Eduquer pour la santé autrement

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Les sept propositions pour des pratiques alternatives d'éducation pour la santé reposent sur l'expérience des auteurs et tirent leurs principes des applications de terrain. De nombreuses références de travaux sont signalées pour inciter le lecteur à en savoir plus. Sept propositions à l'image d'un « chemin de crête » sur lequel il faut éviter de se laisser emporter par l'une des deux pentes : une pratique d'éducation pour la santé comme une nouvelle forme du contrôle de la vie des individus ou une pratique d'éducation pour la santé légitimant toutes les conduites individuelles sans souci des enjeux collectifs et sociétaux. Chaque proposition est une invitation au débat pour fonder une réflexion collective en éducation pour la santé.
Publié le : vendredi 17 juin 2011
Lecture(s) : 311
EAN13 : 9782304013825
Nombre de pages : 121
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Éduquer pour la santé
autrement Omar Brixi, Rémi Gagnayre,
Patrick Lamour
Éduquer pour la santé
autrement
Propositions en appui aux pratiques
alternatives à l'œuvre
sous la relecture de Alain Lamour

Essai d’actualité
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© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

© Illustrations de Mickaël Serré
ISBN : 978-2-304-01382-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304013825 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01383-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304013832 (livre numérique)
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7 PROPOSITIONS… POURQUOI ?
Le mouvement de professionnalisation de l’éducation
pour la santé en France est une opportunité pour débat-
tre de la place des pratiques alternatives
Des choix alimentaires aux habitudes tabagi-
ques, de la consommation d’alcool à celle de
substances psycho actives, de l’exercice physi-
que aux pratiques sexuelles à risques, les nor-
mes et les recommandations envahissent notre
quotidien : autant de nouvelles façons de se
nourrir, d’échanger, de vivre, d’aimer, et finale-
ment… d’être. Oscillant entre l’humour et la
peur, la diffusion d’informations et les mises en
garde sont utilisées pour promouvoir des com-
portements et des conditions favorables à la
santé. Comme on le sait, il est impossible de
dissocier ces normes ou ces recommandations
des influences idéologiques à partir desquelles
elles sont conçues ou maniées. Elles peuvent
servir aussi bien un individualisme inscrit dans
des rapports compétitifs qu’une recherche
7 Éduquer pour la santé autrement
d’équilibre entre l’épanouissement individuel et
le vivre ensemble dans des rapports solidaires.
De la mise en place des Conférences Natio-
nales et Régionales de Santé Publique, aux ré-
cents Programmes Régionaux de Santé Publi-
que (PRSP), intégrant les Schémas Régionaux
d’Education Pour la Santé (SREPS) ; de la créa-
tion d’agences nationales comme l’Institut Na-
tional de Prévention et d’Education pour la
Santé (INPES), la Haute Autorité de Santé
(HAS) ou l’Institut National du Cancer (InCa),
les évolutions récentes du système de santé fa-
vorisent le développement de l’éducation pour
la santé. Si elles s’avèrent inégalement présentes
sur le territoire français, elles connaissent ac-
tuellement un réel déploiement selon des évolu-
tions multiples.
Ces évolutions font apparaître de nouveaux
acteurs regroupés autour de l’éducation pour la
santé. Ils accompagnent la volonté de profes-
sionnaliser et de faire reconnaître cette fonction
sociale. Dans ce courant de légitimation atten-
du, la place accordée aux débats sur les enjeux
et des fondements de cette éducation ne semble
pas suffisante. En leur absence, le paradoxe
pourrait être alors de reconnaître des pratiques
peu débattues dans leurs véritables intentions,
avec comme conséquences les risques de
confusion ou de manipulation pour les person-
nes concernées. De plus, ce mouvement de re-
8 7 propositions… Pourquoi ?
connaissance peut occulter les pratiques qui re-
lèvent d’autres milieux sociaux sous l’impulsion
par exemple de bénévoles et, qui restent peu va-
lorisées alors qu’elles sont tout aussi importantes.
L’ambition de cet ouvrage est de participer à
ce débat. Cependant, si nous reconnaissons
l’importance des milieux associatifs non profes-
sionnels, leur contribution et spécificité ne se-
ront pas abordées. Nous nous intéresserons à
l’éducation pour la santé pratiquée par des pro-
fessionnels de santé. En effet, nous estimons
que ce mouvement souffre d’un manque de li-
sibilité et de crédibilité. Faute de pouvoir ré-
pondre à des définitions précises, faute de se
reposer sur une catégorie professionnelle bien
identifiée, faute de faire référence à des champs
théoriques plus explicites, l’éducation pour la
santé doit être questionnée sur les valeurs
qu’elle véhicule, sur ses objectifs, ses méthodes
d’intervention et ses modalités d’évaluation ain-
si que sur l’usage fait de ses résultats. Ces ques-
tions s’avèrent d’autant plus importantes que ce
mouvement de professionnalisation fait pro-
gressivement l’objet de “démarche qualité”, de
processus d’évaluation, voir d’accréditation des
structures ou programmes dédiés.
Sans remettre en cause cette volonté de re-
cherche de qualité, d’évaluation d’efficacité, il
nous paraît opportun d’interroger les pratiques
d’éducation pour la santé selon d’autres postu-
9 Éduquer pour la santé autrement
res que celles dominantes qui conduisent à juger
l’éducation pour la santé uniquement à l’aune
de preuves scientifiques dans un contexte for-
tement imprégné d’« evidence based medicine »
(la médecine par la preuve !).
Ce questionnement s’avère d’autant plus im-
portant que, tout en se professionnalisant,
l’éducation pour la santé telle qu’elle est dispen-
sée s’autorise et s’oblige :
– elle s’autorise des incursions dans l’intimité
des êtres et leurs liens sociaux les plus anciens.
Elle affiche des ambitions mais aussi des pré-
tentions : réduire la mortalité prématurée ; évi-
ter des comportements à risques ; développer
des compétences en santé ; faire évoluer les
personnes vers “toujours plus de santé”, de
manière explicite ou implicite ;
– elle s’oblige de ce fait à rendre compte de
ses résultats, de ses processus, des ressources
qu’elle mobilise ou revendique, des libertés
qu’elle prend ou sur lesquelles elle empiète au
nom du bien commun.
Ce contexte de reconnaissance nous offre
l’occasion d’interroger à notre manière, le
champ de l’éducation pour la santé et des prati-
ques qui en découlent. Cet appel à débat rejoint
la préoccupation de nombreux éducateurs pour
la santé.
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