De la fluxion périodique des yeux et de l'immobilité

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De la fluxion périodique des yeux et del'immobilité.djvuD. Bosc1876Format djvuDE LA FLUXION PÉRIODIQUE DES YEUX―――――――La fluxion périodique, encore appelée ophthalmie périodique ou intermittente,ophthalmie rémittente, ophthalmie interne ou essentielle, ophthalmie internerémittente, lune, mal de lune, fluxion lunatique, etc., est une maladie inflammatoiredu globe oculaire, se montrant par accès plus ou moins rapprochés et entraînantpresque toujours la perte de la vue.Elle est assez fréquente chez le cheval, très-rare chez le mulet et l’âne. Rhodes,Lapoussée et M. Lafosse l’ont constatée chez le bœuf ; enfin l’homme aussi, paraît-il, serait exposé à la contracter.Cette maladie est héréditaire. Elle peut se montrer en même temps sur les deuxyeux ou successivement sur chacun d’eux, ou enfin sur un seul de ces organes. Cedernier cas est celui que l’on voit le plus souvent. Quand l’un et l’autre sont affectéssimultanément, la marche de l’accès est toujours plus avancée dans l’un d’eux.Symptomatologie. — Lorsque ce processus pathologique suit une marcherégulière, on peut y distinguer trois périodes : début, état, déclin.Je dois faire remarquer que, si ces divisions sont très- bonnes en théorie, il estpresque impossible, dans la pratique, de préciser exactement le montent où unepériode finit et celui où l’autre commence.Première période. Début. — On constate à cette période les symptômes del’inflammation rarement précédés de phénomènes généraux, tels que ...
Publié le : jeudi 19 mai 2011
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De la fluxion périodique des yeux et del'immobilité.djvuD. BoscFor1m8a7t 6djvuDE LA FLUXION PÉRIODIQUE DES YEUX―――――――La fluxion périodique, encore appelée ophthalmie périodique ou intermittente,ophthalmie rémittente, ophthalmie interne ou essentielle, ophthalmie internerémittente, lune, mal de lune, fluxion lunatique, etc., est une maladie inflammatoiredu globe oculaire, se montrant par accès plus ou moins rapprochés et entraînantpresque toujours la perte de la vue.Elle est assez fréquente chez le cheval, très-rare chez le mulet et l’âne. Rhodes,Lapoussée et M. Lafosse l’ont constatée chez le bœuf ; enfin l’homme aussi, paraît-il, serait exposé à la contracter.Cette maladie est héréditaire. Elle peut se montrer en même temps sur les deuxyeux ou successivement sur chacun d’eux, ou enfin sur un seul de ces organes. Cedernier cas est celui que l’on voit le plus souvent. Quand l’un et l’autre sont affectéssimultanément, la marche de l’accès est toujours plus avancée dans l’un d’eux.Symptomatologie. — Lorsque ce processus pathologique suit une marcherégulière, on peut y distinguer trois périodes : début, état, déclin.Je dois faire remarquer que, si ces divisions sont très- bonnes en théorie, il estpresque impossible, dans la pratique, de préciser exactement le montent où unepériode finit et celui où l’autre commence.Première période. Début. — On constate à cette période les symptômes del’inflammation rarement précédés de phénomènes généraux, tels que tristesse,abattement, perte de l’appétit, fièvre.L’œil est douloureux, devient bientôt larmoyant ; les paupières sont infiltrées,rapprochées si la lumière est vive ; la sensibilité de cet organe est augmentée, il y aphotophobie. Les cils s’abaissent, quittent leur direction horizontale pour devenirobliques par en bas. Les larmes sont limpides, irritent la peau et provoquent unedépilation sur le chanfrein. Vers le troisième ou le quatrième jour, l’inflammationétant intense, le trouble de la cornée apparaît et se manifeste de la périphérie versle centre ; les vaisseaux de la partie troublée forment des arborisations rougeâtreset se disposent en rayons convergents ; la pupille est légèrement contractée. Il y aalors des symptômes généraux. La durée moyenne de cette période est de quatreà six jours. Pendant ce temps, la résolution se produit ou bien la deuxième périodecommence.Deuxième période. État. — Il y a à ce moment diminution des signes del’inflammation. Les larmes sont moins abondantes ; les humeurs de l’œil setroublent ; des flocons albumineux très-petits se condensent, viennent se réunirdans le bas de la chambre antérieure et constituent l’hypopion (de ὑπό, sous, et,πῦον, pus). Une fois ce dépôt formé, les humeurs placées au-dessus recouvrentleur transparence. Le fond de l’œil a une teinte de feuille morte ou cendrée. Lenuage adhère quelquefois aux appendices de l’iris désignés sous le nom de grainsde suie, et communique même dans la chambre postérieure.Cette période dure à peu près le même temps que la précédente.Troisième période. Déclin. — A cette époque, le caractère principal consiste dansla résorption de l’hypopion. Il y a réapparition des premiers symptômes ; les floconscoagulés se dissolvent peu à peu et troublent l’humeur aqueuse ; puis enfin,insensiblement, la résorption s’opère et l’œil reprend ses caractères
physiologiques, à quelques modifications près. L’hypopion peut aussi quelquefoisse dissoudre sans qu’un nouveau trouble se produise. La durée de cette périodeest de cinq à six jours.Variétés. — Cette régularité dans les périodes s’observe rarement ; aussi est-ilparfois très-difficile de les distinguer et d’affirmer, par le simple examen des partiesmalades, l’existence réelle de la maladie.Au premier accès, l’affection acquiert une très-grande intensité, ou bien lessymptômes sont à peine visibles. Dans ce dernier cas, on constate un gonflementdes paupières, un larmoiement, un léger trouble des humeurs, un resserrement dela pupille ; puis, cet état disparaît insensiblement pour être suivi, au bout d’uncertain temps, d’un autre plus grave et mieux caractérisé.L’accès se continue parfois pendant un temps très-long sans que l’on puisseremarquer les paroxysmes ; mais, ordinairement, les symptômes étant peuintenses, l’œil semble revenir à l’état normal au bout de cinq à huit jours, de tellesorte qu’il est souvent impossible de reconnaître les traces de l’affection.Dans quelques circonstances, l’œil, sans inflammation préalable, présente tout àcoup un énorme dépôt de teinte jaune feuille morte qui remplit la moitié inférieurede la chambre antérieure. Les paupières, la conjonctive, la cornée peuvent alorsconserver leur aspect physiologique ; la souffrance est peu intense ; cependant, aubout de quelques jours, l’animal perd la vue. L’inflammation peut acquérir, aupremier accès, une telle intensité, que l’œil prend un volume considérable par suited’une hypersécrétion des membranes internes. La cornée peut alors se déchirer etdonner issue aux parties renfermées dans la chambre antérieure. Cette forme de lafluxion est très-rare ; elle a pour résultat d’entraîner la perte immédiate de la vue.Durée des accès. — La durée des accès est, en général, de douze jours à troissemaines. Il en est cependant qui ne durent que six, huit jours et même moins ; lespériodes sont alors très-peu distinctes. Sur les animaux lymphatiques, surtout s’il ya eu déjà plusieurs accès, la durée augmente en proportion de leur nombre et peutêtre de plus de trois semaines.Durée