Les trouffions jouent aux pompiers (érotique gay)

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Les trouffions jouent aux pompiers

AbiGaël

Gay pulp de 144 000 caractères.
Ce texte comporte deux nouvelles non suivies.

1re nouvelle : Ah, le service militaire ! Beaucoup parmi ceux qui l’ont connu, en gardent de savoureux souvenirs. La lutte contre les incendies de 1976 dans les Ardennes en est un pour Gaël. Entre braises et fumées, il y voue une flamme toute particulière pour un certain sergent… Dans une seconde aventure; Gaël fait de l’initiation ! Pas de l’initiation militaire, bien sûr… La découverte de l’érotisme entre garçons est aussi une autre façon de transformer en hommes ces jeunes recrues.

2e nouvelle : Le fantôme de la page blanche : La nourriture est particulièrement épicée en Inde, chacun le sait. Les relations que l’on peut y nouer dans un aéroport le sont tout autant, quand le fantôme de l’écriture et un beau serveur black s’en mêlent…
Du même auteur : Chaudes recherches, Fouilles et spéléologie et Une saveur entêtante.


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Publié le : mardi 5 juin 2012
Lecture(s) : 228
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782363073396
Nombre de pages : non-communiqué
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Les trouffions jouent aux pompiers

 

Les trouffions jouent aux pompiers est suivi de la nouvelle Le fantôme de la page blanche.

 

 

(144 000 caractères)

 

 

AbiGaël

Les trouffions jouent aux pompiers

 

Été 1976. La canicule règne. C’est la première de cette ampleur en France et les vaches ont faim. Plus d’herbe. Plus de foin. Plus d’eau. Je joue les trouffions dans un régiment des Ardennes, à la frontière belge. On s’ennuie ferme à la caserne. Il fait chaud également dans les chambrées. Pas d’air. On étouffe dans les bureaux et dans les ateliers.

Tara tata tara tattattatata rattata !… Rassemblement !

Quoi ? Rassemblement à cette heure-ci ? On se précipite dans la cour avec la nonchalance longuement mise au point au bout de six mois de vaine présence en ces lieux et on s’aligne comme on peut, c’est à dire à peu près.

— À vos rangs ! Fixe ! Repos !

Départ dans une demi-heure pour plusieurs jours. Avec tout le bardas et en tenue de combat.

—  On va où chef ?

— L’armée est mobilisée contre les incendies. Le régiment part en deuxième rideau, derrière les pompiers. Notre rôle sera de vérifier que les feux ne puissent pas reprendre après avoir été éteints.

De fait, la radio n’égrène que des nouvelles d’incendie non maîtrisés un peu partout. Mais cela concerne surtout les départements du sud, Var, Alpes maritimes etc. et je m’étonne que nous soyons impliqués dans cet inégal combat, nous qui sommes à la frontière belge.

— Mais on part où, mon capitaine ? On descend au Sud de la France ?

— Non ! On monte au Nord. La pointe de Givet et la vallée de la Meuse sont en feu.

En feu ? Alors qu’il y a toute l’eau qu’on veut au fond de la vallée ?

Justement. C’est le paradoxe local. Jamais la forêt ardennaise n’a été préparée à lutter contre le feu et le flanc Nord de la vallée brûle, au bord du fleuve. En raison de la déclivité et de l’exubérance de la végétation forestière, ils sont quasiment inaccessibles à l’homme. Il n’y a donc pas d’eau pour éteindre, en dehors des Canadairs.

— On va faire quoi exactement, chef ?

— Sécurisation de la zone arrière des Quatre Fils Aymon et des alentours…

Ah ! Les quatre fils Aymon. Joli coin, au bord de la Meuse. Je connais la légende :

La célèbre légende ardennaise des Quatre fils Aymon a pour origine un poème épique anonyme daté du XIIIe siècle. Poème long d'environ 18 000 vers chantant les exploits de Renaud, Alaard, Guichard et Richard, fils du duc de Dordogne Aymon, en guerre contre Charlemagne. Au XVe siècle, une mise en prose a été réalisée pour le duc de Bourgogne, Philippe le Bon.

