Antoine, 30 ans après (érotique gay)

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Antoine, 30 ans après  

Pierre Dubreuil

Gay pulp de 150 000 caractères.

Suite indépendante de « Soufrière, retour vers le passé ». Antoine, désormais dans la cinquantaine, vit en France depuis l’éruption de 1976. Meurtri par la vie, n’ayant plus d’attaches en métropole, il décide sur une impulsion de rentrer en Guadeloupe où il possède toujours « Les Cascades », la grande propriété familiale laissée à l’abandon. Il emmène avec lui Sakis, un séduisant jeune Grec de trente ans son cadet, ancien escort boy. Sakis déclare qu’il aime Antoine, mais celui-ci, du fait de leur différence d’âge et de l’ancien métier du jeune homme, se refuse à le croire. L’amour sera-t-il le plus fort et Antoine saura-t-il saisir la chance inespérée qui s’offre à lui ?
Du même auteur : Mémoires d’Aurélien, Soufrière, retour vers le passé, et La saga de L’Odyssée d’Achille : Le lit du roi, La route des îles et Pirates et barbaresques.


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Publié le : mardi 5 juin 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782363073372
Nombre de pages : non-communiqué
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Antoine, trente ans après

 

 

(150 000 caractères)

 

Pierre Dubreuil

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce texte reprend des personnages de « Soufrière, retour vers le passé » ; il ne s’agit pas d’une suite à proprement parler, les deux histoires sont indépendantes et peuvent être lues séparément.

 

***

 

2008

 

Antoine examine le passé, il songe à sa vie dont la plus grande part est maintenant derrière lui, et il se dit que, jusqu’à ces derniers temps, il a eu de la chance, il a été, sinon parfaitement heureux, du moins plus heureux que beaucoup.

L’élément le plus important, l’amour qu’il a vécu avec Sandro, près de trente-cinq ans de ciel bleu. Savoir en se couchant que le lendemain sera aussi radieux que la veille. Bien sûr, après si longtemps, la passion dévorante qu’ils avaient connue au début ressemblait plus à de la tendresse amoureuse. Mais quand même, le désir s’emparait encore d’eux plusieurs fois par semaine, soit, s’il faut en croire les statistiques, plus souvent que la plupart des gens, soient-ils jeunes et d’union récente. Et puis, les autres jours, quel plaisir c’était de s’endormir dans les bras l’un de l’autre, blottis l’un contre l’autre, noyés dans la chaleur familière et l’odeur rassurante du corps de l’autre. Antoine, rien que d’y penser, sent les larmes lui monter aux yeux : cela lui manque tant !

Et puis le côté matériel, aussi, qui, tout trivial qu’il paraisse, n’est pas à négliger. Ne jamais avoir eu de tracas financiers, n’avoir même jamais vraiment eu à compter, quel privilège ! Avec en corrélatif le privilège encore plus grand d’avoir toujours pu travailler à ce dont il avait envie, sans avoir besoin de flatter des patrons, sans souci du lendemain.

Et même du point de vue social, malgré sa sulfureuse sexualité, il peut bien dire, au moins depuis qu’il a quitté le lycée et malgré les quelques ennuis familiaux du début : « l’homophobie, connais pas ! ». Toutes ces années, il a vécu avec un homme, il est sorti avec un homme, il est parti en vacances avec un homme, ouvertement, et n’a jamais entendu la moindre réflexion, n’a jamais aperçu le moindre regard réprobateur. Quelle chance, alors que tant de ses semblables souffrent encore de discriminations !

Oui, il n’y a pas à dire, la vie a gâté Antoine, elle a été douce et généreuse avec lui.

Alors pourquoi, depuis quelques années, les malheurs pleuvent-ils sur sa tête ? Sans doute est-ce le prix à payer pour tant de félicités… Heureux, ceux qui mangent leur pain noir en premier !

Ça a commencé en 2005. À l’occasion d’une visite de contrôle, le diagnostic était tombé : cancer colorectal. Et pas à ses débuts… C’était la première véritable épreuve de sa vie. Antoine l’avait presque prise à la légère : c’était si facile avec Sandro à ses côtés, pour l’épauler, lui remonter le moral, lui insuffler du courage. Pour le porter à bout de bras. Cependant, le choc avait été rude. Opération, rayons, chimiothérapie. Ne plus tenir debout. Les nausées incessantes. Devenir moche. Perdre ses cheveux. Vieillir de dix ans en un mois… Enfin, à la fin du traitement, les résultats s’étaient révélés bons : guérison totale, avaient dit les médecins. Avec tout de même un inconvénient majeur : sodomie interdite. Antoine, plutôt « passif » avait eu l’impression d’être castré : la finalité même des ébats, pour lui, c’était que son homme entre en lui, jouisse en lui. Mais là encore, grâce à l’amour, à la patience de Sandro, il avait surmonté l’épreuve. À eux deux, ils avaient réussi à trouver un équilibre, une sexualité différente mais satisfaisante. Les combinaisons possibles sont si nombreuses pour l’amour entre hommes ! Et quand Sandro le prenait dans ses bras, qu’il plongeait dans le sien son regard chargé d’amour et que sa hampe douce et chaude s’introduisait sagement entre ses cuisses et frottait son périnée, Antoine éprouvait presque autant de plaisir qu’autrefois, quand il la recevait au cœur de ses entrailles.

