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Prologue Journal de Quentin Olivier, mon amour, je commençais à savourer le bonheur de ces mois écoulés et à croire à une vie entière avec toi à mes côtés, quand l’impensable s’est produit et a posé la question de l’absence. Heureusement ce ne fut que provisoire… Mais me trouvant séparé de toi, j’ai cherché à te remodeler, à te retrouver à travers les mots du récit de notre vie commune. J’ai donc commencé par cette nuit où j’ai cru devenir fou, puis j’ai laissé dérouler le film de notre vie à deux, me laissant aller à des flash-back et à des arrêts sur image sur quelques étincelles de notre bonheur.
re 1 partie
Chapitre 1 - Hôpital Journal de Quentin Il est quatre heures du matin et tu te trouves là, derrière les vitres de cette salle de réanimation. Je ne peux pas t’atteindre, mon cœur se serre et mes yeux se troublent. Il paraît que ton état est stabilisé, mais on n’est pas sûr que tu t'en sortiras sans séquelles. Je sens le monde qui s’effondre autour de moi et je ne sais plus à quoi me raccrocher. Ma bouée dans cet océan de détresse et de révolte, c’est l’espoir que d’un moment à l’autre tu vas ouvrir les yeux et me sourire. Tes yeux et ton sourire… ce qui me fait fondre… J’aimerais tant pouvoir te serrer dans mes bras, embrasser ton front, te parler et te rassurer, sécher tes larmes, te consoler de tes douleurs et de tes peines. Mais je ne peux rien faire et je dois attendre. Tu dors d’un sommeil étrange qui ressemble presque à la mort et tu es trop fragile, même pour mes caresses… C’est la police qui m’a prévenu. Ils m’ont dit que tu avais murmuré « Prévenir Quentin… » et qu’ils avaient trouvé mon adresse en bonne place dans ton agenda. Heureusement tu avais rempli la rubrique « En cas d’urgence prévenir : ». Ils m’ont demandé de venir de toute urgence. J’ai pris un taxi. La conversation au poste de police résonne encore dans mon crâne. Ils n’ont rien voulu dire tout de suite sur ton agression, ils ont d’abord voulu savoir qui j’étais au juste. « Famille, oui, mais lointaine. Si nous étions très proches ? Oui très proches, intimes même. Mais oui je suis plus âgé que lui, je pourrais être son grand frère, mais je serais un peu jeune pour être son père. Vérifiez, il va avoir vingt ans et moi trente-deux. Oui, je suis professeur agrégé de lettres. Lui-même est étudiant en lettres. Depuis combien de temps nous vivons ensemble ? Cela fait six mois environ. Il est allé passer quelques jours chez ses parents pour Noël. Je n’ai pas de détails sur la fin de son séjour. Sa famille accepte mal une situation qu’elle n’avait pas envisagée, c’est sûr. Mais je ne pense pas que cela ait un rapport avec un acte aussi violent. » Après, ils m’ont expliqué qu’un sans-abri qui cherchait un coin pour dormir t’avais entendu gémir dans un endroit non éclairé du passage souterrain de cette fichue gare de banlieue. L’agresseur t’aurait surpris en arrivant par-derrière et en saisissant ton écharpe. Puis il t’aurait tabassé à coups de pied dans les côtes, assommé contre le mur, violé… Écorchures, fractures, ecchymoses, état des vêtements en seraient la trace. Après le récit de ces atrocités, qui me laisse encore nauséeux, ils m’ont accompagné dans cet hôpital. Depuis, j’assiste, impuissant derrière cette vitre, à l’agitation médicale autour de ton corps inerte. Olivier, mon ange, je tremble devant l’horreur de ce que tu as subi. Que t’est-il arrivé en allant prendre ce maudit train ? Jusqu’à quel point t’a-t-on fait souffrir ? Pourquoi la gueule de l’enfer s’est-elle ouverte là, sur tes pas ? Je me demande ce qui a motivé ce départ précipité… Pourquoi