Le Manuscrit d'Héliotrope

De
Publié par

Le Manuscrit d’Héliotrope est une version développée de feuillets griffonnés par un auteur hermétiste non identifié. Le second texte concernant la conscience fait suite au livret Corps-Âme-Esprit par un philosophe publié en 2002. La croix grecque conjugue l’art et la philosophie sur un des plus anciens signes dessinés par l’homme, et donne à méditer la juste mesure pour atteindre l’équilibre, idéal de vie.


Publié le : lundi 15 décembre 2008
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782356621160
Nombre de pages : 144
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
img   

À la mémoire d’Henri Coton Alvart.

Pour Geneviève.

Du même auteur chez le même éditeur

– Articles dansCes hommes qui ont fait l’alchimie au XXesiècle, 1999, etLes Nobles écrits de Pierre Dujols et de son frère Antoine Dujols de Valois, 2000.

– Préambule àLa Génération et Opération du Grand-Œuvre pour faire de l’Or(anonyme) : un manuscrit peint du début du XVIIesiècle, 1999.

– Propos sur « Les Deux Lumières » de Henri Coton-Alvart, suivis de Fragments d’hermétisme et de ses contes philosophiques, 2001.

[corps-âme-esprit] par un philosophe, 2002.

Correspondances astrologiques, 2003.

– Préface auSolidonius, manuscrit du XVIIIe siècle orné de dix-huit splendides aquarelles, 2003.

Du Bestiaire des alchimistes, 2003.

Contes philosophiques, 2005.

Au gré des jours, méditations philosophiques, 2008.

Du même auteur

Vent du soir (contes et récits),éd. 1989.

Lumière d’automne (contes et nouvelles),éd. 1992.

Escales de songe (contes et dialogues),éd. 1994.

Le sentier des âmes, éd. 1995.

Terre et Mystique, éd. 1996.

© Éditions Le Mercure Dauphinois, 2011

4, rue de Paris 38000 Grenoble – France

Tél. 04 76 96 80 51

Fax 04 76 84 62 09

E-mail : lemercuredauphinois@wanadoo.fr

Site : lemercuredauphinois.fr

ISBN : 978-2-35662-008-8

Henri La Croix-Haute

Le manuscrit d’Héliotrope

Le manuscrit d’Héliotrope suivi de Âme et conscience et de La croix grecque, symbole de l’Équilibre

Éditions Le Mercure Dauphinois

Le manuscrit d’Héliotrope1

« Il n’y a pour l’homme que trois événements : naître, vivre et mourir.

Il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre. »

LA BRUYÈRE

Le va-et-vient entre le monde où nous vivons et celui que nous pressentons est une aventure d’ordre spirituel, tel le voyage des Argonautes à la recherche de la Toison d’or. Le cordage qui nous relie est celui de la prière qui monte et de la grâce qui descend. En s’élevant la longueur se réduit, et l’ampleur des vibrations est plus forte ; en y plaçant un chevalet à bonne hauteur on obtient l’harmonie de la gamme de Pythagore. Les symbo­les sont des chevalets permettant d’approcher l’invisible qui dépasse l’entendement commun et d’orienter notre vie vers l’équilibre cosmique par le travail et la prière.

Après avoir pesé les philosophies issues du spiritualisme de Platon, du matérialisme d’Aristote et de leurs nombreux disciples, l’agnosticisme crut apporter une solution fondée sur « ce qui est inaccessible à nos sens est inconnaissable par la pensée ». Or, le criticisme de Kant, le positivisme de Comte, l’évolutionnisme de Spencer ne résistent pas au témoignage des mystiques ! C’était l’avis de Bergson :« De tout ce que j’ai écrit sur la mise en lumière de la liberté, la réalité de l’esprit, le fait de la Création, se dégage nettement l’idée d’un Dieu créateur et libre, générateur de la matière et de la vie, dont l’effort de création se continue par l’évolution des espèces2»Si chacun peut constater le cycle de l’existence : naissance, mission, mort, au-delà, quelques-uns ont réfléchi à l’évolution de la personne humaine qui résulte essentiellement de l’élévation de l’âme. Le processus est semblable en hermétisme ; les phases mystiques recouvrent les opérations alchimiques ; les unes et les autres aboutissent au Christ symbolisé en alchimie par la pierre philosophale.