des rémissions. — Elle est très-variable ; mais le terme moyen est d’environtrente jours. Quelquefois plusieurs accès se manifestent dans cet espace detemps ; d’autres fois, les rémissions durent deux, trois mois et même une année.Causes provocatrices des accès. — Les causes d’irritation agissant sur l’œil oumême sur le système muqueux, ou l’ensemble de l’économie, ont une influence surle retour des accès. La poussière, les vapeurs irritantes, les vents violents, lescourants d’air, l’action soutenue d’une vive lumière, l’émigration vers des contréeshumides, l’éruption des dents, la gourme, etc., sont les causes excitantes ordinairesdes accès, bien qu’ils puissent se manifester en l’absence de ces conditions.Causes qui retardent les accès. — Un régime substantiel, l’émigration vers descontrées sèches et chaudes peuvent modérer l’intensité de l’affection et en éloignerles paroxysmes. Les marchands de chevaux de la Catalogne connaissent si bienl’influence de cette condition, qu’ils ne craignent pas d’acheter dans nos contréesdes sujets fluxionnaires, persuadés que la maladie s’arrêtera lorsque les animauxseront conduits dans leur pays.État de l’œil pendant les rémissions. — Ordinairement, les lésions consécutives àun premier accès ne sont saisissables que par un examen très-attentif ; d’autresfois, ces lésions sont tellement graves que l’œil a complètement perdu ses facultésfonctionnelles.On constate souvent à la suite d’un premier accès une teinte terne, feuille morte ouglaucome, reflétée par les milieux de l’œil, le rétrécissement de la pupille. ladéviation de l’axe visuel par en bas. Il y a moins de vivacité dans le regard ; le globeoculaire a quelquefois diminué de volume, et l’on aperçoit dans la chambrepostérieure de petits filaments qui paraissent suspendus au milieu des humeurs etqui, suivant certains auteurs, appartiennent exclusivement à l’ophthalmiepériodique.Après le deuxième et, à plus forte raison, le troisième accès, ces lésions sontmieux accusées et l’on peut constater en outre le rapprochement des paupières quifait paraître l’œil rapetissé ; la supérieure présente, vers la partie moyenne de salongueur, un pli qui détruit la régularité de l’arc qu’elle décrit, de sorte que l’anglenasal de l’œil devient droit au lieu d’être aigu comme à l’état physiologique. Les cilssont souvent tombés et les larmes ont creusé un sillon sur le chanfrein ; la cornéen’est plus aussi limpide ; les filaments déjà indiqués se montrent dans la chambre
postérieure ; des points blancs, opaques ou noirs se font remarquer sur le cristallin ;la vue s’obscurcit et l’animal devient ombrageux.Enfin, à la suie du quatrième accès et des suivants, des altérations plus graves semanifestent. Ainsi, la cataracte, les taies, l’albugo, l’hydrophthalmie, l’atrophie del’œil, l’épiphora, l’onglet, l’adhésion du cristallin, de l’iris avec le reste de la vitre,l’entropion, l’ectropion, etc. L’amaurose est aussi parfois le résultat de la fluxionpériodique.L’examen comparatif des deux yeux permet souvent de distinguer plusieurs de cessymptômes ; cependant, dans quelques cas, ils sont peu apparents ou siègentdans des parties de l’œil difficiles à explorer ; on pourrait alors, pour les étudier, seservir de l’ophthalmoscope.Terminaisons. Lésions. — La fluxion périodique a pour terminaison à peu prèsconstante la cécité presque toujours complète ou permettant encore à l’animal dese diriger seul au grand jour. Ce résultat se produit après un nombre variabled’accès.L’amaurose est aussi une des terminaisons de cette maladie. Elle existe engénéral avec dilatation de la pupille. Celle-ci présente, d’ordinaire, un contourparfaitement régulier et semblable, sauf les dimensions, à celui de la pupillenormale ; quelquefois, au contraire, ce contour est comme déchiré et montre desdébris flottants, dont on peut constater la mobilité lorsqu’on imprime desmouvements à l’humeur aqueuse en pressant sur le globe de l’œil. La pupille estplus rarement resserrée. Dans ce cas, son ouverture est presque entièrement closepar les grains de suie, et le fond de l’œil a un reflet noirâtre. Une lésion très-commune que l’on observe à la suite de la fluxion périodique, c’est la cataracte. M.Hamon aîné s’exprime ainsi au sujet de cette altération : « Sur vingt chevaux atteintsd’ophthalmie interne rémittente, dix-huit au moins sont affectés de cataracte ; ellecommence toujours par un ou plusieurs points blancs argentés, qui demeurentquelquefois stationnaires pendant longtemps, mais qui, le plus souvent, envahissentle cristallin au fur et à mesure que les accès se font sentir, finissent par seconfondre et le rendent tout à fait opaque et imperméable aux rayons lumineux. Cen’est guère qu’au bout d’un an ou deux qu’on distingue bien les altérationssurvenues à tout le globe oculaire ; alors, on ne distingue plus de pupille ; le cristallinoccupe la place de cette ouverture ; il paraît comme hypertrophié, irrégulièrementbosselé et flottant dans la chambre de l’œil. »Voici les principales lésions que laisse encore l’ophthalmie intermittente : uneopacité, une coloration variable des humeurs qui peuvent être augmentées ou, leplus souvent, diminuées ou altérées. Le cristallin, plus ou moins opaque, s’estavancé parfois jusque dans la chambre antérieure et adhère, soit à la cornée, soit àl’iris. Celui-ci est ridé, flétri ; il se confond avec les autres parties ou bien il présenteune ouverture très-élargie. La rétine, la choroïde, les procès-ciliaires se confondent,se ramollissent et même disparaissent. Le tapetum est modifié dans sa couleur etdevient parfois d’un vert jaunâtre ; le nerf optique est atrophié ou ramolli. Rodet anoté l’injection de ce nerf et des couches d’où il émerge chez un cheval fluxionnaire,abattu pour cause de morve.Diagnostic différentiel. — Au début, on peut confondre cette maladie avecl’ophthalmie ordinaire ; mais, en suivant la marche de l’affection, il est permis defaire la distinction. Dans quelques cas cependant, on est obligé d’attendre le retourd’un paroxysme pour se prononcer.Quelques conjonctivites se présentent par accès, séparés par des intervalles assezlongs. Les paupières sont alors gonflées, la muqueuse est injectée, mais l’intérieurdu globe reste intact.La pneumonie, la bronchite, la gastro-hépatite, le coryza aigu retentissentquelquefois sur l’appareil de la vision et donnent naissance à des ophthalmiessymptomatiques dont le diagnostic devient difficile à faire, par suite de laressemblance des symptômes avec ceux de la fluxion périodique.Ces ophthalmies sont entièrement subordonnées à ces maladies et, d’habitude, nelaissent pas de lésions. De plus, elles existent en général aux deux yeux, tandis quela fluxion périodique n’attaque ordinairement qu’un seul de ces organes, ou lorsqueles deux sont atteints. il y en a toujours un de plus malade que l’autre.Bouley jeune, Verheyen ont admis qu’il existait alors un dépôt floconneux en toutsemblable à l’hypopion. M. H. Bouley pense que cette dernière lésion estpathognomonique de l’ophthalmie rémittente, et qu’on a affaire à cette affectionquand on constate l’hypopion dans les cas de gastro-hépatite, de pneumonie, etc.
