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« RÉPONSES »
Collection créée par Joëlle de Gravelaine, dirigée par Nathalie Le Breton

© Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2014
© Illustrations Edigraphie

Photo d'auteur : © Astrid di Crollalanza

ISBN 978-2-221-14479-4

Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales

À mon ami Jacques, le fleuron de nos groupes de relaxation.
Il a eu 100 ans en janvier 2014 !
À vous toutes et tous qui avez ouvert ce chemin avec audace et confiance.
À Guillaume et Nicolas.
Préambule
De l’art d’être pionnier
Certains êtres sont des pionniers. J’en ai rencontré un en 1979 : le professeur Albert-François Creff, qui dirigeait les services de nutrition-endocrinologie, de médecine et nutrition du sport, et de relaxation à l’hôpital Saint-Michel à Paris. C’était à l’évidence un adepte de la pensée interdisciplinaire, si en vogue aujourd’hui. Il considérait que, pour qu’un cerveau soit bien fait et un médecin spécialiste bien préparé, il fallait qu’il assiste aux consultations des médecins du service bien sûr, mais aussi à celles des diététiciennes, des kinésithérapeutes, d’une psychologue même, et enfin qu’il suive les cours de l’enseignant en relaxation, fait stupéfiant dans un hôpital des années 1980. En bref, il fallait apprendre à penser avec sa tête, mais également avec ses mains, son corps, sa bouche et ses pieds…
J’avais rencontré six ans auparavant, à l’âge de 20 ans, un autre géant visionnaire : Pir Vilayat Inayat Khan. C’était un sage, un maître de méditation qui s’inscrivait dans la tradition soufie. Après maintes retraites dans l’Himalaya, à Bodghaya au pied de l’Arbre du Bouddha, au mont Athos avec les moines orthodoxes, à Montserrat auprès des carmélites, à Jérusalem près du mont des Oliviers, il avait acquis la certitude qu’il y avait dans l’humanité un trésor de sagesse légué par les grands êtres des temps passés. Son enseignement de la méditation et sa spiritualité étaient ainsi universels, incluant les courants les plus saillants de ces grandes traditions.
J’ai commencé à apprendre à méditer avec lui en 1973, il y a maintenant quarante ans.
Ayant aussi découvert le Hatha Yoga avec bonheur au début de mes années de médecine, je l’ai ensuite pratiqué régulièrement durant toutes mes années d’études.
Une fois entrée dans le service du professeur Creff pour me spécialiser en nutrition et en médecine du sport (je suis devenue endocrinologue quelques années plus tard), j’ai donc eu un élan de reconnaissance lorsque j’ai gravi pour la première fois l’escalier du service pour me rendre au premier étage suivre le premier cours de relaxation animé à cette époque par Mme le docteur Jeanne Creff, l’épouse du « patron ». Elle avait modifié d’une manière fort intelligente la méthode qu’elle avait apprise auprès du docteur Caycedo, la sophrologie, et lui avait donné le nom de « globalisme ».
Un an plus tard, époque pionnière et patron obligeant, je guidais moi-même un premier groupe de relaxation. Ma pratique du yoga et de la méditation, ma participation à de nombreuses retraites et une grande curiosité à l’égard de la nouveauté me prédisposaient à devenir l’une des grandes fidèles de ces cours de relaxation à Saint-Michel (car on n’appela jamais autrement que « relaxation » les cours qui étaient donnés dans la grande salle de l’hôpital).
Donc, bien avant que cela ne devienne fréquent en milieu hospitalier, nous enseignions la relaxation, l’attention, une « pleine conscience » dont nous ne connaissions pas le nom. Il ne m’aurait pas paru adéquat de parler de « méditation », car la méditation dont je faisais l’expérience avec Pir Vilayat nous entraînait vers des niveaux célestes alors que la relaxation dont j’arpentais dorénavant les territoires s’adressait principalement au corps et à la psyché.
J’ai ainsi guidé bien des groupes de relaxation à Saint-Michel, puis dans mon cabinet, et finalement en séance individuelle. Vous aurez sans doute deviné que ma nature jubilait à l’idée de cette rencontre entre une médecine large et humaniste et ces possibilités encore peu explorées. S’est engrangée une somme d’expériences si riches et si variées qu’elle m’a donné envie de la partager. C’est ainsi que j’ai commencé la rédaction de cet ouvrage, choisissant simplement de retracer au fil des chapitres les séances de cet enseignement.
