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ECSTASY, PILULES SANS ORDONNANCES

De
227 pages
Quelles sont les caractéristiques sociales, économiques et culturelles des consommateurs d’ecstasy et autres « nouvelles drogues de synthèse » ? Pourquoi, où, quand, de quelle manière en font-ils usage ? Contrôlent-ils leur consommation ? Prennent-ils des risques pour leur santé ? S’adressant à tous les acteurs impliqués dans ce sujet (instances chargées des politiques et actions de prévention et de diminution des risques, usagers eux-mêmes, entourage des usagers…), cet ouvrage nous livre les résultats d’une étude scientifique réalisée par des moyens qualitatifs et quantitatifs, visant la compréhension et la mesure de ce phénomène.
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GILLES HACOURT

PILULES

ECSTASY: SANS ORDONNANCES

Usages et usagers de nouvelles drogues de synthèse

Cotnité directeur:
Philippe Bastin, Infor-Drogues Martine DaI, Prospective Jeunesse Dr Fabienne Hariga, Modus Vivendi

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan UaUa Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Ouvrage réalisé et publié avec le concours du Ministère de la Santé de la Communauté française de Belgique et de la Commission Communautaire française de la Région de Bruxelles-Capitale. La recherche a été menée par EUROTOX.

L'association sans but lucratif Eurotox, fondée en 1990, regroupe 3 associations actives en Communauté française de Belgique et en Région de Bruxelles-Capitale dans différents domaines en lien avec les usages de drogues: Infor-Drogues : ligne d'écoute, prévention, formations, réduction des risques, traitement ambulatoire. Modus Vivendi: prévention du sida, réduction des risques, formation, liaison, recherches. Prospective Jeunesse: prévention, formations, accompagnements. Eurotox est notamment le sous-point focal du réseau REITOX l'OEDT pour la Communauté française de Belgique. Email: eurotox@skynet.be Ses buts sont: Réalisation de projets d'études et de recherches dans le champ des usages de drogues. Observation du phénomène des usages de drogues en Communauté française de Belgique. de

REMERCIEMENTS
Nous tenons à exprimer notre gratitude à toutes les personnes qui ont répondu à nos questions lors de nos enquêtes ainsi qu'à celles et ceux qui nous ont aidés à leur passer les questionnaires. Rien de ceci n'aurait pu être possible sans leur contribution. Nous rendons hommage aux organisations ou à certains de leurs membres qui nous ont judicieusement épaulés: le S.A.I.S., le Centre Alfa, Adzon, Chez Nous, Le Lieu Dit, Métropolis, Spiritek, la cellule de prévention du contrat de sécurité de Mons, Canal J, Santé et Entreprise, Dunes, l'émission Cyberfactory sur Radio Action, RifRaf, Le Point jaune, L'Ilot, l'A.].M.O., la coordination Sida-Assuétudes de la Province de Namur, Infor-Jeunes, Plan-J, Sésame, Phœnix, Destination, Le Répit, Citadelle, le C.L.P.S. de Liège; l'Université du Travail, le C.U.N.I.C., la Haute Ecole namuroise catholique, les F.U.S.L., l'U.L.B. - dont PROMES, l'U.C.L, l'U.Lg., la F.U.C.A.M., l'U.M.H., la Faculté polytechnique de Mons, les F.U.N.D.P.; le Bureau Central de Recherche, le Parquet de Tournai, la Gendarmerie de Pecq. Adressons aussi nos remerciements aux membres des équipes d'Infor-Drogues, de Modus Vivendi et Prospective Jeunesse ainsi qu'aux membres du comité scientifique international: Mmes et MM. M. Moulin (B), P. Cohen (NL), A. Calafat (E), P. Griffiths (UI<), M. Hubert (B) et F. Martens (B). Notre gratitude va aussi à D. Notte, qui a entamé ces travaux, C. Van Huyck et ses compétences toujours disponibles, ainsi qu'à J. Marquet et B. Masuy qui nous ont aidés à mener la recherche à sa fin. Nous sommes enfin très reconnaissants à celles et ceux qui ont relu notre texte et donné de précieux conseils et avis que nous avons tenté de prendre au mieux en considération, et tout particulièrement D. Piette de l'Ecole de Santé Publique de l'Université Libre de Bruxelles - Promes, sans oublier C. Haesaerts et I. Van Pevenage pour la mise en page.
A Chantal et Laurent, entre consommateurs et non-consommateurs.

