Tourisme et frontières

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La croissance économique mondiale constitue un formidable moteur du développement de la demande touristique. Le secteur du tourisme est partie prenante du développement de la "nouvelle économie" et de la "société des loisirs". Perçu comme une activité secondaire et artisanale, le tourisme n'est pas toujours considéré pour ce qu'il représente, à savoir une industrie mondiale hautement dynamique et éminemment stratégique. Par ailleurs, le tourisme invite à aborder sous tous les angles le concept de frontières.
Publié le : jeudi 1 mars 2007
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EAN13 : 9782336264745
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Tourisme et frontières

Sous la direction de Jean-Louis CACCOMO

Tourisme et frontières
Les actes des journées académiques du tourisme

Organisées par:
L'Atelier« Economie du Tourisme» du G.E.R.E.M. (Groupe d'Etude et de Recherche en Economie et Management) du département« Economie & Management» Avec la collaboration de la Faculté de Sport Tourisme Hôtellerie Internationale, l'Institut Universitaire Professionnalisé de Tourisme de l'Université de Perpignan et le soutien du conseil régional du Languedoc-Roussillon

L'Harmattan

cg L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr hannattanl @wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-02954-5 EAN : 9782296029545

AVANT-PROPOS

Les Journées Académiques du Tourisme (J.A.T.) ont été créées par Bernardin Solonandrasana et Jean-Louis Caccomo à la suite de la publication de leur livre « l'Innovation dans l'industrie touristique, Enjeux et défis »1. Après une série de missions internationales en Ukraine, au Maroc, à Madagascar, en Chine et en Thaïlande, les auteurs ont proposé un ensemble d'études d'économie appliquées au secteur touristique. Tout en investissant un champ rarement étudié par les économistes, il s'agissait de mettre à l'épreuve les concepts et les modèles économiques en les confrontant aux enseignements du terrain et aux statistiques, notamment les données produites par l'Organisation Mondiale du Tourisme (O.M.T.). Ces études ont aboutit à un livre qui expose le programme de recherche de l'atelier en «Economie du Tourisme» du G.E.R.E.M. (Equipe d'Accueil n° 2985) de l'Université de

Perpignan - Via Domitia. Cet atelier rassemble aujourd'hui
cinq maîtres de conférences et cinq doctorants, tous animés par le même désir d'appréhender, en des termes scientifiques, académiques et appliqués, un secteur complexe, ouvert, multidimensionnel et mouvant comme le tourisme international. A la suite de ma nomination à l'I.U.T. section « transport» de l'Université de Perpignan, l'atelier de

l

L'Harmattan [Paris, 2001].

tourisme m'a confié la responsabilité de l'organisation de la deuxième édition des J.A.T. L'objectif de ces rencontres annuelles est de rassembler des jeunes chercheurs en économie et gestion dont le point commun est de conduire des travaux de haut niveau dans le domaine du tourisme. Les doctorants sont alors conviés à présenter, à l'occasion de sessions académiques, leurs travaux de thèse et leurs pistes de recherche futures. C'est un enjeu académique important dans un secteur qui n'a pas encore acquis toutes ses lettres de noblesse et toute sa légitimité. Nous espérons ainsi apporter notre contribution à l'édifice ambitieux, mais indispensable, de la reconnaissance académique de travaux de recherche pointus dans les domaines variés relatifs aux différents métiers du tourisme (transport, aménagement du territoire, technologie de l'information, tour-opérateur, hôtellerie et hébergement...) alors même que les industries touristiques sont amenées à tenir une place stratégique dans un nombre croissant de pays et que la position de la France est de plus en plus contestée. La première édition des J.A.T s'est déroulée les 2 et 3 octobre 2003 à Perpignan sur le thème «Les Ressources humaines dans le Tourisme: Enjeu de la Recherche touristique» . La deuxième édition a eu lieu les 23, 24 et 25 septembre 2004 à Perpignan sur le thème «Espaces transfrontaliers et tourisme ». Chaque fois, la liste des participants, venus du monde entier, a montré l'intérêt grandissant de tous les acteurs de la recherche et de l'économie pour une industrie mondialisée de plus en plus stratégique.
Romain PETIOT de la deuxième édition des J.A.T.

