Changer l'hôpital

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"L'organisation hospitalière s'est progressivement totalement déshumanisée" concluait un rapport d'experts remis au Président de la République en 2012. Ce livre dresse un constat concernant l'architecture, l'organisation administrative pyramidale des hôpitaux, le fanatisme des organismes de contrôle, la prise en charge des patients et de leurs proches. Il propose aussi des solutions démontrant la capacité de notre société à soigner et à protéger les plus faibles d'entre nous.
Publié le : lundi 1 juin 2015
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EAN13 : 9782336382395
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Richard BoiteauChanger l’hôpital
Lettre ouverte au Président de la République
Changer l’hôpital
Milieu hostile et fragile où maladie, souffrance et mort sont
omniprésentes, l’hôpital devrait être un lieu d’excellence humaniste.
Lettre ouverte au Président de la RépubliqueIl n’en est rien. « L’organisation hospitalière s’est progressivement
totalement déshumanisée », concluait un rapport d’experts remis au
Président de la République le 18 décembre 2012.
Dans un premier temps, ce livre dresse un constat. Constat
concernant l’architecture, qualifée par certains spécialistes de
sinistre, et de ses conséquences sur les soignés et les soignants.
Constat concernant l’organisation administrative « pyramidale » des
hôpitaux et le formalisme des organismes de contrôle, dévalorisant
les soignants et affectant la qualité de leur travail. Constat concernant
la prise en charge des patients et de leurs proches, caractérisée par
un défaut évident d’humanisme.
Ce livre propose également des solutions. Elles tirent un trait sur
les faux principes qui font encore loi, pour proposer des modifcations
profondes de l’architecture et de l’organisation des hôpitaux, ainsi
que de la prise en charge des patients et des proches.
Changer l’hôpital, pour démontrer la capacité de notre société à
soigner et à protéger les plus faibles d’entre nous, devrait être l’un
des grands projets des années à venir.
Richard Boiteau, ingénieur diplômé de l’École Centrale de Paris,
médecin hospitalier spécialisé en réanimation médicale, s’intéresse
depuis vingt ans à l’organisation hospitalière. Acteur de nombreuses
actions reconnues dans ce domaine au sein de la réanimation française,
il est également rédacteur de textes sur ce sujet dans des ouvrages
professionnels.
Photographie de couverture :
Chambre 20 Fenêtre © Randalfno.
ISBN : 978-2-343-05700-2
16,50 e
Changer l’hôpital
Richard Boiteau
Lettre ouverte au Président de la République





Changer l’hôpital



Richard Boiteau



Changer l’hôpital
Lettre ouverte au Président de la République
































Du même auteur

N’ayez plus peur de l’anesthésie, Paris, MA Éditions, 1988






















© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05700-2
EAN : 9782343057002





à Julie

pour Arthur

Monsieur le Président,

Tout individu sera plusieurs fois hospitalisé au cours de
sa vie, plus d'un français sur deux décède dans un
établissement de santé. Pourtant, un grand nombre de
témoignages, rapportés par des articles de journaux, des
récits, des romans, des documentaires, des films de fiction,
décrivent l'épreuve que constitue une hospitalisation pour
les patients et leurs proches. Les études analysant
l’épuisement professionnel démontrent que le personnel
soignant dans ces établissements est également victime
des conditions de travail difficiles.

Pendant ces 70 dernières années, la médecine a été
marquée par une révolution technique et par de multiples
progrès organisationnels.
La révolution technique a totalement transformé la
médecine et la prise en charge des malades, les
établissements de santé sont devenus des centres où la
technologie occupe la première place dans la prise en
charge des malades. Par ailleurs, nous avons voulu faire de
la santé un marché, au sens du marketing. En particulier,
le soin offert par les établissements est devenu un produit.
Logiquement, une organisation, inspirée de celle de
l'entreprise, s'est progressivement mise en place, le
personnel soignant est devenu du personnel de production
qualifié de "professionnels de santé".
Cependant, les établissements de santé restent des lieux
d'angoisse et de souffrance pour les patients, leurs
proches, et le personnel. De nombreuses explications, bien
connues, ont été fournies mais ce phénomène néanmoins
persiste, voire s'aggrave.

