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Ailleurs en Ebola

De
108 pages
Comment une épidémie comme Ebola a-t-elle été vécue de l'intérieur, par toutes ces populations à qui la parole n'est jamais donnée ? En voyage en Guinée avec sa fille, ethnologue engagée dans la lutte contre l'épidémie, l'auteure a choisi le récit choral, faisant alterner son récit de voyage, des épisodes réels vécus, racontés ou mis en scène dans des fictions, des témoignages bruts... Ce faisant, le livre interroge le fonctionnement des organismes internationaux intervenant dans la lutte contre Ebola.
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En voyage en Guinée avec sa Ille, ethnologue engagée dans la lutte contre l’épidémie, Marie-Odile Laîné a choisi le récit choral, faisant alterner son récit de voyage, des épisodes réels vécus, racontés ou mis en scène dans des Ictions, la vision de sa Ille et des témoignages bruts, recueillis lors des enquêtes ethnographiques, d’individus clés, acteurs dans leur village.
et la culture des hommes et femmes confrontés à l’épidémie. Ce faisant, le livre interroge, à partir de situations concrètes, le fonctionnement des organismes internationaux intervenant dans la lutte contre Ebola, et au-delà le rapport complexe entre des cultures aux antipodes, marquées par une histoire spéciIque. Ce livre est aussi et fondamentalement un appel de l’auteure et de sa Ille, toutes deux attachées à l’Afrique, à écouter les voix de ces populations auxquelles nos sociétés demeurent, encore et toujours, sourdes.
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MarieOdile Laîné Avec la collaboration de Mathilde Laîné
Ailleursen Ebola
De l’enquête ethnographique au récit de voyage
Ailleurs en Ebola
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN :978-2-343-10184-2 EAN :9782343101842
Marie-OdileLaîné Avecla collaboration de Mathilde Laî
Ailleurs en Ebola Del’enquête ethnographique au récit de voyage
Du même auteur Balade en Calvados, sur les pas des écrivains (Editions Alexandrines 2004) Balade dans la Manche, sur les pas des écrivains (Editions Alexandrines 2006) Pages à Pas en Normandie avec Jules Barbey d’Aurevilly(Editions Isoète 2008) En tant que co-auteure,Nouvelles de Caen (Editions des Falaises 2006) Ecoute la route, conversations vélocypédiques (Editions du Chameau 2016)
Sommaire Prologue .............................................................................7I- Pas les mêmes yeux pour voir ......................................11II- Retour aux sources ......................................................15III- Témoignage - Le village de Méliandou, premier foyer de l’épidémie.............................................23IV. Womey.......................................................................27V. Témoignage –.............37Le pasteur Feindouno Samuel VI. La théorie du complot ................................................41VII. Témoignage - La Croix Verte ..................................55VIII. La riposte.................................................................59IX. Cri ..............................................................................71X. Des corps.....................................................................75XI. Témoignage –............................79Une guérie d’Ebola XII. Radio-taxi .................................................................83XIII. Dans la voix d’un guérisseur...................................87XIV. Ebola a gagné ! .......................................................91
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Prologue
« Quand le lion aura son propre historien, l'histoire ne sera plus écrite par le chasseur »,Proverbe africain. En février 2015, j’ai passé un mois en Guinée, auprès de ma fille, ethnologue, qui vit là-bas et venait d’enquêter sur le ressenti des populations traversant l’épidémie Ebola. Aujourd’hui l’épidémie est officiellement éradiquée, mais pour combien de temps ? Quoi qu’il en soit, ce qui s’est joué sur cette scène africaine pendant toute la période où l’épidémie a sévi, me semble emblématique de tout ce qui se joue encore et toujours entre nous, pays « développés », et ceux que nous « aidons » ou assistons en cas de crise humanitaire. 1 Le discours commun des « foté » sur la gestion de l’épidémie, celui des ONG, de nos politiques, philosophes, médecins et sociologues, on a pu l’entendre partout si on le souhaitait, dans les livres, par les médias. Ce n’est donc pas lui qu’il m’importait de restituer.
1 C’est ainsi que les blancs se font appeler à Conakry. En langue sousou,fotéplus largement utilisé pour nommer une personne est considérée, en raison de ses qualités et de son savoir-faire, « être placée au-dessus de soi ». Etre unfoté, c’est être un modèle, un exemple de réussite, un « grand ».
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En face, dans cette tragédie qu’a vécue un peuple, il y avait des individus démunis, victimes mais aussi acteurs de leur propre histoire. Ce qu’ils avaient à en dire, eux, qui l’a écouté ? C’est ici que prend tout son poids la matière offerte par le travail de l’ethnologue, fabuleuse porte d’accès à cette parole autre, que ce texte veut faire entendre. À partir de cette entrée, ma démarche a été d’écouter, regarder, me plonger au cœur des évènements tels que la population les a vécus ; démarche tâtonnante, tant il est difficile de rester au plus près de ce que peuvent vivre des gens si éloignés de nos vies, de notre culture. C’est donc la forme d’un puzzle que j’ai choisie, proposant des éclairages et points de vue différents et complémentaires : les miens, ceux de ma fille et des populations concernées. C’est ainsi que j’ai gardé bruts certains témoignages et récits) d’individus clés dans les villages (en italiques dans le texte) recueillis par ma fille en sa qualité d’ethnologue. J’ai par ailleurs rassemblé des faits et paroles épars, des choses vues et entendues lors de mon voyage pour, à partir d’eux, raconter à ma façon ce quotidien des populations tel que je le percevais. Avec prudence, car, forte de mes longues années vécues en Afrique et à l’école de ma fille j’ai appris à débusquer l’ethnocentrisme qui sévit dans notre vision des étrangers, l’arrogance de nos certitudes, les préjugés profonds toujours prêts à pointer le bout de leur nez, et, ce qui est le plus dangereux, souvent cachés derrière nos « valeurs » humanistes « universelles » qui nous donnent la conviction que nous avons raison contre le monde entier.
Les équipes d’intervention étrangères qui ont travaillé à éradiquer l’épidémie et tentent d’en dresser un bilan font aujourd’hui encore le constat de freins, voire d’échecs
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dans leur campagne de lutte, et ce malgré l’appareil scientifique et l’organisation rationnelle de leurs actions. L’écoute des populations, liée à la compréhension de leurs usages et de leurs projections, n’est-elle pas le chaînon manquant à cette chaîne de solidarité pour qu’elle soit juste, et efficace à long terme ? Me semble en jeu autour d’Ebola, au-delà de la catastrophe humanitaire, la confrontation de toutes ces perceptions, très culturelles, les nôtres, celles des peuples d’ailleurs, rendue ici encore plus complexe parce qu’il s’agit de pays que nous avons colonisés. C’est à cette « mise en voix » que tend ce récit de voyage.
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