Organisateur

6

PRÉF ACE

Pour une recherche en écono:mie appliquée au secteur du touris1lle international2
Jean-Louis CACCOMO Université de Perpignan Via Domitia caccomo@univ-perp.fr

La croissance économique mondiale, parce qu'elle repose sur un accroissement des gains de productivité permettant de libérer du temps et qu'elle se traduit par une progression régulière du pouvoir d'achat, constitue un formidable moteur du développement de la demande touristique. Le tourisme est une sorte de «bien supérieur », correspondant à un besoin lui-même classé de rang supérieur dans la pyramide des besoins élaborée par Maslow. Ce n'est que lorsqu'un pays parvient à un certain niveau de développement, lui-même résultat d"'une période suffisamment durable de croissance économique, que les ménages ressentent le besoin de voyager et que l'économie est en mesure de constituer une offre viable pour répondre à ces attentes. Ainsi, l'évolution de la demande impulse le développement d'une offre touristique évolutive. Cette dynamique s'accompagne cependant de profondes transformations. Le secteur du tourisme est partie prenante du développement de ce que les commentateurs ont
2 Allocution de clôture des premières Journées Académiques du Tourisme, le vendredi 3 octobre 2003, Université de Perpignan Via Domitia.

appelé la « nouvelle économie» d'une part, et de la « société des loisirs ». Bien qu'il existe une littérature internationale abondante dans le domaine de l'économie du tourisme, le secteur touristique est un champ relativement peu étudié par les économistes en général, et par les économistes français en particulier3. Longtemps perçu comme une activité secondaire et artisanale, le tourisme n'est pas toujours considéré pour ce qu'il représente réellement aujourd'hui, à savoir une industrie mondiale hautement dynamique et, à plus d'un titre, éminemment stratégique 4. La France occupe une position privilégiée en tant que destination touristique. Paradoxalement, cette situation privilégiée - et enviée de tous - lui pose quelques problèmes économiques. Avec le record mondial des arrivées touristiques, elle génère relativement moins d'emplois et de recettes touristiques dans l'industrie touristique que l'Italie, l'Espagne ou les Etats-Unis. Cette incapacité relative à tirer parti des retombées de l'activité touristique en termes d'emplois conduit à s'interroger sur les ressorts de la dynamique sectorielle et son implication réelle dans la croissance globale du pays. A ne pas y prendre garde, le sort de l'économie touristique pourrait être comparable à celui qui frappe aujourd'hui le secteur viticole. Longtemps le vin était associé à la France, qui pouvait évoluer dans ce secteur sans rivaux sérieux. Mais aucune position n'est acquise définitivement. Alors que les habitudes de consommation se modifient et que les français consomment relativement moins de vin, l'offre est devenue mondiale. Les producteurs de vin,

Pour une revue de la littérature internationale, voir notamment Tisdell [2000]. Pour une référence fTançaise, voir Vellas [2002]. 4 Caccamo et Solonandrasana [200 1a].
8

3

pris à la gorge, en appellent à la protection de l'Etat et aux subventions européennes. Faute d'une compréhension approfondie des processus en œuvre dans l'émergence des destinations touristiques et dans la création de valeur touristique, la France pourrait bien perdre sa position privilégiée sur le marché du tourisme international désormais ouvert, mondial et évolutif. En effet, les pouvoirs publics prennent le risque d'intervenir au coup par coup dans un secteur éminemment complexe alors que les acteurs privés ne prennent pas toujours la mesure de leurs choix stratégiques. Dans ce secteur aussi, les avantages comparatifs ne sont pas donnés une fois pour toutes alors qu'émergent de nouveaux pays touristiques. De leurs côtés, les destinations traditionnelles peinent à se repositionner sur un échiquier mondial désormais déstabilisé par un contexte marqué par l'incertitude radicale. Cette incertitude elle-même montre que le tourisme est une industrie qui doit évoluer avec le risque dont les dimensions sont multiples: menaces terroristes, aléas climatiques, accidents technologiques, grèves dans les transports, guerres et incertitudes géopolitiques. L'innovation touristique constitue la réponse stratégique à l'incertitude et l'ouverture des marchés s. Au-delà des enjeux théoriques, la recherche appliquée dans le tourisme est cruciale pour un nombre croissant de pays. Pour les pays de l'Europe de l'Est, le développement d'une économie touristique dynamique peut être le moyen de l'intégration dans l'économie mondiale, constituant le vecteur de la transition de l'économie administrée à l'économie de marché. Pour les pays en développement, notamment en Afrique Noire, le secteur touristique constitue un moteur puissant pour sortir de la pauvreté et déclencher l'industrialisation du pays, l'apport de recettes touristiques
5 Caccomo et Solonandrasana [2001 b]. 9

