TERRITOIRES ET ENTREPRENEURIAT

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Ces contributions explorent les relations entre l'entrepreneuriat et les territoires, principalement les villes, exposent expériences et points de vue sur les dynamiques entrepreneuriales associées aux espaces urbains. La ville y est appréhendée comme lieu privilégié de l'effervescence des cultures entrepreneuriales dont le décryptage est indispensable pour une meilleure pédagogie d'accompagnement de la part des décideurs publics et des acteurs de la société civile locale.
Publié le : vendredi 1 avril 2011
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EAN13 : 9782296462298
Nombre de pages : 326
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TERRITOIRES ET ENTREPRENEURIAT

























































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55042-1
EAN : 9782296550421
Sous la direction de
Gérard A. Kokou DOKOU








TERRITOIRES ET ENTREPRENEURIAT

Les expériences des villes entrepreneuriales





















Remerciements


Merci aux communicants, animateurs et participants, aux Parrains et
partenaires, aux membres du comité organisateur.

Merci aux Parrains et partenaires : Académie de l’Entrepreneuriat (AE),
Maison de l’Entrepreneuriat Nord-Pas-De-Calais (ME), ECTI, EGEE,
Observatoire des Pratiques Pédagogiques en Entrepreneuriat (OPPE), Je Crée,
Ruche du Littoral, Flandre Création, Centre des Jeunes Dirigeants (CJD),
MEDEF Littoral, CERFrance, Club FACE, Cigales Nord – Pas-de-Calais,
Centre de Ressources sur le Métier de Dirigeant (CRMD – CCI Grand-Lille –
CRCI), CréatiVallée, La Banque Populaire, UIMM, la CGPME., le Conseil
Régional Nord-Pas-De-Calais et Ville de Dunkerque, Université Lille Nord de
France (PRES), Conseil Général du Nord.

Merci aux membres du comité organisateur : Composantes de
l’Université du Littoral Côte d’Opale (Centre Entrepreneuriat du Littoral– CEL,
Laboratoire de Recherche du CEL – CEL-LAB, CUEEP Littoral, IUT de Saint-
Omer/Dunkerque, Institut Supérieur de Commerce International de Dunkerque
– ISCID, Centre de Gestion Universitaire de Dunkerque), Communauté Urbaine
de Dunkerque (CUD) et Chambre de Commerce et d’Industrie de la Côte
d’Opale.