avoir choisi cet horaire tardif et ne pas avoir simplement attendu le matin ? Il n’y avait pas d’urgence, tes cours ne reprendront que dans une semaine. Quelque chose a dû mal se passer… Faut-il que j’appelle chez tes parents ? Non, c’est encore le milieu de la nuit pour beaucoup de monde… Je les rendrais malades. Et puis l’aurais-tu souhaité ? Si je savais au moins pourquoi tu es parti si vite… Attendre, attendre, il ne reste qu’à attendre… Implorer le ciel… Mais que veut le ciel pour Olivier ? Que veut-il que je fasse qui puisse le sauver et m’empêcher de devenir fou ? Et cette bouffée d’angoisse qui m’étouffe et qui ne veut même pas finir avec des larmes pour me soulager… Mais pourquoi nous sommes-nous laissés faire pour Noël. Nous aurions dû partir tous les deux. Mon Dieu, aidez-moi à ne pas basculer dans la folie ! Je me sens tellement démuni… Tout perdre… encore… Non, pas ça ! Il ne me reste donc que la prière et des mots me reviennent « Notre Père… » Je prie… mais je ne sais pas si je suis sincère ou si je veux m’empêcher de penser. Il y a longtemps que je
n’avais pas essayé de prier… Depuis six mois le bonheur simple coulait comme une source. Peut-être fallait-il prier quand tout allait bien… Quand on possède un trésor on a tout à perdre et Olivier est probablement ce qui m’a été donné de plus précieux… Ô, mon Dieu, faites qu’il vive et qu’il aille bien ! * * * Olivier « Des bruits, des voix… Je ne comprends pas où je suis… Je n’ai jamais fait ce rêve. Oui, ça ressemble à un rêve, mais je n’arrive pas à me réveiller… D’habitude quand j’ai réalisé que je rêve, je peux ouvrir les yeux… J’entends mon cœur qui cogne. J’ai peur. Quelle est cette ombre ? Quel est ce visage ? Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai peur… Un cauchemar, ce doit être un cauchemar… Au secours, j’étouffe ! Quentin, réveille-toi et secoue-moi ! Oui, tu vas voir que ça ne va pas, tu vas me réveiller… Quentin, où es-tu ? Si seulement tu pouvais voir que je dors mal… Au secours, je tombe dans le vide ! Mes oreilles sifflent… j’ai mal ! Quentin, aide-moi ! » * * * Journal de Quentin Je sursaute à l’approche de l’infirmière. J’ai dû m’assoupir d’un sommeil sans rêves, hypnotisé par mes prières… — Il reprend conscience. Il a murmuré votre nom. Prenez un café au distributeur, pour vous remettre sur pied et ensuite revenez. On va vous installer un siège près de son lit. Il serait bien de lui parler pour le tenir un peu éveillé et le rassurer. On dirait qu’il est tellement angoissé qu’il préfère se laisser plonger. Il faudrait éviter qu’il décroche à nouveau. OK ? — D’accord… Je comprends, comptez sur moi. La nouvelle que j’ai d’abord cru rassurante m’inquiète et me tire de ma torpeur. Je fonce au distributeur qui me délivre un mauvais café noir que je surdose de sucre. Le café est trop chaud, je l’emporte avec moi. Je fais les cent pas en soufflant sur le liquide fumant, en attendant qu’on m’ouvre. Je me brûle les doigts, ce qui finit par me réveiller tout à fait. Je finis par boire mon verre. Le gobelet vide m’encombre et je mets un temps infini à trouver une poubelle qui pourtant me crève les yeux. Encore une bouffée d’angoisse… Ce n’est pas le moment de craquer, je dois me ressaisir… Je respire à fond plusieurs fois et m’efforce de retrouver mon calme. Je dois le faire pour toi, Olivier, pour que tu ailles bien. Je dois moi-même aller bien, car il faut que je tienne le coup. Tu dois pouvoir te reposer sur moi. On me fait enfin signe d’entrer. La pièce est calme et la lumière a été réduite. Un des médecins qui s’est occupé de toi, une femme, me prend à part. — Il vous réclame, mais