constituant une manne essentielle et une alternative à l'assistance qui maintient dans la dépendance. Dans le cadre de sa modernisation économique, le Gabon a décidé de faire du tourisme une véritable industrie alors que ses ressources pétrolières ne sont pas inépuisables. Pour les pays émergents du pourtour méditerranéen et du Maghreb, le tourisme constitue un défi économique majeur. Le Maroc a récemment lancé un plan de développement touristique afin d'apparaître comme une des destinations phares en Afrique du Nord. Enfin, pour les pays émergents de l'Asie, le développement du secteur touristique constitue un moyen de maîtriser le décollage rapide qu'ils connaissent aujourd'hui. Avec le même souci d'accélérer son intégration dans le marché du sud-est asiatique désormais en plein essor, la Thaïlande fait de l'industrie touristique une de ses priorités nationales. On pourrait multiplier indéfiniment les exemples. De manière générale, le secteur touristique est, selon les pays, le moyen de tenter d'enclencher un processus vertueux de développement économique et social, ou le moyen de nourrir la phase délicate de transition à l'économie de marché. Cependant, le tourisme ne peut être une fin en soi car la fréquentation touristique génère aussi des effets négatifs dans les pays d'accueil. Il induit, par ailleurs, une dépendance économique alors même que les flux touristiques internationaux ont un caractère aléatoire. Pour ces raisons, la fréquentation touristique n'est pas toujours une garantie de développement. Ainsi, l'analyse économique de la dynamique de la fréquentation, à travers une conceptualisation du principe de l' attractivité touristique, s'avère un enjeu à la fois théorique et pratique6. On comprend mieux pourquoi le secteur touristique est un champ d'application privilégié pour les modèles d'économie
6 Caccamo [2004]. 10

industrielle et de gestion. Il offre une multiplicité de caractéristiques qui ont fait l'objet d'analyses détaillées dans les autres secteurs de l'économie. Tout d'abord, l'industrie du tourisme est une industrie mondialisée. Deuxièmement, le bien touristique est un bien complexe dont l'appréhension immédiate est loin d'être évidente7. Troisièmement, la place des firmes multinationales et des comportements stratégiques est essentielle dans ce secteur aux dimensions planétaires. Quatrièmement, le poids des extemalités y est important, nécessitant une intervention intelligible et mesurée des pouvoirs publics et des collectivités locales qui ne doit pas évincer les initiatives et les financements privés. Les institutions publiques ont donc un rôle crucial à assumer pour peu que ce rôle soit précisément défini. Enfin, la dimension technologique, et les réseaux d'information en particulier, jouent un rôle déterminant dans un secteur où le produit n'est pas immédiatement palpable par les consommateurs8. Ces caractéristiques sont autant de pistes de recherche qui peuvent susciter de fructueuses collaborations entre les disciplines de l'économie, de la gestion, de la sociologie ou de la géographie. Ces considérations ont motivé le lancement des Journées Académiques du Tourisme (J.A.T.) à l'Université de Perpignan. La publication des Actes des Journées Académiques du Tourisme se fait dans le cadre d'une réflexion autour de la notion de frontières. Le tourisme nous invite à aborder sous tous ses angles le concept de frontières. L'évolution technologique (dans le traitement et la communication de l'information, dans les modes de transport et d'hébergement), en déplaçant la frontière des possibilités de production,
7

Voir les travaux de Pizam et Mansfeld [1999];
[2002].

