La détox, c'est la santé !

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La France est la championne du monde de la consommation de médicaments psychotropes. Et la situation s'aggrave d'année en année.
Les raisons de cette surconsommation, aux conséquences nocives pour la santé ?
Psychiatre, spécialiste des troubles du sommeil et de la dépression, Patrick Lemoine dénonce la formation des médecins occidentaux. Ceux-ci, ignorant trop souvent les alternatives qui leur sont proposées, répondent à chaque symptôme par la médicamentation.
Ces médicaments pas toujours appropriés usent notre résistance corporelle, affaiblissent nos défenses naturelles et nous entraînent inexorablement vers des pathologies de plus en plus sévères.
Or, quand il est débarrassé du contrôle de médicaments de synthèse, notre organisme est une véritable usine à fabriquer naturellement les médicaments dont il a besoin, comme les antibiotiques, antalgiques, anti-inflammatoires, antidépresseurs, somnifères...
Le sevrage et la désintoxication sont donc les premiers gestes à pratiquer pour se sortir de la spirale de la médicamentation et retrouver une pleine santé.
Patrick Lemoine dresse une liste complète des médicaments dont il convient de nettoyer notre organisme : tranquillisants, somnifères, antidépresseurs, neuroleptiques, régulateurs de l'humeur. Les hormones et les corticoïdes, entre autres, trouvent leur place dans la liste de produits qui, à la longue, cessent de nous être bénéfiques.
Par quoi remplacer ces médicaments ?
Les médicaments produits par le corps et par la nature ? les hormones naturelles et les plantes, par exemple ? sont d'excellents substituts à la médicamentation chimique. Leurs conséquences bénéfiques pour la santé sont scientifiquement prouvées et les protocoles de traitement sont au point. Patrick Lemoine propose également des alternatives, physiologiques, psychologiques ou environnementales à la chimie : respect de nos rythmes naturels (alternance veille/sommeil), luminothérapie, acides aminés...





LES SOMNIFERES

Gisèle

Gisèle a soixante-dix ans, mais on en donnerait au minimum dix de moins à cette grande sportive. Son seul problème est une insomnie rebelle, " féroce ", selon ses termes. D'aussi loin qu'elle se rappelle, elle a toujours eu de la peine à dormir, même étant enfant. Du coup, cette ancienne commerçante dynamique a consommé des hypnotiques sans interruption pendant au moins trente ans : Gardénal®, Binoctal® qu'elle associe allègrement à des tranquillisants et à des somnifères appelés benzodiazépines.
Quand arrive sa retraite, elle se dit qu'elle n'a plus autant besoin de dormir et vient consulter un service hospitalier renommé pour sevrer les psychotropes.
Le sevrage prend trois semaines. Gisèle souffre " le martyre ", pour reprendre ses propos, mais parvient à supprimer les barbituriques et les tranquillisants. Pourtant, malgré tous ses efforts, elle n'arrive pas à dormir sans rien prendre. Elle quitte donc le service avec une ordonnance comprenant un antidépresseur sédatif qu'elle avale chaque soir de manière très consciencieuse. Elle sait que les antidépresseurs provoquent moins d'ennuis de mémoire et de dépendance que les tranquillisants.
Un jour, elle est hospitalisée dans un service de cardiologie pour un bilan d'hypertension artérielle. Dès le deuxième jour, le service affolé décide de la muter en psychiatrie. Débraillée, Gisèle se promène en vociférant dans les couloirs, est persuadée que quelqu'un veut l'assassiner. L'interne lui prescrit un neuroleptique qui aggrave son état. Elle ne mange plus, ne boit plus, s'affaiblit, devient incontinente. On envisage les électrochocs. Heureusement, un des " vieux " médecins du service revient de vacances et la reconnaît. Il se souvient très bien des difficultés de son sevrage, dix ans auparavant. Il se doute de quelque chose et, finaud, déclare qu'il va " la guérir en vingt minutes ". L'interne réprime un sourire narquois. Le " vieux " médecin propose juste de lui prescrire un " petit " comprimé de Témesta®.
Vingt minutes plus tard, Gisèle reprend ses esprits, reconnaît son thérapeute, lui demande ce qu'elle fait là et pourquoi elle est dans une telle tenue.
Quelques heures plus tard, tout est rentré dans l'ordre.

Que s'est-il passé exactement ?

Penaude, Gisèle " avoue " qu'en réalité, n'arrivant pas à dormir tout son soûl, elle avait continué à prendre du Témesta® à l'insu de tous. Quand elle a été hospitalisée en cardiologie, elle n'a plus eu accès à son médicament, réalisant sans le vouloir un sevrage des plus brutaux.
Ce n'est que lorsque le médecin qui la connaissait et qui se doutait de quelque chose lui a redonné sa " drogue " qu'elle a " recouvré " la raison.



À quoi servent-ils ?

Les hypnotiques ou somnifères ou sédatifs servent à faire dormir. L'insomnie est en effet une des choses que les femmes plus encore que les hommes ne supportent pas. Le plus ancien médicament du monde retrouvé dans le code d'Amourabi plus de deux mille ans avant Jésus-Christ était le pavot, dont la vertu première est de faire dormir. Le caducée toujours utilisé comme symbole de la médecine, en particulier sur les pare-brise des médecins, représente un bâton que le dieu Hermès utilisait pour plonger quiconque dans un profond sommeil. Beaucoup de consultations sont motivées par une demande : " Docteur, faites-moi dormir ! "



Quels sont leurs inconvénients ?

