Le bruit de la source

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Entre la certitude aveugle d’une surface immaculée et le chaos d’un scepticisme systématique je défriche mon sentier. Il a suffit d’un accroc dans la surface pour déclencher le processus de déconstruction.Déconstruire pour ma survie. C’est à dire déconstruire et construire dans un mouvement non dualiste et non linéaire de la pensée. Je ne me suis pas suffis à moi-même dans cette randonnée qui s’égraine au fil des 45 premières stations qui balisent ma voie. Ma compagne est exigeante, impitoyable, une montagne au sommet invisible qu’il faut gravir seul.Ascension toujours et parfois descente aux enfer. J’affronte les mystères et ne me pose nulle part assez pour replier la tension initiale, la vie, la vérité du cri des humains torturés par La Horde des morts vivants.
Publié le : samedi 9 novembre 2002
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EAN13 : 9782748122626
Nombre de pages : 307
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LebruitdelasourceJean Argenty
Lebruitdelasource
AUTOBIOGRAPHIE/M MOIRES (FICTION)' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2263-1 (pourle fichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-2262-3 (pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimØ telunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
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contact@manuscrit.comA Nathalie, ma femme, qu elle soit rØcompensØe !AVERTISSEMENT
Je dois à mon milieu naturel, à mes parents, mes
frŁres et ma s ur, ma femme et mes enfants, aux
rares amis que je me suis fait et à l ensemble de
mes lecteurs quelques prolØgomŁnes à toutes fins
que ceci ne soit ni nuisible ni vain.
Cetexte,commencØen1989,estlapremiŁrepar-
tie d un ouvrage plus Øtendu toujours en devenir. Il
s’agitd uneœuvredefictionmalgrØquelesperson-
nages qui s y agitent soient tous rØels. Certains ne
sont pas appelØs par leur vrai nom d autres si. Il est
clair que ces derniers pourraient à bon droit nour-
rircontremoiquelquesgriefssijenemettaispasau
clair les aspects les plus dØconcertant de ce travail.
Il se peut d ailleurs qu ils ne soient pas convaincus
par ce que je vais exprimer maintenant, auquel cas
j’en assumeraistoutes les consØquences.
Il s agit d une œuvre de fiction. Il m a fallu
longtemps pour le comprendre et m en convaincre
moi-mŒme. Il est vrai que cette assertion a de quoi
dØrouter tantilestvraiqueles"personnages"mais
aussiles"lieux"existentetsontnommØs,demŒme
quesontsurvenusles"ØvØnements"dontilestques-
tion. Alors quoi ?
Fiction ? Disons plut t tableaux d une exposi-
tionsivousvoulez. Monexposition. Qu est-cedonc
qu un tableau sinon une transposition de la rØalitØ ?
La rØalitØ soumise à un mouvement d introjection à
9Lebruitdelasource
quoi aident les sens, les six sens si l on veut bien
considØrer la conscience comme unoutilde percep-
tion de cette part de la rØalitØ interne qui veut bien
selaisserpercevoir. IntrojectiondelarØalitØ,puis,à
la rØalitØ, il lui arrive quelque chose à l intØrieur du
peintre, une dr le de cuisine ou d alchimie par la-
quelleelleressorttransfigurØe. Lepeintrenouspro-
pose cette transfiguration de la rØalitØ qui n est plus
notrerØalitØsiellel aØtØunjourmaisuneimagina-
tion de la rØalitØ vraie.
Toutcequisuitn estdoncpaslarØalitØmaisc est
la vØritØ. C est la vØritØ des mouvements, des pa-
roles, des cris de mon âme. C est la vØritØ de mon
histoire que je tente de peindre avec toutes les cou-
leurs dont ma palette dispose. Seulement de mon
histoire. Mon pŁre y est monpŁre,mamŁreyest
ma mŁre, et de mŒme pour mes frŁres et ma s ur,
pour mon Øpouse Nathalie et pour mon fils JØrØmy
et jusqu à B. qui est B. C est la vØritØ des person-
nagesetdeslieux,desØvØnements. C est mavØritØ.
10LAMOUCHE
La virginitØ de l absolue certitude n’a jamais eu
l’heurdebaignerdesajuvØnilecandeurlesalentours
de ma conscience. Il fßt de tout temps comme une
t che de naissance à laurØe de ma supervision de la
rØalitØ, un hoquet qui se rØpŁte dansle discours pai-
sible et murmurant qui suit le cours du temps sans
mŒme ressentir qu il fuit devant le silence absolue
de la mort ou du nirvana. Il fßt, d aussi loin qu il
m’en souvienne, une vertigineuse et soudaine inva-
gination dans le plancher de mon " peu prØs". J ai
toujoursenviØlabŒtetranquillitØdesgensordinaires
etmon dØsir lepluscher maisaussilemoinssimple
fßt d Œtre ordinaire aussi pour ne plus sentir la dou-
leur inexplicable de mes sensations.
