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STRATEGIES DE RUPTURE ET INNOVATIONS DE L'ENTREPRISE

De
352 pages
La succession d'innovations techniques, commerciales, sociales..., regroupées en grappes, confère aux entreprises des avantages concurrentiels temporaires qui entraînent une rupture de leur environnement. Des exemples nombreux et variés, allant de la machine à vapeur à l'informatique, de l'automobile à l'assurance montrent l'impact des stratégies de rupture envisageables pour/sur une entreprise. C'est leur expérience professionnelle dans l'industrie et le conseil aux entreprises innovantes qui conduit les auteurs à une réflexion sur les lois dynamiques en stratégie d'entreprise et à proposer des instruments immédiatement opérationnels.
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,

STRATEGIES DE RUPTURE ET INNOVATIONS DE L'ENTREPRISE

Salomé Lachat & Daniel Lachat

STRATÉGIES DE RUPTURE ET
INNOV ATIONS

DE
L'ENTREPRISE

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques
Montréal (Qc)

- Canada

H2Y IK9

Library of Congress Cataloging-in-publication data Lachat D. (Daniel), 1940 Lachat S. (Salomé), 1948 Stratégies de rupture et innovations de l'entreprise (Disruptive strategies and entreprise innovations) Includes a bibliography. Contents: 1. enterprise, 2. strategy, 3. innovation, invention, discovery, 4. forecasting, 5. competition.

@ L'Harmattan,

1997

ISBN: 2-7384-5026-1

Quelle stratégie pour une entreprise} face à l'évolution de l'environnement? Le futur est objet de contradiction; il n'est pas de développement régulier. Le management stratégique des modifications de l'environnement est une préoccupation des entreprises comme de leurs bailleurs de fonds devant une évolution qui peut s'effectuer de façon lente et progressive ou prendre la forme spectaculaire de ruptures plus brutales qui modifient la logique de la bataille concurrentielle2. Certaines entreprises recherchent les innovations3 qui pourraient constituer des ruptures de leur environnement afin soit de les développer4 et d'obtenir un avantage concurrentiel, soit de les stériliser. Une stratégie d'entreprise est, pour l'essentiel, un ensemble de décisions cohérentes prises à partir d'une perception de l'entreprise, de ses forces, faiblesses, opportunités et menaces (analyse « ffom » - en anglais « swot»). Ces décisions impliquent une répartition des ressources disponibles. Ce sont aussi le choix des marchés sur lesquels l'entreprise souhaite intervenir et la recherche d'avantages concurrentiels pérennes sur ces marchés5. Une stratégie de rupture est le choix par une entreprise de tenter de profiter de l'avantage concurrentiel obtenu par
1

Il n'est pas fait de distinction entre l'entrepreneur et l'entreprise qu'il dirige.
T. Durand & T. Gonard, Stratégies et ruptures technologiques: le cas de l'insuline,

2

Revue française de gestion, 1986,60, p. 89. 3 Il n'est pas fait de distinction entre« invention» et« innovation». L'invention est le résultat d'une action nouvelle tandis que l'innovation est l'action d'imaginer et de mettre en œuvre quelque chose de nouveau; cfTLF, t. X, Paris, 1985; Le Robert, t. V, Paris, 1985. La coupure entre l'innovation qui tient de l'économie et l'invention qui tient de la technique est due à Schumpeter qui confie à l'entrepreneur un rôle de médiateur entre les deux mondes étanches que seraient l'économie et la technique; cf P. Flichy, L'innovation technique, La découverte, Paris, 1995, pp 19-20. Cependant, le terme « innovation» semble accroître son usage tandis que le terme « invention» se limite de plus en plus au domaine de ce qui est protégeable par un brevet d'invention. 4 CfB. Hagerty, Unilever scours the globe for better ideas: Executive teams seek new markets, The Wall Street Journal, 25 avril 1990; Ph. Baumard, Prospective à l'usage du manqger, Litec, Paris, 1996. 5 A. Hax & N. Majluf, The strategy concept and process, Prentice Hall, Englewood Cliffs, 1991, p. 6.

5

l'usage d'innovations temporairement non accessibles à d'autres entreprises. L'inaccessibilité peut être due au secret, à la législation (titre de propriété industrielle) ou matérielle lorsque les équipements nécessaires pour reproduire l'innovation ne sont pas disponibles. A la base de cette stratégie se trouve l'innovation. L'innovation apporte un déséquilibre entre entreprises concurrentes puisque l'une va jouir d'un avantage concurrentiel que l'autre n'a pas et qu'elle souhaite acquérir ou remplacer par un autre avantage concurrentiel pour rétablir l'équilibre. L'une des conséquences sera une confrontation entre entreprises concurrentes. Une innovation relève d'une idée matérialisée dans le but de satisfaire un besoin, de faire disparaître une gêne dans le déroulement de l'activité humaine. La même idée peut être matérialisée de différente façons et chacune de ces matérialisations peut profiter des améliorations provenant d'autres techniques qui progressent simultanément. Certains secteurs industriels sont apporteurs de nouvelles techniques tandis que d'autres sont fortement dépendants6. Une innovation n'est jamais isolée; elle est suivie d'autres innovations qui sont issues de la même idée inventive en répondant au même besoin 7. La complexité des techniques rend rare le chercheur isolé. Une idée inventive peut être l'expression du génie d'un homme isolé, ce qui fut souvent le cas avant que les États ne s'aperçussent que le progrès technique est un facteur de puissance, d'où d'indépendance8, 9. La grande industrie et ses diri-

6

Cf Ch. Le Bas, Economie

de l'innovation,

Economica,

Paris, 1995, pp 104-106.

