VALEUR, PRIX ET CAPITAL

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Comment distinguer le revenu légitime de l'illégitime ? Contre l'idée communément reçue en économie, selon laquelle la Bourse, l'épargne, la capitalisation seraient des sources de revenu, l'auteur s'appuie ici sur une analyse rigoureuse et scientifique pour déterminer clairement quelle est la véritable source de revenu. A l'instar des économistes classiques, E . Sadigh démontre que si la théorie de la valeur constitue le pivot de l'analyse économique, elle est fausse parce que fondée sur l'utilité et la rareté ; valeur, valeur d'échange et prix sont confondus. Un système qu'il voudrait faire abolir car il prive les travailleurs de leur droit sur leur produit.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296285101
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VALEUR, PRIX ET CAPITAL

Du même auteur: MONETA E PRODUZIONE (1988) ; ouvrage collectif. Giulio Einaudi Editore. Collection Scientifica Einaudi. LA RENTE FONCIÈRE (1990); ouvrage collectif. Ed. adef (Association des Etudes Foncières). CRISE ET DEPENSE DU PROFIT (1994); préfacé par Augusto GRAZIANI, professeur à l'Université de Rome. Ed. LATEC. Centre national de la recherche scientifique, Université de Bourgogne.
LA THEORIE ECONOMIQUE DOMINANTE: UN SIECLE D'IMPOSTURE (1998). Ed. L'Harmattan PRINCIPES DE L'ECONOMIE Ed. L'Harmattan SALARIALE (1999).

DU LIBERALISME OU DE LA LOI DU PLUS FORT A L'ECONOMIE POLITIQUE (2001). Ed. L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-2299-7

ELIE

SADIGH

VALEUR, PRIX ET CAPITAL

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest - HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino - ITALIE

A la mémoire de mon oncle Samuel Gabbay

Introduction

générale

Dans un monde où les économistes de la théorie dominante, les dirigeants des organisations internationales et les politiques qui s'inspirent de cette théorie font croire que la Bourse constitue une source de revenu, que les retraites peuvent être financées plus facilement par la capitalisation que par la répartition, et qu'être épargnant donne droit à une partie du produit, il est important de déterminer enfin de façon rigoureuse et scientifique la source du revenu pour comprendre qui obtient un droit sur le produit représenté par le revenu, et pour déterminer la cause de la production qui engendre le revenu. Ces déterminations constituent les conditions qui permettent de distinguer le revenu légitime des prélèvements indus et/ou illégitimes, de démontrer quelles sont les causes de ces prélèvements qui s'effectuent au détriment du revenu légitime. Ces déterminations passent par la recherche de la cause de la valeur et de la production, par la mesure de la valeur et par l'explication de la transformation de la valeur en prix. Pour pouvoir affirmer qu'être épargnant donne un droit sur une partie du produit et le justifier, certains auteurs avancent l'idée selon laquelle le travail joue un rôle de moins en moins important dans la réalisation de la production et, par conséquent, dans la formation du revenu. Ils pensent que c'est le capital qui joue un rôle de plus en plus important, ce qui les amène à prédire la fin du travail. Ces auteurs confondent les éléments techniques qui permettent d'améliorer la productivité du travail et la cause de la valeur et de la production. Pour écarter cette confusion, nous devons démontrer que l'amélioration de la productivité du travail (due à l'intervention d'éléments techniques) n'a pas d'effet sur la valeur créée, car seul le travail est la cause de la valeur et de la production. Nous devons donc établir que la théorie de la valeur

constitue le pivot de l'analyse économique. L'importance de la valeur, dans l'analyse économique, exige que nous la définissions et que nous établissions la cause de son apparition. Il est vrai que l'intervention d'éléments techniques, apportés par le capital, améliore la productivité du travail. C'est le progrès technique qui permet de produire davantage avec la même quantité de travail. Mais il est vrai aussi, d'une part, que le capital résulte de la production et que, par conséquent, sa formation exige la dépense du revenu déjà formé, d'autre part, que le progrès scientifique résulte, lui-même, du travail. Ainsi, le capital résulte de la production réalisée par le travail et le progrès technique résulte de l'évolution des connaissances des hommes et des femmes, donc il résulte aussi du travail. Concernant l'idée que ces auteurs se font sur l'avenir du travail, nous pourrons démontrer que non seulement cette idée ne repose sur aucun fondement rationnel, mais encore que son application engendre la division de la société en classes sociales. En dernière analyse, on peut dire que, par cette idée, ces auteurs défendent les propriétaires du capital aux dépens des travailleurs. Pour tenter de justifier leur idée, ils supposent d'emblée l'existence de plusieurs facteurs ou causes de la production, dont le capital. Cette supposition et le constat de la réalité économique leur permettent de dire que la quantité de capital évolue, proportionnellement, plus rapidement que la quantité de travail employé. C'est ainsi qu'ils sont amenés à affirmer que le travail joue un rôle de moins en moins important dans la réalisation de la production, et à justifier la part de plus en plus importante de la production qui échoit au capital. Nous serons amené à démontrer que l'exigence qui voudrait imposer l'existence de plusieurs facteurs de production ou de plusieurs sources de revenu fait surgir plusieurs problèmes: d'une part, l'impossibilité de déterminer la rémunération des éléments techniques supposés être des facteurs de production, d'autre part, et c'est le point le plus important, les graves conséquences sociales entraînées par le simple fait de vouloir considérer le capital et la terre comme des causes de la production, et donc comme des sources de revenu au même titre que le travail. L'acceptation de