Préface


Depuis que les villes existent, c'est-à-dire, au moins, depuis la
Mésopotamie, l’entrepreneuriat naît et prospère dans les villes et les
métropoles.
La ville est en effet le lieu de la concentration des personnes, des échanges
internes et externes, des réseaux, des pouvoirs politique, économique, religieux
et culturel.
C’est là que sont amassées les plus grandes richesses et qu’y sont
concentrés les plus grands marchés. La ville possède une culture et une image
parfois projetée en des terres parfois lointaines, et au-delà des sous-territoires
qui la composent.
Avec une analyse qui sera ensuite bien féconde pour l’entrepreneuriat, la
ville possède, au plus haut point, les trois catégories de capital qui, réunies, en
font la mère de la création, et, singulièrement, de la création d’entreprise. Ces
trois catégories de capital sont le capital économique, le capital culturel et le
capital social.
Le capital économique est d’abord le produit intérieur brut (PIB),
l’ensemble des entreprises et équipements économiques et structurels, la
diversité des activités et des professions, les moyens et institutions financiers,
les réglementations et facilités institutionnelles, les organisations économiques,
etc… Le capital culturel est d’abord la culture prégnante plus ou moins
partagée par les habitants et notamment la culture entrepreneuriale, le niveau,
la diversité des organisations d’éducation, le niveau scientifique, sa diversité,
sa diffusion et les organisations de production de savoir. Le capital culturel
contient aussi tout ce qui est lié à l’art et à la littérature, les femmes et les
hommes qui y excellent, leur production et leur diffusion, les bâtiments, les
lieux de production et de conservation, etc…
Le développement économique et le développement culturel vont très
souvent de pair. Le capital social recouvre en l’ensemble des réseaux entre les
personnes et les institutions, les connexions entre les personnes et les réseaux,
tant à l’intérieur de la ville qu’au-delà. Ces relations sont familiales, amicales,
associatives, professionnelles, etc… La proximité géographique et la
possession d’équipements spécifiques favorisent l’existence et l’intensité des
relations entre membres d’un même réseau ou de réseaux différents. Le
développement d’une catégorie de capital économique ou culturel, économique
a un effet cumulatif sur les autres catégories et vice-versa pour son
amoindrissement. Les développeurs économiques ne doivent jamais ignorer les
bienfaits ou les méfaits de cette « loi », quand ils veulent favoriser l’essor de
leur territoire.
La ville dispose, de façon variée certes, de ces trois catégories de facteurs
qui président à la création d’entreprises. Notons aussi que la création contribue
9aussi à la création de la ville. Que l’on considère par exemple l’urbanisation du
Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, issue de la création des entreprises
minières.
Cette thématique de la relation entre la ville, la métropole et
l’entrepreneuriat et la création d’entreprise est particulièrement importante, tant
d’un point de vue scientifique, que pour l’action. Relativement récente, cette
analyse n’en est pas moins appelée à un fort avenir de recherche, parce que le
développement économique actif est le lot désormais de la très grande majorité
des villes et métropoles du monde développé ou de celui qui veut aussi se
développer parce que les meilleurs exemples sont analysés et que les effets
d’imitation ne feront que croître.
Ce sont toutes ces bonnes raisons qui ont fait choisir à l’Université du
Littoral, pour thème de son colloque annuel sur l’entrepreneuriat, celui de la
relation entre la ville, la métropole et la création d’entreprise, et cela, à
l’occasion du Xème anniversaire du Colloque FACIL, l’âge de la maturité et
du succès pour un colloque scientifique.
Ce thème du Colloque FACIL est aussi développé à un moment important
de la vie de l’Université du Littoral, qui crée son remarquable Centre de
l’Entrepreneuriat (CEL), et où elle développe une stratégie de moyen terme
d’une recherche sur l’entrepreneuriat, au premier rang de laquelle figure le
présent thème.
Les responsables du Xème Colloque FACIL ont voulu que les différentes
grandes facettes de cette thématique soient ouvertes aux chercheurs nationaux,
débattues lors des journées de Dunkerque et enfin diffusées par cet ouvrage.
Quatre grandes thématiques ont été retenues et exposées :
- D’abord l’élaboration d’une preuve de cette relation entre la ville et
la création,
- En second lieu, l’investigation des fondements théoriques
- Au-delà, l’analyse des interactions dans les territoires qui favorisent
la création
- Enfin, une analyse comparative de présentation de différentes
recherches de par le monde, permettant de différencier les approches et
d’en rechercher les Invariants.
La recherche des preuves de la relation repose sur un impératif scientifique :
bien établir ce sur quoi ensuite on portera les analyses différenciées.
La preuve peut en être recherchée directement ; ce sera l’analyse de J-P.
DeBourse, G.Dokou et A.DeBourse, montrant de façon diversifiée l’effet de
métropole dans la création d’entreprises des régions françaises et
singulièrement de celle du Nord-Pas-de-Calais, la preuve par l’histoire de
Roubaix-Tourcoing au XIXème siècle ou d’une très remarquable aventure
entrepreneuriale familiale avec l’Association Familiale Mulliez. Ils montreront
aussi, avec la stratégie de la Région Nord-Pas-de-Calais, qu’il est possible
d’infléchir (positivement) un trend entrepreneurial.
10J.Poirot montrera quel rôle une ville entrepreneuriale peut jouer dans
l’émergence et le développement des clusters et comment l’attractivité d’un
territoire entrepreneurial est favorisé par l’action des différents sous-territoires
de la métropole : résidentiel, universitaire, serviciel, culturel, etc...
N.Levratto et O.Torrès apportent une preuve indirecte intéressante en
présentant le ranking des villes entrepreneuriales ; de cela, ils déduisent les
facteurs de ce qu’est une ville entrepreneuriale et son attractivité. L’analyse est
faite d’une bonne source à partir des opinions des entrepreneurs eux-mêmes.
La relation entre la ville, le territoire et la création d’entreprise peut-être
fondée d’un point de vue théorique.
C’est d’abord le travail de Hassan Zaoual. Son analyse part des
caractéristiques d’un site et il y montre comment s’y développent des processus
d’auto-organisation. Le site est porteur de toutes les coopérations. Ce qui en
fait la valeur, c’est l’importance des hommes sociaux et solidaires. Le territoire
est d’abord un ensemble d’hommes et de leurs interactions, porteurs d’une
organisation plastique et vivante. L’efficacité d’un site dépend de ses
solidarités, des proximités, des diversités et de sa créativité. Le territoire sera
entrepreneurial dans la mesure où peuvent s’associer l’accumulation et la
redistribution. Le rôle de l’informel, trop souvent négligé, est aussi un grand
facteur d’efficacité du territoire. H.Zaoual le montre bien tant pour les pays
développés que pour les pays en voie de développement, notamment avec
l’exemple du Maroc.
Dans sa première contribution, G.Dokou travaille à la mise en évidence de
l’interaction entre la ville et ses sous-territoires pour en favoriser la création, ce
qui, en retour, favorise l’émergence du caractère entrepreneurial. En même
temps, il détermine comment s’effectue la construction des ressources au
service d’un développement entrepreneurial endogène.
Dans sa seconde contribution, il analyse de façon fine le jeu des acteurs au
sein d’un territoire entrepreneurial. Son approche met particulièrement en
évidence la relation entre les entrepreneurs et les jeunes apprenants. Son
modèle qui va de l’attractivité du territoire à l’insertion des jeunes apprenants
est particulièrement pertinent, et si de nombreux auteurs, notamment dans les
présents travaux, montraient la voie aux développeurs territoriaux, G.Dokou
montre la voie aux universités.
L’analyse comparatiste est toujours très féconde.
Ainsi N.Guilluy-Sulikashvili mettra en évidence l’ambition entrepreneuriale
de Moscou, comment elle a initié la stratégie d’un tel développement et
comment s’effectue à cet égard une « division du travail » entre une ville
métropole et ses territoires adjacents.
Dans un autre contexte, l’analyse de M. El Ghabir, J.-M Cherchem et A. et
Fayolle montre ce qu’il peut en être dans la Tunisie actuelle, avec une
comparaison de Tunis et de Sousse. Ils y ajoutent deux analyses : celle de
l’action différenciée du fait familial et, d’un point de vue plus fondamental,
11celle de l’Orientation Entrepreneuriale et de son aboutissement dans l’acte de
créer.
Une autre thématique est apportée avec l’étude d’A.-M. Maculan et de D.-J.
Lasmar, qui est celle du rôle des Opportunités entrepreneuriales dans l’acte de
créer. Ils s’appuient sur l’exemple de Manaus, l’ancienne prestigieuse capitale
du caoutchouc brésilien. Ces opportunités sont celles du phytosanitaire dont la
forêt amazonienne est l’immense réservoir inépuisable( ?).
Les travaux que présente cet ouvrage sont importants et un grand succès
doit en être repéré.
Ces travaux constituent aussi une étape.
Le champ de la recherche sur la relation entre la ville, la métropole et
l’entrepreneuriat ne fait que s’ouvrir et c’est un appel à la Communauté
Scientifique Internationale qui est fait pour creuser encore davantage cette
thématique et ainsi donner de meilleures armes aux créateurs et aux
développeurs territoriaux.
Le Centre de l’Entrepreneuriat du Littoral (CEL) entend bien y prendre
toute sa part.