on ne sait pas s’il se souvient de ce qui lui est arrivé. Ne lui en parlez pas ! C’est trop tôt… Rassurez-le et surtout qu’il reste calme. On a coupé le son des moniteurs, mais s’il y a quoi que ce soit d’anormal quelqu’un sera là tout de suite. Et puis vous avez un bouton d’appel près du lit. À tout à l’heure ! — Merci ! Je m’approche et te prends la main pour te rassurer et aussi pour me rassurer moi-même. Le bandage sur ta tête, le tube de perfusion qui pénètre dans la veine de ton bras droit, les électrodes fixées sur ta poitrine… la vision de cet attirail autour de ton corps aimé me donne la nausée… Mais tu vis ! Garder les yeux ouverts te semble douloureux, mais tu respires et le
sang pulse dans tes veines… tu vis ! — Bonjour amour… — Quentin… — Ne bouge pas… Je suis là, je ne te quitterai pas. Ne t’inquiète de rien. — Pourquoi… suis… à l’hôpital ? — Je crois que tu as dû te cogner la tête un peu trop fort. Ce n’est rien, tout va aller mieux sous peu. Ne t’inquiète de rien, tu sais que je t’aime et que je serai toujours là. Ne crains rien, amour. — Quand j’essaye… rappeler… sifflement dans tête… — Non, je t’en prie, n’essaye pas, pas encore. Plus tard… Pour l’instant, repose-toi, je suis venu veiller sur toi. Il ne peut rien t’arriver. Je suis là, je reste près de toi. Je t’aime. Quoi qu’il y ait eu, je t’aime et ça ne changera pas. Tu comprends ? — … t’aime aussi. Je vois une larme couler sur ta joue. Je t’essuie la joue et à la place de la larme, je pose le plus doux des baisers. Dans mes yeux les larmes abondent, mais je m’efforce de les garder silencieuses. Je peux en verser des milliers, elles ne font pas le poids à côté de celle que je viens de voir couler sur ton visage. Je tiens ta main contre ma joue et tu finis par t’endormir, rasséréné par ma présence. L’infirmière passe, contrôle les enregistrements des moniteurs et me fait un clin d’œil rassurant et attendri. Je souris en retour puis, dès qu’elle a tourné les talons, je ferme les yeux, plongé dans mes pensées que je m’efforce de garder positives. Si, par miracle, tu pouvais les sentir t’envelopper de douceur et de réconfort… Sois en paix mon Olivier, je ne lâcherai pas ta main.
Chapitre2 - Souvenirs douloureux Journal de Quentin La journée d’hier s’est écoulée au gré de tes réveils et du passage des médecins. On m’a parfois gentiment demandé d’aller à la cafétéria pendant les soins et je ne suis guère allé plus loin. Je ne suis pas sorti de l’hôpital, rien n’est assez urgent à Paris ou même ailleurs pour m’éloigner de toi avant plusieurs jours. J’irai simplement jusqu’à l’appartement pour une douche, des vêtements propres, le courrier… Il faut que je prévienne notre petit noyau d’amis, ils pourraient s’étonner de notre disparition égoïste à l’approche du changement d’année. Et puis je dois soulager ma propre angoisse. C’est étrange, je sais que la vie ne s’est pas arrêtée ailleurs et en même temps une espèce de torpeur m’a envahi. Un peu comme l’instant qui suit une parole regrettable, lâchée trop vite. On sait qu’il vient d’arriver quelque chose d’inéluctable. Une rupture s’est produite. Notre vie, nos relations avec les gens et les événements vont prendre une tournure peut-être inattendue. Tout reste suspendu dans l’attente du châtiment… Depuis que les médecins ont décrété que ton état était stabilisé, tu as été transféré dans une chambre individuelle. Puisque je ne joue pas au trouble-fête et que je contribue à ton équilibre, on m’a même octroyé un lit pliant. Je te contemple et en même temps je scrute le moindre signe. J’interprète malgré moi chaque soupir, chaque plissement de ton front, chaque