Anthologie de l'allaitement maternel

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Bonheurs de l’allaitement · Les nuits · Le vécu de la mère · Bébés spéciaux · Le vécu du bébé · Souvenirs · L’allaitement au long cours · Paroles de pères · Le regard de l’autre · Les seins.

C’est sur ces thèmes, et bien d’autres encore, que Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau a construit cette anthologie qui chante la joie et le bonheur d’allaiter partout dans le monde et dans tous les temps.

135 textes, précieusement sélectionnés par l’auteur, racontent ce moment extraordinaire de contact entre la mère et l’enfant, et l’expriment sous toutes les formes.

Montaigne, Diderot, Balzac, Maupassant, Zola, Romain Rolland, Jean Giono, Robert Merle, Michel Tournier, Pearl Buck, René Barjavel, Aldous Huxley, Boris Eltsine, Françoise Giroud, Marielle Issartel, Laura Esquivel, Annie Leclerc, Christine Arnothy, Elisabeth Klüber-Ross, Doris Lessing et tous et toutes les autres qui ont enrichi la littérature de l’émotion ressentie à la contemplation ou au vécu de l’allaitement.

Un document admirable à lire et à relire. Un hymne à la femme... à la mère...

Des photos et des dessins renforcent encore l’émotion. C’est un cadeau que toute femme qui a ou va allaiter devrait s’offrir. C’est un cadeau que toute femme qui va accoucher devrait recevoir, tellement ces moments sont porteurs de force et de confiance pour l’enfant qui va naître et de joies pour la mère.


Publié le : mercredi 11 décembre 2013
Lecture(s) : 20
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782889114320
Nombre de pages : 144
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Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau

Anthologie
de l’allaitement maternel

Préface de Michel Odent

Photos de Corinne Moronta

Illustrations de Océane Le Quément

Sommaire

Préface de Michel Odent

Introduction

Bonheurs

Emile Zola | Christine Arnothy | Annie Leclerc | Hortense Dufour | Françoise Lefèvre | Erica Jong | Françoise Lefèvre | Lori Dovidio Dabbagh

Du côté des mères

Laurent Joubert | Ambroise Paré | Michel de Montaigne | Dr Desessartz | Mme Roland | Balzac | Emile Zola | Romain Rolland | Aldous Huxley | Pearl Buck | Tillie Olsen | Doris Lessing | Françoise Lefèvre | Alexandra Ripley | Liz Ward | Loïse Lavallée | Libby Purves | Anne Tyler | Aimée Liu | Alina Reyes | Florence Mauro | Jane Lazarre | Michel Jeury

Nourrices

Platon | Beaumarchais | Léon Tolstoi | Guy de Maupassant | Pearl Buck | Louis Nucéra | Eduardo Manet | Jacqueline Roumeguière-Eberhardt | Bryce Courtenay

Du côté des bébés

Roussel | Erasmus DarWin | Marceline Desbordes | Valmore | Sigmund Freud | Okot p’Bitek | Elsa Morante | Erik H. Erikson | Cynthia Ozick | Daniel Stern | Kate Atkinson | Ted Greiner | Pascal Lainé | Allan Gurganus | Amélie Nothomb | Julie Parsons | Marie Darrieussecq

Souvenirs

Mary McCarthy | Kabongo | René Barjavel | Philip Roth | Toni Morrison | John Fante | Marie Rouanet | Robin Williams | Gisèle Prassinos | Mahi Binedine | Catherine Allégret | Daniel Picouly | Geneviève Brissac | Louise Lambrichs | Jean-Michel Adventus | Nathalie Azoulai

Nuits

Gabriel Legouvé | Albert Samain | Robert Merle | Bertrand Visage | Maya Angelou | José Luis Sampredo | Madison Smartt Bell | Kate Atkinson |Marie-Cécile Picquet | Nadine Trintignant | Marie Darrieussecq

Bébés spéciaux

Jean M. Auel | Elisabeth Kübler-Ross | Helen Dunmore | Françoise Lefèvre

Deuils

Marguerite Yourcenar | Cormac McCarthy | Camille Laurens | Wally Lamb | Herbjorg Wassmo

