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DROGUES : SUBSTITUTION ET POLYTOXICOMANIE

De
129 pages
Travaillant comme éducateur dans le secteur de la toxicomanie depuis huit ans, l'auteur a vécu des expériences professionnelles dans divers pays européens. Selon le contexte politique et les choix de société, les dimensions du soin, de la répression ou de la réduction des risques sont plus ou moins présents. Mais la drogue du XXIè siècle, c'est avant tout l'accès massif aux produits de substitution et le développement de la polytoxicomanie.
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Drogues: substitution et polytoxicomanie

COLLECTION Educateurs et Préventions Dirigée par Pascal LE REST

Les éducateurs travaillent dans l'ombre et contribuent dans le quotidien à la résolution de situations complexes, souvent dramatiques et douloureuses. Ils interviennent dans des internats pour enfants, pour adolescents et pour adultes, dans des institutions pour déficients visuels ou auditifs, en direction des personnes handicapées physiquement ou mentalement. Dans la rue, ils travaillent, sans mandat et dans le respect de l'anonymat, à restaurer des liens affectifs, sociaux, psychologiques. Us sont missionnés par la justice pour accompagner des enfants en difficultés ou sont présents en milieu carcéral pour aider les détenus à la réinsertion sociale et professionnelle. Tous, avec courage et détermination, ils luttent à l'aide d'outils spécifiques, de méthodes et de pratiques de terrain élaborées pour améliorer les conditions de vie des usagers et de leurs familles, et prévenir des risques de récidive, d'inadaptation, de désaffiliation, de rupture scolaire ou familiale. La collection veut donner la parole aux éducateurs pour mettre en lumière leur finesse d'intervention, les lignes de force qui sous-tendent l'étayage des préventions et transmettre la mémoire des pratiques.

Titres parus: La Prévention Spécialisée, outils, méthodes, pratiques de terrain Paroles d'éducateurs de Prévention Spécialisée De la complexité en Prévention Spécialisée L'attraction des drogues

Jacques BUDENAERTS

Drogues: substitution et polytoxicomanie

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-1835-3

A mon jils, Thomas.

Préambule
Avant de développer l'objet de cet ouvrage, il me semble utile d'aborder sommairement mon parcours professionnel, car le raisonnement que je développe s'appuie sur plusieurs expériences. En effet, l'hypothèse avancée repose sur l'évolution des réponses thérapeutiques proposées en Europe au problème de la toxicomanie et sur les conséquences qu'elles impliquent sur le travail de l'éducateur. Ce constat a pour origine plusieurs observations réparties dans le temps et dans différentes institutions. Je travaille comme éducateur dans le secteur de la toxicomanie depuis huit ans et j'ai eu la chance de pouvoir vivre ces expériences professionnelles dans divers pays européens. Elles m'ont permis d'expérimenter de multiples approches thérapeutiques et plusieurs modalités de prise en charge. Bien que le phénomène de dépendance soit identique quels que soient les pays, la perception du problème varie selon les cultures et, de ce fait, les approches sont différentes. Selon le contexte politique et les choix de société, les dimensions du soin, de la répression ou de la réduction des risques sont plus ou moins présents. Ainsi, après avoir expérimenté le secteur de la prévention, de nuit, auprès de garçons mineurs prostitués et toxicomanes, j'ai travaillé dans un centre d'accueil d'urgence 7