goutte de sueur. Avant, je n’avais pas peur. Nous avions déjà des habitudes, mais pas de lassitudes. Mon travail et tes études allaient de soi, nous savions chacun quand l’autre était occupé et avait besoin d’un peu de temps à lui. Je m’occupais de l’intendance générale de l’appartement et au fil des semaines tu avais fait en sorte que tout soit de plus en plus léger. Tu t’arrangeais toujours pour qu’un repas m’attende les jours où je rentrais tard après des rendez-vous ou un conseil de classe. Notre vie était sereine. Nos jours comme nos nuits étaient apaisés. C’était ça la clé de notre amour, cette sensation de douceur et de paix quand nos regards se rencontraient, le bonheur d'être simplement réunis. Et pour la première fois, je suis inquiet quand je te regarde. Quel sera l’impact de ces événements sur le cours de ta vie et sur le cours de notre vie ? Tu t’agites soudain, tu replies tes jambes, tes mains se crispent. Aussitôt je caresse ton front, ta joue et je murmure ton nom « Olivier, je suis là… ». Tu t’apaises. Je prends un gant humide pour te rafraîchir le visage. Ta peau est moite. Elle porte l’odeur des médicaments que l’on t’injecte par perfusion. Tu es pâle à faire peur. — Quentin … — Amour, je suis là. — Me rappelle… On m’a … frappé… Ton visage se crispe et les larmes coulent. La mémoire ramène avec elle toute l’angoisse de cette horrible scène. — Quentin… oh non !… Je crois qu’il m’a violé… J’appuie sur le bouton d’appel, et en attendant que quelqu’un arrive, je colle mon visage contre le tien et tente d’apaiser tes gestes en maintenant tes bras par des caresses. Je ne veux ni te serrer ni te faire mal. J’ai peur que tu te croies en présence de ton agresseur. — Non, amour, n’aie pas peur… Ici on te soigne, il n’y a rien à craindre. Ne pleure pas, je suis avec toi, ne pleure pas, tu vas avoir mal… Écoute-moi, s’il te plaît, écoute-moi… Tu as deux côtes fêlées… il faut être prudent. — Quentin, pourquoi ? Pourquoi il m’a fait ça ? — Si je savais… Maintenant c’est moi qui pleure en caressant les cheveux que le bandage m’a laissé. Je prends ta main et la couvre de baisers. Tu ne bouges plus, mais tu respires de façon
saccadée, tu halètes, la douleur t’empêche de respirer à fond. La porte s’ouvre, c’est l’infirmière. — Qu’est-ce qui se passe ? — Je crois qu’il a retrouvé la mémoire de l’agression. Il a été pris de panique. — Je vois. Je vais augmenter légèrement la dose de calmant. Ça ira mieux après. Allons jeune homme, c’est un peu tôt pour les émotions fortes… ! Elle injecte un liquide dans la perfusion, vérifie les moniteurs au passage, note la prescription sur sa feuille de suivi et sort de la chambre. En attendant que la drogue agisse, je continue à baiser ta main et à te caresser l’avant-bras. Tes doigts se referment doucement sur ma main. — Quentin… tu m’aimes autant qu’avant ? — Ce qui s’est passé ne change rien mon amour. — Quentin… tu m’aimeras toujours ? — Toujours, amour, toujours… Dors en paix, ici il n’y a que nous. Tu sais bien qu’avec moi tu n’as rien à craindre. Pense à nous deux, juste à nous deux. Tout doucement, tu bascules dans le sommeil. Je souhaite qu’il te soit le plus doux possible. Je suis inquiet, car je pressens que la guérison sera longue. La double guérison du corps et de l’esprit… Une nouvelle nuit s’étire. Une nuit d’hôpital, pas vraiment noire, car les couloirs restent éclairés. Une nuit pas complètement calme, car il y a des allées et venues dans le bâtiment, la ronde des infirmières, le médecin de garde, les urgences et les soins pour d’autres personnes, dans d’autres chambres. Plusieurs fois dans mon demi-sommeil, j’ai senti la pression de tes doigts sur ma main. À chaque fois que je m’en suis rendu compte, j’ai répondu. Je t’aime plus que toutes les nuits de sommeil que je n’aurai plus en attendant que tu sois rétabli…