7

On retrouve ici la distinction entre la « tendance» et le « fait» due à : A. LeroiGourhan, L 'homme et la matière, Albin-Michel, Paris, 1945 ; S. Lachat, Réflexions sur l'article 6 de la loi du 2 janvier 1968 relative à la protection des inventions, Gaz. Pal., 16/17 avril 1975, p. 8 ; D. Lachat, L'analyse structurelle des brevets d'invention, Les petites affiches, 27 juillet 1977, p. 7 ; D. Lachat, Comment breveter une innovation « exotique» ?, Les petites affiches, 16 mars 1987, p.4 ; pour un point de vue assez proche, voir: M. North, Les conditions de la brevetabilité d'une invention en droit suisse et en droitfrançais, Ides et calendes, Neuchâtel, 1972, p. 43 et suiv. 8 Voir les débats de la CNUCED dans les années 70, les discussions autour de la révision de la Convention d'Union de Paris dans les années 80 ; consulter M. Hiance et y P1asseraud, Brevets et sous-développement, Litec, Paris, 1972 ; dans un autre regis-

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geants arrivèrent aux mêmes conclusions plus précocementl0. Aujourd'hui, des équipes de recherche travaillent à l'exploration systématique d'idées inventives, afin d'en trouver toutes les conséquences qui, transmises à des ateliers de fabrication, modifient les conditions de la concurrence, notamment par une position monopolistique conduisant à un meilleur amortissement des investissementsll, ou par l'épuisement des concurrents qui ne peuvent suivre le rythme de transformation de leur environnement. L'idée inventive ne concerne pas que les techniques industrielles mais aussi les techniques commerciales, les techniques financières. Lorsque les entreprises de réassurance sont confrontées à la création de nouveaux instruments financiers, une nouvelle technique de port du risque a été inventée et elle constitue une rupture par rapport à un environnement stationnairel2. Que l'équipe de recherche utilise des fonds publics ou privés, elle exploite un thème, elle explore une idée inventive. Une innovation est suivie d'autres innovations la perfectionnant, l'adaptant de mieux en mieux aux besoins. Parallèlement à la constitution d'équipes de recherche, l'innovation, ou plus exactement l'art d'innover, est devenue une préoccupation majeure. Les changements techniques, l' exacerbation de la concurrence internationale provoquent un changement radical des comportements des entreprises. L'innovation et la mondialisation de ses sources contribuent à peser sur les entreprises qui ne sont plus protégées par des barrières douanières; les prix baissent peu à peu13.
tre, voir: F.-K. Beier et H. Ullrich, Staat/iche Forschungsforderung und Patentschutz, Chemie, Weinheim, 1984 (3 tomes). 9 Les investissements des États sont contestables selon T. Kealey, The economics of scientific research, Macmillan, Londres, 1996. 10 11 s'agit vers 1930 de la création de centres privés de recherche alors que l'industrie textile - grande industrie par excellence - était sur le déclin en Europe; cfV. Aggarwal, Liberal protectionism, University of California press, Berkeley, 1985, pp 9-10. Il Cf E. Kaufer, Patente, Wettbewerb und technischer Fortschritt, Athen1ium, Bad Homburg, 1970. 12 B. Stern, La concurrence des marchés financiers menace les réassureurs, Le Monde, 12 septembre 1996, p. 17. 13 E. Izraelewicz, Fausse déflation, vraie déprime, Le Monde, 9 septembre 1996, p. 1.

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Tandis que l'instinct se caractérise comme un savoirfaire inné qui adapte l'animal une fois pour toute à un certain nombre de situations types, tandis que l'habitude permet après l'apprentissage d'accomplir des tâches familières avec aisance et presque inconsciemment, 1'honime possède une histoire qui provient de son aptitude à inventer des solutions inédites pour des problèmes nouveaux. Mais, le plus souvent, une liaison existe entre ces solutions. Une innovation ne peut naître sans qu'une autre n'existe préalablement, d'où l'intérêt d'explorer systématiquement un domaine de la technique. Pour qu'une innovation existe, un grand nombre d'informations élémentaires doivent être regroupées et aménagées, de façon à satisfaire un besoin qui l'est déjà partiellement14. Il est donc naturel de tenir compte des innovations précédentes, de les améliorer, ce qui conduit à des innovations, fruits de l'exploration systématique d'un domaine technique issu d'une première innovation. Une équipe de recherche est un moyen de produire des innovations sur la base d'une mission, admise par tous ses membres, formulée et reconnue objectivement puisque la raison de sa constitution est une réponse à une question d'ordre technique, c'est-à-dire l'élimination d'une gêne dans un délai et à un prix donné. Délai et prix déterminent les moyens qu'attribue l'État ou une entreprise pour obtenir des résultats significatifs sur un programme de recherche. Les stratèges militaires disposent d'un nombre de régiments et d'un stock d'armes pour conquérir un territoire ennemi; il s'agit d'une campagne partant de bases connues pour occuper le plus grand champ possible. En termes de recherche, il y a lieu, pour une équipe de recherche, à partir de connaissances communes, d'acquérir de nouvelles connaissances, inconnues de tous ou non accessibles dans la littérature. La matière sur laquelle opère une équipe de recherche est la même que celle d'un chercheur isolé: des éléments
14 Sinon, il n'y a pas innovation mais « faux» problème. Cf D. Lachat, Comment

