Vivre et travailler avec les Russes

De
Publié par

Ce livre cherche les ressorts de la culture russe et ses manifestations dans les interactions entre Français et Russes, en particulier dans le travail. Il aborde les façons de dire et de faire en Russie, dans la religion orthodoxe, la famille et les réseaux sociaux, les manières de table, l'espace et le temps, la notion de destin ou encore la représentation du pouvoir et le rapport à la terre. Un chapitre est aussi consacré au travail de l'auteur avec la Russie et avec les Russes.
Publié le : samedi 1 septembre 2012
Lecture(s) : 51
EAN13 : 9782296502864
Nombre de pages : 324
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat






Vivre et travailler avec les Russes

Petites idées pour approcher un grand peuple




























































Catherine de Loeper







Vivre et travailler avec les Russes

Petites idées pour approcher un grand peuple






















































© L’HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-99469-0
EAN : 9782296994590




Remerciements à Angel Nuñez, sans qui ce livre n'aurait pas vu le jour





























































Sommaire


Introduction, 9

Partie I Introduction à la culture et à la langue russes, 23
La construction de la culture, 25
L'importance de la langue dans la construction de l'être humain, 27
La confrontation avec une langue étrangère, 32
Qu'est-ce que la culture ? 41
La confrontation avec une culture étrangère, et le travail en Union
soviétique, 55
La langue russe : ses caractéristiques et ses signifiants principaux, 60
L'impact de la religion orthodoxe, 64

Partie II Un peu d'anthropologie : façons de dire et façons de faire 87
La symbolique de l'isba, 91
A la table familiale comme à l'église, 99
Le four, symbole féminin, 102
Le bain : lieu de purification plein d'impuretés, 105
L'hospitalité se dit littéralement « le pain et le sel », 108
L'espace et le temps, 123
Le destin : une certaine quantité de force vitale, 130
La famille et la parenté, 133
La terre et le tsar : s'agit-il d'un mariage ? 150
La culture politique russe : un pouvoir nourricier et charismatique, une
absence d'État ? 155

Partie III La communication en général, et avec des interlocuteurs
russes, 165
Introduction, 167
Le processus de communication, 174
La communication avec des étrangers, 185
La communication dans les groupes, 190
Les incompréhensions dans la communication, 200
Que pensent les Russes des Français ? 205
La communication avec des interlocuteurs russes 206

7
Partie IV Pratiques de travail : une étude à Moscou, de la formation-
développement et du coaching, 229
Introduction, 231
L'arrivée à Moscou, chocs et facteurs qui jouent sur l'acclimatation, 236
Les raisons de l'expatriation, 240
Les Français parlent des Français et du Club France, 242
Le rapport des Russes au travail, 246
L'environnement : rituels et contrôle social, 250
Le marché du travail, 259
Le management, 268
La vie à Moscou en dehors du travail, 283
Formation-développement etcoaching, 286

Conclusion et perspectives, 302

Bibliographie, 310

















8
Introduction

« Il faut accepter de laisser une partie de soi-même dans ce pays, et les gens qui
1y sont prêts ne quittent plus jamais la Russie . » Pavel Chinsky, Directeur
général de la Chambre de Commerce et d'Industrie Franco-Russe, répondant à
l'interview d'Alexandre Pozdniakov, de Ria Novosti, le 31 octobre 2007.

La Fédération de Russie est un pays trop peu connu de la plupart des
Français. Le russe est considéré comme une langue difficile, en grande partie
à cause de son alphabet. Le pays est complexe et ne laisse pas indifférent ;
les rapports sont toujours un peu passionnés entre Français et Russes. Il y a
entre les deux pays un passé et un présent marqués d'une certaine ambi-
valence, attirance et rejet simultanés où les stéréotypes sont très présents. Il
est question d'une âme russe mystérieuse, de moujiks, de vodka, de belles
femmes blondes aux pommettes hautes, et d'un tempérament russe à la fois
triste et passionné admirablement illustré par la musique et les chants
tsiganes accompagnés de libations excessives.... Le mythe construit autour
de la Russie semble cependant assez partagé. Parlant de la Russie, en 1939,
Churchill utilise cette métaphore : « A riddle, wrapped in a mystery, inside
an enigma », ce qui peut se traduire par : « Une devinette enveloppée de
mystère placée à l'intérieur d'une énigme. » Bien auparavant, le poète russe
edu XIX siècle, Fédor Tioutchev, avait écrit : « On ne peut pas comprendre la
Russie par la voie de la raison / On ne peut pas la mesurer / Elle a un
caractère particulier / On ne peut que croire en elle ! » Nous savons d'ailleurs
que les croyances sont la chose du monde la mieux partagée, l'homme étant
un être de croyances et d'illusions.
Comment se construisent ces représentations entre nations ? Pour partie
en fonction de données objectives liées à l'histoire de leurs relations,
constituée d'alliances, de coopérations, de volonté d'influence, de stratégies
de conquête et de domination. Les guerres, militaires et économiques,
l'émigration, les antagonismes et les conflits (ceux liés au communisme et à
la guerre froide), mais aussi les liens entre dirigeants ou entre figures
intellectuelles ou scientifiques des deux pays, les échanges littéraires,
culturels, artistiques, les projets communs, en sont les signes tangibles. Les
relations avec des interlocuteurs russes ont été longtemps difficiles du fait de
la fermeture du pays. Mais ce n'est pas quelque chose de gênant pour
construire des stéréotypes, car ceux-ci n'ont pas besoin de contacts directs
pour exister. Il y a donc toujours une part imaginaire dans la façon dont on se
représente l'autre pays, faite de griefs, de méconnaissance, d'envie, d'esprit