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cette exigence signifierait que l'on accepte que le fait d'être propriétaire donne un droit sur une partie de la production. Les conséquences sociales seraient d'autant plus graves que, ces auteurs ne parvenant pas à déterminer la part qui doit échoir à chaque facteur, la répartition serait arbitraire. Dans ce cas, le niveau de la répartition de chaque facteur dépendrait des rapports de force entre les propriétaires des moyens de production et les travailleurs. Pour marquer les limites des propositions de ces auteurs, nous devons savoir si leur exigence selon laquelle il existe plusieurs facteurs de production est fondée et s'ils ont une véritable théorie de la valeur, ou s'ils confondent valeur et prix. Si nous parvenons à démontrer que seul le travail est la cause de la valeur et de la production et que ces auteurs confondent valeur et prix, nous serons parvenu à marquer la limite de leur analyse et à rejeter leur prédiction annonçant la fin du travail. Nous devons démontrer que, s'il est vrai que l'intervention du capital permet d'améliorer la productivité du travail et, par conséquent, d'augmenter la production, il n'est pas vrai que cette intervention constitue une cause d'augmentation de la valeur. Cette démonstration nous permettra de prouver que l'augmentation de la production ne signifie pas forcément l'augmentation de la valeur. Pour fonder cette affirmation, nous devons commencer par rechercher la véritable source du financement de la formation du capital. Il convient d'admettre que l'augmentation du capital est une nécessité dans une économie salariale d'évolution. Mais il faut distinguer la source du montant qui est destiné à monétiser la production des fonds qui financent l'achat du capital. Autrement dit, il faut démontrer, d'une part, que le montant qui monétise la production a sa source dans un pouvoir d'achat nul, d'autre part, que les fonds qui financent la formation du capital sont prélevés sur le revenu des travailleurs. Nous soulevons là un problème important qui a préoccupé les auteurs des différents courants de pensée, c'est celui de la réalisation du profit dans l'équilibre monétaire. En effet, nous démontrons qu'en dernière analyse c'est le profit qui constitue la source du financement du capital. Aussi est-il important d'établir que, pour préserver le fonctionnement

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harmonieux de l'économie, il est indispensable d'expliquer la réalisation du profit dans le cadre de l'équilibre monétaire. En outre, il n'est pas moins indispensable de connaître le marché auquel est destiné le profit monétaire. Dans une société, certains problèmes peuvent être résolus par des décisions politiques qui se traduisent par des lois permettant d'améliorer les conditions de travail et le bien-être des travailleurs. C'est le cas, par exemple, des congés payés, des diminutions du temps de travail, etc., même s'il est important de remarquer que ces évolutions, qui ont été imposées par des décisions politiques, ont été rendues possibles et facilitées, en grande partie, grâce à la croissance économique. Mais les problèmes économiques, eux, peuvent être maintenant résolus par le simple respect des principes de l'économie, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à présent, et c'est ce que nous devons démontrer dans cet ouvrage. Prenons l'exemple de l'évolution du pouvoir d'achat réel des travailleurs par rapport à la richesse qu'ils créent. Force est de constater qu'il n'y a pas eu de véritable évolution en faveur des travailleurs dans ce domaine, et cela depuis les Mercantilistes, c'est-à-dire depuis l'apparition de l'économie salariale. Il est vrai que le pouvoir d'achat des travailleurs s'est largement amélioré mais cette amélioration n'est pas due véritablement à l'évolution de la part qui revient aux travailleurs dans la richesse qu'ils créent. Cette amélioration du pouvoir d'achat est due essentiellement à la croissance économique et non à un partage plus juste de la richesse créée. Ce constat, qui concerne la misère relative des travailleurs par rapport à la richesse qu'ils créent, doit interpeller tous ceux qui s'intéressent à la justice sociale mais aussi, particulièrement, les économistes qui doivent rechercher et dénoncer les causes de cette pauvreté relative afin de pouvoir proposer des remèdes, car c'est avant tout un problème qui concerne l'analyse économique. Il ne s'agit nullement de quémander une faveur pour les travailleurs, il s'agit seulement de faire respecter les principes de l'économie salariale. Nous voulons démontrer que, si ces principes sont respectés, les propositions qui ont pour but d'améliorer le pouvoir d'achat réel des travailleurs s'avéreront désuètes. Dans une société où les principes de l'économie seront respectés, il ne sera plus nécessaire d'acheter la

