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Comment il faut vivre

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Quelle énorme différence entre le jour et la nuit ! Comparez un bel après-midi, où le soleil brille d’un éclat bien vif sans un nuage à l’horizon, avec une heure d’une nuit si profonde que les ténèbres elles-mêmes semblent obscurcies et que les objets ne peuvent plus être distingués. L’effet sera le même que si vous considérez d’abord un salon immense, orné de beaux tableaux et d’objets d’art, puis un cachot sombre et froid dans lequel tout est ténèbres, et tout est étrange.

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À propos de Collection XIX

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Sébastian Kneipp

Comment il faut vivre

Avertissements et conseils s'adressant aux malades et aux gens bien portants pour vivre d'après une hygiène simple et raisonnable et une thérapeutique conforme à la nature

Introduction

Il me suffit de jeter un regard sur la vie humaine pour constater que la plupart des hommes sont obligés de travailler et de peiner pour subvenir aux besoins de leur famille, et pour voir qu’ils gagnent réellement leur pain à la sueur de leur front. L’arrivée de l’homme en ce monde, son pèlerinage ici-bas et son départ pour l’éternité m’enseignent que notre corps, tout en servant d’enveloppe à une âme immortelle, est un chef-d’œuvre, mais bien fragile. Enfin les nombreuses souffrances physiques et morales sont faites, je l’avoue, pour rendre plus difficile aux créatures l’accomplissement de leurs devoirs, et c’est „un joug bien dur que celui qui pèse sur les enfants d’Adam depuis l’heure à laquelle leur mère les a mis au monde jusqu’à la minute où ils retournent à la terre, notre mère à tous“.

Qu’il ait. pu en être autrement, la raison nous le dit, puisque l’homme, par son âme immortelle et libre, est l’image de son Créateur tout-puissant, plein, de bonté et de sagesse. Comme nous l’enseigne aussi l’Église, toute la création gémit sous la malédiction que nous a value le péché originel et sa punition ; la justice divine veut que l’homme supporte son sort avec patience et qu’il soit prêt à la mort, quelle que soit l’heure, quel que soit le lieu. Mais celui qui a dit : „Demandez et vous recevrez“peut aussi, touché par notre humble prière, prolonger les jours de notre existence ; il peut retenir le bras vengeur levé pour nous châtier et pour nous infliger les infirmités et les misères. L’homme ne doit donc pas se contenter de demander à Dieu la santé et une longue vie, il doit aussi employer son intelligence à chercher dans la nature les trésors que Dieu y a déposés pour guérir les maux de la vie. Ici encore c’est le cas de répéter : Aide-toi, le ciel t’aidera !

De tout temps il y eut des hommes qui se firent un devoir de chercher les moyens de guérir la plupart des maladies. Aussi faut-il renoncer à compter les ouvrages qui nous initient aux vertus des plantes et aux effets salutaires des minéraux. Quant aux livres, qui nous renseignent sur les moyens de combattre tel ou tel mal par le feu ou par le bistouri, ils sont incalculables.

Dès mon jeune âge, j’ai remarqué dans bien des indispositions les excellents résultats des herbes ramassées par de vieilles gens. On considérait alors la vie d’une façon plus réfléchie que de nos jours, et l’on savait élever son âme vers le ciel d’où viennent la guérison et le salut. Les simples, en si haute estime chez les anciens, sont aujourd’hui méprisées ou oubliées ; quelques-unes seulement sont encore recherchées par de braves gens, et utilisées dans la médecine domestique. Le sort de ces plantes est un peu celui des vieilles modes. Les vêtements solides et utiles ont cédé la place à des parures sans goût, aussi laides que nuisibles, et qui usent le corps.

Désireux de soulager les maux de mes semblables dans la mesure du possible, j’ai renoué connaissance avec les simples abandonnées ou oubliées, j’ai expérimenté leurs vertus et j’ai débarrassé plus d’un homme de maladies cruelles et invétérées. Et combien de fois n’ai-je pas dû m’écrier : O mon Dieu ! que vos œuvres sont admirables ! Ce que l’homme dédaigne, ce qu’il foule aux pieds, vous l’avez semé devant ses yeux pour qu’il y puise du secours dans les souffrances.