9

SOMMAIRE
TABLE DES TABLEAUX 15 17 19 23 23 23 25 26 28 31 31 37 44 49 49 50 51 53 54 55 55 56 57

TABLE DES FIGURES INTRODUCTION 1 LA MÉTHODE 1.1 PHASE EXPLORATOIRE 1.1.1 Données et littérature existantes 1.1.2 Enquête qualitative PHASE D'ENQUÊTE PAR QUESTIONNAIRE RÉSULTATS PRÉSENTÉS ET CONVENTIONS DE L'ÉCHANTILLON

1.2 1.3

2 DESCRIPTION 2.1 2.2 2.3

DONNÉES DESCRIPTIVES SITUATIONS PAR RAPPORT À L'USAGE D'ECSTASY QUELLE IDENTITÉ? DROGUES DE SYNTHÈSE EN

3 LES NOUVELLES QUESTION(S) 3.1 3.2 3.3 3.4 3.5

ENTRE DÉFINITION SCIENTIFIQUE... ... ET DÉSIGNATION EMPIRIQUE L'ECSTASY COMME NOM EMBLÉMATIQUE PROPRIÉTÉS ET EFFETS DE L'ECSTASY(MDMA) LE MODE DE CONSOMMATION EN CHIFFRES

4 LA CONSOMMATION ET EN LETTRES 4.1 4.2 4.3

FRÉQUENCES D'USAGE LES QUANTITÉS CONSOMMÉES LA DENSITÉ DE CONSOMMATION

11

5 LECTURE DYNAMIOUE DE LA CONSOMMATION
5.1 5.2 PRINCIPE D'ANALYSE.: LE SCHÉMA ACTANTIEL L'EXPÉRIMENTATION DE L'ECSTASY 5.2.1 L'âge de l'essai 5.2.2 La motivation à essayer 5.2.3 Les pairs et l'information préalable 5.2.4 Le contexte concret de l'essai 5.2.5 La quantité prise lors du premier essai 5.2.6 Résultat de l'expérimentation 5.2.6.1 Non-poursuite 5.2.6.2 Poursuite LE PARCOURSDE CONSOMMATION 5.3.1 Durée du parcours 5.3.2 Les évolutions dans le parcours 5.3.3 Un parcours typique: un sommet puis une diminution de l'usage LA FIN DÉFINITIVE DE L'USAGE UNE ÉVOLUTION DES USAGESHABITUELS?

63
63 66 66 67 68 70 76 76 76 77 78 78 79 85 90 94 97 97 100 103 103 106 107 111

5.3

5.4 5.5

6 LES MOTIVATIONS 6.1 6.2 L'EUPHORIE, ENTRE AUTRES EVOLUTION DES MOTIVATIONS

7 LES LIEUX DE CONSOMMATION 7.1 7.2 7.3 DIVERSITÉ ET MULTIPLICATION DES LIEUX LIEUX ET MOTIVATIONS LA MUSIQUE

8 LES PAIRS 9 DES PRODUITS
9.1 9.2 9.3

COMPLÉMENTAIRES

115 115 118 120 127
127 127 130

LES DROGUES PRISES EN PLUS DE L'ECSTASY LE NOMBRE DE DROGUES CONSOMMEES LES PRODUITS ASSOCIÉS À L'ECSTASY : QUELQUES TENDANCES PROCÉDÉS DE CONTRÔLE