Ainsi qu il appara t je ne puis dater l origine du
doute mais j y Øchappais longtemps par dilution
parmi des Œtres de ressentiment dont le doute aussi
troublait la quiØtude mais qui, dØsignant l origine
de leur souffrance dans l’exploitation ØhontØe de
l’hommeparl homme,sevidaientainsidanslalutte
deleursmisŁresintestinales. Lacertitudecollective,
immense et raide comme l architecture de Le Cor-
busier, prend alors le pas et pose les scellØs sur le
questionnementexistentiel,leprimatidØologiquede
la lutte des classes Øcrase toute prise de conscience
individuelleets envacommetoutprimatpØterplus
haut que le firmament.
11Lebruitdelasource
Ainsi firent, aussi loin que je le puisse voir, mes
a eux patriarcaux jusqu moi. J’hØritais de leur en-
gagementpolitique,deleurirascibilitØetdeleurnØ-
vrose d angoisse. J hØritais de leur solitude, de leur
misŁre, de leur temps d amour sacrifiØ ; mais pour
monmalheur,carilsytrouventunecertainegloireet
un confort certain ces Œtres du troupeau à mugir en-
semble contre le cholØra historique, pour mon mal-
heur, dis-je, les scellØs furent impuissants à conte-
nir la morbiditØ lancinante de cet autre quiexprime,
frayant aux limites de la certitude de mØchantes lØ-
zardes,lesoup ondanslarectitudedeslignesimpri-
mØes. J eus beau faire, la voix chronique du doute
lisait sur le fond de ma conscience le texte ininter-
rompudeladuperiequinoustorddepuisdessiŁcles
peut-Œtre de hontes et de souffrances.
Je me laissais glisser dans l action militante de
fort bonne heure comme s il fßt de la nature des
choses et de moi qu il en fßt ainsi : je suis nØ com-
muniste. A quatorze ans, je pris le manteau de mes
pŁres et ma carte aux Jeunesses communistes, je
m en fus dans la rue parmi mes camarades gros et
grand d une Histoire sacrØe, projeter sur le bour-
geois, sur le capitaliste, le fardeau de ma culpabilitØ
inconsciente, la fiente de ma haine, la question mi-
sØrabledemonamour. "Lestourmenteursdumonde
les voici" ! disais-je à des tas de jeunes gens que
je devais convaincre de la responsabilitØ de l autre
carjecourraisaprŁslesstatistiquesàpopulariserma
haine. Les Øcoutais-je jamais, Øcoutais-je jamais ce
qui se disait de moi par leur bouche ? L objectif du
troupeauestd anØantirlesoup on,c estbienconnu,
il a besoin de sacrifices humains depuis le Christ.
Il aligne tout depuis les idØes jusqu aux morts, de-
puis les murs jusqu aux potences, car il est le ter-
rible ennemi du courbe, le flou lui est un urticaire.
12Jean Argenty
"L irrationnel, comme la psychanalyse, est un reje-
ton de l idØologie capitaliste !" s exclame le trou-
peau apeurØ. Le Yin et le Yang peuvent exister à
conditionqu auboutducomptel’undesdeuxdispa-
raissecarlacoexistencepacifiquedesdiffØrencesne
sepeutconcevoirquetemporairement,tactiquement.
Letroupeauestl ennemiirrØductibledelasouplesse,
du compromis ; il est un homme de marbre, une
statue, une mort. Je ne sais pas, le saurais-je ja-
mais?,pourquoiledouteparvintmalgrØtoutàpous-
ser sa corne à travers le manteau si dur jusqu’à me
convaincre d abandonner le simulacre ?
JedoisvoirductØô de lacha nematernelle,dela
machine charnelle, de la hyŁne charmante.
Unjour je prisconscience d unØcran blanctrouØ
d’une mouche noire en son centre. Quel que fßt le
filmquisedØroulaitsursoninaltØrablelait,toujours
la mouche noire captait mon attention comme une
paroleàpeinechuchotØeharcŁlel oreilledequielle
veut Œtre entendue. La mouche bouffait sans cesse
deschosesdanslefilmetdecettepicturophagievient
que je ne pus jamais me distraire d elle et que dans
mavieellefitpleindetrouscommeunemitediabo-
liqueetnoiredansletissusd unerobedemariØe(La
mariØe mise à nu par les mites cØlibataires mŒme).
