pas ici pour penser, c'est le rôle des chefs", et nous nous situons à cet instant précis au cœur de la pensée Tayloriemle. Je suis Ergonome issu du Conservatoire National des Arts et Métiers, un lieu de formation, sans doute le meilleur lieu de formation en ergonomie. Un lieu que j'ai quitté à la fm de mon cursus, et avec lequel je garde des liens affectifs peut-être inexpliqués. Des relations liées sans doute à l~état d'esprit qui règne dans ces groupes d'étudiants salariés et par la passion transmise par ses enseignants proches, accessibles et disponibles, chez qui nous avons trouvé certes des enseignants mais aussi des hommes et des femmes de terrain, directement engagés au quotidien dans ce travail d'étude et d'analyse de la vie en situation de travail. Je leur garde une vraie gratitude, et sans exagérer, je pense qu~ils ont eu un rôle prépondérant dans mon parcours professionnel et personnel Je ne pourrais pas tous les citer, bien que je ne les aie pas oubliés. Parmi eux,

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personnages, et je choisis intentionnellement ce mot parce qu'il correspond à la vraie nature de leur personnalité, deux personnages restent particulièrement importants dans ma vie professionnelle, et sont toujours pour moi une référence: Jacques Duraffourg, Ergonome, et enseignant à l'université d'Aix en Provence (philosophie du travail et ergologie), puis le Professeur Philippe Davezies, enseignant et chercheur à la faculté de médecine de Lyo~ enseignant en ergonomie, et spécialiste de la psychodynamique du travail~ (dans l'ordre chronologique des rencontres). Que dire de ces deux spécialistes que tous connaissent et reconnaissent pour leurs actions sur le terrain, leur enseignement de très haute qualité, leurs écrits et leur engagement social. Simplement leur dire merci, car c'est grâce à eux, que j'ai été contaminé par le virus de l'ergonomie. Encore un mot, j'ai écrit toutes ces pages avec une vraie sincérité, mes mots sonnent vrai, ils témoignent de ce que je ressens dans mon travail quotidien et qui m'a été exprimé, et j'ai été surtout très attentif à ne pas trahir ce qui In'a été dit par ceux qui In'ont témoigné leur confiance en acceptant ma présence à leurs côtés durant le temps des analyses des situations de travail, et ne peuvent souvent pas s'exprimer. Ces rencontres enrichissantes avec des gens intéressants et divers, apportent toujours des éléments nouveaux, on apprend à tout âge, et l'expérience des autres constitue une fonne d'enseignement. Ecrire sur le travail, c'est aussi s'intéresser à l'homme, aux hommes et aux femmes qui vont passer, passent ou, ont passé quarante ans d'une vie et parfois beaucoup plus à travailler. Ecrire sur le travail, c'est aussi prendre le temps de se pencher sur l'histoire de I~humanité, et en particulier sur I'histoire sociale et l~histoire ouvrière. On est alors étonné de constater que les premières études et recherches consacrées aux effets du travail sur la santé ne datent que de 1821, hier à l'échelle

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de I'histoire humaine. Et que dire des lois sociales, il faut attendre 1841 pour voir interdire le travail des enfants de moins de huit ans, 1884 pour la reconnaissance de la liberté syndicale, 1890 pour la création des délégués syndicaux, 1898 pour la loi sur la réparation des accidents du travail, que plus d'un siècle après des entreprises tentent de cacher. 1891 pour la création de l'inspection du travail, 1910 pour le premier code du travail, et 1947 pour la naissance de la médecine du travail, 1941, création des CHS transformés en 1984 en CHSCT. Il n'est pas inutile de se souvenir qu'il y a encore peu de temps, 14 ans était l'âge où les jeunes quittaient l'école et leur statut d'enfant pour entrer subitement dans le monde des adultes à travers le travail. Si l'on prend le temps de regarder encore plus en amère, le 19ième siècle connut le travail des jeunes enfants qui n'allaient pas à l'école parce que leur salaire était indispensable à la vie de leur famille. Les adolescents, puis les jeunes adultes poursuivant des études au delà de vingt ans constituaient quelques rares exceptions. De nos jours, malgré les souffrances qu'il peut engendrer le travail reste une vraie valeur nécessaire pour vivre et s'insérer dans la société, d'où le désarroi dans lequel se trouvent les personnes qui perdent leur emploi et se retrouvent au chômage. Tout cela et les circonstances de ma vie professionnelle ID'ont amené à réfléchir sur le travail, à douter, à remettre en causes certaines idées et m'ont donné envie, d'écrire avec humilité ces quelques pages.