10 10.1 10.2 10.3

L'EMPIRISME INDIVIDUEL L'INFORMATION L'USAGE VOULU CONTRÔLÉ

12

10.4

10.5

10.6 Il Il.1 Il.2

LE PRODUIT 10.4.1 L'ecstasy en tant que drogue 10.4.2 Le contrôle HABITUDES D'USAGE 10.5.1 Soi 10.5.2 Le contexte 10.5.3 La consommation 10.5.4 Les pairs 10.5.5 L'information UN USAGE(R) RESPONSABLE ET NON 'PROBLÉMATIQUE' DU CONTRÔLE À L'ACCIDENT

132 132 134 137 137 138 138 139 139 141 145 145 148 148 149 151 154 161 164 167 168 169 172 177 187

Il.3

Il.4

PROTECTION EN « SORTIE» ELÉMENTS DU 'PROBLÉMATIQUE' 11.2.1 Un produit et un consommateur 11.2.2 L'usage DES RISQUES 11.3.1. Les risques étudiés 11.3.2. Nombre et genres de risques 11.3.3. Des usagers à degré de risque élevé INCIDENTS ET ACCIDENTS 11.4.1 Evénements retenus 11.4.2 Des victimes 11.4.3 Du risque à l'accident

CONCLUSIONS ANNEXES ANNEXE ANNEXE I : LE PROCESSUS II : QUESTIONNAIRE SELECTIVE D'UNE RECHERCHE

189 205 217

FERMÉ

BIBLIOGRAPHIE

13

TABLE DES TABLEAUX

Tableau 2-1 : Tranches d'âges Tableau 2-2 : Degrés d'études
T ab 1e au 2

32 32 34 34 35 39 40 42 55 57

-3

: 0

c cup

a ti 0 n s . . . . . . . .. . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . .. 33

Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau

2-4 2-5 2-6 2-7 2-8 2-9 4-1 4-2 5-1

: Sources de revenus : Cadres de vie relationnelle : Cadres de vie matérielle : Situations par rapport à l'usage : Situations par rapport à l'usage et auto-identification comme usager : Situations par rapport à l'usage et occupations : Fréquences d'usage : Quantités consommées : Evolution du prix d'une pilule d'ecstasy
(1 989-2000)

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 71

6-1 : Motivations à la consommation 11-1 : Risques liés à des pathologies 11-2 : Risques liés à l'état psychologique 11-3 : Risques liés à l'environnement 11-4 : Risques liés à la manière de consommer 11-5 : Types de risques pris 11-6 : Accidents physiques survenus 11-7 : Accidents d'ordre sexuel survenus 11-8 : Problèmes socio-économiques survenus

97 154 155 155 156 162 168 168 169

15

TABLE DES FIGURES

Figure 2-1 : Diagramme des âges Figure 2-2 : L'échantillon en Région wallonne (n = 205) Figure 2-3: L'échantillon en Région de Bruxelles-Capitale (n = 159) Figure 2-4 : Situations par rapport à l'usage et classes d'âges Figure 4-1 : Graphique des quantités et des fréquences de consommation ... Figure 4-2 : Diagramme des densités d'usage Figure 5-1 : Schéma actantiel théorique Figure 5-2 : Diagramme des âges lors de l'essai Figure 5-3 : Schéma actantiellors de l'expérimentation Figure 5-4 : Schéma actantiel de la transition entre l'expérimentation
et l' usage.

31 36 36 41 58 61 65 66 74

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 78

Figure Figure Figure Figure Figure Figure Figure Figure Figure Figure Figure Figure Figure Figure Figure

5-5 : Diagramme des durées de parcours 79 5-6 : Schémas de consommation d'un an 83 5-7 : Schémas de consommation de 3 à 4 ans 84 5-8 : Schémas de consommation de 5 à 9 ans 84 5-9 : Schémas de consommation de plus de 9 ans 85 5-10 : Schémas actantiels du parcours typique 87 9-1 : Diagramme du nombre d'autres produits consommés 119 10-1 : Eléments du contrôle par l'usager 131 10-2 : Schéma actantiel de l'usage incluant le contrôle 140 11-1 : Diagramme des nombres de comportements de
pro tection. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 147