Chapitre3 - De passage à l’appartement Journal de Quentin Ce matin tu es paisible, au moins en apparence. Je t’explique pourquoi je dois me rendre à l’appartement et promets de faire le plus vite possible. Une fois rentré, je tombe sur Anne, locataire d’une des chambres de l’immense appartement familial dont j’ai hérité. Ex-camarade de lycée, jeune femme dynamique, plutôt enjouée, attentive aux autres, mais qui ne s’en laisse pas compter, Anne était et demeure ma meilleure confidente et l’élément féminin indispensable de ma vie depuis que ma mère n’est plus là et que ma sœur s’est établie en Bretagne. Traductrice et interprète, Anne est toujours par monts et par vaux, mais déteste recourir aux hôtels lors de ses séjours parisiens. « Alors, cachottier, tu ne dors plus chez toi ? Et qu’as-tu fait d’Olivier ? — Si tu savais… » Je n’arrive plus à articuler et mes yeux se noient. « Qu’est-ce qui s’est passé ? — On l’a agressé. Il est à l’hôpital. » Elle s’approche me prend dans ses bras et m’embrasse sur la joue avec douceur. « Raconte-moi. » Anne sort deux tasses, les pose sur la table et verse le café qu’elle avait déjà préparé. Je lui fais alors le récit de tout ce que j’ai appris par la police, ainsi que des dernières quarante-huit heures à l’hôpital. « À propos d’Olivier… Il y a eu sur le répondeur un message insistant, de la part de son frère, disant qu’il n’arrivait pas à le joindre et qu’il était inquiet. J’ai pris la liberté de rappeler pour dire que vous étiez absents l’un et l’autre de l’appartement et que cela voulait probablement dire que vous étiez partis tous les deux. — Bonne idée. Mais c’est curieux, il n’appelle jamais sur cette ligne… Ah, c’est vrai le portable d’Olivier ne fonctionne plus. Il est tombé de sa poche et a été piétiné pendant l’agression. J’avais oublié. — Il faut peut-être le rappeler ? — J’en ai peur, c’est peut-être important. Je suis quand même inquiet à l’idée de mettre sa famille au courant, même si c’est légitime. Tu sais bien qu’il leur est impossible d’imaginer leur cher petit vivant en couple avec un homme. Quand il va chez eux, ils font comme si je n’existais pas. Je vois bien qu’ à chaque fois qu’il va les voir, Olivier est perturbé pendant quelques jours. D’ailleurs il espace ses visites. Il ne supporte plus qu’on ignore une partie de lui. Et de mon côté, quand je le sais là-bas, j’enfile café sur café et je travaille deux fois plus, pour oublier qu’il ne peut y être heureux… — Même sa mère est contre lui ? — Tu sais… sa mère ne se rebiffe pas beaucoup contre son mari et son fils aîné. Quand Olivier est seul avec elle, ça va. Au moins, il n’y a pas d’allusions douteuses et de pointes gentiment homophobes. Mais c’est tout de même dur pour lui. Ce garçon est en recherche permanente d’affection. Quand il me regarde, j’ai l’impression que ses yeux absorbent toute la tendresse que les miens peuvent lui offrir. » Et là je n’en peux plus, l’angoisse me saisit à la gorge et les larmes me brouillent la vue. « Si tu savais comme je l’aime… — Je le sais. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure ! Et j’ai compris que c’était sincère le premier jour où je vous ai vus tous les deux. Tu l’aimes et il t’adore… y a pas photo. Ne t’inquiète pas… un amour comme ça résistera à tous les vents. Il va y avoir une étape difficile à gérer, parce qu’on ne peut pas encaisser une telle violence sans être perturbé, mais il résistera et refera surface.