Et puis il y avait eu encore cette autre contrariété, qui n’était pas un malheur mais qui avait prouvé à Antoine que, décidément, la destinée n’était pas à ses ordres comme il avait longtemps pu le croire. Xavier, son petit-cousin, s’était installé en France après l’éruption de 76 et, séduit par la liberté qu’il y avait trouvée, n’en était plus reparti. Pendant des années, ils s’étaient tous retrouvés pour les vacances en Guadeloupe, dans la maison familiale, la grand-case des Cascades où vivait encore Estelle, cousine d’Antoine et mère de Xavier, en compagnie de la vieille Mabo, leur nourrice. Puis Estelle, se sentant vieillir, était venue vivre en France, pour être plus près de son fils. Ni Xavier ni elle n’avaient voulu garder la maison, trop grande, trop coûteuse à entretenir. En outre, sous les climats tropicaux humides, les maisons en bois s’abîment à grande vitesse lorsqu’elles ne sont pas habitées en permanence. Antoine n’avait pas voulu se résigner à perdre la demeure de son enfance. D’autant que cela aurait signifié en chasser Mabo. Et même si toute la famille était d’accord pour l’installer dans la meilleure maison de retraite de l’île, quitter l’endroit qu’elle habitait depuis près de quatre-vingts ans aurait tué la pauvre femme devenue presque centenaire. Alors, Antoine avait racheté la part d’Estelle. La vente a été évitée, mais cela a largement écorné son capital. Il a dû réduire considérablement son train de vie. Ce n’est pas agréable, mais au fond cela ne lui pèse guère. C’est la grand-case qui en pâtit le plus : elle a vite perdu ses allures altières, elle est chaque jour un peu moins pimpante, l’exubérante forêt tropicale a entrepris de la dévorer, de reconquérir son territoire… Mais cela, Antoine ne le voit pas : depuis sa maladie, il n’est plus retourné en Guadeloupe, il ne se sent pas encore assez en forme pour entreprendre le voyage.

C’est dans ce contexte plutôt déprimant que s’est produit le seul véritable grand malheur, le seul, au fond, qui vaille la peine d’être mentionné. C’était il y a presque un an. Ce coup de téléphone, un soir. Sandro, un accident de voiture. Mort sur le coup. Et l’obscurité était tombée sur la vie d’Antoine, l’avait enveloppé tout entier. Depuis, il vit, mais sans savoir comment. Il ignore où il va, ce qu’il mange, ce qu’il boit, ce qu’il fait. Il n’a plus goût à rien. Il ne dort plus : comment le pourrait-il, seul dans le grand lit, sans le corps chaud et doux de Sandro pour se blottir, sans cette présence rassurante et protectrice ?

 

***

 

Aujourd’hui, Xavier est venu le chercher : visite de contrôle chez le cancérologue. Le cousin sait bien qu’Antoine, dans l’état dépressif où il est, n’ira que si on le traîne par la peau du cou…

— … Les résultats ne sont pas très bons, annonce le médecin. Il pourrait s’agir d’une récidive… Il faudra refaire des analyses d’ici un mois et, si cela se confirme, suivre une nouvelle chimiothérapie.

— Vous m’aviez dit que tout était terminé ! proteste Antoine.

— Que tout semblait terminé. Avec le cancer, il y a tant d’impondérables… Mais je vous rassure : si ce traitement est nécessaire, il sera plus léger que le premier et il devrait vous mettre définitivement hors de danger.

— Et si je le refuse ?

— Vous le savez aussi bien que moi : issue fatale à plus ou moins brève échéance…

— Ça veut dire quoi, plus ou moins brève échéance ?

— Un an ou deux, peut-être plus. C’est difficile à dire.

— Très bien, soupire Antoine. Nous attendrons donc les prochaines analyses. À ce moment-là, j’aviserai…

 

***

 

— Tout va bien, dit-il brièvement à Xavier resté dans la salle d’attente.

Son cousin le raccompagne jusqu’au petit studio de la rue de Seine qu’il laisse à Antoine lorsque ce dernier vient passer quelques jours à Paris.