La main bienfaisante du Tout-Puissant a donné à la pauvre humanité un remède tout spécial, qui se rencontre partout et qui guérit de nombreuses maladies ; c’est l’eau. Ce grand don de la bonté divine non seulement calme la soif de l’homme et des animaux, mais il est aussi le premier de tous les remèdes, le meilleur et le plus commun. La nature d’ailleurs ne se charge-t-elle pas d’indiquer elle-même à l’homme de cent façons différentes que l’eau doit être employée comme remède. Voyez comme il paraît doué d’une nouvelle vie et de forces plus grandes celui qui, soit après une dure journée de labeur, soit le matin à son lever, s’est bien lavé la figure, les mains, le cou et la poitrine. Si l’on est un peu observateur on n’est pas sans remarquer que les animaux eux-mêmes recherchent l’eau comme un remède à leurs souffrances. En ceci encore, l’homme qui a l’intelligence se montre plus déraisonnable que la créature qui en est privée.

L’eau, en tombant sur la terre au printemps ou en été, excite partout la vie et la croissance, infiltre dans les organes des plantes une vie nouvelle et une activité plus forte. Elle rafraîchit et vivifie les parties du corps que tout homme civilisé approprie chaque jour. N’est-ce pas suffisant pour indiquer que l’eau doit être employée aussi bien par les gens bien portants que par les malades pour débarrasser l’épiderme des matières nuisibles, et pour rafraîchir l’ensemble des organes et leur donner une nouvelle activité. — Mais il en est de ceci comme d’une foule d’autres choses. On cherche la guérison où elle n’est pas, ou dans ce qui est contraire à la nature, et on délaisse ce qui est simple, conforme à la nature, et raisonnable. On peut même dire que plus une nouvelle méthode curative est extraordinaire, plus ses adeptes et ses amis seront nombreux, jusqu’à ce que la foule de ces crédules remarque qu’elle a été dupe et que le célèbre praticien a su se remplir les poches. Ce que la Sainte Ecriture dit de l’eau surnaturelle, de la grâce, on peut aussi l’appliquer à l’eau ordinaire : „Ils ont abandonné les sources vivifiantes (c’est-à-dire qui donnent et soutiennent la vie) et ils ont creusé des citernes qui n’ont point d’eau (partant point de vie).“

Cela peut se dire aussi de la façon de vivre de la plupart des hommes aujourd’hui. Si l’on considère les absurdités auxquelles on se livre surtout dans l’éducation physique des enfants, on en arrive à douter du bon sens des hommes et de leur logique Pourquoi donc ne pas prendre nos ancêtres pour modèles ! Pendant des siècles ils employaient l’eau non seulement pour la propreté du corps mais aussi pour la conservation de la santé ; par des bains d’eau froide ils donnaient au corps des enfants la force de résistance nécessaire pour lutter contre toutes les influences nuisibles du climat. et des saisons. Regardons encore plus en arrière. Ne voyons-nous pas les Romains, dans leurs expéditions, construire des bains partout où ils établissaient des retranchements, et quand, d’une façon ou d’une autre, ils étaient entrés en transpiration, ils arrosaient leur corps d’eau froide. Ces anciens, dont nous pourrions encore apprendre beaucoup, faisaient de l’eau un tel cas qu’ils disaient proverbialement : „Béni soit celui qui trouva le bain !“C’est à l’usage raisonnable de l’eau ainsi qu’à leur vie frugale que nos ancêtres attribuaient leur âge avancé, et cette force musculaire qui en faisait des géants.