breveter une invention « exotique Il ?, Les petites affiches, 16 mars 1987, p. 4 ; L. de Mestral, L'obtention et le maintien du brevet, Thonney-Dupraz, Lausanne, 1969, pp 48-54 ; voir aussi: G. Morice, Toutes les sources pour dénicher les idées, Science et vie, Numéro spécial, septembre 1980, p. 62 et suiv.

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objectivables susceptibles d'être composés de façon différente de celle existante. Les mécanismes élémentaires sont identiques et seuls le nombre et la diversité des éléments composables assurent la supériorité statistique d'une équipe de recherche sur le travail individuel. Cependant, l'innovation naît chez l'un des membres d'une équipe de recherche même; elle semble surgir au hasard. Cette apparence est peut-être explicable car l'inventeur apparent pourrait n'être que le porte-parole inconscient de l'équipe de recherche; contrairement à cette hypothèse, on peut aussi soutenir que l' inventeur, bien que profitant de tous les éléments communs à chacun des membres de l'équipe de recherche, a seul pu, à partir de ses connaissances propres, réunir l'ensemble pour en extraire un tout cohérent. Le savoir per se n'est cependant pas le but essentiel d'une équipe de recherche dans une entreprise. Contrairement à la recherche fondamentale, elle vise à posséder suffisamment une technique pour permettre d'en utiliser le fruit à meilleur compte que l'entreprise concurrente15. C'est la pression des acheteurs qui force l'entreprise à améliorer ce qu'elle offre le plus rapidement possible afin d'éviter que d'autres entreprises proposent à l'acheteur ces mêmes perfectionnements. Aucun avantage concurrentiel n'est pérenne. Les produits peu compliqués à l'origine deviennent de plus en plus perfectionnés à mesure que la technique rend des services de plus en plus élaborés. Lorsque l'on considère toutes les innovations qui, dans un même domaine technique, proposent des solutions de plus en plus sophistiquées, et que l'on effectue un classement en fonction du temps, il se dégage l'impression d'une innovation ouvrant le domaine technique. En profitant de l'enseignement d'autres techniques, la même idée inventive se matérialise sous différentes formes jusqu'à atteindre sa plénitude; un nombre croissant d'innovations utilisant cette idée inventive se constate jusqu'à une sorte de crête, pour décroître lentement, sans jamais devenir nul. En effet, lorsqu'une technique satisfait les
1S Abaissement du prix de vente ou, à prix égal, abaissement du prix de revient et accroissement du bénéfice.

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besoins de ses utilisateurs, elle ne nécessite pas un effort de recherche intense pour son amélioration; il suffit à l'entreprise d'une légère modification pour tenir compte de l'enseignement d'autres techniques qui se développent parallèlement. Une évolution par continuité se constate plus souvent que des mutations. Fréquemment, la recherche ne vise qu'à améliorer l'esthétique du produit, voire son emballage. L'innovation concerne le produit comme son «après-vie »16. L'écologie impose des évolutions qui modifient lentement le produit d'origine. Plus généralement, l'environnement de l'entreprise évolue sous l'effet d'innovations; certaines présentent un fort degré de visibilité tandis que d'autres sont plus ténues et moins visibles, même pour l'observateur averti.

Les innovations apparaissent comme en grappes17, suspendues à l'existence d'une première innovation que l'on appellera l'innovation « ancêtre» d'une grappe d'innovations. Les innovations en grappe, c'est-à-dire issues les unes des autres, ont été les caractéristiques essentielles de la révolution industrielle du dix-neuvième siècle. A partir d'innovations «majeures », dont le nombre va s'accroissant depuis le dix-septième siècle, il se produit un effet d'entraînement qui bouleverse les structures existantes et annonce la croissance économique. Depuis la fin du dix-huitième siècle, le processus de création tend à devenir de plus en plus collectif et organisé, tant sur le plan de l'État que sur celui de l'entreprise; à Bernard de Palissy brûlant ses meubles succède le fourmillement lent, anonyme et inexorable du progrès technique sourdant des laboratoires publics ou privés, ou de l'action anonyme au sein d'un secteur d'activité. L'innovation ne semble plus surgir ex nihilo mais de l'expérience collective.

16 17

l-L.

Perrier, Design et industrie

à l'école, Le Monde, 26 mai 1996, p. 17.