M. Mariot-Didieux, ainsi que M. Hamon, ont souvent constaté l’influence que lesaffections intestinales exercent sur le développement de la fluxion périodique.L’amaurose se caractérise en ce qu’elle ne se présente pas par accès ; la pupilleest dilatée, la vue presque abolie, etc. ; mais les humeurs conservent leurtransparence et les autres parties de l’œil ne sont nullement modifiées.Enfin, dans quelques circonstances, la généalogie, la provenance, le moded’élevage de l’animal fournissent au vétérinaire de précieux renseignements pour lediagnostic.La description sommaire que je viens de faire de la fluxion périodique m’a paruutile pour rendre plus faciles à comprendre les questions qui vont être exposées àpropos de la jurisprudence.Je n’ai pas cru devoir m’étendre davantage sur ce point, craignant d’être entraînéau-delà du cadre que je me suis tracé, et préférant renvoyer le lecteur à l’excellentouvrage de M. Lafosse et à l’article : Fluxion périodique, publié dans le NouveauDictionnaire pratique de MM. Bouley et Reynal.Jurisprudence commerciale. — Expertise. — La fluxion périodique des yeux setrouve placée en tête des vices réputés rédhibitoires par la loi du 20 mai 1838. pourle cheval, l’âne et le mulet, avec trente jours de garantie.Cette maladie était considérée comme devant entraîner la résiliation de la ventepar les anciens usages et coutumes. Huzard, Chabert, Fromage de Feugré et lesauteurs du Code rural avaient également pensé qu’elle devait donner lieu à larédhibition.Elle réunit, en effet, les conditions voulues pour être comprise dans la catégorie desvices inscrits dans la loi du 20 mai. Il est possible qu’elle soit déterminée par descauses éloignées et cachée au moment de la vente ; elle déprécieconsidérablement l’animal : enfin, elle ne se manifeste que par accès, et il estsouvent impossible de constater les traces de son existence.Quelques questions qu’il est bon d’examiner tout d’abord, ont donné lieu à desinterprétations diverses.1° La périodicité doit-elle être constatée pour pouvoir conclure à l’existence de lafluxion périodique ? Cette manière de voir a été acceptée par les anciensvétérinaires ; mais on comprend qu’elle est contraire au texte et à l’esprit de la loidu 20 mai, ainsi crue l’a fait observer M. Renault. Par le mot périodique, en effet, lelégislateur a voulu simplement spécifier la maladie qui devait être rédhibitoire etnon pas exiger que l’expert constatât la périodicité. Ce dernier doit donc seprononcer pour l’affirmative, sans attendre l’apparition d’un nouvel accès si, aumoment de la visite, il aperçoit des signes certains de cette affection. Il est évidentqu’il aura rempli sa mission s’il peut reconnaître la périodicité sans être obligé deconstater en fait la succession de plusieurs attaques. Il ne doit ajourner sonjugement que lorsque les symptômes sont trop peu accusés, pour qu’il puisseaffirmer qu’ils ne dépendent pas d’une autre maladie de l’œil, d’une ophthalmieinterne, par exemple.2° Quelles limites doit-on assigner au temps consacré à l’expertise ? Desdissidences nombreuses ont existé sur ce point. À la Société centrale de Médecinevétérinaire cette question a été vivement débattue ; et MM. Renault, H. Bouley,Bouley jeune, Vatel ont admis que ce délai ne devait pas s’étendre au-delà detrente jours. Ces auteurs se sont appuyés pour émettre cette opinion sur le texte dela loi de 1838. Le législateur, en donnant en effet trente jours de garantie, a admisimplicitement que cette maladie devait se développer dans cette période de tempschez l’acheteur. Par conséquent. les accès ne se produisant pas dans les trentejours qui suivent le temps de la garantie légale, l’expért pourra conclure. Il pourra setromper scientifiquement, mais il sera d’accord avec le texte et l’esprit de la loi. Lesattaques peuvent il est vrai, ne se manifester qu’au bout de trois, quatre, cinq mois ;mais ce sont là des exceptions dont l’expert n’a pas à se préoccuper. (Bouley etReynal. Dict.)A l’exemple de mon savant professeur M. Lafosse, je vais considérer l’expertisecomme pouvant avoir lieu dans trois conditions particulières.Le vétérinaire appelé à procéder à l’examen de l’animal qui est l’objet d’unecontestation, peut trouver la fluxion, soit à la première période, soit à la deuxièmeou à la troisième, ou enfin dans quelques cas, en état de rémission.