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paix sociale par des transferts de revenu humiliants pour les travailleurs et indignes de pays qui se considèrent comme démocratiques, puisque les prélèvements indus et illégitimes disparaîtront et que les travailleurs pourront vivre dignement grâce au revenu de leur travail. La satisfaction des besoins constitue le principal objectif économique d'une société. Aussi la science économique est-elle fondamentalement une science de la production et de la répartition. Nous considérons que l'analyse économique doit atteindre essentiellement deux objectifs, l'un étant de déterminer les conditions de l'organisation de la production et les conditions de son évolution pour mieux satisfaire les besoins économiques, l'autre de déterminer les conditions du partage du produit entre les citoyens. Une analyse qui n'atteint pas l'un de ces objectifs ne peut pas prétendre expliquer le fonctionnement de l'économie dans le respect de ses principes. Il est indéniable que, pour mieux satisfaire les besoins économiques de la société, il faut employer plus de travail et de capital. Partant de ce constat, mais ne pouvant pas expliquer la réalisation du profit dans l'équilibre monétaire, certains auteurs fondent sur l'épargne la source du financement du capital additionnel. Ils considèrent que le capital constitue l'un des facteurs de production auxquels il faut attribuer une partie du produit. Par conséquent, le résultat de la production est partagé entre les rémunérations des travailleurs et celles des propriétaires des capitaux. Cette façon de partager le résultat de la production, entre travailleurs et propriétaires des capitaux, fait apparaître dans la société trois catégories de citoyens: ceux qui vivent du revenu de leur travail, ceux qui vivent du revenu de leur travail et de leurs capitaux et ceux qui vivent du revenu de leurs capitaux. Ainsi, l'un des premiers problèmes et l'un des plus importants à résoudre est celui de la répartition des richesses créées dans chaque période. La solution à ce problème passe par la connaissance et le respect de la loi de la valeur et par l'explication de la transformation de la valeur en prix. Les Classiques ont établi que la valeur constitue le pivot de l'analyse économique, ils étaient donc

Il

conscients de l'importance de ce problème, même si leur tentative de transformation de la valeur en prix n'a pas abouti, tandis que les Néoclassiques, du fait qu'ils confondent valeur et prix, ce qui les amène à proposer une analyse sans fondement rationnel, ont créé des conditions favorables aux prélèvements indus et illégitimes qui se trouvent être à l'origine de l'injustice sociale et qui font perdurer la misère relative des travailleurs. Dans l'économie à dominante salariale, actuellement, le produit est monétisé à deux niveaux: au niveau de la production par la rémunération des travailleurs et au niveau des échanges. La monétisation au niveau des échanges peut avoir deux sources, outre la dépense du revenu formé à la production, ce sont: premièrement la création de monnaie dépensée directement sur le marché des produits (ce cas constitue l'une des causes de l'apparition de l'inflation-déséquilibre et des prélèvements illégitimes sur le pouvoir d'achat réel des travailleurs); deuxièmement l'avance prévue par les revendeurs de produits. Dans ce dernier cas, les revendeurs ajoutent de la valeur au produit par le service que constitue leur travail. Ces revendeurs intervenant au niveau de l'échange, ils peuvent estimer leur revenu et se le faire avancer. Ils peuvent, par des accords réels ou tacites, déterminer le niveau de leur rémunération. Plus le niveau de leur rémunération est élevé, moins le revenu réel des travailleurs qui ont participé à la réalisation de la production est élevé. Nous devons démontrer que le respect des principes de l'économie salariale impose que seule la dépense du revenu formé à la production, dans l'acte de la rémunération des travailleurs, doit écouler le produit. Ainsi, leur revenu réel dépend du niveau de profit réalisé dans l'équilibre monétaire: plus le profit est élevé, plus le revenu réel des travailleurs est bas. Toutefois, actuellement, le niveau du revenu réel des travailleurs qui participent à la réalisation de la production dépend de deux autres éléments: de la quantité de monnaie directement dépensée sur le marché des produits et du niveau des rémunérations que s'accordent les marchands ou revendeurs Si les principes de l'économie sont respectés, dans une économie à dominante salariale, la quantité de

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monnaie qui monétise l'économie est déterminée à la production dans l'acte de la rémunération des travailleurs.

