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Sade

De
412 pages
Laurence L. Bongie propose ici une lecture radicale de l’œuvre de Sade et met à mal nombre d’idées reçues sur l’auteur de La philosophie dans le boudoir. Qui oserait réhabiliter la belle-mère de Sade, la redoutable Présidente de Montreuil ? Contester à Sade la qualité de philosophe ? Avancer que les lettres de cachet l’ont, en quelque sorte, protégé de la justice, tout en menant à son enfermement ? Cette réinterprétation du rôle de la Présidente n’est pas la seule proposée par l’auteur qui, à partir de recherches nouvelles en archives, invite notamment les lecteurs à repenser le rapport de Sade avec sa mère, dont on a dit longtemps qu’elle était absente de son œuvre. Pour Bongie, au contraire, la haine de la mère est capitale. Originellement paru en anglais, ce livre s’adresse évidemment aux spécialistes de Sade, mais aussi à un grand public friand de détails sur la vie aristocratique au siècle des Lumières. À la fois essai biographique et relecture de l’œuvre sadienne, il affirme haut et fort des positions loin de toutes les orthodoxies. Les nouveaux lecteurs, ni apôtres ni spécialistes, mais esprits curieux souhaitant se faire une idée par eux-mêmes sur un écrivain aujourd’hui devenu canonique, pourraient être étonnés.
Laurence (Larry) Bongie est professeur émérite à l’Université de Colombie-Britannique (Vancouver), membre élu de la Société royale du Canada (Académie des lettres et des sciences humaines), et officier des Palmes Académiques. Il a écrit sur Hume, Diderot, Condillac, Bonnie Prince Charlie et le marquis de Sade.
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Laurence L. Bongie
Laurence L. Bongie propose ici une lecture radicale de l’œuvre
de Sade et met à mal nombre d’idées reçues sur l’auteur de Sade
La philosophie dans le boudoir. Qui oserait réhabiliter la
bellemère de Sade, la redoutable Présidente de Montreuil ? Contester Un essai biographique
à Sade la qualité de philosophe ? Avancer que les lettres de
cachet l’ont, en quelque sorte, protégé de la justice, tout en Préface de Benoît Melançon
menant à son enfermement ? Cette réinterprétation du rôle
de la Présidente n’est pas la seule proposée par l’auteur qui, à
partir de recherches nouvelles en archives, invite notamment les
lecteurs à repenser le rapport de Sade avec sa mère, dont on a
dit longtemps qu’elle était absente de son œuvre. Pour Bongie,
au contraire, la haine de la mère est capitale.
Originellement paru en anglais, ce livre s’adresse évidemment
aux spécialistes de Sade, mais aussi à un grand public friand de
détails sur la vie aristocratique au siècle des Lumières. À la fois
essai biographique et relecture de l’œuvre sadienne, il affrme
haut et fort des positions loin de toutes les orthodoxies. Les
nouveaux lecteurs, ni apôtres ni spécialistes, mais esprits curieux
souhaitant se faire une idée par eux-mêmes sur un écrivain
aujourd’hui devenu canonique, pourraient être étonnés.
( )Laurence Larry Bongie est professeur émérite à l’Université de
Colombie-Britannique (Vancouver), membre élu de la Société royale du
Canada (Académie des lettres et des sciences humaines), et offcier des
Palmes Académiques. Il a écrit sur Hume, Diderot, Condillac, Bonnie Prince
Charlie et le marquis de Sade.
• 49,95 $ 45 e isbn 978-2-7606-3693-4
Couverture : La mort de Sardanapale (détail) par Eugène Delacroix
(1826), Musée du Louvre. Photo : Jed (domaine public).espace
Disponible en version numérique´litteraire
www.pum.umontreal.ca Les Presses de l’Université de Montréal
PUM
EL-Sade.indd 1 17-01-23 10:01
• bongie
Sade Un essai biographiqueSade Un essai biogr.final.indd 2 2017-01-26 15:35sade
Sade Un essai biogr.final.indd 3 2017-01-26 15:35Sade Un essai biogr.final.indd 4 2017-01-26 15:35sade
Un essai biographique

Laurence L. Bongie
Traduit de l’anglais par Alan MacDonell
en collaboration avec Armelle St-Martin
Préface de Benoît Melançon
Les Presses de l’Université de Montréal
Sade Un essai biogr.final.indd 5 2017-01-26 15:35Alan MacDonell et Armelle St-Martin tiennent à remercier l’auteur de ses
précieux conseils sur les questions d’ordre historique pour la traduction.
Mise en pages : Yolande Martel
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec
et Bibliothèque et Archives Canada
Bongie, Laurence L., 1929-
[Sade. Français]
Sade : un essai biographique
(Espace littéraire)
Traduction de: S ade : a biographical essay.
Comprend des références bibliographiques et un index.
isbn 978-2-7606-3693-4
e1. Sade, marquis de, 1740-1814. 2. Écrivains français – 1 s8iècle – Biographies. I. Melançon,
Benoît, 1958- . II. Titre. III. Ti: Strea de. Français. IV. Collection : Espace littéraire.
pq2063.s3b5714 2017 843’.6 c2016-942460-x
Sade, a Biographical Essay
Te University of Chicago Press, Chicago, Illinois, U.S.A., in conjunction with their duly
appointed agent L’Autre agence.