Pr. Jean-Pierre DeBourse,
Directeur de Recherche ULCO

12Introduction générale


Mieux répartir l’intelligence, telle est l’une des principales clés de
l’aménagement du territoire. En France à la fin des années 70, on assiste à un
desserrement des centralités : le local apparaît comme le niveau le mieux
adapté pour répondre aux défis économiques et sociaux. Les lois de
décentralisation induisent un nouveau paradigme d’action : les instances
locales ont des pouvoirs accrus et sont confrontées directement aux réalités
économiques.
Ainsi, les territoires qui réussissent sont ceux qui se construisent grâce à des
réseaux d'échanges permanents favorisant des modes de coordination autour de
valeurs communes. La recherche de ce sens commun local devient capitale car
les agents économiques ont besoin de repères cognitifs collectifs mobilisateurs.
L'émergence de ces systèmes de représentation présuppose la communication
interculturelle, des relations horizontales et des approches transversales et
concrètes issues d’une identité collective. Reconnaissance et écoute obligent.
Les institutions locales deviennent les dépositaires de cette identité collective.
Ainsi chaque territoire induit une dynamique originale, résultat d’une
combinaison subtile du milieu local et de son histoire.
Ces spécificités territoriales sont pertinentes au niveau de la création
d’entreprises et influent sur ses capacités d’innovation, d’adaptation et
d’évolution. Des recherches menées dans plusieurs pays comme les Etats-Unis,
le Canada, l’Italie, la France, etc. le confirment. Ainsi le territoire d’exercice
des entreprises, quelle que soit leur taille, devient un champ incontournable
dans la recherche d’une meilleure compétitivité.
En effet, le cheminement dynamique des PME (de la création à la
croissance durable) tire son origine des processus de longue durée
d'apprentissage qu'elles mettent en œuvre dans leurs relations avec les
territoires. Ces derniers, dans leur fonction dynamisante, se construisent par
interactions avec le monde des entrepreneurs (reconnaissance, réciprocité,
coopération, partenariat, innovations, échanges d'information, diffusion etc.). Il
s'agit à la fois d'une accumulation de savoir-faire et de savoir-être. Tout
territoire est histoire et mémoire (H. Zaoual, chap. 4). Il devient ainsi un
creuset de croyances partagées entre les multiples acteurs impliqués (firmes,
PME, collectivités locales, organismes de financement, universités,
associations etc.). Dans cette perspective, toute contrée est d'abord rencontre,
proximité et intimité. Le voisinage se reconnaît dans la reconnaissance ; c'est la
mesure de la distance et de la légitimité territoriale.
La question qui se pose, en permanence, est celle du secret de ces
"alchimies" entre les acteurs économiques notamment les PME et leurs
territoires. Selon les circonstances, leurs capacités d'innovation se trouvent soit
stimulées, soit contrariées. A cet effet, les singularités territoriales jouent un
13rôle essentiel. En la matière, il n'y a pas de modèle général si ce n'est celui
d'une approche plus ouverte sur la diversité des pratiques locales. Car il y a
chaque fois une dynamique originale, résultat d’une combinaison subtile du
milieu local et de son histoire. C'est à quoi est dédiée la dixième édition du
Forum Annuel de la Création et de l’Innovation du Littoral (FACIL10) du
Centre Entrepreneuriat du Littoral (CEL) de l’Université du Littoral Côte
d’Opale (ULCO), autrement dit, comment relier à un territoire un savoir
capable d'identifier et de manager ses ressources propres (paradigme des
ressources spécifiques) en direction d'un dynamisme collectif au niveau de
l’entrepreneuriat.
L’entrepreneuriat étant pris au sens multidimensionnel, les réponses à une
telle problématique concernent notamment les ressources et les systèmes
d’appui et d’accompagnement à la création, à la reprise ou à l’implantation
d’entreprises, à l’innovation, à la mutation et au développement domestique ou
international des PME. Elles résultent certainement des expériences et des
pratiques diverses ou croisées qui s’articulent autour de quelques thèmes
fondamentaux.
L’interrogation qui porte sur la dynamique économique territoriale renvoie,
de plus en plus, aux politiques et mesures de sensibilisation et
d'accompagnement à l’entrepreneuriat menées à destination des différents
publics en présence. En effet, l’ampleur et l'efficacité d'une stratégie territoriale
visant à créer une dynamique entrepreneuriale doivent prendre en compte les
interactions entre le statut des différents publics visés, les pratiques
pédagogiques conduites dans les milieux de formation et d’enseignement et les
politiques mises en œuvre par les professionnels de l’accompagnement à la
création et à la reprises d’entreprise au sein des métropoles, des villes et des
autres sous-territoires. Ainsi, les communications et les échanges d’expériences
qui sous-tendent le FACIL10 aboutissent au thème suivant : villes, territoires et
entrepreneuriat. Les composantes du présent ouvrage sont une reprise des
communications les plus marquantes de ce FACIL10. Elles s’articulent de la
façon indiquée ci-dessus.
Le point de départ nécessaire est une définition du territoire, de ses
fondements, notamment épistémologiques et de l’interaction des acteurs avec
l’espace dans lequel ils sont insérés (chap. 4, H. Zaoual).
La deuxième composante est celle de la preuve de l’efficacité de la ville
quant à la création d’entreprise et des rôles proactifs que peuvent avoir des
acteurs notamment politiques (chap. 1, J.-P. DeBourse, G.-K. Dokou et A.
DeBourse) ; à celle-ci s’adjoint évidemment une analyse de ce que sont les
spécificités de la ville entrepreneuriale (chap. 2, J. Poirot) ainsi que de la
mesure et du ranking des villes entrepreneuriales européennes (chap. 3, N.
Levratto et O. Torrès). D. Uzunidis montre (chap. 5) que ce qu’il en est des
relations entre ville et territoire vaut aussi pour l’innovation.
14La troisième composante est de descendre au niveau de l’analyse interne du
comportement des firmes, de montrer en quoi se déterminent et interagissent
leurs stratégies et les déterminants d’action du territoire (chap. 6, G.-K.
Dokou). Le territoire n’est pas une unité sociale indifférenciée ; il fait l’objet
de hiérarchies et une grande part de son efficacité dépend de celles de son (ou
de ses) leader(s) ; une des approches retenues est celle du rôle des leaders
comme inducteurs de comportements (chap. 7, G.-K. Dokou). L’autre
approche est celle de la mise en évidence de l’action d’accompagnement pour
dynamiser une création et au-delà un territoire (chap. 8, G.-K. Dokou). Pour
qu’un territoire s’approprie le fait entrepreneurial, il faut accompagner sa
population dans le discernement : discerner le dirigeant créateur de PME du
dirigeant salarié.
Ce qui est étudié principalement à partir d’une analyse nationale vaut-il en
d’autres pays, en d’autres cultures ? Quels sont les effets culturels et y a-t-il des
invariants dans l’effet d’un territoire sur la création ? Plusieurs exemples
significatifs pour de petites, toutes du monde de la création : en Russie avec N.
Guilly-Sulikashili (chap. 9) ; en Pologne à Gdansk avec M. Lorek (chap. 10),
en Tunisie avec M. El Ghrabi, J.-M. Pierre, N. Cherchem et A. Fayolle (chap.
11), enfin au Brésil avec le fameux Manaus A.-M. Maculan et D.-J. Lasmar
(chap. 12).
Une ville entrepreneuriale est un territoire ouvert et une véritable source de
compétences. Elle est douée de principes de discernement et d’un champ de
possibles illimité à travers une collégialité locale. Les compétences
entrepreneuriales explosent au niveau territorial par l’échange de bonnes
pratiques aux échelles locale, régionale, nationale et internationale. Un
territoire entrepreneurial résulte d’un collectif proactif. Ses leaders savent
discerner le meilleur de chaque acteur, manager les fragilités, identifier les
porteurs de potentialités et les orienter vers l’action entrepreneuriale qui remet
en cause les routines paralysantes et favorise la créativité, l’innovation, la
création et le développement d’activités et d’organisations socio-économiques.