— Oui, Xavier, c’est promis, je viendrai dîner tout à l’heure avec ta mère et toi, mais pour l’instant, excuse-moi, j’ai besoin d’être seul…

— D’accord, d’accord, même si je ne suis pas sûr que la solitude soit ce qu’il te faut en ce moment. En fait, je suis même persuadé du contraire…

— S’il te plaît…

Resté seul, Antoine se laisse tomber dans un fauteuil et se met à réfléchir.

— Il ne faut pas se leurrer, ces nouvelles analyses ne sont qu’une formalité. Le cancer est revenu. Qu’est-ce que je vais faire ? S’il ne s’agissait que de mourir « à plus ou moins brève échéance », comme dit le docteur, je n’hésiterais même pas : je suis déjà mort, je suis mort avec Sandro. Mais le cancer n’offre pas une fin facile : j’ai peur de souffrir. D’un autre côté, je ne vois pas comment je pourrais arriver au terme d’une nouvelle chimio dépressif comme je le suis et sans Sandro auprès de moi pour m’épauler…

Machinalement, il allume la télé. Sur l’écran défilent les images d’une nature tropicale : cocotiers, sable blond, eaux turquoise. Les Antilles ou un endroit qui leur ressemble. Puis apparaissent des champs de canne bruissant sous les alizés, la caméra s’élève encore, grimpe, atteint les mornes, le royaume de la banane, des grenouilles, des cataractes, des sources secrètes… Une grande maison de bois, blanche avec un toit rouge, ceinte d’une galerie…

Antoine se rend compte qu’il pleure à gros sanglots. Les larmes coulent sur son visage, intarissables.

— Qu’est-ce que je fais ici ? se demande-t-il. Ce n’est plus ma place. Je vais rentrer en Guadeloupe.

À peine a-t-il pris cette décision qu’il se sent mieux. Il sèche ses yeux. Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt ?

— Là-bas, je pourrai réfléchir à ce que je dois faire. C’est là-bas que j’y penserai. Aux Cascades, je serai à même de le faire. Ici, je ne peux pas. Et puis là-bas, il y a Mabo, elle me prendra dans ses bras, me serrera contre sa poitrine comme l’enfant que pour elle je n’ai jamais cessé d’être, nous pleurerons ensemble sur les beaux jours enfuis, et la solution viendra, comme une évidence…

 

***

 

Après le dîner où, pour la première fois depuis le départ de Sandro, il s’est montré sinon joyeux du moins plus optimiste, Antoine ne regagne pas le studio. Sur une impulsion, il va dans un bar, un bar gay où Sandro et lui se rendaient parfois. À peine assis sur un haut tabouret près du comptoir, il se rend compte que ce n’était pas une bonne idée de venir là : Sandro est trop présent, et tous ces couples amoureux assis à des tables en train de se caresser, de s’embrasser, ravivent sa douleur. Il voudrait partir mais le garçon l’a déjà vu, alors il n’ose pas. Il tourne le dos à la salle pour ne plus voir ces gens dont le bonheur le blesse et, faisant fi de l’interdit des médecins, commande un verre qu’il avale d’un trait.

— Un autre ! demande-t-il aussitôt.

L’alcool le réchauffe et le réconforte, mais l’incite aussi à s’apitoyer sur son sort. Il sent sa gorge se nouer, ses yeux le piquer. Il ne va tout de même pas se mettre à pleurer là, devant tout le monde ! Oh ! après tout, il s’en fout !

Une main se pose sur son épaule et une voix grave et chaude murmure, avec un léger accent qui lui fait penser à Sandro :

— Alors, on n’est pas dans son assiette ?

Antoine est sur le point de répliquer qu’il n’est pas d’humeur à batifoler, le regard noir il se retourne pour découvrir l’intrus, et demeure bouche bée. Dieu sait qu’il n’est pas venu pour draguer, qu’il n’envisage même pas de le refaire un jour, ni de s’abandonner de nouveau aux délices du sexe, mais l’homme qui lui fait face est tellement beau ! Antoine croit que son cœur va s’arrêter. Pour la première fois depuis qu’il est seul, il sent quelque chose s’émouvoir dans son pantalon. Oh ! ce n’est pas une érection, loin de là, mais quand même, ça remue et ça tressaille, là-dedans. Pourtant, le garçon n’est pas vraiment son genre, il est barbu et Antoine n’a jamais beaucoup apprécié les fantaisies pilaires. Mais cette barbe-là va si bien à son propriétaire : noire, coupée très court, moustaches à l’avenant, portée sur un visage taillé à la serpe, basané, méditerranéen. Des sourcils touffus, des yeux de jais étincelants de malice et de bonne humeur, des cheveux si noirs qu’ils en paraissent presque bleus, bouclés très serré, plutôt courts. Et un corps d’athlète, larges épaules, muscles saillants sous le T-shirt, tablettes de chocolat bien dessinées. L’encolure en V révèle de petits poils crépus qui affolent Antoine. Une trentaine d’années.