1.
http://fr.rian.ru/analysis/20071031/86055267.html
9
de revanche, et même de caractéristiques nationales mal assumées que l'on
préfère voir chez l'autre. Les contacts directs ne les font pas disparaître, car
les hommes n'aiment pas remettre en question leurs idées. Qu'il y ait des
stéréotypes à propos d'un pays est d'ailleurs quelque chose de dynamique, à
partir duquel on peut travailler : leur absence serait signe que l'autre pays n'a
aucun intérêt et laisse totalement indifférent.
Les identités nationales aiment s'affirmer comme différentes des autres,
tout à fait spécifiques, et souvent en opposition avec ce que l'autre État-
nation propose. La construction des images de la France et de la Russie
semblent bien correspondre à ce phénomène, l'une se réclamant de la
mesure, l'autre de la démesure. Ainsi, chaque nation fait son beurre de
l'image qui lui est renvoyée, l'utilisant comme stratégie. On est frappé
également par une certaine constance française à produire le même genre de
stéréotypes par rapport à certains de ces voisins de l'Est, qu'elle trouve
barbares, et à correspondre aux stéréotypes qu'on lui renvoie, ceux d'un pays
donneur de leçons avec une certaine arrogance, comportement souvent repris
et mis en œuvre par les Français lorsqu'ils travaillent avec des étrangers.
Ce livre est issu d'un désir personnel de contribuer à faire connaître la
langue et la culture de mon père, qui était originaire de Saint-Pétersbourg. Je
suis née et j'ai grandi à Paris, la langue russe est ma langue paternelle, mon
père me l'a transmise « au berceau », la langue française est ma langue
maternelle. Plus généralement, les langues sont un héritage depuis l'enfance,
le français, le russe, mais aussi l'anglais et l'allemand faisait partie de
l'héritage familial. J'ai donc acquis le français et le russe simultanément tout
en vivant à Paris, scolarisée à l'école française et à l'école russe du jeudi.
Nous fréquentions des amis russes de mon père, et j'ai voyagé plus tôt que la
plupart de mes camarades d'école pour aller voir ma famille aux Pays-Bas,
en Grande-Bretagne ou en Allemagne, et aussi pour découvrir l'Union
soviétique dès 1963. Mon parcours professionnel m'a ensuite permis de
connaître le continent africain et Haïti. J'ai été salariée dans les ressources
humaines, pendant plus de vingt-cinq ans, dans un organisme d'ingénierie de
projets dont la mission principale était l'expatriation, dans des zones plutôt
isolées, de jeunes diplômés de profils très divers. J'ai développé cette
fonction afin de la rendre plus performante et de lui donner un rôle
stratégique de conseil interne auprès des opérationnels. J'ai pu travailler à un
double défi : mon positionnement dans la structure, et le développement de
la dimension psychologique de l'expatriation, c'est-à-dire celle qui allait
prendre en compte l'individu, ses motivations et ses capacités intellectuelles
et affectives, en rapport avec la réalité des activités ou des postes de chef de
projet junior proposée par l'organisation. Il s'agissait principalement de
recruter ces jeunes diplômés, de les préparer, puis de les accueillir au retour
10
et de les accompagner dans leur bilan professionnel et quelquefois dans leur
reclassement.
Pour en revenir à la question de l'identité nationale, il est étonnant de se
rendre compte combien les représentations françaises de l'Allemagne,
analysées par Jean-René Ladmiral et Edmond Marc Lipiansky dans leur
ouvrage La communication interculturelle, semblent, dans une certaine me-
sure, s'adapter à la Russie. Selon leur analyse, l'image de l'Allemagne, pour
les Français, est celle d'un pays barbare, menaçant, dur, dans la démesure,
« puissance obscure de la destruction nourrie aux profondeurs troubles et
1 2incontrôlée de l'irrationnel ». Dans un article plus récent , E. M. Lipiansky,
bien qu'il convienne que cette image de l'Allemagne pour les Français se soit
estompée, souligne cependant combien ces représentations, enracinées dans
le passé des relations entre les deux pays, continuent à influencer l'image que
l'on se fait de l'autre pays souvent à notre insu, et orientent en conséquence
nos interactions avec les Allemands. Les stéréotypes collectifs seraient
tenaces et prédétermineraient les façons de parler et d'agir sans qu'on en soit
conscient.
On est frappé par le dynamisme de la production de stéréotypes entre la
Russie et la France, témoignant de la vitalité des investissements
réciproques. La Russie est un pays en plein développement, intéressant à
plus d'un titre pour bon nombre d'entreprises de différents secteurs. Cela
justifie qu'à l'heure de la circulation des hommes, difficile parfois, de celle
des biens et des idées, et de la nécessité de commercer dans tous les sens du
terme, l'on se donne le plus de chances possibles de connaître ce pays, sa
langue et sa culture.
Contrairement à ce que pense souvent les individus et les nations, qui se
méfient des bilingues et des biculturels comme si les mélanges et les
métissages contrevenaient à une pureté d'origine supposée, c'est une
expérience très riche que de comprendre très tôt qu'il y a deux façons
différentes d'exprimer des sentiments, le bien-être ou la tristesse, que les
événements de la vie, les produits et les façons de cuisiner, les visions du
monde, ne sont pas les mêmes en français et en russe, et qu'on ne parle pas
tout à fait des mêmes choses.
Ce qu'on appelle la communication et le management interculturels
intéressent les chefs d'entreprise, les cadres ou les dirigeants des sociétés au
plus haut point. Lorsqu'ils ne veulent pas s'y intéresser, ces domaines se

1. Ladmiral J.-R. et Lipiansky E. M., La communication interculturelle, Paris, Armand Colin,
1989, p. 243.
2. Lipiansky E. M., « Les dessous de la communication interculturelle », Cabin P., Dortier J.-
F. (sous la direction de), La communication. États des savoirs, Paris, éditions Sciences
humaines, 1998, p. 275.
11
rappellent souvent à leur bon souvenir du fait de dysfonctionnements parfois
très coûteux, ou simplement de la complexité particulière du travail.
L'adaptation des entreprises à un environnement différent, la coopération
entre des hommes qui ne parlent pas la même langue, l'adéquation des
produits à un marché étranger, l'organisation du travail ou le transfert de
savoir-faire, sont parmi les écueils possibles. Le management interculturel
est un domaine qui s'est beaucoup développé, mais il y reste encore des
zones d'ombres. Ce livre espère contribuer à éclairer celles-ci pour ce qui
concerne plus particulièrement le travail entre Français et Russes.
Comment la langue et la culture, dans notre histoire personnelle mais
aussi en tant que collectifs, nous façonnent-elles ? Sait-on, dans les
entreprises, que la découverte d'une langue et d'une culture étrangères se fait
simultanément à la découverte de sa propre langue et de sa propre culture, et
d'autant mieux que l'on est prêt à explorer sa propre langue et sa propre
culture ? Celles-ci nous ayant été données sans que l'on y réfléchisse, c'est à
l'étranger, ou dans le contact et la relation avec une ou des personnes qui
parlent une autre langue et qui ont été socialisées dans une autre culture, que
l'on peut en saisir quelque chose : tout à coup, ce qui apparaît ne correspond
pas à ce qu'on attendait. Il faut une certaine curiosité pour travailler avec des
personnes étrangères, l'envie de quitter les sentiers battus et de faire des
découvertes. La prise de conscience, par exemple, que notre interprétation du
monde est l'une des variantes possibles, et qu'il y en a d'autres, ou que notre
langue véhicule des points de vue sur la réalité, celle-ci n'étant jamais
directement accessible. Que si l'étranger nous semble étrange, cela peut être
réciproque. L'une des difficultés de l'interculturel est liée au fait qu'il est plus
difficile de rencontrer des étrangers en groupe que de les rencontrer un par
un, car tout groupe auquel on est confronté génère des phénomènes
particuliers. D'autre part, les situations de travail sont plus complexes quand
les langues et les cultures sont différentes, ou quand il s'agit de s'exprimer
dans une langue qui n'est pas la sienne. On sait aussi que le fait de savoir ou
de penser que son interlocuteur est étranger - ou de percevoir qu'il y a deux
groupes différents - provoque des phénomènes particuliers de catégorisation,
d'accentuation des différences entre nationalités et d'interprétation des choses
à partir de son propre cadre de références. Les malentendus et les conflits,
déjà fréquents dans toute interaction, prennent alors des proportions plus
importantes. De ce fait, il apparaît fondamental, à l'heure de la mon-
dialisation, que les connaissances concernant ces domaines fassent partie
d'une culture générale minimum en sciences humaines. Toutefois, tout n'est
pas négatif dans les rencontres avec l'étranger, et celui-ci ne fait pas toujours
l'objet d'un rejet. On a même constaté une attirance particulière pour
l'interlocuteur du même âge et de sexe opposé, que l'on trouve toujours plus
12
particulièrement charmant parce qu'il est étranger. C'est un moteur puissant
pour lequel les barrières de la langue ne sont plus infranchissables, mais
excitantes à résoudre. Cela ne fonctionne pas toujours de la même façon
dans le milieu des affaires, encore que, pour ce qui concerne la Russie, le sex
appeal des femmes russes semble un stéréotype français bien ancré et
opérant aussi dans le milieu des affaires. Le commerce n'est-il pas une guerre
économique où il est normal que l'on s'intéresse aux femmes du pays que
l'on veut conquérir ? De quelle façon, cependant, s'y intéresse-t-on, dans un
monde où la relation marchande est devenue la règle, les relations vécues
dans l'entreprise ayant déteint sur les rapports sociaux ?
Les chocs de langues ou de cultures sont fréquents. On n'en connaît
toutefois pas toujours les raisons, personnelles, interpersonnelles ou liées à
l'environnement dans lequel ils s'inscrivent. Toute rencontre interpersonnelle
est en effet toujours inscrite dans une situation qui la prédétermine, celle des
stéréotypes entre nations, mais aussi le cadre de la communication. On
mésestime souvent combien les aspects politiques, économiques, culturels et
sociaux entre les nations, ainsi que les dimensions liées à l'entreprise ou à
l'organisme dans lequel on travaille, peuvent interférer dans ce qui se passe
dans la rencontre. Des recherches existent depuis plusieurs années à propos
de l'expatriation, du management ou de la négociation interculturels. On
s'interroge sur les profils les mieux adaptés et sur les formations à proposer.
Est-ce que cela provoque une attention particulière à prendre en compte les
différences et à construire des références communes ? Les situations, les
valeurs et les normes propres aux entreprises ou aux projets sont divers. Il
semblerait pourtant que, la plupart du temps, on assiste à une volonté
d'imposer sa propre langue et sa propre façon de concevoir l'organisation du
travail, ou bien à un évitement de tout ce qui pourrait avoir trait aux
modalités du travail en commun. Or, le conflit et le malentendu sont
inévitables dans les relations humaines. Non traités, ils jouent un rôle de
sape et empêchent l'énergie de se déployer pour construire. Philippe Pierre,
docteur en sociologie et consultant, lors d'une enquête auprès de cadres
étrangers travaillant en France dans le secteur pétrolier, a repéré l'existence
d'un double langage concernant les différences culturelles. D'un côté,
l'affirmation de la prise en compte de ces différences dans le management
des affaires à l'étranger et, d'un autre côté, une hiérarchisation des filiales ou
des secteurs par rapport à la maison mère, avec l'idée implicite que certaines
particularités nationales, culturelles ou religieuses seraient une gêne et un
1frein pour le dynamisme des collectifs plurinationaux . Sylvie Chevrier,