pour toxicomanes (ouvert 24 h/24), à Liège, dans le cadre d'un programme de réduction des risques 1.J'y ai découvert différents services tels que le suivi en ambulatoire et les protocoles de substitution. Ce projet impliquait de nombreuses et étroites collaborations entre l'Allemagne, la Hollande et la Belgique. La proximité frontalière favorisant un trafic de drogues considérable, la politique de réduction des risques imposait un travail en réseau avec les différents partenaires sociaux. De surcroît, les approches thérapeutiques et répressives de ces trois pays tendaient à s'uniformiser. Ce partenariat favorisait une vision plus globale et des réponses plus adaptées. Un programme de prévention a par exemple été mis en place dans les trains effectuant les navettes entre Maastricht et Liège. On y trouvait de nombreux usagers de drogues se réapprovisionnant en Hollande. D'autres collaborations existaient et s'inscrivaient essentiellement dans une perspective de réduction des risques liés à l'usage de stupéfiants. Par la suite, j'ai pu participer à la mise en place d'un projet de prévention et de réduction des risques dans la banlieue sud de Paris. Ce dispositif impliquait d'une part un travail de rue avec les consommateurs de crack, et d'autre part une collaboration avec un centre de distribution de méthadone. J'ai ensuite travaillé quatre ans au centre d'héb~rgement pour toxicomanes de l'APLEAT (Association Pour L'Ecoute et l'Aide aux Toxicomanes) à Orléans. Ce contexte professionnel, ainsi que mon emploi actuel au SAMU Social d'Orléans, me serviront donc de support pour quelques-unes de mes observations.

1 «Si un usager de drogues (homme ou femme) ne peut ou ne veut pas renoncer à l'usage de drogue, on doit l'aider à réduire les risques qu'il cause à lui-même et aux autres ». Cette définition de E. Buning et G. Van Brussel me semble faire consensus. N. Frydman H. Martineau, La Drogue: où en sommes-nous ?, p.299.

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Introduction
Le centre d'hébergement de l'APLEA T

Il s'agit d'une postcure située en ville, qui peut héberger quatorze personnes et qui s'adresse à une population mixte et majeure. L'accueil et l'accompagnement des toxicomanes sont basés sur une démarche de soins volontaire et sur une réinsertion sociale. Depuis 1998, les résidants y ont le choix entre l'abstinence ou la substitution. La cohabitation de ces deux modes de prise en charge correspond aux nouvelles directives imposées par la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS). Il s'agit de donner aux usagers des moyens de sortir des conduites de dépendance en les accompagnant dans leurs difficultés de sevrage et d'abstinence, ou en leur permettant d'accéder à un protocole de substitution dès le début de leur séjour. La complémentarité de ces deux modalités proposées répond à un souci d'individualiser davantage l'accompagnement des toxicomanes en démarche de soins. Cette expérience s'est révélée très enrichissante car la notion de soin a considérablement évolué en France, ces cinq dernières années, et ma place de professionnel dans ce centre d'hébergement m'a ainsi permis d'être non seulement témoin, mais aussi acteur de ces évolutions majeures.

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Le SAMU Social
Des changements similaires sont également perceptibles dans le cadre de mon emploi au SAMU Social. Je travaille actuellement comme éducateur dans ce service d'urgence et je me propose de vous le présenter brièvement. A Orléans, dans le cadre des politiques de la ville et par mandat préfectoral, la DDASS (Etat) a financé la Croix-Rouge française pour gérer un dispositif de veille sociale, sept jours sur sept et de 18 heures à 1 heure du matin. Plusieurs travailleurs sociaux, dont des éducateurs spécialisés, ont été embauchés pour professionnaliser partiellement ce dispositif. L'équipe est composée d'une cinquantaine de personnes, réparties en trois groupes. Les secouristes chevronnés sont chargés des problèmes sanitaires et des soins légers. Les bénévoles et les C.E.S. (Contrats Emploi Solidarité) s'occupent plus particulièrement des dépannages alimentaires et vestimentaires. Les éducateurs, quant à eux, sont responsables de l'aspect hébergement et des difficultés liées aux questions sociales et administratives. Les trois proposent une écoute active. La complémentarité entre les spécificités de ces différents intervenants explique pourquoi chaque équipe d'intervention est composée de trois personnes (un secouriste, un bénévole et un éducateur). Chacun de ces trois vecteurs pennet de rentrer en contact avec les plus marginaux ~l'objectif principal du SAMU Social étant de recréer un lien avec ces personnes en situation de précarité, plus ou moins désocialisées, en tout état de cause très isolées. Par le biais de l'aide matérielle (alimentation, soins ou hébergement), il s'agit ainsi de tenter d'instaurer une relation, un climat de confiance, un premier lien qui peut permettre ensuite d'orienter et d'accompagner ces personnes vers le réseau social existant. Les éducateurs exercent, en alternance, trois fonctions différentes: la gestion du central téléphonique du "115" (numéro gratuit destiné aux "sans abri"), les interventions