11-2 11-3 11-4 11-5 11-6

: Diagramme des risques pris, par type : Diagramme des risques déclarés : Diagramme des scores de victimisation : Graphique des nombres de risques et d' acciden ts : Graphique des nombres de risques et de comportements de protection

156 161 170 173 174

17

INTRODUCTION
Cet ouvrage présente les résultats d'une recherche scientifique sur les usages et usagers d'ecstasy et autres nouvelles drogues de synthèse.Elle a été menée en Communauté française de Belgique entre mars 2000 et octobre 2001. L'objectif était d'obtenir une meilleure connaissance du phénomène de consommation de ces substances afin de permettre le développement de politiques et d'actions de prévention et de réduction des risques en adéquation avec les réalités de la population concernée. Plus largement, les résultats que nous présentons dans ces pages peuvent alimenter l'analyse dans d'autres pays ou régions par l'identification de points communs et de particularités tant en matière d'usages que de publics de consommateurs des drogues envisagées. En ce sens, nous souhaitions aussi conclure en formulant des recommandations en matière de prévention spécialisée et de réduction des risques liés aux usages.

Les ques tions que nous proposions d'étudier étaient les suivantes:

o o

o o o

Quelles sont les représentations qu'ont les usagers des nouvelles drogues de synthèse (NDS) et de leurs utilisations? Quelles sont les caractéristiques sociales, économiques et culturelles des consommateurs? Comment se caractérisent les usages: pourquoi, où, quand, de quelle manière, avec qui, etc. consomme-t-on? Quelles sont les carrières d'usage des NDS ? Les usagers contrôlent-ils leur usage de ces produits? Si oui, comment? Existe-t-il des facteurs de vulnérabilité des individus à la consommation des NDS, par exemple au travers de risques pris, d'accidents survenus?

La connaissance préalable était très limitée dans le domaine des drogues de synthèse et de leurs consommateurs en Communauté française de Belgique. Ainsi, il n'existait pas d'étude de prévalence et/ ou ethnographique relative à cette population.

19

L'étude que nous proposions se justifiait donc pleinement et revêtait un caractère 'pionnier', à tout le moins sur le territoire où elle allait être menée. C'est la raison pour laquelle la méthodologie que nous avons utilisée a été faite d'allers et retours constants entre des préoccupations théoriques et les données récoltées sur le terrain.Nous avons ancré nos travaux dans une problématique de base que nous voulions la plus ouverte possible. C'est donc d'abord une phase exploratoire qui a été menée, en préparation à une phase d'enquête quantitative. L'essentiel de notre démarche à ce propos est expliqué dans le chapitre 1, consacré à la méthode. Pour le détail, on se référera aux Annexes de l'ouvrage. Dans une seconde phase, nous avons en effet réalisé une enquête quantitative par questionnaire fermé et sur un échantillon raisonné, c'est-à-dire non-aléatoire. Ces pages livrent les résultats de cette enquête, complétés de données issues des étapes antérieures et qui peuvent éclairer nos commentaires. Par ces dernières, nous disposons de multiples éléments qui étayent les résultats chiffrés, parfois les complètent ou les nuancent, parfois aussi les contredisent. Les chapitres suivants et leur découpage en titres révèlent la problématique élaborée pour répondre aux questions originelles présentées ci-devant. Le deuxième chapitre présente les individus interrogés lors de l'enquête quantitative. Les données passées en revue sont d'ordres social, économique et démographique. Nous ventilons aussi ces caractéristiques pour les différents types de personnes qui composent l'échantillon: usagers, expérimentateurs et ex-usagers (il ne comptait pas de non-usagers). Enfin, nous nous livrons à quelques considérations de départ sur la question de l'identité d'usager de NDS. Ces dernières substances, objets de nos travaux, sont discutées et précisées dans le chapitre qui suit. Les imprécisions, tant du point de vue scientifique que chez les usagers, devaient être levées afm de pouvoir dire exactement ce dont nous traitons. Nous expliquons pourquoi nous avons retenu aussi le terme 'ecstasy' pour désigner notre objet.