15










































Chapitre 1


Ville, métropole et entrepreneuriat : Quelques
éléments fondamentaux et quelques exemples


Jean-Pierre DEBOURSE
Gérard Kokou A. DOKOU
1 Anne DEBOURSE


Introduction

De l’intuition à la preuve, d’une évidence à la démonstration, la ville est le
milieu fécond de la création d’entreprises. Par-ce qu’elle possède la richesse
économique, la culture, l’éducation et la recherche, les réseaux sociaux et le
commandement, elle constitue un lieu privilégié de la culture entrepreneuriale
et de la constitution d’entrepreneurs.
Certes nombre d’autres facteurs, parfois d’une intrication complexe,
interviennent ; mais toute création doit être localisée, située, écrirait H.Zaoual,
et donc le facteur urbain en est majoritairement pris en compte.
Certaines villes sont entrepreneuriales depuis un temps immémorial.
D’autres le deviennent, le restent et beaucoup cessent de l’être.
Pour qu’une vielle devienne entrepreneuriale, plusieurs séries de facteurs
associés à elle peuvent intervenir :
- Le premier, et ceci différencie bien la ville, est la dotation de facteurs :
sa taille, sa localisation, son accessibilité, sa place financière, son potentiel
d’éducation et de recherche, sa culture et notamment l’importance de la culture
entrepreneuriale par rapport à une culture salariale, etc. …
- Le second est le façonnage entrepreneurial de la ville par un ou une série
d’entrepreneurs. Il faut toujours des entrepreneurs pour saisir les opportunités
offertes par la ville. Mais il est des situations où un petit nombre
d’entrepreneurs créent et diffusent une culture entrepreneuriale forte,
produisent un effet d’entraînement qui à son tour suscite d’autres entrepreneurs
et d’autres créations. Assez souvent, comme pour les innovations, les créations
naissent en grappes et la ville est un milieu bien adapté pour les faire éclore et
les soutenir.

1 Debourse J.-P, Directeur de Recherche ULCO ; Dokou K. G., Directeur du Centre de
l’Entrepreneuriat du Littoral (CEL), Maître de Conférences ULCO ; Decapbourse A. CEO Lead
to Win.
17- A ces deux séries de facteurs, peut s’ajouter un troisième, plus ou moins
fréquent et plus ou moins réussi : celui d’une politique volontariste de leaders
locaux, soit une politique conçue pour combattre des trends négatifs en matière
de création, soit parce qu’il s’agit désormais d’une composante de la
compétition que se livrent les grandes métropoles, comme le montrent les
études de l’ECER.
La démarche adoptée pour travailler à la mise en évidence de ce lien ville-
création sera diversifiée.
Dans un premier temps, par une approche statistique simple, il s’agira de
montrer en quoi la ville et la métropole se différencient de leur territoire, ici
représenté par la région, quant à l’importance de l’entrepreneuriat.
Intuitivement, ceci est une évidence ; mais il ne faut jamais oublier de fonder
les évidences.
Dans un second temps, avec une approche historique, sera pris l’exemple de
Roubaix-Tourcoing au XIXème siècle, pour montrer comment se constitue un
cluster entrepreneurial, le plus important qu’ait connu la Révolution
Industrielle française. Il en demeure de beaux restes, malgré les crises, dans la
prégnance du fait entrepreneurial de Roubaix et dans l’implantation sur son
territoire de la grande aventure de l’Association Familiale Mulliez.
Dans un troisième temps, cette aventure familiale constituera un autre
élément de démonstration : Comment quelques entrepreneurs issus de cette
culture entrepreneuriale roubaisienne ont fait passer une entreprise de 1400
salariés à un groupe mondial de 300000 personnes et quelles innovations
culturelles et organisationnelles ils ont dû mettre en œuvre pour le réaliser et
ensuite en pérenniser le contrôle. Ce développement, unique en son genre,
s’appuie aussi sur un fait métropolitain, sur une culture déjà entrepreneuriale,
mais en retour il les conforte.
La quatrième démarche est d’une autre nature, puisqu’elle est d’ordre
politique.
Peut-on infléchir un trend de création plutôt négatif ? Des leaders
territoriaux peuvent-ils agir sur une capacité entrepreneuriale de leur
territoire ? Quelles sont les conditions de l’action et celles du succès ?
L’analyse sera conduite à partir de l’exemple de la Région Nord-Pas-de
Calais, de son programme de création d’entreprises (PRCTE) et de ses
programmes Eurasanté et Euratechnologies.
Auparavant, un rappel de ce que sont les grands facteurs explicatifs de
l’acte entrepreneurial est présenté pour mieux comprendre pourquoi se fait le
fit entre cet Acte entrepreneurial, la création et les caractéristiques
métropolitaines.




181. De quelques facteurs de la création

1.1. Les facteurs personnels

Les facteurs personnels liés au créateur sont traditionnellement d’abord des
facteurs démo- professionnels : âge, sexe, expérience professionnelle,
localisation géographique, éducation, expérience antérieure de création,
expérience antérieure de projets.
2. La seconde série de facteurs tient à la culture entrepreneuriale. Ceci est fort
important. Nous distinguons la culture entrepreneuriale de la culture salariale.
Dans une culture entrepreneuriale, la personne considère qu’elle doit
déterminer son emploi et son activité professionnelle par elle-même, que son
emploi dépend d’elle seule et de l’entité qu’elle crée. Dans une culture
salariale, la personne considère que son emploi et son activité dépendent d’une
entreprise existante, créée indépendamment d’elle-même et ce, parfois, depuis
longtemps.
Les travaux sur l’orientation entrepreneuriale militent en faveur de cette
différenciation. Cette différenciation de culture est selon notre avis et celui de
nombre d’experts en entrepreneuriat l’un des facteurs majeurs de l’acte de
créer.
3. La troisième série de facteurs tient à la dotation en capital dont bénéficie le
créateur potentiel. La notion du capital à laquelle il est fait référence est celle
qui est issue, à la fois, des travaux de Bourdieu (1980) pour une application à
toute situation et de ceux d’Uzinidis, Boutillier, Laperche (1999) pour une
2application à l’entrepreneuriat. Le capital défini en ce sens se compose de trois
sous-ensembles :
- le capital économique
- le capital culturel
- le capital social.
Le capital économique l’ensemble des ressources héritées ou issues des
revenus disponibles pour la personne. Il est fondamental pour la création
économique puisqu’il est générateur des ressources propres investies dans le
projet de création et garant de la capacité d’emprunter et donc d’ajouter aux
ressources propres.
Le capital culturel est l’ensemble des ressources culturelles et intellectuelles
disponibles pour la personne. Il peut comprendre trois composantes :
- le capital incorporé (dans la personne) : langage, capacités
intellectuelles, connaissances et savoir-faire.
- le capital « objectif » : possession d’objets culturels, par exemple une
bibliothèque, une collection de peintures etc.