Caccamo

et

Solonandrasana
8

Caccamo [2000]. Il

démultiplie les champs de valorisation touristique. La globalisation, en transcendant les frontières géographiques et culturelles, agit comme un puissant moteur du développement des marchés touristiques. Enfin, l'appréhension et l'analyse du phénomène touristique luimême conduit le chercheur, soucieux de saisir une réalité complexe et toujours mouvante, à se situer aux frontières de multiples disciplines des sciences humaines, et notamment l'économie, la gestion, la géographie ou encore la sociologie. Car si la frontière nous permet de nous identifier, elle peut aussi nous isoler en nous enfermant. le veux remercier tous les participants, ainsi que tous les organisateurs, qui nous ont aidés dans cette entreprise innovante. A l'heure où les petites universités et les petits laboratoires de recherche doivent trouver une spécialisation forte, afin d'évoluer dans un espace universitaire lui-même toujours plus ouvert, internationalisé et concurrentiel, je forme le vœu que les l.A.T. sauront s'inscrire dans la durée pour permettre de propulser des chercheurs venus de tous horizons, en suscitant des travaux académiques de portée internationale.
BIBLIOGRAPHIE

Caccomo J.L., Solonandrasana B. [2001a] L'innovation dans l'industrie touristique: Enjeux et stratégie, L'Harmattan, Paris. Caccomo J.L., Solonandrasana B. [2001b] "De l'idée au produit, l'innovation touristique: un effort difficile à mesurer" et "Le tourisme de l'espace: mythe et réalité", Revue Espaces na 186, Paris.

12

Caccomo J.L., Solonandrasana B. [2002] «Réflexion autour du concept d'attraction touristique. Analyse et taxonomie », Revue de recherche en tourisme, UQAM, Vol. 21, N° 3. Caccomo J.L. [2000] «Les enjeux informationnels. Une application des modèles d'économie industrielle dans le secteur touristique », Revue Espaces, na 169, Paris. Caccomo J.L. [2004] «De la fréquentation optimale des

destinations - Analyse économique de l'attractivité des
destinations touristiques», Revue Espaces 217, juillet -août 2004, Paris. Pizam A., Mansfeld Y. [1999] Consumer Behaviour in Travel and Tourism, The Haworth Hospitality Press - New York, London, Oxford. Tisdell C. [2000] The Economics ofTourism, vol. 1 et 2. The International Library of Critical Writings in Economics 121,

An Elgar Reference Collection, Cheltenhaum, UK Northampton, MA, USA. Vellas F. [2002] Economie et Politique International, Economica, Paris. du Tourisme

13

Touris111e. Développe111ent et Capital HUl11ain : un modèle simple à deux secteurs9
Emmanuelle AUGERAUD-VERON Université de La Rochelle, LMA. eaugerau@univ-lr.fr Laurent AUGIER, Université de La Rochelle, LMA. laugier@univ-Ir.ft

INTRODUCTION

Le boom dans le secteur du tourisme et ses conséquences sur le développement marquent l'actualité économique récente des pays émergents et en développement. L'insertion des économies dans le commerce international favorise la croissance économique fondée sur le secteur du tourisme. Sur la période 1990-2000, le nombre d'arrivées de touristes dans les pays de l'OCDE est en progression de 39 %, les dépenses par touristes, en valeur absolue, augmentent de 64,3%. Le trait est encore plus marqué pour les pays en développement
9 Une version préliminaire de ce travail a été présentée au colloque Tourisme et Développement durable organisé par l'université des Antilles-Guyane en septembre 2003, au II Journées Académiques du Tourisme (JAT) en 2004, au colloque T2M en février 2005, au congrès de l'AFSE en septembre 2005. Nous tenons à remercier les participants du colloque pour leurs remarques constructives. Ce travail a bénéficié d'une aide de la Maison des Sciences de l'Homme et de la Société (MSHS) de l'Université de La Rochelle.