© 1998, Te University of Chicago, all rights reserved
erDépôt légal : 1 trimestre 2017
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
© Les Presses de l’Université de Montréal, 2017
isbn papier 978-2-7606-3693-4
isbn PDF 978-2-7606-3694-1
isbn ePub 978-2-7606-3695-8
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien fnancier le Conseil des arts
du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
Elles remercient également le gouvernement du Canada de son soutien fnancier pour ses
activités de traduction dans le cadre du Programme national de traduction pour l'Édition du livre.
imprimé au canada
Sade Un essai biogr.final.indd 6 2017-01-26 15:35préface pour la traduction
Aux premiers temps de la Toile, en 1999, un chercheur passionné par
Sade avait décidé de créer un site rassemblant les coordonnées des
spécialistes de cet écrivain. Ceux-ci n’ayant pas été consultés, plusieurs
avaient assez mal réagi. Réponse du chercheur : « I have, as it were,
erected the temple ; it is now up to members to furnish it with learning. » Il
est en efet des lecteurs de Sade qui ont pour lui une véritable vénéra -
tion, de nature quasi religieuse. Il n’est pas sûr que la lecture de Sade.
Un essai biographique ravisse ces afcionados .
Il n’est pas sûr non plus que les lecteurs patentés de Sade, ceux qui
étudient son œuvre sans être ses disciples, apprécient toutes les prises de
position de Larry Bongie. Nombre d’idées reçues sur l’auteur de La
Philosophie dans le boudoir sont mises à mal dans l’ouvrage que vous
allez lire. Qui oserait réhabiliter devant eux la belle-mère de Sade, la
redoutable Présidente de Montreuil ? Contester à Sade la qualité de
philosophe ? Avancer que les lettres de cachet l’ont, en quelque sorte,
protégé de la justice, tout en menant à son enfermement ?
Larry Bongie, lui, le fait. Ici comme ailleurs, il remet les pendules à
l’heure, s’agissant d’un des auteurs réputés les plus sulfureux de la
littérature mondiale. Son Sade est à la fois un essai biographique, fondé sur
un travail en archives qui force l’admiration, et une relecture de l’œuvre
de Sade, qui afrme haut et fort ses positions, loin de toutes les ortho -
doxies. À ses yeux, il n’y a guère que la correspondance sadienne qui
sauve son auteur de l’oubli.
Avec panache, Larry Bongie montre ce qu’un esprit libre peut et doit
faire : chercher, (ré)interpréter, dire les choses comme il les voit. Il n’est
pas question, pour lui, de croire aveuglément telle déclaration
d’Apollinaire selon laquelle Sade aurait été l’« esprit le plus libre qui ait encore
existé ». Il le rend, bien au contraire, à son temps, à sa société, à ses
Sade Un essai biogr.final.indd 7 2017-01-26 15:358 • sade – un essai biographique
milieux. Quand cet érudit sait, il afrme. Quand il ne sait pas, il avance
des hypothèses.
Originellement paru en 1998 sous le titre de Sade. A Biographical
Essay, cet ouvrage, maintenant en traduction, devrait trouver de
nouveaux lecteurs, ni apôtres, ni spécialistes, mais esprits curieux souhaitant
se faire une idée par eux-mêmes, documents à l’appui, sur un écrivain
aujourd’hui devenu canonique. Ils risquent d’être étonnés.
Benoît Melançon
Université de Montréal
Sade Un essai biogr.final.indd 8 2017-01-26 15:351
7
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9
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abréviations
Abréviations des titres les plus fréquemment cités dans les notes :
B.A. Bibliothèque de l’Arsenal, Archives de la Bastille
Barbier Edmund-Jean-François Barbier, Chronique de la Régence et du
règne de Louis XV, Paris, Charpentier, 1857
Bourdin Correspondance inédite du marquis de Sade, Paul Bourdin (éd.),
Paris, Librairie de France, 1929
CXLVIII lettres Marquis de Sade, CXLVIII lettres inédites à Madame de Sade
(-1) , Georges Daumas et Gilbert Lely (éd.), Paris, Borderie,
1980
D’Argenson René-Louis, marquis d’Argenson, Journal et mémoires du marquis
d’Argenson, E. J. B. Rathery (éd.), Paris, Société de l’Histoire de
France, 1859-1867
Debauve D. A. F. de Sade, Lettres inédites et documents, Jean-Louis Debauve
(éd.), Paris, Ramsay/J.-J. Pauvert, 1990
De Luynes Charles-Philippe d’Albert, duc de Luynes, Mémoires sur la cour
de Louis XV, 17 volumes, Paris, Firmin Didot, 1860-1865
Laborde Correspondances du Marquis de Sade et de ses proches, Alice M.