Les dix-huit séances de la méthode
La première partie, intitulée « Premier degré », comporte huit séances, plus une de récapitulation. On y propose une première découverte du corps, de ses sensations et de ses rythmes, pas à pas, territoire par territoire. On passe en revue par exemple la région du cou, puis celle de l’épaule, etc., de manière à faire dans la séance de récapitulation un « tour du propriétaire » de notre corps.
On est assis, debout ou bien allongé sur le sol. Des exercices simples peuvent ponctuer les séances, par exemple lever les bras et en contracter les muscles.
La respiration est omniprésente pendant ces séances. Elle est la machinerie, le joyau impressionnant qui anime notre corps, nous donne la vie et nous met en relation avec le monde. On découvre sa présence, son amplitude, son rythme qui fait que l’on peut être énergique ou calme. Mais il devient également possible de travailler sa respiration en l’accompagnant. Elle est fondamentale. On la retrouve tout au long du chemin.
Le « Deuxième degré » propose d’aborder nos représentations et de découvrir le corps au sein de l’espace : visualisation du corps, découverte de la gravitation, donc de la verticalité, puis découverte de la possibilité d’étendre la conscience.
Ce deuxième degré invite à une vigilance différente, une forme de concentration plus aiguisée – un « éveil » ; le mot est dit.
Nous nous intéresserons également aux organes des sens, ces ordinateurs incomparables qui décodent pour nous le cosmos et sont une source de grand plaisir.
Ce deuxième degré se termine également par une séance de récapitulation dans laquelle on aborde la concentration, non plus sur des sensations ou des représentations, mais sur une pensée.
Le « Troisième degré » nous convie à la contemplation d’un territoire plus vaste encore, le plus intime, le plus essentiel, et pourtant le plus impersonnel : l’Être. On découvre d’abord la position du troisième degré, très proche de la posture du zen, et on fait l’expérience que le silence nourrit, apaise et communique la vie.
Un chapitre, imaginé par moi, évoque nos qualités d’êtres humains et présente ce qu’on appelle l’« art de la personnalité ».
J’aime aussi particulièrement le travail avec la lumière que l’on rencontre dans la méditation. C’est pourquoi j’ai conçu le dernier chapitre comme une véritable introduction à la méditation.
Sagesse
Les participants au groupe échangeaient en début et en fin de séance. J’ai régulièrement pris des notes au fil des années, ce qui m’a permis d’enrichir l’ouvrage de réflexions et de sagesse. Sagesse simple et profonde du corps et de l’humain.
Ma formation préalable en yoga, les exercices de méditation avec Pir Vilayat, la médecine énergétique découverte durant quelques années auprès d’un moine vietnamien m’ont permis de reconnaître dans ces séances des exercices traditionnels existant dans l’hindouisme, le bouddhisme, voire le christianisme des débuts. Je me suis sentie chez moi, et cette grande familiarité a contribué à renforcer le sens de ce travail.
Devenir
Pourquoi ce travail me paraît-il essentiel ? Il affirme que nous pouvons changer, ce qui ouvre des territoires inconnus et passionnants. En dehors d’apprendre à se détendre, véritable plaisir en soi, chacun fera l’expérience qu’on peut modifier ce qu’on est, laisser de côté ses limitations, mieux utiliser ses potentiels de concentration, de contemplation, devenir un peu plus sage, donner libre cours à sa créativité. En bref, devenir infiniment meilleur que ce que l’on aurait pu imaginer !
Dernière touche : ce livre s’est écrit en deux périodes… Vous découvrirez pourquoi en milieu d’ouvrage, là où m’est venu que l’exercice de la vie est un art difficile. Mais quel art !
Bon voyage !
I
PREMIER DEGRÉ1
1Alain Ceccaldi, cinésiologue, m’a aidée dans la rédaction des données anatomiques mentionnées lors de chaque séance du premier degré. Un grand merci à lui pour sa vision éclairée du mouvement.
1
Première séance du premier degré
Notre famille : le corps, les pensées, les émotions, le « sans-nom »
Les personnes inscrites dans les groupes de relaxation à l’hôpital avaient pour la plupart consulté dans le service. Il leur avait été conseillé de suivre ces cours pour remédier à une spasmophilie, une insomnie, une simple nervosité, de l’asthme, des troubles du comportement alimentaire, etc. Elles devaient venir une fois par semaine pendant quatre à cinq mois, avec un magnétophone si possible. Les groupes comptaient quinze à vingt personnes. Il y avait deux cycles par an, l’un en septembre, l’autre en février, et les personnes inscrites devaient attendre le début d’un cycle pour commencer.