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Du passé au présent

Il était une fois, un petit garçon comme tant d'autres, dans ces années d'après guerre où l'éducation nationale organisait la distribution de lait dans les classes, l'instituteur portait la blouse grise traditionnelle et représentait à la fois la culture et l'autorité, il était un personnage important souvent impliqué dans la vie communale ou associative. C'était l'époque où le mot chômage n'était pas ou si peu utilisé, et où le culte du travail existait panni les principales valeurs que nos maîtres de l'instruction publique tentaient d'inscrire dans nos cerveaux d'enfants. TIen était de même dans la plus part des familles où le travail bien fait était une fierté. Même chez les ouvriers cette fierté était présente et les "travailleurs manuels" jouissaient d'une certaine admiration de leurs talents, mais cela n'a pas duré, et au fil du temps le travail manuel quelle que soit sa forme, a été dévalorisé. Le culte de l'amour du travail bien fait, se matérialisait au travers des phrases de morale que l'instituteur écrivait avec application et avec une écriture calligraphique au sommet du tableau noir, sous la date, une phrase renouvelée chaque matin. Le nom de l'auteur était écrit sous la phrase que nous devions copier en silence et avec la même application sur la page de notre cahier sous la date du jour. Seul le bruit des plumes sergent major grattant le papier rythmait ce moment d'application, parfois le son d'une plume contre le fond de l'encrier de céramique blanche rempli d'encre violette venait interrompre l'ordre parfait des choses. Puis le maître nous commentait les mots inscrits, et souvent nous

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retrouvions ce que nos parents nous exprimaient dans leur éducation. Pour ceux qui croyaient au ciel, ou du moins ceux que leurs parents voulaient pousser vers la religion catholique> sans s'interroger une seule seconde sur la volonté et le choix de leurs enfants, le prêtre véhiculait les mêmes valeurs, les mêmes propos quant à la valeur du travail pour l'homme. Ainsi~ paradoxalement les "bouffeurs de curé" et les porteurs de soutane se trouvaient ils réunis malgré eux, autour de certaines valeurs communes qui ont contribué à façonner notre civilisation et à conditionner de nombreux esprits. Au cours des milliers d'années qui nous précèdent nos ancêtres ont attribué au travail des sens différents selon les civilisations, les valeurs, les cultures et les éléments de référence propres à chaque société. Ainsi, les Grecs et les Romains au cours des siècles qui ont précédé notre ère ont montré un profond mépris pour le travail, qui était réservé aux esclaves. Il ne s'agissait pas de paresse ou de fainéantise~ la seule activité digne de I'homme était l'oisiveté "otium'\ un telnps consacré à la réflexion et à l'étude "scholé": loisirs studieux. Aristote ajoutait d'ailleurs "toutes les activités manuelles sont sans noblesse, il est impossible que celui qui cultive la vertu puisse vivre la vie d'un ouvrier ou d'un journalier" et Platon, "c'est le propre d'un homme bien né que de mépriser le travail" Seul le travail intellectuel était acceptable. Au fil des siècles, le travail prit un sens différent et avec le moyen âge apparut le concept de travail châtiment, fruit de la religion chrétienne où le travail était une réparation du péché originel commis par Adam et Eve ce qui provoqua leur exclusion du paradis où le travail était absent. Les ordres monastiques travaillaient à leur auto suffisance dans leurs monastères, tout en proclamant la prédominance de leur activité mystique sur leurs tâches de subsistance. Mais, à la même époque, dans

