Alzheimer

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Approchant la quarantaine et s'épanouissant dans son travail, Justine commençait enfin à trouver son équilibre et songeait à fonder une famille lorsque son père présenta les premiers signes de la maladie d'Alzheimer. La violence de l'évènement ne la laissa pas indemne. La maladie lui fit vivre une multitude d'expériences qu'elle était loin d'imaginer. Dans cet ouvrage, elle explique toutes les démarches qu'il a fallu entreprendre, mais aussi les interdictions qu'ils ont dû imposer à son père malade. Elle y dévoile les différentes émotions et frustrations qu'elle a pu ressentir tout en faisant partager son habituelle bonne humeur.
Publié le : lundi 15 février 2016
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EAN13 : 9782140002458
Nombre de pages : 134
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Justine Marceau
Alzheimer Journal d’une ignorante sidérée
Alzheimer
Journal d’une ignorante sidérée
Justine Marceau
Alzheimer
Journal d’une ignorante sidérée
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08582-1 EAN : 9782343085821
1 Avant que mon père ne présente les premiers signes tan-gibles de la maladie d'Alzheimer, j’associais celle-ci à l'un des maux de notre société tels que le sont la pauvreté, le sida ou la solitude. Je n'hésitais pas à m’en moquer. Dès que je ne me souvenais plus d'un nom ou que j'oubliais de faire quelque chose, je me plaignais ouvertement d'en être atteinte. En écoutant les médias, je riais franchement aux blagues faites sur Alzheimer. L'humour faisant partie de mon caractère, je ne me posais aucune question… Papa était un homme calme, doux, intellectuel, qui ne pro-nonçait jamais un mot de trop… C'était ce que l'on appelle un « taiseux ». Enfant, je ne voyais pourtant en ce père, à la volonté et à la générosité immense, qu'un homme gentil et sérieux… Mon père était gentil et je l'appréciais pour cela. Il aurait pu me faire découvrir la musique classique, qu'il écoutait en boucle le weekend enfermé dans son bu-reau, mais moi je rêvais d'un père qui me fasse connaître Les Clash et Depeche Mode. Je lui rétorquais que ce qu'il écoutait était justement inécoutable. L'été de mes quatorze ans, il essaya de m'aider à me perfectionner en anglais. Ensemble, nous traduisions des exemplaires deNational Geographicde quinze ans d'âge alors que moi ce que j'at-tendais, c'était de faire la même chose avec des magazines récents pour adolescentes. Le décalage entre nos centres
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d'intérêt était flagrant. Durant toute ma jeunesse, je me suis fiée aux apparences, j'ai regretté de ne pas avoir un père plus « rock’n’roll »… Papa, c'était celui avec qui j'aimais discuter, celui que j'aimais tout court, mais ce n'était pas le modèle masculin qui me faisait rêver… Dés-tabilisé par la faillite de l'entreprise familiale, usé par la recherche d'un emploi stable, gêné d'avoir à imposer à son foyer une chute sociale abyssale, papa ne savait plus bril-ler en société. Au contraire, il s'effaçait… Dans la famille, maman, mère au foyer de trois enfants, qui imposait à sa progéniture à peu près les mêmes con-signes que celles de Nadine de Rothschild, était celle qui resplendissait en public. Sa beauté, son style impeccable, sa bonne éducation, son altruisme imposaient rapidement les règles lors d'une rencontre. Dans le couple, c'était elle que l'on écoutait en public. Un seul sujet faisait sortir papa de sa carapace : la politique. Mon enfance giscardienne et mitterrandienne fut marquée par des repas familiaux hou-leux pendant lesquels je voyais mon père rougir, gesticuler, parler fort pour défendre sa vision d'une droite libérale idéale. Lui qui était, le reste du temps si calme, semblait partir en guerre pour soutenir les idées du R.P.R. Il faut dire que lorsqu'il voulait arriver à ses fins, la persévérance de papa était un puits sans fond. Par exemple : lui qui se fit opérer d'une double hernie discale à plus de cinquante ans, sortit de cet acte chirurgical en boitant. Le médecin, de-vant sa mine défaite, lui expliqua que seul l'exercice lui ferait perdre ce léger handicap. Qu'à cela ne tienne… A l'âge où certains commencent à préparer une future retraite paisible, papa, lui, décida de se mettre à la course à pied… Peu importe si cela faisait bien longtemps qu'il ne prati-quait plus aucun sport. Le matin, alors que toute la ville était encore endormie, il commença à courir trois fois par semaine, avant de rentrer prendre une douche rapide pour
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monter ensuite dans le train de sept heures qui l'emmène-rait au travail et le ramènerait à la maison douze heures plus tard… Au départ, il prit donc son vieux survêt et ses baskets de vingt ans d'âge et se mit à galoper en traînant la patte… Une fois qu'il eut retrouvé une démarche com-mune à celle de chacun, il continua pourtant ses efforts. Il avait acquis un certain goût pour cette nouvelle pratique du jogging et ne s'arrêta pas pendant plus de vingt ans. Mais comme je le disais plus tôt, sa volonté et son intellect étaient à la fois incolores et inodores pour les sens de la jeune fille de quinze ans et plus que j'étais devenue. Comme toutes les post-adolescentes, j'étais attirée par ce qui brille. Il me fallut alors enchaîner mésaventure amou-reuse sur mésaventure amoureuse pour comprendre que l'on n'échappe pas au modèle de son enfance. J'avais un père doux et gentil, et pourtant je voulais partager la couche d'un homme bling-bling, de celui qui brille en so-ciété… Lors de mes études de gestion hôtelière, je découvris les petits plats mijotés avec amour. Mes parents rêvaient de me voir fréquenter un étudiant en école de commerce et militant R.P.R., je leur cachais mes relations avec des cui-siniers de métier qui connaissaient à peine le nom de leur président de la République. A vingt-huit ans, alors cadre dans l'hôtellerie, je commençai enfin à comprendre qu'un homme diplômé et ayant reçu le même type d'éducation que moi pouvait se montrer intéressant lors d'une discus-sion… nos ressemblances nous permettaient de trouver des centres d'intérêt commun. Malgré cela, mes quelques relations sentimentales suivantes continuèrent à tourner au vinaigre. Je suis tombée amoureuse d'un cadre commercial plein de charme et de charisme. Malheureusement, sous ses apparences sociables et son côté attachant se cachait
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