Laborde (éd.), Genève, Slatkine,
1991Lely, O.C. Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade, dans Œuvres complètes du
marquis de Sade, vol. I et II, Paris, Cercle du Livre Précieux, 1966
Lettres et mélanges Marquis de Sade, Lettres et mélanges littéraires écrits à Vincennes
et à la Bastille, recueil inédit, tomes I et II, Georges Daumas et
Gilbert Lely (éd.), Paris, Borderie, 1980
Lever Maurice Lever, Donatien Alphonse François, marquis de Sade,
Paris, Fayard, 1991
O.C. Œuvres complètes du marquis de Sade, vol. III-XVI, Paris, Cercle
du Livre Précieux, 1966-1967
Sade Un essai biogr.final.indd 9 2017-01-26 15:35
8510 • sade – un essai biographique
Œuvres Sade, Œuvres, Michel Delon (éd.), Paris, Gallimard, collection
« Bibliothèque de la Pléiade », vol. I & II, 1990-1995
Papiers Maurice Lever, Bibliothèque Sade, Papiers de famille, vol. I et II,
Paris, Fayard, 1993-1995
Pauvert Jean-Jacques Pauvert, Sade vivant, 3 vol., Paris, Lafont,
19861990
Sade Un essai biogr.final.indd 10 2017-01-26 15:35avant-propos
Bien que cette étude m’amène à toucher à la vie et l’œuvre entières de
Sade, et que j’aie fourni une chronologie détaillée pour le lecteur qui
connaît peu les péripéties marquantes du marquis, je n’avais pas
entrepris d’écrire une biographie en bonne et due forme de l’homme dont, à
une certaine époque, on parlait avec épouvante, mais dont les écrits,
depuis ce dernier demi-siècle et plus, ont atteint une position
abondamment célébrée dans le canon de la littérature mondiale. Il est peu
surprenant, peut-être, que l’homme lui-même, célébré comme l’apôtre des
droits individuels sans bornes, comme le géant de la pensée
philosophique et le martyr de la liberté de conscience, ait participé à cette
réhabilitation. Mon but dans cet essai biographique, auquel j’ai ajouté
en appendice un libre post-scriptum sur la critique sadienne, sera de
mettre à l’épreuve ces remarquables afrmations. N’ayant d’autre pré -
tention que de chercher tant bien que mal une intelligence du sujet, et
comme cela convient au genre de l’essai, je me suis permis, au cours de
cette exploration, un itinéraire assez libre, m’attachant moins au
protocole biographique de la couverture exhaustive du territoire sadien qu’à
la liberté de me pencher parfois sur certaines particularités de son
paysage et d’accorder à d’autres aspects de sa vie, entre autres l’afaire
notoire de Marseille, l’emprisonnement de Sade à Miolans ou ses
ultimes années à Charenton, relativement sans incident, une moins
grande attention. Cela dit, mon trajet se devra d’arriver formellement à
une conclusion claire, et d’emblée, je prévois que, honnêtement, mes
conclusions trouveront probablement peu de faveurs chez les champions
dévoués du divin marquis.
Une prémisse majeure, vue à une certaine époque comme évidente
et allant de soi, mais aujourd’hui condamnée dans certains cercles
critiques comme lamentablement naïve, sous-tend mon approche du sujet,
Sade Un essai biogr.final.indd 11 2017-01-26 15:3512 • sade – un essai biographique
à savoir qu’il y a un individu derrière le texte et qu’il est légitime et utile
de chercher un lien entre la vie de l’auteur et ses écrits. La biographie
de Sade nous dit beaucoup sur son œuvre fctive, tout comme celle-ci
se nourrit de sa vie singulière et l’éclaire. Ce qu’a fait le marquis, ou ce
qu’il a personnellement pensé faire dans sa vie réelle, se lie aux actions
des monstres créés par lui et pour qui – il faut le rappeler – l’idée et
l’acte sont une seule et même chose. Et tout comme, dans la vie réelle,
l’imagination et la conception ne subissent pas la contrainte du
probable ou de l’impossible, pour les personnages de Sade, il n’existe
aucune limitation d’ordre physique. Cette absence complète de bornes,
de contraintes ou de quelque limitation que ce soit devient en réalité
l’attribut déterminant du roman sadien, dont les personnages
monstrueux sont entièrement des êtres d’action et d’excès physiques, qui
peuvent faire à leurs victimes tout ce qui peut se concevoir et même,
diraient certains, qui ne peut pas se concevoir. C’est ce rapport entre,
d’une part, la conception dans la vie réelle et, d’autre part, l’acte dans
la fction, qui constitue le nexus de la vie et de la littérature sadiennes.
Ainsi, les monstres de Sade, ultimement, ne séparent pas l’art de la vie ;
en réalité on imagine que le marquis, tout comme un de ses défenseurs
contemporains les plus redoutables (Annie Le Brun – voir à ce propos
le « postscriptum critique » en appendice), aurait été profondément
agacé par la récupération de ses monstres comme simple texte (écrite,
la merde ne sent pas). Si tâtonnantes qu’aient été dans la vie réelle les
aventures scatologiques du marquis, elles nous donnent un lien
vérifable, parmi d’autres, du rapport entre la vie et la littérature, et
démontrent aussi que dans l’univers sadien, tout n’est pas simple
discours : la merde – nonobstant le mot de Barthes – est conçue pour
sentir vraiment mauvais ; de la même manière, Sade veut que les enfants
disloqués, égorgés et sodomisés, et que les mères déchirées, mutilées,
déchiquetées par des chiens méchants et par des fls encore plus bru -
taux, soient compris par son lecteur comme autre chose que de simples
symboles dans un jeu de mots rafné. Mais même en mettant de côté
toute considération d’intentionnalité formelle, l’acte même d’écrire
pour Sade (et pour Sade plus que pour la plupart des écrivains) suppose
nécessairement, d’une manière ou d’une autre, une forme d’expression
de soi et une sorte de communication intime – et même pédagogique
– avec un lecteur implicite.