Dans ces derniers siècles il y eut toujours des hommes qui s’efforcèrent de faire revenir l’humanité à l’hygiène des anciens, et de ramener les hommes à ces règles de vie aussi raisonnables que simples. Je prendrai pour exemple les grands fondateurs d’Ordres ; dans les règles qu’ils imposaient à leurs communautés ils déclaraient la guerre à toutes ces absurdités qui tendent à débiliter le corps, par suite ils rendaient les membres de l’Ordre aptes à remplir les devoirs de leur dure vocation, tout en étant bien portants et en vivant longtemps. Bien des médecins ont aussi reconnu la vertu de l’eau et l’ont regardée comme étant d’un grand secours pour la guérison des misères humaines. Parmi ces praticiens les plus contemporains, je citerai Hufeland et Priesnitz.

Ce n’est ni par goût, ni par amour de la médecine, mais par nécessité que j’ai expérimenté les heureux effets de l’eau. Quand l’on est. dans le besoin on prie et on utilise son intelligence ! En 1847 je fus condamné par deux célèbres médecins, j’avais un pied dans la tombe, et les deux savants me déclarèrent perdu. Grâce, à l’eau je vis encore aujourd’hui, je suis gai et encore capable de beaucoup d’œuvres.

Il est vrai que je ne le dois pas à l’eau seulement, mais aussi à ma forte constitution, à mon hygiène tout-à-fait serrée et en désaccord avec celle de beaucoup de gens.

Ce qui m’a procuré la santé, à moi, candidat de la mort, pourra sans doute aussi servir à bien d’autres : ce remède fut uniquement, l’eau. Je prends à témoin tous ceux qui ont été guéris en suivant ma cure d’eau, et ils peuvent se compter par centaines. Mais, comme je l’ai dit, ce qui m’a conservé une excellente santé pendant plus de 40 ans, ce ne fut pas seulement l’usage de l’eau, mais aussi la façon de me nourrir, de me loger, de dormir et de me vêtir.

C’est pourquoi les amis qui m’avaient engagé à publier ma „Cure d’eau,“me pressèrent de publier mes expériences sur les bons effets d’une hygiène d’accord avec la raison et les forces physiques. Je m’y décidai difficilement. Les devoirs de ma vocation sacerdotale doivent avant tout absorber mes forces ; c’est dans ce but d’ailleurs que viennent à moi le grand nombre de ceux qui, dans leurs diverses souffrances, me demandent de les soulager ; rien que pour cette année j’en compte déjà plus de mille. Le second motif qui me fit résister, c’est que j’ai 69 ans et que j’aurais besoin de repos et de ménagements. Écrire ce livre, c’était donc retrancher un certain temps à mon existence. Ce qu’il contient a été écrit par pièces, comme cela se présentait. à mon intelligence, ou sur un fonds de notes que j’ai prises dans les cas les plus graves. On voudra donc bien me pardonner si on retrouve dans ce livre des choses déjà dites dans mon ouvrage „Cure d’eau.“Ce que j’ai déjà dit était-il bon ? — et le succès de l’ouvrage précité semble le confirmer — alors je puis le dire deux fois ; on ne s’en souviendra que mieux.

Les médecins formés à l’académie de médecine n’acquiesceront sans doute pas à tout ce qui est. dit dans cet ouvrage, ils ne le trouveront pas à la hauteur de ce que l’on appelle la science contemporaine. Cela ne m’empêchera cependant pas de l’écrire parce que le résultat est le meilleur guide de la vérité ; ce qui est de quelque secours pour l’homme, ce qui le rend bien portant, ne peut être que bon pour lui. S’il est traité suivant les règles de la science et qu’il vienne à mourir, ce sera pour lui une bien mince consolation que de savoir qu’il a été soigné selon les meilleures données scientifiques. Je n’ai encore invité personne à venir se faire soigner par moi ; et j’ai l’habitude, dans les cas graves, d’adresser d’abord le malade à un médecin savant et renommé, pour qu’il l’ausculte et lui dise où siège son mal. Alors seulement je me décide à le soigner. Je ne vise pas non plus à faire concurrence à la médecine savante ; je reconnais volontiers le bien où je le trouve. Mais je me dois à moi-même de donner un témoignage à la vérité et de déclarer faux ce qui est reconnu comme tel. Je ne suis guidé par aucun intérêt terrestre ; la compassion pour ceux de mes semblables qui souffrent, voilà le mobile auquel j’ai obéi et j’obéis encore aujourd’hui.