L’allaitement au long cours

Noëlle Châtelet | Jean-Louis Rieupeyrout | René Frégni | Marielle Issartel | Michaël Dorris | Peter Høeg | Jayne Anne Philips

Pères

Laurent Joubert | Robert Merle | Pierre Antilogus | Jean-Louis Festjens | David Lodge | Boris Eltsine | Ludmilla Oulitskaïa | Anne Tyler | Agnès Desarthe | Karel Glastra Van Loon | Julie Parsons

Regards

Marguerite de Valois | Charles Dickens | Ramon Gomez de la Serna | Jean Giono | Marc Bernard | Robertson Davies | Roger Béteille | Charles Willeford | Robert Merle | Françoise Giroud | Wilbur Smith | Peter Cameron | Jayne Anne Philips | Marcel Beyer | Jean-Marie Gourio | Antonio Muños Molina | John Le Carré

Allaitements spéciaux

Guy de Maupassant | John Steinbeck | Laura Esquivel | Jacqueline Kelen | Richard Millet

Deux contes

Un conte de Noël par Michel Tournier | Un conte tadjik

L’allaitement, un geste moderne

Allaitement et histoire des femmes | Allaitement et confiance en soi | Allaitement et travail | Allaitement et système marchand | Allaitement et écologie | Allaitement et santé publique | Et le plaisir…

De mère à mère

Index des auteurs

Préface

A l’ère des œillères imposées par l’extrême spécialisation, Claude Didierjean-Jouveau maîtrise au plus haut point l’art d’élargir nos horizons. C’est pourquoi son œuvre est si utile, voire nécessaire. Elle aborde rarement de front le sujet de l’allaitement maternel. Son approche préférée est indirecte. Ainsi Pour une naissance à visage humain, son livre paru en 2000, nous avait aidés à comprendre que la capacité d’allaiter se développe dans une grande mesure dans la période qui entoure la naissance : «L’allaitement commence avant la naissance du bébé ».

Aujourd’hui, son anthologie de l’allaitement maternel nous invite à regarder loin dans le temps et dans l’espace pour mieux comprendre ce qui se passe chez nous aujourd’hui. Nous sommes invités à transcender les particularités de notre milieu culturel et même de notre espèce.

Parler d’allaitement, de seins,… de mamelles, cela conduit inévitablement à évoquer d’abord notre condition de mammifères. Claude Didierjean-Jouveau l’a bien compris. Dès l’introduction, elle évoque des anecdotes d’entraide entre mammifères humains et non humains. Celles-ci sont présentes dans les légendes, telles la légende de la louve romaine, dans les poésies et chansons ( «Quand Margot dégrafait son corsage… » pour nourrir son chat, est plus que l’expression d’un fantasme de poète), et dans l’actualité, telle qu’elle est rapportée par les médias.

Je m’intéresse particulièrement aux difficultés d’accouchement et d’allaitement parmi les animaux élevés dans les zoos, c’est-à-dire en-dehors de leur environnement naturel. Cela peut aider à comprendre maintes difficultés éprouvées par l’être humain du XXIe siècle. Il y a des similarités entre l’histoire des bébés pandas délaissés par leur mère biologique et sauvés grâce au lait d’une femme chinoise, l’histoire d’une mère gorille qui n’a été capable d’allaiter son bébé qu’après avoir observé des mères humaines en train d’allaiter, et l’histoire de l’héroïne du roman américain Le groupe qui, après sa sortie de l’université, est incapable de nourrir son bébé.

Il est impossible de résumer une œuvre aussi originale et aussi riche que l’Anthologie de l’allaitement maternel. Cette ouvrage nous introduit dans des milieux culturels d’une extrême diversité. Feuilleter un tel livre conduit à le lire in extenso… et à en tirer des conclusions.

