Rosa

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Rosa, rosa, rosam… C'est le plus vieux tango du monde… Charleroi, cité minière de Wallonie, au milieu des années cinquante. Une classe de IVe gréco-latine de l'athénée royal. Un hiver où, soudain, tout bascule par la faute d'un imbécile. Un prof qui méprise ses élèves. Un prof pour qui l'insulte tient lieu de verge et de férule et qui accuse de plagiat l'écolier que l'auteur était à quinze ans. Rosae, rosae, rosa, Ce n'est plus un tango, c'est le gouffre… À cet âge-là, on est bien trop fragile pour affronter pareille vilenie…Le vide, le silence, l'oppression, un bouillonnement de pensées vagabondes qui ne mènent à rien. De la révolte muette au doute absolu, de l'école buissonnière aux sursauts de fierté, il faut un jour franchir le Rubicon. Trouver les mots.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 226
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EAN13 : 9782748174847
Nombre de pages : 203
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Titre
Rosa
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Titre Jean Flament
Rosa
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-7484-4 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748174847 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-7485-2 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748174854 (livre numérique)
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Des flocons de neige papillonnaient devant la vitre givrée. Les toits se paraient de fragiles nappes moussues, trouées aux endroits humides. Lentement, inexorablement, les branches de mon sapin grisonnaient, blanchissaient, figées dans leur pâle gangue saisonnière. Parfois, une branche coquette s’étirait, languissante, rejetant d’une frileuse secousse poudrée sa fine toison d’argent. Basses et trapues, les cheminées crachaient dans le froid du matin de molles et indolentes volutes de fumée bleue. Le réveil modula ses notes stridentes. Pompon s’étira sur son coussin et plongea sous le lit. Je me sentais encore engourdi, en harmonie avec un hiver qui naissait enfin. Dans la cuisine, une bonne odeur de café fumant confortait ma sensation de bien-être. Papa s’activait. On déjeuna en silence, dans la calme tiédeur d’un quotidien tête-à-tête. Le froid qu’on ne soupçonnait pas aussi vif rôdait dans la rue, traînant son haleine rauque sur les caniveaux gercés. A l’arrêt du tram, au sommet de la rue Draily, en face du café
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Rosa
Laurent, les rails luisaient comme de longues et parallèles cicatrices. Je claque mes talons sur le sol gelé. La neige craque, grésille, se tasse. Les mains enfoncées dans les poches du pardessus, le col relevé, la tête basse, quelques rares passants pressent le pas devant moi. Les fils électriques tremblent et sèment quelques paillettes qui luisent dans la clarté blafarde des néons. Le tram arrive enfin, grosse lanterne verte et blanche, vaisseau fantôme aux vitres embuées. Il y règne une moiteur sourde, animale. On y sent le matin, le réveil pénible, les paupières lourdes. Des étudiants discutent avec animation, chahutent le receveur qui déballe son casse-croûte sous les quolibets. Un monsieur au chapeau mou guette la scène avec une indignation chronique. Installé chaque jour à la même place, il fronce, aux mêmes plaisanteries, ses gros sourcils réprobateurs. Nul ne sait où il prend le tram. Nul ne sait où il en descend. Nous ne savons de lui que la couleur terne de son feutre brun, que la circonflexe manie de ses sourcils gris. C’est le voyageur de la ligne 9. La place Charles II. La neige tombe plus épaisse. Les essuie-glaces crissent sur le pare-brise, grandes pattes d’insecte, maladroites et fragiles. Le parc Reine Astrid. Les maigres branches griffues sont ourlées d’hermine. Le
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