Si l’on m’objectait que ma vocation n’est pas de guérir les gens, je répondrais : Le samaritain n’était pas non plus un savant docteur et il soigna cependant le malheureux tombé entre les mains de voleurs qui l’avaient presque tué, et il ne se préoccupa point du blâme que pourraient lui infliger ses compatriotes pour sa trop grande miséricorde.

Je ne redoute pas une critique malveillante de mon ouvrage, je n’y prêterai pas attention, quand même elle se draperait, dans le manteau de la soi-disant science. Un médecin a pu dire de mon premier ouvrage : „Le livre serait bien s’il n’était l’œuvre d’un calotin et une telle franchise indique grandement l’état d’âme de ce grand bienfaiteur de l’humanité. Moi, je réponds tout tranquillement „les soldats non plus n’ont pas inventé la poudre, et ils tirent cependant très bien.“Je renonce à toute gloire et à tout honneur ; le Pater que dira pour moi celui que j’aurai guéri me sera bien plus profitable que tous les diplômes d’honneur de ceux qui se croient appelés à jouer le rôle de défenseur et de sauveur de la science.

Quant à ceux que cela pourra intéresser, je leur déclarerai que mon ouvrage „Cure d’eau“en est à sa 26 édition. Il n’y a pas encore trois ans que ce livre est publié et il n’y a pas un coin de terre allemande qui ne le connaisse et où il ne soit accueilli comme l’ami du foyer. Il a même pénétré dans d’autres pays et y a des amis Je puis donc concevoir le modeste espoir que l’humanité bénira aussi cet ouvrage, dont le but est de dire aux hommes comment ils doivent vivre, s’ils veulent être et demeurer sains et forts, et engendrer une race qui leur ressemble. Si, dans „Cure d’eau‟, j’expliquais aux lecteurs comment, grâce à l’eau et aux simples, ils pouvaient retrouver une santé perdue, ce nouvel ouvrage leur enseignera l’hygiène à suivre dans le choix de la nourriture, du logement, du vêtement, etc., pour conserver la santé et prévenir les maladies. Ce sera la première partie.

A la requête de mes amis, j’ai traité, dans la seconde partie, d’un certain nombre de cas de maladies qui ont quelque intérêt ou qui complètent ceux que j’ai exposés dans „Ma cure d’eau.“Je n’ai pas simplement énuméré les traitements qui ont été suivis, mais aussi les effets que je désirais obtenir afin de guider celui qui n’a pas un médecin près de lui. et lui enseigner comment il peut employer l’eau en attendant l’arrivée du médecin, sans qu’il y ait à redouter le moindre danger pour la santé.

Toi aussi, mon second ouvrage, commence donc ton voyage sous la protection du Tout-Puissant. Aborde d’abord ceux qui, par la lecture de „Cure d’eau“, ont eu occasion de se lier d’amitié avec l’eau et qui usent de l’eau comme d’un sauveur contre la maladie. Tu leur diras ce qu’ils doivent savoir pour compléter ce qu’ils ont acquis avec la lecture du premier ouvrage. Si tu te fais autant d’amis que le précédent ouvrage, ma joie sera grande parce que j’aurai le témoignage d’avoir aidé quelque peu au bien de mes semblables. Pour moi-même je ne désire qu’une chose, c’est que ceux qui ont été guéris par moi ou que mes deux livres ont aidés à prolonger leur joie de vivre et leur temps d’expiation sur la terre, me donnent un petit souvenir dans leurs prières. Ainsi soit-il.

Wœrishofen, 15 septembre 1889.

 

L’auteur.