2 Cf. aussi Debourse, Archibald et alii (2009).
19- les certifications, c'est-à-dire une légitimation au travers de diplômes,
d’autres titres académiques et de sanctions professionnelles d’une capacité.
Ainsi l’exercice de certaines professions et de certaines créations est autorisé
uniquement à partir de certaines certifications.
- le capital social est le réseau de relations que la personne peut mettre
en œuvre pour réaliser ses propres objectifs. Bourdieu le définit de la façon
suivante : « Le capital social est l’ensemble de ressources courantes ou
potentielles liées à la possession de réseau durable de relations plus ou
moins institutionnelles en une interconnaissance et une inter-
reconnaissance ou en d’autres termes reliée à l’appartenance à un ou
plusieurs groupes comme ensemble d’agents, qui non seulement ont des
propriétés communes mais aussi qui sont unis par des liens permanents et
utiles. Le volume du capital social possédé par un agent dépend alors du
nombre et de l’étendue des réseaux, des connexions qu’il peut
effectivement mobiliser et du volume de capital (économique, culturel ou
social) possédé par chaque réseau auquel il est relié.
- Nous différencions deux types de capital social : le capital social
interne qui a des limites, familiales, amicales (Lsunding) et le capital social
reliant (Bridging) qui relie l’agent à d’autres groupes sociaux hétérogènes.
Nous présenterons ci-après un exemple remarquable d’effet du capital
social interne (Lsunding) avec l’action d’un groupe familial sur une
période de 60 ans, l’Association familiale Mulliez AFM.
- Une partie du capital est donnée à la naissance par la position et
l’importance des trois types de capital possédé par les parents. En France il
est dit que, lorsque cette dotation est très forte, l’enfant naît avec une
cuillère d’or dans la bouche.
Le troisième znembles est le capital social, économique et culturel
additionnel ajouté par la personne elle -même : Education, activités
économiques, réseaux sociaux, responsabilités sociales etc.… plus ou moins
par une stratégie d’investissement social, un travail de mise en œuvre et de
maintenances de liens utiles et durables, d’échanges et de communications.

1.2. Les facteurs d’environnement ou de contexte

3Ces facteurs peuvent être innombrables et parfois inattendus . La littérature
sur l’entrepreneuriat est pléthorique à ce sujet.
Dans leur excellent article, E. Deroo et G. Stanislawski nous en donnent les
éléments majeurs (2009) :
- une dimension géographique : Démographie, urbanisation
- ension sociale : Revenus, chômages, éducation

3 Ainsi la création de ses entreprises chimiques par F.Kuhlmann, issue des cours municipaux de
chimie qu’il donnait à Lille.
20- une dimension économique : Taille des entreprises, poids des
différents secteurs d’activité, taux d’emploi
- une dimension culturelle : Équipements, événement, encadrement,
entrepreneuriat
- les infrastructures
- les pouvoirs politiques économiques, culturels
- les activités de R et D
- la fiscalité locale
Nous y ajoutons la concentration urbaine et l’effet de métropole,
l’importance de la place financière, l’existence de structures dédiées à
l’accompagnement et au financement de la création d’entreprises. D’autres
facteurs sont le PIB local et l’effet de place de marché, l’orientation
entrepreneuriale des décideurs politiques et économiques, l’importance de la
culture entrepreneuriale locale par rapport à la culture salariale.
Parmi tant d’autres, on peut aussi par exemple ajouter des facteurs
climatiques : héliotropisme, thalassotropisme.
Dans la poursuite de cette analyse sera privilégié un facteur, le fait urbain.


2. Ville et entrepreneuriat : les données de l’évidence

La plupart des analyses sont concordantes : la création d’activité s’effectue
proportionnellement davantage dans les villes, les métropoles, avec le fait
urbain que dans les villages, les campagnes, avec le fait rural.
Les définitions ou caractéristiques d’une ville ou d’une métropole sont bien
éclairantes à cet égard. Ainsi une ville est une unité urbaine ou un
établissement urbain étendu et fortement peuplé dans lesquels se concentrent la
plupart des activités humaines : habitat, commerce, industrie, éducation,
politique, religion et culture.
L’INSEE, dans sa définition, demande à la fois un volume de peuplement et
une continuité d’habitat (moins de 200 m de distance)
Une métropole est une grande ville avec ses villes satellites qui concentre
une population relativement importante avec des fonctions de commandement
dans le domaine économique et financier, influençant l’organisation des
activités industrielles et tertiaires, à la tête d’un réseau urbain, ayant un pouvoir
d’impulsion et d’organisation, représentant un lien avec l’échelon le plus élevé
national ou international quand elle n’est pas ce même échelon concentrant des
emplois stratégiques, ayant de grandes responsabilités touristiques, ainsi que de
nombreuses responsabilités politiques, économiques, religieuses, culturelles
(Wikipedia, 2009).
Nous y ajoutons l’importance du PIB local, l’effet de place de marché et,
pour beaucoup, l’existence de sièges sociaux (notamment pour leurs effets
induits).
21Enfin, l’importance de la culture entrepreneuriale locale par rapport à la
culture salariale, l’existence de structures dédiées à l’aide à la création :
Equipements, conseils et accompagnement, financement de la phase préalable
et celle de la mise en œuvre, culture entrepreneuriale du système d’éducation et
de recherche, etc.
L’analyse qui peut en être déduite se détermine en deux plans :
- le premier est celui du constat : En quoi une ville ou a fortiori une
métropole sont-elles des lieux de plus grande création ?
- le second est celui de la politique de développement : En quoi une
ville et une métropole peuvent-elles favoriser le développement de la
création entrepreneuriale ? En quoi une ville ou une métropole peuvent-
elles devenir plus entrepreneuriales ?
La démarche suivie vise à montrer en quoi une ville ou, a fortiori, une
métropole constitue un lieu de création le plus fécond, au-delà de l’effet de
taille.
Les données de base sont issues des statistiques de création par ville
fournies par l’INSEE.
L’analyse ne prend en compte que la province ; les situations de Paris et
l’Ile de France de l’Outre-mer étant trop spécifiques par rapport au présent
objet.
Le territoire de comparaison est celui de la région, qui intègre à la fois des
zones urbaines et des zones non urbaines.
Dans un premier temps, la comparaison est faite avec la métropole
régionale pour être ensuite élargie à d’autres villes de la région, pour conforter,
si besoin était, l’analyse.
Les données de l’INSEE utilisées sont la population totale, la population
active, le nombre d’établissements, le nombre de créations.
La période considérée est 2005/2009.
De ces données ont été déduits :