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les villes, les échoppes et les ateliers des artisans apparaissent donnant davantage d'ampleur au commerce, les graines de la société de consommation sont semées. On situe à cette époque l'utilisation du mot tripalium, engin de torture, comme ancêtre linguistique du mot travail. Après l'époque du châtiment la religion catholique se mit à valoriser la souffrance comme moyen pour racheter ses péchés, et comme le travail possède une image d'activité physiquement pénible, facteur de souffrance, le travail devient rédempteur, ce qui explique la devise de moines

bénédictins:

If

16ième siècle, Luther, proclame depuis la Suisse: "il n'existe pas de travail noble ou vil, tout homme peut louer Dieu dans son travail, I'homme reçoit une véritable vocation au travail, c'est sa façon de participer à la création" et ainsi Luther prend le contre pied des positions des ecclésiastiques de l'époque. Plus près de nous, entre le 17ième et 19ième siècle, le travail va se désacraliser et acquérir un statut laïque, son statut d'activité rédemptrice disparaît, mais il reste néanmoins vertueux "évitant le vice, l'ennui et le besoin", comme le déclare Voltaire. On assiste dès cette époque à un début d'exode rural certes limité. Des paysans quittent leurs terres pour aller travailler dans les usines ou les manufactures où ils deviennent des ouvriers mal payés et soumis à des travaux extrêmement pénibles dès leur jeune âge. Pour mieux maîtriser cette population laborieuse exploitée, on donne au travail la valeur en soi, le bien et la vertu. Des économistes panni lesquels Karl Marx, père du communisme qualifient le travail d'aliénation, et affirment l'existence d'une contradiction entre le travail considéré comme principe créatif, et la force de travail considérée comme Inarchandise. Cette idéologie persiste et une partie des salariés adhèrent à cette idéologie rejetée par les adeptes du libéralisme économique, idéologie portée par

laborare est orare", travailler c'est prier. Au

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les communistes même après l'échec économique, industriel et social des pays de l'est. En 2004, il serait bien illusoire de vouloir déterminer un sens donné au travail par une majorité de gens, universel et global isateur. Les conceptions sont nombreuses et variables, elles font appel à des facteurs très personnels influencés par l'origine sociale et socioculturelle, l'éducation reçue, le type d'études suivies, l'histoire idéologique et philosophique personnelle, le métier exercé, le statut socioprofessionnel et le contexte de travail. Le ressenti individuel en situation de travail, le bien être ou la souffrance, la considération ou l'indifférence, la reconnaissance contribuent à forger une image du travail déterminante dans le sens et le niveau de valeur que l'on va lui attribuer.

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Le Taylorisme

Il n'est pas possible de parler du travail sans s'arrêter quelques instants pour parler de Frederik Winslow Taylor, qui fut l'acteur principal de la création de l'OST, l'Organisation Scientifique du Travail qui a conditionné tant d'entreprises dans leurs fonctionnements et tant de managers dans leurs raisonnements, avec des effets négatifs sur la santé des salariés, et qui plus globalement est devenue un des piliers de notre culture occidentale d'inspiration libérale. C'est à la fin du 19ième siècle que Taylor aux Etats Unis et Fayol en France vont donner naissance à un courant d'idée sur le travail: "théorie du rationalisme classique" les objectifs de cette organisation sont d'être au service des attentes du propriétaire individuel ou collectif de l'entreprise, tel est le sens de la création de l'OST. Le Taylorisme a laissé plus globalement des traces indélébiles dans l'idéologie dominante de notre société, à propos du travail. F.W Taylor pensait que l'ouvrier était atteint d'une tendance à la flânerie systématique lorsqu'il est en groupe en prenant soin de dissimuler à son patron le temps effectivement nécessaire à la réalisation de son travail de façon à "en prendre à son aise" F.W Taylor, pensait que le salaire était le seul moyen de motiver l'ouvrier, mais qu'un salaire trop élevé pourrait rendre l'ouvrier dépensier alors qu'il le souhaitait économe. En partant de ce concept négatif et dévalorisant, F.W Taylor décide de concevoir une façon d'organiser rationnellement le travail. La théorie imaginée par Taylor consiste à décomposer le travail en mouvements élémentaires, qu'il faut ensuite analyser pour