Avec l’aide d’une fée, Guichard avait dessiné sur la pierre un splendide coursier. Sa taille était d’une coudée plus haute que celle des chevaux les plus grands, son encolure était souple, ses membres fins et nerveux, son dos long et sa croupe robuste. La fée transforma le cheval en un vrai cheval, vivant et piaffant, hennissant et joyeux. Le coursier était bien tel qu’il avait été tracé. Il était bai-brun et fut nommé « Bayard » ce qui veut dire le « bai ». Il fut décidé que les quatre frères monteraient ensemble ce cadeau féérique, avec lequel ils se portèrent ensemble au secours des faibles et des opprimés pendant plusieurs années.

Le bruit de leurs exploits étant venu aux oreilles de l’empereur, les jeunes gens furent attirés à sa cour où le magnifique cheval devint l’objet d’âpres convoitises. Lors d'un repas à la cour, Renaud joua aux échecs avec le neveu de Charlemagne, Bertolais. La partie tourna mal : une dispute éclata entre les chevaliers, Renaud blessa mortellement Bertolais. Les quatre chevaliers s'enfuirent sur leur cheval-fée Bayard, dans la forêt. Ils y rencontrèrent leur cousin enchanteur Maugis qui les aida dans leur fuite et ils construisirent le premier château fort de Château-Regnault, le château de Montessor, sur un promontoire escarpé de la vallée de la Meuse.

On raconte que les Quatre fils Aymon se retrouvèrent encerclés par les soldats de Charlemagne qui, après les avoir retrouvés, assiégea le château. Ils résistent longtemps avant de fuir, toujours sur le cheval Bayard et se réfugièrent dans l’épaisse forêt ardennaise. Pour déjouer le piège de l'empereur, les chevaliers sur leur extraordinaire monture s'avancèrent jusqu'à la pointe d'une roche, nommée depuis la Roche-à-Bayard. Le cheval frappa alors le roc de son sabot et s'envola avec ses maîtres pour retomber de l'autre côté de la Meuse, laissant la trace pétrifiée de ses maîtres sous forme d’un promontoire dominé par 4 pointes de quartzite.

Après avoir erré sept ans, lassés de mener cette vie de souffrance, ils revinrent dans la demeure familiale en Dordogne puis se retirèrent en Gascogne. Ils rejoignirent alors la troupe du roi Yvon. Ils se distinguèrent avec les armes et pour les remercier, le roi Yvon leur donna le château de Montauban. Renaud décida alors de se consacrer à Dieu et partit seul en pèlerinage en terre sainte.

Chouette ! On va enfin servir à quelque chose d’intéressant et ça nous changera du train-train ordinaire.

Et puis, les quatre fils Aymon sont l’emblème de notre régiment. Sur toutes nos tenues de parade figure en bonne place sur la poche gauche de la chemise, c'est-à-dire quasiment sur notre cœur, le petit écusson de bronze appendu sur une pendeloque de cuir où nos quatre cavaliers en relief montent le même cheval Bayard. Quelle que soit l’implication personnelle résultant de la contrainte que constitue le service militaire, ça nous fait tout de même quelque chose de savoir que les quatre montagnettes qui représentent physiquement le symbole de notre régiment, ont le fondement en feu. En bref, il nous est fait savoir assez trivialement que les quatre fils Aymon ont le feu au cul et qu’il nous incombe d’aller vérifier qu’il sera bien éteint…

Le parallèle anatomique grivois n’est pas pour nous si incongru qu’il en a l’air. Les régiments de cavalerie ont toujours eu une certaine réputation de virile gauloiserie, comme en témoigne la chanson à boire des quatre-vingt chasseurs. Et j’entends encore, au cours d’une de nos premières semaines de formation militaire, le pitaine nous demander d’un ton narquois qui, parmi les quatre cavaliers de notre emblème, avait la meilleure position sur le cheval. La réponse est le deuxième. Et pourquoi ? Eh bien parce que c’est le seul qui, outre la possibilité d’enculer le précédent et de se faire mettre par le suivant, peut aussi occuper ses mains en masturbant librement le premier des cavaliers… Ça met dans l’ambiance !