A l'encontre de l'idée selon laquelle aucune règle ne doit régir ni le commerce ni la production (les auteurs qui défendent cette idée affirment que seul le marché est capable de réguler le fonctionnement de l'économie ), il faut affirmer avec force qu'aucune production ni aucun échange ne doivent se réaliser sans le respect des principes de l'économie, ce qui implique que des institutions soient créées pour y veiller, mais ce qui ne signifie en rien une exigence interventionniste. Il est vrai que le marché peut être considéré comme un puissant indicateur, car il permet (lorsqu'il fonctionne dans le respect des principes de l'économie) de faire connaître les secteurs où il faut ou non réaliser des investissements additionnels, mais il n'est pas vrai que, sans l'application des principes de l'économie, le marché est capable de détecter les prélèvements indus et/ou illégitimes responsables des injustices sociales. En effet, le travail est considéré par la plupart des philosophes et économistes comme la cause de la valeur et de la production, toutefois, on constate que ce ne sont pas les travailleurs qui profitent le plus de la richesse qu'ils créent. Nous devons démontrer que cette situation découle du fait que les principes de l'économie ne sont pas respectés. En outre, nous serons amené à démontrer que le marché n'est pas capable de détecter les causes du dysfonctionnement de l'économie salariale. Autrement dit, pour que le marché joue véritablement son rôle d'indicateur, il doit respecter les principes de l'économie. L'évolution de l'analyse économique, dont les premiers fondements se trouvent chez les Classiques, et la mise entre parenthèses de l'école néoclassique permettent d'établir les principes de l'économie. L'application de ces principes permet d'écarter d'emblée certains maux qui frappent économiquement la société. En outre, c'est la connaissance de ces principes qui nous donne la clé des causes d'autres maux, facilitant ainsi la recherche des remèdes propres à les écarter.

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L'un de nos objectifs, dans ce travail, est de démontrer que la plupart des auteurs des différents courants de pensée ont essayé de légitimer le revenu d'une catégorie de la population qui ne participe pas à la réalisation de la production. Cette légitimation concerne essentiellement l'économie salariale et prend des formes variées. C'est ainsi que certains auteurs, bien qu'ils considèrent le travail comme la cause de la valeur et de la production, pensent que la rémunération des travailleurs ne détermine pas la valeur monétaire de la production. Nous verrons en quoi le refus de reconnaître que la valeur est déterminée à la production dans l'acte de la rémunération des travailleurs ouvre la voie aux prélèvements indus, voire illégitimes. D'autres auteurs, moins scrupuleux, supposent d'emblée l'existence de plusieurs facteurs ou causes de la production. Mais, du fait de cette même hypothèse, ils légitiment le revenu de certaines catégories, sans toutefois parvenir à déterminer la monétisation de la production dès sa création, ce qui ouvre la voie à d'autres prélèvements indus et illégitimes. Ces prélèvements deviennent possibles, du fait même que leur analyse est incapable d'établir les principes qui gouvernent l'économie salariale, cela pour une simple raison: ils prétendent pouvoir étudier l'économie salariale comme une économie d'échange. C'est là l'une des principales raisons qui les amènent à confondre valeur et prix.

L'évolution des connaissances et l'évolution de la démocratie, dans certains pays, ont permis la prise de conscience de certains problèmes de société posés, par exemple, par les distinctions raciales, religieuses ou autres et cette prise de conscience généralisée a créé les conditions favorables à la résolution d'une grande partie de ces problèmes. Dans le domaine économique, la prise de conscience des problèmes tels que, par exemple, le chômage et la répartition, d'où découle la misère relative des travailleurs, est occultée par la théorie dominante actuelle. En effet, cette analyse dominante se trouve dans l'impossibilité de percevoir le chômage involontaire, pire encore, elle légitime les prélèvements indus qui sont à l'origine de la misère relative des travailleurs. Aussi se trouve-t-elle dans l'incapacité totale de résoudre ces