Dans ces trous de plus en plus nombreux tombaient
engriffantletissusmescertitudesdepacotilles,mes
bouts de tenant lieu, de leurs bords lacØrØe une in-
flammationdemaconsciencesepropageaàtelpoint
que je ne pus ignorer l angoisse intense dont je cre-
vais. Tout fou l camp, la vie se vide de sa colique
dansune chiasse frØnØtiquement lancinante.
Un autre jour, plus tard dans ma jeunesse ajou-
rØedeperforationsmalignes,jevoulusŒtreaimØpar
une jeune et belle communiste ; elle avait desseins,
des cheveux noirs Øpais comme un continent, elle
avait tant de choses. Et puis elle me parlait, elle me
regardait avec ses yeux et je me voyais aimable !
13Lebruitdelasource
Mais je vis aussi qu un infranchissable sillon tracØ
par quelque soc magique me sØparait d elle qui de-
venait une nymphe lointaine interdite à mon dØsir
de jeune homme ; quelque chose comme un pan du
temps brisØ avait tranchØ profondØment ma veine
amoureuse, jusqu l os. Elle Øtait tout pour moi
dont le dØsir demeurait invisible pour elle qui me
parlait comme à un confident, j avais dØj la fibre
psychologiqueencetempsl . MesentrailleslestØes
demØlancolietra naientausol,laterresousmespas
enbouesetransformait,jem enlisaisdanslavacuitØ
demonâme,desmorceauxdemoipalpitaientdedØ-
tresse dansle moindre recoin de France.
Avant elle, avant la brune latine aux mamelles
archØtypales, bien plus ttô dans mon archØologie
amoureuse, je fis de trŁs loin un signe de la main à
unepetitefillequejamaisdemaviejen airevue,que
jamaisnonplusjen aicessØd’aimer. Elleaussiavait
tantdechoses: deuxnattessombresetdesyeuxqui
m Øchappent. Elle est mon amour isolØ du monde
rØelparunsilloninfinidanssaprofondeur,unepierre
sombre, une mouche sur le lait.
Unjour,jemepromenaisauborddelamort etje
vis…
14L A NGE
Je ne commence pas ici mes mØmoires… je me
les restitue.
Cetravailestlasolutionfinalepourmonjuif,mon
Ange noir. Cette entreprise de terrassement je la
veux mener à bien car nul rØsultats ne point de mes
cogitations abstraites, pas plus que de mes lamen-
tations muettes ne fleurit une solution, il n en vient
quedusec. Lesmotsglissentàlasurfacesansaccroc
de mes maux, ils s Øpuisent et meurent, dØvitalisØs,
sucØs jusqu la moelle par la mouche, par l Ange
hØmophage. Jusqu’alors je me cherchaisdansla lit-
tØrature philosophique ou psychologique comme un
pŁlerin des montagnes cherche avec son b ton un
champignon sous la mousse ; il y a des montagnes
jusqu l infini du monde, autant que de chardons
pour l ne. Je cherchais le mal et l’origine du mal,
le remŁde et l issue, la consolation dois-je avouer,
comme un baume miraculeux. Le plus difficile sera
de ne point cØder à la tentation littØraire car de cette
concession peut na tre, à force de n Œtre lu que par
moi-mŒme, la frustration de la non-reconnaissance
etparlàduressentimentenversmoiquin auraitrien
tentØ pour atteindre l autre par ma prose ; à ce mo-
mentl lacoupeserabuejusqu àlalie,ilenserafait
de mon amour-propre, ce jour l narcisse pourra se
lire dans les deux sens.
15Lebruitdelasource
crire, c est faire oeuvre crØatrice dans tous les
cas mŒme si le but n est pas d Œtre lu par d autres
mais uniquement par et de soi. Me lire peut, c est
une hypothŁse, signifier m Øtudier en tant qu un
autre que moi, ici et maintenant. J ai l intuition
qu Øcrire, m Øcrire, peut transformer l Ange noir
en papier noirci et qu ainsi suØ par l imprimante
je n aurais plus qu le jeter par delà moi comme
un dØchet ou un virus enfin extrait de la cellule
malade. De cette crØmation purificatoire, de cette
extrŒme onction de l’Ange il devrait s inscrire dans
ma chair et dans mon esprit comme l Øquivalent
d une mØtempsycose autopo Øtique.
