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AFRIQUE A L'EPREUVE DU SIDA

De
144 pages
Le sexe, dans sa dimension la plus élémentaire, devient une chose sérieuse, grave surtout en Afrique. Principal vecteur du fléau actuel, le sida, qui touche toutes les couches sociales, il met encore plus en évidence certaines contradictions et faiblesses des systèmes politiques, sociaux, économiques dans le continent. Autour des notions de sexe, risque sexuel et cursus sexuel, Sami Tchak analyse, dans une langue limpide, cette réalité en la mettant en rapport avec la misère, les croyances ancestrales, les guerres.
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L'Mrique

à l'épreuve

du sida

L' Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-8800-5

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Sami Tchak

L'Mrique

à l'épreuve

du

sida

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55~ rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA I--I2Y 1K~

Du même auteur chez L'Harmattan : Formation d'une élite paysanne au Burkina Faso, 1995
La sexualité féminine en Afrique, 1999 La prostitution à Cuba, 1999

Chez les N.E.A. de Lomé / Abidjan / Dakar: Femme infidèle (roman), 1988

À Abel et à Nicole Jiminiga À Maxime et à Aurélie Lawson À la famille Koumako : Toussaint, Sonia et Kékéli À mon papa Salifou Métchéri Tcha-Koura qui mérite mon hommage

Avant-propos
En septembre 1999, je publiais, chez L'Harmattan à Paris, La sexualité féminine en Afrique. Dans ce liVre, j'ai abordé les thèmes suivants: la polygamie, la rapports conflictuels entre les coépouses autour de la question du sexe, les prérogatives sexuelles des hommes, le problème des femmes battues, les rapports entre les deux sexes au sein des couples dits traditionnels ou modernes en Afrique et dans les milieux africains en France, l'infidélité des épouses, le plaisir sexuel féminin (aussi le rapport entre l'excision et le plaisir), la prostitution et les libertés sexuelles. Tous ces thèmes ne sont pas nouveaux et je n'avais pas, en les abordant, la prétention d'être un innovateur. Cependant, j'ai tenté de rendre accessibles à un plus grand nombre de personnes certains débats un peu trop spécialisés. La sexualité féminine en Afrique se lit en effet facilement. En réduisant au minimum les citations et les renvois aux débats savants, j'ai voulu offrir même au lecteur qui n'a pas une culture universitaire la possibilité de donner son avis sur un problème qui le concerne aussi d'une manière ou d'une autre. Quel que soit le destin qu'aura par la suite ce livre, je le considérerai comme ma propre référence au niveau

des choix que je me suis imposés. En écrivant, je pense aussi aux nombreuses personnes qui souhaiteraient lire, prendre part à certains débats les concernant, mais qui ne peuvent pas forcément comprendre certains textes complexes, en littérature, en sociologie, en psychologie, en ethnologie, en philosophie, etc. Ces personnes se comptent par milliers en Afrique et partout dans le monde. Elles ont parfois des informations bien en décalage par rapport aux savants débats. En écrivant, je pense aussi à ces personnes-là parce que je souhaite, au-delà du souci d'être lu, d'établir un réel dialogue avec les Africaines et les Africains, qu'ils vivent en Afrique ou hors de leur continent. Ainsi, non soumis aux contraintes d'une institution universitaire, aije pensé avoir la liberté d'écrire des textes abordables qui ne renouvellent pas forcément un débat mais élargissent son intérêt. Le thème autour duquel j'ai ordonné mes analyses dans La sexualité féminine en Afrique est la sexualité. Avec L'Afrique à l'épreuve du sida, je reste dans le même champ thématique. Cependant, je parlerai plus du sexe et de sa consommation que du sexuel qui est beaucoup plus englobant. Pour justifier mon choix, je dirai que dans le contexte actuel, avec le sida, le sexe, dans sa dimension la plus élémentaire, est devenu une chose sérieuse et grave, surtout pour le continent africain. Toutes les couches sociales sont touchées par le fléau du sida. Beaucoup de pays africains perdent chaque année par milliers une bonne partie de leurs cadres, de leurs forces vives. Dans ce continent où il y a nécessité de promouvoir des méthodes efficaces de contrôle des naissances, on peut craindre aussi une dévitalisation soudaine, un dépeuplement auquel l'on aura du mal à faire face à court terme. On peut parler, sans exagération, du drame sexuel de l'Afrique.