- Un taux d’entrepreneuriat : Créations 2006
------------------ x 100
Population Active
- Un nombre de créations pour 10 000 habitants
- Un taux de création : Nombre de créations de l’année
------------------------------------------
Nombre d’établissements
- Un taux d’évolution : Taux de création 2009
---------------------------
Taux de création 2005

Les indicateurs utilisés sont le taux d’entrepreneuriat (2006), la création
pour 10 000 hab. (2006) et le taux d’évolution.
22Les résultats détaillés sont présentés en fin de paragraphe dans le tableau 1 :
Comparaison Région-métropole et dans le Tableau 2 : Comparaison étendue à
d’autres villes de la région.
Pour chacune des trois variables, les conclusions sont évidentes.
- Les créations sont toujours très significativement supérieures dans
les métropoles et il en est de même pour leurs évolutions à moyen terme.
- Lorsque l’on ajoute les données des 105 autres grandes villes
françaises, pour chacune des variables, la valeur de la ville est toujours
supérieure à celle de la région.
Mais ces données nous permettent une analyse plus fine de la métropole par
rapport aux autres villes.
Si l’on observe la position de la capitale régionale par rapport aux autres
villes, l’analyse devient plus différenciée.
L’hypothèse est que cette capitale est la mieux dotée pour les trois
catégories de capital nécessaires. Elle l’est souvent ; mais d’autres villes
peuvent parfois la dépasser.
4 catégories de situations se présentent dans cette comparaison de la
métropole et de villes de la même région.
- Une supériorité de la métropole pour les 3 variables
- Une supériorité sauf en ce qui concerne le taux d’évolution
- Une situation contrastée
- Une infériorité de la métropole pour les 3 variables.

* Caen, Rouen, Dijon, Besançon, Nancy et Ajaccio (Basse-Normandie,
Haute-Normandie, Bourgogne, Franche-Comté, Lorraine et Corse) présentent
des taux et des évolutions de créations supérieures à l’ensemble des autres
villes en référence dans leur région.
* Strasbourg, Bordeaux, Clermont-Ferrand et Nantes (Alsace, Aquitaine,
Auvergne et Pays de Loire) ont une situation supérieure pour les 2 premières
variables, mais non pour le taux d’évolution. Cela signifie souvent qu’une ou
plusieurs villes à taux d’entrepreneuriat plus faibles effectuent un
« rattrapage ».
* La situation est contrastée pour les métropoles suivantes :
* Lille (Nord-Pas-de-Calais) est dépassée par Roubaix en taux
d’entrepreneuriat, mais l’emporte pour les 2 autres variables.
Une excellente étude de Deroo et Stanislawski (2009) met bien en évidence
la centration du dynamisme entrepreneurial du Nord-Pas-de-Calais : en 2008 la
zone d’emploi de Lille représente 30% du total régional de la création et celle
de Roubaix-Tourcoing 16%, soit 46% pour cet ensemble, alors qu’elles ne
représentent que 28,9% de la population.
De même, l’indice de créativité, soit l’évolution du taux de création de 2004
à 2008, met en évidence une même disparité : un taux de croissance pour la
région de 9,2%, face à 11% pour Lille et 12.3% pour Roubaix-Tourcoing.
23* Toulouse (Midi-Pyrénées) ne possède ni le taux de l’entrepreneuriat ni
l’évolution des taux de création les plus élevés, mais celui de la création par
habitant
* Orléans (Centre) est concurrencé par Tours qui est aussi une métropole ;
elle en est cependant proche et, comme pour Toulouse, la dépasse pour la
variable de création par habitant.
*Poitiers (Poitou-Charentes) est dépassé par les villes de la côte, sauf pour
le taux de croissance.
* Rennes (Bretagne) présente la même situation : elle est dépassée par les
villes de la côte Sud, sauf en ce qui concerne le taux d’évolution.
- Enfin certaines métropoles sont distancées par nombre de villes de leur
région.
Cet ensemble se divise, en fait, en 2 catégories : les plus grandes et
certaines métropoles à faible taux régional de création.
re*Pour la 1 catégorie, le rang de Lyon (Rhône-Alpes) est honorable et
proche des meilleures ; mais est il toujours dépassé par Annecy.
Il en est de même pour Montpellier (Languedoc-Roussillon), proche des
meilleures dans une région où les taux sont élevés.
Il en va différemment de Marseille, même si les taux de sa région sont assez
élevés ; mais dans la région continentale où le taux de création est le plus fort,
elle figure au dernier tiers du classement des villes et parfois plus loin. Les
meilleurs taux sont ceux des villes touristiques de la côte.
* En seconde catégorie, figure Limoges (Limousin) dans une région où le
taux de création est plutôt faible et où la seule ville de comparaison est Brive-
la-Gaillarde qui possède une supériorité pour les 3 variables.
* Amiens (Picardie), dans une région où le taux d’entrepreneuriat est le plus
faible nationalement, est aussi une métropole dépassée par toutes les villes
référencées de sa région, et surtout par celles qui bénéficient de l’attractivité
4parisienne .
L’essentiel de ces éléments est consigné dans les tableaux n°1 et n°2 ci-
dessous.