M. Niveau, Histoire desfaits économiques contemporains, PUF, Paris, 1970, p. 29, utilise l'expression « chaîne d'inventions» ; Y. Fréville préfère l'expression « grappe d'inventions». Cette dernière expression paraît meilleure dans la mesure selon laquelle « chaîne» entraîne une connotation de linéarité. L'expression « famille d'innovations» doit être réservée selon l'usage de la propriété intellectuelle à des brevets parallèles, c'est-à-dire que les brevets d'une même famille sont les brevets nationaux couvrant une même invention dans différents pays.

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Le phénomène de grappes d'innovations mérite une description plus complète afin de mesurer l'activité des groupes de chercheurs et de décider éventuellement de l'opportunité de leur renforcement par d'autres chercheurs provenant d'autres équipes. L'on pourra tenter d'en donner un modèle mathématique afin de permettre une certaine prévision dans les résultats de la recherche effectuée au cours d'une campagne de recherche. A partir de buts imposés, il pourra éventuellement être possible de se fixer les moyens en hommes et en matériel nécessaires pour y parvenir. L'entreprise n'est pas confrontée à une liste d'innovations connues mais non exploitée dans laquelle elle pourrait choisir. Cependant, le choix de l'innovation pertinente aurait eu un coût qui ne pourrait pas être négligé. L'entreprise devrait s'en remettre à des équipes spécialisées dans l'identification de ce qui est utilisable dans le stock disponible... La réalité avec l'existence d'équipes de recherche qui essaient d'apporter aux entreprises des innovations montre qu'il n'en est rien. La technique n'est pas un élément externe à l'économie; elle conduit à des stratégies de rupture. L'équipe de recherche élabore des innovations dans un délai donné; ce sont là des innovations appartenant à une même grappe. La mesure de cette production peut donner une impression de la qualité, de l'efficacité d'une équipe de recherche travaillant dans un domaine donné. Ainsi, dès lors que l'on trouve un modèle décrivant des grappes d'innovations, et notamment l'effet d'accélération, puis de ralentissement, dans l'exploration d'une idée inventive, on sait apprécier la qualité, l'efficacité d'une équipe de recherche. La quantification du phénomène de grappes d'innovations conduit à déterminer des valeurs caractéristiques des grappes d'innovations ce qui permet leur comparaison. Autrement dit, il est possible de comparer des équipes de recherche les unes aux autres même si elles n'appartiennent pas à la

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même entreprise18. La théorie des jeux apporte une contribution essentielle par la possibilité de proposer une conjecture sur le résultat d'une confrontation entre entreprises à l'occasion d'une str::ttégie de rupture. L'effort de recherche conduisant à une grappe d'innovations donne une indication assez pertinente des ressources qu'une entreprise est susceptible d'affecter à une confrontation. Une exploitation des valeurs caractéristiques des grappes d'innovations produites par l'équipe de recherche d'une entreprise conduit à une conjecture sur le comportement de cette dernière à l'occasion d'une stratégie de rupture19 à partir du modèle d'Anastasie Sablier qui est dérivé de la théorie des jeux. Autrement dit, on cherchera à estimer les conséquences d'une stratégie de rupture avant de l'engager. Les modèles utilisés dans l'étude des stratégies de rupture sont dynamiques et prospectifs. Ils proposent des solutions vraisemblables aux interrogations des responsables d'entreprises en éliminant per se tout dogmatisme. Les stratégies de rupture s'interdisent l'usage de matrices indiquant s'il faut investir ou se replier; elles supposent que l'entreprise aitobtenu une innovation, d'où un avantage concurrentiel consolidé par une grappe d'innovations; dès que l'innovation est accessible aux concurrents, l'avantage concurrentiel disparaît et l'entreprise essaie de rompre de nouveau l'équilibre concurrentiel par une nouvelle grappe d'innovations. Face à l'innovation, les entreprises sont conduites à certaines décisions stratégiques essentielles qui sont:

La technique de comparaison a été mise au point vers 1970 et publiée en 1975 ; cf D. Lachat, Etude d'une campagne de recherche, Thèse, Rennes, 1975 et exploitée depuis. 19 La technique d'élaboration de conjonctures à partir de grandeurs caractéristiques des protagonistes a été mise au point par V. Aggarwal et P. Allan vers 1990. Elle a été formalisée par Anastasie Sablier (Pseudonyme pour V. Aggarwal, P. Allan & D. Lachat), Horloges sociales, corifrontations et inventions, Discobook, Paris, 1994. Une application à l'entreprise a été publiée par D. Lachat, Le renseignement stratégique d'entreprise, Les petites affiches, Paris, 17 janvier 1994,24 janvier 1994,31 janvier 1994, 7 février 1994 ; elle a été reprise par Anastasie Sablier (Pseudonyme pour V. Aggarwal, P. Allan, D. Lachat), Le renseignement stratégique d'entreprise, Discobook, Paris, 1995. Elle est exploitée depuis.