1. Pierre P., « Les variations de l'identité d'élites mondialisées », Connexions, n° 83, Toulouse,
©Éditions érès, 2005, p.196.
13
professeur de management à l'université de Marne-la-Vallée, enquêtant dans
des contextes où des groupes de nationalités et de langues différentes col-
laborent à des objectifs communs, conclut que « le leader d'une équipe est
1confronté d'emblée à des problèmes de langues et de stéréotypes », et qu'il
existe peu de synergies interculturelles réussies dans le monde de
l'entreprise :

« […] la plupart des entreprises dites globales organisent aujourd'hui la
coexistence des cultures en répartissant les rôles et responsabilités de sorte que
2chacun n'empiète pas sur le terrain des autres . »

Pour atténuer les dysfonctionnements à l'œuvre et améliorer la
performance des équipes, elle préconise « la prise de connaissance des
contextes d'interprétation des autres et l'organisation structurée de processus
3d'ajustements mutuels » Comment créer, en effet, les conditions d'une prise
en compte des différences et, simultanément, d'un dépassement de ces
différences par la construction de ce qui rassemble, c'est-à-dire l'objectif
commun du travail dans l'entreprise ? L'interculturel est l'identification des
différences telles qu'elles sont vécues dans l'interaction, le transculturel est la
centration sur l'objectif commun de travail et la recherche du fonctionnement
le plus confortable possible pour une coopération de chacun.
Ce livre expose les connaissances théoriques concernant la façon dont
notre langue et notre culture structurent notre rapport au monde, et ce qui se
passe dans la rencontre et la communication avec des étrangers. Il fait un
détour par l'anthropologie pour présenter quelques aspects importants de la
langue et de la culture russes. Puis il présente une étude faite à Moscou
auprès de cadres et de dirigeants français, et développe quelques exemples
de pratiques permettant de prévenir, d'alléger ou de traiter les malentendus et
les blocages susceptibles d'exister dans le travail entre Français et Russes.
Les difficultés d'acclimatation en pays étranger peuvent avoir des origines
diverses et revêtir des formes différentes. Comme je l'ai déjà dit, la culture
est, pour chacun d'entre nous, ce qui va de soi : dans la société dans laquelle
nous avons grandi, nous partageons non seulement la langue, mais
également une façon de nous adresser à l'autre en fonction de son âge et de
son sexe, de nous situer dans le temps et dans l'espace, et bien d'autres
choses encore. Dans la perception du monde de chacun, ces éléments sont
des repères fondamentaux. Dans la rencontre interculturelle, nous

1
. Chevrier S., Le management des équipes interculturelles, Paris, PUF, 2000, p. 20.
2. Ibid.
3
. Ibid., p. 202.
14
expérimentons la plupart du temps des situations nouvelles, inédites. Jaak Le
Roy, psychiatre, psychanalyste et analyste de groupe, explique combien elles
peuvent être perturbantes. Dans des pays proches tels que ceux de l'Europe
du Nord, on peut apprécier ou être gêné par la distance que les gens gardent
dans l'interaction, le fait qu'ils évitent de se toucher, et découvrir que cette
conduite a un sens différent pour eux et pour nous. Ainsi, nous apprécions
plus ou moins, selon notre sensibilité, le fait que les Italiens soient volubiles
et nous parlent en se tenant tout près, que les Anglais paraissent froids et
restent plutôt à distance, ou que les Russes nous regardent sans sourire et
donc sans aménité. Mais le plus troublant, dans la communication avec des
étrangers, c'est de réaliser que les symboles utilisés dans une culture ne
signifient pas la même chose dans une autre, et parfois même disent le
contraire. L'accueil, l'acquiescement, la politesse, le mépris, le repos se
manifestent de façon corporelle, et différemment selon les cultures. Et
comme il n'est pas toujours possible d'analyser ce qui se passe au fur et à
mesure, ni même quelquefois après, l'arrivée dans un pays étranger peut
provoquer le désagréable sentiment d'être perdu, ou désorienté. Là où l'on
attendait du « même », on trouve du différent. C'est le genre de phénomène
tout à fait normal qui fait considérer celui qui a d'autres habitudes comme un
être radicalement autre. Ainsi, on peut trouver tout à fait bizarre que des êtres
humains se reposent accroupis, comme souvent en Asie, ou discutent debout
sur une seule jambe, comme les aborigènes d'Australie étudiés par A. P.
Elkin, anthropologue australien, et que cite Grigorij Krejdlin, de l'université
des sciences humaines de Moscou :