L’une de mes propres conclusions est que le regard jeté sur le bébé au sein reflète fidèlement les caractéristiques et les valeurs de la société dans laquelle l’être humain se développe. Deux exemples suffisent pour illustrer cette conclusion. L’anecdote du bébé au sein devant la cour du Pharaon est évocatrice d’une société où le roi-guerrier est valorisé: «Quand… devant la cour assemblée, le bébé se mit à téter, il y eut une acclamation si vibrante que l’enfant sursauta. Il recracha le téton et rugit, le visage rougi par l’outrage. La nation entière s’en réjouit. C’est un lion, affirma-t-on. Son cœur est gonflé du sang des rois et des guerriers. » Le contraste est significatif avec maints textes occidentaux contemporains, écrits dans une société où le guerrier n’est guère valorisé, et à une époque où certains – et surtout certaines – comprennent que l’Humanité doit compter sur les énergies de l’amour pour survivre et construire son avenir. Ecoutons Jacqueline Kelen : «Le sein qu’elle tend pour apaiser toute misère est le symbole même de l’amour en sa gratuité, en son oblation, surpassant le pélican dont la légende dit qu’il déchire son blanc poitrail pour se donner en pâture à ses enfants affamés. »

De tels contrastes secrètent de l’optimisme. Avons-nous besoin de regarder le bébé au sein pour réaliser que, sur une grande partie de la planète, la guerre apparaît déjà comme un moyen périmé de gérer les divergences entre groupes humains ? Remercions Claude Didierjean-Jouveau pour nous aider à poser des questions essentielles en faisant s’effondrer les cloisons entre des perspectives qui habituellement s’ignorent.

Michel Odent*

* Michel Odent est un obstétricien de réputation internationale, fondateur du «Primal Health Research Centre » à Londres et auteur de nombreux livres à succès dont L’Amour scientifié.

Introduction

M’intéressant à l’allaitement maternel depuis plus de vingt-cinq ans et étant par ailleurs une grande lectrice, j’ai au fil des ans récolté un nombre important de textes littéraires sur le sujet1. D’autres m’ont été envoyés par des lectrices d’Allaiter aujourd’hui, la revue de La Leche League France, où j’en ai régulièrement publié.

Si j’ai eu envie de les rassembler dans un livre, c’est qu’ils me semblent constituer à eux tous un beau panorama de l’allaitement à travers le temps et l’espace. Ecrits par des femmes qui en avaient sans doute eu l’expérience ou par des hommes bons observateurs, ces «scènes d’allaitement » ne peuvent manquer de parler à toute femme qui allaite ou a allaité.

Qu’on pense par exemple à Mme Rolland écrivant à son mari que sa petite «tient le sein deux heures de suite en faisant de petits sommeils qu’elle interrompt pour sucer ». Ou Françoise Lefèvre décrivant «la terrible, merveilleuse, affolante tension du lait dans les seins ». Ou Marie Darrieussecq montrant le bébé qui «secoue la tête de tous côtés en haletant, [qui] fouille : un marcassin à la recherche d’une truffe. »

La majorité de ces textes décrivent les bonheurs de l’allaitement, que ce soit pour le bébé, la mère ou les spectateurs, à commencer par le père. Mais on y trouve aussi les «galères », les douleurs, le bébé qui ne prend pas de poids, les interdits d’hier (et d’aujourd’hui encore…) responsables de tant d’échecs d’allaitement : ne pas prendre le bébé quand il pleure, ne pas donner le sein plus que toutes les trois ou quatre heures, etc., etc. A cet égard, je voudrais citer un roman américain, Le Groupe de Mary McCarthy. Publié en 1954, il raconte l’histoire de huit jeunes filles sorties de l’Université en 1933. L’une d’elles, Priss, a un bébé et tente de l’allaiter. Les trente pages du chapitre 10 sont consacrées à son échec et pourraient servir d’illustration de «tout ce qu’il faut faire si l’on veut rater son allaitement »…

On trouvera aussi dans les pages qui suivent des textes évoquant des situations qui ne sont plus dans notre vécu. Notamment le phénomène des nourrices, si répandu à certaines époques et si présent dans la littérature. J’ai regroupé dans le chapitre «Nourrices » les textes où une femme allaite un autre enfant que le sien, que ce soit régulièrement ou occasionnellement.