18

12

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La surveillance des innovations, L'entreprise accumule des informations sur les directions de recherche de ses concur~ rents ~t sur les moyens qu'ils affectent à la recherche. Un instrument de mesure ~t d~ comparaison ~ntre équipes de recherche est nécessaire. La sél~ction des t~chnologies. Il s'agit de déterminer dans quels domaines l'entr~priseva chercher des innovations en fonction d~s ressources qu'elle est capable de leur affecter ~ l'homogénéité des décisions de sélection avec les autres ~avoir~faire de l' entrepris~ est à la fois facteur de sagesse et de scléros~. Les modes d'acquisition des innovations : faut~il trouver par soi~même ou acquérir? Acquérir une innovation ne signifie pas l'absence d'adaptation de l'innovation à l'entreprise (et de l' entrepris~ à l'innovation) pour sa mise en œuvre. L'exploitation de l'innovation ~n tant que source d'innova~ tions. L'innovation implique un savoir~faire qui est transpo~ sable, avec plus ou moins d'efforts, à d'autres activités ~ l'entreprise peut choisir de procéder elle-même à cette transposition ou l'abandonner à d'autres. La décision de mettre en œuvre une innovation qui implique des affectations de ressources et éventuellement des confrontations internes ou externes à l'entreprise; c'est ici le modi:le de confrontation d'Anastasie Sablier prend toute son importance.

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Ainsi, on pourra prendre comme centre d'intérêt soit l'innovation, soit la stratégie de l'entreprise à partir de cette innovation. Toute personne, s'intéressant à l'innovation et aux stratégies entrepreneuriales qui en découlent, trouvera dans l'étude des stratégies de rupture des techniques rodées et immédiatement efficaces. L'entreprise est considérée libre de tout halo moralisateur: les stratégies de rupture ignorent « la mission de l'entreprise » ~s'il en est une, c'est d'assurer sa pérennité, ce qu'elle fait précisément en utilisant une stratégie de rupture.

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Le degré de mathématisation atteint ne sera pas considéré comme un but en soit mais comme un moyen de forcer l'observateur à la neutralité à l'égard de ce qu'il observe. Bien que les démonstrations soient présentées dans leur intégralité, les développements mathématiques ne devront pas rebuter le lecteur car il est possible de travailler sur un papier graphique simple en procédant à un ajustement visuel grâce à une linéarisation. Un recours à des logiciels perfectionnés de statistique peut s'envisager mais n'est pas nécessaire. Cet ouvrage n'est pas une somme théorique; il traduit une expérience et est destiné à une utilisation pratique. Les entreprises doivent tenir compte des stratégies fondées sur l' innovation car plus de la moitié du PNB des pays les plus développés s'appuie sur elle20. Il faut des moyens appropriés pour agir efficacement. Les stratégies de rupture telles qu'appréhendées ne sont pas un fait imaginaire mettant en œuvre des méthodes sophistiquées et savantes; elles sont l'explication d'un certain nombre de phénomènes et la proposition de techniques opératoires pour reproduire utilement ces phénomènes. Face à un environnement en mutation constante, les entreprises doivent choisir entre différentes stratégies; l'ambition est d'aider au choix et non de prescrire. La planification et la standardisation ne peuvent se concevoir que dans un environnement stable où l'entreprise exploite un environnement. Dans un environnement instable, c'est elle qui le construit. Des « Questions au chef d'entreprise» ont été réunies sous forme de tableaux. Il est possible de s'y reporter à tout moment pour la conduite d'un travail de diagnostic ou d'assistance auprès d'une entreprise. Répondre à ces questions conduit l'entreprise à bien connaître le secteur industriel auquel elle appartient. C'est à partir de cette connaissance de ses concurrents, d'elle-même, de son environnement que l'entreprise peut apprécier ses chances de succès à l'occasion d'une stratégie de rupture à l'aide du modèle d'Anastasie Sablier et qu'elle décidera son engagement. Ces « questions» ne sont ni des recom20

X, The knowledge-based

economy,

OECD, Paris, 1996.

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mandations, ni des conseils, ni des prescriptions à l'usage des cadres et dirigeants d'entreprises; leur utilité est dans l'organisation d'une réflexion. L'étude des innovations, qui est aussi celle des grappes d'innovations produites par des équipes de recherche au sein d'entreprises développant une stratégie, et des confrontations entre entreprises à l'occasion d'une stratégie de rupture, sera faite en trois titres: Titre premier Titre deuxième Titre troisième La qualification du phénomène de grappes d'innovations La quantification du phénomène de grappes d'innovations L'exploitation du phénomène de grappes d'innovations

Titre premier La qualification du phénomène de grappes d'innovations

La nécessité de l'innovation est l'une des caractéristiques essentielles de notre société21 : de l'art à l'industrie, des objets les plus utilitaires aux réalisations scientifiques les plus sophistiquées, il faut innover pour conserver, sinon accroître, l'intérêt de l'acheteur potentiel. L'innovation n'est pas toujours technique; elle peut être esthétique ou simplement relever de l'art du vendeur qui trouve un argument pertinent pour déterminer une décision d'achat. Un argumentaire de vente peut introduire une innovation. Ainsi est obtenu un monopole temporaire sur une matérialisation donnée de l'idée inventive. Des recherches systématiques sont conduites pour obtenir de meilleures performances, de meilleurs prix. L'idée inventive est exploitée systématiquement. L'innovation s'inscrit dans le processus industriel et scientifique; on distingue le secteur industriel, la filière, et la grappe d'innovations. Le secteur industriel (branche d'activité industrielle) regroupe. des entreprises relevant de la même activité et réalisant le même produit aux termes de l'activité principale de l'entreprise. En France, on utilise un croisement d'une nomenclature des activités et d'une nomenclature des produits. Le résultat peut être surprenant: un constructeur d'automobile (classement «industrie automobile» selon l'INSEE) fabriquera de nombreux produits qui ne sont pas pris en compte: matières plastiques, appareillage électrique, électronique,... La chaîne technique permet de définir le degré d'intégration technique des activités. Les opérations constituant une chaîne se trouvent entre un achat et une vente; elles se regroupent en vue de leur extemalisation (les confier à un soustraitant).