où les taux avoisinent 94,4 % pour le nombre d'arrivées et de 132,9 % pour les dépenses. Les pays les moins avancés sont aussi affectés puisqu'ils enregistrent un taux de 78,8 % pour les arrivées et un taux de 154,1 % dans le poste des dépenses des touristes. A l'échelle mondiale et pour l'année 2004, le tourisme représente 10,4 % du Produit Intérieur Brut (PIB), 9,4 % des investissements en capital et 12,2 % des

exportations de biens et services10. Cette part est encore plus

importante dans les pays en développement. Par exemple, pour l'année 1999, la part du tourisme est égale à 16,1 % du PIB pour la Tunisie, 22 % pour la Jordanie, et 23 % pour la République dominicaine. Sur le plan de la politique économique de court et moyen terme, le développement du secteur du tourisme est un volet important de la lutte contre le chômage. Une qualification faible de la main d'œuvre conjuguée à un niveau de productivité peu élevé du travail réduit le chômage. En outre, le tourisme favorise aussi l'accumulation des devises. Enfin, l'investissement dans le tourisme obéit à une stratégie d'aménagement du territoire qui fixe la population à l'extérieur des villes et des complexes

urbains saturésIl. Les revenus du tourisme constituent un
complément important pour la population travaillant dans l'agriculture. Cette source de revenus est souvent l'unique moyen de maintenir l'activité agricole où la concurrence est de plus en plus forte avec l'ouverture des marchés. La littérature sur le tourisme est souvent reliée aux recherches en économie internationale. Les conséquences du tourisme sur une économie sont notamment abordées à partir d'éléments de la théorie du syndrome hollandais. Les auteurs étudient notamment les déséquilibres cumulatifs entre les
Les statistiques sont tirées des études du World Travel & Tourism Council (W\vw.wttc.org) et Asley et alii (2004). Il Voir par exemple Y. Zhao (1998) sur l'importance des migrations entre les campagnes et les villes en Chine. ID

16

secteurs traditionnels et celui du tourisme dans un cadre statique (Chao et alii (2004), Nowak (1998), Hazari et Sgro (1995)). Dans ce travail, nous étudions les interdépendances entre un secteur du tourisme, un secteur produisant un bien servant à la consommation/production et l'éducation sur la dynamique de la formation du capital humain. Depuis la contribution d'Uzawa (1965), le rôle de l'éducation sur l'efficacité du travail est devenu un élément central dans la détermination du taux de croissance de long terme. Les effets positifs de l'éducation à l'échelle de la société sont au cœur des nouvelles théories de la croissance et du développement (Aghion et Howitt (1998), Azariadis et Drazen (1990), Lucas (1988)). Dans cette perspective, nous étudions le tourisme dans un modèle à générations d'agents à la AIIais-Diamond. Il s'agit de caractériser les interactions entre le secteur du tourisme et la formation du capital humain. Nous montrons dans une économie à deux secteurs comment une part importante de la main d' œuvre dans le secteur du tourisme peut contrecarrer les effets bénéfiques de la formation du capital humain dans le secteur industriel. A long terme, le secteur du tourisme ne peut être seulement un moyen de réduction du chômage. Le développement de ce secteur doit être accompagné par un investissement dans un système de formation performant permettant à la main d'œuvre de ce secteur de pouvoir migrer vers d'autres secteurs ou d'autres fonctions économiques. Cette contribution est organisée de la façon suivante: dans une première partie nous présentons la modélisation de l'économie avec le secteur du tourisme. Nous caractérisons ensuite les propriétés de l'équilibre économique avant d'évaluer l'effet du secteur du tourisme sur la croissance.

17

1. DÉVELOPPEMENT

ÉCONOMIQUE ET TOURISME

L'économie est définie à partir de deux biens et deux secteurs dans un modèle «à générations d'agents.» Le secteur industriel produit un bien de consommation/production12 et le secteur du tourisme produit des services. Le secteur industriel est indexé par la lettre I et le secteur du tourisme par la lettre T. Chaque génération vit deux périodes. Soit Nt la population née à la date t, le taux
de croissance noté n est supposé constant: Nt+l = (1+ n) Nt

.

