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INTRODUCTION Cet ouvrage voudrait schématiser l’essentiel des mécanismes physiologiques qui nous gouvernent. Notre corps, notre esprit, notre comportement en société mais aussi celui des groupes d’individus dépendent, au moins partiellement, des fonctions de nos principaux organes, appareils et de leur coopération. La Physiologie est la discipline qui étudie les lois et les relations présidant au fonctionnement habituel (dit « normal ») des organismes vivants. Cette science repose sur l’observation et sur l’expérimentation chaque fois que cela est possible techniquement et moralement. L’observation chez l’homme, en particulier, s’est enrichie récemment de procédés non ou peu invasifs qui permettent d’apprécier l’activité d’organes peu accessibles tel l’encéphale. Les connaissances de physiologie nous per mettent de comprendre ce qui est commun, en général, aux êtres vivants ou aux animaux ou encore spécifiquement aux êtres humains (les « Hommes », quel que soit leur sexe ou leur âge). La physiologiepathologique étudie ce qui fonc tionne mal en nous lorsque nous sommes les victimes d’accidents ou de maladies ou aussi à la
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suite d’interventions chirurgicales nécessaires mais plus ou moins délabrantes. L’étude des phénomènes physiologiques et de leurs dérèglements ainsi que celle des maladies (la pathologie selon Littré, médecin de formation, est la science médicale qui étudie les « désordres ») nous apprend également — en conjonction avec la génétique — que chaque être vivant est différent de ses congénères : bien qu’ayant d’innombrables points en commun les Hommes sont tous dif férents les uns des autres. Cette différence porte entre autres sur nos capacités physiques et men tales, nos capacités de résistance aux affections pathologiques, notre potentiel de longévité, notre pouvoir de nous reproduire, et bien d’autres traits marquant nos dissemblances que l’on peut hiérarchiser ou simplement constater sans parler d’inégalités. Que nos différences soient d’origine héréditaire, congénitale ou acquise ou d’un mélange de ces facteurs, le fait est que chacun de nous est, en un sens, unique... ce dont nos parents ne doutent pas. L’étude de populations d’êtres vivants conduit également à une conclusion bien désagréable pour ceux qui aiment les classifications manichéennes séparant sans ambiguïté les sujets « normaux » et les sujets pathologiques déclarés « anormaux » : l’observation montre que presque chaque trait, presque chaque particularité habituellement consta tés, sont soumis à une distribution statistique, dite en termes propres à cette science, distribution gaussienne ou « normale ». La taille des enfants à
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un âge donné, par exemple, est variable au sein d’un groupe d’enfants sains : il est normal (habituel) que certains soient plus grands que d’autres et certains plus petits. La majorité se regroupant autour d’une médiane (et qui augmente en général d’une génération à l’autre ces dernières décennies en partie grâce à une meilleure alimentation). Aux extrémités de la courbe normale (gaussienne) de distribution il est impossible, le plus souvent, de décider où commencent les anomalies patho logiques en l’absence d’une cause identifiée rendue responsable. Ainsi, en suivant l’exemple de la taille, une tumeur de la glande hypophyse peut être à l’origine d’un nanisme ou d’un gigantisme. Sinon, seule une décision arbitraire purement utilitaire et dans un but précis est de mise. Nous reviendrons sur ces notions pénibles pour notre scientisme et nos « besoins » de « normalité ». Nous différons donc les uns des autres et nos capacités dépendent entre autres de nos données physiologiques. Nous pouvons ainsi comprendre, par exemple, qu’il est « naturel » (physiologique) qu’une femme enceinte ne puisse pas, en général, effectuer un travail physiquement très pénible (peutêtre même sans être enceinte pour beaucoup d’entre elles par comparaison à ce que la plupart des mâles adultes peuvent réaliser, toujours en général, c’est à dire statistiquement). On peut également constater que certains adoles cents ont « besoin » de prendre des risques vitaux qui nous paraissent insensés. L’agressivité transi toire de certains d’entre eux aurait besoin d’être socialement canalisée pour un temps (après un
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choix politique réfléchi) et non vertueusement dénoncée, ou pas seulement. Un enfant, un adolescent ne sont pas physiologiquement des adultes : ils possèdent sur ce plan des carac téristiques propres. Toujours en ce sens, un homme n’est pas une femme et une personne âgée n’est pas comparable à un adulte en pleine possession de ses moyens. Inutile de préciser que ce ne sont pas les progrès de nos connaissances dites fondamentales (en physique des particules élémentaires ou en biologie moléculaire, par exemple) qui permettent de comprendre le fonctionnement coordonné de notre corps et de notre esprit et encore moins de notre vie en société. Les connaissances « scien tifiques » de pointe, qu’elles portent sur la matière inerte ou sur le « vivant », ne renseignent pas du tout ou très peu sur les grandes fonctions in tégrées. Que les découvertes en biologie molé culaire et/ou en génétique soient à l’origine de progrès importants et permettent de déceler les défauts responsables de certaines maladies est évident et merveilleux mais il y a fort à parier qu’elles ne vous aideront pas à guérir vos « crises de foie » ni à comprendre comment fonctionne notre esprit ou encore pourquoi nous nous laissons entraîner par les marches militaires et autres fanfares. Dans un de ses livres le physicien Gilles CohenTannoudji oppose trois infinis : l’infiniment petit, l’infiniment grand et l’infiniment complexe, celui des sciences de la vie. Sur cette échelle de complexité figurent successivement la cellule, le tissu, l’organe, l’organisme puis la population.
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