PREMIÈRE PARTIE

Des conditions de la santé et des moyens de la conserver

Chapitre I

Influence de la lumière sur la santé de l’esprit et sur celle du corps

Quelle énorme différence entre le jour et la nuit ! Comparez un bel après-midi, où le soleil brille d’un éclat bien vif sans un nuage à l’horizon, avec une heure d’une nuit si profonde que les ténèbres elles-mêmes semblent obscurcies et que les objets ne peuvent plus être distingués. L’effet sera le même que si vous considérez d’abord un salon immense, orné de beaux tableaux et d’objets d’art, puis un cachot sombre et froid dans lequel tout est ténèbres, et tout est étrange. La vue du salon élèvera l’âme et réjouira, le cachot au contraire n’inspirera que de la crainte et une profonde tristesse. Quel est celui qui voudrait élire domicile dans un lieu aussi sombre ? Chacun se dirait qu’il y dépérirait, et tous préfèreraient un salon vaste, bien éclairé et orné d’objets d’art. C’est à ce salon que ressemble la création quand elle est éclairée par la lumière du soleil. Elle apparait alors dans tout ce qu’elle a de grandiose et de beau. Mais quand la terre par sa position empêche les rayons du soleil d’éclairer la nature qui nous environne, elle est alors semblable à un sombre cachot. Et si le soleil cessait de se. lever et de se coucher pendant quelques semaines, quelles conséquences cela n’aurait-il pas pour toute la création ! Qu’adviendrait-il de l’homme, la plus belle créature de la terre ? Quelles en seraient les conséquences pour la santé et même pour la vie de l’homme ?

Considérons seulement une plante qui a poussé dans un endroit obscur ou dans une cave où ne peut pénétrer qu’un maigre filet de lumière ! Elle est comme flétrie, sa couleur est pâle, ses fruits sont insipides et elle se fane promptement. On peut dire en général : Ce qui croît à la lumière du soleil se développe sain, puissant et complet, ce qui pousse dans l’obscurité est et demeure chétif. Ce qui est frappant d’ailleurs, c’est que la. plus grande partie des plantes et surtout les fleurs se tournent toujours vers la lumière ! Le tournesol attend au matin le soleil levant, reste tourné vers lui jusqu’au soir et s’incline avec l’astre vers le couchant. Beaucoup de fleurs d’ailleurs ferment leur corolle le soir comme le commerçant sa devanture ! Quand le soleil se lève, elles s’ouvrent de nouveau. Il en est des animaux comme des plantes ; quand le jour disparaît, ils aspirent au repos, et quand le soleil se lève, ils ont plus de vivacité et une nouvelle vigueur. Il n’y a presque pas d’oiseaux qui chantent le soir ; tout ce qui peut chanter commence au matin.

Si la lumière exerce une telle puissance sur les autres créatures, pourquoi n’aurait-elle pas une influence particulière sur le corps humain et sur l’esprit ? Voyez quelle-tristesse une journée sombre procure à l’homme malade ! L’homme bien portant est, lui aussi, moins gai ; mais quel agrément n’éprouve-t-on pas quand, après plusieurs jours de pluie, un joyeux rayon de soleil pénètre dans la. chambre du malade, dans l’atelier ou dans toute la nature ! Chaque homme subit l’influence de la lumière aussi bien au coucher qu’au lever du soleil ; mais le malade éprouve doublement la chose. Il est facile aussi d’observer sur l’homme les avantages de la lumière ou les dommages causés par le manque de lumière. Il est rare de trouver un tisserand, un ouvrier de fabrique, un mineur, ou tout autre appelé par sa situation à se priver de la lumière du jour, qui ait une figure bien portante et fraîche. N’ont-ils pas tous une fleur de la mort sur leur visage. Nos collégiens ont une nourriture abondante et sont soignés presque plus que de raison, et cependant tous manquent de la fraîcheur de la vie et d’une santé complète. On peut dire, à bon droit, que la clarté et la lumière du soleil contribuent beaucoup à procurer à l’homme une bonne disposition et de l’esprit et du corps.