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problèmes. Cette incapacité résulte du fait qu'elle étudie le travail comme une marchandise et qu'elle considère que la rémunération des travailleurs peut être assimilée à un achat. Or, cette prise de conscience passe par l'acceptation du fait que le travail n'est pas une marchandise et qu'il ne peut pas être étudié comme une marchandise. Le chômage involontaire et la misère relative des travailleurs constituent la réalité dans l'économie salariale actuelle. L'analyse économique doit permettre de trouver les causes de ces problèmes afin de pouvoir les écarter. Plusieurs problèmes fondamentaux ont préoccupé les auteurs, philosophes et économistes qui se sont intéressés au fonctionnement harmonieux de l'économie dans la justice sociale, problèmes tels que la détermination de la cause ou des causes de l'enrichissement d'une société, ce qui les a amenés à rechercher la cause ou les causes de la valeur et de la production, la mesure de la valeur, le rapport d'échange entre les produits et la transformation de la valeur en prix. Néanmoins, la majorité des auteurs ne parviennent pas à établir une distinction claire entre valeur créée, valeur d'échange ou coût de production et prix, bien qu'ils reconnaissent l'importance de cette distinction. David Ricardo a raison d'affirmer: « ... il n'est point de source d'où aient découlé autant d'erreurs, autant d'opinions diverses, que du sens vague qu'on attache au mot de valeur». (1970 ; P.15. Souligné par l'auteur). Et pour marquer l'importance de ce problème, il cite Malthus: « Nous pouvons, arbitrairement, appeler le travail employé à la production d'une marchandise sa valeur réelle, mais en nous exprimant ainsi nous donnons aux mots un sens différent de celui que leur donne l'usage; nous établissons aussitôt une confusion entre le coût et la valeur, dont la distinction est très importante; et il nous est presque impossible d'expliquer clairement ce qui est le principal stimulant de la production et de la richesse, explication qui dépend en réalité de cette distinction.» (Malthus; 1820, Principes de l'économie politique, ch. II, section I, P. 61. Cité par Ricardo, 1970, P. 40). En effet, la plupart des auteurs des différents courants de pensée emploient le mot valeur indifféremment lorsqu'ils parlent de la valeur créée, du coût de production et du

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prix, ce qui laisse apparaître une confusion dont les conséquences sur la portée de leur analyse ne sont pas négligeables. En outre, si certains auteurs fondent la cause de la valeur sur le travail, d'autres la fondent sur l'utilité et la rareté et dans ce dernier cas ils assimilent la valeur au prix. Cette confusion et cette divergence quant à la détermination de la cause de la valeur et de sa détermination se trouvent être à l'origine des difficultés rencontrées par les auteurs de différents courants de pensée à proposer de véritables solutions aux problèmes tels que, par exemple, la mesure de la valeur, la détermination de la répartition, la monétisation de l'économie d'échange et de l'économie salariale (savoir précisément quelle est la quantité de monnaie, nécessaire et suffisante, qui doit monétiser la production dans une économie salariale et à quel niveau, production ou échange, cette économie doit être monétisée), les déterminations de l'équilibre monétaire, de l'inflation-déséquilibre, la détermination de la véritable source du financement du capital dans l'équilibre monétaire, des causes de l'apparition et du développement du chômage qui résulte du dysfonctionnement de l'économie salariale, etc. Or, les solutions à ces problèmes passent par la connaissance préalable de la cause de la valeur et de la mesure de la valeur créée dans une période donnée. Cette connaissance permet de distinguer la valeur créée du coût de production et de distinguer le coût de production du prix du produit! . L'un de nos principaux objectifs dans cet ouvrage est d'établir l'importance de la théorie de la valeur. Nous voulons démontrer qu'une théorie économique qui n'est pas fondée sur la valeur ou qui n'a pas une véritable théorie de la valeur se trouve dans l'incapacité d'établir les conditions du fonctionnement harmonieux de l'économie salariale. Nous voulons démontrer qu'il ne suffit pas
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La ComptabilitéNationale Française prétend déterminer la valeur créée

par ce qu'elle appelle valeur ajoutée. Elle mesure la valeur ajoutée, non pas à la production mais au moment de l'échange, par la différence entre le prix du produit et les prix des produits intermédiaires qui entrent dans la production du produit. Dans le Chapitre III, nous marquerons les limites de cette détermination de la valeur ajoutée.