20

Tous ces préalables étant fixés, il nous est alors possible d'entrer dans le vif du sujet des usages d'ecstasy. On trouvera d'abord les données concernant la fréquence de consommation dans le temps et la quantité d'ecstasy consommée en une même occasion. Nous proposons également, au chapitre 4, une mesure qui combine ces deux éléments qui participent à ce que nous appelons la densité de l'usage. Le chapitre 5 est consacré à une lecture de la dynamique des usages, c'est-à-dire qu'il rend compte des parcours suivis par les usagers. Sont étudiés les moments de l'expérimentation de l'ecstasy jusqu'à la fin de son usage, en passant par les modifications intervenues au cours de la carrière de consommation. Nous détaillons à ce sujet le type de parcours que nous avons rencontré le plus souvent dans notre échantillon. Outre ces données factuelles, nous envisageons diverses composantes qui permettent de mieux cerner les usages d'ecstasy. Ainsi, les motivations de la consommation sont étudiées dans le chapitre 6 ; les lieux où elle se déroule, ainsi que la possible adéquation entre ceux-ci et ce qui est recherché dans l'ecstasy dans le chapitre 7 ; l'analyse du rôle des pairs fait l'objet du huitième chapitre. Ensuite, nous présentons les drogues autres que les NDS et qui sont consommées par les usagers. C'est le neuvième chapitre, dans lequel nous proposons aussi une nomenclature estimée des produits associés à l'ecstasy. Tout cela fait état des usages de ce produit. Mais nous avons constaté que la plupart des consommateurs rencontrés gardent ou instaurent un certain contrôle dans leur usage. Dans le dixième chapitre, nous approfondissons l'examen des procédés utilisés à cette fin par les consommateurs, leurs avantages, leurs limites et leurs éventuels dangers, dans une perspective de consommation à moindres risques. Enfin, nous avons étudié la manière dont ces procédés sont envisagés dans la réalité de la consommation. Le chapitre 11 s'ouvre sur la mise à jour de comportements lors des «sorties» des usagers. Nous verrons quelle est l'importance des mesures de vigilance prises par les consommateurs en ces circonstances particulières.

21

Puis, nous étudions les risques que prennent ces derniers, lorsqu'ils consomment de l'ecstasy, ainsi que les incidents ou accidents dont ils sont victimes. Pour terminer, sont envisagées les relations que l'on peut établir d'une part entre la prise de risques et la survenance d'événements fâcheux pour la santé; d'autre part entre ces risques et les mesures de vigilance qui sont prises par les usagers. Il est important que les acteurs spécialisés de la prévention et de la réduction des risques possèdent davantage de connaissances sur les usages et les usagers des nouvelles substances de manière à pouvoir développer des actions de prévention et de promotion de la santé utiles, pertinentes et cohérentes. Bien sûr, le public ciblé dans nos travaux, les usagers mais aussi les non-usagers, devraient également pouvoir tirer bénéfice de la lecture de cet ouvrage. Il en est de même pour les pouvoirs publics compétents, puisque nos données constituent une source .d'informations originales. C'est pourquoi nous avons écrit nos conclusions en les orientant spécifiquement vers des recommandations destinées aux divers acteurs précités. Il ne s'agit pas de 'recettes' prêtes à l'emploi, mais plutôt de pistes qui nous paraissent devoir être suivies ou poursuivies. Certaines traitent d'éléments concrets; d'autres sont d'un ordre plus général. Ces pistes et recommandations font l'objet d'un travail plus approfondi mené par Eurotox. Voyons d'abord comment nous avons procédé dans notre recherche. C'est le versant méthodologique qu'il nous revient d'expliquer ciaprès.