« Lors de discussions, qui se déroulent entre deux personnes d’une même tribu,
chacun se tient sur une jambe. Les interlocuteurs changent très rarement de
jambe, ne se tiennent jamais sur leurs deux jambes et préfèrent terminer la
discussion plus rapidement et s’en aller plutôt que de se tenir à nouveau sur la
1même jambe qu’au début de l’échange . »

On ne rit pas non plus des mêmes choses lorsqu'on est de cultures
différentes, et l'on sait combien l'humour et les jeux de mots sont chargés de
culture ! A l'étranger, les horaires des repas, ce qui est servi, les façons de
manger, de vivre ensemble, l'habitat, l'urbanisme, les déplacements sont
différents. Nous nous rendons compte à cette occasion de notre plus ou
moins grande capacité d'adaptation à un mode de vie, à des façons d'être, à
des paysages différents. On peut trouver difficile d'être en ville, ou au

1. Krejdlin G., « Le langage du corps et la gestuelle (kinésique) comme champs de la
sémiotique non-verbale : idées et résultats », Cahiers slaves, n° 9, UFR d'études slaves,
Université de Paris-Sorbonne, 2007. En ligne.
15
contraire d'être loin d'une mégalopole, ou de ne pas entendre le bruit de la
mer ou des voitures auquel on est habitué.
Ces différences jouent également dans le travail. Un certain nombre de
fonctions qui paraissent exclusivement techniques, la comptabilité par
exemple, sont culturellement très marquées. Les questions de temps et
d'espace, c'est-à-dire de délais, de lieux et de moments où se traitent les
problèmes, les modalités de prise de décision, les types de rapports sociaux
dans le travail, font également partie d'une culture et donc de l'histoire du
pays. Il est alors fondamentalement important de comprendre le mode de
relation habituel entre le directeur ou le contremaître et les ouvriers dans les
entreprises en Russie si l'on veut saisir ce qui s'y passe maintenant.
Ce livre voudrait être principalement une contribution à l'étude de la
Russie par le moyen de la langue russe. Les signifiants d'une langue, c'est-à-
1dire l'effet de leur sonorité sur le plan psychologique , et leurs rapports les
uns avec les autres dans une même langue, nous renseignent sur la culture
véhiculée dans et par cette langue, ils en sont l'armature. C'est cette armature
qui m'intéresse, la symbolique et les résonances sous-jacentes aux notions
principales, celles liées à la religion, au temps et à l'espace, à la parenté et
aux échanges sociaux, au travail et au pouvoir. Il me semble que cette
armature est formée de significations qui perdurent tout en changeant de
forme, mais dont le sens se conserve d'autant plus qu'il est inconscient. La
culture est ainsi un héritage, un patrimoine commun, mais c'est aussi une
construction perpétuelle dans les échanges. La langue évolue, se transforme,
fait des emprunts aux autres langues, abandonne certains signifiants, en
invente d'autres. Pour faire entendre les signifiants de la langue russe à des
Français, il sera utilisé une transcription phonétique. C'est un défi, car il n'est
pas possible de faire entendre la sonorité d'un mot simplement en l'écrivant
ou en le lisant. Dans les différentes citations, l'orthographe choisie par
l'auteur est souvent la plus usuelle. Quelquefois, c'est l'orthographe des
slavistes, des spécialistes de la langue russe. On connaît l'orthographe de
vodka ou de samovar, mais on ne sait pas que les Russes disent votka et
samavar. Dans un cas, c'est la première syllabe qui est accentuée, dans
l'autre, c'est la dernière. Simultanément, le son [d], dans vodka est devenu
[t], et le son [o], dans samovar, s'entend [a] parce qu'il n'est pas accentué. En
russe, en effet, ce n'est pas toujours la même syllabe qui est accentuée dans
le mot, et les lettres changent de prononciation selon leur place par rapport à
cette accentuation. Ainsi, de sonores, certaines consonnes deviennent
sourdes, alors que des voyelles s'entendent différemment de leur son initial.

1
. Saussure F. de, Cours de linguistique générale (1916), Paris, Payot, 1972, p. 16.
16
En ce qui concerne l'écriture phonétique, elle crée, pour un Français, des
combinaisons de lettres inédites que nous ne sommes pas habitués à lire et à
prononcer, comme le son [chtch'], par exemple, nécessaire pour parler de la
1soupe au choux, symbole important en Russie, et qui se dit chtch'i ( щи) .
Voilà déjà un exemple de choc de langues : pour les Russes, cette image
acoustique correspond à un concept important et valorisé de leur culture,
pour les Français, elle évoque plutôt une grossièreté. C'est une illustration de
2ce que Ferdinand de Saussure appelle l'« arbitraire du signe » : les langues
sont des conventions. Le signifiant pour dire la soupe au chou russe
correspond à cette sonorité parce qu'il en a été décidé ainsi ; en français, ce
signifiant correspond à quelque chose de vulgaire.
L'alphabet cyrillique sera présenté avec la prononciation phonétique des
lettres et leur équivalent pour les slavistes. Chaque mot russe sera
orthographié non seulement phonétiquement mais aussi en cyrillique.
J'encourage cependant à accompagner cette lecture d'une écoute et de
l'apprentissage de la prononciation, car il est difficile d'apprendre une langue
sans l'entendre et sans la prendre en bouche et dans les oreilles, en quelque
sorte, dans l'échange avec quelqu'un.
Le livre commence par explorer la façon dont notre langue et notre
culture nous structurent, et quels sont les phénomènes en jeu pour tout
voyageur en langue et en pays inconnus. Puis, nous poursuivrons le voyage
en abordant la culture russe traditionnelle : la religion orthodoxe, la
symbolique de l'habitat, la famille et le système de parenté, l'espace et le
temps, le rapport à la terre et la représentation du pouvoir. La rencontre et le
travail à l'étranger, ou les échanges avec des étrangers, se matérialisent
toujours par des interactions à partir desquelles on peut analyser ce qui est en
jeu. Nous verrons donc différentes théories concernant la communication.
Nous y découvrons que les malentendus et les conflits sont structurels des
relations humaines. Enfin, des pratiques professionnelles seront présentées :
la synthèse d'une étude auprès de cadres et de dirigeants français travaillant à
Moscou, et les commentaires qui me sont venus depuis à son propos, et des
exemples de formation-développement et de coaching, en rapport avec les
deux langues et les deux cultures. La plupart des professionnels interviewés
à Moscou sont des salariés d'entreprises ou d'organisations, d'autres, des
entrepreneurs qui ont créé leur propre société. Certains sont là pour une
durée temporaire, d'autres sont installés depuis longtemps, quelquefois déjà
du temps de l'Union soviétique. Ce n'est donc pas un groupe homogène : il y
a une grande diversité d'âge, d'expériences, de situations familiales et de

1. La transcription des slavistes est différente : la même soupe aux choux s'orthographie šči.
2
. Ibid., p. 100.
17
statuts, puisqu'il s'agit aussi bien de dirigeants de grandes firmes françaises,
de directeurs ayant créé leur propre société ou de jeunes cadres peu
expérimentés.