La premiŁre question est donc de savoir pour qui
j Øcris et…
...qui Øcrit pour qui ? Il n y aura pas trop de tous
lesdØveloppementsquivontsuivre,yaura-t-ilmŒme
assez queriennesubsistedudoute? Jesuiscomme
un mineur de la photographie tombØ sur un bon fi-
lon, d Øpreuves en Øpreuves je dØcouvre et je m ex-
tasie. JedoisdiredØj quelestempss entremŒlentet
s entre-dØvorent,quelesplanssedØcouvrentetsere-
couvrentcarMOIestdepuislongtempsdØj devenu
TOI.Je ne saispluslequel delaplageou de l ocØan
monteàl assautdel autre, aØcumetoujours. Dans
Toi je me dØverse, je m ensemence malgrØ le doute
qui me ronge qu rena tre ainsi il se puisse jamais.
Me sens-tu bien ici, je visite ton corpuscule herma-
phrodite.
L’idØe d Øcrire ce qui fßt un journal puis autre
chose n’est pas nouvelle car je tra ne depuis long-
temps cette maladie sournoise pour laquelle je n ai
pasdenom. Desfilsj enaitirØdestasquipendaient
aprŁs moi nØgligemment mais jamais encore je n ai
coupØlebonbout,celuiaprŁsquoilamaladietra ne
saflemme,lourdecommeunnotaire. J aidØjàcom-
mencØsanslefaire vraimentunesorte de journal ti-
mide. Fastidieuxd Øcrirechaquejoursurmoi-mŒme
16Jean Argenty
ne serait-ce qu une courte page d Øcriture. La pa-
resse n est qu un prØ-texte sans doute, autre part
d’autresfreinsd unenatureØtrangeagissentsurmes
motivations en gØnØral et sur celle-ci en particulier.
Des images de mØduses me parviennent de quelque
fin fond oø cela se trame. C est que le sensprofond
quejedonneàlachoseesttrŁsdiffØrentaujourd hui
d’alors: je m extirpe oubienj enail intention.
L INTENTION
D oø vient cette idØe incongrue de m extraire
par moi-mŒme de cette infracture oø je suis brisØ ?
Est-ce l’absence de nom de dame Maladie ? Et ma
motivation alors serait uniquement, par Jupiter, de
lui en trouver un qui lui sied ? P le raison pour la
dØshabiller mais si l ON m a blessØ en quelque en-
droitsensibleaupointd avoirl impressiond infuser
dansuncosmosglacialjeveuxqu ellesoitnommØe
à seule fin de pouvoir par-del moi la jeter comme
j’ai dit. Cette Øcriture que tu lis je te la jette aux
yeuxcarmonregardd amourn apastrouvØdevoie
plus humaine que cette violence que je te fais. Tu
escetteidØed’Øcrireet,voiscommelesexpressions
populaires sont expressives à souhait, je m ouvre
toi… et de cette Øventration solennelle jailliront
peut-ŒtredeshorreursinfiniesetdesjoyauxcØlestes
mŒlØsensembledansune girationcorpusculaire.
Je cherche MA langue pour l intention. Je suis
devanttoiàdØmŒlermalanguedelanguesØtrangŁres
dontj ailabouchepleine,c estunegrossemouillade
dejargonsdontcertainsobsolŁtesm’obsŁdentetme
trahissent. C est aquim’usel interstitielespaceoø
messensterencontrent. ONmecoupelaparoleavec
desverbiagesdepotachesassassins,ONmeligature
la tripe, ON me charcute la parole de ce qui d elle
dØpasse et dans l espace crØØ de l inØdit.
17Lebruitdelasource
Lorsque je me mets à parler de moi, c est arrivØ
lorsd unstageoøl usagevoulaitquel’onmouillesa
personne dans la tasse commune, c est un dØsordre
extrŒmequejeressensenmŒmetempsqu unedilata-
tiontrŁsangoissantedemonŒtre;jesusetjerougis,
j infuse comme j ai dit. Pour Toi, je suis un ThØ. Il
y aunpublic toujoursquivient assisterà ce thØ tre,
ceOneManShowchaotique,àcetteexhibitiondou-
teuseetdouloureuseunpeumasochistesurlesbords
delalanguequelecutterdesyeuxcisaillesanspitiØ.
Dans ce stage, le public d obØdience marxiste Øtait
un public favorable, dont c Øtait mŒme l objet de se
rØunir pour que chacun apprenne à parler de soi, se
livre et se dØlivre, ou croit le faire. Si j appris alors
uneseulechose,c estqu ilestextrŒmementdifficile
d admettrequej aiabsolumentbesoind obtenirque
l autrequelqu ilsoitetlaplupartdutempsunautre
queToirenvoieuneimagedemoiquejepuissemo-
difier pour lui plaire. C Øtait ici ma premiŁre le on
d Œtre: sØduire està labasedesrelationssociales.