Il faut bien comprendre que la perte de conscience entraînée par les somnifères n'est pas vraiment du sommeil, mais s'apparente plutôt à une sorte d'anesthésie légère. Ceux qui dorment avec ce genre de produit savent d'ailleurs bien que, le matin, ils se sentent moins reposés que quand ils dormaient naturellement.
Il faut savoir aussi que l'organisme s'accoutume très vite. Au bout de moins de trois semaines sous somnifère se produit un phénomène étrange : les personnes sont persuadées de dormir, alors que, si l'onenregistre leur sommeil, on constate qu'elles dorment très mal, en tout cas pas mieux que quand elles ne prenaient rien.
L'enregistrement polysomnographique pratiqué en laboratoire de sommeil ou par une technique holter met en évidence une séquence :
? au début, mauvaise nuit, de courte durée, entrecoupée de nombreux éveils nocturnes ;
? pendant les trois premières semaines de traitement par hypnotique, peu ou pas d'éveils nocturnes, temps de sommeil allongé de plus de trente minutes ;
? par la suite, retour à la case départ avec réapparition des éveils nocturnes et raccourcissement du temps de sommeil.
En revanche, si l'on se contente d'interroger les personnes, elles expliquent qu'avant le traitement elles dormaient très mal et que depuis qu'elles sont sous somnifères elles dorment bien, d'une seule traite. Néanmoins, elles restent plus ou moins fatiguées dans la journée.


Comment expliquer cette différence entre le sommeil subjectif (celui que l'on sent) et le sommeil objectif (celui qui est enregistré par les appareils) ?
En fait, il semble que l'effet de ces produits s'épuise assez rapidement. Autrement dit, les somnifères ne font plus autant dormir au bout de deux ou trois semaines. En revanche, ils sont toujours capables de provoquer une amnésie. Du coup, les insomniaques sous somnifères ne dorment pas réellement, mais le matin, ils ne s'en souviennent pas ! Ils développent une amnésie de leur insomnie... On comprend mieux dès lors la fatigue de ceux qui dorment d'un sommeil artificiel.
Outre ce délicat problème, un des principaux inconvénients des somnifères est la dépendance : il est très difficile d'interrompre ce type de traitement, tellement il est facile de s'y accoutumer.



Combien de temps faut-il les utiliser ?

Tous les spécialistes du sommeil sont d'accord sur ce point : le moins souvent et le moins longtemps possible ! La réglementation officielle précise que leur usage est limité à quatresemaines, ce qui explique que, sur leurs ordonnances, les médecins ne peuvent pas les renouveler plus longtemps.
Néanmoins, il est des cas où leur usage se justifie, en particulier quand l'insomnie a une cause identifiée et transitoire. Par exemple, lors d'un voyage en avion vers l'Est, le décalage horaire fait qu'il est difficile de s'endormir. Dans ce cas, prendre un hypnotique pendant quelques jours rend bien des services.
De même, quand on anticipe un événement heureux (rendez-vous amoureux, mariage, entretien d'embauche, résultats du bac...) ou malheureux (jugement de divorce, expulsion, plan social, opération chirurgicale...), on peut ne plus dormir, mais on sait que dès que l'événement sera passé, tout rentrera dans l'ordre. Là encore, le somnifère pris transitoirement apportera du soulagement.



Quand faut-il les arrêter ?

C'est un peu comme la cigarette ou l'alcool : quand on comprend qu'on ne peut plus s'en passer ou quand on constate qu'on a tendance à augmenter la dose pour obtenir le même résultat. On l'a vu, les somnifères ne font plus réellement dormir au bout de deux ou trois semaines. Ils permettent juste d'oublier que l'on ne dort pas. Ils procurent une illusion, un rêve de sommeil. Alors, pourquoi s'intoxiquer, se détruire la mémoire pour un médicament qui ne sert plus à rien d'objectif ?
Bien sûr, une femme enceinte, une personne âgée qui a fait des chutes au cours de la nuit doivent impérativement arrêter ce type de traitement.



Comment faut-il les arrêter ?

La technique doit être lente et progressive. On diminue le médicament petit à petit en supprimant un quart de comprimé toutes les trois ou quatre semaines. Parfois, cette cadence est vécue comme trop rapide. Je conseille alors à certains de mes patients d'utiliser la lime à ongles : la première semaine, un coup de lime, la deuxième, deux coups de lime, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'on n'avale plus qu'une poussière de comprimé.
L'utilisation du placebo peut être très utile, même si elle demande un peu de travail de préparation.
C'est une de mes patientes, une paysanne âgée de 70 ans, qui est le véritable inventeur de ce que j'appelle depuis la méthode " mie de pain ". Incapable de se sevrer de son dernier " petit quart de pilule à dormir ", cette femme quasiment illettrée, mais d'une extraordinaire finesse intellectuelle, avait élaboré tout un protocole de sevrage. Chaque semaine, elle préparait sept boulettes de pain. La première semaine, elle introduisit six quarts de comprimés dans six des boulettes et en laissa une sans rien dedans. Elle les mélangea avant de les mettre au frigo. Tous les soirs, elle en prenait une au hasard et l'avalait tout rond, " surtout sans croquer, docteur ! "
La deuxième semaine, elle introduisit cinq quarts de comprimé dans ses boulettes, la troisième, quatre et ainsi de suite jusqu'à n'avoir plus que des boulettes de pain placebo. Elle s'est ainsi sevrée astucieusement et sans douleur en six semaines.






Publié le : jeudi 3 mars 2011
Lecture(s) : 240
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782221120262
Nombre de pages : 209
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