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de trouver dans l'analyse de certains courants de pensée les mots valeur ou théorie de la valeur pour accepter que leur analyse fonde rationnellement la théorie de la valeur. Cet ouvrage est divisé en trois chapitres. Dans le premier chapitre, nous établissons les raisons de la confusion entre coût de production et prix chez les Classiques. Nous démontrons que les auteurs de cette école de pensée, bien qu'ils fondent la valeur sur le travail, n'acceptent pas que la rémunération des travailleurs représente la valeur du produit, ce qui constitue la cause de l'incohérence de leur analyse quant à la détermination du revenu. Nous serons amené à tirer les conséquences de l'incohérence de leur raisonnement sur l'évolution de l'analyse de l'économie salariale. Nous verrons que cette incohérence constitue l'une des raisons qui ont favorisé la possibilité d'exercer des prélèvements indus, voire illégitimes, sur la valeur créée par les travailleurs. Le chapitre deux est consacré aux auteurs néoclassiques. Chez ces auteurs, la confusion entre valeur et prix aboutit à l'indétermination de la valeur et à l'impossibilité de déterminer le revenu national dans une économie salariale. Nous démontrons que cette confusion et ces indéterminations enlèvent toute crédibilité à leur analyse, qui prétend étudier le fonctionnement de l'économie salariale. Pire, non seulement cette analyse ouvre la voie aux prélèvements indus et illégitimes, mais elle les rend légitimes. Elle se trouve dans l'impossibilité de détecter les causes de ces prélèvements, et donc de les dénoncer; cette analyse légitime la division de la société en classes sociales. Dans le chapitre trois où nous définissons la valeur créée, le coût de production et le prix, il nous faut fonder ces définitions sur un raisonnement rationnel. Non seulement ces définitions nous permettent de distinguer la valeur créée, le coût de production et le prix mais aussi elles nous facilitent la tâche pour les déterminer analytiquement. Nous établissons ainsi des analyses comparatives pour mieux appréhender le chemin parcouru depuis les Classiques.

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CHAPITRE I

VALEUR, VALEUR D'ECHANGE, PRIX ET ANALYSE CLASSIQUE

Introduction L'un des apports importants de l'analyse classique, par rapport aux analyses des courants de pensée qui la précèdent, réside dans le fait de rechercher la cause de l'enrichissement d'une nation ou la cause de la production. Cette recherche amène les Classiques à établir la primauté de la production sur la circulation, à déterminer la cause de la production et de la valeur et à fonder naturellement la cause de la valeur sur le travail. Cette primauté de la production sur la circulation les amène à distinguer la phase de la production, où la valeur doit être déterminée, de la phase de la circulation des marchandises, où le marché détermine le prix des produits. Les Classiques pensent, avec raison, que dans une économie concurrentielle s'établit une relation proportionnelle entre valeur et prix, sans toutefois parvenir véritablement à déterminer cette relation. Néanmoins, l'analyse classique de la détermination de la valeur et du prix pose plusieurs problèmes liés, des problèmes qui ont influencé l'évolution de l'analyse économique durant plusieurs décennies. Les Classiques pensent pouvoir mesurer la valeur par le travail. Cette façon de mesurer la valeur est à l'origine d'un autre problème qui se pose aux auteurs de cette école de pensée, c'est celui de l'explication de la transformation de la valeur en prix qui ne peut être déterminé, dans une société organisée, que par la dépense de la monnaie ou plus exactement par la dépense du

revenu monétaire formé à la production. Ces problèmes trouvent leur origine dans le fait que les Classiques n'acceptent pas que la rémunération du travail, qu'ils considèrent comme la cause de la valeur et de la production, représente la valeur monétaire du produit, ce qui nous ramène au premier problème, celui de la mesure de la valeur qui est, de ce fait, indéterminée dans l'analyse classique. Nous serons amené à démontrer que, s'ils avaient accepté le fait que s'établit dès la production une relation d'équivalence entre la rémunération du travail et son produit, les Classiques auraient résolu le problème de la mesure de la valeur et auraient ouvert la voie à l'explication de la transformation de la valeur en prix. Cette indétermination de la mesure de la valeur pose un autre problème, cher aux Classiques, c'est celui de la détermination de la répartition réelle entre salaires et profit, détermination qu'il est indispensable de connaître, non seulement pour savoir selon quelles règles le produit se partage entre salaires et profit sur le marché des produits, mais aussi pour pouvoir expliquer, dans le cadre de l'équilibre monétaire, la source du financement de la formation du capital, l'un des éléments nécessaires pour entrer dans la phase de la croissance économique et pour la faire perdurer dans le temps. Nous avons placé l'étude de l'analyse de Marx consacrée à la détermination de la valeur, de la valeur d'échange et du prix, dans ce chapitre consacré aux Classiques. Nous devons néanmoins distinguer les objectifs des Classiques de celui de Marx. Les premiers ont pour objectif d'étudier le fonctionnement de l'économie de marché, c'est pourquoi ils sont amenés à tenter d'expliquer la répartition du produit entre salaires, profit et rente et de justifier non seulement l'apparition de ces deux derniers, mais aussi leur appropriation. Ainsi, après avoir fondé la valeur et sa mesure sur le travail, ils consacrent l'essentiel de leur analyse à l'économie salariale dans laquelle l'explication de la répartition constitue l'un des problèmes centraux. Quant à Marx, il a pour objectif de dénoncer l'économie salariale et en particulier le capitalisme, qui se manifeste par l'économie salariale dans laquelle ceux qui ne les utilisent pas directement dans la réalisation de la