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nocturnes dans la rue et enfin, les accompagnements en journée des personnes rencontrées la veille, durant la soirée. La permanence téléphonique du" 115" consiste à répondre à des appels nombreux et variés, dont certains demandent une connaissance approfondie du réseau et des possibilités de réponses en urgence. Cette fonction coordonne, par liaison radio, les interventions des collègues sur le "terrain". Concernant le travail de rue, les petites équipes mobiles de trois personnes circulent de nuit, visitent les squats et s'attardent auprès de toute personne en situation de précarité effective ou potentielle. Ces équipes restent en liaison radio avec le collègue du "115", qui les envoie sur les appels de détresse ou les signalements. Pour répondre aux problèmes d'hébergement, l'éducateur dispose de nuitées d'hôtel. Elles sont accordées inconditionnellement dans certaines situations d'urgence, mais toujours suivies d'une mise en lien avec les institutions compétentes. Cette précision m'amène à aborder un aspect essentiel du travail éducatif au SAMU Social: la mise en lien. Suite aux rencontres effectuées durant la nuit, les éducateurs sont amenés à suivre ces personnes, dès le lendemain matin, afin de les aider dans leurs démarches et de les accompagner vers les différents partenaires du réseau social existant. Indépendamment de cette mise en lien nous restons, dans la plupart des cas, en contact avec les personnes afin de sauvegarder ce qui a été mis en place et de préserver ce lien. Nous représentons à ce titre une balise, un point d'appui, un élément rassurant et surtout permanent. Dans le cadre de ces accompagnements (rendez-vous du lendemain matin), nous orientons les toxicomanes vers des institutions ou associations spécialisées. En raison de la spécificité de notre service, le travail en partenariat se révèle absolument indispensable: hormis les demandes communes aux autres usagers (dépannages alimentaires, besoin de parler,

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demande d'hébergement, etc.) les toxicomanes expriment également d'autres détresses telles que leur "ras le bol de galère" ou leur souhait d'être conseillé ou accompagné vers des services spécialisés. Ils vivent la nuit et nous rencontrent souvent au hasard de leurs errances ou de leurs périodes de crise. Le contact est donc spécifique car la notion d'urgence, déjà présente dans le concept du SAMU Social, se voit renforcée par le "besoin dans l'urgence" du toxicomane. Ces usagers veulent des réponses immédiates en terme d'aide ou de soin. Dans la plupart des cas, ils verbalisent leur mal-être et disent, pour certains, vouloir" décrocher" . Il faut alors relativiser l'urgence de ce message sans pour autant le négliger. Leur perception du soin s'inscrit souvent dans un besoin pressant de supprimer toute souffrance. Cette demande est respectable et compréhensible mais ne peut trouver de solution dans l'urgence. D'autres usagers de drogue semblent "prêts" à démarrer un travail thérapeutique et à en accepter les difficultés. Pour ces deux fonnes de demandes, nous orientons les usagers vers l' APLEA T. Ce partenaire spécialisé est en capacité d'accueillir et de soutenir par différents moyens leurs difficultés (suivi psychologique, accès aux protocoles de substitution, espaces de parole, hébergement, suivi ambulatoire, etc.). Nous rencontrons également d'autres situations en matière de toxicomanie. Une bonne partie des usagers ne sont pas encore "prêts" ou ne sont pas dans cette demande. L'approche de ces personnes s'entend plutôt en terme de réduction des risques. Il s'agit alors de leur permettre d'accéder aux quelques outils mis en place par d'autres partenaires tels que le programme d'échange de seringues proposé par AIDES ou de les orienter vers des groupes d'auto support comme l'antenne départementale d'ASUD. Bien que nous soyons là dans le "bas seuil" d'exigence, ce genre de réponse me semble également indispensable, ces alternatives ayant l'avantage de s'adresser à un bien plus grand nombre d'usagers de drogues.

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ASUD : Auto Support des Usagers de Drogues.

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