On pourrait peut-être dire : Quand nous manquons de soleil, nous avons cependant une excellente lumière pour le remplacer. En ce genre on a certainement fait des inventions extraordinaires. Comme enfant j’ai vu autrefois allumer des éclats de bois pour la veillée, et on filait à la lueur de cette misérable lumière ; quelquefois aussi on plaçait sur un chandelier un copeau bien sec, on l’allumait à une extrémité et il brûlait lentement jusqu’au bout, les bonnes gens se contentaient de cette lumière et filaient jusqu’à 9 h. du soir. L’huile de lin et les chandelles furent ensuite employées communément pour l’éclairage aussi bien dans les ateliers que dans les maisons particulières. Avec le temps on est arrivé à découvrir maintes sortes de combustibles ou de modes d’éclairage. On a abandonné l’huile de lin et les chandelles parce que les nouvelles matières fournissaient une lumière bien plus claire. On a nui par là énormément à la nature humaine et aux yeux tant par l’éclat éblouissant de la lumière que par l’air corrompu que l’on respire par exemple avec l’éclairage au gaz.

Placez sur une table entourée de 5 à 6 personnes soit une lampe à huile de lin, soit une chandelle comme autrefois et invitez ces personnes à lire le plus longtemps possible ; vous entendrez bientôt tout le monde se plaindre du manque de lumière, preuve évidente que la vue est aujourd’hui plus faible qu’autrefois et que nos lumières ingénieuses ne sont pas sans causer du dommage aux yeux. Le grand nombre de ceux qui portent lunettes est encore une preuve évidente de ce que nous avançons. Je ne me souviens pas d’avoir vu dans mon enfance un jeune homme porter lunettes. On croyait communément alors que les lunettes étaient faites pour les vieilles gens et pour quelques étudiants. Aujourd’hui, au contraire, on rencontre dans les villes et même par ci par là à la campagne des enfants de 8 à 12 ans qui sont déjà obligés de porter lunettes, et ne peuvent pas supporter la lumière du soleil. On en viendra bientôt sans doute à faire porter lunettes aux enfants à la mamelle. Quant à moi, voici quelle est ma conviction : Quand la nature de l’homme est endurcie par la lumière du soleil, chacun a une bonne vue ; quand la lumière du soleil fait défaut, le corps s’affaiblit et avec lui la vue. Il faut donc faire son possible pour ne pas être privé de la chaleur et de la lumière du soleil, et les yeux comme le corps ne s’en porteront que mieux. Mais quand on en arrive à habiter, et cela surtout dans les villes, des chambres ou des ateliers où ne peuvent pénétrer ni la clarté du jour ni la chaleur du soleil, comment ces deux agents pourraient-ils nous rendre bien portants et vigoureux ! Considérez les gens, enfants on grandes personnes qui se développent et travaillent en plein air, en pleine lumière du soleil ; comme les yeux de ces gens-là sont sains en comparaison de ceux de nombreux habitants des grandes villes ou de ceux qui travaillent dans de sombres ateliers ! C’est là une grande preuve à l’appui de mon dire ! L’homme aujourd’hui peut s’habituer à beaucoup de choses surtout quand la mode le prescrit. Il y a des appartements dont les fenêtres sont garnies de sombres et épaisses tentures de façon à faire régner dans tous les coins une sorte de crépuscule, on bien encore il y fait sombre comme dans un cachot. On se garde cependant communément encore d’y lire le soir afin de ne pas affaiblir la vue ; et les personnes qui travaillent beaucoup dans cette sorte de crépuscule affaiblissent leur vue et débilitent leur corps. A mon avis on ne saurait trop s’arrêter à cette pensée : Quiconque vit et se meut à la clarté du jour et à la chaleur du soleil, celui-là conservera une vue excellente et un corps très sain du moins pour autant que la lumière peut avoir de l’influence sur ce point.