Lavoil bienØclatantecetteintentionetcetteidØe
d Øcrire que j ai dit dØjà Œtre Toi. Vois-la, dØgouli-
nant de ce sirop muqueux, de cette moiteur de mots
mallavØs. LedØsir,l amourdel autre,Œtreunobjet
d amour, avoir le prix Goncourt ou le prix FØmina,
passer chez Pivot, Œtre reconnu enfin comme si, du
fa te de la Loi dØj nouseussionsdß l Œtre et qu en-
fin,parcequejelemØrite,monnomsoitportØauPi-
nacle d oø, de toute ØternitØ, il n eut jamais dß Œtre
descendu. L’idØe d Øcrire se sape comme une pute
pesantsonquintaldebeefsteakspourappara treetse
livrerauxsociØtalesm choiresdØgueulantesettØlØ-
visuelles. Non, Øcrire c est aussi la prostitution de
l intelligence. YØchappernepeutŒtregarantinipar
la gloire ni par le mØpris et pas davantage par l in-
diffØrence.
N est-il pas impur enfin de noircir des pages
blanches à longueur de temps en mØprisant femme
18Jean Argenty
et enfants, le confort, le repos et n Øcouter que ce
sourd mouvement quasi archa que au bout duquel
l’Øcritseproduitcommeunchuintementcontinu,un
suintement, comme un Øcoulement de bile noir tre
qui passe pour de l art ?
N est-il pas inique de prØsenter comme un ob-
jet fini manufacturØ ce qui pØniblement s’Øcoule du
pourrissement de la blessure et qui est de l avenir
tout ce qui est exclu, rejetØ, agonis, vomis mŒme ?
C’est pourquoi je voudrais ce travail sans dØbut ni
fin,sansorigineniaboutissement,quesavaleursoit
dansl ØternitØqu ilfautpourenatteindrelefond,car
le temps qui me traverse m accuse aussi de me pla-
giermoi-mŒme,demeroulerdansmaproprefange,
mamort,mamerdeetd Œtrepourlefaussaireuneco-
piequ ilreproduit. Moneffortestd Øchapperàcette
terrible accusation car l image de la mort est aussi
celle du temps et la rØpØtition tue.
Fuser enfin hors du bouillon, vers l azur Grec
d’HomŁre, comme une flŁche de platine.
Que je ne voudrais pas, et cela ne sera pas car
l’Ange veille, rØabsorber ma lie à quelque dØtours
depuislequel, enfin de moi-mŒme en oubli, je n’au-
raispaslafacultØdemereconna tre. Quelsentiment
d’horreur me saisit à cette Øvocation, quelle image
quidansl histoiredel espŁcerØsonnedansd atroces
rØminiscences. L’excrØment, la boue, la fange de
l’histoiredoit souligner l attrait delabelle prØsente,
en rehausser le ton, lui exciter les sangs afin d’Œtre
superbe.
N oublie pas la rupture, n oublie pas le placenta,
qu ils soient ta parure, ton incarnat ..…Toi
19LESENSDEL’AVENTURE
Sans arrŒt je parcours ma trace comme un chien
perdu, une inquiØtude me ronge, je soupire et me
plaint. La peur d Œtre dans l’erreur, l angoisse de
commettre un acte irrØparable qui viendrait encore
compliquermonproblŁmepsychologiquetendàpa-
ralyser mon acte. Je crains de perdre quelque chose
par inattention, de perdre de moi quelques sensibles
et indispensables parts dont l oubli consacrerait la
dØfaite de ma raison. Je crains de ne pas voir pas-
serdansle tamisl objetprØcieuxque je m attendsà
dØcouvriretqueparlàcepetiteffortsoitunegrande
catastrophe. IlenvademŒmeend autresoccasions
crØatricestellequele pasteletla musique, j y aibe-
soinderepŁres,d ungarde-fouque,bienentendu,je
ne saisni chercher ni construire. Intimement je suis
convaincu qu il n est pas raisonnable de vouloir un
guide pour ma main, un ma tre pour mes pensØes ;
devouloirletamissiparfaitqu’àlalimiteilneserait
pasd uniotadema volontØ quelavØritØs yØpuise.
Cette conviction oø je me hasarde qu il doit en Œtre
ainsi que le veut ma volontØ motive mon acte d in-
trospection car de ce besoin dØraisonnable le fond,
sans aucun doute, est l’expression d’une aspiration
rØelle mais inconnue de moi.