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production s'approprient les moyens de production. A cette fin, il fonde l'essentiel de son analyse sur celle des Classiques. En effet, nous constaterons que l'analyse de Marx est influencée par celle des Classiques, en particulier dans les domaines de la détermination de la cause de la valeur, de la détermination de la mesure de la valeur et de la détermination du taux des salaires. Nous serons amené à démontrer que ces deux dernières déterminations, telles qu'elles sont proposées par les Classiques, induisent Marx en erreur quant aux explications qu'il donne du fonctionnement de l'économie salariale fondée sur la propriété privée des moyens de production. Ce sont principalement ces erreurs qui amènent Marx à prédire, bien hâtivement, la fin du capitalisme.

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I.

Le travail:

cause de la valeur et de la production

La recherche de la cause de l'enrichissement des sociétés amène Smith à s'intéresser à la cause de la production, car c'est la production qui permet de satisfaire les besoins économiques. Une société parvient d'autant mieux à satisfaire ses besoins économiques qu'elle réalise, proportionnellement à sa population, une production plus importante. Mais c'est la notion de la valeur et sa cause, telles qu'elles sont étudiées par les Classiques, qui ouvrent une nouvelle perspective à l'analyse économique. La recherche de la détermination de la cause de la valeur et de la production est à l'origine d'une prise de conscience, par les auteurs de cette école de pensée, de la nécessité de distinguer le travail des éléments techniques et matériels nécessaires à la réalisation de la production. Cette prise de conscience constitue une évolution fondamentale dans l'analyse économique. Pour les Classiques, réaliser une production, c'est créer de la valeur, ce qui signifie créer du pouvoir d'achat, ce qui donne le droit sur les produits. Se pose ainsi le problème consistant à déterminer qui se trouve à l'origine de la réalisation de la production. Ce ne sont pas les éléments techniques et matériels qui réalisent la production, même si leur intervention est nécessaire. Ce sont les Hommes qui réalisent la production en employant les éléments techniques et matériels nécessaires à cette réalisation. Les Classiques fondent donc la cause de la production sur le travail. Produire, c'est créer de la valeur ou du pouvoir d'achat, par conséquent, le travail étant la cause de la production, il est aussi la cause de la valeur. Ainsi, rechercher la cause de la production et de la valeur, c'est rechercher la cause de l'apparition du pouvoir d'achat qui prend le nom de revenu dans une société où l'échange est généralisé. Adam Smith dit: « Le prix réel de chaque chose, ce que chaque chose coûte réellement à celui qui veut se la procurer, c'est le travail et la peine qu'il doit s'imposer pour l'obtenir. Ce que chaque chose vaut réellement pour celui qui l'a acquise et qui cherche à en disposer ou à l'échanger pour quelque autre objet,

c'est la peine et l'embarras que la possession de cette chose peut lui épargner et qu'elle lui permet d'imposer à d'autres personnes. » Et plus loin il ajoute : « Le travail a été le premier prix, la monnaie payée pour l' achat primitif de toutes choses. » (1991 ; P.99-100). Ainsi pour Smith, comme pour les Classiques, le travail constitue la cause de la valeur et de la production qui constitue la source du revenu dont la dépense sur le marché des produits permet de les écouler. Autrement dit, pour obtenir un revenu légitime, il faut participer, par le travail, à la réalisation de la production. Toutefois, certains auteurs2 voudraient faire croire que l'analyse de Smith fait apparaître un doute quant à la détermination de la cause de la valeur et donc de la production, lorsqu'il passe de l'économie artisanale à l'économie salariale. En effet, Smith admet que le travail est la cause de la production mais il constate que les travailleurs, dans toutes les circonstances, ne s'approprient pas tout le produit du travail. Cette observation de la réalité économique amène Smith à distinguer deux sociétés: primitive et industrielle. En d'autres termes, il distingue l'économie de producteur direct ou artisanale et l'économie salariale. «Dans cet état de choses (la première enfance des sociétés), dit Smith, le produit du travail appartient tout entier au travailleur, et la quantité de travail communément employée à acquérir ou à produire un objet échangeable est la seule circonstance qui puisse régler la quantité de travail que cet objet devra communément acheter, commander ou obtenir en échange» (La Richesse des Nations, 1991, P.118). En revanche, dans une société industrielle où ceux qui emploient des salariés s'approprient le capital accumulé, les salariés n'obtiennent pas la totalité du produit de leur travail. «Ainsi, dit Smith, la valeur que les ouvriers ajoutent à la matière se. résout alors en deux parties, dont l'une paye leurs salaires, et l'autre les profits que fait l'entrepreneur sur la somme des fonds qui lui ont servi à avancer ces salaires et la matière à travailler. »3 (Idem.
2
J