A la fin de l’anthologie, j’ai regroupé sous le titre «Allaitements spéciaux » quelques textes décrivant des situations qui peuvent étonner voire choquer. Pour nous, l’allaitement est tellement lié à la relation d’une mère à son enfant que nous avons du mal à concevoir qu’en d’autres temps et sous d’autres cieux, pas si lointains finalement, une femme ait pu donner le sein à d’autres enfants que les siens, à des adultes, voire à des animaux2.

Il n’est pourtant pas étonnant que tant l’aspect calmant que l’aspect nourricier du sein aient pu être utilisés assez largement.

Pour ce qui est d’allaiter d’autres enfants que les siens (en-dehors même du phénomène des nourrices), on sait que c’est une pratique assez répandue dans les sociétés où l’allaitement est la règle : une femme peut par exemple allaiter un bébé dont elle a la garde, en l’absence momentanée de la mère. Ainsi au Mali, les femmes allaitent à l’occasion les enfants de leurs co-épouses, les enfants des frères de leur mari, les enfants de leurs filles. Une femme peut aller faire la lessive à la rivière en laissant son enfant à sa co-épouse, sachant que celle-ci l’allaitera en cas de besoin3.

Dans certains pays, notamment en terre d’Islam, ce «lien du lait » est très fort et interdit, comme les liens du sang, le mariage entre frères et sœurs de lait.

L’allaitement d’adultes dans des circonstances exceptionnelles est lui aussi assez souvent évoqué. On connaît par exemple l’histoire du prince indien Tectaphos, fait prisonnier par Dériadès, enfermé dans un souterrain et condamné à mourir de faim. Sa fille Eérié obtint de lui rendre visite. Elle avait les mains vides, mais une fois dans la prison, elle nourrit son père du lait de ses seins. Emu par cette manifestation d’amour filial, Dériadès gracia Tectaphos. On trouve pratiquement la même histoire dans la Rome antique, où le vieil homme s’appelle Cimon et sa fille Péra. Cette légende a inspiré de nombreux peintres du XVIIe siècle européen : on connaît plus de deux cents œuvres illustrant ce thème de la «charité romaine. »4

La façon dont j’ai regroupé les textes en différents chapitres tient parfois de l’arbitraire : tel texte que j’ai mis dans «Souvenirs » pourrait aussi bien se trouver dans «Bonheurs » ou «Du côté des mères »…

J’espère en tout cas que vous prendrez plaisir à les lire, comme j’ai pris plaisir à les assembler5; que si vous avez allaité, ils vous rappelleront des souvenirs heureux ; que si vous êtes en train d’allaiter, ils vous permettront de vous sentir reliée à toutes ces femmes qui partout dans le monde, depuis les débuts de l’humanité, ont fait ce geste de donner le sein ; que si vous êtes père, vous aurez pour le bébé allaité et sa mère le regard émerveillé que décrit Robert Merle..

1 Malgré leur grand nombre, «l’allaitement est encore un sujet de recherche relativement peu débattu dans l’étude critique de la littérature » (Dominique Van Hooff, «Emile Zola, allaitement et fécondité », Cahiers naturalistes 2000 (74), pp. 183-193). Espérons que cela change bientôt !

2 «L’allaitement des animaux par les femmes est une pratique courante dans de nombreuses populations indiennes d’Amazonie ou horticultrices de Mélanésie, et de manière sporadique en Tasmanie, en Australie, en Afrique, en Océanie et en Asie du Sud-Est. Les femmes nourrissent au sein, pour leur éviter la mort, des pécaris, des chiots, des singes, des agneaux, des petits cervidés et même des castors ou des ratons laveurs, qu’ils soient domestiques ou sauvages. Les jeunes animaux recueillis par ces sociétés de chasseurs-cueilleurs deviennent la plupart du temps des animaux de compagnie », La fabuleuse aventure des hommes et des animaux, Boris Cyrulnik, Karine Lou Matigon et Frédéric Fougea (Editions du Chêne, 2001). Tout récemment, l’agence de presse chinoise Xinhua annonçait que le lait d’une Chinoise avait permis de sauver deux bébés pandas délaissés par leur mère biologique.