Écrire sur la vie de Sade, c’est, essentiellement, chercher une
explication. Dans la Première partie, je m’occuperai presque exclusivement des
Sade Un essai biogr.final.indd 12 2017-01-26 15:35avant-propos • 13
parents du marquis et, de manière plus générale, dans la Troisième
partie, de sa mère. Ce n’est pas cependant que je fasse miennes les
étiologies séduisantes de la psychanalyse, si populaires que soient devenues
les « explications », tel le complexe d’Œdipe négatif, des critiques et
cliniciens qui ont tenté de rendre compte des anomalies centrales du
personnage. Pourtant, à cet égard, la rigueur complète s’est avérée
impossible, tout comme je n’ai pas pu limiter, comme je l’aurais voulu,
toute analyse de la psychologie du comportement à ce que Proust aurait
qualifé, de façon désapprobatrice, de psychologie plane. J’ai aussi eu
tendance à privilégier, du commencement jusqu’à la fn, une vision
classique des passions reconnues comme le moteur principal de notre
vie, que l’on peut pourtant vivre de manière délibérée, responsable et
lucide dans un monde où l’« inconscient » demeure une hypothèse éculée
et peut-être même sans preuve. Sade, un des spécimens les plus lucides
et arrogants de l’humanité, a mené « passionnément » et pourtant
délibérément une telle vie du corps et de l’esprit. Sa conscience de lui-même
et sa lucidité, sa constante revendication de son authenticité morale, ne
l’ont cependant pas empêché d’être en même temps l’un des hommes
les plus creux, les plus gonfés, les plus opportunistes, les plus égoïstes,
les plus sufsants, les plus coléreux et les plus odieusement adolescents
de son époque, le modèle parfait de la mauvaise foi et, par-dessus le
marché, l’auteur des romans pornographiques les plus énormes et les
plus interminablement imaginables, tous généreusement émaillés d’une
idéologie prêcheuse qu’il a fréquemment dérobée à des penseurs
beaucoup plus originaux et cohérents que lui.
Mais pour revenir à la question d’une explication de l’homme et à
mon intérêt initial pour ses parents, je me lance dans cette voie parce
que, malgré la contribution de pionniers comme Maurice Heine,
Gilbert Lely, Jean-Jacques Pauvert et surtout Maurice Lever, jusqu’ici
les études biographiques nous ont révélé très peu de choses sur la
première enfance du marquis, sur cette période de ses années formatrices
où les soins reçus ont laissé – peut-être de manière accidentelle – une
marque indélébile sur une personnalité naissante déjà sans doute
programmée par des prédispositions génétiques. C’est pendant cette période,
les premières quatre ou cinq années de son existence, et encore une fois
pendant sa jeune adolescence, que la présence de sa mère a pu avoir une
incidence importante sur sa vie ; à cet égard, j’ofre quelques découvertes
trouvées dans les archives qui aident à donner vie à une fgure maternelle
restée dans l’ombre et demeurée un mystère jusqu’à aujourd’hui. Se
Sade Un essai biogr.final.indd 13 2017-01-26 15:3514 • sade – un essai biographique
trouve aussi dans cette première section, où je m’occupe moins du
marquis que de ses antécédents, une importante documentation nouvelle
concernant le père, un courtisan libertin et élégant mais inefcace, et
d’une curieuse petitesse d’esprit, en somme une créature de son époque,
qui fut pendant toute sa vie l’objet d’afections manifestes de son fls,
mais dont le tempérament dissolu et le manque d’intégrité personnelle
ont pu exercer une infuence importante sur le développement du mar -
quis adolescent. Malheureusement, malgré des données nouvelles au
sujet des deux parents, il paraît toujours évident que nous ne
connaissons que trop peu les premières années de Sade, et sûrement pas assez
pour « expliquer » l’individu – en vérité, nous le connaissons parfois à
peine assez pour le décrire. C’est ici que la conjecture, dont la tâche
essentielle dans une biographie est de poser des questions plutôt que d’y
répondre, joue un rôle important, mais malaisé. Cependant, à l’égard
de la mère, il semble néanmoins moins risqué de supposer – compte
tenu du traitement cruel et obsessionnel que le marquis accorde aux
femmes victimes dans sa vie et son œuvre, et surtout compte tenu du
dégoût et de la haine obscène qu’il prêche constamment contre la mère
dans ses romans – que les facteurs de développement anormaux les plus
marquants remontent probablement à cette période précoce, qu’ils sont
d’une manière ou d’une autre essentiellement rattachés à la mère et que
leurs efets ont été décisifs.