L’hermétisme, l’histoire, les philosophies et les religions fournissent les étapes du cheminement de la conscience sur une ligne de crête entre le visible et l’invisible ; quelques vocables en qualifient les étapes : l’Annonciation, le Baptême, la Mission, la Crucifixion, l’Ascension. Les degrés de cette évolution de la conscience correspondent à un périple initiatique de la naissance à la mort physique ; l’incomparable exemple que Jésus-Christ est venu offrir aux hommes de bonne volonté et son message évangélique comportent l’enseigne­ment ésotérique de la trajectoire de l’âme incarnée et du comment vivre sur terre. Toute âme subit les épreuves du périple ; l’image projetée par la pensée fait aborder à cette lisière parfois entrevue, mais que notre condition humaine nous permet difficilement d’atteindre sauf viatique d’exception qu’est la grâce divine. De vrais mystiques, des savants alchimistes ont transmis que renaître est l’ouverture à la transcendance et que l’artiste, de sa prière et de ses mains, vise à l’ascension de la conscience afin de percevoir l’éclairement spirituel.

« Les haltes du parcours y sont marquées des Quatre Éléments(Feu, Terre, Air, Eau), de la Geste sacrée de la vie de Jésus, des symboles de la colombe, des poissons, de l’âne, du pélican, du phénix et de l’aigle, extraits du bestiaire des philosophes et qui témoignent du lien entre l’alchimie et la mystique. »

La vie de l’être humain sur terre se déroule entre deux portes, sa naissance et sa mort. Avant et après« l’âme continue de vivre ». À l’échelle de son élévation spirituelle éventuelle, on y découvre :l’Annonciationqui est appel ;le Baptêmequi est préparation à l’éveil ;la Missionqui est prière, travail et épreuves ;la Crucifixionqui est séparation du pur et de l’impur, sacrifice ;l’Ascensionqui est sublimation et espérance.Chaque étape relève d’un des Quatre Éléments (Air, Eau, Terre, Feu, Air) et est qualifiée d’un symbole hermétique : la colombe, les poissons, l’âne et le pélican, le phénix, l’aigle.

De l’Annonciation

(la colombeet l’élément Air)

L’Annonciation est un phénomène métaphy­sique dont le signe de croix qui l’accompagne se réfère au pouvoir de l’Esprit. L’élément « Air » oblige l’homme placé debout sur la terre, à regar­der vers le haut ; le plus doué y voit lacolombequi accompagne un ange chargé d’un message.

Hormis l’annonciation de la naissance de Jean-Baptiste à Zacharie présentée dans l’arcature de mosaïque du Vesiècle en la basilique Sainte-Marie-Majeure, trois Annonciations sont à méditer : celle faite à la vierge Marie par l’archange Gabriel à la conception de Jésus, celle de Marie présentant l’enfant-roi aux fidèles, celle privilégiée à Marie-Madeleine par Jésus le lendemain de sa crucifixion. Il y a dans ces trois thèmes dédiés à la femme une correspondance divine, l’expression imagée d’une communication invisible, la traduction d’une lumière ineffable qui est substance de l’âme.

La première Annonciation l’est à une femme élue recevant humblement la grâce divine, les mains jointes, assise pour ne pas faiblir ou à genoux par respect du mystère. L’archange Gabriel, portant un lis, la salue. L’attitude raidie par la déférence et animée par la surprise traduit l’idéal maternel sur la célèbre fresque d’inspira­tion byzantine à Rocamadour3et dans les tableaux émouvants de Simone Martini4et de Bartolomeo Caponali5; de nombreux artistes ont traité ce thème et parmi les meilleurs : Léonard de Vinci6, Murillo7, Fra Angelico8, Raphaël9pour aboutir au Greco10qui sut donner à cette scène l’ample mouvement de la vie surnaturelle : lumière par touches alternées d’ombres, nuages dans la forme des robes, vol de l’archange dans l’espace, visage irradié d’extase de Marie qui reste sur terre avec un livre ouvert, une corbeille à couture et trois fleurs blanches… Pour ceux qui croient à l’intervention du Saint-Esprit à tout âge comme les apôtres le reçurent à la Pentecôte, n’est-il pas permis de penser sans faire un mystère de la conception, que Joseph fut le père de Jésus et que l’annonce à Marie prévoyait le destin extraor­dinaire de leur fils empli du Saint-Esprit lors de son baptême dans le Jourdain ? Ainsi Jésus-Christ était homme, né d’un père et d’une mère, puis, « né d’en haut » par l’Esprit Divin, comme il l’expliqua à Nicodème (Év. Jean, 3).

