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Une mondialisation humaniste

159 pages
A l'heure de l'ordinateur et de la conquête du cosmos, la mondialisation est irréversible. Une globalisation libérale anarchique, sans contre-pouvoir, risque de provoquer d'immenses drames sociaux. Le Centre Solidariste a alors réuni des théoriciens de l'économie et des réalisateurs d'actions solidaires pour réfléchir sur un monde solidaire, plus respectueux, plus équitable économiquement et socialement.
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Marcel RUBY
(sous la direction de)

UNE MONDIALISATION HUMANISTE
PREFACE Pierre-André WIL TZER
Ministre Délégué de la Coopération et de la Francophonie

Collection Mouvements

Economiques

et Sociaux

L'HARMATTAN

INSTITUT CEDIMES

Collection Mouvements Economiques et Sociaux Dirigée par Claude ALBAGLI

La collection « les Mouvements Economiques et Sociaux» présentée par L'HARMATTAN et l'INSTITUT CEDIMES se propose de contribuer à l'analyse des nouveaux aspects de la mondialisation en embrassant les phénomènes économiques, sociaux et culturels. Elle vise à faire émerger des recherches et des contributions originales sur les tnutations du développement et de la mondialisation.
Ouvrages parus ou en cours de parution

ALBAGLI Claude, «Le surplus agricole, De la puissance jouissance », L'Harmattan, ColI. M.E.S., 2001 DELIV ANIS-NEGREPONTI Maria, « La conspiratrice », L'Harrnattan, ColI. M.E.S., 2002

à la

mondialisation

RUBY Marcel (sous la direction) « Une mondialisation humaniste », Préface du Ministre Délégué de la Coopération et de la Francophonie, Pierre-André WILTZER L'Harmattan, ColI. M.E.S., 2003 RAJEMISON Sahondravololona et ALBAGLI Claude, «Mutations contemporaines et développement », Préface du Ministre de l'Enseignement Supérieur, Jean-Théodore RANJIVASON, L'Harmattan, ColI. MES, (mars 2003) KIM Yersu et ALBAGLI Claude, (Coordonnateurs) «Corée du Sud, Modèle de développement et crise », Traduction MAYOUKOU Célestin, Commission Nationale Coréenne pour l'UNESCO, L'Harmattan, ColI. M.E.S. (en cours de publication) MAYOUKOU Célestin, et TORQUEBIAU Elnmanuel, (Coordonnateurs), « Gouvernance du Développement local », Préface THUILLIER Jean-Pierre, vice président Université de Rouen CIRAD, L'Hannattan, ColI. M.E.S., (en cours de publication) Claude ALBAGLI (Coordonnateur) « Le Développement, Mélanges en l'Honneur de Jacques AUSTRUY», L'Harmattan, ColI. M.E.S. (en cours de publication)

PREFACE
Pierre-André WIL TZER Ministre Délégué de la Coopération et de la Francophonie

L'humanisme classique, qui place l'homme et les valeurs humaines au-dessus de tout, véhicule un certain optimisme. Celui qui, à la Renaissance, ouvre les portes de la raison, celui qui, avec les Lumières, affirnle que I'homme est un être de progrès «osant savoir », dont l'humanité est universelle. Rien dans la mondialisation ne s'oppose à 1'humanisme. Elle prolonge même son optimisme car la mondialisation est ouverture au monde, découverte de l'autre dans sa singularité, rapprochement des cultures, aboutissen1ent de l'idée que nous vivons sur une petite planète, liés par une communauté de destin. D'ailleurs, la diffusion des technologies et des découvertes scientifiques, la circulation de la création et des arts, la libéralisation des échanges ont apporté un indéniable mieux-être. Mais c'est là un tableau bien idyllique. Depuis le Il septembre 2001, nous avons pris conscience de la libre circulation de la folie meurtrière. La croyance en la fraternité entre les peuples recule et, lorsque nos regards se portent un peu au-delà du monde occidental développé, on décompte les guerres civiles, le Sida continue ses ravages et la pauvreté 5

gagne du terrain. C'est aussi, dans nos sociétés industrialisées, le problème des délocalisations, la permanence d'un niveau de chômage élevé, la tentation du repli identitaire et l'uniformisation des modes de pensée. Cet autre visage de la mondialisation appelle des réponses.