21

Toutes les revues de vulgarisation offrent des listes d'innovations à travers les âges (mais oublient la comptabilité en partie double et le tableur « visicalc » créé en 1978 par D. Bricklin et B. Frankston) ; cftrès typiques: L. F., Le florilège de l'innovation, Science et vie, numéro spécial, septembre 1980, p. 14 et suiv. ; Chronologie in : Culture technique, avril 1981 (numéro spécial 5 - Design), pp 280-290 (Confusion volontaire entre « technologie» et « design»).

19

La filière est l'ensemble du processus de passage d'une matiè~e première essentielle au produit vendu au consommateur. La filière permet de dégager l'impact des techniques et leur relations d'interdépendance. Ces trois premiers concepts sont statiques; ils donnent une image de l'industrie à un moment déterminé. Le concept de grappe d'innovations apporte une dynamique car il retrace l'apparition progressive des innovations dans un domaine technique. La différence n'est pas liée à l'acuité de l'observation mais à la prise en compte du temps. Ainsi, il faudra plusieurs études d'une même chaîne industrielle pour faire apparaître une rupture technique tandis qu'elle sera plus facilement identifiée dans une grappe d'innovations. L'innovation n'existe pas seulement par le résultat qu'elle permet d'obtenir, mais aussi par les phénomènes dont elle est elle-même le siège: elle possède une fécondité qui, dans le respect de la même idée inventive, assure que d'autres innovations vont éclore. Une innovation n'est jamais figée. Un produit ou un procédé ne sont jamais définitivement mis au point: ils sont constamment modifiés par l'usage; tantôt, ils se perfectionnent; tantôt, ils régressent. C'est au fur et à mesure que l'innovation se transforme, que se dégagent d'autres formes d'utilisation qui n'avaient pas été imaginées à l'origine. L'exemple le plus commun que l'on connaisse est le trombone qui traîne sur chaque bureau et qui est occasionnellement transformé en cure-oreilles... L'épingle de couturière sert à agrafer les billets de banque, de cure-dents, et à des détartrages mécaniques de pommes de douches... Inversement, il est possible de rechercher l'innovation qui a engendré une série de perfectionnements et que rien ne semblait annoncer. En ce sens, le moteur à gaz est 1'« ancêtre» du moteur à explosion; le tube de Crookes est 1'« ancêtre» du tube de Coolidge; la diode est 1'« ancêtre» des tubes électroniques... Al' origine de chacune de ces séries, il y a un acte défini d'innovation qui propose une structure interne restant stable à travers l'évolution et productrice de structures dérivées jusqu'à saturation et éclatement. Le hasard ne semble pouvoir être rejeté comme origine de l'innovation-« ancêtre ». Toutefois, son rôle diminue avec le 20

degré de mathématisation de la technique; il joue un grand rôle dans la découverte des faits mais son importance décroît lors de l'établissement de théories générales. L'innovation a un comportement propre par rapport à son environnement; ce dernier et l'innovation interagissent. Il peut y avoir:

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complémentarité, l'innovation prenant appui sur son environnement, indifférence, l'innovation étant constituée par juxtaposition d'éléments provenant de son environnement, opposition, lorsque l'innovation s'échappe de l'environnement existant (notamment un certain nombre de contraintes opératoires) pour en créer un autre avec de nouvelles con.

traintes opératoires.

Lorsque l'on considère une grappe d'innovations dont le but est de satisfaire un besoin donné, deux questions viennent à l'esprit: A partir de quelle innovation s'est développée la grappe d'innovations? Comment vérifier qu'une innovation décrit une nouvelle matérialisation de l'idée inventive reconnue dans une grappe? Ces deux questions, formulées de façon un peu plus générale, trouveront une réponse dans les deux chapitres suivants, saVOIr: Chapitre premier Chapitre second La genèse d'une grappe d'innovations L'appartenance à une grappe d'innovations