1L'alphabet et la prononciation du russe

L'un des freins à l'apprentissage de la langue russe, c'est qu'elle est sou-
vent considérée comme une langue difficile du fait de son alphabet. C'est un
obstacle que l'on peut aisément franchir pour ce qui concerne la langue écrite
en majuscules d'imprimerie. Beaucoup de lettres sont en effet issues du grec.
Le son [p], par exemple, s'écrit [ п]. Ainsi, passport, un passeport, s'écrit
( паспо р т), toutes les lettres du mot se prononcent, y compris le [t] final et il
y a un accent tonique sur la première syllabe (cet accent est signalé par la
lettre en caractère gras). Le français accentue la dernière syllabe du mot, sauf
quand elle est muette ; en russe, cette accentuation change de place. Il faut
donc l'apprendre.
Beaucoup de mots russes en caractères d'imprimerie sont donc aisément
reconnaissables, et lorsqu'on connaît l'alphabet, on s'oriente plus facilement.
2Petit test : que veulent dire les mots МЕ Т Р О, РЕСТО Р АН ou ТЕ ЛЕ ФОН ?
On passe un cap supplémentaire si on arrive à prononcer les mots russes
avec leur accent tonique. Pour métro, par exemple, on dit mitro (мет ро), et
l'accent tonique est à la fin du mot. Dans pajalousta, « s'il vous plaît » ou
« s'il te plaît » ( по ж а лу йст а), il est placé sur la deuxième syllabe.
Autre particularité que nous avons déjà vue, les voyelles changent de
prononciation selon que l'accent tonique porte sur elles ou non. La voyelle
russe [e], qui se prononce [ié] ou [iè], se prononce [i] dans les mots russes
mitro ou tilifon du fait qu'elle est placée avant l'accent. Dans tilifon comme
dans passport, la dernière lettre se prononce. Après l'accent, la prononciation
de la lettre russe [e] est également [ié] ou [iè], mais très faiblement. Dans
« pardon », prastitié, par exemple, on entend à peine le [ié] final, un peu
comme dans un souffle.
Ainsi, le [o] se prononce parfois [a], et le [ я], qui se prononce [ia] sous
l'accent, comme dans le fameux ia tibia lioubliou ( я те б я лю б л ю), « je
t'aime », se prononce [ié] avant l'accent, comme dans iézyk ( язык), la

1
. L'écriture phonétique du russe s’inspire du livre Zakouski. Les amuse-bouche de l'alphabet
cyrillique, de Pauline Sabbagh-Béranger, professeur certifié de russe, © Ellipses, 2001.
Certains exemples sont issus de cet ouvrage.
2
. METRO, RESTAURANT et TELEPHONE (la prononciation correspond à mitro, ristaran
et tilifon, la voyelle en gras représentant la syllabe accentuée). Par ailleurs, toutes les lettres se
prononcent : il faut donc prononcer ristarane et tilifone (les sons [an] ou [on] n'existent pas en
russe).
18
« langue », qui signifie, comme en français, la langue que l'on parle ou
l'organe. On dit ia outch'ou pousskiï iézyk, « j'apprends la langue russe » ( я
уч у русский язык).
Toutes les lettres se prononcent en russe, qu'elles soient ou non à la fin du
mot. Si deux voyelles se suivent, elles sont prononcées toutes les deux. Stait,
pour dire « (il ou elle) est debout », se prononce sta-it ( ст аит). En outre, la
plupart des consonnes russes peuvent se prononcer de façon dite « dure » ou
« mouillée », que l'on peut illustrer par la différence de prononciation entre
« non », et « gnon » (un coup). Pour savoir comment prononcer une
consonne, il faut repérer la voyelle qui la suit, car certaines voyelles
s'écrivent après une consonne « dures » et d'autres, après une consonne
1
« mouillée » . Dans l'orthographe phonétique, cette caractéristique d'être
« m » sera signalée par l'apostrophe ['] (comme dans outch'ou, vu
précédemment). C'est comme si le son [tch] était suivi d'un [i] à peine en-
tendu : outchiou.
Quelquefois, le signe mou [ ь] signale la mouillure de la consonne qui le
précède. Cette prononciation différente est importante, bien évidemment, car
elle change le sens du mot. Ainsi, les mots « mère » (ма ть) et « grossièreté »
(ма т) ont pour seule différence la prononciation du [t] final, qui est
« mouillée » dans « mère », mat', et « dure » dans « grossièreté » : mat. Qu'il
y ait aussi peu de différence entre ces deux signifiants est très intéressant en
terme de signification. Mat est d'ailleurs également utilisé dans « échec et
mat », qui se dit chakh i mat ( шах и мат). On sait combien les Russes sont
intéressés et brillants dans le jeu d'échecs, qui se dit chakh ( шах). De la
même façon, le mot brat, qui veut dire « frère », est prononcé avec un [t]
« dur », alors que brat', qui veut dire « prendre », est prononcé avec un [t]
« mouillé ». N'est-ce pas normal que les deux signifiants soient associés,
puisque ce que donne un frère doit être pris, et celui qui donne est un frère ?
Nous y reviendrons quand nous verrons le don et le contre-don dans les
échanges sociaux.
Enfin, dans ce rapide survol de la prononciation de la langue russe,
signalons que plusieurs consonnes russes et une voyelle sont peut-être plus
difficiles à prononcer pour des Français. La voyelle [ ы], que l'on trouve dans
iézyk, la « langue », et dans krycha ( кры ша), qui signifie le « toit », mais
aussi la protection censée réguler les affaires en Russie, est prononcée
comme un [i] dur, guttural, tirant un peu sur le [ou]. Et la consonne [ х], dans
chakh ( ша х) par exemple, se prononce [kh], un peu comme le [ch] allemand
(le son d'un chat en colère). La lettre [ щ], que nous avons déjà vue, est

1. Les voyelles russes а, э, ы, о, у se trouvent après une consonne « dure », les voyelles я, е, и,
ё, ю, après une consonne « mouillée ». Sabbagh-Béranger P., op. cit., p. 39.
19
prononcé [chtch'] : c'est peut-être le son le plus difficile pour un Français. Si
on n'y arrive pas, on peut faire un [chch'] un peu prolongé.
Que vous soyez perdus à cette étape n'est pas exceptionnel et même assez
fréquent. Si ce qui arrive à tout voyageur qui aborde une langue inconnue.
20
1Lettres russes Prononciation française Transcription des
équivalente slavistes
А а [ а] a
Б б [b] ou [b'] b
В в [v] v
Г г [gu] ou [gu'] g
Д д [d] ou [d' d
Е е [ié] ou [iè] e
Ё ё [io] ë
Ж ж [j] comme un insecte qui bourdonne j
З з [z] ou [z'] z
И и [i] i
Й й [ille] s'écrit souvent [ï] j
К к [k] ou [k'] k
Л л [l] ou [l'] l
М м [m] ou [m'] m
Н н [n] ou [n'] n
О о [o] o
П п [p] ou [p']p Р р [r] ou [r'] c'est un « r » roulé r С с [ss] ou [ss']s
Т т [t] ou [t'] t
У у [ou] u Ф ф [f] ou [f'] f
Х х [kh] ou [kh']dans la gorge, en expirant de l'air x
Ц ц [ts] comme dans « tsé-tsé » с
Ч ч [tch'] č Ш ш[ch] š Щ щ[chtch']šč Ъ ъ signe dur" Ы ы [y] un [i] dans la gorge y
Ь ь['] signe mou '
Э э [è] è
Ю ю [iou] ju
Я я [ia] ja ou â