Jusque au milieu du XIIesiècle, le culte voué à la sainte Vierge occupait une place mineure en l’église catholique et dans l’art sacré, car selon les théologiens, Marie n’était qu’une femme choisie par Dieu pour donner naissance à Jésus et ne participait pas à La Trinité Divine. Au VIIesiècle à Ephèse, le concile proclama MarieTheotokos(mère de Dieu) afin de la substituer à la Déesse-mère toujours implorée par les hommes et parce que pour triompher de l’arianisme les conciliaires avaient divinisé Jésus. Puis aux XIIe-XIIIesiècles, confrontés à l’attachement populaire envers la Vierge Marie, les évêques durent en tenir compte en édifiant les cathédrales d’Occident dont la plupart reçurent la titulature de Notre Dame, terme alors suggéré par saint Bernard. Les artistes se passionnèrent pour traduire en peinture et en sculpture l’histoire de Marie, intercesseur privilégié des prières humaines ; s’inspirant des ivoires byzantins, de la statuaire grecque et de la représentation égyptienne d’Isis et de son fils Horus, ils présentèrent Marie, dans la continuité de Cybèle, Anahita, Sémélé, Isis, en mère et femme quasi divine, chargée de consoler des épreuves et d’obtenir des miracles (Rocamadour, Lourdes) : tenant l’enfant Jésus sur le genou ou le bras et de la main droite un lys, une ancre ou un livre, elle devint« une des plus touchantes créations du Moyen Âge », selon Viollet-Le-Duc, et fut appelée « Notre Dame de l’Espérance ».

La deuxième Annonciation est la plus proche des hommes et de tous les temps : le miracle de naître, magnifié quand il s’agit d’une femme « pleine de grâce » et d’un fils « messager divin » : la déesse-mère et l’enfant, Isis et Horus, Marie et Jésus. C’est l’exemple qui prescrit de participer à la Création par le sang ou par la conscience : « la Vierge à l’enfant » de Torcello, l’icône byzantine de Vladimir et les Madones auvergnates portant l’enfant sur les genoux. Cette présentation du Christ-roi aux hommes est une évocation de la synthèse du corps et de l’âme, la loi naturelle et la transcendance par l’Esprit. La maternité de Marie est triple : son fils Jésus, saint Jean à qui le Christ dit « Fils, voici ta mère11 », et les hommes qui s’adressent à elle comme à leur mère spirituelle pour exaucer leurs vœux et intercéder auprès de Dieu.« Il n’est pas de route plus sûre »,selon saint Pie X, et depuis les déesses-mères : Cybèle la galate de Pessinonte, Isis l’égyptienne, les Vierges noires de tradition celtique.

La troisième Annonciation a été représentée une douzaine de fois et le plus spontanément dans la miniature du psautier de Blanche de Castille (I230)12et dans « Le Christ apparaissant à la Madeleine » de Rembrandt (1638)13; la scène est bucolique, simple et poignante : la clarté magique qui éclaire la tunique blanche du jardinier, avertit Madeleine agenouillée qui se retourne, de la présence de Jésus : retrouver l’être aimé, crucifié et inhumé, qui lui parle et lui dit : « Ne me retiens pas. » Parce qu’elle était femme et par son amour la créature la plus proche de Jésus, Marie-Madeleine recueillit l’essentiel de son message ; pour avoir compris le symbole du parfum, elle méritait d’être la première des humains à le revoir « vivant » et à entendre ses paroles :« Va trouver mes frères et dis-leur que je vais monter vers mon Père »(Jean, XX, 17) ; le génie de Rembrandt a traduit l’intensité de ces retrouvailles par l’échange d’un regard.

Dans l’Annonciation, il y a symbiose de soi avec le personnage qui reçoit, et écoute décuplée envers le messager. La réserve de l’attitude pour se donner entièrement au moment, transcende l’être et ouvre son entendement. On ne démontre pas Dieu14, on Le prie, on tente d’approcher et comme les grands mystiques chrétiens, on apprend que la vie de l’âme« c’est croire en Dieu »et que« Rien n’est impossible à Dieu ». La Foi est confiance dans la certitude du magistère divin signifié par le vol dela colombe.

Du Baptême

(les poissonset l’Eau régénératrice)

Alors que les conciles de Nicée (352) et de Saragosse (380) édictaient l’Épiphanie (6 janvier, fête des rois et venue légendaire des mages15) pour le début de l’apostolat du Christ, la liturgie byzantine préféra choisir le Baptême de Jésus conformément à l’évangile joannique. Par la suite, la fête de Jean le Baptiste fixée au solstice d’été en substitution aux antiques fêtes du Feu, coïncida avec la plus longue durée du jour et symbolisa le zénith atteint par le soleil ainsi que la potentialité de régénération de l’être humain par l’Esprit saint.