9 Nous faisons sans doute fausse route : les
établissements de santé ne sont pas des entreprises de
production banales et le soin résulte d'un processus
beaucoup plus complexe qu'un produit technologique de
consommation pour des raisons évidentes : il touche à
l'essence même du vivant.
Il faut transformer les établissements de santé en des
espaces de vie. Cette transformation nécessite de repenser
l'ensemble des établissements de santé, de l'architecture à
l'organisation, pour changer la prise en charge des patients
et des proches, pour qu'une hospitalisation ne soit plus une
épreuve traumatisante mais un épisode important dans la
vie de tout un chacun, pour que le personnel soignant
puisse retrouver l’envie d’aider et de prendre en charge les
malades, pour que tous puissent « mieux vivre l’hôpital ».

En vous remerciant pour votre attention, je vous prie de
croire, Monsieur le Président, en l’expression de ma
considération distinguée,












10








CHAPITRE 1.
CHANGER L'ARCHITECTURE
DES ETABLISSEMENTS DE SANTE





L'architecture hospitalière aujourd'hui


Les progrès de l’architecture hospitalière depuis 70
ans

La réflexion sur l’architecture hospitalière a débuté
dans les années 1930, avec l’abandon de l’hôpital
pavillonnaire pour l’hôpital-bloc. Cette réflexion s’est
intensifiée dans les années 1970, permettant la définition
de recommandations internationales concernant
l’architecture des hôpitaux, aussi bien dans le dessin de
ces hôpitaux que dans leur réalisation.
Il est remarquable de constater que ce sont les
contraintes techniques qui ont guidé cette démarche pour
créer des lieux efficients de haute technologie médicale.
Pourtant, l’architecture constitue un élément
fondamental de la qualité de vie des soignants et la qualité
11de la prise en charge des patients et des proches. Plus de
600 études ont démontré un lien entre l’architecture d’une
part et d’autre part l’efficacité des soignants, la qualité des
soins, la durée de séjour des patients, la sécurité des
patients, l’anxiété et le stress des proches et des patients.


Les progrès techniques : 1970 - 2010

Les progrès des technologies médicales et de
l’organisation des soins ont progressivement modifié la
prise en charge des patients, entraînant une modification
des besoins architecturaux. Le développement de
l’hospitalisation à domicile, des soins ambulatoires en
médecine et en chirurgie assurant une prise en charge des
patients dans la journée et des hospitalisations de semaine
limitant l’hospitalisation à 5 jours ont permis, notamment
pour les malades atteints d’une affection chronique, de
restreindre les hospitalisations prolongées qui concernent
maintenant les patients les plus graves. Parallèlement, le
vieillissement de la population générale implique l’accueil
d’un nombre croissant de personnes âgées, voire très
âgées.
Les progrès techniques architecturaux concernent la
conception et la construction des hôpitaux, notamment
dans le choix des matériaux.

Une optimisation du regroupement des services
Le regroupement horizontal des services,
sousentendant que les services regroupés sont situés à un
même niveau et sont juxtaposés suivant plusieurs critères
logiques, a considérablement simplifié la prise en charge
des patients. Ainsi, les patients urgents ou graves sont pris
en charge dans un plateau technique regroupant les
services d’urgences, de réanimation et de surveillance
12continue, de soins intensifs, les blocs opératoires et de
radiologie. Les patients ambulatoires sont pris en charge
dans des unités de médecine et de chirurgie ambulatoires,
les patients de consultation dans une unité de consultation.
La logique de regroupement par « organes » impose la
juxtaposition de service de spécialités médicales et
chirurgicales prenant en charge le même organe,
neurologie et neurochirurgie, gastroentérologie et
chirurgie viscérale par exemple. La logique de spécialités
permet de séparer certains services très spécifiques comme
la psychiatrie, les laboratoires de biologie.
Le regroupement vertical des services est également
utilisé pour regrouper les services essentiellement par
spécialité : ainsi les unités de consultation pour une
spécialité peuvent être situées à un étage situé au dessous
du service d’hospitalisation pour cette même spécialité.