Nous ne saurons jamais si le marquis était davantage la création
d’une éducation aberrante que celle d’une nature singulière, mais – et ici
je dois divulguer une autre prémisse de mon étude – même en
admettant qu’un jour nous soyons en mesure de saisir l’ensemble des causes
pertinentes contribuant à la formation de son caractère, il ne s’ensuivrait
pas que tout expliquer et tout comprendre, c’est tout pardonner. Malgré
les fanfaronnades et la bravade de sa tentative de transmuer sa
psychopathologie particulière en une éthique fère de fdélité à soi-même, Sade, en
tant qu’être humain civilisé, intelligent et essentiellement « équilibré »,
capable de se soumettre à un regard moral et de mener un examen de
sa vie, avait bel et bien des options, y compris l’option de se refuser le
plaisir d’infiger à ses semblables sans défense ses cruautés et ses fan -
tasmes indignes. Il s’agit là, bien sûr, d’une proposition qu’il contestait
vivement en se servant de ce qu’il jugeait une logique inattaquable,
préférant toujours déplacer la responsabilité de ses actions sur d’autres.
À cet égard, un assez grand nombre de penseurs contemporains bien
estimés semblent se trouver parfaitement d’accord avec lui.
Sade Un essai biogr.final.indd 14 2017-01-26 15:35avant-propos • 15
Pour continuer dans cette veine, c’est sans doute ici qu’il faudrait
souligner que j’ai trouvé peu de preuves à l’appui des prétentions, avancées
fréquemment depuis l’époque d’Apollinaire et des surréalistes, voulant
que le marquis de Sade mérite les honneurs du partisan de la liberté ;
archétype du martyr de conscience et de l’« esprit le plus libre qui ait
encore existé », du héros culturel qui a sacrifé sa liberté personnelle afn
de faire la critique sans relâche de toutes les contraintes sociales qui
diminuent l’irrépressible élément humain, redonnant de cette manière
à l’homme civilisé la santé et la force de ses instincts primitifs. Le
lecteur au courant des faits biographiques du cas Sade doit s’étonner
– sinon s’amuser – de l’afrmation du poète Paul Éluard selon laquelle
le marquis fut un personnage héroïque, emprisonné presque toute sa
vie d’adulte à cause de sa « lutte désespérée pour la justice et l’égalité
complètes ». Le corollaire à de telles fantaisies lyriques est l’assertion de
Sade lui-même que ses années (relativement confortables) à la Bastille
et à Vincennes représentaient un cas de « la philosophie jetée aux fers ».
Cela aussi est un non-sens, ne serait-ce que parce que la philosophie de
Sade a vu le jour pour la première fois dans des écrits publiés après sa
mise en libération, à moins, bien sûr, qu’il ne faille interpréter son
penchant à agresser des prostituées comme l’équivalent sadien de l’écriture
des Droits de l’homme de Paine ou peut-être même de La Critique de
la raison pratique de Kant. La réclusion de Sade à la Bastille comme
aristocrate privilégié, entouré de livres, jouissant d’un matériel d’écriture
et de nombreuses petites douceurs, recevant, après un temps, des visites
régulières de sa femme qui, en échange des injures les plus viles de son
mari, lui apportait, en bonne épouse, ses livres et ses paniers de fruits,
ses conftures préférées et des godemichés, ne nous rappelle en aucune
manière les multiples années de travaux forcés de Nelson Mandela, qui
avait pour tout lit un petit tapis de sisal dans une cellule humide de six
pieds par neuf de l’île Robben. Le rang aristocratique de Sade, appuyé
par la fortune et les contacts avec le monde juridique de sa belle-famille,
lui rendait possible, de façon répétée, d’échapper à l’ignominie et aux
horreurs de la justice criminelle ordinaire de son siècle. Ses fers étaient
des fers de faveur, et quand l’Ancien Régime, avec l’approbation de sa
famille, l’a mis en prison au moyen d’une lettre de cachet, ce n’était pas
pour sa philosophie, mais pour des sévices sexuels sur des victimes sans
défense, presque toujours des femmes pauvres. Sade, pour le poser dans
les termes les plus simples, était un sadique. Ses crimes, d’une cruauté
violente, aggravés en l’occurrence par des éléments chroniques de
Sade Un essai biogr.final.indd 15 2017-01-26 15:3516 • sade – un essai biographique
récidive, seraient probablement trouvés dans la plupart des juridictions
légales d’aujourd’hui aussi outrageants, aussi dignes de punition qu’ils
el’étaient dans la France du xviii siècle.
Sade a bien pu atteindre, ces dernières années, grâce à ses diférents
hagiographes, un premier rang dans le panthéon des écrivains de
l’Occident, comme en témoigne sa canonisation dans la collection des
auteurs les plus respectés et les plus réussis de la France, la « Bibliothèque
de la Pléiade », mais cette performance remarquable ne change en rien
le fait que, malgré ses multiples protestations bruyantes de vertu et ses
prétentions grandiloquentes à des principes inébranlables, une grande
partie de sa vie – et avant tout sa carrière pendant la Révolution – a été
vécue comme un mensonge. Quoique loué comme le plus grand (et le
plus calomnié) des génies littéraires, comme le seul véritable
révolutionnaire, il s’avère par ses actions et par ses paroles un opportuniste creux,
une girouette dans ses principes politiques (exception faite de son
athéisme intégral), un penseur assez peu original et un pornographe
fatigant – et lassant. Chose curieuse, beaucoup de ses admirateurs n’ont
pas hésité à nier qu’il écrivait de la pornographie – même si lui-même,
plus d’une fois, l’a avoué avec allégresse.