— J’entends bien tout ça… Si seulement il n’y avait pas cette complication familiale… Je sens bien que la pression de sa famille est un poids terrible dont il ne peut pas vraiment s’affranchir. Enfin, prenons chaque jour comme il vient et on verra… Bon je vais prendre une douche et me changer. Après je téléphonerai à cette douce belle-famille ! » Je vais de ce pas à la salle de bains et la douche est réellement un moment de détente inespéré. Mais c’est de courte durée, car à peine sorti de la salle de bains, j’organise tout en fonction du séjour hospitalier d’Olivier. Je rassemble tout ce qui est nécessaire pour travailler près de lui et aussi le distraire. Je trie le courrier, récolte quelques CD, mon ordinateur portable et ce qui m’est nécessaire pour préparer les cours de mes lycéens. Anne se charge de prévenir les amis proches. Le plus difficile reste à faire, il faut rappeler le frère d’Olivier. Mais au moment de décrocher le combiné, mon portable se met à vibrer. La gendarmerie m’apprend qu’un accident de la route a eu lieu peu après l’agression d’Olivier, que le conducteur du véhicule est maintenant décédé et que cet homme pourrait bien avoir été l’agresseur en question. Une analyse a confirmé que des traces retrouvées sur ces vêtements étaient du même groupe sanguin qu’Olivier… Il s’agit d’un certain Laurent Vallon. À l’autre bout du fil, on semble attendre ma réaction. « Non, ce nom ne me rappelle rien… Désolé de ne pas pouvoir vous aider. » Ce coup de fil me soulage et me dérange en même temps. Je suis heureux d’en savoir un peu plus, mais en même temps je me trouve dans la situation de celui qui quelque part se réjouit d’un malheur et en même temps s’en défend. D’un côté on pourrait se dire qu’Olivier est en quelque sorte vengé. D’un autre côté, le mal est fait, que ce sauvage soit mort ou vivant n’y changera rien. Et peut-être qu’en ce moment même, une famille pleure un fils ou un mari dont on ignorait certains travers… J’appelle finalement Hervé, le frère d’Olivier. Il met du temps à décrocher. « Olivier ? — Non, ici c’est Quentin Duvivier, Olivier ne peut pas répondre… Il est à l’hôpital et son portable est hors d’usage. — Il était dans la voiture ? Je croyais que Laurent l’avait déjà déposé à la gare… — Attends, de quoi est-ce que tu me parles ? Quel rapport entre Olivier et la voiture de ce Laurent ? — Ben, c’est simple… Olivier voulait absolument partir, il était en pétard parce qu’on avait un peu déconné. Mon pote, Laurent Vallon, était là, et comme je voulais pas fatiguer Laura qui en est à son dernier mois de grossesse, je lui ai demandé s’il voulait pas raccompagner Olivier jusqu’à la gare. Le lendemain j’ai su que Laurent avait eu un accident. Tout de suite je me suis demandé si Olivier avait bien pris son train et j’ai pas réussi à le joindre… — C’est dans le passage souterrain de la gare qu’Olivier a eu un problème, pas dans la voiture. Mieux que ça, d’après la police, ce pourrait bien être ton pote, ce Laurent Vallon, qui l’a tabassé et qui l’a pris pour un trou pour se soulager ! Vous avez bien déconné comme tu dis… vos gentils petits mots sur les tapettes… ça vous a bien excités ! Mais qu’est-ce que vous croyez à la fin, bande de connards que vous êtes ! Nous vivons en couple, nous partageons notre vie, nous ne sommes ni des prostitués ni des grandes folles destinées à amuser la galerie ! — Mais… — Mais rien à la fin ! Si tu veux réaliser le problème, appelle donc l’hôpital ! Et surtout, soit vous respectez le choix d’Olivier et vous apprenez à vivre avec nous, soit vous nous oubliez. On se débrouille très bien sans vos blagues à la con ! » Je n’ai pas pu m’empêcher d’exploser. Je sais bien que ce n’était pas de sa faute si son copain avait eu un comportement douteux, violent et même criminel… Tant pis ! De toute façon il y avait un abcès à crever… Marre d’être pris pour une merde !
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