L’obsessionneditpassonnom,elleneparlepasla
mŒme langue, elle est invisible. Nos sens n ont pas
accŁs à elle et pourtant nous agissons par elle avec
21Lebruitdelasource
la mŒme impuissance qu une pierre qui dØvale une
penterencontreàchoisir,entouteconscience,leche-
minqu ellevaprendre. Lechoixestinterdit,jecrois
mŒmequ ilesttabou,carcequichoisinousestØtran-
ger, supØrieur, et nous sentons par avance sa colŁre
Øpouvantablement destructrice gonfler comme une
masse d ombre à laurØe de notre conscience tour-
mentØe. Ce qui nous commande avec tant de force
a le pouvoir de Dieu sur nous. Vouloir jalonner,
commeilestditci-dessus,n estriend autrequeprier
Dieu de bien vouloir nous envoyer un signe de Lui
nousassurantdurantnotremarcheainsiquel ontfait
Abraham, Jacob, Joseph et Mo se.
Donc,jesuisØgarØdansmoi-mŒmeetjechercheà
l extØrieur de moi des indications pour trouver mon
chemin. Puisque je ne crois pasen la manne cØleste
jelisdeslivresdepsychologiequimebarbentàcent
sous l heure et des ouvrages de philosophie qui me
paraissent aussi obscurs dedans comme dehors, et
vice et versa. Dans tous les cas et toujours j ai sus
quelasolutionØtaitailleurscarpersonnen aØcritsur
moi,surcetinconnuque pourmoi-mŒmejepersiste
àŒtre. EnadmettantmŒmequecefßtlecasilestcer-
tainqu ilnem apporteraitrienqu unautreaiteffec-
tuØcetravailsurmapersonnecarilmelaisseraitpour
l essentiel en dehors de lui aprŁs avoir cueilli dans
moi de la substance pour combler sa lacune comme
on pilleun arbre fruitier, brisant lesbrancheset ab -
mantl Øcorcefragileenneluilaissantquelesoinde
refleurir auprintemps. Ainsi fait-on despoŁtes.
Par ailleurs, conna tre une barre d acier, sa com-
position molØculaire et son poids, sa tempØrature
et son volume jamais ne sera suffisant à plier cette
barre, il y faut encore une action Ønergique. L ac-
tionsurl inconnuetlemystŁres appellel aventure.
Inutile de partir à Ushuaia pour trouver l Ømotion
et la dØcouverte, sans compter qu au niveau pØcu-
niaire c est quand mŒme plus abordable. Il me faut
22Jean Argenty
donc prendre le risque d une aventure incertaine et
pØrilleusetoutenprenantgardeauxsignespertinents
quimepermettrontdecommencermonpØriple,ainsi
j’adopterais une mØthode de prospection idoine en
avan ant au grØ du sens que je pourrais extraire des
dØterminations qui jalonnent mon histoire.
Etje suisl ØgarØ,celuiquise perditde confiance
en ses yeux, je vais aller comme un aveugle de soi
quiseguideuniquementausondesavoie,c estune
question de distance.
Pourquoi donc Ulysse est-il parti au loin laissant
son amoureuse PØnØlope dans la dØbine sinon pour
courir aprŁs ce qui lui manque de son nom ? Il
reviendra un jour tendre l arc de son pŁre pour en
occire adroitement un tas de couillons imbus d eux
mŒme, vaniteux et sales. Il reviendra, il sera grand,
il sera fort d avoir vaincu des adversaires terribles,
ilseraduretdroitd avoirbrßlØdansluilesillusions
malignes, d avoir ØtranglØ de ses mains celui qu il
croyaitŒtre;ilserasimpleetjusted avoirØprouvØla
petitessedumondequ ilpourraporterenluicomme
un trophØe. Ah, comme cela me ressemble ! Ah,
commecetarc,invisibleàmesyeuxestpourtantbien
rØel,bienrobusteetcombienilm attire! JeveuxŒtre
hØros !
23FATALITAS
Je ne pense pas qu il y ait dans ce que je nomme
maladie rien qui ne soit ordinaire sinon le contexte,
particulier seulement, dans lequel cette maladie
a pris une certaine identitØ d’insecte dans ma
conscience. Je note d’ailleurs que cette prise de
cce ne fßt nØcessaire que parce qu elle Øtait
inØvitable. InØvitable puisqu elle n’est pas le fruit
d’une tare individuelle, d une maladie congØnitale,
d’un dØficit de mon systŁme nerveux central. Mon
cerveau ne comportant pas de faille d oø l’on pour-
raitconclureàunedØbilitØouàunemaladiementale
exigeant le recours à une thØrapie lourde, coßteuse
et alØatoire il s ensuit que la responsabilitØ de ma
maladie m incombe. L environnement dans lequel
j’aiØvoluØ, qu’ilsoit familial,socialou intellectuel,
constitue la matrice singuliŁre qui me pose en tant
que particularitØ observable parmi les hommes aux
yeuxnondetousmaisdemoiseul. CettesingularitØ
de la matrice est nØanmoins vivante et ne suppose
pas que nØcessairement une particularitØ soit issue
d’elle. En consØquence, si je me considŁre comme
Øtant particulier dans le genre humain je n en suis
pas redevable à ma singularitØ historique mais à la
maniŁre parfaitement subjective dont j interprŁte
comme pathogŁnes desØlØments historiques dont je
suis toujours la victime.