Il est possible que la renommée dont jouit actuellement l’œuvre
romanesque de Sade ne se maintienne pas aux niveaux actuels, bien que
les critiques contemporains, avec des exceptions notables (un exemple
frappant se trouve dans la dernière position prise sur Sade par Octavio
Paz), semblent toujours d’une indulgence infnie pour le didactisme
maladroit, les plagiats multiples et la pornographie monotone qui
caractérisent la majeure partie de l’écriture formelle du marquis. Dans son
introduction aux Œuvres (Pléiade, I, liii, iv), l’éditeur récent de Sade,
Michel Delon, suggère, par exemple, que ce ne sont que les lecteurs
pressés et les consommateurs de pornographie qui trouveront le marquis
monotone ou ennuyeux. Avec une clémence semblable, il continue en
décrivant les plagiats de Sade comme des gestes de solidarité
philosophique avec ses frères de combat et comme des exemples d’un
dynamique artiste du collage au travail.
Il se peut que le développement plus probable dans la fortune
littéraire de Sade soit la reconnaissance grandissante qu’en réalité, c’est la
correspondance du marquis – et surtout les lettres de prison – qu’on
peut appeler de la grande littérature et qui est digne, en partie, des
louanges prodiguées presque superstitieusement à l’égard de ses romans.
Ces lettres passionnées qui réinventent et révèlent constamment l’homme,
Sade Un essai biogr.final.indd 16 2017-01-26 15:359
9
8
avant-propos • 17
débordantes de sarcasme et de colère, remplies de mensonges qu’il croit
sur son propre compte et sur celui des autres, coulées dans un langage
chaufé à blanc, enjouées parfois, mais toujours teintées de paranoïa
carcérale, demeurent sans doute son accomplissement littéraire le plus
durable, son véritable chef-d’œuvre. Le parallèle avec certaines
caractéristiques des Confessions de Rousseau est frappant.
Il me semble, par contre, que récemment on en soit venu à prendre
Sade beaucoup trop au sérieux en tant que romancier et penseur.
Peutêtre le moment est-il venu de revoir le commentaire d’Anatole France,
qui remonte à plus d’un siècle et dont on s’est fréquemment moqué, à
savoir que l’on n’est pas nécessairement tenu de lire un texte de Sade
comme si c’était l’équivalent d’un texte de Pascal. Depuis l’époque
d’Anatole France, la réhabilitation de Sade est devenue une industrie
forissante. Cet essai est une tentative sans prétention – mais raisonnée,
sobre et provocatrice, fondée sur des recherches originales dans les
archives et une lecture minutieuse des sources primaires – de rétablir
l’équilibre. De manière ultime, il s’occupe des questions de mauvaise foi
plutôt que de mal, et ne revendique certainement pas un retour à la
censure ignorante d’une ère révolue qui ne savait pas vivre et laisser vivre
ou respecter les lits et les librairies des adultes consentants. Cet essai
préconise plutôt une appréciation consciente de l’homme, jointe à une
analyse serrée du texte sadien qui invite les lecteurs à remettre en
question, quand les impératifs de la civilité et de la raison l’exigent, une
orthodoxie du jour qui a rendu foues non seulement la distinction entre
la littérature et la pornographie, mais aussi – et de façon bien plus
importante – la ligne de démarcation entre l’éthique légitime de
l’authenticité personnelle avec toutes ses variantes intimes et une
subjectivité indiférente et destructrice, solipsiste en son essence, et enracinée
dans la politique de la jungle.
Vancouver, avril 1
Sade Un essai biogr.final.indd 17 2017-01-26 15:35introduction
Au beau milieu du siècle des Lumières, à son apogée, le lundi 6 juillet
1750, à cinq heures et demie de l’après-midi, une foule de curieux se
rassemblent pour voir brûler vifs deux jeunes ouvriers, Jean Diot et
Bruno Lenoir, condamnés pour le crime capital de sodomie. Le
combustible : sept charretées de bois à brûler et deux cents fagots de paille
et de bois d’allumage.
Une patrouille de police avait pris les deux in fagrante delicto , en
pleine action, au grand jour, dans une chaussée publique, la rue
Montorgueil. La punition fut étonnamment sévère à l’époque : « Accident
1anachronique », écrit l’historien Michel Rey . « C’est à n’y rien
com2prendre », ajoute le chercheur sadien Maurice Lever .
En efet, un événement semblable était extrêmement rare. En tout,
eon condamna au bûcher sept sodomites à Paris pendant le xviii siècle ;
le moine capucin Pascal fut le dernier, en 1783. Dans tous les autres cas,
il y eut des circonstances aggravantes importantes : la sodomie jointe au
3meurtre, au viol, à l’enlèvement …
L’avocat Barbier écrivit dans son journal un mois avant la double mise
à mort de 1750 que le public s’attendait à un sursis du jugement
exceptionnellement cruel d’exécution au bûcher, même si l’aspect fagrant du
crime était remarquable. On allait surseoir au jugement, spécula-t-il, par
souci de prudence, compte tenu de « l’indécence de ces sortes d’exemples
qui apprennent à bien de la jeunesse ce qu’elle ne sait pas ». De plus, « il
e1. Michel Rey, « Police et sodomie à Paris au xviii siècle : du péché au désordre »,
Revue d’histoire moderne et contemporaine XXIX (1982), 121.