3 Site web de Katherine Dettwyler.

4 Un fait divers récent montre que de nos jours aussi, le lait de femme peut sauver des vies : Faustina Mauricio Mercedes a nourri au sein (à raison de quelques gorgées par jour chacun) quinze clandestins qui dérivaient sur une embarcation de fortune entre Saint-Domingue et Porto Rico (Le Monde du 2 mars 2001).

5 Si vous en trouvez vous-même, n’hésitez pas à me les envoyer, soit à l’adresse de l’éditeur, soit à mon adresse électronique (cldidjou@easynet.fr) : je continue ma collection !

Bonheurs

D’un geste simple et tranquille, Marianne dégrafa largement son corsage ; elle sortait le sein blanc, d’une douceur de soie, dont le lait gonflait la pointe rose ; telle que le bouton d’où naîtrait la fleur de vie. Et elle fit cela sous le soleil qui la baignait d’or, en face de la vaste campagne qui la voyait, sans la honte, ni même l’inquiétude d’être nue ; car la terre était nue, les plantes et les arbres étaient nus, ruisselants de sève. La mère sentait autour d’elle cette source qui jaillissait. Ce n’était pas seulement elle qui nourrissait, les sucs printaniers gonflaient les sillons, faisaient pousser les arbres et l’herbe où elle était assise. Elle sentait également cette sève montant en elle, qui lui donnait le lait qui s’écoulait de sa poitrine. C’était un véritable flux de lait, le flux vital qui fait pousser de nouvelles semences.

Emile Zola, Fécondité, 1899

Je dis d’une voix rauque à l’infirmière que j’aimerais nourrir mon enfant.

«On n’a pas de lait, madame, après une césarienne, surtout quand elle a été si grave ».

Elle ne connaît rien de la vie cette infirmière. Elle croit que je vais me contenter d’une règle, d’un principe. Moi je veux nourrir mon enfant, je dois avoir du lait.

[…] Le cinquième jour, j’ai du lait, et la tête ronde de mon enfant, près de mon sein, me remplit d’un sentiment de quiétude. Je regarde gravement ses petites lèvres avides. Les infirmières disent que c’est incroyable. Moi je trouve que c’est naturel. Je voulais nourrir mon enfant, je voulais lui faire boire ma vie. C’est l’accomplissement miraculeux. C’est le bonheur. Tout le bonheur.

Christine Arnothy, J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir,
©Librairie Arthème Fayard, 1955

Que l’on n’imagine pas que le bonheur d’allaiter renvoie au plaisir de la caresse ou de la succion des seins dans l’acte sexuel, qu’il en serait comme une sorte de répétition attardée, d’image inadéquate, ou de préfiguration incertaine. C’est un bonheur spécifique, dur et rond comme un beau galet. Un bonheur qui n’en rappelle ou n’en prévoit nul autre semblable. Un bonheur clos, entier.

Qu’on ne dise pas non plus que c’est l’idée du don qui est plaisante […] à la femme qui allaite. C’est le corps qui est heureux quand le lait monte dans les seins comme une sève vivace, c’est le corps qui est heureux quand le bébé tète.

Annie Leclerc, Parole de femme, ©Grasset, 1974

Gaspard aime mon lait, ma peau. Je fais ce que je veux avec lui et il rampe et il tète et je dors et je me réveille et je le reprends et je le lèche et je l’oublie et je le reprends et le remets encore à ma source de lait. Tout va bien. Mamelles pleines mon corps a repris sa vaillance.

Hortense Dufour, La guenon qui pleure, ©Grasset, 1980

Je me revois, heureuse dans le château des princes Borromée, marchant de salle en salle. Nous suivons le guide. Dans ma cape, je cache notre enfant de six semaines qui tète. Ton regard accompagne chacun de mes pas. Tu me photographies au coin d’une haute fenêtre. Il y a quelque chose d’arraché à l’éternité dans certains clichés...

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