Premier cas. — On observe les principaux symptômes, tels que trouble de l’œil,hypopion ; puis, retour de l’œil à son état de transparence, dissolution de l’hypopionet trouble des humeurs ; enfin, disparition du trouble, mais avec persistance desaltérations plus ou moins prononcées de la rémission. Le diagnostic est alors très-facile et peut être porté sans attendre un nouvel accès.Deuxième cas. — Il devient alors difficile de donner une solution précise ;cependant, on ne saurait admettre sans réserve l’opinion de M. Mignon, prescrivantla fourrière comme étant indispensable, vu l’impossibilité où l’on est de reconnaîtrela nature périodique de l’affection à cette époque. L’expert peut, en effet, observercertains symptômes ayant une grande valeur diagnostique, qui suffiront pourmotiver une décision affirmative. Ainsi, la présence de l’hypopion avectransparence des humeurs. sans aucun indice d’autres maladies pouvant retentirsur l’appareil de la vision, constitue une altération très-importante. Cette lésions’accompagne, en outre, de larmoiement, de rapprochement des paupières, deresserrement de la pupille, de teinte feuille morte du fond de l’œil. Ensuite, lorsquela dernière période arrive, apparaissent tous les signes d’une ophthalmie interne,qui disparaissent bientôt sans aucun soin, ce qu’on ne remarque guère dans lesaffections non périodiques des yeux. La troisième période terminée, on peut voirenfin les caractères plus ou moins accusés de la rémission.Dans cette succession de symptômes, il y a certainement des raisons suffisantespour faire admettre à l’expert l’existence de la fluxion périodique.Troisième cas. — Deux conditions peuvent alors exister : il n’y a pas de lésions ouelles sont insignifiantes, ou bien des altérations assez accusées se montrent dansl’œil.Dans la première condition, l’animal a les yeux nets. sa vue est bonne ; il n’y a doncpas de vice rédhibitoire ; inutile de mettre le sujet en fourrière. D’ailleurs, l’acheteurn’aurait pas alors de raisons pour intenter l’action en résiliation.Dans la seconde condition, c’est-à-dire lorsque les yeux sont malades, si l’onremarque les principales lésions qui ont été décrites pour l’œil à la période derémission, on pourra reconnaître là, comme au moment de l’accès, l’existence del’ophthalmie rémittente, surtout si l’animal qui les présente à une tête empâtée, uneganache très-forte, les yeux rapprochés, un tempérament lymphatique, n’a pasdépassé sa septième année et si l’on ne peut distinguer aucune cause évidented’ophthalmie. Il n’y a donc pas lieu, dans ce cas, d’attendre un nouvel accès.Cet ajournement sera encore inutile si l’expert est appelé lorsque l’accès est à satroisième période ; car il y a alors une ophthalmie interne assez intense, qui sedissipera promptement d’elle-même et qui sera suivie de la période de rémission,laissant apercevoir les lésions déjà indiquées.Dans quelques circonstances, à la vérité, il sera très-difficile de réunir tous cessignes et de porter un diagnostic sur ; mais ce n’est point là un motif assez puissantpour faire déclarer que la fluxion, à cette période. ne saurait jamais être reconnue.Difficultés. — Au moment de l’examen de l’animal, il existe quelquefois uneophthalmie symptomatique dont l’expression ressemble beaucoup à la fluxionpériodique. Quels sont les moyens qui permettront de faire la distinction etcomment doit agir l’expert ?Les caractères distinctifs ont été déjà exposés ; mais je crois bon de désigner denouveau, comme un signe des plus importants, l’absence, après la résolution de laphlegmasie oculaire, des signes caractéristiques de l’ophthalmie périodiquependant la rémission. Il faut aussi considérer l’âge, le tempérament, laconformation, etc. ; en un mot, les différentes conditions indiquant uneprédisposition à la fluxion.Les anciens vétérinaires avaient pensé que l’hypopion était un symptômepathognomonique de 1’ophthalmie périodique, ce qui simplifiait beaucoup lediagnostic ; mais MM. Verheyen, Bouley jeune, Drouard, etc., ayant reconnu qu’il yavait des ophthalmies symptomatiques présentant cette lésion, la position estdevenue, par suite, plus embarrassante pour le vétérinaire. Cependant cesmaladies peuvent, ainsi que MM. Mariot-Didieux et Hamann aîné l’ont observé,déterminer la cécité, et ont parfois une si grande ressemblance avec la fluxion.qu’on peut bien les considérer alors comme devant entraîner la rédhibition. Il ensera ainsi, par exemple, lorsqu’on pourra constater le trouble de l’humeur aqueuse,l’hypopion la dissolution et la résorption de ce produit morbide. Il y a là des signesqui doivent engager l’expert à ne pas prolonger indéfiniment la fourrière pourattendre un accès qui pourrait ne pas venir, et occasionner ainsi des frais qui, joints
à ceux qu’entraînent les lenteurs de la procédure, sont quelquefois supérieurs à lavaleur de l’animal.Un des cas les plus embarrassants est celui qu’offre un sujet chez lequel semontrent des taches de la cornée, du cristallin, la cataracte, l’amaurose.Ces maladies chroniques ne peuvent pas empêcher l’expert de se prononcer pourl’existence de la fluxion, pourvu qu’il en distingue les signes dans l’œil. Mais souventces caractères ne se remarquent point. Or, on sait que si ces altérations sontparfois la conséquence de l’ophthalmie périodique, elles peuvent être aussil’expression d’autres maladies des yeux. Comme il n’y a alors que présomption etnon certitude, il faudra ou mettre l’animal en fourrière, ou engager l’acquéreur àrenoncer à l’action rédhibitoire.On a pensé que les traces de sétons, les vésicatoires, l’épilation de la face, la chutedes cils, etc., pouvaient servir au diagnostic de la fluxion périodique ; mais cesaltérations ne sont pas nécessairement des conséquences de cette maladie et nedépendent pas toujours du traitement qu’on lui a opposé.Lorsque l’oeil est atteint d’une ophthalmie aiguë. on doit attendre la guérison et,s’assurer, avant de porter un jugement négatif, qu’il n’existe pas des lésions de lafluxion périodique en rémission. L’ophthalmie simple peut n’être, en effet, qu’unsigne précurseur de cette affection.Dans certaines contrées de la France, il règne des ophthalmies internes très-graves qui déterminent fatalement la cécité. L’expert peut-il alors se prononcer ? Ille peut, s’il a constaté les caractères des trois périodes ou au moins des deuxdernières périodes de l’accès ; dans le cas contraire, il ne doit point conclureaffirmativement. Ces ophthalmies se présentent ordinairement au début avec lescaractères d’une conjonctivite plus ou moins intense ; il y a trouble de l’humeuraqueuse ou seulement quelques points blanchâtres qui flottent dans cette humeur,sans formation de dépôt floconneux. Cette affection disparaît sans laisser detraces ; mais elle se manifeste