1
. Sabbagh-Béranger P., op. cit., p. 13.
21














Partie I

Introduction à la culture et à la langue russes



La construction de la culture

Pour Claude Lévi-Strauss, célèbre anthropologue français, le langage est
fondamental dans l’appréhension de la culture, et leurs rapports,
consubstantiels :

« C'est que le problème des rapports entre langage et culture est un des plus
compliqués qui soient. On peut d’abord traiter le langage comme un produit de
la culture : une langue en usage dans une société, reflète la culture générale de la
population. Mais en un autre sens, le langage est une partie de la culture ; il
constitue un de ses éléments parmi d’autres […] Mais ce n’est pas tout : on peut
aussi traiter le langage comme condition de la culture, et à un double titre :
diachronique, puisque c’est surtout au moyen du langage que l’individu acquiert
la culture de son groupe ; on instruit, on éduque l’enfant par la parole ; on le
gronde, on le flatte avec des mots. En se plaçant à un point de vue plus
théorique, le langage apparaît aussi comme condition de la culture, dans la
mesure où cette dernière possède une architecture similaire à celle du langage.
L’une et l’autre s’édifient au moyen d’oppositions et de corrélations, autrement
dit, de relations logiques. Si bien qu’on peut considérer le langage comme une
fondation, destinée à recevoir les structures plus complexes parfois, mais de
même type que les siennes, qui correspondent à la culture envisagée sous
1différents aspects . »

Il me semble qu'un exemple de traduction erronée peut faire comprendre
facilement combien la langue et la culture sont entremêlées, et aussi combien
le langage est premier dans la construction de la culture. Car, en effet,
comment avoir accès à la culture sans communication entre les hommes,
communication dans laquelle la parole est le moyen le plus abouti ? Un
interprète ou un traducteur qui ne connaît pas les deux langues, et qui ne
connaît pas également les cultures sous-jacentes à ces deux langues, ne peut
pas traduire de façon judicieuse. Une petite anecdote permet de le
comprendre aisément. Elle est issue d'un article de Madame Xiaohong Cai,
professeur à l'université des Études Étrangères du Guangdong, paru dans un
ouvrage collectif. Voici de quoi il est question : un interprète chinois traduit
un bref échange entre un artisan chinois et des touristes français qui lui font
des compliments sur son talent. L'artisan répond

« « […] en secouant la tête et balançant les mains" […] L'interprète traduit :
« C'est laid, ce que je vous ai montré, c'est laid, ce que je vous ai montré, ça fait

1
. Lévi-Strauss C., Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958, p. 78-79.
25
rire, ça fait rire" A ces mots, les Français sont restés stupéfaits, puis, il y eut un
1moment de silence gênant . »

On le comprend aisément. Craignant d'avoir fâché l'artisan, les Français
interrogent l'interprète après la visite. Celui-ci leur répond tout simplement
qu'il s'agit d'une formule de remerciement classique : les Chinois sont très
modestes et remercient de cette façon. Le choc vient de la traduction littérale
faite par l'interprète et que les touristes n'ont pas comprise comme telle.
L'interprète ne sait peut-être pas que la modestie en français ne se signifie
pas dans les mêmes termes que la modestie en chinois. Pourtant, son rôle est
fondamental. Nous en reparlerons.



1. Cai X., « Le rôle de l'interprète dans les échanges interculturels », dans Zheng L., Desjeux
D. (sous la direction de), Chine-France. Approches interculturelles en économie, littérature,
pédagogie, philosophie et sciences humaines, Paris, L'Harmattan, 2000, p. 178.
26
L'importance de la langue dans la construction de l'être humain

L'homme est un être de langage. C'est sa différence essentielle d'avec
l'animal. Il a pour particularité fondamentale celle de parler et d'être
immergé dans le langage dès son arrivée au monde. Il parle, et tout ce qu'il
ressent, pense, entreprend, tout ce qu'il vit a un sens. Rien de ce qui lui arrive
n'est donc naturel, tout est culturel, depuis la façon dont il se nourrit, jusqu'à
sa façon d'élever ses enfants, de travailler ou d'être en relation avec les
autres. Il est d'ailleurs extrêmement troublant de constater les variations qui
existent dans ces systèmes symboliques que sont les sociétés humaines, et le
rôle essentiel que joue la parole dans les échanges entre les hommes. C'est
même tellement troublant que cela peut détruire certaines personnes :
l'expatriation peut être destructrice. J'ai eu l'occasion de pouvoir m'en rendre
compte lorsque j'ai commencé à travailler, il y a plus de vingt-cinq ans, dans
cet organisme dont la raison d'être principale est l'expatriation de jeunes
professionnels. Quand les choses se passaient mal, le malaise pouvait
survenir dès l'arrivée : j'ai connu le cas d'un jeune ne pouvant pas sortir de
l'avion, tellement il avait peur, de certains ne dormant plus ou, au contraire,
dormant tout le temps, d'autres ne trouvant rien à leur goût, d'autres encore
qui avaient l'impression d'étouffer. Toutes les formes de malaise sont
possibles. Le psychiatre Régis Airault, qui a longtemps travaillé en Inde en
1tant qu'attaché au consulat de Bombay, en parle dans le livre qu'il a consacré
à son expérience. Quelquefois, certains voyageurs peuvent se mettre à
délirer. Le seul remède est de les rapatrier rapidement, et tout rentre dans
l'ordre.
Sigmund Freud a découvert le rôle fondamental de la parole dans le
développement de chacun, et la façon dont la parole peut guérir, quand il
s'est aperçu que les problèmes de paralysie des hystériques ne suivaient pas
les règles de l'anatomie et de la physiologie, mais des lois mystérieuses
issues des croyances de ces femmes quant au mal dont elles souffraient. Il les
a alors soignées en les écoutant et en les guidant dans la découverte de leur
imaginaire, dans le cadre de ce qui est devenu la cure analytique. Jacques
Lacan s'est basé sur ces découvertes freudiennes pour développer plus
2particulièrement l'importance du signifiant dans le réseau symbolique qu'est
le langage, et le rôle fondamental des rapports structurels entre les signifiants
d'une langue. Tout comme pour comprendre le sens des hiéroglyphes, les

1
. Airault R., Fous de l'Inde, Délires d'Occidentaux et sentiment océanique, Paris, Payot &
Rivages, 2000.
2. Le signifiant est la partie sonore du mot. C'est même l'image acoustique, dans le psychisme,
de cette partie sonore, puisque l'on pense sans prononcer de mots.
27
spécialistes qui se sont penchés sur cette écriture mystérieuse, à l'époque, ont
compris qu'ils ne pourraient pas en trouver le sens en se centrant sur le petit
vautour ou la déesse, mais en découvrant les liens qui relient les différents
signes et donnent la clef de leurs rapports et donc le sens du message. J.
Lacan explique que le langage préexiste à l'être humain, et que chacun doit
se l'approprier. Chacun d'entre nous est venu au monde dans une famille dont
il a reçu un nom, le nom de famille, ses parents lui ont donné un prénom et
ils lui ont lui parlé dans une ou des langues, selon qu'ils avaient, ou non, la
même langue maternelle. Dans une interview dans l'Express, en 1957,
Jacques Lacan explique comment cela se passe :