25Lebruitdelasource
AinsidoncPOURTOUJOURSjesuishandicapØ
et malade de l agglomØrØ socio-gØo-politico-etc…
danslequeljesuisvenuaumondeetàtraverslequel
j ai grandi hors de ma volontØ, c est à dire sans que
mavolontØysoitagissante. LanotiondefatalitØme
semble la premiŁre chose importante que j ai Øcrite
ici. Elle me confirme cette fonction libØratoire que
j ai reconnuà l Øcriture car avant elle je n avaispas
consciencedecettefatalitØbienqu ellesoitagissante
en moi en permanence sous la forme obscure d une
altØrationdemonØlanvital,d undØsespoirlØtalØvo-
luant à bas bruit. Le flash Ømotionnel provoquØ par
l Øcriture de ce POUR TOUJOURS se traduit dans
l idØe Ønorme que la fatalitØ de l Øchec et de l in-
compØtence domine mon existence de part en part
à tous les instants que je vis, dans tous ce que j en-
treprends. Je suis de l incapable par essence, c est
par cela que je suis tendu d une tension qui me re-
croqueville. La fatalitØ est comme un plafond trop
basauquelseheurtelesommetdemapersonnemo-
rale. Ou serait-ce, par un renversement producteur
desens,quecesommettendàatteindredeshauteurs
Rabelaisiennes par quelques tentations induites par
undØsirinsoup onnØencoremaisdanslaproduction
duquel ma volontØ n a pas de place.
Mais ouvrons la poupØe gigogne…
Pourquoi les facteurs environnementaux qui
structurent mon existence sont-ils pathogŁnes ?
Bizarre car, si je m efforce un tant soit peu à l ob-
jectivitØ je dØcouvre que dans l ensemble ils sont
plut t favorables à un dØveloppement de la per-
sonnalitØ original et avantageux. De les percevoir
commepathogŁnesdØmontrequ autrechose,ouque
d autres choses interviennent dans ma perception
qui me persuadent, sans que je sache ni pourquoi ni
comment, que la nature de ces facteurs naturels est
telle qu ils me g tent la vie. Je suis donc la proie
innocente d une sorte de raison sous-jacente que
26Jean Argenty
ma raison ignore, un diable sans vergogne occupe
ma maison, il est futØ le bougre. Quelque chose me
dit qu Øtant le produit de cet environnement là je
ne puis vivre sans souffrances et ce quelque chose,
qui possŁde le pouvoir exorbitant de dØcrØter la
normalitØ des choses, justifie cette terrible assertion
en dØsignant comme pathogØnique l environnement
dans lequel j ai grandi ; partant, il dØfinit comme
pathologique mon histoire personnelle, ce qui, je
dois l avouer, m embŒte beaucoup mais me rassure
d’autant.
Oø donc chercher ce oø ces ØlØments qui me si-
gnifientmaperte,quelleestl espŁcedecetteØtrange
raisonquidØcrŁteetquidicte? SijemerallieàGorz
AndrØdanssonlivre"letra tre",ilmefautinspecter
monenfancereculØeàlarecherchedumomentfatal
oø… mais je ne suis pas Gorz ! Je ne me retrouve
en lui que par ce vØcu de nullitØ reproduit de fa on
permanenteautraversd actesavortØs,d actesannu-
lØseneux-mŒmesquirenforcentainsietluiprouvent
son impuissance d exister qui est la mienne aussi ;
un vilain chewing-gum nous colle aux pattes à tous
deux. Riennem assurequel originedumal-Œtresoit
invariablement situØ au mŒme endroit selon des pa-
ramŁtressemblablesdØslorsqu unecertaineparentØ
affective est reconnue entre deux personnes. Aussi
dois-je me mØfier du recours à M. Gorz AndrØ ainsi
que de l inspiration que je croirais trouver dans la
lecture des auteurs quels qu ils soient. Je me dois
deb tirunsystŁmed analyse quiprennemesdØter-
minations comme hypothŁse de travail et qui utilise
mes possibilitØs propres.