de nouveau après un certain temps avec lessymptômes primitifs, et alors elle amène la cécité que l’on s’explique surtout par leslésions existant sur le cristallin et l’iris.Il arrive souvent que ces maladies n’ont pas la physionomie de la fluxion malgré leurintermittence. On ne voit pas la formation et la résorption successives des produitsmorbides avec retour de l’œil à son état habituel d’intégrité.La rédhibition doit être admise quoique l’affection fût visible au moment de lavente ; elle doit l’être aussi quand on reconnaît son existence, alors même que lesdeux yeux sont perdus.Un cheval est vendu quelquefois comme borgne, comme ayant perdu un œil à lasuite d’une fluxion périodique : l’expert constate la netteté de l’autre œil ; mais il nepeut rien assurer pour l’avenir. On pourrait espérer davantage de ne pas voir leretour de l’affection s’il y avait eu un accident, une contusion ou l’introduction d’uncorps étranger dans l’organe détruit.Règles de l’expertise. — L’examen des yeux doit être fait avec la plus grandeattention pour déterminer la nature de la maladie.Fréquemment, l’expert reconnaît la nécessité de soumettre l’animal à plusieursvisites, pour suivre la marche de l’affection, pour la distinguer des autres maladiesavec lesquelles on pourrait la confondre.Dans les cas douteux, la fourrière est utile, mais il ne faut pas oublier sesinconvénients. Il importe de savoir, si l’on attend un accès, que le repos en retardel’apparition, tandis que le travail la favorise ; de là l’indication de soumettre le sujetà un exercice de chaque jour.Il n’est pas utile de faire un procès-verbal suspensif, lorsqu’il y a eu plusieursvisites ; un procès-verbal ordinaire doit suffire, indiquant ce qui a été fait et observé.On engage ordinairement l’acquéreur à demander par écrit, une prolongation degarantie d’un mois au vendeur pour que l’affection ait le temps de se dévoiler. J’aivu souvent employer ce procédé par mes professeurs de clinique. Mais beaucoupde vendeurs se refusent à donner cette prolongation, fût-elle seulement de quatreou cinq jours. Alors, pour peu que l’on reconnaisse quelques signes appartenant àla fluxion, on doit conseiller l’action rédhibitoire.Expertise en cas de mort de l’animal. — La fluxion périodique n’entraîne jamais la
mort du sujet qui en est atteint ; aussi le droit de recours pour un tel cas n’est-il pasréclamé. Néanmoins, dans l’hypothèse d’un tel résultat, est-il possible d’assurerque les lésions rencontrées dans l’œil appartiennent à une ophthalmie continue ouà l’affection intermittente ? M. Mignon ne le pense pas. « On peut bien soupçonner,dit-il, que ces lésions dépendent de la maladie rémittente ; mais il est impossiblede l’affirmer. »Un animal meurt, pendant l’instance, d’une maladie non réputée rédhibitoire par laloi du 20 mai 1838, et, dans le délai de la garantie, on a constaté un accès defluxion périodique. Qui doit supporter la perte ? M. Lafosse, consulté à ce sujet, aémis l’opinion qu’elle devait être supportée par l’acheteur, à la condition, pour levendeur, de restituer une partie du prix proportionnée à la moins-value résultant duvice rédhibitoire reconnu. Il faut alors considérer la valeur de l’animal vendu commefluxionnaire, et faire. la différence entre cette valeur et le prix d’achat.Desiderata. — Sous ce titre, M. Lafosse examine les lacunes que présente la loi du20 mai au sujet de la durée de la garantie et de la fourrière. Le délai de la garantiedevrait être réduit à trois jours pour la fluxion périodique, et l’amaurose ainsi que lacataracte être réputées rédhibitoires. De cette manière, le vendeur ne serait pointresponsable des faits devant être imputés quelquefois à l’acheteur, et l’expert netrouverait plus les mêmes difficultés à se prononcer. La gravité de toutes lesmaladies internes de l’œil, leur distinction souvent impossible à faire, leur caractèrechronique, prouveraient leur existence avant la vente, surtout si la garantie étaitfixée à trois jours.M.H. Bouley propose d’admettre comme rédhibitoires toutes les maladiesanciennes des yeux, quelles qu’elles soient, lorsque ces maladies n’ont pas pourconséquence d’altérer la transparence de la cornée vitrée.Quant au délai de la fourrière, il devrait être fixé par le législateur. Sa durée, dit M.Lafosse, serait calculée sur la durée moyenne de la rémission, prolongée de celledu dernier stade de l’accès qui est ordinairement de cinq ou six jours, et de celledes deux premiers stades qui est de dix à douze jours.Cette fixation du temps est basée sur ce que si l’expert, à sa première visite qui alieu, par exemple, à l’expiration du délai de trente jours, trouve la maladie à sadeuxième période, il lui sera facile de distinguer 1a nature du mal en suivant l’accèsjusqu’à sa fin. S’il éprouve, au contraire, de l’embarras par suite de son examen faitau moment du dernier stade, il pourra étudier l’œil pendant la rémission et mêmeassister peut-être à la manifestation des deux premières périodes d’un autreaccès.Ruses. — Le vendeur, pour masquer la maladie, peut donner un coup sur l’œilaffecté ; l’acheteur, de son côté, agir de la même manière, s’il n’est pas content del’animal. Mais l’expert ne sera point trompé s’il ne porte point un jugement avant des’être assuré de la présence ou de l’absence des caractères de la fluxionpériodique. Cependant il arrive quelquefois, ainsi que l’a observé M. Dayot, queces violences extérieures, exercées sur de jeunes sujets nés et élevés dans lespays où cette maladie est fréquente, peuvent provoquer son apparition. On sait qu’ilsuffit, en effet, d’une action irritante portée sur un organe pour amener ledéveloppement d’une affection à laquelle cet organe est prédisposé. Ces cas nesauraient être prévus, et par conséquent peuvent induire en erreur. Heureusement,ils ne doivent se présenter que dans des circonstances très-rares.Déceptions de l’expert. — La fluxion périodique est considérée comme incurable,quoique le mal disparaisse parfois spontanément ; la guérison est, il est vrai, un faitexceptionnel. Il en résulte que l’expert qui a affirmé l’existence de ce vice, peut êtremis, plus tard, en présence du même sujet dont les yeux seront intacts ; ou bien unsujet déclaré non fluxionnaire présentera, quelque temps après, les signes del’ophthalmie rémittente. Dans ces cas, l’expert à la conscience d’avoir bien agi ;mais il ne doit pas néanmoins oublier de prévenir les parties de ce qui peut arriver.Moyens de conciliation. — Dans les cas difficiles à juger, pour éviter lesinconvénients d’une longue fourrière ou d’un diagnostic hasardé, l’expert doitengager les parties à la conciliation.M. Lafosse propose les moyens suivants :1° Maintenir la vente moyennant une indemnité accordée à l’acquéreur, basée surla dépréciation occasionnée par la maladie.2° Résilier la vente, l’acheteur restituant au vendeur une partie du prix basée sur ladépréciation résultant de la divulgation du défaut présumé, sur les embarras