« Or, pour Freud, pour moi, le langage humain ne surgit pas chez les êtres
comme resurgirait une source.
Voyez comme on nous présente tous les jours l'apprentissage de son expérience
par l'enfant : il met son doigt sur le poêle, il se brûle. A partir de là, prétend-on, à
partir de sa rencontre avec le chaud et le froid, avec le danger, il ne lui reste qu'à
déduire, à échafauder la totalité de la civilisation.
C'est une absurdité : à partir du fait qu'il se brûle, il est mis en face de quelque
chose de beaucoup plus important que la découverte du chaud et du froid. En
effet, qu'il se brûle et il se trouve toujours quelqu'un pour lui faire, là dessus, tout
un discours.
L'enfant a beaucoup plus d'effort à faire pour entrer dans le discours dont on le
submerge, que pour s'habituer à éviter le poêle.
En d'autres termes, l'homme qui naît à l'existence a d'abord affaire au langage ;
c'est une donnée.
Il y est même pris dès avant sa naissance, n'a-t-il pas un état-civil ?
Oui, l'enfant à naître est déjà, de bout en bout, cerné dans ce hamac de langage
1qui le reçoit et en même temps l'emprisonne . »

Ainsi, tout petit, le bébé est plongé dans le système symbolique constitué
par les signifiants de sa langue maternelle. Et il devrait peu à peu se
constituer comme personne indépendante, alors que ce sont ses parents qui
lui disent pourquoi il s'est brûlé, ce qu'il ressent, quelquefois même ce qu'il
est (maladroit, aventureux...), ce qu'il doit faire (ou ne pas faire), comment
tel ou tel objet s'appelle etc. Le sens de ce qu'il fait, de ce qu'il ressent, de ce
qu'il dit, est ainsi constamment dépendant du sens que l'autre, les autres dont
il dépend, son père et sa mère, lui donnent. J. Lacan a théorisé cette dimen-
sion fondamentale en disant que l'être humain est un sujet barré (signifié par
$), parce qu'il dépend de l'autre, de l'image et des significations que l'autre

1. Dr Lacan, entretien avec Madeleine Chapsal, L'Express, 31mai 1957, n° 310, en ligne :
http://aejcpp.free.fr/lacan/1957-05-31.htm, p. 3-4.
28
lui renvoie, qu'il est en même temps séparé et en même temps relié à l'autre
sans lequel il ne peut s'appréhender, puisque son désir, ses émotions, sa
pensée même, sont depuis le début interprétés par l'autre. De ce fait, il est
toujours difficile à l'être humain de penser et de se déterminer par lui-même,
de savoir quel est son désir et d'assumer sa parole. Il ne sait jamais tout à fait
si ce qu'il pense, ce qu'il dit et ce qu'il fait, il le pense, dit et fait en tant que
« je » pleinement autonome, ou en tant que représentant de ce que ses
parents ou une instance supérieure ont voulu pour lui. Son désir propre lui
est toujours obscur, d'autant qu'il est inconscient. Il se construit de ce fait une
représentation imaginaire de lui-même, un « moi » social qui le satisfait et
qu'on appelle identité, ou qui lui est assigné par plus puissant que lui et dont
il se contente. C'est ainsi que l'enfant que ses parents appellent un cochon ou
un voyou va effectivement se conduire comme tel, et que le sujet qu'il est
communément admis en France d'appeler « Beur » va se définir comme tel.
S'approprier le langage et assumer sa propre parole est donc difficile pour
chaque être humain, d'abord et surtout dépendant de ce que ses parents lui
ont dit et ont interprété de ses comportements et de lui-même. Cela
prédispose ensuite chacun à rechercher constamment la reconnaissance et
l'approbation d'autres maître, professeur, puis chef, patron, mentor, tuteur ou
directeur de conscience etc., tant il est difficile de se libérer de cette
dépendance. J. Lacan ne croyait d'ailleurs pas à l'autonomie, d'autant que le
principal, pour chaque être humain, ce qui le fait agir, décider, c'est son
inconscient. Le sujet réel, pour la psychanalyse, c'est celui de l'inconscient.
La vérité de ce qu'il est et de ce qu'il désire, chaque être humain doit donc la
chercher dans ce qui ne lui est pas lisible de lui-même, dans ses désirs
refoulés tels qu'ils se manifestent dans ses rêves, ses lapsus et ses actes
manqués. Ainsi, on peut oublier de programmer son réveil lorsqu'on doit
aller à un examen, prendre la direction inverse que celle qui vous mènera là
où on voulait (en tout cas apparemment) se rendre, ou dire quelque chose
dont on est ensuite amusé ou gêné, selon les cas. C'est ce que les
psychanalystes appellent la division du sujet ; ce sont des manifestations de
cet inconscient dont, en général, on ne veut rien savoir, parce qu'il est
difficile de penser que l'on n'est pas le maître à bord. La psychanalyse est, en
effet, une blessure d'amour propre dont les êtres humains ne se sont pas
encore remis et ne se remettront sans doute jamais. Comme l'écrivent
Lucette Colin et Burkhard Müller :

« La révolution freudienne, si du moins elle est maintenue dans sa radicalité,
vient déloger l'individu de cette maitrise qu'il croyait avoir quant à lui-même :
alors que l'homme se sentait souverain dans son âme propre, Freud vient
comparer le « moi " au gugusse du cirque qui fait semblant d'être la cause de
29
tout ce qui lui arrive […] On doit à Freud d'avoir pointé que l'étranger et
1l'étrangeté qui nous inquiète tant, sont déjà en nous . »

Ma position est donc radicalement différente de celle qui a cours dans le
monde des affaires, où on ne parle que de « maîtrise ». Or, quelle maîtrise
peut-il y avoir quand, du fait de la façon dont l'être humain se construit dans
sa relation avec ses parents, il garde une grande difficulté pour savoir ce qui
lui est personnel de ce qui appartient à l'autre dans une interaction ? Il est
donc fréquent qu'il prête à l'autre ses propres pensées ou sentiments sans s'en
apercevoir. C'est ce qu'on appelle la projection. C'est l'une des raisons qui
fait que la communication est faite de malentendus : est-ce que ce que j'ai
entendu vient de mon monde intérieur ou de l'extérieur, c'est-à-dire de ce qui
m'a été dit par l'autre ? Et l'être humain n'entend pas toujours : on dit bien
« Il n'est pire sourd que celui qui ne veut entendre. » C'est la même chose
pour tous les organes des sens : la réalité est perçue à travers le filtre de la
subjectivité. La police sait que l'on peut interroger plusieurs témoins d'un
même événement, chacun aura vu et entendu quelque chose de différent,
parce que chacun y met toujours quelque chose de lui-même. En grandissant
à partir d'une situation de dépendance chaque être humain s'approprie sa
langue maternelle et cette réalité qui l'entoure, que ce soient les façons de
communiquer et d'être en rapport avec les autres, les institutions telles que le
mariage, l'éducation des enfants, la justice, le travail, les formes de
gouvernement etc. Cette appropriation prend un temps important de la vie.
Elle fait considérer comme normal et naturel ce qui n'est qu'un point de vue,
une certaine interprétation du monde.
Ce n'est, bien sûr, que dans la mesure où l'on parle au nourrisson qu'il
apprend à parler. Le nourrisson ne peut se contenter de lait, de l'air qu'il
respire et de quelqu'un qui le change et le lave. Il ne peut pas non plus se
contenter d'entendre de la parole autour de lui. Il faut s'adresser à lui, le
nommer, lui parler. De plus, la parole qui lui est adressée doit être portée par
le désir de ses parents (ou d'un substitut) de le voir grandir, se développer,
réussir (de préférence) sa vie d'enfant et d'adulte. On a pu voir des
orphelinats dans des reportages, en Roumanie notamment, en Russie sans
doute aussi, dans lesquels on coince le biberon dans le berceau pour nourrir
les bébés. Ceux-ci ne sont jamais investis par personne du fait qu'ils sont
élevés dans des institutions dans lesquelles les professionnels, en nombre
insuffisant, n'ont pas le temps, la disponibilité ou la formation indispensables