Mais grivois ne veut pas dire gay. Et les gars qui comme moi ont plus de plaisir à regarder une belle figure mâle que femelle ont intérêt à ne pas se faire remarquer, surtout à cette époque là et en ces lieux. Donc la branlette est solitaire et discrète sous les draps ou aquatique sous la douche et sans témoins.

Le temps de passer à la queue leu-leu chez le fourrier pour recevoir le paquetage et de faire ensuite nos sacs et nous voilà entassés à douze par véhicule de transport de troupe (VTT) ; On longe la Meuse, on passe Charleville-Mézières, direction nord-ouest, vers Monthermé et les nombreuses colonnes de fumée qui obscurcissent tout l’horizon au nord du fleuve. Sous la fumée, on voit du jaune partout… De grandes flammes qui partent du ras de l’eau et remontent régulièrement par traînées verticales, en escaladant le versant nord du fleuve.

Chacun sur son banc s’accommode comme il peut de son sac, les inénarrables gros sacs en toile épaisse de l’armée, fermés par un fort mousqueton. On s’assied dessus ou on y pose les pieds, bringuebalant contre les voisins. Ils sont lourds nos sacs car, outre un peu de linge, chacun a reçu un duvet, une demi toile de tente sans piquet, un ensemble de gamelles rectangulaire en alu, des rations (dites de survie) pour cinq jours, une gourde et une pelle pioche, sans oublier les clopes et un minimum d’affaires perso. Très importante, la pelle pioche, car ce sera notre unique arme contre le feu. Pour monter la tente, nous sommes censés avoir chacun un partenaire et donc deux demi toiles équivalant à une tente complète, savoir ensuite se tailler des piquets et inventer des sardines aux dépends de la nature environnante. Heureusement, nous sommes en Juillet et il fait suffisamment chaud pour que nous n’ayons pas à nous en servir. Mais pas question de les oublier. Règlement oblige.

Les communications avec les pompiers se font par radio. La jeep et sa longue antenne nous précède [pas de téléphones portables à cette époque et les talkies pesaient des tonnes].

Il nous faut d’abord longer la Meuse jusqu’à son confluent avec la Semoy, puis attraper un chemin pierreux qui grimpe sur le plateau. Le seul moyen d’accès au feu est de l’attaquer par l’arrière, c’est-à-dire depuis le bord du plateau et de redescendre d’en haut avec les lances à eau. À l’arrivée, il faut se rendre à l’évidence : ce n’est plus là qu’on a besoin de nous. La situation est maintenant sous contrôle entre Château-Regnault et Monthermé, mais elle se dégrade rapidement un peu plus au nord, entre Monthermé et Revins où nous sommes requis au plus tôt.

Rebelotte à Revins. Nous remontons là aussi sur le plateau par l’arrière. Les professionnels du feu sont à pied d’œuvre depuis un moment déjà. Une grande confusion semble régner au point de rassemblement principal des opérations. Semble, dis-je, car nous, les trouffions, n’y connaissons rien bien sûr. Aucun d’entre nous n’a déjà vu de feu de cette ampleur. Une âcre fumée nous envahit depuis que nous avons atteint le plateau. Les yeux pleurent, les gorges s’irritent, les poumons crachent, tout le monde tousse à qui mieux mieux et les ordres, parfois contradictoires, pleuvent sur le chauffeur du VTT. De fait, nous errons longuement, de chemin de traverse en chemin carrossable pour rejoindre la zone qui nous est assignée.

On se déploie d’abord sur l’arrière du plateau. Il s’agit d’une zone d’après feu. Tout est calciné autour de nous. Des fumerolles partout, mais presque plus de flammes vives. Notre rôle est justement d’éviter qu’elles ne reprennent. Alors, pendant toute la fin de l’après midi, nous courons d’une flammèche à une autre, d’un fourré à un autre, tapant dessus avec nos pelles pioches, écrasant les cendres fumantes avec nos talons, creusant entre les racines des arbres pour débusquer les braises couvantes… C’est un travail de Sisyphe, sans fin et sans répit.