La taille de la population travaillant dans les deux secteurs est fixe13. L'absence de mobilité du travail entre les deux secteurs résulte de la demande de travail qualifié dans le secteur de l'industrie. La part constante de la population du secteur I est notée T . On notera N/ la population du secteur
de l'industrie avec la relation: N:

= 'l'Nt.

La population14

du

secteur T, notée NtT, à la période t, est définie par la relation
suivante: NtT

= (1- T )Nt .

Après avoir présenté le cadre général, les paragraphes suivants décrivent plus en détails les comportements des agents et les propriétés de l'équilibre et de la dynamique économique.

Le premier type de bien produit par le secteur industriel peut être directement consommé ou utilisé dans la production (Solow (1956)). 13 Ce modèle à deux secteurs apparaît très différent du modèle néoclassique de référence dans lequel le taux de salaire d'équilibre détermine l'allocation de la main-d' œuvre entre les deux secteurs (cf. Uzawa (1961) et Galor (1992)). 14On notera qu'il faut distinguer la population intervenant dans le secteur I et l'offre de travail dans la mesure où l'offre de travail est endogène. En revanche, dans le secteur T cette distinction n'a pas lieu d'être car, les agents ont une offre de travail exogène. 18

12

2. LES CHOIX DES CONSOMMATEURS

DES DEUX SECTEURS

On suppose que l'agent représentatif du secteur I travaille sur la première période de vie et arbitre entre le temps consacré à l'éducation, 1/, et l'offre de travail ~',1. Sur le plan de l'éducation, on admet que seuls les agents jeunes du secteur I peuvent investir dans l'éducation grâce à un revenu du travail relativement plus élevé. La totalité du revenu du travail de la première période est épargnée. En deuxième période, l'offre de travail de l'agent est inélastique. Enfin, il consomme la totalité de son revenu issu de l'épargne et du travail. La dotation initiale en heures est supposée égale à
un: 1/ + ~',1

= 1.

Soit ut la part des heures allouées

dans

l'éducation, il vient: I: = Ut (i.e. 4,1 = 1- Ut) avec UtE [0,1]. L'épargne Stest rémunérée au taux d'intérêt anticipé, ~+l' en vigueur sur le marché du capital de la période future. Une partie du revenu de la deuxième période est égal à l'épargne multipliée par le facteur d'intérêt: StRt+lavec Rt+l 1+ ~+l . = L'évolution du niveau de l'éducation noté a est régie par la dynamique suivante: le niveau de la période t+1, at+l' dépend à la fois du niveau courantat hérité de la période précédente et du temps alloué dans l'éducation par l'agent, ut' à la période t. Cette dynamique peut prendre de nombreuses formes15.Dans cette étude, nous utilisons une dynamique en temps discret inspirée d'Azariadis et Drazen (1990) :
at+I = rjJ(Ut a(, )

(1)

15 Par exemple, Uzawa (1965) modélise le taux de croissance du travail efficace en fonction du rapport entre le travail employé dans l'éducation et la force de travail totale. 19

fjJ'

(Ut) > 0, fjJ" (Ut) < 0, 'rit ~ 0, l'augmentation

du temps

alloué dans l'éducation augmente le niveau d'éducation de la période future. Le « rendement» de l'éducation est décroissant puisque le taux de croissance de a décline avec l'accroissement de ut. Si la population de la jeune génération d'agents dans le secteur I n'investit pas dans l'éducation, le niveau est alors stationnaire: at+l = at <=> fjJ(O) = 1. Dans la suite, l'étude de la dynamique sera réalisée à partir de la

fonction suivante:

rjJ(Ut)

= 1+ (Ut / m)Y, avec

r E ]0,1[

et

m > o. Sur le plan micro-économique, nous supposons que le comportement du consommateur représentatif est défini à partir d'une fonction d'utilité logarithmique:
U
I

(Ut' d/+1) = - Jllog ( ut ) + v log

(dt~l ) , avec

Jl + v = 1.