22

1

LA METHODE

La méthode utilisée dans nos travaux comprend deux phases. La première, exploratoire, visait à nous imprégner au mieux de la réalité des usages des substances concernées et de leurs usagers. Elle a été réalisée en trois étapes: le relevé et l'analyse des données et de la littérature existante sur le sujet, afin d'établir un état de la question; une enquête qualitative auprès d'usagers et de non-usagers de nouvelles drogues de synthèse (NDS). Cette seconde étape a également permis d'élaborer un questionnaire en vue de la deuxième phase de la recherche, celle d'enquête quan titative. Les Annexes de cet ouvrage exposent le détail pratique des opérations. Ci~dessous, nous en reprenons les éléments principaux. 1.1 PHASE EXPLORATOIRE

1.1.1

Données et littérature existantes

Nous l'avons dit, nous ne pouvions que partiellement nous baser sur des informations existantes sur le public usager d'ecstasy en Communauté française de Belgique. Jusqu'en fin 2000, les seules études publiées en Belgique ont été effectuées parmi les jeunes en milieu scolaire. Elles indiquent, pour l'essai de NDS, des prévalences de Salo (piette et coll. 1994) à 8010 ev erhaegen D. et coll. 1997)1. Des données récoltées en 19982, font état d'une prévalence de 5,9010en Communauté française de Belgique, chez les jeunes de 12 à 18 ans. L'enquête « Les Belges et les drogues »3 s'est intéressée au public âgé de 18 à 55 ans. En Communauté française, 5,8010des répondants ont déclaré avoir essayé l'ecstasy au moins une fois dans leur vie; la
1 Voir Leurquin (1998). 2 Piette et call. (1998) in B.I.R.N. (2000). 3 L'enquête a été réalisée par le CREA TIC-ULB à la demande de la Fondation du journal Le Soir et de l'association de fait « Drogues 2000 ».

Rodin,

23

moyenne d'âge de l'essai étant de 22 ans. Des études annuelles effectuées de 1996 à 2000 dans une population à risque parmi les personnes fréquentant un festival de musique en Région wallonne indiquent une prévalence d'abord en assez forte croissance, qui s'est ensuite limitée, du nombre de consommateurs d'ecstasy. En 1996, 20% des personnes interrogées disaient consommer de l'ecstasy; elles étaient 40% en 1997. Par la suite, le pourcen tage a oscillé entre 40 et 50%. D'autres études font état de prévalences précaire4 qu'en milieu festifs. de 25%, tant en milieu

U ne seule étude sur les méga-danlingsen Belgique a été identifiée jusqu'en 2000. Il s'agit d'une étude de type ethnographique réalisée en 1994-1995 en Flandre qui indique qu'environ 20% des personnes interrogées disent consommer du cannabis ou de l'ecstasy6. Enfin, signalons les contacts reçus par Infor-Drogues et sa permanence téléphonique depuis 1997. L'ecstasy représente de 9 à 10% du nombre total des produits évoqués par les appelants. Ainsi, en 1997, 278 contacts évoquaient l'ecstasy. En 2000, cette substance a été évoquée dans 384 appels (sur 5487 appels) ; il y eut au total 3711 produits évoqués, un appel pouvant se référer à plusieurs produits. Cela représente une augmentation de 40 à 50% en quatre ans. Cette augmentation concerne plus ou moins tous les produits (à l'exception notable de l'héroïne). A l'étranger, les études les plus importantes Espagne, Italie, Portugal et aux Pays-Bas7. ont été menées en

La littérature scientifique sur les usages de NDS a fait l'objet d'une autre analyse préalable. Nous avons consulté de multiples ouvrages et articles. La bibliographie figurant en fin de ces pages en propose une sélection arrêtée en 2000, moment où nous avons procédé à cette étape de la recherche. Pour la compléter, il conviendrait de prendre
4 Hariga et Van Huyck (2000), 6 [signifie page 6]. 5 Il s'agit des produits consommés au cours des 6 derniers Projet Synergie, Rapport d'activités 2000, 14-16. 6 Vercaigne (1995). 7 Calafat (1998).

mois.