Une amélioration de la circulation
La gestion des flux a également été améliorée. La
circulation des patients est facilitée par des ascenseurs, des
couloirs et des entrées de chambre qui admettent le
passage d’un lit sans problème ; les couloirs doivent
autoriser le croisement de 2 lits. Le regroupement des
services permet de limiter les transferts de patients en
temps et en distance. La circulation des visiteurs a
également été améliorée par la création de parkings, de
circuits de circulation propres aux visiteurs, et par une
réflexion sur la signalétique.

La maîtrise des risques
La maîtrise des risques est un des objectifs majeurs de
l’architecture hospitalière de ces 20 dernières années. Le
risque spécifique principal reste le risque infectieux : les
infections contractées à l’hôpital, dites nosocomiales,
représentent un problème majeur de santé. Pour limiter ce
13risque, l’architecture hospitalière a proposé un certain
nombre de solutions :
- création de chambres individuelles.
- amélioration du traitement de l’air et de l’eau, qui ont été
à l’origine de véritables épidémies hospitalières
- sélection de revêtements de surface (murs, sols,
mobiliers, plan de travail) lisses, faciles à nettoyer,
résistants aux antiseptiques,
- multiplications des distributeurs de solution
hydroalcoolique.
Les autres risques ont également fait l’objet d’études
architecturales. Par exemple, la chute des patients,
notamment dans leurs chambres ou dans leurs salles de
bains, est une complication classique d'un séjour
hospitalier. La prévention a fait l'objet d'une réflexion sur
l'architecture des chambres et sur le mobilier.

Le contrôle des nuisances
Les nuisances ont également été limitées par les
progrès architecturaux.
Le bruit dans les chambres représente une des
principales plaintes exprimées par les patients. C’est
également un élément qui joue un rôle important des
troubles psychiques compliquant une hospitalisation, de
l’anxiété et du stress développés par les patients, les
proches et les soignants. L’Organisation Mondiale de la
Santé recommande une intensité sonore moyenne
maximale de 35 décibels, avec des pics qui ne doivent pas
dépasser 40 décibels la nuit. Les chambres individuelles
avec une isolation renforcée ont permis de d’améliorer ce
problème.
Les variations de température dans les chambres
représentent également une nuisance importante : la
régulation de la température est désormais la règle dans les
14nouvelles constructions. Le respect de l'intimité des
patients a également été pris en compte.
Enfin, la nécessité d'une source de lumière naturelle
dans les chambres s'est imposée et les chambres sont
pourvues désormais de larges fenêtres ouvrant sur
l'extérieur.


L’échec de cette démarche architecturale
« fonctionnelle »

Malgré les progrès accomplis dans les dernières
décennies, la démarche architecturale fonctionnelle peut
néanmoins être considérée comme un échec. Certains
spécialistes de l’architecture hospitalière qualifient les
hôpitaux actuels de structures sinistres et déshumanisées.

Une architecture centrée sur la technologie
A la différence des constructions anciennes, les
établissements de santé récents sont le plus souvent
construits à la périphérie des villes pour de multiples
raisons. Très éloignés des quartiers animés, ils donnent
d'emblée l'impression d'une structure isolée de toute vie
sociétale. Cette impression se renforce la nuit, et l'adjectif
sinistre qualifie très bien certains établissements de santé.
Les jardins qui entouraient les hôpitaux dans les
constructions anciennes ont largement disparu, laissant la
place le plus souvent à des parkings qui renforcent encore
le caractère hostile de ces établissements.

L'architecture intérieure des zones communes est le
plus souvent austère. Elles se réduisent le plus souvent à
une cafétéria sinistre et un commerce qui propose des
journaux et quelques objets.
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