Chapitre II

Influence de l’air sur la santé

J’étais arrivé tout à coup au bord d’un assez grand ruisseau. L’eau était si transparente que l’on aurait pu y distinguer la plus petite pièce de monnaie. Le ruisseau était assez profond et assez large et on y voyait passer, rapides comme des flèches, des truites, de petites et de grandes. Leur vivacité, leur fraîcheur, indiquaient suffisamment le bien-être qu’elles goûtaient dans cette eau limpide et belle, dans laquelle elles passaient leur existence. Eh bien cet élément que l’on appelle eau est une toute petite image de l’air. L’air est aussi un élément transparent, impondérable, dans lequel se meuvent les oiseaux, comme la truite nage dans l’eau, de même que l’homme et les animaux vivent sur la terre. L’homme respire et absorbe, sans pouvoir jamais s’arrêter, l’élément qui lui est tellement nécessaire à l’existence qu’il lui serait impossible de vivre sans lui. L’air étant transparent et les matières qui y sont contenues étant invisibles, il nous est impossible de voir comment il est composé. Quant aux éléments que l’homme absorbe à chaque aspiration, ce sont : l’oxygène, l’azote, le carbone et la vapeur d’eau. Ces substances sont nécessaires à la vie, mais la plus nécessaire est l’oxygène. Aussi quand l’air ne contient que les principes nécessaires à la nature humaine, la santé n’en souffre pas. Malheureusement ce n’est pas toujours le cas, et l’air est souvent composé de substances malsaines on bien manque des principes indispensables.

Nous pouvons nous trouver au bord d’un ruisseau ou d’une rivière qui roule des immondices ou de la vase, et dont l’eau est tellement trouble qu’il est impossible de voir le fond, malgré cela nous pourrons y remarquer des poissons et même de très gros. Ces poissons sont moins vifs et moins gais que les truites, aussi ne verrez-vous aucune de ces dernières qui ne se plaisent que dans une eau de source bien limpide. Il y a donc une différence notable entre l’eau de source et l’eau sale de la rivière ; Celle-là jaillit transparente et pure, tandis que les flots de celle-ci charrient bien des ordures. Il en est ainsi de l’air qui peut être pur ou chargé de principes malsains.

De même que la plus belle eau peut devenir subitement trouble et sale si l’on y jette des ordures, l’air le plus pur peut aussi se charger rapidement de substances nuisibles. Que quelqu’un fume un cigare pendant quelques minutes seulement dans une chambre où règne un air pur et aussitôt l’air sera vicié, et il le sera davantage encore, si les fumeurs sont en nombre. Et si l’air peut se corrompre aussi facilement, quelle sera sa composition dans les villes où tant de causes contribuent à le vicier. Ne voyez-vous pas d’ailleurs avec quel plaisir le citadin va à la campagne pour y respirer un air plus pur et plus sain qui enrichira le sang et transformera les tissus. Quiconque tient à sa santé et y attache un certain prix, fait son possible pour passer sa vie dans un air pur, et évite avec soin de respirer un air mauvais et vicié. Dans un autre chapitre je dirai les soins à prendre pour avoir un air pur dans sa chambre.

Chapitre III

Influence du froid et de la chaleur sur la santé

Parmi les nombreux éléments qui enveloppent la terre, il en est deux qui sont de vrais géants et dont l’un a une puissance supérieure à celle de l’autre ; tous les deux se disputent le pouvoir, c’est tantôt l’un qui l’emporte, tantôt l’autre. Ces géants s’appellent : Le Froid et la Chaleur. Qui pourrait énumérer les maladies causées par le chaud et le froid. Combien de milliers de vies humaines ont succombé à leur influence néfaste. Il est donc indispensable de se protéger aussi bien contre le froid que contre le chaud. Les oiseaux du ciel et les animaux terrestres sont, comme l’homme, sujets à l’influence de l’air. Mais Dieu prend soin lui-même de ces créatures. En hiver comme en été, l’oiseau reçoit un vêtement en rapport avec la température de la saison. Les animaux terrestres reçoivent pour l’été un léger vêtement de poils et pour l’hiver une fourrure bien épaisse et bien garnie. Les poissons eux-mêmes n’échappent pas aux soins du Créateur pas plus que les vers à qui Dieu a donné la terre pour abri.