Tous les participants étaient assis en demi-cercle sur des chaises, dans la grande salle commune, et le médecin (ou la diététicienne, plus tard) se tenait derrière une grande table posée sur des tréteaux. Nous étions dans un hôpital, cela rassurait donc un peu, mais le climat général était plutôt tendu lors de cette première séance. Car en 1985, les médias ne parlaient pas encore de relaxation. Neuf personnes sur dix ignoraient donc totalement de quoi il s’agissait.
C’est sans doute ce qui m’a incitée à raconter des histoires lors de cette séance initiale, pour détendre l’atmosphère. On comprend d’une manière différente quand on écoute des histoires.
Trente ans plus tard, la plupart des gens ont déjà entendu parler de relaxation. Il m’arrive donc, lors d’une séance individuelle, de commencer directement sans donner aucune explication. Celles-ci viennent naturellement au fur et à mesure des rencontres.
Voici les quelques histoires, simples et informelles, que je racontais lors de cette première séance pour donner un aperçu de ce que nous allions faire lors du cursus.
Les cercles de notre famille
On pourrait décrire l’homme – un homme ou une femme – de cette manière : au centre, un point ; on trace un premier cercle, c’est le cercle du corps, un deuxième cercle, c’est le mental, un troisième, ce sont nos émotions, un quatrième…
Le corps s’exprime par des messages qui s’appellent des « sensations ». Cela semble très évident, pourtant beaucoup de personnes ne perçoivent plus clairement leurs sensations. J’entends régulièrement : « Docteur, je suis mal dans ma peau. » Le patient essaie d’exprimer par là un état de malaise. Il n’entend sans doute pas qu’il dit : « Je me sens mal dans ma peau », autrement dit : « Je ne perçois plus les sensations à l’intérieur de ma peau. »
Ce qui est à l’intérieur de la peau, contenu et limité par la peau, est le corps.
En revanche, nous connaissons fort bien nos pensées. Je ne sais pas si l’on doit dire que « nous pensons toute la journée » ou bien que « ça pense toute la journée ». Nous sommes devenus une civilisation du mental. Ce que je suis en train de faire depuis le début de cet ouvrage est de l’ordre de la pensée. Il n’est cependant pas dit que nous utilisions correctement celle-ci. Si nous en croyons nos concitoyens, ce qui fait le plus cruellement défaut à l’heure actuelle est le bon sens.
Nous ne sommes pas des surdoués de l’émotion, mais quand même, nous considérons que nous savons ce que c’est. Tiens… êtes-vous capable de nommer cinq émotions ? Ce par quoi se manifeste l’émotion est un état. Vous souvenez-vous de l’état dans lequel vous mettent ces émotions ?
Le quatrième cercle, quel est-il ? J’aime beaucoup la manière qu’a la pensée indienne de le décrire : « Ce n’est pas, ce n’est pas », Neti, neti. Ce n’est pas notre corps, ce ne sont pas nos pensées, notre mental, ce ne sont pas nos émotions. Que reste-t-il ? Un croyant occidental prononcerait le mot « âme », un bouddhiste « esprit », un Chinois chi, « énergie », un généticien évoquerait peut-être l’ADN des chromosomes. On aurait aussi envie de répondre « je ». Quel que soit le mot, cela est. En fait, tout cela est « je », « moi ».
Maintenant, imaginez que ces quatre cercles sont vos enfants, votre famille. Vous en êtes le père ou la mère. Et l’un de vos enfants se manifeste à vous constamment : votre mental. Continuellement, toute la journée. C’est votre enfant gâté. Que vont faire les autres ?
Quand on pose la question dans un groupe, diverses réponses fusent. Certains disent timidement : « Rien », d’autres : « Les autres enfants vont être silencieux », d’autres encore : « Ils ne sont pas contents ».
Nous savons tous maintenant que, dans une famille, les enfants dont on ne s’occupe pas attirent l’attention, d’abord gentiment, puis rapidement de façon dérangeante. La situation peut même gravement dégénérer.
Vous ne sentez pas votre corps ? Eh bien, il va faire en sorte que vous le sentiez. C’est simple, il va vous faire mal, s’exprimer par la douleur. « Mon corps se venge », m’a-t-on dit.
Vous avez oublié l’existence de vos émotions, vous ne savez pas les reconnaître ? Elles vont vous étouffer, vous serrer la gorge.
Et le quatrième cercle, que j’ai convenu d’appeler le « sans-nom » ? Certains patients se plaignent de « mal-être ». Ils n’entendent pas le mot « être » dans ce qu’ils prononcent. Et si vous souffrez de « mal-être », il va vous être conseillé d’y penser.