Je vois là le dØbut de mon philosopher comme
une nette incision faite au scalpel du doute dans le
cuir griffØ dØj par endroit de ce qui me tient lieu
de conscience. Ce qui de moi use de cette lame en-
coresimaladroiteesticipleinderageetderessenti-
ment,illuiresteencorebeaucoupdelabŒteinquiŁte
27Lebruitdelasource
qui de ses griffes impuissantes essaya de se libØrer
d un carcan de fer. Ces efforts vains et douloureux,
je les reconnais comme le philosopher morbide du
tigrequitourneenrond,Øperdudanssanaturepuis-
sante de tigre, nature qui le saoule, le drogue et agit
contre elle-mŒme. Plein de dØsespoir il finit par se
coucher au fond de sa cage en attendant la mort en-
fin libØratrice. Le philosopher du scalpel appelle la
technique de la main outillØe pour un ouvrage prØ-
cis, il crØØ de la mØthode et produit du sens car il
s attaqueàlamatiŁrequipeutŒtreentaillØeparluià
condition…qu ils attaqueàcequirØsisteetquipar
sa rØsistance mŒme dØcouvre au scalpel qu il peut
Œtre incisØ par lui. Mon philosopher commence par
laquŒtedel outilquiestdØj l expressiond unevo-
lontØprofondedemodifierl orientationdel histoire
du sujet pris dans un rail invisible. Le philosopher
que je vois s arme de lui-mŒme, il se fait le scalpel
propreàl ouvragequ ilrŒve,ilestdØj lamodifica-
tion, il est dØj la rupture.
28AUTOPOˇ¨SE
Voyez un immonde et pestilentiel marØcage oø
se c toient pŒle-mŒle, dans la nature inhospitaliŁre
mais naturelle malgrØ tout, des monstres informes
faitdebricetdebrocramassØssansdesseinapparent
danstouslespassØs;depuisdespassØstrŁsanciens,
mythiques mŒme, à ceux qui collent au cul du prØ-
sent;despassØsdel entre-deuxconcassØdumoyen
âgeaufuturpasteurisØdelasoi-disantculturecyber-
punk.
Voyez, lecteurs Øclectiques, une jungle organo-
plastichotique se dØployant dans le landscape wag-
nØrien de nos campagnes abandonnØes à la friche ;
voyez un rØseau touffu, inextricable, fait de nerfs
et d acier, de c bles de chair et de racines sombres
plongØes dans la masse Ørotico-lunaire des dØlires
parano aques, imaginez un chaos d os et de bronze,
de bØton p le, froid.
HØmatopo Łse !
Pourquoi ce trac dans une affaire pour laquelle,
somme toute, je n avais à me faire aucun mauvais
sang ? Voici une situation exemplaire, du vØcu
comme on dit, oø l un des sympt mes majeurs
de la maladie sournoise appara t avec tout son
embrouillamini psychique. Je l ai choisie pour les
multiples infØrences qui s y expriment, pour sa
valeur nodale dansla trame de mon existence.
29Lebruitdelasource
J Øtais sur le point de passer un test d Øvalua-
tion dans le cadre d un stage de coffreur en bØton
armØ auquel j allais participer trŁs prochainement.
Le ch mage un peu et la vie maritale beaucoup
m avaient contraint de me remettre à quai et de
renouer par devoir avec ma qualification de ma-
onnerie initiale. Je devais Œtre embauchØ pour
participer à la rØalisation de la premiŁre tranche du
mØtro toulousain.
Oui,monsangetmasueurparticipentdecegrand
ouvrage vermiculaire, ma peine et des pleurs aussi.
Celan avaitrienàvoiravecunconcours,cenepou-
vait Œtre un obstacle à mon embauche future et en-
core moins au stage de formation qui la condition-
nait. Ces messieurs les animateurs avaient simple-
ment besoin de conna tre le niveau des uns et des
autres afin de commencer la formation du groupe
selon une moyenne desconnaissances techniqueset
thØoriquesdesci-devantstagiaires. Aurisquequele
lecteur trouve que je rab che, je le rØpŁte une der-
niŁre fois : risques = zØro. MalgrØ cette certitude,
dont tout laisse à penser qu elle n est qu un trompe
couillon puisque le zØro ne concerne qu une par-
tie ØmergØe des risques, j angoissais un maximum.
J aurais ØprouvØ sans en Œtre troublØ plus que cela
le lØger stress du timide qui va se trouver face à de
nouvelles tŒtes, ça je connais, mais c est une Ømo-
tion proche de la panique qui se manifestait et qui
m induit alors à rechercher systØmatiquement l ori-
gine de mon malaise, les souvenirs dont cette ori-
gine procŁde car elle ne peut en aucun cas Œtre is-
sue de rien. Je voulus aussi rechercher, cela va de
pair mais suppose d’accØder à un certain niveau de
comprØhensionduphØnomŁne,quelledØtermination
objective y sert de porte-greffe, quelle di
objective y autorise la fixation du complexe d idØes
d oø na t le malaise.
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