Cf. par exemple Schumpeter

dans son ouvrage important:

Histoire

de

I analyse économique. 3 Nous distinguerons, plus avant, la source du financement de la formation du capital de la somme qui monétise la production. Nous

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P .118). Or, ce passage de Smith ne laisse aucun doute, le travail est la seule source de la production et c'est le produit du travail qui est partagé entre salaires et profit. Nous venons de le voir, pour Smith: «la valeur que les ouvriers ajoutent à la matière se résout alors en deux parties ». Ce partage du produit ne signifie nullement, pour Smith, l'existence de plusieurs causes de production. Cela ne veut pas dire non plus que Smith méconnaît l'importance des capitaux nécessaires à la réalisation de la production, car il a été l'un des premiers auteurs à expliquer le rôle que joue le capital dans la division du travail et donc dans l'augmentation de la productivité du travail. Par conséquent, il ne convient pas d'attribuer à A. Smith la justification de l'existence de plusieurs causes de production, même si celui-ci constate que le produit du travail est partagé entre salaires et profit. Nous verrons dans le Chapitre II pour quelle raison certains ont intérêt à faire croire que celui qui est considéré comme le père fondateur de la science économique aurait supposé l'existence de plusieurs facteurs ou causes de la production, passant sous silence le fait que Smith fonde sur le travailla cause de la valeur. Les Classiques fondent la cause de la valeur sur le travail, mais ils ne distinguent pas véritablement la valeur créée de la valeur d'échange ou coût de production, qui constitue l'élément de référence pour les entrepreneurs qui déterminent ainsi pertes et profits. Il semblerait que cette non-distinction, entre valeur créée et valeur d'échange, trouve son origine dans le fait qu'ils pensent pouvoir mesurer la valeur des marchandises par la quantité de travail dépensé dans le processus de production. Or, pour pouvoir établir la valeur d'échange des marchandises, il est indispensable, au préalable, de les rendre homogènes et de déterminer le revenu dont la dépense permet d'écouler les marchandises. Dans une
verrons que si le financement du capital a sa source dans le profit (l'épargne étant considérée comme un profit avancé), en revanche, le profit ne doit pas constituer la source de la monétisation de la production dans l'acte de versement des salaires . Nous serons amené à démontrer que la monétisation de la production par le profit constitue l'une des causes du dysfonctionnement de l'économie salariale.

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économie salariale, cette détermination passe par la mesure de la valeur créée dès la production. Ainsi, le problème est-il de savoir si les Classiques parviennent à déterminer cette valeur à la production.

II.

Mesure de la valeur et analyse classique

Lorsque deux marchandises s'échangent, elles le font dans le respect de cette loi déjà énoncée par Aristote: « L'échange ne peut avoir lieu sans l'égalité, ni l'égalité sans la commensurabilité. » Ce passage amène Marx à dire: « Ce qui montre le génie d'Aristote, c'est qu'il a découvert dans l'expression de la valeur des marchandises un rapport d'égalité.» (Le Capital, 1971, L.I.Tl. P.73). Pour pouvoir comparer et donc établir le rapport d'égalité, il faut mesurer les produits et, à cette fin, il faut non seulement connaître la cause de la production et de la valeur mais aussi connaître l'élément qui permet de mesurer la valeur. L'étude de la mesure de la valeur exige de distinguer l'économie artisanale de l'économie salariale car même si dans les deux cas le travail est la cause de la valeur de la production, les produits ne sont pas mesurés au même niveau. Le problème est de savoir quel est l'élément qui permet de rendre les produits commensurables, de les rendre comparables, pour pouvoir expliquer l'égalité dans les échanges. En effet, c'est cette détermination qui va permettre d'écarter les prélèvements indus ou illégitimes sur le pouvoir d'achat des travailleurs, qui sont considérés comme la cause de la production. Les Classiques pensent, avec raison, que la solution à ce problème passe par la connaissance de la cause de la valeur et par sa mesure. En effet, si la cause de la valeur permet de connaître la cause de la production, la mesure de la valeur permet non seulement de comparer les produits mais aussi de déterminer le pouvoir d'achat qui donne le droit légitime sur les produits. Nous savons que les Classiques fondent sur le travail la cause de la valeur et de la production. Mais le niveau où se détermine la valeur créée ou le pouvoir d'achat créé par un individu, par un artisan, est

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