4 Un développement de cette analyse sera opéré dans le cadre du Laboratoire CEL.LAB de
l’ULCO, ainsi que la thématique de savoir quelles sont les créations qui profitent le plus de
l’effet de métropolisation.
24Tableau 1 : Métropoles et création
Taux Création 10000
entrepreneuriat hab. Evolution taux cr.
métropo métropol
Région le Région métropoleRégion e
Alsace 0,91 44,5 150
Strasbourg 2,28 107 162,9
Aquitaine 1,31 59,7 140,7
Bordeaux 3,53 171,1 194,2
Auvergne 0,89 40,2 149,5
Clermont-
Ferrand 1,93 89,5 164
Bourgogne 0,81 41,8 146,9
Dijon 2,15 105,1 205,3
Bretagne 0,95 42,8 130,6
Rennes 2,12 100,8 209,8
Centre 0,86 40,3 143,8
Orléans 2,19 107,8 199
Champagne-
Ardenne 0,79 36,6 147,3
Châlons en
Champagne 1,64 77,9 198,9
Corse 2,06 87,5 133,8
Ajaccio 2,92 143,7 183,7
Franche-
Comté 0,84 39,3 136,1
Besançon 2,13 99,6 183,8
Languedoc-
Roussillon 1,75 75,1 142,9
Montpellier 3,84 167,7 186,2
Limousin 0,92 40,2 135,4
Limoges 1,71 77,4 152,1
Lorraine 0,8 36,9 148,3
Nancy 2,28 110 195,2
Midi-Pyrénées1,26 56,4 150,8
Toulouse 2,78 139,3 172,6
NPDC 0,8 35,1 141,5
Lille 2,61 124,5 151,7
25Basse-
Normandie 0,92 41,3 139,5
Caen 2,52 115,8 201,1
Haute-
Normandie 0,74 35,3 135,5
Rouen 2,68 129,7 195,3
Pays de Loire 0,92 41,8 128,2
Nantes 2,5 121,1 181,5
Picardie 0,71 33,2 149,6
Amiens 1,46 68,1 175,3
Poitou-
Charentes 1,03 46,2 141,4
Poitiers 2,2 96 242,7
PACA 1,82 79,6 146,1
Marseille 3,05 127,4 181,1
Rhône-Alpes 1,23 58,2 137
Lyon 3,25 162,7 191

26Tableau°2 : Métropoles, villes et création
Taux Création Evolution
entrepreneuriat 10000 hab. taux cr. Taux d'activité
Valeu Ecar
Taux % Ecart r t Taux Ecart Taux Ecart
Alsace 0,91 44,5 150 48,8
Strasbourg 2,28 107 162,9 47
Colmar 2 97,8 158,9 48,8
Mulhouse 2,11 96,1 178,3 45,5
Aquitaine 1,31 59,1 140,7 45,3
Bordeaux 3,53 171,1 144,2 48,5
Talence 1,78 81,2 200,7 45,5
Mérignac 2,58 126,8 155,7 50,6
Anglet 3,13 139,8 164,5 44,7
Pessac 2,1 94,7 187,9 44,9
Pau 2,36 102,3 171,7 43,3
Bayonne 3,3 152,8 148,8 46,3
Tarbes 2,39 104,5 187,3 43,7
Auvergne 0,89 40,2 149,5 45,4
Clermont-
Ferrand 1,93 1,04 89,5 49,3 164 14,5 46,4 1
Montluçon 1,74 0,85 75,7 35,5 178,9 29,4 43,5 -1,9
Bourgogne 0,81 41,8 146,9 45,4
Dijon 2,151,34 105,163,3 205,358,4 48,9 3,5
Nevers 1,84 1,03 80,5 38,7 175,9 29 43,7 -1,7
Chalon/
Saône 1,95 1,14 91,1 49,3 182,1 35,2 46,8 1,4
Auxerre 1,65 0,84 78,7 36,9 162,5 15,6 47,8 2,4
Bretagne 0,95 42,8 130,6 44,8
Rennes 2,121,17 100,858 209,879,2 47,5 2,7
Vannes 2,78 1,83 125,9 83,1 169,8 39,2 45,4 0,6
Lorient 2,42 1,47 108,4 66,6 174,7 44,1 44,7 0,1
Qui-per 3,06 2,11 96,5 53,7 152,2 21,6 47,9 3,1
St-Brieuc 1,95 1 85,5 42,7 153,9 23,3 43,8 -1
Brest 1,6 0,65 73,4 30,6 189,4 58,8 45,9 1,1
St-Malo 2,15 1,2 93,7 50,9 165,8 35,2 43,5 -1,3
Centre 0,86 40,3 143,8 46,6
27Orléans 2,19 107,8 199 49,3
Joué-lès-
tours 1,42 68,6 199 47,9
Chartres 2,14 106,1 174,7 49,7
Tours 2,24 103,8 201 46,4
Châteauroux 1,3764,1 132,346,7
Blois 1,88 89,2198,8 47,4
Bourges 1,72 77,6 169,3 45
Champagnes
Ardenne 0,79 36,6 147,3 46,4
Châlons-
Champagne 1,64 77,9 198,9 47,5
Reims 1,76 83,8188 47,6
Charleville-
Mézières 1,8 82,4 170,1 45,7
Troyes 2,04 96,9 202,3 47
Corse 2,0687,5 133,8 42,4
Ajaccio 2,92 143,7 183,7 44,6
Bastia 2,61 118,2 169,5 42,9
Franche-
Comté- 0,84 39,3 136,1 46,6
Besançon 2,13 99,6 183,8 46,8
Belfort 1,87 86,1 161,6 46,1
Languedoc-
Roussillon 1,75 75,1 142,9 42,5
Montpellier 3,84 167,7 186,2 43,6
Perpignan 4,2 173,5 153,8 39,3
Narbonne 3,78 156,9 165,5 41,5
Carcassonne 3,18 137,1 157,5 43,1
Béziers 3,92 152,5 184,6 38,9
Sète 3,27 126,4 159,6 38,6
Alès 3,02 118,7 160,4 39,3
Nîmes 3,47 147,1 203 42,4
Draguignan 3,07 140,6 192,1 45,8
Limousin 0,92 40,2 135,4 43,9
Limoges 1,71 77,4 152,1 45,2
Brives la
Gaillarde 2 88,6 192,4 44,3
28Lorraine 0,8 36,9 148,3 46,2
Nancy 2,28 110 195,2 48,2
Metz 2,13 106,1 184,7 49,7
Thionville 1,49 75,8 168,4 50,9
Midi
Pyrénées 1,26 56,4 150,8 41,7
Toulouse 2,78 139,3 172,6 50,1
Castres 2,26 108,7 203,9 42,7
Albi 2,93 120,7 225,7 41,1
Montauban 2,96 132,9 173,8 45
Npdc 0,8 35,1 141,5 43,9
Lille 2,61 124,5 151,7 47,8
Roubaix 2,65 107,3 134,8 40,4
Tourcoing 1,72 76,3 187,5 44,4
Wattrelos 1,11 52 148,2 37,8
Villeneuve-
d'Ascq 2,11 96,4 173,3 45,7
Marcq-en-
Baroeul 2,47 113 200 45,7
Arras 2,18 101,2 184,4 46,3
Boulogne
/Mer 1,96 84,6 164,5 43,1
Calais 1,57 66,3 196,5 42,2
Douai 1,77 75,1 167,9 42,4
Dunkerque 1,38 63 157,7 45,6
Lens 2,19 86,11 166,7 39,4
2,68 114,8 178,7 42,9 Valenciennes
Basse-
Normandie 0,92 41,3 139,5 45,1
Caen 2,52 115,8 201,1 45,9
Cherbourg 1,5 68,3 191,4 45,6
Haute
Normandie 0,74 35,3 135,5 46,1
Rouen 2,68 129,7 195,3 48,4
Evreux 1,9 89,7 154 47,1
Le Havre 1,25 55,8 165,1 44,5
Pays de 0,42 42,8 128,2 46,4
29Loire
Nantes 2,5 121,1 181,5 48,25
Rezé 2,17 103,6 233,3 47,7
La roche-
sur-Yon 2,19 100,7 163,9 45,9
Saint-
Herblain 2,03 98,1 158,2 48,3
Angers 1,78 82,6 188,6 46,3
Le Mans 1,85 87,3 197,6 47,1
Laval 1,73 84,1 190,9 48
Cholet 1,74 80,6 165,9 46,4
Saint-
Nazaire 1,78 78,1 170,9 43,8
Picardie 0,71 33,2 149,6 46,4
Amiens 1,46 68,1 175,3 46,5
Compiègne 2,05 97,6 184,9 47,7
Saint-
Quentin 2,05 87,8 191,8 42,9
Beauvais 1,78 83,6 177,3 47,1
Poitou-
Charentes 1,03 46,2 141,4 44,7
Poitiers 2,2 96 242,7 43,5
La Rochelle 3,2 140,1 164,2 43,6
Angoulême 2,7 124,4 182,9 46,8
Niort 1,81 86 181,5 47,5
Paca 1,82 79,6 146,1 43,6
Marseille 3,05 127,4 181,1 41,8
La Seyne 3,65 144,4 162,7 39,5
Cagnes-sur-
Mer 4,3 193,1 177 44,9
Fréjus 4,34 186,9 177,7 43
Avignon 4,36 194,3 177,3 44,6
Le Caunet 3,85 170,1 194,8 44,1
Antibes 5,18 225 195,6 43,4
Grasse 3,83 175 212,2 45,8
Nice 4,37 188 179,6 43
Toulon 3 128,9 189,2 43
30Hyères 3,55 160,7 184,4 45,3
Cannes 6,41 262,3 180 40,9
Aubagne 3,63 162 169,9 44,6
Martigues 2,28 105,5 189,3 46,3
Aix-en-
Provence 4,48 199 201,9 44,4
Vitrolles 2,74 129,4 170,7 47,2
Arles 3,03 129,1 202,1 42,7
Gap 2,64 119,6 167,4 45,3
Salon de
Provence 3,03 137,5 198,1 45,4
Draguignon 3,07 140,6 192,4 45,8
Istres 1,85 88,8 157,4 48,1
Rhône-
Alpes 1,23 58,2 137 45,4
Lyon 3,25 162,7 191 50
Vaulx-en-
Velin 3,33 135,6 160,3 40,7
Villeurbanne 2,58 122,7 204,4 47,5
Caluire et
Cuire 2,39 114,7 215,4 46,9
Bron 2,04 90,1 175,5 44,3
Valence 3,06 135,8 183,2 44,4
Vénissieux 2 88,7 205,9 44,4
Chambéry 2,71 123,7 169 45,5
Annecy 3,46 168,2 173,2 48,6
Grenoble 2,69 127,4 193,5 47,3
Saint-Étienne 2,29 99,9 181,5 43,6
Saint-Priest 2,07 97,3 178,2 46,9
Bourg-en-
Bresse 2,07 94,3 176,3 45,5
(1) Source : INSEE