Chapitre premier La genèse d'une grappe d'innovations

Qu'est-ce qu'une innovation? L'innovation recouvre le processus de production et d'exploitation de la nouveauté dans les domaines économiques et sociaux. Elle concerne non seulement le développement des produits ou services mais aussi la gestion et l'organisation de la production, les techniques commerciales et la formation22. Il existe une multitude d'exemples récents d'innovations: des médicaments, des dispositifs de sécurité pour les transports automobiles (systèmes anti-blocage,...), des systèmes de communication (téléphones mobiles, vidéo-conférence,. ..), des moyens d'accès à l'information (Minitel, Internet,. ..), de nouvelles méthodes de vente,. .. Amplifier un signal électrique par un transistor alors que l'on utilisait jusque là une diode est une innovation qui améliore non seulement la stabilité, la fiabilité,... de l'amplificateur mais encore bouleverse toute l'industrie électronique et celle de ses composants. Isolée en 1921 à partir du pancréas du chien, l'insuline fut administrée pour la première fois en 1922, et commercialisée en 1923 aux États-Unis (Eli Lilly), en 1925 en Europe (Novo). Depuis, est apparue une suite ininterrompue de procédés de fabrication de l'insuline, avec un coût de plus en plus faible: insuline purifiée par recristaIlisation, insuline protamine, insuline-zinc, insuline purifiée par chromatographie, insuline monocomposée, insuline humaine, proinsuline,... Les premières innovations ont porté sur le concept de produit (insuline retard), les suivantes sur les procédés de fabrication (chromophotographie). L'évolution actuelle se porte sur le concept de produit (insuline humaine) et sur les procédés d'élaboration (biotechnologies )23. A chaque technique nouvelle, des
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sont déclassées.

laboratoires sont rendus obsolètes et des équipes de recherche
Les exemples d'innovations qui transforment une activité industrielle jusque là bien établie sont nombreux; on trouve

22

European Commission, The Commission launches a ii Green paper Ii to stimulate innovation, RTD info, février 1996, n° 11, p. L 23 T. Durand & T. Gonard, Stratégies et ruptures technologiques: le cas de l'insuline, Revue française de gestion, 1986,60, p. 89.

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toujours une innovation qui matérialise la rupture avec « ce qui se faisait avant ». Après cette innovation, l'attention est attirée par d'autres innovations qui tendent à améliorer les performances de la technique. Cette amélioration est importante au début puis devient de moins en moins importante. Lorsque la technique est arrivée à maturité ou même vieillit, tout le potentiel d'innovation semble avoir été épuisé... Les innovations sont ténues. Les stratégies de rupture prennent appui sur des innovations ; c'est à partir d'elles qu'un avantage concurrentiel peut être temporairement obtenu par une entreprise. L'innovation n'est pas obligatoirement de nature technique bien qu'elle soit alors plus facile à remarquer et à définir; les exemples seront empruntés aux techniques industrielles bien qu'il existe de nombreux autres domaines dans lesquels l'innovation naît. Par exemple, Céline Dion, chanteuse canadienne, marque sa différence en inventant la « théorie des mariages ». Il s'agit de conclure des alliances consistant en associant sa voix à des compositeurs établis (<< Dion chante Plamondon» en 1991, «With this tear» chanson de Prince en 1992, «D'eux» avec JeanJacques Goldman en 1995), puis à s'appuyer sur des orchestres localement réputés (<< love you more» avec le groupe japoTo nais « Kryzler & Kompany») pour des disques dont la vente est limitée au pays dont ils sont originaires24. Peu à peu, l'innovation se vulgarise et l'avantage concurrentiel diminue. L'innovation qui procure un avantage concurrentiel doit être perfectionnée par d'autres innovations afin que l'écart entre l'état de la technique (qui est de libre accès) et la technique appartenant en propre à une entreprise (technique qui n'est pas accessible à la concurrence - on parle alors de « technique propriétaire») soit le plus grand possible afin de prolonger la pérennité de la rupture. Ainsi, une innovation détermine d'autres innovations qui n'auraient pu éclore si elle n'était pas née précédemment. Elle est le point de départ nécessaire à toute évolution de la technique jalonnée par des innovations. C'est 1'« ancêtre» d'une grappe d'innovations qui appar24

V. Mortaigne
p. 12.

& S. Tramier,

Céline Dion, ['anti-Madonna,

Le Monde, 26 septembre

1996,

26

tiennent à un domaine technique déterminé. Parfois, l'innovation est abandonnée; elle est stérile, sans descendance. La genèse d'une lorsque l'on connaît grappe d'innovations, moins grande stabilité. en trois sections: Section I Section II Section III grappe d'innovations peut s'expliquer l'innovation-« ancêtre» qui ouvre la cette dernière présentant une plus ou Par conséquent, ce chapitre sera divisé

L'innovation-« ancêtre» d'une grappe d'innovations La grappe d'innovations ouverte par une innovation-« ancêtre» La stabilité de la grappe d'innovations

Section I L'innovation « ancêtre» d'une grappe d'innovations

L'innovation-« ancêtre» d'une grappe d'innovations est l'innovation qui est nécessaire à d'autres innovations pour exister sans elle, et qui procèdent de la même idée inventive. A la base de toute innovation existe une idée qui explique sont but et justifie son résultat, compte tenu des circonstances dans lesquelles travaille l'équipe de recherche. Cette présentation de l'innovation est simple. Il existe d'autres théories plus sophistiquées; elles nécessitent un long travail d'apprentissage sans pour autant garantir une pertinence irréfragable. Une « bonne» théorie apporte à son utilisateur un instrument utile pour faire ce qu'il désire. En d'autres termes, une « bonne» théorie est « économique» ; elle sait refuser l'amour de l'exhaustivité pour aller à l'efficacité; en outre, elle doit être cohérente avec l'usage auquel elle est destinée. La présentation d'une conception duale pour l'innovation (évolution par continuité / innovation par mutation) permet de passer facilement à la notion de grappe d'innovation, même si la recherche la plus récente a introduit des modèles sophistiqués de grappe technologique. Il faut bâtir un substrat de connaissances pour arriver à un modèle mathématique simple et efficace au titre deuxième. L'approche choisie est d'aller de l'observation micro-économique vers un modèle directement applicable et non d'une théorie macro-économique globalisante conduisant à des applications sous des hypothèses limités, idéalisant la réalité observable. Toute innovation peut être étudiée pour elle-même, isolément de la grappe d'innovations à laquelle elle appartient (~ 1) ou en relation avec cette grappe Œ 2).