Modus

Vivendi

24

en compte le récent développement aider les recherches ultérieures.

des publications

qui devraient

A titre principal, nous nous sommes inspirés des orientations théoriques et méthodologiques issues de trois ouvrages. L'un offre un tour d'horizon dès questionnements possibles liés à une approche ethno-épidémiologique des NDS8. Le deuxième rencontre les préoccupations fondamentales de notre recherche et en a d'ailleurs inspiré le projet: les caractéristiques des usagers, les représentations sociales, etc.9. Enfin, nous avons aussi considéré une étudetO dont les choix de méthode nous ont semblé adaptés aux travaux que nous allions mener. 1.1.2 Enquête qualitative

Pour compléter notre information préalable, nous avons effectué une enquête qualitative. Il s'est agi d'entretiens semi-directifs avec des individus âgés de 15 à 29 ans et d'observations sur le terrain. Nous avons réalisé 33 interviews individuelles avec des usagers (26 personnes) et des non-usagers (7 personnes) de nouvelles drogues de synthèse, 3 entretiens 'collectifs (selon la technique des 'for:us roups'tt) g avec des usagers et 1 avec des non-usagers, et 8 observations sur le terrain, dans des lieux de « sorties ». Les grilles d'entretiens et d'observations ont été élaborées avec le souci d'être le plus ouvert possible à la problématique. Les entretiens ont été réalisés avec 'empathie', c'est-à-dire en considérant les personnes et leurs discours sans a priori idéologique ou politique, avec un esprit dégagé à la fois de complicité et de suspicion. Nous postulions que les individus étaient détenteurs d'une expérience, voire d'une expertise, qu'il nous revenait humblement d'écouter et de comprendre.

I.N.S.E.R.M. (1997). 9 Calafat, op.cit. to Ingold et Toussirt (1998a). t t Il s'agit d'interviews de groupes V oir Simard (1989).
8

limités

de personnes

autour

de quelques

thèmes.

25

L'identification des spécificités socioculturelles, des représentations et des usages possibles des individus concernés est cruciale pour l'adéquation des programmes de prévention et de réduction des risques. Une approche exclusivement quantitative, de type étude de prévalence, n'aurait pas donné les informations de manière suffisamment exhaustive. Il convenait donc de recourir à des techniques de type qualitatif. Pour nous assurer du caractère complet des informations recueillies, nous avons appliqué un principe de saturation des données. Grâce à ce type de technique, nous avons pu aussi établir divers instruments pour les analyses qui allaient venir par la suite. Il s'agit par exemple de la définition de ce qu'est un usager ou un expérimentateur de NDS. Ces outils sont donc issus de la réalité des usagers, et non de pré-défmitions extérieures. Les seules catégories que nous avons utilisées au départ concernaient les canaux par lesquels nous pensions pouvoir accéder aux usagers de NDS: le public fréquentant les (méga)-dancings,les étudiants d'universités et d'écoles supérieures, la « rue» qui devait nous permettre d'atteindre un public socio-économiquement fragilisé. La démarche a cependant ses limites. Parmi elles, relevons que le chercheur n'est pas à l'abri d'oublis plus ou moins volontaires, de détournements, d'atténuations ou au contraire d'exagérations ou encore de manipulations de la part de ses interlocuteurs. Dans une certaine mesure, nous avons pu 'corriger' ces phénomènes sur base de nos observations dans des lieux de « sortie» des usagers. 1.2 PHASE D'ENQUETE PAR QUESTIONNAIRE

Pour prendre la mesure des phénomènes que nous avions identifiés lors de la phase exploratoire, puis sélectionnés, nous avons mené une enquête par questionnaire. La version défmitive de ce questionnaire figure en Annexe II. L'échantillon a été composé par les mêmes canaux privilégiés que nous avions utilisés précédemment, sans exclure d'autres moyens d'accès aux usagers de NDS. Il est composé de 364 personnes recrutées comme suit. :nous avons recueilli 92 questionnaires dans des (méga)-dantings lors d'occasions festives (festivals), 112 dans des et universités et écoles supérieures, et 72 dans la «rue ». De plus, 88 26