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supprimer tous les gestes jugés inutiles. Lorsque "le catalogue" des gestes retenus est établi, on procède à un chronométrage de chacun d'eux à fin de leur attribuer un temps moyen d'exécution. Taylor imagine alors de recomposer les tâches en les simplifiant le plus possible, et pourra ainsi prédire avec exactitude le croit-il, le volume de production possible en un temps préalablement détenniné. Cette analyse, la suppression des gestes inutiles, la recomposition et la simplification du travail sont confiés aux responsables dans les entreprises. Dès lors, il s'installe une coupure, de fait, entre les concepteurs et les exécutants, en un mot et pour être plus clair encore, les uns pensent et réfléchissent puis décident, les autres ne pensent pas, ne réfléchissent pas mais se contentent d'exécuter ce que prescrivent les décideurs. L'ouvrier n'est plus un homme puisqu'il n'est plus autorisé à penser et à réfléchir et encore moins à décider, il fonctionne comme une machine, il est en fait une pièce, une partie d'un rouage d'une immense machine sur laquelle il n'a aucun contrôle. Si avant Taylor, on pouvait conserver au travail un certain esprit artisanal, avec le Taylorisme, on fait disparaître le métier, élément principal des rapports sociaux en codifiant le travail. Selon Taylor, l'ouvrier peut être affecté à n'importe quel poste de travail, puisqu'il ne détient ni compétence spécifique et spécialisée, ni technique de travail, il n'est qu'une force de travail (la force d'un bœuf dit-il), et le salaire n'est qu'un instrument de stimulation au travail. Dans l'OST, les tâches sont individualisées de façon à éviter les discussions entre les ouvriers et ainsi ne pas perdre de temps. Chacun est rémunéré en fonction de sa performance, puisque le salaire est la motivation principale pour éviter la flânerie. Taylor est convaincu de la justesse de sa théorie qu'il nomme d~ailleurs: "the one best way" ce qui signifie la seule

bonne voie. Henry For<L

constructeur automobile

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Américain va utiliser l'QST en créant le travail à la chaîne, il va décomposer les tâches, multiplier le nombre de postes de travail, et chaque personne aura ainsi le plus petit nombre d'actions possibles à répéter toute la journée de travail à un rythme soutenu imposé. L'association du Taylorisme et du Fordisme a aboutit à une méthode de travail conçue pour une production de masse utilisant une main d' œuvre disponible, non qualifiée et mal payée. Au fil des années qui ont suivi, l'absentéisme et les grandes grèves ouvrières ont montré le rejet de cette méthode de gestion des salariés. Le travail à la chaîne a également montré ses limites, par le constat des conséquences économiques et techniques négatives, non-respect des délais, mauvaise qualité, difficultés de récupération des aléas divers par l'absence de marges de manœuvre pour traiter les dysfonctionnements, tout ceci a conduit beaucoup de scientifiques à douter du bien fondé de ces théories. En 2004, ces principes n'ont pas disparu et les concepts Tayloriens ont encore de beaux jours devant eux. Le travail répétitif sous contraintes de telnps persiste, avec comme corollaire l'utilisation d'une main d'œuvre non qualifiée peu considérée et mal payée. La notion de séparation des rôles entre les être pensants, concepteurs et les êtres considérés comme non ou du moins peu ou mal pensants, à qui on demande de produire en silence, dans une organisation du travail où les comportements humains préétablis sont censés permettre de travailler sans difficultés, continuent à exister, même si des lois, telles que la loi Auroux ont été imaginées pour pennettre à tous les salariés de s'exprimer. Il en est de même pour les prédictions en matière de productivité et de qualité où les résultats escomptés sont souvent des projets inaccessibles.

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