Pour cette célébration du Baptême il est significatif de relire Basilide, disciple de l’apôtre Matthias et fondateur de l’école gnostique d’Alexandrie vers 120 :« Dieu envoya son Esprit, la première émanation de la Divinité, et il descendit sous l’aspect d’une colombe sur Jésus dans le Jourdain, Jésus ayant été jusque là un simple homme capable de pécher16»

Deux mille ans auparavant, un hymne du Rig-Véda17, « la bible des peuples aryens », chantait la force de l’eau en ces vers :« Que l’Eau me protège comme un remède, qu’elle emporte le péché que j’ai commis, le tort ou le serment mensonger que j’ai fait à quiconque… »Dans l’eau, réceptacle de tous les germes, réside la vie, la vigueur, la guérison, le rythme d’éternité.La coutume des Indo-européens et en particulier des anciens Celtes était de plonger leurs enfants, dès la naissance, dans les eaux froides de rivière18; à ce moment le druide leur conférait un nom.

En référence aux rites religieux de l’ancienne Égypte il était obligatoire avant d’entrer dans le temple de procéder à des ablutions dans une piscine ou un bassin. Si la prescription de propreté du fidèle témoignait du respect envers la divinité, il ne peut être omis le lien inconscient de l’homme à la première réalité cosmique que futl’eau indispensable à la vieet où évoluent des milliards depoissons.Le baptême égyptien consistait en une aspersion d’eau sur la tête du néophyte par le prêtre qui répétait quatre fois : « Horus, fils d’Isis, baptise d’eau et de feu » ; le nom de Moïse l’égyptien19signifiait « sauvé par l’eau ».

Aux premiers temps du christianisme, le baptême du catéchumène, à l’exemple du Christ qui avait commencé son apostolat en demandant à Jean le baptiste de le baptiser de l’eau du Jourdain, devint l’acte d’initiation indispensable pour accéder à la communauté des chrétiens. Saint Jean rappelle dans son Évangile20que « Si quelqu’un nerenaîtpas de l’eau vive et de l’Esprit Saint il n’entrera pas au royaume des cieux ».Le baptême par l’eau bénite ouvre l’entendement à l’Esprit divin, et prépare l’âme à s’éveiller pour commencer son élévation spirituelle.

Jean l’évangéliste a écrit à la fin de l’Apocalypse :« Il me montra un fleuve d’eau vive, claire comme du cristal, qui sourd du trône de Dieu… et sur ses deux rives des arbres de vie qui donnent douze fois leurs fruits et dont les feuilles servent à la guérison des nations»Est-il nécessaire de citer la vertu mystérieuse des fontaines qui guérissent, la pluie bienfaisante qui nourrit les arbres et fait croître le blé, les thermes dans lesquels les humains régénèrent leurs corps fatigués, car l’eau absorbe le mal.

Le carthaginois Tertullien (160-230), passionné de vérité, docteur de l’Église, après avoir vanté les propriétés naturelles et exceptionnelles de l’eau a explicité la vertu du baptême :« Pourquoi l’eau qui produit la vie de la terre ne donnerait-elle pas la vie du ciel ? Toute eau naturelle acquiert par l’antique prérogative dont Dieu l’honora à son origine, la vertu de sanctification dans le sacrement, pourvu que Dieu soit invoqué à cet effet… Ce qui guérissait le corps guérit aujourd’hui l’âme : ce qui procurait la santé procure le salut dans l’éternitél’eau vive, symbole de purification, rajeunit et donne la vie éternelle21. »

Un rapport constant entre liturgie et architecture a présidé à l’édification de « monuments ecclésiaux fonctionnels et symboliques » tels les baptistères succédant aux catacombes. Avant l’an 313, le christianisme étant persécuté, le baptême fut administré sous terre, en recueillant dans une citerne l’eau de pluie ou comme à Saint-Ponthieu en captant une source.

Le baptistère(baptisterium)devint l’espace réservé et propice au rite d’initiation au christia­nisme. La forme en était simple et esthétique : rectangulaire au début ou circulaire, elle devint au Vesiècle octogonale de style ambrosien. Le chiffre 8(octavus)signifie en symbolique les huit Béatitudes énoncées par le Christ et qui plus tard définirent les huit pointes de la croix de l’Ordre de Malte. Saint Anselme, philosophe platonicien, archevêque de Cantorbery en 1093, a écrit :« C’est sur le nombre huit que doit être bâti l’édifice où se donne le baptême22 »; en outre, le chiffre 8 (huit) symbolise l’autre monde, infini et invisible, « la vie éternelle » annoncée par le Christ23.

L’aspect extérieur du baptistère tenait du mausolée, car en ce lieu, selon Jean-Chrysostome, le vieil homme « mourait » du baptême conféré par l’évêque et un homme nouveau naissait en lui :...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Sain(t) de corps et d'esprit

de le-mercure-dauphinois

Lueurs spirituelles

de le-mercure-dauphinois

suivant