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En effet, le sida vient comme pour aggraver les nombreuses contradictions et faiblesses des systèmes politiques, sociaux, économiques en Afrique. Qu'ils le veuillent ou non, les chercheurs africains seront amenés à se pencher un peu plus sur cette question sans fausse pudeur, sans hypocrisie. Pour moi, parler du sexe et du sida ne signifie pas reproduire des chiffres et des tableaux empruntés à des revues spécialisées, aux bulletins des organismes internationaux, à la presse internationale. Cela ne me semble pas nécessaire dans la mesure où l'on peut consulter ces chiffres ailleurs. Ils sont bien comius aujourd'hui: un tiers au moins des séropositifs dans le monde vivent en Afrique. Plus de vingt millions d'Africains sont séropositifs. Au moins dix pour cent des Ivoiriens sont séropositifs. Le 30 novembre 1999, lors du journal de 20 h, Patrick Poivre d'Arvor rappelait encore ces chiffres sur TF 1, une chaîne française de télévision. journée mondiale du sida, ces chiffres sont encore cités sur toutes les chaînes de télévision. Des images insoutenables les illustrent comme d'habitude. Des commentaires les accompagnent qui sont justes: des familles entières ont disparu, des milliers d'enfants sont orphelins, des générations entières vont disparaître. Et l'on n'a que très peu de moyens, ou pas du tout de moyens, pour faire face à ce fléau en Afrique et dans beaucoup d'autres pays du Sud. Mais, bien que ces chiffres soient parlants et nécessaires, ils ne disent pas forcément pourquoi la progression du sida est aussi rapide en Afrique. C'.est pourquoi il me semble aussi important d'analyser les comportements sexuels des populations, au-delà des discours hypocrites. Cette démarche permet de mettre en évidence les rapports entre la consommation sexuelle et le sida, entre le sida, en tant que facteur de destruction

Le 1er décembre 1999, toujours dans le cadre de la 13e

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massive des populations, et les guecres qui, en favorisant la prostitution et en légitimant les viols collectifs, favorisent aussi la progression de ce fléau, tout en étant, elles-mêmes, des causes de dépeuplement soudain de certains pays, entre le sida et les politiques nationales de santé publique. . . L'on verra que le sexe est, dans ce texte, une des entrées possibles pour analyser les problèmes graves d'un continent au sujet duquel beaucoup de choses 9nt déjà été dites et doivent encore être dites ou redites. Je ne cherche pas du tout à confinner ou à démentir une hypothèse. Je n'écris pas un livre à thèse. Je décris et analyse, dans une langue simple, des comportements que j'ai observés, que tout le monde peut observer, que j'ai pu avoir moi-même, que des proches ont sans doute eus et continuent d'avoir avec tout ce que cela comporte de risques pour la santé surtout dans le contexte actuel. Vivant en France depuis novembre 1986, j'ai d'abord vécu pendant vingt-six ans dans mon pays, le Togo. .De mes premiers pas au cours préparatoire à mes études universitaires et avec mes quelques années d'expérience dans l'enseignement primaire et au lycée, j'ai eu le temps de vivre et de voir vivre. En retournant chez moi pendant certaines vacances, je vois vivre. En lisant des livres, des revues, la presse, en écoutant la radio, en regardant la télé, en discutant avec des personnes qui sont allées récemment en Afrique, grâce à mes relations épistolaires avec des amis et des parents en Afrique, j'ai des infonnations toujours actualisées sur les ravages que le sida fait dans nos pays. Je dispose de suffisamment d'éléments pour en parler le plus simplement possible. Je ne donne pas de leçons, je ne juge pas, j'invite à la réflexion individuelle et collective. Les deux livres que je viens de consacrer au thème du sexe et de la sexualité constituent le début d'un travail de recherche plus fouillé que je rêve de mener.

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Si je devais définir ma démarche avec une image, je dirais que maintenant loin de l'Afrique, je rumine mes années africaines, une façon de réinventer cette Afrique, pour l'habiter symboliquement. N'est-ce pas ce que font aussi les poètes exilés de force ou vivant pour des raisons personnelles hors de leur patrie? Qu'on me pardonne d'oser une telle comparaison.

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