questionnaires ont été remplis par des personnes rencontrées en d'autres lieux: à domicile, lors d'une rencontre entre amis, sur le lieu de travail, etc. Cet échantillon ne comporte pas de non-usagers de NDS. En effet, l'enquête quantitative devait traiter spécifiquement des usagers. Mais la recherche qualitative nous a aussi appris que les nonconsommateurs de ces produits disposent d'informations très limitées et parcellaires: pour eux, les NDS sont des drogues parmi d'autres. Nous tenons compte de ce phénomène dans ces pages, toutefois, il ne nous a pas semblé pertinent d'étendre l'enquête par questionnaire à cette population. Les aspects illicites de la consommation de drogues requéraient une approche spécifique pour atteindre une population plus ou moins cachée que l'on ne pouvait pas ou peu atteindre par des techniques d'échantillonnages aléatoires, c'est-à-dire où chaque individu a la même probabilité d'être inclus dans l'échantillon. Celui-ci a donc été constitué sur une base dite 'raisonnée', comme nous venons de l'expliquer. Ce choix de voies d'accès privilégiées aux usagers implique que l'échantillon n'est pas statistiquement représentatif des usagers de nouvelles drogues de synthèse en Communauté française de Belgique. Tout au plus pourrait-on le considérer comme représentatif des différents sous-groupes qui composent cet échantillon. En outre, il n'est évidemment pas possible d'aborder l'ensemble de la problématique de l'usage des NDS au travers d'une enquête quantitative par questionnaire. Le temps de réponse à celui-ci doit rester dans des limites acceptables pour la personne interrogée. C'est la raison pour laquelle nous avons sélectionné certains thèmes qui nous semblaient fondamentaux pour cette recherche novatrice, à tout le moins sur le territoire de la Communauté française de Belgique. C'est une réunion du comité scientifique international qui a veillé à opérer cette sélection. Enfin, et de manière comparable à ce que nous avons dit pour l'enquête qualitative, il convient de garder à l'esprit divers éléments qui peuvent grever la qualité des informations. Citons la

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compréhension que les personnes ont eue disponibilité relative à y répondre, l'image souhaitaient transmettre, les informations minimiser, etc. Ainsi, nos analyses portent sur nous ont dit de leurs réalités envers les NDS, par la technique du questionnaire fermé. 1.3

des questions12, leur d'eux-mêmes qu'ils qu'ils ont préféré ce que les répondants les seules accessibles

RESULTATS PRESENTES ET CONVENTIONS

Les résultats des analyses statistiques effectuées sur les réponses données au questionnaire constituent la trame de cet ouvrage. Pour éviter toute confusion avec les données de l'enquête qualitative que nous y intégrons, nous faisons à leur sujet référence aux 'entretiens', 'entretiens semi-directifs', 'interviews' ou encore à nos 'interlocuteurs', aux 'personnes que nous avons rencontrées'. Les propos que nous en avons retenus figurent entre guillemets« ». Il en est de même pour les citations d'auteurs. D'autres conventions d'écriture doivent être présentées. Sauf cas contraire justifié, nous avons utilisé le masculin pour désigner les personnes étudiées. Les résultats concernent l'échantillon dans son ensemble (ou une partie que nous spécifions). Il ne s'agit donc pas de la situation d'un seul individu pris isolément. Par exemple, nous dirons que les usagers' consomment dans des lieux divers: cela ne signifie pas qu'un même individu fréquente lui-même les différents lieux; c'est à l'ensemble des usagers que le constat se réfère. Les commentaires que nous faisons des tableaux et graphiques expriment les données en pourcentages par rapport à l'échantillon (ou au sous-groupe concerné). Certaines analyses visent à mesurer l'existence de relations entre des éléments. Techniquement, le seuil de 'significativité' que nous avons retenu lors de ces mises en relations est de 0,05. Cela signifie que nous avons commenté, en principe, les seules relations qui ont 95 chances sur 100 de ne pas être dues au hasard.
12

Et ce, malgré l'attention

que nous avons portée à la formulation

de ces dernières,

notamment

par un pré-test et des consignes données puis précisées aux enquêteurs.

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