Il fut un temps où la réponse aurait été idéologique, risquant d'aggraver les conflits au nom des lendemains qui chantent ou de la grandeur d'un peuple humilié... Nous sommes sortis de cette ère et la réflexion qui s'engage tourne avant tout autour des réalités du développement et des besoins des populations. Le,s gouvernements des pays développés ont pris conscience de la nécessité d'aider les plus pauvres pour que cessent de s'accentuer ces déséquilibres Nord/Sud. Les approches sont celles du terrain, elles font preuve de pragmatisme et d'une volonté de dépasser les frontières culturelles. Cependant il n'y aura pas de réponse isolée. La France ne peut pas, seule, humaniser la mondialisation, elle doit s'appuyer sur ses partenaires et ses alliés. Elle tente de montrer la voie, comme c'est le cas pour le respect de la diversité culturelle, la préservation des biens publics mondiaux ou l'aide au développement. Mais ce combat est l'affaire de tous. Réjouissons-nous donc que le Centre Solidariste et son Président Marcel Ruby aient décidé de débattre de ce sujet et que ses travaux soient publiés par L' Harmattan. Le cadre qui m'était imparti pour l'avant propos à cet ouvrage collectif ne me permet pas de détailler les ambitions de la France mais chacun s'accorde à reconnaître notre volonté, sous l'impulsion de Jacques Chirac, de maintenir la paix, promouvoir les Droits de l'Homme et humaniser la mondialisation.

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Depuis que Kant a écrit son «Projet de Paix perpétuelle », l'idée de la création d'instances supranationales qui puissent e'ntraver les conflits entre les Etats nationaux s'est inscrite dans la réalité mais le chemin à parcourir pour leur efficacité est encore long. Sans nier nos réalités et nos cultures nationales, les solutions politiques aux défis posés par la mondialisation passent certainement par ces institutions supranationales, celles qui visent à réguler le commerce et les échanges, celles qui ont pour finalité la protection de notre environnement.
Ces enjeux sont ceux de l'honnête homme du XXlème siècle. Vaclav Havel, sans le qualifier comme tel, a dessiné un jour son portrait: il s'agit de s'imaginer vivre éternellement et après des siècles passés sur cette terre, en subir les conséquences mais surtout rendre compte de ses actes. En intégrant cette réflexion à nos pensées, l'espoir porté par la mondialisation renouera, peut-être, avec sa tradition humaniste.

Pierre-André WILTZER Ministre Délégué de la Coopération et de la Francophonie Novelnbre 2002

INTRODUCTION
Marcel RUBY Président du Centre Solidariste Le XXIème siècle commence sous le signe Mondialisation. Est-ce un bien? Est-ce un mal? de la

Un constat est évident: un monde nouveau s'élabore à grande vitesse, grâce notamment aux progrès extraordinaires des technologies. La terre tend à devenir ce «village planétaire» qu'évoquait Mac Luhan. Il est désormais possible de joindre Paris à Hongkong en treize heures, possible de savoir, à chaque instant, ce qui se passe en tous les points du globe et d'en recevoir des images en temps réel, grâce à la télévision et à l'Internet. On peut entrer en relation verbale ou informatique avec un interlocuteur présent à l'autre bout du globe. Progrès fabuleux! Mais cette mondialisation, cette globalisation engendrent également des inquiétudes et mêl11edes angoisses. Si le XXème siècle a été le siècle le plus sanglant de l'humanité (45 Inillions de morts dans les deux guerres mondiales), si les idéologies mortifères (nazisme, communisme, etc.) ont disparu, les immenses progrès technologiques n'ont pas permis de rassurer les humains (30 millions de morts déjà dus au sida). Guerres et génocides 9

continuent leurs ravages. Le terrorisme se généralise partout lui aussi. La mondialisation permettra-t-elle, au moins, un essor économique tel que les pays du tiers et du quart-monde vaincront la faim? Les économistes sont d'accord pour estilner que les productions agricoles actuelles permettraient de nourrir convenablement toute la population humaine. Or des millions d'êtres humains subsistent difficilement sous le seuil de pauvreté. Alors? L'inquiétude, l'angoisse, les manifestations violentes face à l'évolution actuelle de la civilisation semblent s'accroître à l'heure de la mondialisation, qui pourrait pourtant être porteuse de tant de promesses. De nouvelles guerres menacent. Même l'Etat le plus puissant du monde refuse le Protocole de Kyoto dans le domaine écologique et la Cour pénale internationale dans le domaine juridique. Beaucoup ont le sentiment d'être manipulés par des multinationales et par des forces financières occultes cherchant avant tout à réaliser plus de profits sans se soucier du sort des travai lieurs. Ces quelques exemples montrent que la mondialisation peut engendrer le meilleur ou le pire. Pour marquer sa première année d'existence, le Centre Solidariste a pensé qu'il fallait étudier, objectivement, les moyens de rendre cette mondialisation plus humaine, de lui permettre d'améliorer les conditions de vie de tous, dans l'efficacité mais aussi dans la générosité. C'est ainsi qu'est née l'idée de ce colloque. Un bref rappel s'impose afin de situer le Solidarisme sur le plan historique. Entraînés par Léon Bourgeois, les solidaristes du siècle qui vient de s'achever avaient cherché une voie Inoyenne entre le libéralisme (qui livrait les faibles aux puissants) et le socialisme (qui entendait abolir le droit de propriété, pour eux intangible ). N'étant lié à aucun parti politique, le Solidarislne a connu 10