qu’éprouve quelquefois le vendeur du remplacement qu’il a fait de l’animal qu’ilreprend, et des pertes dont, par suite, il se trouve menacé.Dans les deux cas, les frais doivent être supportés également par chacune desparties.3° L’animal est laissé entre les mains de l’acheteur afin d’éviter les frais defourrière, et parce que le vendeur, qui veut employer la fraude, a plus de moyenspour retarder l’apparition de l’accès que ne peut en avoir l’acquéreur pour laprovoquer. Si, chez ce dernier, il existait des conditions propres à favoriser ledéveloppement de la fluxion périodique, l’expert devrait conseiller une prolongationde courte durée.Dans ces circonstances, l’expert pourra être désigné par les parties commeamiable-compositeur, et prononcera sans appel, ou bien il remettra. le procès-verbal d’expertise, et les tribunaux rendront jugement.Souvent on fixe par un compromis le temps pendant lequel on doit attendre lamanifestation d’un accès. Ce délai expiré, la vente est définitive, si l’accès ne s’estpas montré. En général, le délai de trois mois est suffisant, et c’est l’expert qui estchargé de prononcer sans appel.Les frais sont supportés, dans tous les cas, par la partie qui succombe.DE L’IMMOBILITÉOn désigne sous le nom d’Immobilité une maladie particulière à l’espècechevaline, ayant son siège dans le système nerveux, dont la nature n’est pas bienconnue et qui, presque toujours, est incurable. Elle se caractérise surtout par latendance qu’a l’animal à rester immobile dans de certaines attitudes forcées,vicieuses et même instables, par la diminution de sa sensibilité et par la difficultéou même l’impossibilité qu’il éprouve pour exécuter les mouvements en arrière.Par cette définition, on voit que l’immobilité est considérée comme une maladievéritable, comme une entité morbide. De nos jours cependant, les études anatomo-pathologiques permettent de se faire une nouvelle idée de cette affection et de neplus la regarder que comme un groupe de symptômes pouvant appartenir à desmaladies, à des lésions très-différentes par leur siège et leur nature : unépanchement dans les ventricules cérébraux, des concrétions des plexuschoroïdes, des tumeurs diverses siégeant dans le crâne, etc., etc., peuvent en effetse traduire par les caractères de cette affection.Le mot immobilité, servant à désigner les affections du système nerveux, a doncune signification aussi vague que le mot Colique. appliqué aux maladies qui ontpour siège les différents organes de la cavité abdominale. Ces deux expressionsne s’appliquent point, en effet, à un état pathologique bien défini quant à sa nature,mais seulement à un ensemble de symptômes qui ne sont que la manifestationd’altérations très-diverses.Quoi qu’il en soit de la nature de cet état morbide, il n’en résulte pas moins que lessymptômes qui le caractérisent revêtent une telle uniformité, qu’on peut en faire uneétude spéciale et qu’il ne doit point pour cela être exclu de la liste des vicesrédhibitoires.Avant d’entreprendre l’étude des différentes recherches auxquelles doit se livrerl’expert, il est bon de rappeler sommairement les principaux caractères de cetteaffection.L’immobilité, dont les causes sont très-variées et encore bien obscures, se faitremarquer surtout chez les chevaux à tempérament nervoso-lymphatique, à têtebusquée, à crâne étroit, à oreilles rapprochées (qui manquent de cervelles).C’est surtout pendant le repos, pendant le travail et pendant l’action de manger quel’on peut constater les principaux signes.Pendant le repos. — Considéré dans la station debout, à [écurie, l’animalimmobile a le faciès triste, sans expression ; sa tête est portée basse, souvent
appuyée sur la mangeoire ; ses attitudes sont fixes : il est indifférent à tout ce quil’entoure. Dans la station, il conserve la position d’équilibre instable que l’on donneà ses membres, soit antérieurs, soit postérieurs, quand on les croise ; cesymptôme est encore plus marqué ordinairement après un exercice forcé.La tête peut aussi être placée, au gré de l’expérimentateur, dans une positionfléchie, à droite, à gauche ou en bas, absolument comme on peut le faire avec unautomate ; et si l’animal quitte au bout d’un certain temps cette position, ce n’estqu’avec une grande lenteur, comme si ce mouvement résultait plutôt d’unerétraction insensible des muscles distendus que d’une contraction commandée parla volonté.Pendant le repas. — C’est de l’animal immobile que l’on peut dire : Graminisimmemor ; car souvent, en effet, les excitations produites par la vue, l’odeur, le goûtdes aliments ne durent pas assez pour le déterminer à triturer complètement lesportions de fourrages introduites dans la cavité buccale et qui ont commencé àsubir l’action des mâchoires. La bouchée est oubliée : les mouvements demastication s’interrompent, et souvent même on voit du foin, de la paille resterarrêtés entre les lèvres (le cheval fume la pipe). Si on lui présente enfin un seaurempli d’eau, il plonge ordinairement la tête jusqu’au fond, parce qu’il ne voit pas oune sent pas le liquide placé devant lui ; il ne la retire que poussé par le besoin derespirer.Pendant le travail. — Les mouvements sont automatiques, sans énergie ; maisils peuvent, au début, ne rien présenter d’irrégulier soit au pas, soit au trot. L’animalmarche assez facilement en ligne droite tout en se montrant insensible à l’excitationdu fouet ; mais après un certain exercice qui a produit une accélération de lacirculation et de la respiration, le cheval immobile s’arrête souvent brusquement etreste insensible à toutes les excitations : on dit alors qu’il fait des forces. D’autresfois, il s’emporte ou se jette de côté sans qu’on puisse l’arrêter.L’un des symptômes le plus important de l’immobilité, c’est la difficulté oul’impossibilité où se trouve l’animal d’exécuter les mouvements en arrière. Quandon veut le faire reculer, il s’accule, tenant les membres antérieurs étendus etlabourant le sol ; il peut faire ainsi quelques pas, mais bientôt il s’arrête de nouveauet s’immobilise. Quelquefois il se jette de côté, se cabre et même se renverse enarrière. Ce symptôme se manifeste tantôt à froid au premier examen, tantôt ce n’estqu’après un certain exercice au trot ; enfin, dans quelques circonstances, on nel’observe que lorsqu’on attelle l’animal à une voiture ou qu’on le charge du poidsd’un cavalier.Ces symptômes n’existent ainsi réunis chez le même sujet que dans des casexceptionnels ; parfois, ils sont même peu apparents, difficiles à constater ; aussifaut-il alors soumettre l’animal à l’influence des agents qui peuvent faciliter leurmanifestation. On