2. Maurice Lever, Les Bûchers de Sodome : Histoires des « infâmes » (Paris : Fayard, 1985),
383.
3. Rey, « Police », 113 ; Lever, Les Bûchers, 190. Voir aussi Erica-Marie Benabou, La
eprostitution et la police des mœurs au XVIII siècle, présenté par Pierre Gaubert (Paris :
Librairie Académique Perrin, 1987), 83.
Sade Un essai biogr.final.indd 18 2017-01-26 15:35introduction • 19
y avait apparemment un peu de vin sur jeu pour pousser l’efronterie à
4ce point ».
Barbier note plus loin que le jugement originel de mise à mort fut
exécuté pour donner l’exemple. D’autant, continue-t-il, « que l’on dit
que ce crime devient très commun, et qu’il y a beaucoup de gens à
Bicêtre pour ce fait ». L’observation suivante de l’avocat nous en révèle
beaucoup sur la hiérarchie sociale de l’Ancien Régime : « Comme ces
deux ouvriers n’avaient point de relation avec des personnes de
distinction, soit de la Cour, soit de la ville, et qu’ils n’ont apparemment
déclaré personne, cet exemple s’est fait sans aucune conséquence pour
les suites. » Heureusem ent, le vice dans ce cas – considéré autrefois
comme le vice noble – n’avait pas impliqué publiquement des membres
des classes supérieures. Aucun mélange malséant de couches sociales
n’était associé au crime, et le risque d’un scandale général n’était pas un
facteur, comme il l’avait été, par exemple, un quart de siècle plus tôt lors
de l’afaire Deschaufours, quand près de deux cents individus de tous
5les rangs avaient été impliqués .
Et il ne faut pas dire qu’on manquait de pitié dans la capitale la plus
eéclairée et la plus rafnée culturellement du monde du xviii siècle. En
réalité, les deux jeunes ouvriers, attachés fermement à des poteaux
solides érigés sur la place de Grève, furent miséricordieusement
étranglés avant qu’on mît le feu à la paille. De plus, à l’encontre de ce qu’on
avait exigé lors de l’exécution de 1726, le jugement ne fut pas proclamé
par un crieur de ville ofciel, apparemment pour épargner au public le
6nom et la désignation du crime . Bref, on régla toute l’afaire propre -
ment et efcacement : aucune enquête prolongée, aucune révélation
pénible de détails inconvenants, aucune fgure publique mise en scène ;
sur le plan administratif, ce fut une opération chirurgicale nette et
rapide.
Bien à l’encontre du traitement réservé aux deux jeunes ouvriers, les
dossiers de police concernant l’arrestation de sodomites à Paris vers cette
même époque indiquent très clairement que pour la plupart des cas de
routine, on trouva une solution plus tranquille et beaucoup moins
radi7cale . Normalement, les riches et les nobles échappaient complètement à
4. Barbier, IV, 441, 447.
5. Barbier, I, 425 ; mai 1726.
6. Barbier, IV, 448.
7. Voir B. A. mss. 10254-10260, feuillets sans pagination.
Sade Un essai biogr.final.indd 19 2017-01-26 15:3520 • sade – un essai biographique
l’arrestation. Par exemple, une année avant l’exécution de 1750,
l’inspecteur de police Louis-Alexandre Framboisier, à la tête de l’escouade
sodo8mite et de diverses autres afaires , exprima son regret dans une lettre à
son supérieur Nicolas-René Berryer, le lieutenant général de police, de
ne pouvoir rien faire en ce qui concernait le sieur Duval, receveur de la
capitation et du dixième : « La Recette dont il est chargé m’a empêché
de le faire conduire en prison comme il l’aurait mérité. » Il conservait
l’espoir, néanmoins, que M. de Bernage, le Prévost des marchands (dans
les faits, le maire de Paris) trouverait le moyen de parler discrètement
avec ce privilégié infâme. Malgré les mises en garde, Duval, l’un des
percepteurs les plus importants de l’administration, ft tout simplement
un pied de nez à Framboisier : « Mes mœurs, ma conduite et le détail des
9afaires de ma recette me mettent à l’abri des recherches . » Quant aux
transgresseurs moins privilégiés, une semaine ou deux d’incarcération
(parfois beaucoup plus dans le cas d’un récidiviste) et une réprimande
sévère suivies d’une soumission (une déclaration de repentance signée,
jointe à une promesse de ne pas récidiver) sufsaient généralement à
satisfaire les autorités. Une gamme variée de classes sociales et de métiers
fgure dans les dossiers de Framboisier : des soldats et des boutiquiers,
des cordonniers et des pâtissiers, des ouvriers et des notaires, pour ne
pas mentionner bon nombre d’ecclésiastiques. Peut-être le contingent
le plus important des pécheurs se composa-t-il de domestiques dont les
maîtres, mis au courant par des plaidoiries larmoyantes, intervenaient
fréquemment par des lettres de pétition au lieutenant général de police,
pour se porter garants des qualités admirables et des services absolument
indispensables des malheureux délinquants.