rapidement une grande notoriété. Selon l'expression du grand historien Serge Berstein: «Il a été la doctrine sociale de la Troisième République ». Il a inspiré la plupart des lois sociales empreintes de justice et de générosité, telles que les retraites ouvrières et paysannes, les assurances sociales, le repos hebdomadaire obligatoire, les congés payés, etc. Sous les Quatrième et Cinquième Républiques, le mot a été oublié, mais pas l'inspiration. En relèvent, par exemple: la création de la Sécurité Sociale (qui a bâti un système de protection sociale sans précédent), « l'intéressement» proposé par le général de Gaulle, certains projets de la «Nouvelle Société» de Jacques ChabanDelmas, les réformes sociales des premières années Mitterrand et plus récemment, le RMI, la CSG, etc. Aujourd'hui, dans une société en mutation et en crise, le Centre Solidariste se propose de lutter pour une MONDIALISATION HUMANISTE, en actualisant le Solidarisme d'hier. Ce colloque a été conçu d'une façon originale. La première partie a permis d'entendre les exposés de spécial istes qui ont analysé les problèllles posés par la mondialisation libérale. Dans une seconde partie, certaines associations caritatives, soigneusement sélectionnées, ont présenté leurs réalisations concrètes, qui constituent des modèles pour l'avenir. La troisième partie, très constructive, propose des réformes et des innovations qui devraient créer de nouvelles solidarités. Enfin, une dernière partie évoque ce que devrait être cette République Monde dont rêvent les hommes qu'anime l'espoir en un avenir meilleur pour tous. Le Centre Solidariste exprime sa profonde reconnaissance aux éminentes personnalités qui ont présenté des comtTIunications au cours de ce colloque, ainsi qu'à ceux qui l'ont Inagistralement organ isé : - Pierre-Etienne FOURNIER, Directeur honoraire de la Banque de France, secrétaire général du Centre Solidariste, qui était chargé des relations avec les conférenciers; 11

HECKLY, Docteur d'Etat en Economie, fonctionnaire international, qui s'est littéralement mobilisé et a appol1é une très précieuse collaboration; - Jacques BERTHILLIER, Secrétaire Général de l'AIRE, association amie, dont le dévouement a été exceptionnel; - Jean-David AVENEL, professeur des universités, lui aussi très efficace, sans oublier Jean-Pierre BORGEAUD, notre trésorier général, Guy de PRATI et Raymond FUSILLIER, qui a imprimé nos invitations dans des conditions extrêmement généreuses; - Enfin, un grand merci au professeur Claude ALBAGLI, Président de l'Institut CEDIMES, qui s'est chargé de la publication des Actes de colloque et qui a réalisé ce livre. Dans ses aphorismes, Oscar Wilde a écrit: « le monde est une scène de théâtre. Mais les rôles ont été mal distribués ». A nous d'agir pour que règne dans le monde entier plus de respect de la personne humaine, plus d'harmonie, plus de justice sociale, plus de solidarité grâce à une mondialisation véritablement humaniste.
Puissent les travaux de ce colloque y contribuer.

- Christophe

Marcel RUBY Président du Centre Solidariste.

PREMIERE PARTIE

LES PROBLEMES LA MONDIALISATION

POSES PAR LIBERALE

CHAPITRE I

LA DIVISION SOCIALE DU TRAVAIL DANS LA DYNAMIQUE DE LA GLOBALISA TIONI
ESSAI D'INTERPRETATION

Claude ALBAGLI Président de l'Institut CEDIMES Université Panthéon-Assas (Paris II)