sait qu’ils deviennent plus marqués quand le cheval a été fatiguépar le travail ; qu’ils sont d’autant plus prononcés que l’affection est plus ancienne.Enfin, l’expérience a démontré que la chaleur solaire augmente leur intensité : il estbeaucoup de chevaux immobiles qui, pendant les saisons froides, paraissentguéris et qui éprouvent des récidives dès que les chaleurs de l’été commencent èse faire sentir.L’immobilité est encore sujette à des paroxysmes qui résultent des conditionsorganiques plus ou moins obscures dont elle dépend. Les animaux présentent alorstous les caractères d’une affection vertigineuse : à l’écurie, tantôt ils poussent aumur avec tant d’énergie qu’ils s’excorient la peau du front et des orbites, tantôt ilsprennent l’attitude du cabrer, les sabots antérieurs portés entre les barreaux durâtelier ou au fond de la mangeoire ; d’autres fois, ils tirent en renard sur leur longe,se renversent et se livrent par terre à des mouvements désordonnés. Après cesparoxysmes, qui peuvent n’avoir qu’une durée de quelques minutes ou se prolongerdes jours entiers, l’immobilité s’accentue davantage et se traduit par un étatautomatique plus accusé qu’il ne l’était avant leur manifestation. Après avoir exposéles principaux symptômes qui constituent cet état pathologique, étudions-le au pointde vue de la jurisprudence commerciale.Jurisprudence commerciale. — Expertise. — Les anciennes coutumes de l’Île-de-France considéraient l’immobilité comme un vice qui devait entraîner larésiliation de la vente. La loi du 20 mai 1838 est venue confirmer ce qu’avaientétabli ces coutumes en l’inscrivant dans la liste des vices rédhibitoires.Cette affection réunit bien, en effet, les conditions essentielles exigées par la loi,pour qu’un défaut d’une chose vendue donne lieu à la garantie de la part duvendeur. Elle est cachée au moment de la vente, ou plutôt elle est assez peu
accusée pour que le cheval qui en est atteint ne paraisse pas, aux yeux du plusgrand nombre, différent d’un animal en santé ; elle rend en outre cet animalimpropre à l’usage auquel on le destine, ou elle diminue tellement cet usage quel’acheteur ne l’aurait pas acquis ou n’en aurait donné qu’un moindre prix s’il avaitreconnu l’existence de ce vice. L’article 1641 du Code civil peut donc être appliquéà l’immobilité.Chabert, dans 1’Instruction vétérinaire, tome VI, ne l’admet pas commerédhibitoire. parce que, dit-il, elle n’est ni latente ni contagieuse ; mais si elle n’estpas latente dans le sens littéral du mot, elle n’en est pas moins cachée pour touteautre personne que l’homme de l’art ; d’un autre côté, si l’on exigeait les deuxconditions nécessaires, aux yeux de Chabert, pour entraîner la rédhibition, il y auraitpeu de maladies rédhibitoires quoique quelques-unes fussent très-graves.La loi du 20 mai 1838 a fixé à neuf jours la durée de la garantie légale, tempspendant lequel l’acheteur doit prendre les différentes mesures prescrites par cette.iolQuelques auteurs ont pensé que ce délai était insuffisant dans quelquescirconstances, pour permettre à l’acheteur d’observer son animal et l’utiliser demanière à rendre bien évidents les principaux caractères de ce vice. On peutobjecter à cela que prolonger la durée du délai, c’est s’exposer à rendre le vendeurresponsable de faits qui sont personnels à l’acquéreur. L’immobilité peut être eneffet consécutive à une maladie aiguë de l’encéphale : une méningo-encéphaliteaiguë peut affecter un animal récemment acheté et se terminer par une méningo-encéphalite chronique qui se traduira quelquefois par l’immobilité, dans le délai dela garantie. si l’on étend ce délai au-delà de quinze ou vingt jours. En outre, lesmotifs que l’on invoque et qui résident surtout dans le défaut d’observation de lapart de l’acheteur, ne suffisent pas, à mon avis, pour faire changer la durée de lagarantie ; car dans les neuf jours que donne la loi, l’acquéreur peut, sauf dansquelques circonstances très-rares d’ailleurs, examiner son animal dans toutes lesconditions propres à favoriser la manifestation de l’immobilité. Enfin, si ces raisonsétaient admises pour l’immobilité, elles devraient l’être aussi pour la plupart desmaladies classées dans la loi du 20 mai.Expertise. — Quand un cheval récemment acheté est soupçonné atteintd’immobilité et qu’une contestation s’élève entre les parties contractantes, le jugede paix nomme, sur la requête qui lui est, adressée par l’acquéreur, un ou troisexperts pour procéder à l’examen de cet animal. L’expert désigné pour remplircette mission doit réunir avec le plus grand scrupule tous les éléments d’unjugement diagnostique aussi sur que possible, car c’est son procès-verbal quidécidera les juges à se prononcer sur la résiliation de la vente ; de sorte quel’équité de ce dernier jugement dépend presque fatalement des conclusionsformulées dans le rapport du vétérinaire.Pour procéder à l’examen d’un cheval soupçonné atteint d’immobilité, il faut leplacer dans les conditions propres à rendre ce vice plus apparent et bien observertous les signes qui en sont l’expression. L’expert ne doit pas oublier qu’il faut desépreuves soutenues et répétées pour reconnaître cette affection, car elle à sesdegrés, ses nuances peu accusées. peu appréciables dans beaucoup de cas.Ainsi, chez un animal immobile à un faible degré, l’expression d’hébétude peutmanquer ou ne pas être saisissable au moment de la visite, par suite peut-être desexcitations produites par la parole, le va-et-vient dans l’écurie, etc. La volition del’animal peut encore se manifester dans une certaine mesure ; il est des cas où leslésions dont l’immobilité dépend ne sont pas assez graves pour l’empêcher d’avoirconscience de son état d’équilibre ; aussi témoigne-t-il une certaine impatience sion veut lui faire prendre des attitudes vicieuses, instables, et rétablit-il assezrapidement les membres dans leurs aplombs naturels ; toutes circonstances quipeuvent accroître les chances d’erreur. Il en est de même pour le reculer, qui n’estquelquefois impossible qu’après une course prolongée, tandis qu’il s’exécutefacilement à froid. En outre, il est des chevaux immobiles qui sont. pour ainsi dire,journaliers ; ils ne présentent les principaux symptômes que par intermittencesirrégulières ; parfois enfin, dans la saison d’hiver, l’affection reste presque latente etn’est bien accusée que lorsque la température s’élève.Si les cas qui viennent d’être cités se font remarquer sur un sujet à conformationcéphalique régulière, appartenant à une race peu commune, la difficulté est encoreaugmentée ; néanmoins, ce fait quoique rare s’observant quelquefois, l’expertadmettra donc la possibilité de son existence, surtout si son jugement diagnostiquedevra être la base des décisions ultérieures de la justice.