— Qu’est-ce qui te prend, se raisonne notre ami, tu n’es pas un peu malade de désirer ce mec superbe qui pourrait être ton fils ? — non, non, ne nie pas, tu sais très bien que c’est de ça qu’il s’agit ! De le laisser te mettre le sang en ébullition ? Ça va pas, la tête ?

Antoine a beau s’enguirlander mentalement, il est incapable de faire un geste ou de dire un mot. Incapable, aussi, de détourner son regard de l’inconnu. Il reste là, les yeux fixes, la bouche ouverte.

— Je dois avoir l’air d’un débile profond, se dit-il.

L’homme sourit. Éclair blanc dans la salle obscure. Il demande :

— Je ne vous fais pas peur, au moins ?

Oh ! cet accent ! Oh ! cette voix chaude et grave ! Les entrailles d’Antoine se nouent tandis que ce qu’il a entre les jambes se dénoue. Il s’étonne que l’inconnu l’ait vouvoyé : d’ordinaire, dans ce genre de lieu, tout le monde se tutoie. Peut-être a-t-il été, comme Antoine, élevé dans un milieu où le « tu » n’est guère employé…

— À moins, suppose-t-il encore, que, du fait de notre différence d’âge si visible, il s’imagine me devoir le respect… Oui, bien sûr, c’est ça ! Ce que je peux être bête !

Antoine se secoue, se force à un pauvre sourire et réussit à articuler :

— Excusez-moi. Je pensais à autre chose.

L’homme accentue sa pression sur l’épaule d’Antoine.

— Je ne voudrais pas être indiscret…

Ce qu’Antoine désire le moins en ce moment, c’est de faire la conversation à quelqu’un. De faire des confidences. Même à ce demi-dieu superbe. Pourtant, presque à son corps défendant, il murmure, sans pouvoir empêcher les larmes de lui monter aux yeux :

— Non, non. Ne vous inquiétez pas. Je pensais à quelqu’un… à quelqu’un… qui n’est plus là…

Sur son épaule, la pression s’accentue encore.

— Si nous allions nous asseoir à une table, propose l’inconnu. Vous me raconteriez tout ça…

D’autorité, la main descend de l’épaule au bras et l’homme entraîne Antoine qui se laisse faire. Ils s’installent à une table isolée.

— Je m’appelle Sakis.

— Enchanté. Moi, c’est Antoine. Vous êtes grec ?

— Oui. D’origine. Mais il y a si longtemps que je vis en France…

— Je connais très bien la Grèce. J’y allais souvent avec cet ami qui est… parti. Vous êtes de quel coin ?

— De Sifnos. C’est une île des Cyclades.

— Par exemple ! Nous y sommes allés bien des fois ! C’était notre île préférée.

— Vraiment ? Et vous habitiez où ?

— À Faros. Mais nous allions toujours nous baigner à Vathy, à l’extrémité de la plage, là où l’on peut se mettre nu…

— Incroyable ! C’est justement là qu’est ma maison. Elle appartenait à mon grand-père, une simple cabane de pêcheur, un cube blanchi à la chaux avec des volets bleus. Malgré son manque de confort et son isolement, je n’ai pas voulu m’en défaire. J’y vais de temps en temps, quand j’ai besoin de me ressourcer…

Antoine se tait. Il se revoit avec Sandro sur la plage brûlée de soleil et ses yeux se mouillent.

— Moi aussi, je viens d’une île, dit-il. La Guadeloupe. Je pense que je vais y retourner bientôt…

Et il se met à pleurer, à pleurer, sans pouvoir retenir ses larmes. Sakis pose la main sur sa cuisse. Le geste n’a rien de sexuel et Antoine le sait. Il sent la chaleur de cette main, il est heureux de la sentir et il s’apaise.

— Allons, Antoine, racontez-moi tout, ça vous fera du bien…

 

***

 

Antoine, d’ordinaire si réservé, ne sait pas pourquoi il parle comme cela. Il se sent en confiance. Il a besoin de raconter ses malheurs. Ils lui paraîtront moins lourds, ensuite. Deux heures et quelques verres plus tard, Sakis n’ignore plus rien de sa vie.

— Il faut accepter de vous soigner, Antoine. Vous êtes encore jeune, votre vie n’est pas finie, vous rencontrerez quelqu’un d’autre…

— Oui, je vais réfléchir. C’est pour cela que je rentre en Guadeloupe. Là-bas, je pourrai penser à tout...

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