Quant à l’homme, Dieu, l’ayant doué d’intelligence et de raison, a voulu qu’il se protégeât lui-même contre les deux géants. L’homme reçoit cependant une direction suffisante s’il observe son Créateur et s’il est attentif aux soins que le Tout-Puissant donne aux autres créatures. Il apprend alors qu’il est besoin de vêtements différents pour l’hiver et pour l’été si l’on veut échapper aux influences néfastes du froid et du chaud. Au chapitre suivant on verra quelle est la méthode la plus simple et la plus sûre à suivre en cette matière.

Chapitre IV

Des Vêtements

Au chapitre précédent nous avons comparé le froid et le chaud à deux géants toujours en lutte, et contre lesquels l’homme devait se protéger lui-même. Il est à considérer que cette lutte a lieu non seulement dans l’air, mais dans le corps même de l’homme, d’une façon moins grande il est vrai. Le froid aspire à la victoire pour mener le corps à la mort, la chaleur tend à l’empire et si elle l’obtient elle cause les plus grands troubles dans l’organisme. Si je réussissais à guider dans la façon dont on se doit protéger contre les influences néfastes du chaud et du froid, je croirai avoir rendu service à l’humanité, car sous ce rapport il existe souvent une profonde ignorance qui cause la ruine de bien des santés.

L’homme veut-il échapper aux funestes effets du froid, son premier soin doit être alors d’avoir dans le corps la chaleur nécessaire. Tout le corps puise sa chaleur dans le sang. Par de petits canaux nommés veines, le sang pénètre jusqu’aux extrémités du corps, et celui-ci s’en nourrit et s’en réchauffe. En partie diminué, en partie rafraîchi, le sang revient au cœur, et, plus riche et plus chaud, repart de nouveau dans les veines. De même que pour entretenir le feu d’un poële on a besoin de combustible, de même faut-il du combustible pour entretenir dans le corps de l’homme la chaleur nécessaire. Celui donc qui désire avoir un sang bon et riche en chaleur doit d’abord songer au combustible nécessaire à la nature pour produire cette chaleur et la conserver. Heureux l’homme qui peut se vanter d’avoir un sang riche et fort pour nourrir et réchauffer son corps, il a le premier et le meilleur des préservatifs contre le froid, il a le fondement de la santé. Il faut plaindre au contraire celui dont le sang est faible ou en petite quantité ; il fait l’effet d’une chambre insuffisamment chauffée à cause de la pénurie du combustible. L’homme qui n’a pas un sang riche et pur éprouve une sensation de malaise. Ceux qui désirent connaître le moyen d’avoir un sang riche et réchauffant l’apprendront au chapitre où je parle de la nourriture et de l’exercice nécessaires à la santé.

Le second moyen de se protéger contre le froid c’est d’avoir un vêtement en conséquence. Il y a sur ce point encore plus de méprises que sur les moyens de se procurer la chaleur naturelle. Si vous voulez vous vêtir avec intelligence, considérez ce qui suit. Il est des parties du corps qui ne se recouvrent pas et qui peuvent s’endurcir ainsi sans que le froid puisse leur nuire, par exemple le visage et les mains. La figure ne doit jamais être couverte, et la tête doit l’être très peu de façon à ne pas développer une trop grande chaleur. Pour me faire bien comprendre, je prendrai pour exemple les coutumes et les mœurs qui régnaient autrefois, et les changements qui sont survenus depuis 50 ou 60 ans au grand détriment de la santé et de la durée de la vie.

La jeunesse mettait sa fierté à porter un chapeau simple et rien de plus ; quand le froid était plus vif on attachait un mouchoir sur les oreilles mais seulement pendant les grands froids. Si parfois, en hiver, on portait un chapeau garni de fourrure, la fourrure ne faisait pas le tour du chapeau et la chaleur n’était guère plus forte qu’avec un chapeau ordinaire. Quand la tête est trop bien couverte, la chaleur qui en est la conséquence attire encore plus le sang à la tête, ce qui est nuisible. Pourquoi une masse de gens après avoir marché ont-ils la tête couverte de sueur ? Parce que la grande chaleur amène le sang à la tête et la coiffure empêchant la transpiration il en résulte une plus grande chaleur.