d'une grappe d'innovations
L'innovation permet le passage d'un état de la technique à un autre. Mais la technique n'évolue pas que par sauts: elle 31

9 1. L'innovation

considérée séparément

peut se développer d'une manière progressive, par une infinité de petits pas à peine appréciables. Certaines industries, caractérisées par une concurrence très intense sur les prix entre de nombreuses petites entreprises, ne connaissent pas à proprement parler d'équipes de recherche; c'est 1'« astuce» d'un opérateur qui conduit à un avantage concurrentiel (de nature technique se transformant notamment, mais non nécessairement, en un profit accru) pour une fabrication déterminée. L'entreprise acquiert peu à peu une mémoire, un savoir-faire, qui lui facilitent les réponses aux donneurs d'ordre. Un exemple typique est donné par l'industrie de l'emballage. Ainsi, une évolution par mutation peut être opposée à une évolution par continuité, bien qu'il n'y ait pas entre ces deux types d'évolution une véritable différence de nature mais bien plutôt une différence de degré, puisqu'une idée nouvelle est sous-jacente à toute évolution25. Il ne suffit pas que l'idée nouvelle existe: il faut qu'elle soit matérialisée dans une entreprise qui a le plus souvent une tendance naturelle a rejeter l'idée nouvelle afin de ne pas modifier ses structures, et de préserver sa culture, son identité26. L'innovation modifie non seulement le marché en apportant une nouveauté, mais elle perturbe aussi l'entreprise. Quelquefois, elle conduit à la création d'une nouvelle entreprise. Il y a arbitrage entre un avantage concurrentiel temporaire et la pérennité relative d'une configuration concurrentielle (souvent oligopolistique ). Selon que l'évolution technique a lieu par mutation ou par continuité, l'entreprise se comporte différemment. S'im25

L. Croton, Les stratégies d'innovation progressive, Revue française de gestion,

1984,46, p. 6 et suiv. rejette les conceptions « héroIques» de ('innovation pour montrer qu'une analyse des stratégies des entreprises de la filière électronique conduit à mettre en lumière trois éléments-clés de la compétitivité: réduction de l'amplitude des innovations quitte à les multiplier, choix de la nature et de l'amplitude de l'innovation, respect de logiques de continuité. 26 Cf D. Lachat, Culture d'entreprise et marchés extérieurs, Les petites affiches, 12 décembre 1983, p. 7 et suiv. ; D. Lachat, Acquisition d'entreprises et culture d'entreprise, Humanisme & entreprise, 1986, S3 ; J. Palusseau, Le management du rapprochement structurel des entreprises, Les petites affiches, 11 mars 1987, p. 7.

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pose une comparaison entre l'évolution par mutation et l'évolution par continuité (A), avant l'étude du comportement de l'entreprise face à l'évolution (B), et de l'émergence de l'innovation au sein de l'entreprise (C). Un modèle sera présenté pour l'évolution, l'entreprise, la recherche.

A. La modélisation de l'évolution
Il est possible de schématiser une innovation par mutation et une évolution par continuité en tenant compte du temps. Il s'agit d'une modélisation élémentaire qu'il sera possible d'affiner.
On peut placer le temps en abscisse tandis que chaque état de la technique est indiqué par un étage, un peu comme les orbites électroniques dans un modèle atomique de Bohr. Lorsque le progrès technique s'effectue progressivement sans que la technique soit modifiée dans sa progression d'ensemble, il s'agit d'une évolution par continuité qui se développe horizontalement sur l'un des étages. Lorsque le progrès technique correspond au passage d'un état à un autre, il s'agit d'une innovation par mutation. Une mutation peut être le fruit d'un accroissement ou d'une diminution du nombre d'éléments constitutifs d'une première innovation. La figure 127illustre le propos. Par exemple, pour forer des puits de pétrole sous-marin, on peut utiliser des plates-formes de forage prenant appui sur le fond de la mer; par l'accroissement de la longueur des piles, il est possible d'atteindre des profondeurs allant jusqu'à une centaine de mètres. Tant qu'il s'agit d'un accroissement de la longueur des piles et des conséquences de cet accroissement, on peut considérer qu'il s'agit d'un même état de la technique qui se développe de façon continue. Une course à la profondeur est organisée depuis les années 1940 ; quelques records ont pour nom «Hondo» en Californie (plate-forme «Exxon ») en 1976
27 Les figures et tableaux sont numérotés à la suite.

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