Une autre approche intéressante et prometteuse est fournie par F. Lasch
(2009) dans la Revue internationale PME à l’article « Impact du contexte
socioéconomique local sur la création d’entreprise en France » que nous citons
: Dans quel environnement socioéconomique prospèrent les jeunes entreprises
et quel contexte territorial s’avère plutôt défavorable pour le développement
d’activités entrepreneuriales ? L’auteur travaille à partir des 348 zones
31d’emploi de la France et sur toutes les créations de 1993 à 2001. Les fortes
disparités observées révèlent un lien direct entre les contextes territoriaux et
l’intensité de création. Les déterminants majeurs sont le taux de chômage, la
croissance démographique et un marché d’emplois hautement qualifiés. La
dynamique de l’économie est de plus en plus fondée sur le savoir, les
externalités de savoirs ayant même une incidence fortement supérieure à celle
d’agglomération ». La piste de recherche est sans doute bien prometteuse.


3. L’importance du fait urbain dans l’entrepreneuriat :
exemple du développement de Roubaix-Tourcoing au
XIXe siècle

Le développement entrepreneurial et, au-delà, le développement
économique et de l’emploi dans les villes de Roubaix et de Tourcoing
représente l’exemple le plus achevé de la révolution industrielle française au
XIXème siècle.
Les racines de ce développement sont profondes dans l’histoire des villes,
et la révolution industrielle y démarrera tôt en France dès 1804 ; elle atteint son
apogée vers 1906 avec l’Exposition Universelle mondiale de Roubaix.
Beaucoup de facteurs seront similaires pour Roubaix et pour Tourcoing.
Mais chaque ville n’en conserve pas moins sa propre culture et ses modalités
spécifiques. (Trénard 1977).
La différenciation d’avec Lille n’en sera pas moins très significative.
- L’activité industrielle de Roubaix-Tourcoing est une activité qui ne
démarre pas d’une table rase lors des prolégomènes de la révolution
industrielle.
Les deux villes étaient déjà depuis longtemps impliquées dans une activité
économique significative, surtout textile, dont témoigne la charte des drapiers
datée de 1469. Les fabricants roubaisiens avaient désormais le droit de
fabriquer du drap de laine, notamment en concurrence vis-à-vis des marchands
drapiers lillois qui en revendiquaient le monopole.
Ils y étaient engagés déjà depuis longtemps, bénéficiant de règles beaucoup
moins contraignantes que celles des corporations, de coûts de production et
5notamment salariaux beaucoup plus faibles (ceux qui croient que les
délocalisations datent du XXe siècle devraient apprendre l’histoire
économique).
Mais il leur était prescrit de ne tisser que des draps avec des laines
grossières et non la sayette produite avec les laines les plus fines. Assez tôt,
l’approvisionnement nordiste en laine est international :

5 Hilaire Y.M. in Trénard op. Cit. (1977) p. 54 et s.
32

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