La fonction d'utilité a une forme particulière puisque l'agent tire une utilité marginale positive de l'offre de travail et une « désutilité marginale» en investissant dans l'éducation. Cette relation entre l'éducation et le travail n'est pas standard, mais elle peut être justifiée dans le contexte particulier des systèmes éducatifs et de formations des pays en développement. Cet aspect est relevé par des économistes spécialistes du développement économique comme W. A. Lewis (1955). Les agents ne sont pas incités à investir dans l'éducation, car les revenus tirés de ce type de placement sont souvent inférieurs au coût de l'investissement: « (...) each family solved these problems for itself, buying as much education from private teachers as it could afford (...) the decision made were incorrect, erring presumably on the side of under-evaluating education (.) in such community the demand for education is extremely small, in relation to the population as a whole.» p. 184.

20

Ces éléments sont toujours d'actualité si l'on se réfère au Rapport de la Banque Mondiale de 1995 sur l'éducation et la formation. Il ressort notamment que les acteurs économiques comme les entreprises et les ménages ne sont pas incités à investir dans l'éducation et la formation. Du point de vue des entreprises, la valorisation des investissements dans l'éducation par les agents n'est pas prioritaire: « ln the best cases employers train workers as quickly as possible for existing job.» p. 7. Les agents rencontrent souvent des difficultés pour financer des études longues coûteuses par rapport à des rendements insuffisants. «Finding wage employment is difficult in countries where the modern sector of the economy is small and growing slowly, creating few new jobs relative to the numbers of young people entering the labor market with postprimary education or training.» p. 28. Compte tenu de ces barrières, l'agent représentatif valorise l'offre de travail au détriment de l'investissement dans l'éducation. Enfin, les bénéfices tirés des investissements par les agents dans l'éducation à l'échelle de la société ne sont pas directement perçus par l'employeur et les employés. En résumé, le programme du consommateur du secteur I permet de définir l'offre d'épargne, St' la demande du bien, dt~l et la part du temps disponible allouée dans l'éducation
Ut.
~+l

L'agent représentatif forme des anticipations parfaites:

= J;+l

. Le programme du consommateur
+ v log

s'écrit:

Max UI UtE[O,l](Ut ,d:+!) = - plog(Ut)

(dt~!),
(1 -

St = w: al 4,1 = w: al

ul

),

sous 1 contraIntes: es

.

d 1+1 = SI R1+1 +

l

I

I , Wt+1 al+1

at+1 = rjJ( Ut ) at .

21

On montre dans l'Annexe 0, qu'il existe au moins une

solution optimale notée u; . Si de plus

rjJ'

(u)u - (u) < 0 16 est
rjJ

vérifiée, alors la solution est uniquel7. Le temps optimal consacré à l'éducation satisfait l'équation: Au + Bur = C , avec les notations:
A
==

(1

-

( V/Il)

)

~+l'

B

== ( (rv

/ Il ) -1)

(

W:+l

/ w:

),

et

C == Rt+l +

(

W:+l

/ w: )

Afin de simplifier les calculs, nous poserons: vi f.1= 1 .18 La part optimale du temps alloué dans l'éducation s'écrit: u; =(CjBy/r. (2)

L'offre totale de travail efficace dans le secteur I est composée de l'offre de travail endogène des jeunes et de l'offre de travail inélastique des anciens. Le capital humain offert du secteur I à la période t s'écrit: LV,!NI HI = aI (IJ'! NIt + t t-I. ) Com pte tenu de la dynami que de I I la population, on obtient: H/ = ((1- ut)(l + n) + l)atN/_I, (3)

16

L'équation

admet
avec

une unique
tp( Ut) = -.u(

solution,
uJ,

Ut' V (WI'
- Wt+l~(Ut) J

W/+P R,+l)

E

i

:,

si
et

tp' (Ut) > 0

WtR,+l(1-

+ VWl+l~'(Ut)

cp' (Ut)

Ut Wt+l J (u ) U- ~ (u ) < 0 . Cette propriété sur la concavité est telle vérifiée lorsque ~' Ut

= J.l

~ (Ut) - ~'( Ut )u,

(

+ J.l ~+lWt + v~" (Ut) > 0

.

La

condition

est

que le terme

vrP"

(Ut) est suffisamment petit pour vérifier la condition.
car l'équation est

17Cette condition est obtenue par Uzawa (1965). 18 Cette hypothèse facilite la résolution du modèle, inversible.

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