Ces différentes causes d’erreur étant signalées, voyons comment on doit procéderà l’examen de l’animal. Cet examen devra être fait dans les conditions suivantes :Au repos, à l’écurie. — On doit observer l’expression de la physionomie, laconformation, les différentes attitudes de la tête, la manière dont les perceptionss’accomplissent. C’est quand l’animal est tranquille dans sa stalle, que l’on peutbien saisir l’état comateux et les attitudes vicieuses habituelles des membres. Onpeut encore faire intervenir un moyen inattendu d’excitation, un coup de fouet, parexemple, et voir alors le cheval se réveiller comme en sursaut, ce qui constitue uncaractère assez important que l’expert doit noter avec soin. On étudiera ainsil’animal, d’abord en le laissant abandonné à lui-même, et ensuite dans lesdifférentes positions que l’on aura données, soit à ses membres, soit à sa tête.L’attention doit enfin se porter sur la rapidité plus ou moins grande avec laquelles’exécutent les déplacements sous les incitations qui les commandent.Au moment du repas. — On doit examiner la manière dont les aliments solidessont saisis et mâchés, le mode de préhension des liquides. Le fourrage étantamené sous la dent, on peut voir la mastication se faire avec lenteur, s’interromprepar intervalles, et les aliments rester en partie engagés dans la cavité buccale etsortir en partie hors de cette cavité. Le cheval peut encore plonger sa tête au fonddu seau rempli d’eau qu’on lui présente, ou humer le liquide et exécuter lesmouvements de déglutition, alors que les lèvres en sont assez éloignées pour nepas être mouillées.Dehors, au repos et en exercice. — On devra d’abord observer l’animal quand ilsort de sa place et se rendre compte de la manière dont il obéit au commandementqu’on lui fait, comment il marche, tourne sur lui-même ou recule au moment où on ledirige vers la porte de sortie. Des signes peuvent alors se produire que l’expert doitêtre prêt à saisir. Dehors, le cheval devra être vu à l’état de repos et abandonné àlui-même. Ensuite, on pourra placer les membres l’un devant l’autre, les écarter deleurs lignes d’aplomb, les croiser et voir comment l’animal se prête à ce qu’on veutlui faire faire, comment il le fait et pendant combien de temps. Des impressionsdiagnostiques susceptibles d’éclairer le jugement peuvent encore être perçues à cemoment par l’expert attentif.La tête sera aussi dirigée soit en bas, soit en haut, soit d’un côté à l’autre, et l’onremarquera le mode d’exécution de ces attitudes plus ou moins vicieuses del’encolure et leur plus ou moins de fixité.On cherchera enfin à faire reculer le cheval ; on verra s’il exécute ce mouvement surun léger effort ou après une traction très-énergique des rênes, ou enfin s’il sv refuseobstinément.En exercice. — On soumettra le sujet aux allures du pas, du trot ou du galop ; àla main, monté ou attelé. Mais on doit d’abord faire l’examen attentif du départ car àce moment on peut constater l’irrégularité d’action des membres, soit que l’animalles soulève convulsivement soit qu’il les traîne sur le sol, soit enfin que les battuesne s’effectuent plus en cadence comme à 1’état normal.En continuant l’exercice pendant un certain temps ou même jusqu’à la fatigue, il estdes cas où on voit l’animal s’arrêter brusquement et se refuser obstinément àavancer ; quelquefois même il s’emporte et devient immaîtrisable.On essaie ensuite de mettre les membres et la tète dans des attitudes plus oumoins forcées ou de le faire reculer, surtout si l’on n’a rien constaté de saillantdurant l’exercice ; ces derniers mouvements sont alors ordinairement très-pénibleset souvent impossibles pour le sujet immobile.Lorsque, dans ces diverses conditions, aucun signe bien évident ne s’est produit, ilconvient d’examiner de nouveau l’animal le lendemain d’une journée de fatigue.Il ne faut pas oublier que c’est pendant les jours chauds relativement à la saison,pendant le travail au soleil ou le séjour dans une écurie très-chaude, que l’on a leplus de chance de voir apparaître les signes du vice.Il y a lieu encore, quand on a constaté l’interruption de la mastication. Ce recherchersi les causes ne résident pas dans des plaies de la bouche. des paralysies ou lemauvais état des dents.Mais un autre symptôme doit aussi être étudié avec soin ; c’est celui qui consistedans la difficulté qu’a l’animal pour exécuter les mouvements en arrière. Certainesconditions organiques viennent en effet quelquefois compliquer le problème dudiagnostic ; aussi faut-il pour le résoudre avec sûreté, bien interpréter le symptôme
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