Au dessus de nos têtes, on peut observer le ballet incessant des Canadairs et leurs lâchers d’eau spectaculaires qui se font un peu plus bas, à la cassure du plateau. Leur bourdonnement nous remplit les oreilles et ne nous lâchera pas pendant presque quatre jours.

Le jour s’enfuit et la nuit tombe progressivement. Le paysage change du tout au tout. Le rouge devient la couleur dominante après le noir. Alors que, dans la journée, les fumeroles étaient l’élément majeur du spectacle environnant, à nuit tombée, ce sont les braises rougeoyantes qui apparaissent partout ! C’est magique, mais cela devient très inquiétant ! Nous sommes environnés de feu, de flammèches, de braises qui courent partout, essentiellement au sol. Nous marchons dessus littéralement et nous commençons à comprendre pourquoi les pieds nous chauffent sérieusement. Nombreux sont les copains qui ont déjà roussi leur treillis avec les tisons et flammèches tombés du ciel ; d’autres se sont tout bêtement assis sur des braises, malencontreusement.

Choisir un endroit pour faire une pose est en effet devenu assez difficile dans ces conditions ; s’asseoir sur son casque est encore la meilleure solution et le gage de ne pas attraper le feu au cul. Après avoir bataillé toute la soirée, les trois cents hommes du régiment se retrouvent peloton par peloton pour la pose repas. Nous sommes allés chercher les sacs aux camions ; ils sont restés assez loin du feu pour ne pas être mis en danger. Nous avons sorti les boites de « singe » et les rations de survie. Beurk ! Faut avoir faim et être jeune pour bouffer ça ! Les salauds de sous-off se sont regroupés et font de la vraie cuisine, entre eux, sur feu de bois. Oui, eux seuls ont eu le droit de faire un vrai feu. Le droit de faire du feu !… Comme cela paraît dérisoire et inepte, alors que nous sommes environnés de braises partout !

Donc, on bouffe. On avale plutôt, entre deux quintes de toux, deux éternuements et les mouchages de nez qui coulent. Respirer la fumée est devenue une obligation permanente ; il faut bien s’y faire, en dépit des yeux et des trachées artères qui piquent. Prière de suffoquer en silence ! Nous sommes tous harassés. Certains s’endorment déjà, adossés à leur arbre ou à leur rocher. Un tour de garde est organisé pour la surveillance du feu, les autres sont autorisés à étendre leur duvet au sol et dormir.

Dormir ? Oui, mais où ? Chercher le coin le moins environné de braises rougeoyantes, à peu près plat de préférence et sans cailloux pour vous rentrer dans les côtes… Là, peut-être. Un autre jeune appelé s’installe face à moi, de l’autre côté d’une lame rocheuse verticale. Les autres se répartissent entre les rochers, les troncs noircis et les quelques broussailles encore non atteintes par les flammes. Pas trop de problèmes pour trouver le sommeil. On est si fatigués...

Mon voisin pour cette nuit s’appelle Pierric. Il est mignon et gentil garçon. Il est de la promo 75/8 et se trouve être cinq ans plus jeune que moi, qui suis sursitaire. Il sera libéré le mois prochain et retournera au cœur de sa Bretagne natale. Il ne semble pas très instruit, mais plein de bonnes volonté. Nous discutons quelques minutes de part et d’autre de notre rocher. J’aime ce prénom original qui lui va comme un gant car le garçon est brut de forge. Un vrai caillou mal dégrossi. Depuis que je suis à l’armée, je m’astreins à freiner ma libido autant que faire se peux, car les conditions d’une aventure sont très loin d’être réunies. Ce soir, il ne viendrait à personne l’idée de s’exhiber à poil dans ces conditions. Pourtant en dépit de l’obscurité profonde d’une nuit sans lune, je l’ai observé attentivement à la lueur des braises lointaines, quand il a enlevé son treillis à quelques mètres de moi. Allons, ma queue, arrête de bander ! Aurais-je tenté quelque chose en d’autres circonstances ?

La nuit n’est bientôt plus troublée que par les cris lointains de ceux qui se font rattraper par les braises rampantes. Soudain, c’est Pierric, mon voisin, qui se met à hurler. De vraies flammes s’élèvent de son duvet et il s’en extirpe avec douleur...

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