Le développement local est à la mode, l'implication des acteurs sociaux et des agents économiques de base est une référence. Est-ce le contrecoup de l'échec de certaines politiques globales qui plaçaient l'Etat au cœur des processus et du constat amer qu'une bonne partie des ressources dégagées ou octroyées se sont perdues dans des projets pharaoniques aux implications mal maîtrisées ou dans des dérives corruptrices n'enrichissant que quelques-uns placés opportunément à l'intersection du pouvoir et des affaires? Si les critiques de ce passé récent et les limites de cette méthodologie ont bien une c.onsistance réelle, le changement d'approche que constitue cette revalorisation de l'action à la base,
1 Ce texte est en cours de publication dans la Revue Géostratégie ;"1024. Son contenu a été présenté au colloque «Grandes mutations contelllporaines et Développement» à Antananarivo (Madagascar), en novembre 2000. 15

est néanmoins d'une tout autre portée. Elle intervient dans un contexte radicalement nouveau vis-à-vis des paradigmes qui s'affrontaient et s'imposaient depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y a assurément un monde neuf qui émerge depuis le début des années 1990. Il ne s'agit pas tant de répartir, de façon différente, la décision et la gestion des programmes de croissance et de développement en valorisant les actions du terroir, que de les insérer dans un autre cadre de référence, porteur de possibilités inédites, mais non dénuées de contraintes politiques et de biais socIaux. L'analyse sociale traditionnelle, répartissant l'activité entre les trois secteurs primaire, secondaire et tertiaire, devient moins pertinente pour appréhender les ressorts d'une réalité très dépendante de ses connexions avec l'extérieur. Par ailleurs, les bouleversements sociaux s'accompagnent d'une rupture avec les espérances qui avaient présidé à la croissance des "Trente Glorieuses" et aux analyses du développement: tant au Nord qu'au Sud, l'éradication de la pauvreté ne semble plus pouvoir survenir. De nouvelles pistes apparaissent avec l'ambition d'être un mode opératoire dans les nations industrialisées et les pays pauvres. Cependant, la toute-puissance du marché, au nom de ses normes à vocation planétaire, provoque des résistances. Le décalage social d'une partie significative de la population ne répond pas aux attentes, la contestation des pouvoirs de l'Etat par le marché et l'entreprise développe le sentiment d'une certaine impuissance des gouvernements. Cet état de fait interfère directement sur la redéfinition du rôle de la puissance publique. Les restrictions au plein exercice de son autorité lézardent sa légitimité et remettent en cause sa représentativité. La quête identitaire des citoyens est alors un double positionnement. Elle est simultanément une contestation contre la toute-puissance du marché et une réponse à une certaine friche sociale. Elle réoriente les forces du développement vers une prise en compte de la proximité. La promotion du désir porté par le consumérisme mondialisant et la glorification du terroir portée par l'affirmation identitaire expriment la prédominance de l'idée de liberté sur celle

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d' égalité2. Quelles marges peuvent prendre, dans ce contexte, les critères d'une bonne gouvernance locale?

La gouvernance locale n'est pas tant de déplacer quelques commandes du haut vers le bas, en laissant plus de capacités de choix à ceux qui opèrent près du terrain, mais de cOlnprendre comment les mécanismes sociaux et économiques sont perturbés, de quelles logiques nouvelles ils sont porteurs, comment il convient de concevoir la chaîne des relations et des décisions pour pouvoir en réaménager l'organisation avec le plus d'efficacité possible, et en répondant au mieux aux attentes. Les technologies de l'information et de la communication donnent de nouvelles possibilités d'actions et d'organisation, offrent de nouveaux moyens de puissance et s'inscrivent dans un jeu d'acteurs sensiblement renouvelé d'un bout à l'autre de la planète. Encore faut-il inscrire d'éventuelles redistributions des pouvoirs dans la logique de cette nouvelle donne, pour la cadrer avec la plus grande efficience. Notre objectif est de tenter de comprendre quelle est la dimension nouvelle des enjeux sur cette question, cOlnpte tenu du potentiel technologique, des effets du marché, de la puissance entrepreneuriale et de la recomposition du champ social. Les aspects techniques et entrepreneuriaux de la globalisation sont porteurs d'une profonde transforlnation sociale et institutionnelle qui touche les pays pauvres comme les pays riches. Cette mutation sociale reste encore inachevée. Est-ce simplement un processus d'obsolescence des forces passées pour laisser la place à de nouveaux modes de production et de nouvelles forces sociales, mais sans remettre en cause le cadre fondamental? Il semble bien que la transformation soit profonde et fondamentale, mêlne si les réponses pour délilniter la configuration des nouvelles structures conserve des marges d'incertitude. Les répercussions s'insinuent si profondélnent dans le champ social et institutionnel qu'il convient de dresser certaines hypothèses sous un double aspect celui de la recomposition sociale et celui de la redistribution des Pouvoirs.
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FUKUYAMA Francis, La fin de I 'histoire et le dernier honlnle, Flammarion, 1992,p.326 17