Cette méthode de relaxation vise donc à apprendre à prendre conscience, à reconnaître et différencier les messages du corps, ceux de la pensée et des émotions. Elle permet d’appréhender également ce que j’ai convenu d’appeler le « sans-nom ».
« Au front » versus « au fond », ou la vision de l’aigle et celle du ver de terre
Je trace un nouveau cercle. L’intérieur de ce cercle, c’est « moi », et à l’extérieur, il y a la vie, le monde.
Que se passe-t-il pour la plupart d’entre nous ? Nous sommes continuellement « au front ». Parfois, c’est agréable, il y a du soleil, de la joie, de l’amour. Et puis, souvent, la situation se gâte, c’est la bataille de la vie et ça devient fatigant d’être au front. On souhaiterait le quitter, mais on ne sait plus comment faire.
Les petits enfants ont une faculté étonnante. Ils jouent dans leur chambre avec leurs amis, puis, tout d’un coup, ils s’arrêtent. Ils commencent à regarder sans voir comme s’ils regardaient à l’intérieur d’eux-mêmes, « au fond », et deviennent absents à l’extérieur. Cela dure quelques secondes, peut-être une ou deux minutes. On dirait qu’ils « décrochent ». Et puis, soudainement, ils reviennent dans l’action, au front. Ça se fait régulièrement, naturellement, chez tous les petits enfants, et ainsi chacun d’entre nous l’a déjà expérimenté.
On pourrait prendre l’exemple d’un bateau. Il fait beau, le ciel est bleu, on est sur le pont au soleil. Mais lorsque la tempête se lève sur la mer de la vie, notre voilier se trouve dans des conditions bien précaires, voire dangereuses. Parfois, c’est une vraie tornade, même un gros vaisseau aura du mal à maintenir le cap. Le sous-marin, lui, descend dans les profondeurs de la mer, là où règne le calme, en attendant que les choses s’améliorent en surface.
C’est l’une des choses que l’on va apprendre au fur et à mesure de notre parcours.
C’est Arnaud Desjardins, un grand sage français, qui racontait cette histoire merveilleuse. Vous êtes au cinéma, vous assistez à un film. C’est magnifique, il y a de l’amour, de la joie. Mais ça se gâte souvent. Il peut y avoir des turbulences, des balles qui sifflent. Et pourtant, à la fin du film, l’écran est toujours vierge…
Peut-être que l’enfant sait naturellement revenir au niveau de l’écran.
Voici un dernier exemple, celui de l’aigle et du ver de terre1. L’aigle est un oiseau singulier qui vole très haut, dans de vastes espaces. Il a une grande envergure de regard et de conscience, mais il peut aussi se focaliser sur un animal minuscule et fondre sur lui en un instant. Et puis on imagine un ver de terre qui connaît sans doute parfaitement bien son brin d’herbe, ainsi que les brins d’herbe voisins, mais avec une vision, somme toute, assez limitée.
Avons-nous envie de découvrir davantage l’expérience de l’aigle ?
Dans les groupes de relaxation, il y a généralement peu de questions à la fin de cette balade imaginaire. Celles-ci viendront au fur et à mesure des semaines et de la découverte de l’itinéraire.
La première séance est donc une séance générale. C’est une sorte d’« état des lieux ». Nous allons essayer de voir si nous ressentons nos sensations.
Arrêtons-nous précisément sur ces deux mots, « voir » et « sentir ». Voir s’adresse à l’extérieur, sentir à l’intérieur. Nous sommes constamment en train de mélanger les termes. Je les ai gardés à dessein car beaucoup de personnes, lors des premières séances, « voient » leurs sensations ou pensent à leurs sensations, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas encore dans le monde du ressenti.
Je me souviens d’une patiente de 19 ans qui avait fait un cycle entier de relaxation et qui, lors de la dernière séance, alors que nous échangions sur nos expériences, a tout d’un coup pris conscience qu’elle voyait ses sensations depuis le début. Elle a donné cette image d’elle assise au-dessus d’elle-même, en train de contempler son corps qui était supposé ressentir les sensations. Lors d’un deuxième cycle, elle a saisi ce qu’était ressentir.
En revanche, un sportif, qui a l’habitude de l’exercice physique, sent dès le début ses sensations.
Présentation de la séance
On est assis sur une chaise ou dans un fauteuil. Nul besoin d’être allongé pour sentir. Le corps vit, émet, que l’on soit assis, debout ou couché.