1
. Colin L., Müller B., La pédagogie des rencontres interculturelles, Paris, Anthropos, 1996, p.
12. Lucette Colin est psychanalyste et maître de conférences au département de sciences de
l'éducation à l'université de Paris VIII, et Burkhard Müller est professeur de sociopédagogie à
l'université de Hildesheim (Allemagne).
30
pour pouvoir créer des liens avec les enfants. Ils n'ont pas non plus la
régularité de présence permettant à chaque nourrisson d'être sûr de retrouver
la même personne quand il en a le désir. Les valeurs à l'origine de ces
institutions, et l'organisation du travail, ne le permettent pas. Les enfants sont
incapables de communiquer, car ils n'ont pas rencontré au bon moment
quelqu'un avec lequel nouer une relation, ou bien ils ont perdu la relation
nouée initialement. Ils n'entrent pas dans le monde symbolique du langage,
s'isolent en eux-mêmes et se balancent : on ne les a pas invités à entrer dans
la culture, et c'est quelque chose qu'ils ne peuvent pas faire seuls.
D'autre part, chaque langue doit être apprise : tous les mots, la
grammaire, l'écriture etc. Les langues, comme tous les symboles, sont des
conventions. On ne peut pas inventer que tel animal s'appelle « un singe » en
français, a monkey en anglais, abiziana en russe ( об е з ьян а). Même les
onomatopées, ou les gestes et mimiques quand on parle, ne sont pas les
mêmes d'une langue à l'autre. Il est donc nécessaire d'apprendre ce qui a été
convenu par d'autres. Nous apprenons notre langue maternelle sans même y
penser, et c'est ce qui rend son interprétation du monde si évidente que l'on
ne pense même pas à son côté arbitraire et conventionnel. C'est tout à fait
différent quand nous apprenons une langue étrangère. Chaque langue
organise et explique le monde à sa façon, et c'est ce qui rend cet
apprentissage difficile.
Par ailleurs, il existe une multitude de langues différentes, mais toujours
des paroles singulières, la parole étant la façon tout à fait personnelle dont un
être humain, un sujet, s'exprime. Cette parole est liée à son histoire. Il
construit sa propre mouture avec la langue qui lui a été transmise, objet
social par excellence, en fonction des événements et des émotions qui ont
jalonné son évolution. Chaque sujet s'approprie la langue qui lui a été
transmise et se décide plus ou moins à assumer sa parole dans la commu-
nication avec les autres. Quelquefois, souvent, il se contente de l'utiliser sans
y être engagé, « communiquant » à l'aide des idéologies et des prêt-à-penser
de sa société ou de ses groupes d'appartenance. L'assumer en tant que parole
propre, en tant que pensée qui lui est propre, est le plus difficile. Chacun
préfère souvent ne pas s'engager, répéter ce qu'il entend, parler pour ne rien
dire ou bien se taire, ou encore être engagé à plusieurs, en groupe, de façon à
toujours pouvoir se défausser en disant : « Je ne savais pas. L'information ne
m'a pas été transmise », « Nous étions plusieurs », « Je ne suis pas seul dans
ce cas », « Ce n'est pas de ma responsabilité », etc.


31
La confrontation avec une langue étrangère

« Un étranger qui parle ma langue m'est plus cher qu'un compatriote qui
l'ignore » (proverbe kurde).

Dans l'ordre des langues les plus parlées au monde en nombre de
locuteurs, le chinois (mandarin) est à la première place. Puis viennent
l'anglais, le hindi, l'espagnol, le russe. Le français ne vient qu'en onzième
position, mais c'est une langue parlée sur les cinq continents, comme
l'anglais. D'emblée plongé dans une ou des langues à sa naissance, quand il
est en contact avec des étrangers, l'être humain est d'abord confronté à une
autre interprétation de la réalité. Il est tout à coup placé dans la situation
d'avoir à trouver un sens commun dans l'interaction avec son interlocuteur.
Alors qu'il pensait trouver de l'identique, quelqu'un qui lui ressemble et qui
fonctionne en miroir de façon synchrone, il est confronté à l'altérité.
Le propre des êtres humains, c'est de communiquer et donc d'échanger
des symboles. Le symbole, étymologiquement, est issu du grec ancien
sumbolon (σύ μβολον), qui dérive du verbe sumbalein (symballein, de syn-,
avec, et -ballein, jeter) signifiant « mettre ensemble » ou « joindre ». En
Grèce, le sumbolon était constitué des deux morceaux d'un objet brisé, de
sorte que leur réunion, par un assemblage parfait, constituait une preuve de
leur origine commune. C'était, par exemple, un tesson de poterie cassé en
deux morceaux et partagé entre deux contractants. Pour liquider le contrat, il
fallait faire la preuve de sa qualité de contractant (ou d'ayant droit) en
rapprochant son morceau de celui de l'autre contractant. Les deux morceaux
devaient s'emboîter parfaitement, c'était un signe de reconnaissance très sûr.
A l'étranger, avec un ou des étrangers, cette jointure ou ce lien est moins
facile et les malentendus sont donc souvent plus forts.
Comme le dit Edward T. Hall, anthropologue américain de renommée
mondiale, et l'un des auteurs que connaissent les entreprises : « Toute
1exploration interculturelle commence par le fait d'être perdu . » Les
témoignages d'ethnologues, dont la profession est basée sur l'expérience du
dépaysement, ceux d'écrivains ou de poètes, qui sont d'emblée dans le
monde sensible de la culture, nous en apprennent beaucoup sur la com-
munication entre personnes de langues et de cultures différentes. Stéphane
Breton, par exemple, ethnologue et maître de conférence à l'École des
Hautes Études en Sciences Sociales, interviewé sur Arte pour présenter le
2séjour chez les Papous de Nouvelle-Guinée dont il a fait un film , évoque

1. Hall E. T., Au-delà de la culture, Paris, Seuil, 1976.
2
. Le Ciel dans un jardin, France, Arte vidéo, 2003.
32

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.