Un cas particulier qui semble avoir échappé à l’attention des
historiens faisant des recherches dans ce domaine est celui d’Antoine Leclerc,
cuisinier de son métier, accusé plusieurs fois de sodomie, le plus
notoirement le 28 avril 1749 avec un individu non consentant, un dénommé
Jacques Charpentier, ofcier porteur de grains. L’incident, qui ne fut pas
entièrement classique, selon le témoignage de la victime, se déroula
apparemment de la manière suivante : Leclerc et un pâtissier appelé
Guillaume Martin, ayant d’abord entraîné Charpentier dans la chambre
de Martin, place Baudoyer (à proximité périlleuse du lieu des exécutions
8. Framboisier s’enrichit ; voir Camille Piton, éd., Paris sous Louis XV : rapports des
inspecteurs de police au Roi (Paris : Mercure de France, 1906), I, 20, n. 3.
9. B. A. ms. 10260, 13 août 1749.
Sade Un essai biogr.final.indd 20 2017-01-26 15:35Les titres les plus récents de la collection
« Espace littéraire »
Sous la direction d’Yves Baudelle et Élisabeth Nardout-Lafarge ,
Nom propre et écritures de soi
Mylène Bédard , Écrire en temps d’insurrections. Pratiques épistolaires et
usages de la presse chez les femmes patriotes (1830-1840)
Mathieu Bélisle , Le drôle de roman. L’œuvre du rire chez Marcel Aymé,
Albert Cohen et Raymond Queneau
Frédérique Bernier , La voix et l’os. Imaginaire de l’ascèse chez Saint-Denys
Garneau et Samuel Beckett
eLise Bissonnette , Maurice Sand. Une œuvre et son brisant au 19 siècle
Geneviève Boucher , Écrire le temps. Les tableaux urbains de Louis
Sébastien Mercier
Sous la direction de Karine Cellard et Martine-Emmanuelle Lapointe ,
Transmission et héritages de la littérature québécoise
Sous la direction d’Isabelle Daunais , La mémoire du roman
eDavid Dorais , Le corps érotique dans la poésie française du xvi siècle
Yan Hamel , L’Amérique selon Sartre. Littérature, philosophie, politique
Désiré Nyela et Paul Bleton , Lignes de fronts. Le roman de guerre dans
la littérature africaine
Yannick Roy, La révélation inachevée. Le personnage à l’épreuve de la vérité
romanesque
Sherry Simon, Villes en traduction. Calcutta, Trieste, Barcelone et Montréal
Isabelle Tremblay, Le bonheur au féminin. Stratégies narratives des
romancières des Lumières
Ania Wroblewski , La vie des autres. Sophie Calle et Annie Ernaux, artistes
hors-la-loi
Sade Un essai biogr.final.indd 411 2017-01-26 15:36Laurence L. Bongie
Laurence L. Bongie propose ici une lecture radicale de l’œuvre
de Sade et met à mal nombre d’idées reçues sur l’auteur de Sade
La philosophie dans le boudoir. Qui oserait réhabiliter la
bellemère de Sade, la redoutable Présidente de Montreuil ? Contester Un essai biographique
à Sade la qualité de philosophe ? Avancer que les lettres de
cachet l’ont, en quelque sorte, protégé de la justice, tout en Préface de Benoît Melançon
menant à son enfermement ? Cette réinterprétation du rôle
de la Présidente n’est pas la seule proposée par l’auteur qui, à
partir de recherches nouvelles en archives, invite notamment les
lecteurs à repenser le rapport de Sade avec sa mère, dont on a
dit longtemps qu’elle était absente de son œuvre. Pour Bongie,
au contraire, la haine de la mère est capitale.
Originellement paru en anglais, ce livre s’adresse évidemment
aux spécialistes de Sade, mais aussi à un grand public friand de
détails sur la vie aristocratique au siècle des Lumières. À la fois
essai biographique et relecture de l’œuvre sadienne, il affrme
haut et fort des positions loin de toutes les orthodoxies. Les
nouveaux lecteurs, ni apôtres ni spécialistes, mais esprits curieux
souhaitant se faire une idée par eux-mêmes sur un écrivain
aujourd’hui devenu canonique, pourraient être étonnés.
( )Laurence Larry Bongie est professeur émérite à l’Université de
Colombie-Britannique (Vancouver), membre élu de la Société royale du
Canada (Académie des lettres et des sciences humaines), et offcier des
Palmes Académiques. Il a écrit sur Hume, Diderot, Condillac, Bonnie Prince
Charlie et le marquis de Sade.
• 49,95 $ 45 e isbn 978-2-7606-3693-4
Couverture : La mort de Sardanapale (détail) par Eugène Delacroix
(1826), Musée du Louvre. Photo : Jed (domaine public).espace
Disponible en version numérique´litteraire
www.pum.umontreal.ca Les Presses de l’Université de Montréal
PUM
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• bongie
Sade Un essai biographique